I
janvier 2006
5 janvier 2006, 15:03
voilà. aujourd’hui, je n’en fais qu’à ma tête, je travaille gratuitement. il n’est pas né, celui qui m’en empêchera.
10 janvier 2006, 15:59
or – je ne sais faire que ça : chercher, en pensée, comment je l’écrirais, ce qui a lieu, et ça, jusqu’à ce que, comme on dit, les caresses se fassent plus précises. alors. alors. ce vide-à-dire qui s’ouvre, abrupt. ce trop brusque passage de la pensée possible à l’impossible pensée. l’impossible transition (dont je retiens le cri).
nous avons de nouveaux préliminaires à inventer. nous aurions, à inventer, des préliminaires.
16 janvier 2006, 16:08
« Le parlêtre adore son corps parce qu’il croit qu’il l’a. »[i]
plutôt tu vois, je nous aurais vus, toi et moi, ensemble adorant ce corps, en tiers, ce corps de moi, et cette adoration venant recouvrir ce qu’il est pour nous comme corps-de-femme, parlerait de cette distance, séparation où nous serions maintenus, toi et moi, de lui. tu vois, je vois, je ne suis pas vraiment sûre non, de l’avoir ce corps, ce corps-là que j’adore comme dora adorait la femme de celui qu’elle gifle, quand il lui fait l’aveu, de ne l’aimer pas tant que ça, sa femme, elle qui est sa madone à elle, dora. sa madone, madame K. ce-corps ≡ corps-de-femme ≡ madone ≡ madame K
est-ce que je suis bête ou quoi?
17 janvier 2006, 16:26
en observation d’elle.
« elle la donne à qui la prend. »[ii]
il y a un rapprochement que je ne peux pas opérer, entre nous, une distance que je dois maintenir. c’est la distance à elle. je nous maintiens à distance d’elle. en observation d’elle. et je t’observe, te débrouiller avec elle, moi qui n’ait plus le moindre avantage sur toi, tandis que tu conserves celui de n’avoir pas, pour m’atteindre, à traverser mes pensées, elles qui sont seulement le faux mur de moi à elle (où je cherche son esquisse), elles qui seulement matérialisent la perte où je suis de moi, ce moment où ça ne pense plus, qui dès lors, d’ailleurs, ne s’opère pas, se dressant comme un mur entre moi et une distance abolie.
ah bêtises, que tout cela, faux mur ça c’est sûr.
faux mur aussi de mes souvenirs qui me viennent quand. pourquoi est-ce que j’y tiens tant, que je les évoque, ainsi. toutes sortes de souvenirs, dont certains pires. qui me reviennent quand. ça a été quoi, mon adolescence. pourquoi est-ce que j’en reste, à cette marque? non, mes premiers pas dans la sexualité non pas été spécialement drôles, mais franchement, je n’en suis plus là. alors quoi? et celui d’hier, de souvenir, n’était pas spécialement triste, étrange, peut-être, insistant probablement, mais qu’est-ce qui y insiste, que ça veuille continuer à revenir (sur la scène). peut-être seulement, justement, parce que ça fait histoire, ça fait scène, scène pour ce qui aujourd’hui souffrirait d’en manquer. conjectures, conjectures, conjectures. en finir. en finir. en finir. (il y a quinze jours, j’ai repris une analyse.)
19:55
« LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun. Faut le dire comme ça : il ahun… et non: il estun… (cor/niché). C’est l’avoir et pas l’être qui le caractérise. Il y a de l’avoiement dans le qu’as-tu? dont il s’interroge fictivement d’avoir la réponse toujours. J’ai ça, c’est son seul être. Ce que fait le f…toir dit épistémique quand il se met à bousculer le monde, c’est de faire passer l’être avant l’avoir, alors que le vrai, c’est que LOM a, au principe. Pourquoi? Ça se sent, et une fois senti, ça se démontre.
(…)
L’S.K.beau c’est ce que conditionne chez l’homme le fait qu’il vit de l’être (=qu’il vide l’être) autant qu’il a – son corps: il ne l’a d’ailleurs qu’à partir de là. D’où mon expression de parlêtre qui se substituera à l’ICS de Freud (inconscient, qu’on lit ça) : pousse-toi de là que je m’y mette, donc.
(…)
Avoir, c’est pouvoir faire quelque chose avec ».[iii]
AVOI (a-voi), s. m. : Terme de brasserie. Donner un avoi, faire couler d’une cuve dans une autre.
ÉTYMOLOGIE : Peut-être de l’ancien verbe avoyer, mettre en voie.
31 janvier 2006
7:33
mercredi matin en allant chez mon psychanalyste, je pense: tiens, à ça, je n’y avais jamais pensé, que si j’ai tant de pensées la nuit, c’est que ces pensées veulent me réveiller. qu’elles ne veulent pas que je dorme. (je ne leur obéis pas, je me bats, elles redoublent d’intensité).
~
lui, il dit: tout de même, ça tourne autour de l’écriture, ces pensées. moi, je dis : oui, oui. non, je dis : non, en fait non, n’importe quoi, ça tourne autour de n’importe quoi. enfin, c’est surtout le travail. mais vraiment n’importe quel travail. ou la colère, la colère contre quelqu’un. peut-être, s’il n’y a pas le travail, ou si le travail est empêché, la colère. (il ne soulève pas, je l’ai dit très bas, la colère. ce qui l’intéresse, c’est l’écriture. ça ne me déplaît pas, qu’on prenne ça au sérieux – enfin, pas trop, quand même).
cette nuit, je me dis : alors, le mot d’ordre ce serait : travaille. travail de nuit.
maintenant, je voudrais dormir.
9:19
peut-être l’envie d’écrire me passe-t-elle de ce que le désir de pensée est plus grand.
si j’en crois ce qui me réveille la nuit, je ne fais pas vraiment la différence entre écrire et n’importe quoi d’autre. alors désir, désir – eh quoi- pulsion? la pulsion ça serait quand n’importe quoi est concerné. penser à n’importe quoi, à n’importe quel travail – donc pas tout à fait à n’importe quoi. une voix, plus basse, plus douce : je cherche ce qui pourrait faire que ça ne soit pas n’importe quoi. pas tout-à-fait. jamais, tout-à-fait. (d’ailleurs, ne dit-on pas : dîtes, n’importe quoi, il, en ressortira toujours quelque chose…)
[ rejoindre le n'importe quoi de la pulsion, se mettre d'accord avec elle; ou croire, continuer de croire, parier en une éventuelle particularité du désir.]
12:12
le mot d’ordre, c’est “travaille”. n’importe quel travail. ( et bien plutôt m’en libéreraient-elles, de ce mot d’ordre, ces pensées qui si bien m’occupent mais m’y mettent rarement. m’y ramènent et m’en empêchent.)
dira-t-on S1 = travail? S1, Signifiant premier, limite au n’importe quoi?
oui, nous dirons, S1, signifiant-premier, signifiant identificatoire, signifiant de l’idéal, qui fait limite à la pulsion (entrave). ou qui lui creuse une voie nouvelle, unique, souterraine, souveraine ; tuyau gigantesque, boyau, par où elle s’écoule.
12:38
le n’importe quoi, signature de la pulsion. elle à l’œuvre au cœur de ce qui devient devoir de travail ( jouis!) venue pour que le travail se fasse jouissance, l’alléger de son poids de désir. tu dis de désir ? l’éteindre dans un travail silencieux. mais de quel désir parles-tu ? rester sous l’ordre du S1, rester dans l’a-matière de la parole de la pensée. je te parle, aussi doucement que je puis, du manque du désir. je réfléchis.
or, à certains égards, je revendique ce n’importe quoi. d’où le saurais-je qu’écrire vaudrait mieux que de faire la vaisselle? qu’un travail ait plus ou moins de valeur qu’un autre?
mes pensées elles, elles le savent, elles savent jouir. avec quoi il faut compter – qu’on ne saurait éliminer – qui jouent sur un terrain autre que celui de la valeur. muette et aveugle pulsion, sans queue ni que tête.
il y a la mort. elle fait la différence. mais la vaisselle, c’est la vie. il y a la mort, il y a le posthume. bien sûr que non, je ne me réveille pas la nuit à cause des vaisselles que j’ai à faire, encore que. je peux, pourrais, me réveiller et enrager, je l’ai dit, le redis. elles sont deux choses à me réveiller : le travail et la rage. l’ennui, de ces vaisselles, de ces basses tâches, c’est qu’à les faire, m’y employer, je risque encore de jouer à l’esclave, la servante, celle due aux basses besognes – là où les autres, les autres eux sont appelés aux hautes sphères. c’est pourquoi la tâche m’incombe de rendre à la vaisselle sa dignité, si tant est qu’elle en ait jamais eu, et la faire valoir. à quoi je m’attache mais c’est très difficile.
car : assez souffert. accordons-nous avec ce qui ne peut que se faire. moi qui suis empêchée de toutes parts, pourquoi ne m’accorderais-je pas à ce qui n’en connaît aucun, d’empêchement. mais c’est l’empêchement même. mes pensées ? oui, mais pas sans dynamisme. et satisfaites.
la jouissance, plutôt, que tu voudrais blanchir.
le bien, le bien, le mal. le noir, le blanc.
12:44
Lui rendre sa dignité, à la vaisselle.
Oui, et n’être plus seule à la faire.
Ca compte.
15:42
« L’assiette pleine cache une assiette vide, comme l’être cache le néant. »
R. Queneau