3 mars 2015

Mardi 3 mars 2015
de Véronique à Frédéric

Bonjour,
Je viens de me réveiller, je m’étais à nouveau recouchée aujourd’hui. Tu te souviens de cet article dont je t’avais parlé à Donnery, il y était question de rats auxquels on donnait de l’héroïne. Dans le premier temps de l’expérience, un rat seul dans sa cage préférait l’héroïne à l’eau. Dans un deuxième temps, la cage est aménagée au mieux et les rats ne sont plus seuls mais plusieurs. Alors, il ne choisissaient plus l’héroïne mais l’eau, toujours. Les expérimentateurs en concluaient que c’est lorsque le désir de sociabilité est frustré que le rat se tourne vers l’héroïne. J’avais pensé que comme je me considère addictée au sommeil, comme le sommeil est ma drogue, si je satisfais mieux à mon désir de sociabilité, je guérirais du sommeil. Dès que j’irai à l’école, je devrais donc aller mieux. Idem, ce soir j’essaierai d’aller au cours de l’École. Mais je ne suis pas sûre d’y arriver.
En effet, il me semble que tout me pousse au confinement, probablement plus encore en ce moment. Oui, j’ai l’impression d’être en pleine crise obsessionnelle.
Le pire c’est que j’ai l’impression qu’il ne faut surtout absolument pas que je trouve d’issue.
Et qu’il ne faut pas que tu interviennes trop. Je suis, serai trop impressionnée par tout ce que tu pourrais pourras dire, je crois que j’interprète j’interprèterais tout comme allant contre moi.
Et puis aussi je crois que je suis contrainte à ne surtout rien donner.
Je voudrais donner quelque chose (ex: faire à manger) mais tout se met en place pour l’empêcher.
Je voudrais faire à manger jeudi pour tes amis, mais tout se met en place pour que ce désir ne s’exprime même pas. Toute l’opacité de l’angoisse vient obscurcir cela, l’enténèbrer.
Je voudrais, je crois, aller à Bruxelles, mais je préfère observer que tu ne t’en doutes pas. Que tu ne le sais pas, que tu n’en veux pas.
Je vis tout comme étant voulu par l’Autre et ce vouloir devant absolument le contrer, n’y rien répondre. Je n’arrive pas à assumer mon propre désir et je le transforme en volonté de l’Autre dont il me faut absolument me protéger. Ou/et, là où je me reconnais un désir,  là où je serais prête à me reconnaître un désir, il ne faut surtout pas que j’en fasse état, il ne peut qu’être secret, non voulu par l’Autre, interdit, empêché.
Là, je me sens malade, et la plus grande tentation est de m’enfoncer dans cette maladie. Je suis tout de boue, chaude, et de la boue me sort des yeux.
Tu vois, j’ai un problème et tout en moi s’organise pour que je ne sorte pas de ce problème. C’est l’angoisse qui s’en occupe. Et tout ce qui pourrait me sortir de cette situation est vécu comme extrêmement angoissant, avec les sonnettes, les sirènes, d’alarme qui rugissent.
Et j’ai les deux oreilles bouchées.
Il faut que j’arrive à faire les choses l’air de rien.
Avec ce quelque chose en moi qui crie Surtout rien donner. Et que l’angoisse doive veiller à cela, à ce que surtout rien ne soit donné.
Et j’y arrive, j’y parviens très bien. Je ne donne rien là où il faudrait donner quelque chose. Tu vois,  je devrais faire une annonce sur la page FB de mon père. Et je préfère observer que ma mère préfère me laisser en dehors de ça. Et j’ai la culpabilité de ne pas le faire et la souffrance de ce qu’on ne veut pas que je le fasse. Et je dois me taire,, parce que ce qui est pour le moment est ce qui doit être. Et je dois beaucoup craindre tout ce qui viendrait mettre son doigt là dedans, tout ce qui voudrait intervenir. Donc, pour le moment, je suis en état de grande crainte, parce que je te donne l’occasion d’intervenir, en t’écrivant. Alors, je ne sais pas si je vais t’envoyer ça. L’ennui, c’est que je crois aussi que l’angoisse est communicable.
Tu vois,,  plus exactement, il me semble que je suis en état de détresse absolue et que cette détresse est voulue par l’autre, auquel je consens donc mais sans vouloir de l’aide que cette détresse appelle, sans vouloir laisser à l’Autre la satisfaction de m’aider,  de me sortir de ma détresse. Observant enfin son impuissance.
C’est pas drôle, non. Peut-être que je devrais voir un psy. Ou prendre un médicament de plus.
Je t’ envoie ceci parce que c’est peut-être bien. Mais je déteste tout ce que j’y avoue.
Bon, je tente l’envoi.
Peut-être qu’il ne faut rien faire, juste attendre que ça passe.
Véronique à Frédéric
Envoyé via l’application myMail pour Android
 
 
 
Je vais faire ma gym. Ça va s’arranger. Ne t’en fais pas.
Envoyé via l’application myMail pour Android
 
 
Tu sais ce qui m’arrive, je le connais. Que tu sois là, n’y change rien. Enfin, si,  ça change quelque chose dans la réalité, mais rien à ce qui m’arrive. J’ai déjà connu ça, beaucoup. Surtout quand j’étais seule. C’est de la Hilflosigkeit pure. Je suis hilflosig et je dois rester comme ça. Je ne sais juste pas pourquoi je suis tombée comme ça. Je veux dire que tu n’es pas l’Autre de ce qui m’arrive. C’est plutôt ma mère, tu vois. D’ailleurs, il me semble maintenant que je n’ai plus rien à lui dire depuis que je n’ai plus à me plaindre auprès d’elle. Mais, je ne sais pas pourquoi ça m’arrive maintenant. Peut-être seulement parce que j’ai bougé, parce que j’ai voulu faire quelque chose. Peut-être parce que j’ai peur de faire ce que je veux faire. Ce qui m’arrive, c’est un truc de fille à mère. De bébé à maman. Pas de femme à homme.
Envoyé via l’application myMail pour Android
 
 
Enfin, Excuse-moi de te dire tout ça.
 
Envoyé via l’application myMail pour Android
 
 
Salut. Je vais mieux. Fait du sport et pris RV avec un analyste.
Publié dans brouillonne de vie |
Top