jeudi 11 avril 2019 @ 18h25

« Les ruses de l’intelligence : La mètis des Grecs « 
Extrait d'une interview de J.-P. Vernant par Georges Charbonnier

« Les ruses de l’intelligence : La mètis des Grecs », Marcel Detienne & Jean-Pierre Vernant, Ed. Flammarion, collection Champs, 7 janvier 1993, Poche : 316 pages, ISBN-10 : 2080810367, ISBN-13 : 978-2080810366

Notion centrale et notion très complexe, puisque le mot métis est d’abord un nom commun, qui signifie non pas l’intelligence mais une forme particulière d’intelligence qui est faite de ruses, d’astuces, de stratagèmes, et même de dissimulation, voire purement et simplement de mensonges. On peut dire que le héros humain de la métis, pour les Grecs, c’est Ulysse.

[…] de là aussi, dans le domaine du monde animal où certaines bêtes sont en quelque sorte aux yeux des Grecs, les symboles de ce type particulier d’intelligence et spécialement deux animaux : le renard, parce que le renard c’est l’animal à métis, c’est le fourbe, le rusé fait animal comme Ulysse est le rusé fait homme, et aussi le poulpe. Le poulpe, la seiche parce que ce sont des animaux d’une souplesse incomparable, qui peuvent prendre toutes les formes, qui peuvent se modeler sur toutes les situations, prendre la couleur du rocher, se confondre avec le sable, et dans la mer, sécréter une espèce d’encre qui crée l’obscurité au sein des flots et qui leur permet d’être à la fois l’animal qui échappe à toute les prises et qui surgit à l’improviste pour s’emparer de ce qu’ils convoitent.

Pour les Grecs, […] il s’agit véritablement, pour l’intelligence si elle veut comprendre les choses, les maîtriser, de se rendre non seulement semblables à elles mais plus souple, plus ambiguë que les choses elles-mêmes à quoi elles s’appliquent. C’est ça le point. C’est-à-dire que nous n’avons pas encore dans ce type d’opération intellectuelle, que nous avons essayées d’analyser, l’idée qu’il y ait un sujet humain qui est défini par sa subjectivité, par sa conscience, par sa raison, par ses cadres intellectuels, et en face de lui quelque chose de tout différent qui serait la réalité. En réalité, en fait plutôt, nous avons une puissance qui est la même dans le cas de l’intelligence humaine et dans le cas de ce qui en est l’adversaire, c’est-à-dire le devenir ou l’animal qu’il pêcher ou dans le cas de la mythologie, -dont je n’ai pas encore parlé mais dont je voudrais bien dire un mot parce que je crois que ça éclaire les choses- de deux puissances qui sont à la fois opposées et complices, qui sont de mêmes nature. Les Grecs pensent que seul le même peut agir sur le même.

[…] parce qu’il se produit dans la culture grecque, à un certain moment, peut-être pas une coupure, le mot est trop fort me semble-t-il, cependant un tournant, une version, un détachement par rapport au passé. C’est, en gros à la fin du Ve, au début du VIe siècle, lorsqu’une culture qui était fondamentalement orale, et où la communication du savoir se faisait à travers des formes poétiques, qui en quelques sortes s’imposaient par le rythme, par la danse, par la musique, à la mémorisation au moment où avec l’écriture, avec les mathématiques on invente des formes de pensée qui sont nouvelles. Et alors, c’est à ce moment-là que la pensée grecque prend la forme que nous lui connaissons. Et cette forme suppose une opposition nette entre le monde des apparences, c’est-à-dire le monde sensible du devenir dans lequel nous vivons et auquel nous sommes confrontés dans nos besoins matériels, physiques et un autre monde, complètement différent qui est le monde que les Grecs appellent la vérité, ou la réalité. Et ce monde, lui, ce n’est plus un monde changeant, mouvant et que par conséquent on ne peut connaître que par les ruses de l’intelligence. C’est un monde de notions stables. C’est le monde de l’intelligible. C’est le monde de l’identité, de la permanence, de la constance. Alors, c’est sur ce plan que la science grecque va faire les progrès décisifs que nous connaissons. Elle va instituer une mathématique, va instituer une philosophie de l’être s’opposant au monde du paraître.

Mais auparavant, et c’est ce que nous essayons de montrer, il n’y a pas cette opposition de l’être et du paraître. Entre l’être et le paraître il y a toute sorte de liens. Par exemple, quand Ulysse fait semblant d’être ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire quand la métis, quand la ruse consiste à pendre une apparence qui n’est pas la sienne, cette apparence n’est pas une illusion. Cette apparence, c’est un moyen bien efficace d’obtenir le résultat qui est attendu. Et en ce sens, le mensonge n’est pas du tout la même chose que l’ignorance. Le mensonge c’est la conduite de celui qui connaît la vérité mais qui connaissant la vérité a en même temps quelque chose en plus qui lui permet d’obtenir devant un adversaire un résultat que l’énonciation pure et simple de la vérité ne lui aurait pas permis d’obtenir. Le mensonge est plus que la véracité. C’est une véracité qui a su en même temps tromper l’adversaire en prenant, par la ruse de l’intelligence, une forme qui déconcerte l’adversaire et permet de le maîtriser.

[…]

On raconte que le renard est un animal qui a la capacité de tromper l’adversaire en se retournant, en faisant que l’avant devienne l’arrière, c’est-à-dire en prenant une position circulaire et il existe même un poisson qui est appelé, poisson-renard dont les naturalistes nous racontent qu’il a cette capacité, lorsqu’on l’a pêché de se retourner comme un gant et c’est pour ça qu’on l’appelle renard, de faire en sorte que l’intérieur de son organisme, en se retournant, devienne l’extérieur et ainsi l’hameçon va tomber de lui-même. Alors, nous voyons très bien ici qu’il y a un modèle de l’opération rusée, qui consiste à retourner, à se retourner soi-même pour retourner contre l’adversaire l’argument ou la puissance que l’adversaire a dirigée contre vous. 

[…]

http://www.fabriquedesens.net/Les-ruses-de-l-intelligence-La

 

jeudi 11 avril 2019 @ 19h18

Faire couple, avec la Métis, par Monique Variéras

08/11/2015

Légende illustration : Ulysse et Pénélope, vers 1545, Le Primatice, (Toledo, Ohio, Toledo Museum of Art)

Ulysse et Pénélope, un couple étrange et séparé qui tient pourtant le récit jusqu’au temps retrouvé. Dans l’éloignement spatial et temporel se répond ce qu’ils ont en commun : la métis. La métis, ruse du non rapport sexuel, fil ténu mais solide qui retient sur la rive du désir l’irrésistible dérive que commande la pulsion de mort. Dans cette longue et périlleuse Odyssée, Ulysse, le prométhéen, arrime son désir à sa ruse qui conduira son retour. Pénélope met en écho sa propre ruse par son activité tisserande qui ne connait pas de produit fini. Son pré-texte à l’assaut insistant des prétendants est le tissage d’un linceul pour Laërte. Rivés sur son retrait, sa navette, ses mêmes fils qu’elle tisse et détisse, certains commentateurs ont pu la dire inutile au récit. Mais son impopularité est le signe d’une intimité menacée. Elle s’inscrit comme symptôme dans la cité qui promeut un bonheur illusoire assurant à tous une jouissance dont les débordements gardent leur actualité.
C’est dans une texture toute particulière que prend place la toile de Pénélope. Homère en a défini les limites, elle ne sort pas de son rôle. Évitant le péril en sa demeure, à cause des séductions intéressées, elle transmet l’image d’Ithaque en pleine crise. Garante du texte à s’écrire, Pénélope dérationalise le discours justifiant la double avidité des prétendants, du pouvoir et du sexe, par le prétexte d’un nouvel ordre. La position est inversée lorsque qu’Ulysse se fait attacher au mât de son navire pour résister au chant des sirènes. C’est une rationalité indirecte ou secondaire qui met en lumière la stratégie du héros lorsqu’il reconnait sa faiblesse.
Leur Métis convoque l’endurance et la résistance. Ulysse, l’avisé, résiste aux chants des sirènes car il refuse une immortalité qui le jetterait dans l’oubli. Il tient à sa condition d’humain et préfère souffrir, vieillir, plutôt que de renoncer à sa gloire. Pénélope résiste aux prétendants et au désordre d’Ithaque. C’est le même Kléos (réputation maintenue), qui fera dire à Homère « qu’il existe entre eux une identité de pensée, rare entre un homme et une femme. »
La boucle se ferme sur un présent épais, accentué pour Ulysse par « La descente aux enfers ». L’Odyssée homérique, qui, entre autres, a pu inspirer l’écriture proustienne, donne sa pleine actualité au fait que nous portons tous le poids de nos tourments et de nos épreuves. Le tissage de Pénélope, délesté du pré-texte, enroule la toile jusqu’au temps retrouvé. La chair fait place à l’écriture tenue par les épithètes homériques qui insistent au long du périple. La lecture peut se faire alors non pas sur le fil de la signification mais par le signifiant et le mode de jouissance. Les exploits héroïques d’Ulysse, son errance dans les eaux piégées de nymphes et de sirènes qui le retiennent, indiquent le rapport à sa jouissance. Fidélité, attente, hésitation, dont Pénélope serait l’antonomase, livrent une figure fade et pâle du récit. C’est de fait un réveil de la mémoire. L’arc, les flèches, le lit, la blessure d’Ulysse, traits reconnaissables de leur alliance, font le motif de la toile. Mais son attente trace un bord au-delà duquel les frontières se brouillent, où il n’y a ni temps et espace, ni jour et nuit, mais un lieu indéfini, sans loi. Ce réel aspire le sujet dans une jouissance indicible débordant le référent phallique : la jouissance féminine.
Grande ruse, astuces, ou petits arrangements, la Métis est empreinte d’une pointe d’humour et d’ironie. En résonance chez Pénélope et Ulysse, elle relie leurs solitudes. Si les modes de jouissance sont inconciliables, la rencontre se joue dans une intermittence qui peut faire consistance. N’est-ce pas le pari du couple ? Hier comme aujourd’hui, que l’amour dure trois ans ou jusqu’au terme de la vie, en-deçà de l’illusion ou de l’idéalisation, un bel amour pourrait se concevoir et se moduler dans une poétique d’accords provisoires.

Article original

dimanche 14 avril 2019 @ 7h15

14.04 7:01

Non-envoyé

Chère Hélène Parker,
Hier matin, très tôt, j’écrivais à Nathan des SMS (il ne s’adresse plus maintenant à moi qu’en SMS) dont rien ne pouvait lui laisser transparaître que je pensais qu’il fallait que ce soient les derniers, venant de moi et que je le bloque (une fois de plus), bloque ses SMS, comme j’avais autrefois bloqué ses mails (ce qui l’avait amené à me dire qu’il ne voulait plus en écrire), afin d’être sûre de ne plus l’attendre, de ne plus lui écrire. Alors, il m’a écrit, répondu, Bonjour ma chouchou, avec une photo, à la façon ancienne, et tout de suite, j’ai craqué. Tout de suite, mon corps a respondu (petits battements de cœur au bout des doigts, au sexe, très fins, subtils, particuliers, particuliers à cet instant-là, à cette réponse-là, cette situation-là : dans la surprise, mon corps lâche des sensations d’autrefois,  vives, mais prudentes, sur la réserve) et je lui ai répondu. Et étonnamment, à l’ancienne encore, il n’a pas tardé à me répondre, à répliquer. Et c’est une joie prudente encore qui m’a prise. Plus temporelle, n’allant pas directement s’étendre à l’infini. Envahissante cependant, vivante, se propageant aux autres, Édouard, Anton. Le sourire qui prend les lèvres,  les mouvements accélérés, enchantés. Encore, j’ai corps respondu, répondu, légère et grave. Puis en plein après-midi  encore, Nathan a encore envoyé un SMS, lequel a sauté dans les doigts de Anton qui tenait  mon téléphone, comme il essayait de résoudre, si gentiment et efficacement, et tendrement, un problème technique pour moi. Il a fait semblant de n’avoir rien vu, moi de même. Quand j’ai découvert le SMS, une image encore, tout mon corps s’en est ému. À cet instant, je pourrais le lui écrire : Tu m’as fait jouir. Écrire et sentir encore. Mais, prudence. Et je pressens que chez lui, semblables questionnements. J’ai continué de profiter de la bonne humeur, il y a eu de la musique, Chopin, et quelques pas dansés. L’humeur de Édouard s’est assombrie. Je l’ai interrogé. Il joue pour le moment, de nouveau, toute la journée.
Je vous écris, pour ne pas lui écrire, à Nathan. Je vous écris dans le sentiment qu’il me faut faire très attention. Enfin, je vous écris pour que ce soit écrit. 
Je n’arriverai pas à tout vous écrire, tout ce que j’avais pensé, espéré, voulu. 
Je vous écris sur mon téléphone, dans le canapé du salon, dans le noir. J’aime écrire ainsi, mais mes mains en pâtissent terriblement. 
Je vais me faire un cafe. Les chats s’agitent. 
Je vais réfléchir à ce que je pourrais vous écrire encore. Maintenant ou une autre fois. 
Je me suis fait du thé. 
Je ne pense pas que je vais arriver à vous écrire ce dont je ne sais d’ailleurs pas ce que c’est, sera. Il s’agit de l’écriture. J’ai commencé à faire ce dont nous avions parlé. J’ai même changé les noms. J’avance et tout le temps, je me dis que je sais que je n’y arriverai pas. Afin de me dégager un espace/temps de paix,  Il a fallu que je prévienne Édouard. Je lui ai dit que j’essayais d’écrire quelque chose, que je ne pouvais pas lui en parler, que c’était difficile. Que j’essayais de faire quelque chose à quoi je ne croyais plus. Que j’avais trop souvent foiré. 
Je ne pense pas que j’y arrive pour la raison suivante : à ce que nous nous sommes écrit je tiens trop. À ce que nous pourrions encore nous écrire, à cette forme d’amour. À cette grande jouissance. 
Donc, pour le moment, je ne peux que reprendre ce que nous nous sommes écrit. Le compiler, le ré-écrire, le transformer, réfléchir. Je me relis, scrute. Relis revis. Je sais qu’il me faudra probablement à un moment engager la voix d’un narrateur. Que cela dépendra de lui, de cette autre voix, nouvelle. Est-ce que je pourrai, voudrai la prendre… Je me dis que je dois essayer. Prendre le temps d’essayer. D’établir ce que je crois savoir. Et alors peut-être avoir ça derrière moi. De rendre ça lisible par d’autres. 
Mon désir me semble   tout entier pris dans l’écriture, plus précisément dans un champ intérieur de l’écriture, celui de la correspondance. Dans cette écriture, je trouve corps. Nathan me disait, si pense à toi, le mot qui me vient c’est Incarnation. Je trouve et donne corps. Est-il possible (et souhaitable) que je trouve le moyen de désenclaver un tant soit peu ce désir, d’ouvrir légèrement les barrières du champ, de le laisser fuir en dehors, là où il n’y aurait plus de correspondant. Et cela en vaut-il seulement la peine ? Quelle vérité en dehors de la relation? Quelle vie ? La solitude existe, elle a lieu, elle s’accomplit  dans l’inconscient d’où elle me parle comme à un autre dans sa langue inconnue. L’inconscient, le corps. 
Je pourrais écrire encore, mais je vais arrêter là. 

jeanne muller 126, rue du faubourg poissonnière75010 paris 06 22 06 23 1409 67 18 40 43Skype : veroniquemuller 
Envoyé depuis mon smartphone. Chère Hélène Parker, Hier matin, très tôt, j’écrivais à Nathan des SMS (il ne s’adresse plus maintenant à moi qu’en SMS) dont rien ne pouvait lui laisser transparaître que je pensais qu’il fallait que ce soient les derniers, venant de moi et que je le bloque (une fois de plus), bloque ses SMS, comme j’avais autrefois bloqué ses mails (ce qui l’avait amené à me dire qu’il ne voulait plus en écrire), afin d’être sûre de ne plus l’attendre, de ne plus lui écrire. Alors, il m’a écrit, répondu, Bonjour ma chouchou, avec une photo, à la façon ancienne, et tout de suite, j’ai craqué. Tout de suite, mon corps a respondu (petits battements de cœur au bout des doigts, au sexe, très fins, subtils, particuliers, particuliers à cet instant-là, à cette réponse-là, cette situation-là : dans la surprise, mon corps lâche des sensations d’autrefois,  vives, mais prudentes, sur la réserve) et je lui ai répondu. Et étonnamment, à l’ancienne encore, il n’a pas tardé à me répondre, à répliquer. Et c’est une joie prudente encore qui m’a prise. Plus temporelle, n’allant pas directement s’étendre à l’infini. Envahissante cependant, vivante, se propageant aux autres, Édouard, Anton. Le sourire qui prend les lèvres,  les mouvements accélérés, enchantés. Encore, j’ai corps respondu, répondu, légère et grave. Puis en plein après-midi  encore, Nathan a encore envoyé un SMS, lequel a sauté dans les doigts de Anton qui tenait  mon téléphone, comme il essayait de résoudre, si gentiment et efficacement, et tendrement, un problème technique pour moi. Il a fait semblant de n’avoir rien vu, moi de même. Quand j’ai découvert le SMS, une image encore, tout mon corps s’en est ému. À cet instant, je pourrais le lui écrire : Tu m’as fait jouir. Écrire et sentir encore. Mais, prudence. Et je pressens que chez lui, semblables questionnements. J’ai continué de profiter de la bonne humeur, il y a eu de la musique, Chopin, et quelques pas dansés. L’humeur de Édouard s’est assombrie. Je l’ai interrogé. Il joue pour le moment, de nouveau, toute la journée. Je vous écris, pour ne pas lui écrire, à Nathan. Je vous écris dans le sentiment qu’il me faut faire très attention. Enfin, je vous écris pour que ce soit écrit. Je n’arriverai pas à tout vous écrire, tout ce que j’avais pensé, espéré, voulu. Je vous écris sur mon téléphone, dans le canapé du salon, dans le noir. J’aime écrire ainsi, mais mes mains en pâtissent terriblement. Je vais me faire un cafe. Les chats s’agitent. Je vais réfléchir à ce que je pourrais vous écrire encore. Maintenant ou une autre fois. Je me suis fait du thé. Je ne pense pas que je vais arriver à vous écrire ce dont je ne sais d’ailleurs pas ce que c’est, sera. Il s’agit de l’écriture. J’ai commencé à faire ce dont nous avions parlé. J’ai même changé les noms. J’avance et tout le temps, je me dis que je sais que je n’y arriverai pas. Afin de me dégager un espace/temps de paix,  Il a fallu que je prévienne Édouard. Je lui ai dit que j’essayais d’écrire quelque chose, que je ne pouvais pas lui en parler, que c’était difficile. Que j’essayais de faire quelque chose à quoi je ne croyais plus. Que j’avais trop souvent foiré. Je ne pense pas que j’y arrive pour la raison suivante : à ce que nous nous sommes écrit je tiens trop. À ce que nous pourrions encore nous écrire, à cette forme d’amour. À cette grande jouissance. Donc, pour le moment, je ne peux que reprendre ce que nous nous sommes écrit. Le compiler, le ré-écrire, le transformer, réfléchir. Je me relis, scrute. Relis revis. Je sais qu’il me faudra probablement à un moment engager la voix d’un narrateur. Que cela dépendra de lui, de cette autre voix, nouvelle. Est-ce que je pourrai, voudrai la prendre… Je me dis que je dois essayer. Prendre le temps d’essayer. D’établir ce que je crois savoir. Et alors peut-être avoir ça derrière moi. De rendre ça lisible par d’autres. Mon désir me semble   tout entier pris dans l’écriture, plus précisément dans un champ intérieur de l’écriture, celui de la correspondance. Dans cette écriture, je trouve corps. Nathan me disait, si pense à toi, le mot qui me vient c’est Incarnation. Je trouve et donne corps. Est-il possible (et souhaitable) que je trouve le moyen de désenclaver un tant soit peu ce désir, d’ouvrir légèrement les barrières du champ, de le laisser fuir en dehors, là où il n’y aurait plus de correspondant. Et cela en vaut-il seulement la peine ? Quelle vérité en dehors de la relation? Quelle vie ? La solitude existe, elle a lieu, elle s’accomplit  dans l’inconscient d’où elle me parle comme à un autre dans sa langue inconnue. L’inconscient, le corps. Je pourrais écrire encore, mais je vais arrêter là. jeanne muller 126, rue du faubourg poissonnière75010 paris 06 22 06 23 1409 67 18 40 43Skype : veroniquemuller Envoyé depuis mon smartphone. 

Publié dans Hélène Parker, Non envoyé | Commentaires fermés sur 14.04 7:01
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