L'heure de nulle part

avril 2008

déclaration
bientôt j’aurai terminé ma première déclaration tva. c’est-à-dire : il faut que je la termine, il faut que je le fasse, que je saute le pas.

/ voix basse : que je saute le pas /

je peux le faire en me répétant que c’est facile (c’est ce que f. m’a répondu quand je lui ai demandé s’il savait pourquoi s’occuper de démarches administratives était si angoissant. il m’a répondu qu’il ne savait pas, parce que pour lui c’était facile. je me suis dit mais bon sang, mais c’est bien sûr. c’est facile. je continue cependant de nous croire nombreux, à trouver ce genre de choses angoissantes. probablement pas pour les mêmes raisons que moi.

fin de l’a faire
je déteste quand les choses se terminent. qu’elles se fassent, qu’elles soient faites.

guérison
mais là, je ne souffre pas. je suis guérie.

ma pauvre mère
je peux aujourd’hui faire les choses que ma mère plutôt aurait dû faire pour moi, aurait fait pour moi. ma mère, faisait tout pour moi. je l’ai déjà dit, elle s’occupait des basses tâches et me réservait les hautes. évidemment, c’est toujours facile d’accuser sa mère. ou son père. c’est toujours facile. mais là, je ne l’accuse pas. je reconnais m’être largement arrangée de ce qui l’arrangeait. il ne faudrait pas croire non plus que ce puisse être là la seule explication, je n’y crois d’ailleurs personnellement pas complètement puisque ce sont des choses que je sais depuis fort longtemps, et qui n’ont néanmoins pas changé, ou que je suis obligée, en période de trop grande angoisse, de me remémorer régulièrement.

/ elle, due aux actions hautes. /

sur mon bureau f, a rajouté une facture, je vois.

bien, je ferais mieux de m’y remettre.

11:37
paradis de l’enfer
oui, car alors que c’est « l »enfer », terminer ce truc, « l’en-faire », je vais certainement faire tout pour en prolonger les instants. les instants d’enfer. on finirait par croire que c’est l’angoisse que je chercherais à prolonger. cela m’a effleurée, je l’avoue, quelquefois. l’angoisse comme jouissance. mais c’est difficilement crédible et je ne supporterais pas d’être seule à affirmer chose pareille. pourquoi donc, trainai-je à ce point. prolongeai-je. éternisai-je. mais j’éternise faute de le pouvoir, passer le pas. faire, avoir fait. je n’irais pas jusqu’à dire l’acte, je dirais l’action, l’action accomplie autant appréhendée que pourrait l’être la jouissance sexuelle. il y a des endroits où tout se confond. se fond. se confond. il y a des femmes, me disait-il qui ont peur de la jouissance sexuelle. des femmes qui ont peur de la jouissance sexuelle. alors le faire, le moment de faire, l’en-faire, comme le désir, et le fait, voilà, c’est fait, l’action accomplie comme la jouissance. la limite mise en désir (et dans quelles conditions, et dans quelles conditions). alors tout pour, le désir et rien pour. une jouissance du désir, une jouissance de l’enfer, qui se met en place, parce qu’il est peu de moments, a fortiori quand ils sont à répétition, qu’ils se prolongent, qui ne se voient contaminés par elle. comme j’ai pu dire : il n’y rien de ce que je fais que je n’aime, parce que c’est moi qui le fait. c’est encore une chose que j’ai pu dire. j’ai fait de la comptabilité cette semaine, enfin la semaine dernière, ma foi, c’était fort amusant. suffit de s’y mettre. tant qu’on est dedans, c’est ok. c’est dehors, quand ça sort, où juste avant. « désir de retenir » disait lacan parlant du désir de l’obsessionnel, entendez, retenir le caca ; car si ça sortait, l’Autre s’en satisferait.

11:49
maintenant, je ferais bien de vérifier que je n’ai rien oublié.

12:33
trouver un stylo. retourner mon sac. me faire une tasse de café. est-ce que j’appelle l’expert-comptable ou pas? me souvenir de jules qui il y a quelques mois encore, à peine, disait « faire, faire » … quand il voulait qu’on fasse quelque chose.

12:49
refaire un café. tout est prêt sauf le doute. à propos : 1/ électricité 2/ free. y aller ? foncer ? tête baissée ? et puis tout oublier ?

12:56 téléphoner au comptable. prétexter d’un rv à prendre. où est le numéro de téléphone et quel agenda ouvrir?

13:09 votre correspondant est en ligne pour le moment. téléphoner à f.

13:43 et les chèques? ils sont où, les chèques?

13:59 l’agrafeuse?

14:22 la lumière était blanche. en revenant de l’hôtel des impôts, je me suis acheté du riz basmati. j’adore le riz basmati.

15:10 c’est fini.

 

15:58
frisson l’autre jour : jules me demande, nous étions arrivés en bas, nous allions sortir, je m’apprêtais à ouvrir la porte, ou je l’entrouvrais même déjà, « dis, maman tu veux bien être mon amie? »

16:04
frisson parce que

à faire ( petit a faire)
10:49 j’aurai beau faire, ma vie n’est faite que de choses à faire. je me demande si les autres c’est comme ça aussi. d’une pauvreté. jules est là. j’ai mis un vieux disque à moi, Beethoven (pathetique sonata pour piano). c’est très rare que je mette de la musique. et surtout de la musique à moi. tiens, une griffe. quand jules était petit petit, bébé, je lui mettais parfois un disque à moi. ça m’inquiétait tellement alors que je ne puisse pas lui apprendre, léguer ça, que moi j’avais reçu de mes parents, qui avait baigné mon enfance, que je connais par cœur, mais. ces musiques que je connais bien, dont je ne connais jamais les auteurs. sur le bout de la langue. musique en perte d’auteur. le problème, c’est qu’à chaque fois ça le faisait atrocement pleurer, les musiques que je lui mettais. enfin, là, il est assis dans une caisse et il écoute.

les noms d’auteur
11:13 la caisse s’est renversée. maintenant, c’est l’autre face. je n’ai jamais su vraiment, je veux dire avec certitude – j’ai toujours pensé qu’il y aurait un jour moyen d’être sûre, de savoir avec certitude -, je n’ai jamais su, compris, pourquoi je n’arrivais pas à retenir les noms des auteurs. les noms des auteurs, les dates, les noms des pays, toutes ces choses utiles dans la conversation. j’ai longtemps pensé que c’était une affaire de femmes, que c’est les femmes, qui ne retenaient pas ce genre de choses. je me suis un temps « battue » pour trouver le moyen de faire la conversation avec ce qui n’est pas les noms, les noms propres et les dates, mais ça a été en vain. je pensais donc, que c’était affaire de femmes, d’hystérie. voilà.
d’une part que les femmes se refusent de savoir ce genre de choses, enfin, les hystériques, au nom d’une chose sans nom justement, leur secret, trésor, vérité, qui ne tolérerait aucun nom ; d’autre part qu’elles soient dans le désir, tout de même, d’un autre qui le détienne, le connaisse, le leur donne, ce nom, de ce qu’elles se refusent à nommer. qu’il y ait un maitre qui sache. (j’ai l’impression d’écrire mes mémoires, on trouvera cela néanmoins dans n’importe quel bon manuel de psychanalyse). à ce schéma classique, s’ajoutait ce trait, le fait que mon père soit artiste. artiste qui ne se sera pas vraiment fait un nom, auquel éventuellement même il aurait fallu en fabriquer un, mais père suffisamment sacré par et pour moi pour que je n’aille pas dans ses traces / sur ses pas / ni surtout que je ne le dépasse surpasse, quel que désir que je pusse en avoir – parce que si je le sacrai sacré, je le désacralisais aussi bien et plus souvent malheureusement qu’à mon tour et non sans souffrance, ressentiment. vous pouvez donc mettre cela aussi sur le compte du « sans foi de l’hystérique ». le manque même de foi m’empêche de croire / retenir le moindre nom, propre, d’auteur, de créateur. tandis que, le désir toujours est là, reste, qu’il y en ait au_moins_un qui.
pour ce qui est de la géographie et de l’histoire, ça n’est pas moins clair, c’est simplement plus global. c’est le savoir dans son ensemble qu’il convient là de considérer, le savoir qui tient / attient au signifiant qui est considéré comme suspect, en tant qu’il ne colle pas à la vérité, elle sublimée, magnifiée (et faisant la matière même de la séduction, du pouvoir de séduction- sinon). et c’est la nécessaire fabrication, d’un autre, d’un homme par exemple qui sache, beaucoup, énormément, qui aille jusqu’à connaître, le les mots de ce qui n’en n’a pas.

l’histoire, ayant ceci de plus, qu’elle touche au temps. alors qu’une bonne vérité, convenablement rêvée, ne saurait être qu’intemporelle. comporte la croyance, le désir de l’intemporel. cet intemporel qui fait le réel de l’inconscient, mais aussi celui du signifiant. non qu’un signifiant ne puisse appartenir à une époque, mais, en soi, dès qu’il naît, il est de sa nature d’être comme de tout temps. vous ne me croirez pas, je le sens.

nous pourrons pareillement dire de l’in-savoir de la géographie qu’il touche au savoir de ce qui n’est ni là ni ailleurs, de ce qui est incorporel. dont la nature du signifiant et de l’esprit se rapprochent, et qui pourtant fait le secret du corps de l’hystérique.

voilà, cela fait très longtemps que je sais ces choses et je pensais que ça me permettrait de pouvoir tout de même sortir des domaines des savoirs impossibles pour aller vers les possibles. eh bien non, faites-moi écouter beethoven, je ne retrouverai pas son nom, alors que je connais sa musique par cœur et par corps et par hors corps (et dans la conversation ça ne le fait toujours pas, et pour se faire des amis, ça ne le fait toujours pas non plus).

bises,

12:17
mais, je m’amuse bien.

11: 49 plus le temps d’écrire en ce moment, je ne peux.

hier dimanche, in the morning, avec le julos, direction librairie de quartier (petit commerce de proximité), achats pour moi, pour lui (un livre avec l’explication dessinée du comment ça se fait qu’on fait des cacas). moi, primo levi (eh oui, encore), le dernier ernaux, le libraire me dit : très bon livre, moi ah oui, ah bon, j’hésitais, on verra. et un livre de poésie, moi qui ne suis pas très poésie, roubaud, on verra. ensuite, acheté gâteau, desserts, un 3 chocolats pour le julos, choisi par lui, un 3fruits rouge + crumble pour moi, un mangue/pistache pour le fred. rentrés, mangé tous-ensemble tous-ensemble. après-midi, peinture de la maison de jules, jules et moi. puis sieste de jules pour jules, et sieste de fred et moi pour fred et moi, dans lit des parents, lit à deux places, « de plein emploi », dit lacan, dans je ne sais plus quel contexte, ça ne veut pas grand chose dire, dit comme ça, en dehors du contexte, dis donc, enfin lit double, pleinement employé (ou pas loin). je dois écrire très vite, car j’ai du travail. ensuite, le julos et son père : super mario, moi, mini boulot pour cdz (contente de participer, de loin, à son projet). après c’est foire du trône, tous-ensemble, tous-ensemble. 3 tours de manège très rapide (camion, bateau, moto). jules touche le ballon. ensuite, jules, épaules, mes épaules. veut aller sur montagnes russes. je dis avec qui? papa ou maman? papa. bon, tant pis. il y va. ils y vont. tout de même, ce plaisir, là. hein. c’est une montagne russe en forme de… (le mot me manque, pressons, pressons, c’est mon début d’alzheimer). je prends des photos. lumière incroyable – j’aime la pleine de reuilly. ensuite, déjà presque huit heures : il faut rentrer; drame, je dois m’arrêter là. j’arrête.

(ce matin dans le bois, une femme m’a traitée de « grosse merde ». « une claque », a-t-elle ajouté. ça surprend.

je roulais (à vélo) sous la pluie dans un sentier très étroit. je les ai seulement vus, venir vers moi. un couple, me suis-je dit, et l’un de ces chiens tueurs, qui dévorent les enfants; rien de plus, que de banal.

ils se rapprochaient, je m’apprêtais à m’écarter, je faisais attention au chien, je voyais que son propriétaire, l’homme, le tirait sur le côté, est-ce que ce chien attaque les vélos? c’est une question sur laquelle j’ai à peine pris le temps de m’attarder – l’écrire en prend bien plus. l’étroitesse du sentier, la pluie que je ne déteste pourtant pas, leurs parapluies. ça roule. je passe, les yeux froncés probablement, la pluie, l’attention. j’entends la femme hurler, « celle-là alors, on la laisse passer et elle tire la gueule, cette grosse merde. une claque ! » j’ai été si surprise que j’ai crié, désolée

- oh, mais non, mais non, excusez-moi, mais

je me suis retournée, ils s’éloignaient, j’ai hésité à rebrousser chemin, à leur parler

puis, j’ai réalisé que je m’étais tout de même sacrément fait injurier, il pleuvait, j’ai continué ma route, les paroles de cette femme continuant de

c’est très très surprenant.

(stupidement, j’ai pensé que mes excuses, mon ton implorant, les auraient surpris également.)

(par ailleurs, qu’on n’aille surtout pas s’imaginer que j’aie bon caractère, ou que je sois bonasse. cependant, ma réaction, m’a rappelé qq chose du caractère de mon enfance. qq chose qui indistinctement remonte à ma mémoire ces jours-ci.)

et là-bas, si j’y suis.

et demain, je voudrais

ce matin encore une de ces colères brutales inutiles et stupides. honteuses aussi. tu ne veux pas que je parte à vélo avec jules sans le casque (laissé à la mde). tu t’excuses même d’avoir laissé ce casque là, la veille. et moi, de m’énerver, de m’énerver, de me fâcher, parce que tu ne veux pas que je prenne le vélo. (et dans la rue je crie encore, c’est ce qui t’énerve le plus, et jules est là, bien sûr). mégère.