mardi 10 novembre 2009 @ 16h18

Ours is a moral landscape. We breathe deeply, crowded with values.

Alfred Leslie - The Killing Landscape

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mardi 10 novembre 2009 @ 23h06

la nuit dernière, j’ai rêvé que j’avais de grandes (très grandes) boucles d’oreilles

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dimanche 15 novembre 2009 @ 23h55

(vouloir ce que l’on désire)

« … c’est comme objet a du désir, comme ce qu’il a été pour l’Autre dans son érection de vivant, comme le wanted ou l’unwanted de sa venue au monde, que le sujet est appelé à renaître pour savoir s’il veut ce qu’il désire… »


Lacan, p.682 des Ecrits

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lundi 16 novembre 2009 @ 0h27

Il n’y a pas d’accord possible entre la chaussure et le pied.

[… ] « Le gnomon du psychanalyste ».
Voilà un homme qui ose poser le problème de ce que c’est que devenir
un analyste quand on est un homme ! Comment faire, quand on est un homme,
pour devenir une femme, puisque l’analyste a une position de femme ?
Lacan utilise le terme de gnomon p. 877 des Écrits.

Je rappelle dans quel contexte. La division du sujet est un point-noeud, dit Lacan. Elle se
noue à un manque – le manque du pénis de la mère. D’où le mathème que Lacan
propose : (-j) / $. Le pas-de-savoir $ est articulé au pas-de-pénis (-j).

Pas-de, Leonardo l’a fait remarquer, c’est non seulement le manque, mais
aussi le pas que l’on fait.

[… ]

(L’actrice américaine Robin Wright Penn, qui vient de se séparer de
Sean, a confié à un journaliste que le point d’appui (le gnomon, pourrait-on
dire) dont elle se sert pour composer les personnages variés qu’elle
joue, ce sont les chaussures. Qu’ils soient bien ou mal chaussés est
quelque chose de très important pour elle. « Faire chaussure », selon
l’expression de Lacan, elle s’y emploie, donc, car c’est ce qu’elle prend
particulièrement à cœur.)

[… ]

Une femme, dans l’auditoire, l’a
souligné
: « Trouver chaussure à son pied, c’est impossible. Il n’y a pas
d’accord possible entre la chaussure et le pied. »
Une faille, de lui, la
sépare, elle. Le chausse-pied, aussi habile soit-il, n’en peut mais.

Leonardo, cependant, l’a précisé – c’est une femme qui lui a permis
de faire le saut par dessus la faille, c’est-à-dire de quitter le fantasme
de continuité de la commune mesure, dans lequel le chausse-pied est captif.

Extraits du Journal des Journées n° 57

///

Le mot Gnomon est un mot latin qui veut dire aiguille de cadran solaire, venant du grec Gnômôn qui désignait une règle ou ce qui sert de règle. Par dérivation un gnomon est le nom du plus simple cadran solaire : un bâton planté verticalement dans le sol, ou même encore plus simple : l’homme lui-même.

The gnomon is the triangular blade in this sundial

The gnomon is the part of a sundial that casts the shadow. Gnomon (γνώμων) is an ancient Greek word meaning « indicator », « one who discerns, » or « that which reveals. »

It has come to be used for a variety of purposes in mathematics and other fields.

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lundi 16 novembre 2009 @ 0h30

zut

… je lis « foirage vaginal »
au lieu de lire
« foirage vaccinal ».

Foirage vaccinal : la conséquence inéluctable des choix politiques et industriels de Roselyne Bachelot

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mardi 17 novembre 2009 @ 11h08

la politique du symptôme, la politique de l’autruche

« Cet engagement-là relève d’une décision politique, non pas de la politique du symptôme qui est la politique de l’autruche : avoir pris acte d’un réel, mais en même temps refuser d’en tirer les conséquences. Et, en particulier, croire qu’il y en a un, au moins un, qui le fera pour nous. La politique du symptôme – politique du pire parce que c’est celle du père – comporte la croyance à l’Autre : qu’il soit gentil ou méchant, détesté, ignoré ou aimé, est secondaire au regard du fait de le faire consister. L’affect – colère, tristesse, etc., naît en ce point-là où l’Autre se remet à exister. Le trop dont on pâtit – le pathos -, c’est le moment où au lieu de consentir à lâcher sur la jouissance, le sujet préfère faire consister l’Autre et se faire croire qu’il existe. Un nouveau tour est alors nécessaire pour cesser d’y croire, et retrouver la voie du partenaire inhumain – partenaire symptôme des uns et partenaire ravage des autres – plutôt que la voix d’un Autre qui intime l’ordre de jouir du silence de la pulsion de mort. »
Agnès Afflalo, Journal des Journées n° 58

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jeudi 19 novembre 2009 @ 11h03

fatigue infinie.

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jeudi 19 novembre 2009 @ 11h07

infinie fatigue.

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jeudi 19 novembre 2009 @ 11h21

essaie de me réeiller. vis raiment incoryablement en dehors du monde. hier u film de ruiz.généalogies d’un crime. aant-hier vu  film de bunuel, premier film de la période meicaine, oublié son titre, comédie musicale. commencé autre livre de ballard. un livre qu’il recommande de lire n’importe comment, en le prenant dans n’importe quel endroit. je ne sais pas d’où vient cette fatigue. l’automne? la ménopause ? je ais me faire un café.
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vendredi 20 novembre 2009 @ 11h25

je m’accrochai à la statue d’un ange dans le cimetière

 » […] J’entrai dans son bureau, et elle s’intéressa à deux interprétations dans ma cure. A l’âge de 5 ans, un jeune homme qui était pour moi comme un père, mourut le mien venant d’émigrer en France.  Après l’enterrement, je m’accrochai à la statue d’un ange dans le cimetière, et refusai de partir. Pendant longtemps, dans une analyse précédente dont j’ai parlé au cours des Journées, cela avait été interprété comme la peur de la mort. Une scansion de Jacques-Alain Miller a inversé l’interprétation et fait apparaître le désir d’y rester ou plutôt sa jouissance, la pulsion de mort.  »

Francesca Biagi-Chai : Le voile soulevé – Journal des Journées n°60

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vendredi 20 novembre 2009 @ 15h25

toutes les heures twitteur
me parle

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big_ben_clock

BONG BONG 19 minutes ago from API

autruiche, vie chamboulée,

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dimanche 22 novembre 2009 @ 19h23

SNV80593SNV80592

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lundi 23 novembre 2009 @ 11h05

si j’étois une autruche (j’ai un coup de fil à donner et j’hésite)

je suis fatiguée. hello, c’est dix heures huit minutes, c’est lundi et je suis fatiguée. je ne sais pas si je vais donner un certain coup de fil ou pas. est-ce que je le fais, est-ce que je tente de vérifier, encore, la nature de mon lien à la psychanalyse, ce qu’il me reste à en faire. rien. quelque chose. est-ce que j’essaie de débusquer chez moi, encore, « le désir de savoir ». comment est-ce que je fais pour en finir vraiment avec l’idée de (ne pas) devenir psychanalyste. je dors? je continue comme je fais actuellement, je dors, je laisse passer le temps. j’attends. j’ai beaucoup attendu de la psychanalyse, j’ai cru que je lui devais de rester en vie, que je lui aurais dû d’être restée en vie. un psychanalyste, certain psychanalyste pourrait penser que j’aurais encore des choses à lui dire, que ça pourrait encore bouger. je pensais par exemple que la psychanalyse pourrait encore faire que je jouisse mieux. je veux dire sexuellement parlant. ou, quand je lis ce rapprochement entre pas-de-pénis et pas-de-savoir, je me dis, c’est ça, simplement, le savoir m’est resté inaccessible parce que je n’ai pas pu me faire à ça : pas-de-pénis. j’ai pourtant insisté. – à certains égards la psychanalyse ne se supporte pas elle-même. la psychanalyse est insupportable à la psychanalyse même. la psychanalyse est-elle une croyance? ai-je cru à la psychanalyse? la paychanalyse est pleine de promesses, m’a été pleine de promesses, et d’exigence, de promesses d’exigence. alors qu’il est possible qu’elle ne demande rien, que cette promesse-là, ultime, elle ne la tienne pas. et puis toutes les autres, bien sûr, qu’il suffise d’en passer par elle pour devenir une femme, pour, apprendre à supporter le désir et la jouissance. la psychanalyse n’est qu’une pratique. la théorie n’est pas ce que deleuze disait, la vie-même, non, la théorie est la théorie, la théorie, c’est le chant de la sirène psychanalyse. sirène psychanalyse. la psychanalyse n’est pas une femme à queue. de poisson fût-elle. j’aime le vertige. j’aime le gouffre. c’est que je me suis dit en lisant ces mots, à propos de la pulsion de mort, quels étaient-ils? j’ai pensé la pulsion de mort j’ai ça fort, la pulsion de mort, j’aime ça. le reste du temps je dors. ce que sait jacques-alain miller le dépasse en beaucoup d’endroits. poursuivre une analyse sans le transfert? sans ce que j’appelle la confiance? la confiance ? est-ce le transfert, a-ce été le transfert? « je pense que nous pouvons continuer ensemble et essayer de dépasser cette question de la confiance ». me dit-il. du moment où tu parles, il y a transfert. j’aime aussi le vertige des pleurs, ce qu’il en reste, après coup, le vertige de mes pleurs en analyse. je pourrais être analyste, s’il n’y avait pas toutes ces choses à mettre en place pour que cela se fasse, je pourrais. je pourrais, mais être dans l’école c’est ce que je ne pourrais absolument pas, absolument plus. miller sait des choses qu’il n’aurait pas dû savoir, qu’il ne peut savoir que de les avoir entendues sur le divan, qui sont contraires à ce qu’il est. puis il a conclu trop vite, mais on peut faire ça. je pense cependant que le pas-de-plus, à faire, dans la théorie, il ne pourra pas le faire. moi non plus. mais c’est bien quelque chose lié au XXIè siècle et à la longueur du temps. je voudrais simplement que les gens viennent chez moi, nous boirions des verres, je leur ferais à manger aussi, ça serait bon. f. hier faisait de la musique. hier j’ai eu dramatiquement envie de faire l’amour. on peut écrire un mot simplement parce qu’on en a envie. j’ai par contre confiance dans l’angoisse. plus que certains analystes.
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lundi 23 novembre 2009 @ 11h13

il fait glacial

je vais dormir, je vais re-regarder ce film de ruiz. je vais mettre le réveil à l’heure. je vais mettre de la crème sur mes paupières.
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lundi 23 novembre 2009 @ 14h05

hm. sais vraiment pas quoi faire.
bon, vais m’acheter une pomme. faire sécher le linge.
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lundi 23 novembre 2009 @ 18h34

(l’in-dé-ci-se-pression)

« Un des coups imparables du rateur d’élite, c’est l’indécision. Il est à tenter souvent et aussi tôt que possible, car le dispositif analytique c’est comme la portée de chatons : il faut le noyer avant qu’il prospère… Dépression et indécision sont les deux mamelles du ratage. L’indécisepression ! C’est l’indécisepression qui permet de durer dans l’intenable. Pour tout faire rater, l’indécisepression n’est jamais à court d’inspiration.»
Extraits du livre de Bernard Cremniter, « Comment rater sa psychanalyse »
– hm, me reconnais tout à fait en rateuse d’élite  –
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mardi 24 novembre 2009 @ 21h34

marre.

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mercredi 25 novembre 2009 @ 11h50

passe, fin d’analyse et satisfaction

J.-A. Miller nous dit que « le passant de la doctrine classique (celle de la passe de la Proposition de 1967) est supposé témoigner d’un savoir, (…) alors que, à la fin de son enseignement, ce passant-là ne peut témoigner que d’une vérité menteuse. » (Cours du 21 janvier 09)

Deux modalités de la fin de l’analyse sont présentes dans l’enseignement de Lacan :

  1. « La passe classique », c’est celle qui pense l’inconscient comme savoir. A la fin de l’analyse, ce dont témoigne l’analysant, c’est d’un temps qui va du début à la fin de l’analyse comme clôture de l’expérience.
  2. « La passe du dernier enseignement de Lacan » porte sur l’inconscient, non plus comme savoir mais comme jouissance. « Lacan a d’abord cherché à enserrer cette jouissance dans l’objet a. Puis il a, dans le séminaire XX, introduit un espace amorphe, où il a mis un grand J, pour démentir qu’on puisse l’enfermer ainsi ».
    (Cours du 14 janvier 09)

D’un côté nous avons l’inconscient transférentiel, le sujet supposé savoir, la vérité et la structure de fiction qu’elle soutient.
De l’autre nous avons l’inconscient réel, la jouissance opaque, le sinthome, la satisfaction de la fin d’analyse. « La question est moins de savoir ce qui a été extrait de jouissance, ce qui a été extrait du fantasme, en termes d’effets de vérité, en termes de savoir, que de dire la satisfaction que j’ai réussi à extraire de mon mode de jouir. Car mon mode de jouir est ce qu’il est. » (Cours du 11 février 09).
A la certitude de la fin de l’analyse dans la passe classique, fait place la satisfaction.

Une question et une ouverture.

Que signifie cette satisfaction ? De quoi est-elle l’indice ? Qu’est-ce qui peut satisfaire l’analysant au point qu’il veuille témoigner de cet allègement, de l’irréductible de son mode de jouir qui aurait perdu pour lui sa valeur de prison ?
Il me semble que de tels témoignages, élucidant ce moment particulier où l’analyse conduit un analysant à extraire de sa jouissance, une telle satisfaction lui permettant de vivre avec son sinthome, nous n’en avons pas de savoir préalable. D’autre part, dès lors que cette satisfaction ne se démontre pas, il me semble que la fin de l’analyse n’est plus affaire de temps logique, mais de décision du sujet. La logique de la clôture de l’analyse n’est plus liée à l’expérience de la chute du Sujet Supposé Savoir, ni à la traversée du fantasme, elle est liée à « la nouvelle alliance que le sujet peut faire avec sa jouissance ». (Cours du 1° avril 09)

[…]

La procédure de la passe devrait être ce lieu où se travaillent ces questions de fins d’analyse. La question de la passe pourrait sérier ces sorties, tenter de repérer la place qu’occupe un sujet dans la responsabilité qu’il a de son analyse, du ratage que constitue le temps du déchiffrage. Il s’agirait alors de repérer la transmission qu’il peut faire de l’abord de son rapport à la jouissance, et de la façon dont il s’est distancié de son mode de jouir, des effets sur lui, de ce que Lacan a renommé comme cause du langage, la jouissance. Et de nouer ces temps de l’analyse qui ne sont pas opposables, mais au contraire, fixés par les signifiants de jouissance qui l’ont constitué comme parlêtre.

Journal des Journées n° 62, La passe n’est plus une, Hélène Bonnaud

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mercredi 25 novembre 2009 @ 12h01

réson

… sinon, tout en vain

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mercredi 25 novembre 2009 @ 14h16

maison

parc

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jeudi 26 novembre 2009 @ 11h10

Pascale Barret

Gilles Deleuze: « Un individu acquiert un véritable nom propre à l’issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation, quand il s’ouvre aux multiplicités qui le traversent. »
14 octobre, à 00:28
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jeudi 26 novembre 2009 @ 12h57

LETTRE À ÉLISABETH ROUDINESCO

Bien chère Élisabeth,

À la fin de l’article que vous consacrez au Sinthome dans Le Monde de cet après-midi, vous me recommandez « un peu d’humilité ». Voilà qui est fort de café.

Qui parle ? De quel magistère tombe pareille admonestation ? De cette même tribune du Monde où j’ai été crucifié des années durant, au point que je m’estimais heureux d’être passé sous silence, puisque mon nom n’y figurait jamais que pour être bafoué.

Notre amie Catherine Clément loue quelque part ma « capacité de résistance ». Certes. Imaginez-vous, chère Élisabeth, que pour tenir bon quand on est piétiné durant un quart de siècle par tout ce que la France compte de luminaires médiatiques dès que l’on bouge un cil, il faut un brin d’orgueil. Je suis grandiloquent ? Précisément, j’aime cette phrase de Montherlant pour sa grandiloquence : « Je n’ai que l’idée que je me fais de moi pour me soutenir sur les mers du Néant. » C’est dans Service inutile, que Camus aimait.

À dire vrai, il y avait surtout l’idée que je me faisais de Lacan, et qui est fort distincte de celle que vous répandez. Je n’ai pas lu, vous le savez, la biographie que vous lui avez consacrée, mais il m’étonnerait que le rôle que vous m’y faîtes jouer soit à ma convenance. Sur Lacan, l’homme, et sur mes rapports personnels avec lui seize ans durant, j’ai gardé le silence. Je ne l’ai rompu, ce silence, qu’à votre bénéfice, quand vous m’avez interrogé pour votre Bataille de cent ans. Je commence à peine à en dire un peu plus, et déjà je vous impatiente, vous me gourmandez : « Il aurait pu s’abstenir, écrivez-vous, de trop célébrer son propre parcours autobiographique ».

On aurait pu s’attendre à ce qu’une biographe de Lacan encourage la bouche qui s’ouvre. Mais non, vous lui offrez, obligeante, le secours d’un bâillon : « Tais-toi donc. » Là, c’est Baudelaire qui s’évoque : « Tais-toi, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. » Si je suis votre douleur, chère Élisabeth, comme vous avez été longtemps la mienne, eh bien, permettez-moi de vous dire que vous n’avez pas fini de souffrir.

Tout à rebours de vous, notre amie Catherine m’invitait hier soir à commencer par parler de moi quand j’aurai bientôt à tenir au public quelques propos sur la psychanalyse. Excusez-moi, c’est son conseil que je suivrai, et non point celui que vous me cornez aux oreilles depuis votre haut-parleur du Monde.

Votre invitation à l’humilité se motive, dîtes-vous, de ceci, qu’« un peu d’humilité est nécessaire à la rigueur ». Cette belle maxime frappée à mon intention, je suis tout prêt à en faire mon profit, mais est-elle juste ?

La rigueur, dîtes-vous. Pourquoi l’humilité serait-elle nécessaire à la rigueur ? Pourquoi non l’orgueil ? L’orgueil est beaucoup plus nécessaire à la rigueur que l’humilité. Il se pourrait même que l’humilité fût tout à fait nuisible à la rigueur.

La rigueur est la rigueur. Elle est la même, que l’on soit arrogant ou que l’on soit amène. On peut être fou aussi bien, cela n’y fait rien. Qui est plus rigoureux qu’un psychotique ?

Pourquoi devrais-je recevoir de vous, chère Élisabeth, je vous le demande, des leçons de rigueur agrémentées de l’injonction d’avoir à me taire ? Vous écrivez, quelques lignes avant votre belle maxime, que, dans les annexes du Sinthome, figure, avec la conférence de Lacan à la Sorbonne, une présentation de celle-ci par Jacques Aubert. C’est inexact : les notes de l’éminent joycien portent sur l’ensemble du Séminaire. Vous écrivez que « Lacan projette sur Joyce son propre roman familial ». Où avez-vous vu cela ? Lacan relève que sa biographie recoupe celle de Joyce en quelques points : il est lui aussi issu d’une famille confite en dévotion, il a entendu Joyce rue de l’Odéon. Rien à voir avec une projection, terme qui a un sens précis en psychanalyse, et qui désigne une opération dont Lacan s’est toujours gardé. Lacan n’a nullement « participé » au colloque de la Sorbonne avec MM. Un tel et Un tel : il est venu faire la conférence d’ouverture, et puis il est reparti. Je le sais : je l’accompagnais, avec Judith. Mon Dieu ! je parle de moi. Vous voyez dans Le Sinthome un exemple de « la folie verbale du dernier Lacan », qui le tiendrait éloigné « d’une approche cohérente de l’œuvre et de la vie de Joyce ». Tiens donc ! On peut tout contester de l’approche de Lacan, sauf sa cohérence justement. Il utilise Joyce à ses fins propres, et l’érudit pourrait y trouver à redire, mais il mettrait en cause son présupposé, non sa déduction. Il se trouve de plus que l’érudit de référence applaudit le bel effort du psychanalyste. Vous parlez de sa « quête éperdue d’une saisie de l’indicible ». Pourquoi pas ? Mais c’est du Roudinesco, ça, non du Lacan.

Cela fait beaucoup en quelques lignes, chère Élisabeth, quand on dispense à tout vent une leçon d’humilité et de rigueur. Tout compte fait, je vous laisse l’humilité et garde la rigueur.

Il est vrai que la mienne, de rigueur, n’a pas l’heur de vous plaire. Des cinquante pages de ma « Notice de fil en aiguille », vous jugez qu’on y trouve « quelques commentaires utiles ». Oui, et nombre qui sont inutiles, sans doute. Mais tout est là : il y a une « urgence de l’inutile », comme le dit Sollers. Il est vrai que son nom, si présent dans ce Séminaire et dans mon commentaire, brille par son absence dans votre papier.

Bien entendu, vous ne sauriez tout dire dans l’espace restreint que vous concède le Monde des livres. Alors, vous choisissez. J’ai tout loisir de m’étaler dans l’espace immatériel de l’ALP, alors je ne choisis pas, et mon enflure incommode votre sentiment de la décence. Muet, j’étais parfait. Vous aviez toute latitude de me cribler de vos flèches, je ne pipais mot. Excusez-moi si saint Georges a depuis peu ma préférence sur saint Sébastien. Vous êtes en proie à un dragon dont il faut que je vous délivre, et qui vous fait parler d’une voix où je ne reconnais pas la charmante et valeureuse Élisabeth qui m’a montré le chemin, et à Jean-Claude Milner, dans le combat contre l’évaluation.

Milner n’a pas le même penchant que vous pour l’humilité. Son essai Existe-t-il une vie intellectuelle en France ? s’appelait, avant que je ne lui propose ce titre, Contre l’humilité. Il y voyait « le crime contre l’esprit ». On nous incite beaucoup à l’humilité ces temps-ci. Ce n’est pas la vox populi, non, c’est la culture de l’évaluation qui s’exprime ainsi. On prescrit à tous l’obéissance, on proscrit les fortes têtes, et ce prurit de penser par soi-même plutôt que par expertise collective. Pour les « sociomanes », comme les appelle Sollers, tout ce qui n’est pas humble est anti-social. Cela veut dire qu’on a toujours tort de se révolter.

Je n’entrerai pas ici dans la grande controverse de l’humilité. Les Anciens connaissaient-ils l’humilité ? S’ils en avaient la notion, en avaient-ils la pratique, ou est-ce une vertu seulement chrétienne et surnaturelle ? Il y a là un effet dialectique : avoir le sentiment de sa petitesse devant le Très-Haut serait plutôt de nature à vous rendre intrépide devant tout mortel. C’est le secret de la nuque raide des Juifs, c’est le principe de la résistance intraitable des protestants, c’est le ressort de la rébellion catholique, celle qui a donné en France et Pascal et Péguy et Mauriac, tout à l’opposé de ce conformisme évaluateur où se sont abîmés les héritiers du personnalisme, qui ne vous aiment pas plus qu’ils ne m’aiment. Car si vous n’êtes pas toujours rigoureuse, chère Élisabeth, vous n’êtes jamais humble. Cette idée ferait rire tous ceux qui vous connaissent, ou même qui vous lisent. Cela vous vaut des adversaires qui, souvent, sont les miens aussi.

Il y a un terme qui manque dans cette lettre, et qu’il faut que j’introduise avant de l’interrompre. C’est celui de magnanimité, qui fut un idéal des Grecs — megalopsuchia — et des Romains — magnanimitas, néologisme de Cicéron — avant de venir en héritage au christianisme. Qui n’a pas l’âme ravie en lisant le portrait du magnanime dans l’Éthique à Nicomaque, ne saurait goûter Corneille ni Stendhal. J’aime assez là-dessus la synthèse de saint Thomas, telle que l’exposait jadis le Père Gauthier contre le Père Noble. Le Père Noble disait que « l’homme humble n’aborde pas les grandes entreprises parce qu’il sait en être incapable. Le magnanime va aux grandes choses, parce qu’il connaît ses moyens ». L’humilité serait pour les médiocres, la magnanimité pour les grandes âmes. Le Père Gauthier, lui, conciliait : magnanimité dans les affaires humaines, mais, dans le rapport à Dieu, aveu par l’homme de son néant.

Lacan, pourtant si versé dans Aristote, n’était pas magnanime. Il voyait là l’une de ces façons de se pousser du col qui ne l’impressionnaient pas. Ce cynique supérieur avait pourtant reconnu en moi une vertu qui vous échappe, chère Élisabeth, et dont je reconnais volontiers qu’elle n’est pas très en évidence ces jours-ci : la modestie. J’ai poussé ça jadis jusqu’à vouloir « ne compter pour rien ». Du coup, on en a pris à son aise avec moi, et sans doute en ai-je tiré une obscure jouissance. Sur ce, dîtes-vous bien que je ne suis plus le stoïque qui servait de punching-ball. Le cave se rebiffe. J’essaye autre chose.

Ce nouveau système comporte que je ne laisse rien passer, même pas cette petite épingle dont vous m’avez piqué aujourd’hui, en guise de flèche du Parthe, après avoir dit pour la première fois qu’une transcription de moi vous agréait. Je voudrais continuer de mériter vos éloges.

Considérez que j’ai répondu à votre correction fraternelle par une autre. Vous savez que je suis à vos côtés pour l’essentiel. Je vous embrasse avec affection.

Jacques-Alain

Ce 7 avril 2005

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jeudi 26 novembre 2009 @ 14h01

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Si jamais tu t’accroches à ma légende
Il faut que tu t’en remettes à mon mal
Ne trahis pas, vois la plaie où s’épanche
Tout un monde animal

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jeudi 26 novembre 2009 @ 15h08

mon père

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vendredi 27 novembre 2009 @ 23h26

…celui qui souhaite la répétition est un homme

  1. big_ben_clock BONG BONG BONG BONG BONG BONG BONG BONG 25 minutes ago
  2. lynxdor répéter l’étonnement, à l’infini, dans un temps cyclique, 17 minutes ago
  3. lynxdor « Celui qui se contente d’espérer est un lâche; celui qui se contente du ressouvenir est un voluptueux 13 minutes ago
  4. lynxdorcelui qui souhaite la répétition est un homme . » S.K. 12 minutes ago from TweetDeck
  5. Dafpsy @lynxdor « …c’est un homme » c’est donc quelqu’un qui accepte l’inconnu, l’aventure..? ou la difficulté? 9 minutes ago in reply to lynxdor
  6. lynxdor @Datpsy qui répète la perte, qui accepte de ne pas se ressouvenir , ce qui serait une répétition « en arrière » 5 minutes ago
  7. lynxdor @Datpsy pour K. la nouveauté est lassante et la vie est répétition de l’ancien, non dans la réminiscence mais dans l’effacement 1 minute ago

« Celui qui se contente d’espérer est un lâche; celui qui se contente du ressouvenir est un voluptueux; mais celui qui souhaite la répétition est un homme; plus il est ferme dans ses préparatifs; plus il sera un être profond. Mais celui qui ne comprend pas que la vie est répétition, et qu’elle représente la beauté même de la vie, ne mérite pas mieux que le sort qui l’attend, c’est-à-dire périr; car l’espérance est un fruit tentateur qui vous laisse sur votre faim. »

Soren Kierkegaard

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