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night
[ 27 février 2008 / 24 juillet 2010 ]Récemment abondamment lu Imre Kertész*. Commencé par un livre dont à l’instant j’oublie le nom, alors que j’avais cru qu’il allait changer ma vie. Être sans destin. Actuellement, lis un livre acheté pour son titre, Les livres que je n’ai pas écrits, de Steiner Georges. Titre qui me rappelle qu’à la lecture de Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres (de Benabou), également j’avais pensé que ma vie en serait transformée.
Du temps a passé depuis Être sans destin, sans que concrètement rien n’ait vraiment changé. Si ce n’est peut-être cette tristesse supplémentaire, ce sentiment d’avoir laissé, une fois de plus, passer quelque chose.
* J’en livre ici la liste : Être sans destin, Le refus, Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas, Le Dossier K, Liquidation, Le drapeau anglais, Le chercheur de traces
Les livres ou la vie (1)
[ 1 mars 2008 / 24 juillet 2010 ]Le brouillard ayant envahi mon esprit, brouillard blanc où je distingue quelques panneaux lumineux, dont celui qui comporte les mots « IMRE KERTÉSZ », je décide, sans en savoir plus, de racheter aujourd’hui Être sans destin, prêté déjà, et que je ne risque pas de revoir avant longtemps. Le racheter, le relire, à cause de la forte impression qu’il m’a faite dont ne me reste qu’un souvenir flouté.
A propos d’Imre Kertesz, me serait-il possible en ce moment d’en dire plus ? Se concentrer.
L’écriture.
J’aurai, le lisant , compris que j’accordais à l’écriture, aux livres, bien plus d’importance qu’à « la vie ». (Je ne rapporte ici que ce que j’arrive à en rapporter, de ce que j’aurai alors compris, maigre moisson, constatai-je, maigre moisson, au regard des souvenirs dont je suis sûre : ce que j’avais cru comprendre alors m’avait laissée bouleversée, pendant des semaines.)
Cet autre souvenir : je demande à D, dont c’est la spécialité, si elle me croit atteinte de bovarysme. À mes explications, elle répond que c’est certainement là l’un des noms de ma maladie. Je lui demande quoi faire. Elle me dit que je ne peux rien faire d’autre que de l’accepter.
Je me souviens également, avoir été saisie par la nécessité de prendre cet amour qui se révélait de moi, de façon éclatante, au sérieux. Cet amour pour les livres, pour l’écriture, il me fallait l’assumer, le revendiquer. Il ne s’agissait plus de laisser dans l’ombre, une ombre honteuse. Le porter au grand jour.
C’est intéressant.
Il allait s’agir de faire en sorte que soit la vie qui soit atteinte par les livres. Il faudrait que le sérieux des livres se propage par contagion à la vie. Il ne s’agirait plus de vivre une vie amputée du sérieux des livres. Je ne peux m’empêcher de songer ici à la formule de Lacan concernant l’aliénation. La mienne s’écrirait : « Les livres ou la vie ». Que vous choisissiez l’un ou que vous choisissiez l’autre : vous n’aurez jamais les deux. Vous n’aurez jamais que l’un amputé de l’autre. Telle en tout cas me sera apparue ma vie à ce moment-là, sa difficulté : amputée des livres. Dans les livres, j’étais sans la vie, dans la vie, j’étais sans les livres.



Comment le dire : j’aime le sérieux et la passion des livres et je reproche à la vie de ne jamais rien m’offrir de pareil. Et m’est-il apparu que simplement, ma vie serait-elle écrite, je l’aimerais. Passionnément peut-être même. Pourquoi je me force aujourd’hui à cet exercice.
[ Et raison pour laquelle je me suis autant emportée, emballée, quand j’ai écrit ce mail à XY. Je lui parlais de la seule façon dont il me semble valoir la peine de parler. Plus exactement, je m’adressais à lui, de la seule façon… Les intérêts que je mettais en jeu étant les seuls qui m’intéressent. Mon compagnon, F., y vit à redire : « Tu ne peux pas t’adresser ainsi à un concurrent ». Je lui répondis que ma décision se trouvait là, ne pas renoncer à m’adresser à quiconque dans ce qui était important pour moi. Bien sûr, il est bien possible qu’il ait eu raison, et que si cet homme me répondit de façon charmante, c’était probablement pour m’amener à lui fournir les renseignements dont il avait besoin pour que le travail qu’il avait à faire, de reprendre mon boulot, pût se faire à moindre coût. Qui donc mieux que moi pouvait défaire ce que j’avais fait.]