samedi 6 décembre 2014 @ 17h15

défaire l’idéologie du nihilisme par une authentique pensée du mal

subject: Le mal

Bonjour, 

J’écoutais ce matin sur YouTube votre premier exposé donné à la Générale, sur le mal en philosophie. Je ne suis pas philosophe mais je me suis longtemps intéressée à Lacan (tant que mon analyse à duré, en fait, 10 ans il y a 10 ans) et je voulais vérifier si j’avais quelque chose à vous dire à propos du mal en psychanalyse. 

La psychanalyse à été importante pour moi, au premier abord parce qu’elle se propose de comprendre ce qui peut pousser au mal, au crime. Elle s’abstient de juger et essaye de délinéer l’enchaînement des faits, de remonter aux causes. 

C’est vraiment ce qui m’a attirée d’abord dans la psychanalyse. J’avais été élevée dans la foi chrétienne et le pardon et il fallait que je m’en sorte à partir du moment où je ne prenais plus sur moi le péché du monde, où je ne croyais plus. Je n’étais cependant pas prête à me fier à la justice des hommes pour autant. Je suis donc rentrée dans le procès de la psychanalyse. 

Après-coup, je m’interroge. Où en suis-je par rapport à tout ça? Est-ce que cela tient encore?
Il me semble avoir retenu que Lacan expliquait le péché comme ce qui venait recouvrir la dette, la faille symbolique. L’homme se sent coupable de ce que le signifiant rate le réel. Le trou que fait le réel dans la trame signifiante, la religion le nomme péché de l’homme. Dieu n’aurait voulu que d’un monde tout signifiant et accuserait l’homme de saboter son projet. La faute serait celle de l’homme. Ce se rapproche bien sûr de ce que vous dite du Dieu technologue. La science ne peut pas intégrer la composante humaine. C’est-à-dire le fait que pas tout du réel n’est recouvrable par le langage. Et en particulier pas la jouissance, la jouissance sexuelle. Avec une opacité plus grande encore quand il s’agit de jouissance féminine –  ce qui fera dire à Lacan que la femme n’existe pas, c’est-à-dire que sa jouissance ne se laisse pas prendre dans les rêts du symbolique. Ce qui la rend diabolique. 

Ce n’est pourtant pas ce que je voulais vous dire ce matin, qui m’apparaissait beaucoup plus clairement. Mais j’ai été empêchée et n’ai pas pu vous écrire tout de suite, ce qui est un peu malheureux. 

Pour Lacan, le réel, c’est l’impossible, c’est le péché du monde, c’est la jouissance, c’est ce qui résiste à la prise dans le symbolique, dans le langage. 

Je vous écrirai la suite plus tard, quand mes idées seront plus claires et plus courtes,

Véronique

subject: Rep: Le mal

ha, bien contente que cela vous intéresse! 
suis l’amie d’un ami de Ferdinand. aurions dû aller à son anniv la semaine dernière mais… Ferdinand avait beaucoup parlé de vous sur stromboli (un forum sur l’internet), avec son grand enthousiasme. me suis méfiée d’abord, voyais pas bien ce que ça visait votre Mal qu’il écrivait avec une majuscule, puis n’étais pas très intéressée par vos propos anti badiou, que j’aime gentiment bien (de loin). mais récemment, Ferdinand a posté votre exposé sur Artaud. ça m’a intriguée. ce que vous rapportiez de ces personnes que je connais mal, hölderlin, rousseau, artaud aussi finalement, ça m’a plu. la façon dont ces gens ont compté pour vous. ça m’a donné envie de les découvrir. voilà. alors j’ai écouté votre intervention à la générale sur le nihilisme, et je me trouve plutôt curieuse. oui, vous inventez vos propres concepts, oui. et vous vous intéressez à des choses que la philosophie a préféré ignorer jusqu’à présent. comment aborder dans le savoir ce qui répugne au savoir. il n’y a rien de plus intéressant, aujourd’hui. c’est pour moi le défi que pose l’époque et la raison pour laquelle je la trouve vraiment passionnante.

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mardi 9 décembre 2014 @ 13h08

décider de ne pas décider

N’arrive pas à marcher à cause de mes chaussures. Décidément toujours pas trouvé celle qui convienne à mon pied.

 

Crains de ne pas arriver à  faire ce qu’il faut pour être admise au concours d’assistante sociale. Déjà, quelque chose en moi me dit c’est pas ça, c’est pas ça, c’est pas ça. Il va falloir que je travaille à de bons arguments, réfléchis, pour justifier ce choix. Moi que la seule ombre d’un choix coule dans un océan de doutes. Comment ferai-je pour arriver à justifier ce choix-là. Qui plus est, je ne l’ai fait que contrainte et forcée.  Enfin, je me. Sentais contrainte et forcée par ce rendez-vous avec Pôle emploi  (à moins qu’il ne s’agisse déjà d’une défense qui se mette en place).

 

Je sors de chez le Dr G. Lui ai expliqué comment il suffisait que je prenne une décision pour que la machine se mettre en branle, lourdement, pour me faire changer d’avis. Et comment, il m’est si souvent, toujours, jusqu’à présent, sans y manquer jamais, arrivé d’abandonner les études que j’avais entreprises. A plus ou moins brève échéance. 

 

Dès lors, il m’apparaît que le mieux que j’aie à faire c’est de ne rien décider.

Je ne sais pas comment c’est possible, mais c’est ce que je dois faire.

Je ne tiens jamais aucune décision.

Il faut donc que j’arrive à ne pas en prendre.

Il faut que je décide de ne pas décider.

(au moins consciemment. je ne fais que ce que je fais. jamais ce que je décide. sinon quand le moment de la décision se confond avec celui de l’acte.)

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vendredi 12 décembre 2014 @ 13h05

Deux notes sur l’enfant, J. Lacan

Ces deux notes1, remises manuscrites par Jacques Lacan à Mme Jenny Aubry en octobre 1969, ont été publiées pour la première fois par cette dernière, dans son livre paru en 1983. Le texte ici repris l’a été à partir de Ornicar?, n° 37, avril-juin 1986, p. 13-14.

2.– Semble-t-il à voir l’échec des utopies communautaires la position de Lacan nous rappelle la dimension de ce qui suit.

La fonction de résidu que soutient (et du même coup maintient) la famille conjugale dans l’évolution des sociétés, met en valeur l’irréductible d’une transmission – qui est d’un autre ordre que celle de la vie selon les satisfactions des besoins – mais qui est d’une constitution subjective, impliquant la relation à un désir qui ne soit pas anonyme.

C’est d’après une telle nécessité que se jugent les fonctions de la mère et du père. De la mère : en tant que ses soins portent la marque d’un intérêt particularisé, le fût-il par la voie de ses propres manques. Du père : en tant que son nom est le vecteur d’une incarnation de la Loi dans le désir.

 

1.– Dans la conception qu’en élabore Jacques Lacan, le symptôme de l’enfant se trouve en place de répondre à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale.

Le symptôme, c’est là le fait fondamental de l’expérience analytique, se définit dans ce contexte comme représentant de la vérité.
Le symptôme peut représenter la vérité du couple familial. C’est là le cas le plus complexe, mais aussi le plus ouvert à nos interventions.
L’articulation se réduit de beaucoup quand le symptôme qui vient à dominer ressortit à la subjectivité de la mère. Ici, c’est directement comme corrélatif d’un fantasme que l’enfant est intéressé.

La distance entre l’identification à l’idéal du moi et la part prise du désir de la mère, si elle n’a pas de médiation (celle qu’assure normalement la fonction du père) laisse l’enfant ouvert à toutes les prises fantasmatiques. Il devient l’ «objet» de la mère, et n’a plus de fonction que de révéler la vérité de cet objet.
L’enfant réalise la présence de ce que Jacques Lacan désigne comme l’objet a dans le fantasme.
Il sature en se substituant à cet objet le mode de manque où se spécifie le désir (de la mère), quelle qu’en soit la structure spéciale : névrotique, perverse ou psychotique.
Il aliène en lui tout accès possible de la mère à sa propre vérité, en lui donnant corps, existence, et même exigence d’être protégé.
Le symptôme somatique donne le maximum de garantie à cette méconnaissance ; il est la ressource intarissable selon les cas à témoigner de la culpabilité, à servir de fétiche, à incarner un primordial refus.
Bref, l’enfant dans le rapport duel à la mère lui donne, immédiatement accessible, ce qui manque au sujet masculin : l’objet même de son existence, apparaissant dans le réel. Il en résulte qu’à mesure de ce qu’il présente de réel, il est offert à un plus grand subornement dans le fantasme.

SOURCE : http://aejcpp.free.fr/lacan/1969-10-00.htm

Notes:
  1. que j’ai ici inversées, selon l’indication donnée par JAM dans son commentaire « L’enfant et l’objet », La petite girafe, 18, Institut du champ freudien, décembre 2003, p. 7. []
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vendredi 12 décembre 2014 @ 14h20

Variations sur Deux notes, Philippe Cullard

Jacques Muller, Mère et enfant, 1971Exposé à Strasbourg le 7 mars 1999, à la Journée d’étude Metz-Nancy-Strasbourg, « L’enfant, l’adolescent et l’agressivité ».

La partition de la symptomatologie infantile que Lacan expose, en quelques lignes denses, dans ses « Deux notes »1  remises à Jenny Aubry, peut en imposer, à une première lecture – parfois retenue dans notre communauté – pour une correspondance avec la dichotomie classique névrose-psychose.

Cependant, dans le commentaire de Jacques-Alain Miller intitulé « L’enfant et l’objet »2 , cette division de Lacan en, d’une part, symptôme relevant du couple des parents, et d’autre part, symptôme du ressort de la relation prévalente mère-enfant, n’est clairement plus référable à cette opposition simple de structure. Ce commentaire constitue, au surplus, une synthèse lumineuse de l’enseignement de Lacan et balise, de façon tout à fait renouvelée, le champ clinique et théorique de l’enfant dans la psychanalyse, non sans empiéter largement sur celui de cet enfant vieilli qu’est l’adulte. Plus qu’un pont, il établit même une continuité.

 

Avant d’illustrer cette thèse d’un cas, il importe de rapporter brièvement l’essentiel de ces deux textes complémentaires.

Les « Deux notes  » qu’il convient de lire, comme l’a montré Jacques-Alain Miller, en inversant l’ordre initial de leur parution s’ouvrent sur un constat dont Lacan prend acte: « L’échec des utopies communautaires. »

Ouverture politique, donc, et évocation probable, non seulement du mouvement contestataire de mai 1968 – puisque ce court manuscrit est daté de 1969 -, mais aussi de ces expériences qui ont jalonné le milieu de notre XXème siècle, qui visaient toutes, peu ou prou, à l’avènement d’un enfant libre, sinon d’un homme nouveau, en se passant des fonctions du père et de la mère, en tant qu’elles impliquent « la relation à un désir qui ne soit pas anonyme (1) », c’est-à-dire  » particularisé ».

De cet « irréductible » « résidu » (1) que constitue cette famille nucléaireseule apte à  » la transmission » de la sociabilité -(1), Lacan déduit une alternative simple quant au symptôme que peut présenter l’enfant issu du « conjungo ».

Soit, « le symptôme peut représenter la vérité du couple familial ». « C’est le cas le plus complexe, précise Lacan, mais le plus ouvert à nos interventions (1) « . Soit, et c’est le thème que Lacan développe le plus, « le symptôme qui vient à dominer  » – ce qui en suppose au moins un autre mineur – « ressortit à la subjectivité de la mère« , et c’est alors  » directement comme corrélatif d’un fantasme que l’enfant est intéressé ». « Il devient l’objet de la mère et n’a plus de fonction que de révéler la vérité de cet objet « , c’est dire qu’il « réalise l’objet a dans le fantasme (1) « . Le développement accordé à ce thème constitue sans doute une indication, tant d’une avancée théorique, que de la prise en compte d’une clinique nouvelle, contemporaine du « déclin de l' »imago » paternelle  » et de la prolifération des objets.

En résumé, « vérité du couple familial «  et « identification à l’idéal du moi » pour le premier thème, S1 ;  » vérité de l’objet a dans le fantasme de la mère  » et, quant au mécanisme, « réalisation« , le terme est souligné par Lacan, pour le second, S2.

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Notes:
  1. Lacan (J.), « Deux notes sur l’enfant », Ornicar?, n° 37, Paris, Navarin éditeur, 1986, p. 13-14. []
  2. Miller (J.A.), « L’enfant et l’objet « , Colloque EEP à Lausanne, 1er et 2 juin 1996,  La petite girafe, 18, Institut du champ freudien, décembre 2003, p. 7. []
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vendredi 12 décembre 2014 @ 16h51

le silence de la mère

Vous apportez un éclairage nouveau sur le ravage maternel, lorsque vous indiquez, page 59, qu’une fille peut connaître une forme de laisser tomber de la part de sa mère. Il s’agit non pas d’une absence de soin, de paroles blessantes ou de rejet, mais d’une certaine forme de silence.
Il y a «tout ce que la mère ne peut dire et qui prend toute sa puissance» et «la fille se trouve alors aux prises avec cette jouissance muette». Comment, une cure analytique, qui est une expérience de parole, permet-elle de traiter cette modalité du ravage maternel très spécifique?*

Femmes lacaniennes - Une analyse de la question féminine dans le discours de Lacan sur la psychanalyse et de ses effets sur l'approche de la cure psychanalytique. L'auteure montre qu'en ouvrant des perspectives inédites, le psychiatre a permis un renouvellement de l'acte et de la position du psychanalyste. ©Electre 2014

Femmes lacaniennes, Rose-Paule Vinciguerra – Une analyse de la question féminine dans le discours de Lacan sur la psychanalyse et de ses effets sur l’approche de la cure psychanalytique. L’auteure montre qu’en ouvrant des perspectives inédites, le psychiatre a permis un renouvellement de l’acte et de la position du psychanalyste. ©Electre 2014

Rose-Paule Vinciguerra (à propos de son livre Femmes lacaniennes) : Ce ravage n’est pas celui qu’évoque Freud autour de la revendication phallique de la fille et qui est «insatisfaction pré-castrative» comme le dit Lacan.1 Il met en jeu la jouissance Autre et énigmatique de la femme qu’est la mère. C’est là sans doute que la mère est la plus puissante, elle en devient réelle. Et comment une fille y répondrait-elle si ce n’est par un surmoi dévastateur, une surmoitié2, dont les dits poussent à s’arracher à toute limite, sans appui, sans garantie. Mais il n’y a pas d’Autre de l’Autre pour répondre à l’exigence de cet appel – pas plus d’ailleurs qu’il n’y a de nomination de l’être d’une femme ni de référent substantiel à son corps. À cet égard, les analystes ont à éviter l’illusion de la réparation faite par le «bon parent» venant à la place du parent traumatique.

Une interprétation analytique peut cependant, en apportant le signifiant équivoque qui manque, contrer le réel, inscrire un bord, là où une expérience de jouissance se répète inlassablement.

La fin de l’analyse témoignerait donc de la façon particulière dont a pu se taire cette voix de la surmoitié, ce point de jouissance rebelle à quelque assomption de l’énonciation. La passe peut rendre compte de cela.

* SOURCE : Interview de Rose-Paule Vinciguerra pour son livre Femmes lacaniennes sur le site de l’ECF.

Notes:
  1. Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 233 []
  2. Lacan J.,«L’étourdit», Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.468. []
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dimanche 14 décembre 2014 @ 12h35

je suis à la campagne, j’ai mal à la tête, aux dents. je suis au lit. j’ai passé la journée au lit. c’était bien. je vous écris, finalement.

je suis à la campagne, j’ai mal à la tête, aux dents. je suis au lit. j’ai passé la journée au lit. c’était bien. je vous écris, finalement. j’ai besoin de vous, je crois, pour sortir un peu d’une sorte de sentiment d’irréalité. je vous écris pour arriver à m’écrire, bien sûr, quelque chose de  valable, quelque chose qui compte, pour moi. 

la semaine dernière, ou la semaine d’avant, j’avais écrit à mehdi belhaj kacem (suis pas sûre que ça s’écrive comme ça). eh oui. je vous en fais l’aveu. c’est ma midinette-attitude. j’avais fini par écouter son exposé sur le nihilisme que fer qu’élise avait posté ici même et j’avais eu envie de lui parler du mal en psychanalyse.

je vais essayer bientôt d’ entreprendre des études d’assistant social (ou d’éduc spé).

il va y avoir un entretien où je serai interrogée sur mes motivations.

et ça, ça me fait un peu peur, je dois dire. je viens d’être recalée quand j’ai demandé à faire des études de secrétaire, alors, dans le social, keske ça va être.

qui plus est, je sais que la psychanalyse n’est pas bien vue dans ce milieu. j’ai l’impression néanmoins qu’il faut que je sois mieux au clair avec ce que la psychanalyse m’a apporté. que ce serait au départ de ça que je pourrais répondre des choses un peu consistantes quand j’aurai à répondre de ce qui me motive… je ne peux pas aller là avec ma seule force. faut que je mette des mots dessus.

et, la question du mal est celle qui m’a amenée à la psychanalyse.

que faire du mal quand on a cru en dieu et qu’on n’y croit plus ? un nouvel engagement éthique est-il possible ?

Oui, je suis venue à la psychanalyse dans un fort désir d’arriver à trancher dans ces questions du bien et du mal, mais complètement revenue du jugement de dieu. 

et fallait-il que j’apprenne à ne plus pardonner, à ne plus tendre la joue gauche quand on m’avait frappé la droite. 

j’ai senti que la psychanalyse pourrait m’aider à ça, en ne s’en tenant pas à la seule justice des hommes et morale des autres. 

ça a été effectif (même si dulce dira que non). 

mais, ça, ça ne peut m’avancer à rien dans mon entretien.

la question va se poser autour du bien et du mal, c’est sûr, autour de la notion « d’aide » et de « justice (sociale) ». ça, c’est clair. 

la psychanalyse ne croit pas à l’altruisme. pas du tout. et je la suis là dessus. mais pas très clairement. 

par contre, dans le fil de cette réflexion, je me suis rendu compte récemment que j’étais de gauche. foncièrement. maladivement. névrotiquement. ça ne guérira pas. c’est l’irréductible. alors, ça, comment est-ce que je peux arriver à le vendre positivement, dirais-je. 

là, je suis vraiment obligée d’inventer. parce que la psychanalyse n’est pas spécialement de gauche. 

c’est une question de jouissance. ma jouissance ne situe pas du côté du maître (mais bien plutôt du côté de l’esclave, c’est ce que j’avais dit pour justifier de ce que je voulais être secrétaire, mais ça n’a pas du tout eu les résultats escomptés, j’ai intrigué, mais beaucoup trop), ne se situe pas dans le pouvoir, ni, certainement pas dans l’avoir, la possession.

(la faiblesse, j’ai un faible pour la faiblesse, l’absence de maîtrise, la dépossession.)

bon sang, tout ça ne dit toujours pas pourquoi je voudrais devenir assistante sociale.

et répondre que c’est parce que je suis bien obligée d’avoir un métier et de travailler. est-ce que je peux le faire? est-ce que je peux dire ça? c’est bien la vérité, pourtant. et que ça serait le seul métier que je serais capable de faire.

parce que je voudrais travailler dans un domaine où ça aurait un peu de sens. mon dieu mais lequel. lequel. un sens pour lequel je serais prête à me battre. sans pour autant mourir, sans pour autant me sacrifier (sacrifice auquel j’aurai tout lieu de résister, car ma pente est grande, de ce côté-là).

équité, égalité, justice. est-ce que ça a du sens ?

en tout cas l’iniquité, l’inégalité et l’injustice ne font pas jouissance pour moi.

ah, dulce revient, j’entends la voiture. ah, je ne pense pas que je puisse vous envoyer ça.

je crois pouvoir entendre. et je crois être curieuse, de l’autre.

belkacem a raison quand il dit qu’on n’est plus foutu de dire du bien de soi, tellement on se méfie du bien, on en est revenu. et pourtant on y retourne. bon, il dit pas ça, il dit qu’on serait pas capable de se dire de gauche. mais moi, je le suis, capable. je suis de gauche comme personne

mais, mes intentions, celles dont je sais qu’elles sont bonnes, intimement, je n’ai pas envie d’en faire état. un peu de honte toujours les enrobe, un peu de rouge aux joues leur tient chaud.

j’aime à entendre et je suis prête à m’intéresser aux problèmes des autres, parce qu’en vérité, les miens ne me passionnent même plus, voire m’ennuient et/ou m’endorment (c’était pas la voiture de dulce). tandis que j’ai remarqué que les autres, eux, peuvent mettre un peu de piment dans votre vie.

je n’y arriverai pas.

ah, mon mail à MBK, je l’ai publié sur mon blog. parce que bien sûr, j’ai un blog, et que bien sûr j’en ai honte, mais là, là, je me dis que ça suffit, d’avoir honte, toujours, alors, voilà, http://www.disparates.org/iota/2014/le-mal/

et oui, il a trouvé ça « très intéressant », ce que je lui disais.

bises, je tiens beaucoup à vous, et le meilleur dans ma vie, dulce et juju mis à part bien entendu, me vient de vous, en ce moment, des trucs ici, même que je sais pas comment vous le rendre :P

posté ça hier sur stromboli (le forum) puis effacé. besoin d’un destinataire pour écrire, celui-là m’avait paru le bon, pour développer ce que j’avais à développer (à la hauteur des enjeux pour moi, à la hauteur où je tiens à hisser ces enjeux, aussi) ensuite, j’ai eu des doutes. je suis bien la seule sur ce forum à y raconter ma vie. et je ne suis pas sûre que cela convienne. c’est que je n’ai que ça, ma vie. est-ce que ce n’est pas un peu pathétique. il faut encore que j’apprenne à écrire sans correspondant. j’étais pourtant très heureuse d’avoir finalement écrit ça hier soir. j’ai pensé que je pourrais profiter d’ici, la campagne, Donn, enfin, toute la journée du lendemain, dimanche, aujourd’hui. puis, petit à petit, cette satisfaction même m’a paru suspecte.  maintenant, il me semble que tout est une fois de plus à recommencer. 

non, décidément, il faudrait que j’apprenne à écrire en me passant de l’autre, à écrire des choses qui comptent autant pour moi que celles que je suis arrivée à écrire ici.

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mardi 16 décembre 2014 @ 13h13

« Le problème qui se pose alors est celui qui est lié à l’articulation entre l’horreur de la jouissance sexuelle et l’horreur de savoir.»

Ce qui de la rencontre s’écrit  de Pierre Naveau par Solenne Albert*

« En psychanalyse, il n’y a pas de solution immédiate, mais seulement la longue et patiente recherche des raisons. »1 Il me semble que cette parole de Lacan résonne avec ce que traite avec une grande justesse le livre de Pierre Naveau2, à savoir l’amour, la rencontre amoureuse, le désir, la jouissance. Qu’est-ce qui donne à une rencontre son caractère déterminant ? Qu’est-ce qui sépare une femme d’un homme ? Quelle dissymétrie se rencontre, au cœur de ce qui rate ou de ce qui se noue ? Dans la préface à ce livre, Éric Laurent indique qu’il ne s’agit pas, dans ce qui sépare, d’une différence anatomique, mais «d’une séparation des modes de jouissance. Et c’est de la non-rencontre de ces deux modes dont se plaignent hommes et femmes dans l’expérience analytique ». Cette disjonction marque une impossibilité, que Lacan a resserrée ainsi : Il n’y a pas de rapport sexuel. «L’envers de cette impossibilité, de cet « il n’y a pas », c’est qu’il y a des relations contingentes, non nécessaires entre les hommes et les femmes. »3

C’est la recherche des secrets de ces rencontres qui palpite dans ce livre, «secrets qui reposent sur le réel de l’inconscient »4. Il y a une logique à cela, et c’est la poursuite de cette logique, à travers les modifications conceptuelles de Lacan, au fil de son enseignement, que suit précisément P. Naveau. Du concept de répétition, encadré par ceux de tuché et d’automaton, dans le Séminaire XI, à celui de jouissance dans le Séminaire XX, le point vif concerne «l’articulation entre le savoir et la rencontre»5. «Tout amour se supporte d’un certain rapport entre deux savoirs inconscients.»6 Lors de la rencontre, quelque chose d’«imprévisible et d’inattendu » se produit, qui peut prendre les accents du traumatisme car on ne sait pas ce qui se passe. « L’événement de la rencontre met en jeu le rapport à la langue que l’on parle et le mode de dire qui est singulier à chacun. »7 Tout à coup, c’est une manière inédite de parler qui se découvre. Car, pour qu’une rencontre ait lieu, « il y a quelque chose à dire ». « N’est-il pas arrivé à Lacan de soutenir qu‘il n’y a d’événement que d’un dire? Ce qui se dit devient en effet décisif. Il suffit d’un mot pour que le désir s’avoue. » Cette confrontation au dire est aussi une confrontation au désir de l’Autre. « La clinique montre que la rencontre ébranle la position de l’être, « dérange la défense ».

C’est aussi ce qui est central, au cœur de la relation analytique. L’analyste devient partenaire, adresse de lalangue, en un mot, mais pour devenir de l’analysant. Et « la condition pour que tienne le ‘nœud’ de la rencontre avec l’autre, c’est de vouloir en savoir quelque chose.»8 Au début de ce livre, nous découvrons les impasses que peut rencontrer une femme, lorsqu’elle est hystérique, dans la rencontre d’un partenaire : refus de la castration de l’Autre, idéalisation du père, rejet de sa jouissance, jouissance de son propre manque, querelle du phallus. « Le Neid est le signe d’un refus, le refus précisément de ce point de négativité auquel elle est confrontée dans son rapport à l’Autre. »9 « Dans son séminaire sur Hamlet, Lacan met l’accent sur le fait que ce dont il est question, au moment où la fille quitte son père, c’est d’un deuil – le deuil du phallus.» Il ne lui donne rien, alors qu’il l’aime. « D’où la conséquence qu’elle en tire : l’on aime et pourtant l’on se quitte.»10 Et le choix qu’elle fait: position virile, refus de sa propre féminité.

À travers des cas cliniques et de nombreuses références à la littérature, ce sont autant de difficultés d’aimer et de refus d’être désirée qui sont articulés aux symptômes : anorexie, boulimie, angoisse, etc. Pour Célia, par exemple, « la crise de boulimie est une façon brutale de se mettre un bâillon sur la bouche. […] Manger trop, c’est une manière d’éteindre le feu qui brûle dans son corps, une manière d’étouffer ce désordre intérieur qu’est l’excitation »11.

Dans sa lecture du cas de Dora, P. Naveau souligne que ce qui objecte à la rencontre, pour Dora, concerne «l’horreur de la jouissance sexuelle ». Ce dont elle jouit, c’est de la boîte vide12. Il y a une jouissance de la privation, typiquement féminine, qui fait obstacle à la rencontre. Ce qui s’en déduit est une passion pour le sexe féminin. Le véritable objet de Dora, c’est l’Autre femme, en tant qu’elle incarne un savoir sur la féminité. L’amour s’adresse donc au savoir. Et le transfert est orienté vers la femme. La femme, ce n’est pas elle, ainsi elle n’a pas à être elle-même en position d’objet du désir de l’Autre, ni de s’interroger sur ce qu’elle croit savoir.

« Le problème qui se pose alors est celui qui est lié à l’articulation entre l’horreur de la jouissance sexuelle et l’horreur de savoir.»13 La question qui caractérise le lien entre la sexualité et le savoir est une façon « de poser le problème du rapport entre le signifiant et la jouissance »14. « Le signifiant brûle du réel de la jouissance. ». Cette jouissance, la femme l’éprouve mais elle n’en sait rien. « L’important est donc ceci : elle sait et elle ne sait pas – c’est un dit contradictoire. »15

Côté homme, la difficulté prend la forme d’une difficulté à se décider. Il suppose l’Autre savoir ce qu’il veut. Il est, lui, prisonnier de sa question, qui est celle « du risque de la castration qu’il ose ou non affronter »16. « Que me veut-elle ? » est la question angoissante qu’il rencontre. Pour parer à cette angoisse, il répond par un scénario fantasmatique. C’est pourquoi dès l’instant où elle devient la cause de son désir, il fait de la femme « la prisonnière de son fantasme». À la question « Que veut une femme ?», il répond « elle veut jouir de moi, elle veut ma castration». « Pour l’homme, fait remarquer Lacan, la réalisation du désir n’est atteinte qu’au prix de la castration. Il en déduit que, dès lors que la femme veut jouir de l’homme, c’est à son être qu’elle en veut.»17 En fait, « l’angoisse de l’homme est liée à la possibilité de ne pas pouvoir»18. De ce point de vue, donc, l’homme est angoissé, alors que la femme est plus libre.

« Le véritable partenaire de l’homme est ainsi la castration, tandis que celui de la femme est ce qui constitue, chez l’Autre, le désir. »19 C’est pourquoi, ce qu’une femme aime en un homme, ce peut bien être son courage, le courage qu’il montre à affronter la singularité de sa jouissance féminine.

Ce livre enseigne aussi que, dans tous les cas, la rencontre suppose de consentir à en passer par la parole – et donc par la castration, la sienne d’abord, ainsi que celle de l’Autre. « La rencontre avec le partenaire est, du même coup, la rencontre avec ses symptômes, c’est-à-dire ses difficultés à dire, et ses affects, ses embarras, ses angoisses, ses joies et ses tristesses. »

Est-ce alors que le dire particulier rencontre le corps ? « Les événements de corps sont des événements de discours». À cet égard, Jacques-Alain Miller met l’accent sur « l’incidence de la langue sur le corps de l’être parlan »20. C’est pourquoi Lacan parle du traumatisme de la langue. Un mot peut alors avoir l’effet d’une gifle. Et plus on aime, plus la parole de l’Autre vaut de l’or, et plus elle peut donc aussi blesser. L’événement de corps se produit «relativement à l’instant où quelque chose se dit ou ne se dit pas.» C’est à cet instant que se produit une rupture dans le savoir.

« S’agissant de l’amour, Lacan insiste donc là-dessus, la question la plus importante a trait au savoir. » Une rencontre qui compte est une rencontre qui produit l’émergence d’un savoir nouveau, articulée à un dire.

En lisant ce livre, on découvre aussi beaucoup de choses sur la jalousie féminine, sur l’éthique de la rencontre, sur l’obsessionnel et la dette, sur la coupure du sexe, sur le ravage… Précipitez-vous !

* Publié dans LQ 444,http://www.lacanquotidien.fr/blog/2014/12/lacan-quotidien-n-444-chroniques-inactualite-brulante-de-nathalie-georges-lambrichs-et-menfin-dyves-depelsenaire-solenne-albert/

1 « 1974. Jacques Lacan. Entretien au magazine Panorama », La Cause du Désir n°88, ECF- Navarin, novembre 2014, p. 166.
2 Naveau P., Ce qui de la rencontre s’écrit. Études lacaniennes, Paris, Éd. Michèle, 2014.
3 Ibid., « Préface » d’Éric Laurent, p.12.
4 Ibid., « Préface » d’Éric Laurent, p.13.
5 Ibid., p.16.
6 Mot de Lacan, p.131 du Séminaire XX, cité par P. Naveau, p.17.
7 p.16. 8 p.19. 9 p. 32. 10 p.34.
11 p.60.
12 Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, p.109 : « c’est la boîte, l‘enveloppe du précieux organe, voilà ce dont elle jouit » ]
13 p. 69.
14 p.72.
15 p.97.
16 p.114.
17 p.145.
18 p.146.
19 p.146
20 p.159

Publié dans psychanalyse | Commentaires fermés sur « Le problème qui se pose alors est celui qui est lié à l’articulation entre l’horreur de la jouissance sexuelle et l’horreur de savoir.»
mardi 30 décembre 2014 @ 14h35

Bonnes résolutions l’an neuf

Ferez-vous des bonnes résolutions ? Pas mon cas d’ordinaire d’habitude. Cette année pourtant peut-être sans doute hasard de calendrier et même si je devrais me méfier m’effrayer, voilà :
. Je vais peut-être reprendre des études, donc tenir dans cette résolution
. Pour ça, dormir moins – je suis addict du sommeil, j’aime ça, c’est plus fort que moi (je voudrais que ça me quitte, cette addiction, parce que sinon, ça va pas le faire, faut que je trouve le biais, mais, les habitudes sont ancrées maintenant, des années que je me la coule douce, me treat softly, me traite doucement, j’espère que je vais pouvoir lever le traitement, lâcher la pédale sur quelques jouissances et m’engager sans trop de craintes dans des désirs nouveaux (fasse qu’ils tiennent, bon sang))
. Me rapprocher à nouveau de la psychanalyse et de l’École – c’est ce que j’ai imaginé nécessaire pour me soutenir dans ce désir de faire ces études d’assistante sociale. Et dans ce métier aussi bien. Et au moment où j’aurais à répondre de mon désir, lors de l’examen d’entrée, l’oral, à ces études.
. Sortir de la maison
. Sortir de la maison seule
. Sortir de la maison seule, le soir aussi
(Toutes choses en fait impossibles, mais que je risque tout de même aux bonnes résolutions)
. Ne plus me cacher protéger derrière F ou J
. Écrire encore
. Maigrir toujours,
. Etc.

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