lundi 2 octobre 2017 @ 11h43

Préférer un pot d’eau ébréché, c’était le grand truc…

A. C. : Pour la caméra, toute parcelle de vie est divine. Le corps et les objets sont faits pour la cérémonie argentique et numérique. Au collège, je servais la messe. Les objets rituels avaient une énergie qui me transportait. J’aime les dessins animés. Tout frémit, maisons, voitures, arbres, tout participe à l’action. J’ai tourné un film Thérèse, qui raconte la vie de carmélites dans un couvent. Elles sont pauvres. Elles font des prodiges avec rien. Tout luxe les fait rire.

Préférer un pot d’eau ébréché, c’était le grand truc… Il n’y a pas encore aujourd’hui, comme pour les rasoirs et les appareils photo, de caméra jetable… La caméra quadrille peu de choses, je le pense. Nos souterrains sont inmontrables, infilmables, les images sont trop fortes. Nous sommes condamnés à la suggestion, à la partie pour le tout, à l’allusion, à ce que vous appelez les détails de la vie quotidienne. En même temps, l’ordinateur et ses effets spéciaux permettent de donner corps à n’importe quelle image mentale, de retravailler à l’infini l’image réaliste, de se livrer à tout désir visuel et sonore. Peut-être entrerai-je plus tard dans cette galaxie.

https://itineraires.revues.org/1282

samedi 21 octobre 2017 @ 8h20

« violent et revanchard, cru et cruel »

publié ceci sur FB, sur mon mur. ça n’a pas été facile. je l’avais d’abord mis en commentaire sur le mur de quelqu’un qui avait publié cet  article de Libération, « Balance ton porc ? Non merci ! ». cela n’avait suscité aucune réaction. je crois que j’ai essayé alors de le replacer, dans un autre commentaire, ailleurs. et ça n’en a toujours pas suscité plus. j’ai pris alors mon courage à deux mains, parce qu’il en fallait, et j’ai publié ce texte sur mon propre mur. il est toujours resté sans réaction. j’en ai été blessée. il n’avait pas été facile à écrire, j’étais moi-même bouleversée, et il me semblait que mes amis au moins auraient pu me témoigner leur présence:

selon cet article, #Balancetonporc est un « hashtag violent et revanchard, cru et cruel ». j’ai 54 ans. me faire agresser en raison de mon sexe ne m’arrive plus (si ça peut rassurer, c’est les jeunes qui se font emmerder, avec l’âge, ça se tasse). ça m’est arrivé. violemment, cruellement, crûment. et dans les gestes, les paroles, souvent, il y avait quelque chose de l’ordre de la revanche, de la haine, pour ce que je suis, ce que je représente, comme femme. j’ai pour ma part toujours encaissé en silence. certaines sont sans doute mieux préparées à faire face. je ne l’étais pas. j’ai été seule avec ça, toujours. cela m’a modelée, faite, petit à petit, jour après jours. au fur et à mesure qu’apparaissaient sur mon corps les dits « signes de ma féminité ». ça a contraint ma façon de marcher, ma façon de m’habiller, mes envies de sortir, mes désirs de voyager. mes désirs tout court. ça a barré des joies, des enthousiasmes, des gaietés. ça m’a contrainte à m’enlaidir. à désaimer mon corps. alors, si j’ai finalement lu très peu de témoignages sur twitter ou ailleurs, en raison de la nausée que ces lectures provoquaient, il est certain que ça résonne en moi et que de leur nombre quelque chose me parvient, qui me fait signe et qui me fait du bien. un immense silence qui se dévoile et se déchire. peut-être y a t-il quelque chose à faire, peut-être n’est-ce pas une fatalité. tandis qu’après-coup une sorte de colère monte en moi. une colère jusque là jamais même éprouvée, qui me prend à retardement, parce que ces agressions concernaient de trop près mon être de femme, mon intimité, ma pudeur. ça n’est pas du tout de la victimologie. je ne me suis jamais sentie victime. j’en ai ressenti l’énigme (de mon propre être). j’en ai été saisie. je m’y suis figée. alors aujourd’hui, ce hashtag, #balancetonporc, s’il m’a d’abord heurtée, j’ai fini par sentir qu’il comportait quelque chose de juste. parce qu’enfin bon, ok, l’énigme, le silence, c’est bien, c’est comme ça, « on se débrouille », il n’en reste pas moins qu’il est peut-être temps, finalement, et juste, pour moi, de les nommer, tous ceux-là, à qui je n’avais jamais rien dit, à qui il n’était rien possible de dire, parce qu’ils étaient plus forts que moi, parce qu’ils étaient cons, parce que cela aurait encore plus attisé leur colère, il était peut-être temps de les injurier en retour. (alors non, je n’y suis pas allée de mon #hashtag, mais je considère que celles qui y vont, y vont pour moi aussi, je cautionne.)
cela dit, par delà l’injure, « l’indignation de masse » dont il est question ici, qui a lieu, qui se manifeste, celle-là me touche profondément. qui comporte en son creux quelque chose d’infiniment juste. même s’il n’y a pas d’oreilles pour l’entendre (parce qu’il faudrait que ça rentre dans un cadre jurid……)

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