vendredi 14 novembre 2008 @ 11h42

quant à la correspondance

je peux hélas affirmer aujourd’hui que je n’ai, jusqu’à présent, cherché d’autre correspondant que celui qui pût m’offrir, en miroir une image – dont le corps fût de lettres.

ce qui m’est apparu à la lecture du texte de la sagna sur l’inhibition publié dans la cause freudienne dont j’ai récemment repris ici un extrait.

(ma jambe n’en devient pas belle pour autant.)

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mardi 18 novembre 2008 @ 0h06

l’art constipé (et le sens n’est pas ce qui donne du sens à la vie)

( infinitisation des processus)
j’avais récemment, ce qui ne m’arrive JAMAIS, faute de savoir de quel nom signer, fait un commentaire, et même deux,  à un article d’un certain André Rouillé, sur ParisArt, intitulé « Refonder l’art: des choses au processus ». le premier, par fatigue, je le résumai d’une courte phrase :  » vous confondez l’art et la constipation ». le second, écrit dans l’étonnement que le premier ait été publié, fut plus étoffé  :

( objet ≠ marchandise)
A partir de quel moment une chose devient-elle une marchandise ?
( dans la mesure où cet article proposait à l’art de sortir de  la marchandisation en ne produisant plus d’objet,  en s’en tenant aux seuls processus)
( la chose freudienne)
— Pensez-vous vraiment qu’il faille qu’une chose soit matérielle pour qu’elle en soit une ? N’est-ce pas précisément LA chose (freudienne, pulsionnelle) qui est à l’œuvre dans ce que vous indiquez devant faire le futur terrain de l’art ? la pulsion sans tête sans rime ni raison ou plutôt avec rime mais sans raison, la pulsion qui s’arrange de n’importe quel objet et si bien consonne avec la pulsion consommatrice sans loi – mais avec foi
( de la représentation à la présentation)
La représentation: il y a bien longtemps que l’art a quitté le terrain de la re-présentation. De Duve écrit là-dessus de fort belles choses. est passé de la représentation à la présentation ( de l’objet).
( le diable, la cause)
— Ne simplifions pas. Que diable, l’objet n’est pas le diable. La chose, la cause.
10 nov. 2008

( éthique de la séparation)
si je reprends ceci ici, c’est pour être retombée sur un vieux billet, de 2006, à propos de ce même sujet, qui m’a beaucoup obsédé en son temps et  auquel j’avais beaucoup réfléchi dans to be or ( mon premier blog). dans ce texte j’ajoutais l’idée que la séparation d’avec l’objet est une question éthique. j’écrivais : « ( d’éthique: d’un rendre compte de l’objet, sans se confondre avec lui, en s’en séparant« . je partais alors certainement de mon expérience de la psychanalyse, la notion de « séparation » chez lacan, ainsi que de ma lecture du texte de de Duve ( dans Voici – catalogue de l’exposition du même nom qui eut lieu à bruxelles).

entre-temps, mes obsessions se sont déplacées, celles-là se sont apaisées, même si je ne me suis pas encore vraiment formulé l’idée qui aura permis cette rémission.

… tout dernier enseignement de Lacan, met en cause l’interprétation de la psychanalyse comme expérience de vérité et semble introduire la psychanalyse comme expérience de satisfaction. La satisfaction n’apparaît pas, n’apparaît plus comme un obstacle à la découverte de la vérité. En particulier, la satisfaction du symptôme n’apparaît plus comme un obstacle à la découverte de la vérité. Mais c’est la satisfaction elle-même qui apparaît comme une fin.
Jacques-Alain Miller

( d’une possible réconciliation) je ne suis moi-même, toujours pas sortie du processus. il est certain que je suis la première constipée. or, et, la tentation est telle, de rester dans le processus, de ne pas lâcher l’objet, que j’ai fini par m’apaiser me disant qu’il y avait lieu également de se réconcilier, tant que faire se peut, avec la jouissance, pulsionnelle. et de continuer à tâcher de faire du symptôme, une force. de croire cela possible. et d’admettre que le symptôme en sache plus que moi.

( se faire l’objet)
il n’y a pas d’arrangement entre le désir et la jouissance. ou au contraire, il n’y a que des arrangements. se confondre avec l’objet, c’est une jouissance aussi, la pire, parfois. l’analyste, par contre, lui, va se situer volontairement à la place cette place d’objet, à la place du déchet. c’est depuis cet endroit que s’éprouve le désir de l’analyste. mais c’est une parenthèse. une parenthèse peut-être d’importance, parce que les analystes nous apprennent beaucoup, et sont probablement les seuls à le faire, sur le comment y faire avec le désir, la jouissance, le réel.

ailleurs, encore sur le net, j’ai posé la question suivante : s’il n’y a pas la vérité, où est-ce que pourtant la chose connaît cette grâce d’être univoque. mal dit. si tout est insensé, écrivais-je, si rien n’a de sens, comment se fait-il, qu’il y en ait une pourtant, de chose, c’est un acte de foi, là, de ma part, qui y en ait un, de sens, de n’en n’avoir suprêmement aucun. non. ce n’est pas encore comme ça qu’il faut poser la question.

( une certitude soupçonnée)
j’écrivais :  » – et le seul endroit où il y a du sens c’est encore du non-sens – mais là : c’est bien. » en quoi consiste ce « bien » dont je parle là – je ne sais pas. le non-sens est peut-être partout dans la mesure où tout, n’importe quoi,  peut à un moment donné être manipulé dans des discours, et prendre tantôt telle ou telle valeur – on se situe là à un niveau symbolique, et cette chose que je veux pointer, eh bien, ce serait celle qui d’aucun discours ne s’arrange. le hic. celle qu’aucun discours ne peut d’aucune façon inclure. du bavardage, encore, et je m’en excuse.

( notre temps)
il y a quelque chose dans notre époque qui porte à la constipation, à l’obsessionnalisation;1 cela m’est apparu très clairement, à l’époque, à la lecture de je ne sais plus quel séminaire de lacan où il dresse le graphe du discours de l’obsessionnel. si l’on s’en tient à ce graphe, et d’ailleurs simplement au graphe du désir,  la chose est claire  S de grand A barré n’est pas supporté, est esquivé. le manque dans l’Autre, dans le signifiant, est constamment nié. c’est quoi ce manque dans l’Autre ?

( ce que je sais / quelle autre façon pour le savoir?)
je vais vous le dire : moi je le sais. à force de m’y cogner, je le sais. et ce sera tout pour aujourd’hui.

Opérer ce léger déplacement.
Ne plus craindre son temps.
« Ne pas craindre soin temps est une question d’espace ».
Dans le squatt. Dans l’orgie. Dans l’émeute. Dans le train ou le village occupé.
A la recherche, au milieu d’inconnus, d’une free party introuvable. Je fais l’expérience de ce léger déplacement. L’expérience
de ma désubjectivation. Je deviens
une singularité quelconque. Un jeu s’insinue entre ma présence et tout l’appareil de qualités qui me sont ordinairement attachées.
Dans les yeux d’un être qui, présent, veut m’estimer pour ce que je suis, je savoure la déception, sa déception de me voir devenu si commun, si parfaitement
accessible. Dans les gestes d’un autre, c’est une inattendue complicité.
Tout ce qui m’isole comme sujet, comme corps doté d’une configuration publique
d’attributs, je le sens fondre. Les corps s’effrangent à leur limite. A leur limite,
s’indistinguent. Quartier suivant quartier, le quelconque ruine l’équivalence. Et je parviens à une nudité nouvelle,
à une nudité impropre, comme vêtue d’amour.
S’évade-t-on jamais seul de la prison du Moi ?

Tiqqun

Notes:
  1.   à propos de l’obsessionnel et l’équivalence des valeurs, voir également : http://disparates.org/format-standard/2006-12-21/nevrose-obsessionnelle-equivalence-valeur/ []
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samedi 22 novembre 2008 @ 11h23

le livre sur "rien"

je me doute bien que je suis plutôt du côté du vide (plein) que du rien, comme le dit (si bien) éric chevillard.1 tant pis. même si ça me donne un peu la honte. j’essaierai tout de même de lire ce livre de pierre senges dont il parle… il est vrai aussi qu’il doit avoir raison quand il dit qu’ils sont peu nombreux ceux qui s’intéressent à la littérature.2

LIENS :

Notes:
  1. « De Beigbeder à Angot, le « rien » est omniprésent. Alors que chez vous je trouve énormément de vie, de matière littéraire. C’est le style qui différencie le « livre sur rien » du livre vide ?
    Je le crois. Un livre vide est affreusement plein : de vent (l’air du temps), de considérations vaines, de bavardages complaisants et oiseux, de détails sans intérêt, et surtout de mots dont aucun n’est pertinent. Livres vides, c’est-à-dire surchargés tout comme le sont les croûtes en peinture. Aucun rapport, donc, avec le livre sur rien qui est le ciel enclos, la chair faite verbe. Le livre sur rien, ce serait le grand déménagement du monde hors de ses greniers et de ses caves. Sur le trottoir, les encombrants, tout ce qui pèse et depuis toujours nous plombe, on s’en va, on laisse tout, on existera dans la langue, dans le livre sur rien, fait de mots justes et si bien articulés que rien précisément dans les phrases qui le constituent ne grippe ni ne grince. On approchait ce bonheur dans l’eau, dans l’air, dans la musique, mais ce n’était pas ça encore, trop de limbes, tandis que livre sur rien réjouit l’intelligence, elle se trouve là enfin dans son élément… »
    []
  2. La littérature ne concerne de toute façon vraiment qu’un très petit nombre de gens, parmi lesquels une bonne moitié de simulateurs. N’oublions jamais que presque tout le monde vit sans littérature et s’en passe aussi aisément que d’une cornemuse ou d’un hibou dans le grenier. []
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dimanche 23 novembre 2008 @ 14h09

Il exprime tout ce qu’il pense, et jamais ce qu’il sent.

« Il exprime tout ce qu’il pense, et jamais ce qu’il sent ». Cette remarque qui concerne aussi bien la vie du sujet que le déroulement de la cure démontre la valeur de défense des symptômes obsessionnels : il s’agit de pensées faites pour se défendre de ce que l’on pourrait sentir.

[…]

La défense fonctionne à la fois par rétention et par contrainte. On saisit là l’importance du rapport au surmoi dans la névrose obsessionnelle. La pulsion et le surmoi sont deux concepts clés de la névrose obsessionnelle. Mais il y a des échecs de la pensée qui se marquent par le retour du refoulé, ainsi : ce bout de réel de la toux qui vient par le corps. La défense échoue nécessairement, car tout ne peut être traité par la pensée, tout n’est pas maîtrisable.

[…]

Ceci nous donne une indication quant à la voie à suivre dans la cure pour que le sujet s’approprie sa vérité : il ne s’agit pas de rester obnubilé par les remparts qu’il dresse. A propos du sujet obsessionnel, Lacan parle de fortifications à la Vauban. Le sujet se remparde, se pétrifie ; sa stratégie de défense c’est de ne pas être là où l’Autre l’attend. Les demandes de l’Autre sont vécues comme autant de menaces devant lesquelles le sujet fait le mort pour préserver son avoir, pour ne pas risquer sa puissance en l’exposant. Dans le Séminaire V, Lacan dit que la névrose obsessionnelle est une place forte du désir. On s’y défend contre la menace imaginaire de l’autre, et on s’ennuie.

« Une pensée dont l’âme s’embarrasse », Conférence de Philippe de Georges, 25 janvier 2007

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