L'heure de nulle part

aujourd’hui, je ne m’occupe que du possible. si par hasard, je tombe sur de l’impossible et que je le traverse. c’est bien. sinon, si je me casse la gueule. j’arrête. j’arrête et je pars. dans le XIIIème arrondissement, avec jules et sa poussette. jules, sa poussette, son goûter. il faut tout envisager.

donc l’ongle n’est pas tombé / et probablement j’aurai répondu yes, machinalement, à la question, à laquelle je n’aurai pas prêté attention : are you sure you want to delete the database ? en tout cas, la seconde après la base de données était effacée

Je viens de terminer un livre merveilleux, un livre qui certainement marquera pour moi un avant et un après, il s’intitule Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres? de Marcel Benabou. Et c’est dans le fil encore de sa lecture que je me risque à l’énoncé de cette certitude.

totalement perdu l’habitude d’écrire. arrivée conclusion, certainement non le blog n’est pas la, n’est pas ma
bonne
façon. actuellement lis t.c. boyle, nouvelles: décidément non, Le monde des livres n’est pas la, pas mon, meilleur conseiller. mais, au pa
ravant
chronicar’t m’avait fait découvrir :
XY (oubli du nom)
et alors:

- 1 gros livre jaune, cartonné, de la bibliothèque
- 1 gros livre bleu, couverture souple, acheté chez Tschann : magnifique, vraiment.

. n’est pas la et je rêve .

mais.

cette semaine, essayer, juste pour voir, raccrocher.

cet oubli du nom, des noms propres, Freud, il a écrit tout un texte, là dessus.

et moi aussi, moi aussi
j’oublie
les noms propres – les noms d’auteur
je ne dis pas que ça soit les mêmes
de noms, lui,
avait oublié Signor elli

moi, c’est presque tous
les noms
presque tous
les noms propres

hier, du nom dont j’essaie de me souvenir ici, ce matin, sans trop l’essayer d’ailleurs: vain
hier donc, par hasard, alors que je vaquais, occupations, ménagères, je me suis souvenue, j’ai pensé, ah, voilà, c’est fait, je l’ai retenu.

c’est fait, je l’ai retenu, le nom – le nom de l’auteur.

or ça, à nouveau, oups, oublié. quelque chose à voir avec le thé – je crois, le nom. anglais, l’auteur, plus jeune que moi.

oubli par moi rapporté – mais vaguement -
à l’impossibilité qui est la mienne
d’être auteur moi-même.

quant à freud, sigmund, ça avait
quelque chose
à voir avec
la mort, l’impuissance
(sexuelle)

cela dit, je ne doute pas, que le nom
me revienne. tôt ou tard.

 

hier, ou avant hier, j’ai rêvé que quelqu’un avait (déjà) écrit quelque chose sur le n’importe quoi. je me disais, ah moui, donc, c’était déjà écrit.

l’autre jour je lisais et je me suis dit que
je
me

tenais,
toute entière (curieux)
du côté du,

du côté droit:

Nous pouvons donc, à partir de ces remarques, répartir des termes
selon qu’ils ressortiront au rapport ou au non-rapport :

rapport non-rapport
signifiant a
oppositif, distinct indistinct
discret ( → )   continu (→ )
énumérable incomptable
nommable innommable

Ajoutons :

inconscient jouissance Une
Verdrängung Urverdrängung
(savoir possible)  (savoir impossible)
S1 → S2  

facilement, je pourrais, continument, écrire.

toby litt. mais ça n’a rien à voir avec le thé. si ce n’est que ça commence avec un T.

de l’auteur, le nom

et que ça termine avec 2 T.

on m’écrit (texte brut) :

toby litt acheté à la hune

Je crois que nous sommes devant la mer. J’ai déjà, en cachette, peut-être dans l’autocar, avalé, pris, à moins que je ne les tienne encore en main, les 5 cachets avec lesquels je compte me suicider. Je ne sais pas si je commence mon suicide, si ce sont les premiers cachets de mon suicide, ou si ce sont les premiers et derniers, les seuls. Je ne sais pas si je commence alors à mourir. Toujours est-il que les cachets que je prends et que je ne vais cesser de reprendre à partir de là vont commencer à faire leur effet.

Il y a une chose que nous allons faire deux fois, devoir faire deux fois. C’est une épreuve, un exercice difficile – c’est lié au devoir de suicide, ou au fait que nous postposons le suicide, à la situation dans laquelle nous sommes. La première fois, ça se passe sans trop de difficultés, nous arrivons à le faire. La deuxième fois, ça va devenir si difficile, l’épreuve, que, moi qui suis partie devant, qui mène les autres, vais finir par abandonner, ce qui entraînera mon réveil.. J’avalerai au cours de cette épreuve plusieurs fois des cachets. A la fin, les autres s’en apercevront, le « chef » aussi. Qui se demande également s’il va le faire, si c’est le moment de le faire, qui ne sait pas quoi me dire. Personne ne sait quoi me dire par rapport à mon suicide.

Je ne sais plus exactement en quoi consiste l’épreuve. Je crois qu’il y a des armoires dans la mer. Nous devons grimper sur ces armoires, au dessus desquelles il y a des chaussures, chaussures que nous enfiler les unes après les autres. L’épreuve consiste à avancer d’une armoire à l’autre en ayant successivement passé son pied dans chacune des chaussures. Les chaussures sont toutes différentes, ce sont, je crois des chaussures de femmes, à talon, des escarpins. Elles deviennent de plus en plus nombreuses. Elles sont en fait assez petites. On saurait, en fait, à peine y glisser un orteil. Il ne s’agit pas de les mettre, il s’agit d’y glisser l’orteil ou le bout du pied et puis de passer à la suivante, mais de les faire toutes, sans exception. Les armoires deviennent de plus en plus difficiles à escalader et de plus en plus encombrées de chaussures. C’est parce que la dernière est vraiment trop haute, que je pleure et renonce à en sauter, comme je le devrais. Je me retrouve sur la terre ferme, je suis très triste, le désarroi est complet, je veux prendre les derniers médicaments, les autres s’en aperçoivent. Tout le monde a abandonné, en fait, ils ne savent pas quoi dire. Je me réveille.

Ce qui a poussé au suicide. Quelqu’un, que j’appelle le chef, mais qui est en fait une personne très forte, tue tout le monde. Cette personne en a plusieurs à son service. Des gens qui l’aiment et veulent tout faire pour elle, tout faire pour son service. L’une de ces personnes est un jeune homme blond, a l’air doux, avec des lunettes. Que rien ne prédestine à devenir un assassin. Il va pourtant aller jusqu’à tuer deux personnes. Ces personnes qu’il tue sont des connaissances à lui, qu’il aime peut être, mais cela n’importe pas pour lui, à cause du chef. Ses crimes accomplis, ses devoirs accomplis, il revient auprès du chef et le chef, qui a déjà tué beaucoup de monde, après un moment d’hésitation, et parce qu’il a déjà tué tellement de monde et que rien n’a plus vraiment de sens, le tue également, d’un coup de revolver, lui et une autre personne qui se trouve plus loin. Je crois qu’il y a du sang, c’est très violent. L’ensemble du rêve est très violent, réaliste. C’est à la suite de ces meurtres que le chef, et puis moi-même, se demande s’il ne doit pas se suicider. Le décide. Puis, il y a les armoires dans la mer, avec les chaussures.

le mépris – il faudrait que – ne me dites pas

ce qui me manque quand j’écris c’est – ma voix, et puis le temps, les
coupures, les poses – c’est ce qui me manque au moment où je me mets à
écrire, où j’essaie d’allonger mes pensées – allongées mes pensées
commencent par perdre ce corps, ce corps-là, que leur donnent la voix
et le silence. qui peut-être fait leur prix, mais c’est parler trop
vite. la voix de la pensée. d’un côté. et puis, de l’autre, celle de l
‘écriture. ce ne sont pas les mêmes. l’écriture a besoin d’une voix. je
ne vois pas comment elle s’en passerait. mes pensées sont mon ennemi,
parce qu’elles m’occupent trop – et écrire peut devenir une façon de
m’en délester – mais à leur voix, je ne vois pas que. à leur voix, je
ne vois pas que je puisse renoncer. pasolini pensait que le monologue
est la plus belle forme du cinéma – vous ne le saviez pas ça, hein.
souvent, j’entends cette phrase :”J’écris pour entendre cette voix”.

le mépris. observez sa place dans vos vies. observez qu’il n’est pas
vide ce mot. le mépris, c’est un mot comme de la boue. vous le sentez,
ça.

à qui, m’adressai-je? à mon partenaire. celui de tous les instants. je m’adresse à mon partenaire de tous les instants. fantôme gris du lecteur.

la place que cette boue prend dans ma vie. la boue du mépris, il faudrait observer. quand l’accusation que j’ai à porter, que j’en viens, enfin, à adresser, devient trop lourde, épaisse, suante, je retourne son doigt contre moi, vers moi. je préserve mon partenaire. pour qu’il puisse entendre, je le
préserve. c’est dans le fil de la dénégation selon freud, dire qu’une
chose n’est pas pour qu’au moins elle ait été dite. je ne pense pas que
mon lecteur aime, à être accusé. qui le pourrait? lui faire croire
alors qu’il participe à cette accusation. que l’accusé est encore un
autre. faire croire au lecteur qu’il écrit. puisque d’ailleurs c’est
comme ça, le lecteur est celui qui écrit, mais ça devient trop
compliqué.

(je lisais hier sous la plume d’un lecteur du monde2 que le
style d’angot, christine, c’était d’être comprise… c’est pas mal, ça.)

la voix est toujours celle de celui qui lit. le partenaire.

écrire d’abord couche la flamme de la voix. vous la voyez, vous la
voyez, qui diminue, rapetisse, s’allonge, meurt-elle, la voix de la
pensée. or, c’est une voix paradoxale, c’est une, la voix de la
lecture. c’est pour ça, qu’au prix de quelques pirouettes, trucs,
patiences diverses, par l’écriture le sang peut lui revenir, aux joues,
et elle, se redresser, la voix du lecteur se relève, prend sa bonne
forme de flamme, de petite flamme droite, debout, qui respire, danse,
rougeoie. petite flamme vibre, chair de feu douce. velours. non,
l’écriture n’est pas la lecture. certes non. quelque essence leur est
commune. cela. comme un point de certitude soudainement rapproché; or,
“essence”, le mot ne convient pas. sent presque trop mauvais, du moins
son odeur tente-t-elle de flatter mes narines, et je ne le peux,
l’accepter, la repousse, voilà, des mains. cela n’est pas immatériel,
la lettre, on le sent bien – que c’est une question d’espace, que la
lettre, les lettres, c’est ça qu’elles font, elles y vont, ouvrent,
dégagent de l’espace. de la place. enfin, est-ce que l’essence et la
matérialité, c’est contradictoire. peut-être pas. peut-être même qu’il
n’y a rien de plus matériel que l’esprit. mais je m’égare, et le jour
se lève, et le jour s’est levé. les matérialités sont diverses et
variées, pourquoi ne leur en serions-nous pas gré. si je parle
d’espace, c’est en tant que des corps y vivent – qui probablement sont
purs esprits, lâche-t-elle alors, sa voix soudainement lasse. la
lassitude. il faut faire très attention quand on parle des corps, je
parle aujourd’hui, en 2006, parce que notre époque a trop rabâché,
là-dessus. insupportablement. je n’en remettrai pas. nous sommes
prévenus. si l’on a rabâché, c’est que quelque chose a été raté. mais à
quoi il ne faut pas céder, c’est aux ivresses du discours, à quoi,
angot, dans son article, s’est laissé aller, il est vrai, cet article
du monde2, critiqué par le lecteur susmentionné. c’est fiction, ce
qu’elle a écrit, c’est autofiction, voilà, elle sait faire ça, elle le fait. sa madonna est inventée. alors que c’est qui est certain, c’est
qu’il y a un endroit, où madonna, elle, ne l’est pas inventée. ch.
angot nous parle un petit peu comme si elle nous parlait, vous voyez,
c’est à cause de ce nouveau mythe, qui lasse qui lasse du journaliste,
mythe du journaliste, comme si elle nous parlait de cette madonna
non-inventée. alors que c’est elle. c’est d’elle qu’elle parle. elle
fait une expérience d’écriture. expérience singulière, qui la rapproche
de la vérité, qu’elle loupe, pour la prendre pour autre chose que ce
qu’elle n’est : sa vérité à elle, petite angot. angot réfléchit. voilà.
l’écriture et la fiction, c’est le même tabac. le danger, que je
voulais ici souligner, à quoi, il me faut ajouter, c’est comme ça,
qu’il me faut souligner, donc, ô lecteur, j’ajoute, j’ai ajouté, ô
lecteur, le danger donc, c’est que l’écriture invente. je veux dire
qu’elle invente au point que j’en sois venue parfois à croire à
soupçonner qu’elle puise mettre des choses aux monde qui n’y sont pas
du tout, mais pas le moins du monde, qui ne tiennent que de ce que
force est d’appeler la matière de l’écriture. rien d’étonnant me
direz-vous. mais il s’agit de ne pas se laisser tenter et faire d’une
fiction personnelle une universelle. de la donner en tant que telle. du
moment qu’elle se raconte une fiction passe à l’universel, l’universel,
il n’y a pas besoin de s’y appliquer, de forcément s’y appliquer, que
ça s’écrive fait l’universalité malgré qu’on l’écrive, ne le soit pas.
le particulier, par contre, y répugne. y répugne et y tend. à moins que
ça ne soit nous qui y tendions pour lui. peu importe peu importe.

la nuit des temps. je retourne me coucher, c’est le jour. mais non,
mais non, je ne vous ai pas parlé d’angot. enfin, où l’on a vu que
l’universel et la fiction c’est kif et bourricot. enfin, aux petites
choses particulières près.

en forme de prière, de voix qui s’éloigne : je remercie les
résistances, je remercie les résistances. et plût au ciel que je dormis
maintenant jusqu’à neuf heures quarante-cinq et ce sans discontinuer.

j’en viens à me dire que je suis très-médiocre. et que je n’ai aucune envie de « m’élever au dessus de la moyenne ». (il y a les gens qui aiment la poésie et ceux qui ne la lisent pas.) (on en viendrait à se battre pour défendre « sa médiocrité ».)1 (s’entendre dire que « le public aime les choses laides » (point d’exclamation))  (la difficulté de ce genre d’assertion c’est qu’elle se passe de se re-demander ce que ça serait, une chose laide). (évidemment, si l’on veut dire, la moindre chose, il y a bien un moment où il faut en passer par là, imposer son acception d’un terme :: on ne saurait à chaque instant re-questionner le sens des termes qu’on utilise – je suppose.)  (je crois que la poésie est une chose intéressante.) (de ces dites choses intéressantes auxquelles je ne parviens pas à m’intéresser.) (mais, si ça se trouve, un certain effort inconnu de moi accompli, je la trouverais, intéressante.) (veux-je des choses intéressantes? je veux de cela vers quoi on ne peut s’empêcher d’aller. quoi d’autres?) (je ne dis pas qu’on ne puisse dire qu’on aime les belles choses. je pense au contraire qu’il « faut témoigner de ses modes de jouir » . vous voyez, je m’autorise même à dire qu’il y a des choses « qu’il faut ». cela, je le dis, parce que je le sais. il y a des choses « qu’il faut » parce qu’à l’intérieur, « ça doit ». on le sent bien, ça doit. muss es? es muss. )

(il y a un endroit où être et devoir se confondent absolument. cela est, cela doit). (il y a les modes de jouir en commun et puis les autres.) (personnellement, j’aime à me débattre avec le commun. dans ma solitude avec le commun. ma commune solitude, etc.) (et puis, on ne saurait trop vouloir de
ce qui vous insuffle vous met en
état de révolte / rejet dégoût.
cela, non plus.
colère.
certaines musiques bien senties, paroles bien dites.)

voilà le jour adieu.

voilà le jour voilà le jour

adieu!

Notes:
  1. vous l’entendez bien bien, que je dis ça comme on dirait « défendre » son symptôme. []

rien dont je puisse être sûre _ rien sinon rien.

cela dit de colère les raisons ne manquent pas foisonnent / colère à foison au point qu’on / s’en invente même quand il n’en manque – voire d’autant / et -
qu’on
hésite, finalement à.

mais j’aime encore bien les chants où les poings sont levés, et tout la haut dans ma chambrette écoutés par moi seule / NO PASARAN sous les fourches caudines






voyures & vêtures,








les hommes  . les femmes . les enfants

hasard des jours (et toujours ma chambrette) .

personnellement je préfèrerais me mettre au boulot. vous voyez. ce matin, comme tous les matins. or ça. certaines difficultés actuelles. me conduisent à. faire cette sorte d’effort. d’autre chose.

il n’est pas 6 heures, et je ne trouve pas mes lunettes. il n’est pas 6 heures, non, il est 5h23, et franchement, travailler . ça serait. si je commençais maintenant, d’ici 9 heures, déjà j’aurais 3 heures dans les pattes, 3 heures de prises, 3 heures de bon.

je ne ferai donc pas ici un exercice d’écriture, on est bien d’accord. je me soigne, j’essaie. je tente.

(nous sommes passés à l’heure d’hiver. voilà ce que je comprends à la salle de bain où l’horloge m’indique 6h30. l’ordinateur, lui, disait 5 heures et demi.)

en ce moment, l’enfant, le petit enfant, ne veut plus dormir, et c’est très embêtant. c’est très difficile. ça pose des milliards de questions. beaucoup trop.

Le week-end dernier j’ai été aux Journées d’étude de l’ECF, des journées sur la famille, « L’envers des familles » plus précisément. « L’envers des familles », avec en sous-titre « Le lien familial dans l’expérience psychanalytique ». J’y ai entendu beaucoup de choses, très peu que je puisse rapporter directement ici. C’est un exercice auquel je m’astreins difficilement.

La seule chose dont il me semble que je puisse directement faire état, avec quoi je suis revenue, de là, en métro, une ligne, puis l’autre, la deuxième, la dernière, la 14, c’est cette idée, l’idée de cette frustration perpétuelle, perpétuellement agacée, entretenue par le monde capitaliste. Et cette idée, cette question, du comment faire, pour que nos enfants, pour que mon enfant, ne s’en trouve pas trop complètement affecté, par cette frustration. Comment y faire une brèche, à cet habit malconvenant, pour qu’il en réchappe, s’en dégage. Je parle ici d’habit, de vêture, parce qu’il me semble que c’est d’abord sur le mode imaginaire que le monde extérieur s’adresse à lui, lui propose lui impose ce séduisant alliage de l’imaginaire et du réel : miroirs trompeurs où l’image, elle, jouit.

ce que je crois, ce que j’observe
tous les jours jules perd la jouissance de son corps, jules né il y a bientôt 2 ans, perd tous le jours la jouissance où il était de son corps. et cela, n’est pas facile pour lui. et cela, il essaie de le reconquérir. l’immédiateté de la sensation. (à la clinique pour me rassurer, quelques jours après sa naissance, on me dit, on me dit, mais que m’avait-on dit, dont je me rends compte que je l’ai oublié : qu’il arrive qu’un enfant jouisse au moment de l’allaitement. ce n’était pas les mots, mais tant pis, la substance en est là. on dit ça, on me dit ça, pensant me rassurer, alors que ce qui était inquiétant, c’était bien ça, de se sentir transportée dans un autre monde, dans une sorte de bain violent qu’il faut pauvrement nommer jouissance… ça coulait de toutes part, le lait, les larmes, le monde devenait liquide. c’est assez rare qu’il vous arrive des choses aussi brutales, aussi franches. ce plaisir-là, ce plaisir sans conteste, qui le prend tout entier, l’enfant le perd, la mère aussi, mais en ce qui me concerne, ça n’a pas été sans un certain soulagement, même si je souhaite en garder le souvenir, la mémoire.) cet immédiateté de la sensation qu’il retrouve chichement en mangeant des chips avidement. tout de même, la vie, c’est dur avec vous.

tous les jours jules perd, son corps, alors qu’il est au travail d’en acquérir la maîtrise. à quoi il s’exerce en imitant chacun de nos gestes. au début il semblait penser que moi qui passait l’aspirateur devait être une femme bien extraordinaire qui s’amusait comme une folle – son admiration paraissait sans borne. mais au fur et à mesure qu’il apprendra à mieux les faire lui-même, c’est gestes auxquels il s’essaie,il s’acharne à ma suite, et celle des autres, comme d’éponger au sol un liquide répandu, au mieux il en perdra le plaisir primaire, le plaisir seul du geste. au point qu’on se demanderait s’il ne vaudrait pas mieux, soi-même, revisiter ses a priori sur ces gestes-là, et soi, retrouver le plaisir qui est le sien, qui fut le nôtre, autrefois, il y a 10.000 ans. l’idée vous frôle que le mépris attaché à ces gestes fût seulement culturel, et que leur prix, comme gestes, comme mouvements du corps, pourrait s’en conserver, fût-ce un minimum, s’ils étaient considérés autrement. considérés du point de vue de l’enfant, qui ne dispose que de celui du plaisir qu’il prend. bien sûr, que c’est une forme de sagesse. ou une autre forme d’illusion, de croyance.

enfin, quoi qu’il en soit, un détachement s’opère. dans la maîtrise acquise. ou me trompé-je, et est-ce bien plutôt ce sentiment-là, de maîtrise, d’acquisition de la maîtrise qui lui procure du plaisir. ce plaisir aussi qui lui vient à nommer. son premier vrai mot, c’aura été « nez ». certes, certes. un plaisir vient en remplacer un autre et puis disparaît.

le neuf de novembre je reprends une analyse.

   Mais au-delà de la haine il y a aussi l’indifférence qui met en évidence que l’Autre n’a aucun intérêt. Si nous faisons une certaine lecture transversale du Séminaire Encore, nous pouvons trouver des indices d’allusion de Lacan à cela. A un moment donné de ce séminaire, Lacan semble faire une confession personnelle, disant que sa passion n’est ni l’amour ni la haine mais le mépris. Le mépris signifie : « Tu n’as rien qui m’intéresse, je ne veux rien de toi. », c’est-à-dire que le mépris est comme un certain oubli de l’Autre.
Jacques-Alain Miller IN Le transfert négatif, Collection rue Huysmans, Navarin, p. 116.

   En principe, nous pouvons faire une grande distinction: d’une part l’amour et la haine qui logent l’agalma chez l’Autre, et d’autre part le mépris. Il ne me semble pas excessif de faire du mépris une passion de l’être, parce que, bien que Lacan parle de l’amour, la haine et l’ignorance comme passions de l’être, dans le Séminaire XX il dit se soutenir sur le mépris. Il conviendrait alors de valoriser le concept de mépris comme différent du transfert négatif, puisqu’il s’agit plutôt d’absence de transfert.
Ibid., p. 117.