13 mars 2017
~ 4 h 06

bruxelles. voilà. tout de. même, je trouve ça extraordinaire. je me réveille, je regarde l’heure, il est 4h00. et normalement, dans deux heures, il faudrait que je sois toujours réveillée.

12 mars 2017
~ 18 h 12

thalys vers Bruxelles.

dans le train. enterrement tante demain. oublié bouquin à la maison. je foire toujours au moins un truc. la dernière fois, lundi dernier à la gare, juste devant la machine où je devais retirer mon billet de train, j’oublie mon code de carte de banque. c’est juste histoire de dire, tu sais pas y faire, faut que t’appelle F. tu peux pas faire sans. 

non. l’angoisse viendrait plutôt dès lors que je m’apprête à faire ce que je dois, dès lors que je veux le faire. c’est faire ce que je dois qui m’angoisse, ce que je dois qui est en fait ce que je veux. (je me suis si bien débrouillée, pour ne pas faire ce que je ne veux  pas faire, que vraiment, aujourd’hui, il ne me reste plus que ce que je veux faire.)  je pensais à ça ce matin dans mon bain. l’autre chose à  laquelle je pensais, c’est qu’il m’est vraiment difficile pour le moment de ne pas laisser F faire les choses à ma place. le faire, faire ce qu’il me revient de faire, etqui n’est pas ce travail que je dois faire, je n’y arrive plus. (je pense à des choses très simples, comme faire à manger, la moindre des choses.) toute à mon boulot. je me laisse happer, happer, happer, dévorer, je donne ce spectacle-là. de ma réduction par et pour l’autre, de mon esclavagisme, de mon aliénation. et que je ne puisse plus rien faire d’autre.  en termes lacanienne, c’est : quelle jouissance n’arrivai-je plus à sacrifier en ce moment, pourquoi me faut-il, en ce moment particulièrement, le soutien de F à 100%, au point qu’il se soit fait un lumbago. la jouissance de me donner toute à l’autre, un autre complètement fantasmatique, sous la figure spectrale du travail, et quel est ce fantasme, pourquoi ne puis-je simplement assumer ce que je veux, pourquoi faut-il que je m’épuise à démontrer que je n’y arriverai pas, quels que soient mes efforts. et pourquoi transformai-je ce que je veux en ce qui est voulu par l’autre.  je trouve ça complètement décourageant. dire que je me conduis en  fille gâtée est un euphémisme.  comment faire pour que ça bouge. 
 

à quel impossible travail m’astreins-je, toute à combattre l’angoisse qui en découle, combattre ce  qui se met en travers de ma route, comme par exemple, incessamment, ce sentiment de ne pas faire ce que j’aurais dû,  d’avoir fait le mauvais choix, de devoir rebrousser chemin, de devoir  recommencer, défaire le travail de la veille, recommencer. infinir. ma grand’mère disait faire et défaire, c’est toujours travailler. alors, pour ça oui, je travaille. c’est un trou que je creuse.  une tombe où je m’enfonce.

et comment j’en appelle à F maintenant, pour arbitrer mes choix, mes dilemmes.

aussi, me semble-t-il qu’il faut toujours que je sois à plaindre, maintenant plus que jamais. lui, me trouve des excuses, le décès de ma tante, le travail que j’essaie de faire. mais pourquoi ne suis-je  pas plus forte, comment puis-je être aussi ridiculement fragile. cette plainte même que j’exprime en ce moment est insupportable. quelle est cette plainte, sa fonction. et pourquoi ne cherchai-je pas davantage à épargner F, faut-il que toujours je l’inquiète. ne puis-je  souffrir en silence. et peut-être est-ce ce silence dont je fais l’épreuve, la nuit, quand je me réveille. la raison de ces insomnies qui ne me lâchent pas, qu’il faille bien cesser d’imposer aux autres sa vérité, être seule. devant l’éternité. et cesser de récriminer. 
 

comment renoncer à la vérité (elle que Lacan disait sœur de l’impuissance) 

voilà que nous arrivons à destination ! 

dans le tram 51, vers chez ma mère 

non, ce que je veux dire aussi, c’est que je sais très bien ce que je dois faire, très souvent. et que systématiquement ne le fais pas. comment c’est possible ça. 

et à tout ça, l’analyse n’a rien changé. malgré tout ce que je sais de mon fonctionnement. 

 

 

6 mars 2017
~ 11 h 12

je dis ça, mais bon, ma tante meurt. alors je suis venue à Bruxelles pour la voir. pour la revoir.

hier, conversation téléphonique avec ma cousine. quel âge à Jules, onze ans ? et tout d’un coup, la seule chose que j’aie à faire, c’est me tourner vers Jules et lui demander : tu as quel âge Jules ? je ne sais pas d’où m’est venu ça. il me répond onze ans. je dis : il a onze ans. tu ne te souviens plus de l’âge de ton enfant? non, je m’en souvenais plus. ces mots ne voulaient rien dire. par réflexe, j’ai dit à Jules : tu as quel âge, Jules. j’avais tout oublié.

peut-être cela tient-il au fait que nous étions là-dedans, la mort de sa mère, à ma cousine, la mort de ma tante. et tout le reste alors disparaît. plus tard, elle m’a demandé comment j’allais. et très franchement, non plus, je n’en sais plus rien. 

en plus, J. 12 ans.

5 mars 2017
~ 8 h 33

8 heures trente-trois

décider de tout accepter. alors, dois-je accepter de juste finir d’avoir joué aux cartes pendant une demi-heure. mona chollet ne parle pas des jeux dans son livre (que je viens de commencer : Mona Chollet, Chez soi – Une odyssée de l’espace domestique).  elle parle de tout ce qu’on peut faire de bien chez soi, mais elle ne parle pas des jeux.
elle parle d’internet et des réseaux sociaux, avec lesquels elle s’est finalement arrangée, enfin elle et sa conscience,  quand elle s’est aperçue que de passer d’y passer du temps, beaucoup,  ne l’empêchait pas d’arriver à  travailler, son travail consistant à écrire. il faut  dire qu’elle a sur internet une vie sociale  assez amusante, vive, intéressante, valorisante, sur internet. pas comme moi, qui ne cause avec personne. où j’erre dans le même état de honte que dans la vie réelle.
elle donc aussi cherche à être productive de son temps. j’aime bien tout ce qu’elle dit sur le temps. qu’il faille sortir d’un temps productif à tout prix. mais c’est très facile avec les jeux, d’être improductif. enfin, ça c’est mon point de vue sur les jeux, dont je n’arrive pas à sortir.
à Bruxelles, j’ai vu ma mère jouer tout le temps, au solitaire. en revenant, je m’y suis remise,  au solitaire,  et je viens d’en installer un sur mon téléphone. il faut vraiment que je fasse tout comme elle. 

4 mars 2017
~ 19 h 56

que j’apprenne à dire « je vais faire ça, je veux faire ça. »

c’est quelque chose que j’évite absolument.

ai-je remarqué. et me suis-je reproché.

car il ne me semble pas que J m’entende jamais dire ça. et comment pourrait-il apprendre à le dire à son tour. enfin, il y a son père. 

mais oui, j’évite toujours de dire que je vais faire telle ou telle chose. soit que ça amènerait une note optimiste qui ne collerait pas avec mon personnage – mou, abattu, sans initiative*. soit, que j’aurais trop peur de ne pas y arriver, et d’être jugée sur ce que j’ai fait. soit, que je sois toujours plus ou moins honteuse de ce que je fais ou veux faire et doive toujours tout faire en cachette. et de toute manière qu’il est entendu que je ne fais rien, que je ne doive rien faire (ainsi que je l’ai si souvent souligné).

* est-ce vraiment de ce personnage qu’il s’agit? il me fait peur à moi-même. ne s’agit-il plutôt d’un personnage triste, à fleur de peau, en danger, un personnage à aider, une femme à aider, et pour qui rien n’est fait, que nul ne peut sauver. nul, nul homme. c’est plutôt ce personnage-là, que je préférerais mettre en avant. plutôt que le « mou, abattu, sans initiative », sans désir,  qu’en réalité je présente. réduire l’autre à son tour, au rien qu’il peut faire pour moi, au nul. bitch. est-il possible qu’un jour cela bouge. tout attendre de l’autre et le réduire à l’impuissance. 

27 février 2017
~ 10 h 37

Merci N. Depuis la journée du Mandala, je suis soulagée des gros effets physiques liés à mon sentiment de ne pas faire ce qu’il faut, l’angoisse est tombée. Il n’empêche que j’ai pu m’observer jour après jour défaire ce que j’avais patiemment mis en place la veille… Je suis maintenant, j’ose espérer, arrivée à quelque chose de stable. Je ne saurai jamais si je me suis arrêtée parce que j’avais enfin trouvé la bonne solution, la bonne méthode, on seulement parce que je n’en pouvais plus, parce que le temps qui me séparait du moment de ton retour de vacances n’était pas élastique à l’infini.

Lettre non-envoyée

23 février 2017
~ 15 h 34

Cela fait une mois (j’ai commencé le 17 janvier, nous sommes le 23.2) que j’essaie de faire un certain travail qui aurait dû être facile et que je rate : tous les jours, éventuellement tous les deux jours, je change de méthode, de chemin, de moyen pour arriver au résultat que je dois atteindre,  il s’agit d’un site internet, persuadée que le choix que j’ai fait n’est pas le bon,  que ce n’est pas ça.

J’ai commencé ce travail dans beaucoup d’angoisse, laquelle est tombée lorsque j’ai avoué ce fantasme (si de ça qu’il s’agit, dans l’idée donc qui me poursuit, d’avoir fait le mauvais choix) à la personne pour qui je dois faire ce travail, personne un peu magicienne, pensant que je serais guérie, puisque de toute façon, il le fallait.

L’angoisse s’est dissipée, la poisseuse, celle qui me prenait au corps, qui m’avait d’ailleurs collé un lumbago. C’est dans un sentiment qui s’évidait, que j’ai continué chaque soir à défaire ce que j’avais fait le jour, pour repartir à zéro le lendemain matin, persuadée d’avoir enfin fait le bon choix. Même si cette  persuasion s’est émoussée au fil du temps, tandis que j’avançais un peu plus hallucinée chaque jour par mes agissements. Cette hallucination me préservant de ressentir quoi que ce soit.

Il y a là  une fatalité et je ne sais pas du tout à quoi je joue. A tel point qu’il m’a semblé un moment que je ferais bien de retourner voir une analyste le temps de résoudre ça, qui ne pouvait rester comme ça. Je ne l’ai pas fait.

Un sentiment de vide non loin de l’effroi, une lassitude croissante m’a soufflé hier que ce qui commandait à cette situation, c’est qu’il fallait que ce ne soit pas ça, songeant en arrière-plan à la « jouissance qui n’est pas ça » de Lacan, la jouissance dont il faut qu’elle ne soit pas ça, qu’elle soit jamais ça, qu’elle soit jamais la jouissance qu’il faut. La jouissance qui toujours fait dire « C’est pas ça ». Et que je sois coincée dans cet impératif-là, de jouissance, sans issue, sans possiblité de mouvement, d’extraction.chacune demes avances/reculades revêtant d’ailleurs tous les dehors de la raison

Je me suis demandée aussi si, moi qui n’écris plus aujourd’hui, je ne regretterais plus de l’écriture que la confession.  L’acte de contrition1, la confession, les regrets, les excuses, les justifications. Révélant in fine la cause secrète, jouissive, qu’elle aurait jamais constitué pour moi. 

A n’écrire pas, il ne me manquerait plus aujourd’hui que d’écrire, minute après minute,  mes excuses. Empruntant le destin de ma mère, d’une vie vécue sous  ce funeste signe. Tout cela n’est pas complètement neuf. (Je me souviens même être arrivée en analyse espérant y rester, en sortir sans pardon. Elle que j’aurai d’abord vécue comme un procès, où j’étais à la fois juge et partie).

Cela  m’a paru complètement vain comme raison d’écrire et de vivre. Dans le désir inextinguible d’étaler une confession  par écrit. La passion d’être fautive.

Il est cependant une autre raison d’écrire qui m’apparaît, par rapport à laquelle d’ailleurs je suis fautive, c’est celle de l’effroi face au temps et à l’oubli.  

Et je me suis réveillée un matin me disant qu’être seule, c’était être seule avec tout ça (pour toujours et à jamais, irrémédiablement). Et que j’aurais beau tâcher de l’écrire, des les écrire, toutes ces saloperies, rien n’en passerait jamais. Il n’y a d’autre solitude que celle-là, elle est insurmontable (comme disait Miller, la jouissance n’est pas dialectique, elle n’est pas communicable). Je m’illusionne à croire que quoi que ce soit puisse s’en écrire, et d’un façon utile, reprenant la guise de ces avertissements d’antant adressés au lecteur, prends garde et écoute mon histoire, sois en édifié, et que te soient évité mon chemin de douleur (s’il ne s’agit que de péché, continuons donc d’utiliser le vocabulaire de l’emploi, catholique).

Tandis que sans l’écrire, je ne résoudrais probablement pas cette situation . 

Notes:
  1.  Dans la religion catholique, selon la théologie thomiste, la contrition est « une douleur voulue de nos péchés jointe à la résolution de nous confesser et de donner satisfaction1 ». Celle-ci implique « une double douleur, une douleur de raison qui est la détestation du péché qu’on a commis, et une douleur de sensibilité qui est la conséquence de la première2 ». Saint Thomas précise « Le pénitent ne peut jamais être certain que sa contrition soit suffisante pour la rémission de la faute et de la peine et, par conséquent, il est tenu de se confesser et de satisfaire. Il y est d’autant plus tenu que la contrition n’est pas vraie, si elle n’inclut pas la résolution de se confesser, résolution qui doit aboutir à une confession effective, à raison aussi du précepte obligeant à la confession3 ».  []

18 février 2017
~ 16 h 41

Merci Nin. ​pour ce spectacle. Tu as fait un travail formidable.  Ton texte est très beau, mais ce que tu en fais sur scène est d’une intelligence qui va au-delà des mots, si j’ose dire. J’ai trouvé extraordinaire la façon dont tu arrives à donner vie à la plus petite phrase, à lui donner son espace, son temps,  par tes déplacements,  ton déploiement, la générosité de tes gestes, ton visage d’une mobilité extraordinaire, clair, lumineux,  le temps que tu prends, cette énergie, ce désir de poursuivre, d’aller jusqu’au bout de ce que tu cherches, découvres, questionnes, dénonces, tout ça c’est, à mon sens, et je le découvre par toi, une vraie interprétation.  Tu touches à quelque chose qui va  au-delà du texte, au-delà de la parole, par ton interprétation, par ta mise en scène,  tu touches à quelque chose de très réel qui nous touche à notre tour par la force, la violence de ses contradictions internes, par son énergie (sa folie, sa grandeur), et tu arrives à  nous fait  pleurer et puis rire.  Tu dis certainement quelque chose de cette incroyable difficulté qu’il y a à être une mère, à en avoir une, à devenir une femme, à s’accomplir comme être humain. Et tu fais tout ça avec humour, ingénuité, force et douceur. C’est génial. Et j’espère que tu auras l’occasion d’encore beaucoup jouer ce spectacle. Et de nous en écrire d’autres…. 

Envoyé à Nin, le lendemain de son spectacle. Je ne cite pas ici son nom parce que je doute, qu’elle comme d’ailleurs beaucoup d’autres qu’ici je protège, dont je tais le nom, je doute qu’elle veuille être associée de près ou de loin à aucun de mes délires.

12 février 2017
~ 10 h 13

Cher J, Cher F,

Parce que c’est peut-être un peu trop incompréhensible pour J, je vous écris. Hier, je me suis encore beaucoup énervée. Alors oui, j’avais mal dormi. Alors oui, nous avions passé une semaine à B. Alors oui, nous venions juste de rentrer. Alors oui, c’était le matin. Et  il était 11 heures et je n’arrivais plus à sortir du lit où je m’étais renfoncée, alors que j’avais fait cet effort de faire du taï chi au réveil, ensuite suivi par la sympathique idée de vous rejoindre au lit pour boire une tasse de chicorée en votre compagnie, avant que de prendre une douche, ainsi que je le projetais. J’allais donc pour une fois commencer le jour, embrasser la journée comme il se doit, ce qui ne m’arrive jamais. Puis voilà, F est sorti du lit, à déclaré prendre un bain, et j’ai eu beau insisté, pour pouvoir en prendre un avant lui, n’en n’a pas démordu. Alors, je suis restée dans le lit avec J, puis J a pris un bain, tandis que je m’étais résolue à ne plus en prendre, tant le courage de sortir du lit m’avait quittée, que j’étais désemparée, que j’avais froid,  que l’angoisse me rattrapait. Voilà.

Aussi probablement, suis-je surtout très capricieuse, tyrannique. Et aimai-je trop accuser F de toutes sortes de maux. De me spolier.  Il faut « Tout tout de suite ou rien jamais plus ».  Comme l’autre jour avec la télé, quand je regardais Colombo et que F m’a demandé quelque chose…  Tu te souviens J, pour t’expliquer, te calmer, me faire pardonner, je t’avais dit que j’étais manipulatrice…

Et donc, quand je me suis finalement levée. Alors que je ne pense même pas que j’avais ressassé ça dans mon lit, je n’ai pu m’empêcher d’agresser F à cause de ce bain qu’il m’aurait empêchée de prendre. Et je crois que j’y suis allée assez fort, enfin ma voix est-elle sortie assez forte, me surprenant moi-même, et tout s’est emballé. J’étais gênée, honteuse, j’ai dit à J que Oui, j’étais folle et que c’était bien triste pour lui. Je suffoquais, je ne voyais pas d’autre issue que de sortir ou d’exploser encore plus fort. J’ai dit à J que je sortais à cause de lui, parce que ce n’était pas possible, ce que je lui faisais subir. F disait que c’était fini, qu’ils ne m’en voulaient pas. Et je disais que ce n’était pas fini, que ça ne finirait jamais et que rien ne pourrait faire que ça n’aie pas eu lieu. Je suis sortie, j’ai marché, et je ne pensais à rien d’autre qu’à mourir.

Bon, je ne vais pas t’envoyer ça J, ce n’était pas une bonne idée. Je l’ai eue cette nuit, alors que  je ne dormais pas.

J’ai recommencé à penser à mourir depuis cette nuit-là, cette nuit précédant ma colère.  Je ne sais pas pourquoi. Ça m’embête. Je pensais depuis quelques temps  que c’était d’abord  lié à la cigarette. Or, je n’avais pas fumé à Bruxelles, sinon deux tafs, la veille, d’une cigarette de ma mère. 

(lettre non-envoyée)

14 janvier 2017
~ 7 h 45

[quote author=Polyfoam fanatic link=topic=108.msg22258#msg22258 date=1484322117]Et enfin, « je veux juste un peu de fiction construite, à partager avec des gens pour qui j’ai quelqu’intérêt », je ne vois pas où est le problème. Non pas que t’ai dit qu’il y a un problème, surtout que c’est la partie non barrée de ton post.[/quote]

« juste un peu de fiction »… il n’y a que mon esprit fantasque qui s’y oppose. il a tendance à s’emballer, à partir dans le grand n’importe quoi, je le refrène un max. autrefois, je l’écoutais à loisir et j’ai pu croire qu’on ferait de choses, lui et moi. ensemble. bon, j’ai dû me rendre à l’évidence, lui, tout ce qu’il aime, c’est le blabla, c’est d’s’écouter et d’m’empêcher de dormir. du coup, j’ai essayé d’avoir barre sur lui, on s’entend plus si bien. je l’ai un peu maltraité, c’est possible. mais enfin c’est une sale bête. et puissante. sans égard pour ma personne. et comme je lui refuse les grands espaces, les longues envolées, que je lui tiens la bride vraiment très court, on tourne vachement en rond, on piétine. bon. ça va un peu mieux quand  j’écris de petits textes comme celui-ci, ça nous fait du bien, c’est comme de prendre un peu l’air, un petit bol d’air matinal. on fait ça ensemble. on tient précautionneusement chacun un bout de la laisse, on écoute la petite voix, on avance.

enfin.

jusqu’à quel point nous sommes possédés par notre esprit, c’est un truc incroyable. je sais qu’il faut que je parle pour moi, mais. je la ressens dans tout mon corps, cette emprise. cette brûlure, cette tension.

il y a des moyens de le faire taire, je trouve des moyens de le faire taire, mon esprit. se lever, agir, quand c’est possible, essayer de m’insinuer dans des routines quotidiennes. dans les bons jours, entendre de ces routines les airs merveilleux, comme dans le film de Jarmush. écrire, mais ça c’est une question aussi d’espace, de coquille (où se recroqueviller), et de temps, du temps volé, arraché à son cours habituel, soustrait, la nuit s’y prête quand ses monstres ne font pas trop leur grosse voix. la nuit. le petit matin. il y a la relaxation aussi, le taï chi. il y a la voix, la parole. mais prudente, prudente faut-il qu’elle soit la parole, quand, dans des jours comme ces jours-ci, c’est l’angoisse qui a pris ses quartiers. quartiers d’hiver. qu’elle a noué corps et mots. du coup, les mots c’est nitro (glycérine). et quand on les  risque hors de soi, qu’ils passent le sas de la bouche,  pénètrent le monde, ces ondes qui nous quittent, tandis que  nous devenons  tout ouïe – tatilleiux et pointillon – à l’accueil qui leur sera fait. à ces bouts de chair qui découvrent la voix, cet éveil qui nous éveille. la vie intérieure qui encore s’accroît. et pour peu que dehors à nos mots l’accueil tourne à l’écueil, dedans c’est tumulte bientôt.  jusqu’à ce plus rien n’obéisse et qu’éventuellement  ce soit la plus enfouie, la plus sourde d’entre les sombres pensées qui surgisse hors de son antre, hébétée, idiote, et qui au hasard presque s’empare de la voix qu’elle n’a jamais connue (sinon d’ouï-dire) pour surgir hors de la bouche, y rugir des insanités au milieu de la plus totale consternation et la sienne propre. que le silence tombe et que je n’aie moi-même plus rien à écrire (hébétée, idiote, fendue, à terre).

quand pourtant, il y en aurait des choses à dire. sur ce silence. qui tombe. ce qui s’atteint alors. et sur ce qui se contracte, se referme.  j’en finirai sur une toute autre note. sur une note chinoise. j’ai, cet été, été prise par de tels accès, stupéfiants, de colère. eh bien, j’en ai été guérie par la médecine traditionnelle chinoise d’internet, qui avait traité cela de la façon la plus plate :  il s’agissait d’une crise de foie, de bile.  j’ai fait ce qu’il fallait : j’ai cessé tous les excitants,  pris des plantes pour me nettoyer le foie et les colères ont disparu.

tout ça peut paraître ne pas tenir debout (mais ça tient couché).

1 janvier 2017
~ 5 h 41

1er janvier 5h41 du mat : où je découvre

sans m’en étonner

qu’effectivement le tabac, la cigarette donne des idées suicidaires :

http://m.topsante.com/medecine/addictions/arret-du-tabac/prevenir/fumer-pourrait-donner-des-envies-suicidaires-249019

cela fait des jours et des mois et des années que j’arrête de fumer. si ce n’est que j’ai continué à fumer à chaque fois que je voyais des gens qui fumaient. comme je vois très peu de monde, on ne peut vraiment pas dire que je fume. enfin comme je vois très peu de monde qui fume.

eh bien, cette cigarette que je reprends de temps en temps, il me devient à chaque fois plus difficile de ne pas la faire suivre, dans les jours qui suivent, par d’autres. d’autres cigarettes. et donc, il m’est arrivé, 2 ou trois fois, depuis que j’ai arrêté de fumer, de reprendre la cigarette, c’est-à-dire d’aller jusqu’à RACHETER des cigarettes. et ces cigarettes-là, dont je ne fumais qu’une ou deux par jour, il m’a à chaque fois été obligatoire d’y renoncer, dans de grandes difficultés. car je les supporte de moins en moins, les cigarettes, et c’est sur mon humeur, essentiellement, qu’elles ont les plus pitoyables effets. non seulement, je deviens alors colérique, prenant la mouche pour un rien, mais en plus, à chaque fois, me reviennent, petit à petit, insidieusement des idées suicidaires. et quand elles ne sont pas suicidaires, ma foi, elles sont à mon encontre d’une brutalité, d’une méchanceté crasses.

donc, découvrir cet article ne fait que renforcer la conviction qui est la mienne que je vais arrêter de fumer, que j’ai arrêté de fumer, parce  que, littéralement, c’est insupportable.

à côté de ça, moi qui fume depuis l’âge de quinze ans, je me demande maintenant si mes premières idées suicidaires, et toutes celles qui ont suivi, et me poursuivent encore, ne sont à attribuer qu’à la cigarette. ce qui est probablement exagéré. mais enfin, il faut avoir vécu ce que j’ai vécu pour avoir ce genre de soupçon.

etc. je me rends bien compte que je n’en dis pas assez ou trop, que je m’explique trop peu, mais