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Les livres ou la vie (2) – choc

[ 2 mars 2008 / 24 juillet 2010 ]

Que ces lectures, se figure-t-on, m’ont causé un choc :

Lacan Jacques, Séminaire XI, p. 191

Si dans ce cercle, celui de gauche, il y a cinq objets, et si, dans l’autre, il y en a encore cinq, – les additionner, ça fait dix. Mais il y en a qui peuvent appartenir aux deux. S’il y en a deux qui appartiennent à chacun des deux cercles, les réunir consistera en l’occasion à ne pas redoubler leur nombre, il n’y aura dans la réunion que huit objets. Je m’excuse de ce qui peut paraître là enfantin à rappeler, mais cela est fait pour vous donner la notion que ce vel que je vais essayer de vous articuler ne se supporte que de la forme logique de la réunion.

Le vel de l’aliénation se définit d’un choix dont les propriétés dépendent de ceci, qu’il y a dans la réunion, un élément qui comporte que, quel que soit le choix qui s’opère, il a pour conséquence un ni l’un, ni l’autre. Le choix n’y est donc que de savoir si l’on entend garder une des parties, l’autre disparaissant en tout cas.

Topologie, Problèmes, Seymour Lipschutz, p. 3

La réunion de deux ensembles A et B, notée A B, est l’ensemble de tous les éléments appartenant à A ou à B, c’est-à-dire

A B = { x : x A ou x B }

De ce choc on pourrait s’étonner, puisqu’il semble que je ne vienne pas de dire autre chose précédemment, et que ces choses dont je parle, déjà je les sache. Ce sont là les mystères de ce qui se « sait » en psychanalyse. Il ne s’y sait rien qui n’y passe par l’expérience. C’est le « savoir » le moins théorique qui soit, dans la mesure où il ne se constitue justement que de ces chocs de la théorie et de l’histoire du sujet, de ce qu’il ne sait qu’à son insu, inconsciemment. Ces chocs peuvent parfois être suffisants pour laisser des traces dans la conscience, ce d’autant que le sujet est en analyse, où il est amené à chercher, trouver les mots, ses mots, pour le dire, ce choc. Et même une fois ces/ses mots conquis, ils n’en restent pas moins à reconquérir, régulièrement. Ils peuvent bien exister dans la conscience, ils y surnagent ayant perdu leur lien avec l’inconscient, avec le réel de l’inconscient. Mais quand l’un de ces liens trouve à se renouer, ou quand un nouveau lien se crée avec les abysses, le choc, le premier choc de la découverte se renouvelle. Car il n’est pas de la nature du savoir inconscient d’être su autrement qu’aperçu. C’est cet « instant de voir » qu’il est le plus captivant d’essayer de capter, de retenir. lui qui n’est qu’évanescence. Autrement dit, il est possible que certaines choses puissent être appréhendées théoriquement, donner même l’impression d’une connaissance profonde, jusqu’à ce que soudainement s’aperçoive, se réalise quelque chose de cette perception, de cette appréhension théorique qui ne l’avait pas été jusqu’alors. Enfin, on peut acquiescer à une théorie, s’en trouver marqué, et connaître plus tard un moment où les causes de cet acquiescement deviennent plus claires, éclairent le chemin dans lequel on se trouve « actuellement ».