mardi 3 mars 2015 @ 11h59

Mardi 3 mars 2015
de Véronique à Frédéric

Bonjour,
Je viens de me réveiller, je m’étais à nouveau recouchée aujourd’hui. Tu te souviens de cet article dont je t’avais parlé à Donnery, il y était question de rats auxquels on donnait de l’héroïne. Dans le premier temps de l’expérience, un rat seul dans sa cage préférait l’héroïne à l’eau. Dans un deuxième temps, la cage est aménagée au mieux et les rats ne sont plus seuls mais plusieurs. Alors, il ne choisissaient plus l’héroïne mais l’eau, toujours. Les expérimentateurs en concluaient que c’est lorsque le désir de sociabilité est frustré que le rat se tourne vers l’héroïne. J’avais pensé que comme je me considère addictée au sommeil, comme le sommeil est ma drogue, si je satisfais mieux à mon désir de sociabilité, je guérirais du sommeil. Dès que j’irai à l’école, je devrais donc aller mieux. Idem, ce soir j’essaierai d’aller au cours de l’École. Mais je ne suis pas sûre d’y arriver.
En effet, il me semble que tout me pousse au confinement, probablement plus encore en ce moment. Oui, j’ai l’impression d’être en pleine crise obsessionnelle.
Le pire c’est que j’ai l’impression qu’il ne faut surtout absolument pas que je trouve d’issue.
Et qu’il ne faut pas que tu interviennes trop. Je suis, serai trop impressionnée par tout ce que tu pourrais pourras dire, je crois que j’interprète j’interprèterais tout comme allant contre moi.
Et puis aussi je crois que je suis contrainte à ne surtout rien donner.
Je voudrais donner quelque chose (ex: faire à manger) mais tout se met en place pour l’empêcher.
Je voudrais faire à manger jeudi pour tes amis, mais tout se met en place pour que ce désir ne s’exprime même pas. Toute l’opacité de l’angoisse vient obscurcir cela, l’enténèbrer.
Je voudrais, je crois, aller à Bruxelles, mais je préfère observer que tu ne t’en doutes pas. Que tu ne le sais pas, que tu n’en veux pas.
Je vis tout comme étant voulu par l’Autre et ce vouloir devant absolument le contrer, n’y rien répondre. Je n’arrive pas à assumer mon propre désir et je le transforme en volonté de l’Autre dont il me faut absolument me protéger. Ou/et, là où je me reconnais un désir,  là où je serais prête à me reconnaître un désir, il ne faut surtout pas que j’en fasse état, il ne peut qu’être secret, non voulu par l’Autre, interdit, empêché.
Là, je me sens malade, et la plus grande tentation est de m’enfoncer dans cette maladie. Je suis tout de boue, chaude, et de la boue me sort des yeux.
Tu vois, j’ai un problème et tout en moi s’organise pour que je ne sorte pas de ce problème. C’est l’angoisse qui s’en occupe. Et tout ce qui pourrait me sortir de cette situation est vécu comme extrêmement angoissant, avec les sonnettes, les sirènes, d’alarme qui rugissent.
Et j’ai les deux oreilles bouchées.
Il faut que j’arrive à faire les choses l’air de rien.
Avec ce quelque chose en moi qui crie Surtout rien donner. Et que l’angoisse doive veiller à cela, à ce que surtout rien ne soit donné.
Et j’y arrive, j’y parviens très bien. Je ne donne rien là où il faudrait donner quelque chose. Tu vois,  je devrais faire une annonce sur la page FB de mon père. Et je préfère observer que ma mère préfère me laisser en dehors de ça. Et j’ai la culpabilité de ne pas le faire et la souffrance de ce qu’on ne veut pas que je le fasse. Et je dois me taire,, parce que ce qui est pour le moment est ce qui doit être. Et je dois beaucoup craindre tout ce qui viendrait mettre son doigt là dedans, tout ce qui voudrait intervenir. Donc, pour le moment, je suis en état de grande crainte, parce que je te donne l’occasion d’intervenir, en t’écrivant. Alors, je ne sais pas si je vais t’envoyer ça. L’ennui, c’est que je crois aussi que l’angoisse est communicable.
Tu vois,,  plus exactement, il me semble que je suis en état de détresse absolue et que cette détresse est voulue par l’autre, auquel je consens donc mais sans vouloir de l’aide que cette détresse appelle, sans vouloir laisser à l’Autre la satisfaction de m’aider,  de me sortir de ma détresse. Observant enfin son impuissance.
C’est pas drôle, non. Peut-être que je devrais voir un psy. Ou prendre un médicament de plus.
Je t’ envoie ceci parce que c’est peut-être bien. Mais je déteste tout ce que j’y avoue.
Bon, je tente l’envoi.
Peut-être qu’il ne faut rien faire, juste attendre que ça passe.
Véronique à Frédéric
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Je vais faire ma gym. Ça va s’arranger. Ne t’en fais pas.
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Tu sais ce qui m’arrive, je le connais. Que tu sois là, n’y change rien. Enfin, si,  ça change quelque chose dans la réalité, mais rien à ce qui m’arrive. J’ai déjà connu ça, beaucoup. Surtout quand j’étais seule. C’est de la Hilflosigkeit pure. Je suis hilflosig et je dois rester comme ça. Je ne sais juste pas pourquoi je suis tombée comme ça. Je veux dire que tu n’es pas l’Autre de ce qui m’arrive. C’est plutôt ma mère, tu vois. D’ailleurs, il me semble maintenant que je n’ai plus rien à lui dire depuis que je n’ai plus à me plaindre auprès d’elle. Mais, je ne sais pas pourquoi ça m’arrive maintenant. Peut-être seulement parce que j’ai bougé, parce que j’ai voulu faire quelque chose. Peut-être parce que j’ai peur de faire ce que je veux faire. Ce qui m’arrive, c’est un truc de fille à mère. De bébé à maman. Pas de femme à homme.
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Enfin, Excuse-moi de te dire tout ça.
 
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Salut. Je vais mieux. Fait du sport et pris RV avec un analyste.
dimanche 8 mars 2015 @ 16h33

«Un répartitoire sexuel» par Jacques-Alain Miller – I

J’ai terminé le cours de la dernière fois par un dialogue que m’apportait l’actualité. Une dame dit – Je suis prête à tout. Et le monsieur répond, en manière d’objection – Plutôt à pas tout.

L’apologue de la dame au volant

Cela m’a été illustré il y a un instant, au moment où je me précipitais vers ce lieu, conduit par une dame. J’arrive un tout petit peu plus tard que je n’arrive en retard d’habitude. C’est que nous avons été arrêtés par la police.

Je suis encore sous le coup de la surprise de l’énumération qui est sortie de la bouche du Pandore de service, qui, sautant au bas de sa petite camionnette, dans un bel uniforme, a énuméré à ma compagne une liste impressionnante des infractions qu’elle venait de commettre depuis un kilomètre – d’avoir doublé à gauche, coupé la route de la camionnette policière, changé de file continûment, jusqu’à ce que, finalement, ils réussissent à la rattraper, et à signaler que le retrait de permis de conduire s’imposait. Ce qui n’a rencontré aucune objection, que sourire, que désolation, que soumission. Et, à ma stupéfaction, après le savon qui a été là passé – moi, je me faisais tout petit, me réservant, si nous étions emmenés, d’alléguer la désolation qui se serait répandue dans cette salle, et la mauvaise image qui en serait résultée pour les forces de l’ordre –, on s’en est tiré.

C’est sans doute que j’étais conduit par une dame presque prête à tout pour me livrer à vous, qui s’était fort heureusement, tout de même, arrêtée avant de passer un feu rouge. Délit qui, évidemment, n’aurait permis aucune indulgence de la part des puissances supérieures.

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lundi 9 mars 2015 @ 17h23

«Un répartitoire sexuel» par Jacques-Alain Miller – II

Je m’aperçois que je ne me suis pas interrogé sur pourquoi j’avais reçu spécialement un grand nombre de lettres depuis la semaine dernière, des lettres commentant ce que j’avais pu dire, ou me reprenant sur un certain nombre de points. J’avoue que j’ai laissé ça un peu de côté.

Certaines de ces lettres abondaient dans mon sens, d’autres m’interprétaient, ce à quoi j’avais prêté le flanc, en contant, en commençant, une anecdote personnelle. On a vu que, derrière le héros professant, il y avait une femme qui conduisait – ce qui est tout à fait exact, comme je l’avais moi-même indiqué. J’ai eu aussi un message du monsieur de l’histoire, où à la fois il se reconnaissait tout en disant que ce n’était pas lui, mais qu’il avait été en fait coincé entre deux dames, et que ce qu’il avait dit était tout à fait innocent, et que c’était ces deux viragos, si je puis dire, qui avaient donné à sa remarque, son objection du pas-tout, un sens qu’il était lui-même très loin de vouloir lui attribuer.

C’est une occasion pour moi de dire que je n’ai fait une histoire de cette anecdote qu’en m’abstenant de connaître les tenants et les aboutissants de l’histoire. J’en ai fait simplement une bonne histoire, et personne n’est tenu de se reconnaître dans ces personnages que j’ai seulement essayé d’élever à la dignité de paradigme. Il est certain que si l’on entre dans le détail, c’est beaucoup plus complexe – et de toute façon, tout le monde est innocent.

I DES PORTRAITS PSYCHOLOGIQUES CONTRASTES

Je me suis risqué la dernière fois à présenter, par une audace qui aujourd’hui me paraît répréhensible, un répartitoire sexuel, en partie double, et affectant à l’homme et à la femme des attributs contrastés. Je ne l’ai fait qu’en manière d’ironie, et spécialement en ce qui concernait le registre de la psychologie qui pouvait être reconnu à l’une et l’autre de ces positions sexuelles. J’espère que cette ironie a été sensible dans le fait que j’ai fait apparaître, au niveau psychologique, une inconsistance, qui a pu, d’après ce qu’on m’a écrit et que j’ai lu, troubler l’auditoire.

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Publié dans jacques-alain miller, psychanalyse | Commentaires fermés sur «Un répartitoire sexuel» par Jacques-Alain Miller – II
samedi 14 mars 2015 @ 10h59

Chère Madame, Il est possible que je ne me sois pas suffisamment fait entendre,

Chère Madame,
Il est possible que je ne me sois pas suffisamment fait entendre, ou bien plutôt que je n’ai pas été assez précise (je ne me suis pas résolue à restreindre mon propos et à imposer d’abord ce qui avait en premier motivé ma venue). J’aurais dû résister aux sirènes que je joue volontiers (mais malgré moi et passionnément) dramatique de la psychanalyse,  mais j’ai fermé sur moi la porte de la machine à laver et je suis laissé emporter. A sec et éloignée de vos séduisants rivages, je vous dirais que je suis venue vers vous poussée par cette décision dont je vous ai à peine touché un mot,  d’entamer dès septembre prochain des études d’assistante sociale. Ce choix, difficile, est motivé par le fait que je souhaite retrouver une certaine indépendance, retrouver également une vie sociale qui s’ancre dans un monde moins « épistolairement » virtuel que le mien actuellement. Il s’agit aussi de suivre certaines inclinaisons tendant à un monde plus juste, une vie en résistance au capitalisme. J’aurai essayé de trouver sympathique de naviguer dans les îles du rien et de l’absence, mais je crois qu’il est temps de revenir à des terres moins insensées. On ne voyage pas en solitaire quand on manque d’argent et qu’on a charge d’enfant. L’autre du quotidien mérite amplement que je me plie à la quête de sens, aux séductions même vieillottes, même trompeuses du désir.

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