le supplice du nom

Fort empêchée d’écrire en ce moment, à cause du travail1.

Il y a deux ou trois jours : rêve.

1.
D’abord seule
Pendant longtemps, de plusieurs façons, je cherche à arriver à l’une ou l’autre piscine.

2.
Plutôt à plusieurs

Finalement, il est décidé que nous y irons, à la piscine, à plusieurs. Nous partons du château (enfance).

3.
Un nouveau chemin

Plutôt que d’aller vers l’une de celles que j’avais déjà repérées, il est décidé, par le groupe, que nous irons vers une autre, dont je n’ai pas souvent fait l’épreuve du trajet.

4.
A droite, le connu, le château de mon père (titre de livre). A gauche, la ville de ma mère, l’inconnu

Celles que je connais, c’est plutôt vers la droite – le chemin qui descendait du château, vers le village, à travers les prairies – et puis, des routes, et des chemins, un chemin toujours le même, déjà souvent parcourus en rêve. La direction que nous prenons, c’est plutôt vers le fond à gauche. Impression de Poperinge (ville de ma mère).

5.
Bloquée côté spectateur. Impossibilité de se déshabiller. Noir

Arrivons à la piscine. Diverses tentatives pour arriver jusqu’à la piscine même, l’eau. Cela paraît impossible (en fait, ça le restera pour moi, jusqu’à la fin). Le genre d’obstacle que nous rencontrons, c’est par exemple que les vestiaires sont plongés dans le noir ou introuvables ou ressemblent plutôt à une salle de spectacle, côté spectateurs. Nous sommes dans les fauteuils des spectateurs, la salle est plongée dans le noir, il n’est pas facile, ou plutôt il ne m’est pas facile de trouver ma place, une fois que j’en trouve une, comment me déshabiller en présence de tous ces gens. Comment font les autres? Ils le font.

D’autres donc, les autres, parviennent à l’eau. J’ai à un moment un aperçu de la piscine, du bain, de haut.

6.
Coulisse, courant, mécanisme – au cœur de pulsion…

Moulin à eau de VanneauJe m’engage finalement dans quelque chose qui devrait me mener vers la piscine. J’ai un doute. Je me demande si je ne suis pas embarquée sur le côté, sur le bord du chemin. En effet, je suis plutôt dans la coulisse. Je suis très exactement dans la, les coulisse(s). Couchée à plat ventre, encagée, sans aucune possibilité de me dégager. Je suis dans l’eau d’une roue qui entraîne l’eau de la piscine, qui entraîne le mécanisme de la piscine. Le courant est fort, inéluctable.

7.
Le tour, la roue, la chute

Pour le moment, je suis dans le mouvement ascendant. Mais à un moment, je passerai forcément dans le mouvement descendant – la chute. Je suis dans le premier demi-tour de la roue. Dans son deuxième demi-tour, je ne pourrai que tomber, et la chose paraît aussi dangereuse que de tomber, par exemple, du haut du Niagara.

8.
L’angoisse

Quelqu’un m’aperçoit prise dans ce mécanisme. La question c’est : est-ce qu’on arrivera à l’arrêter, le bloquer à temps? L’angoisse me réveille.

Difficile de ne pas retrouver trace ici de mes élucubrations autour de la pulsion. Traces en forme de confirmation. La pulsion est un mécanisme, duquel on se dégage difficilement, dans lequel on est pris comme dans le tour d’un supplice, dont le mouvement est celui d’un aller-retour, et dont le retour, le deuxième demi-tour, est difficile, angoissant.

Piscine, mettons la jouissance :

1. D’abord seule

2. Ensuite, plutôt à plusieurs (contingence, rencontre)

3. Du coup, n’est plus la même, de jouissance.

4. Plus vraiment du côté du père (fantasme), mais de la mère (autre chose).

5. Bloquée un temps dans le fantasme (corrélé à l’objet du père) : l’impossible objet regard. Qui rend impossible le déshabillage. (A ce point devoir être l’objet du regard, mais l’objet d’un regard impossible, objet qui incarnerait le regard même, un objet dont la beauté puisse définitivement faire voile sur l’au-delà du regard, impossible  : ce n’est jamais ça – histoire de ma vie, jusqu’à un certain moment de mon analyse. L’incarnation de cet objet empêche certainement tout rapport amoureux (le déshabillage) puisqu’il cherche à incarner le point d’impossibilité même de ce rapport. Devoir être belle au point que ce voile, en quoi consiste la beauté, puisse occulter tout de qu’il en est du désir, de l’angoisse donc, que cette beauté même, sa vue, le regard, provoque. La beauté est re-présentation du regard. Mais si le regard est pris au sérieux, c’est-à-dire pris dans ce qu’il comporte de réel, c’est-à-dire de jouissance et de désir, de trou à la re-présentation justement, il s’avère impossible. D’où, mon impossibilité, pendant des années, à me montrer. Voir, oui, du haut de ma tour – être vu – impossible – quels que soient les compliments que je recoive quand j’étais forcée à sortir. Quand j’acceptais de faire illusion. (On en est encore là, du côté du point 1, du D’abord seule, en arrêt sur le bord du désir)

6. Prise dans la coulisse… les coulisses de l’inconscient ou la glissière de la pulsion. C’est l’eau de la piscine, mais une eau sur laquelle je n’ai aucun contrôle, qui s’avère même mortifère.

Ce tour, cette roue, je l’ai déjà rêvée, presque sous cette forme. C’est la roue attachée à mon nom. La roue de mon nom. Roue des supplices/délices. Mon nom, Müller, Meunier. Et son moulin, au pied duquel je ne dors pas.

Jacques Muller, Dans la rue, 1972
Jacques Muller, Dans la rue, 1972

Müller, mélangez-en les lettres, vous y trouverez la « rue« , cette rue où je ne sors pas, cette rue comme une roue de supplices, de délices

On notera que la rue est à mon père, ne dit-on pas qu’il est le « peintre de la rue, de la ville », et  son martyr à ma mère – son vieux rêve, ce fantasme secret : être martyr, pour sa religion, brûlée sur des charbons ardents, fidèle à sa foi, à Jésus.

 

Martyr bound naked to a wheel, which is revolved over iron spikes Martyrs bound to the circumference of a great wheel, and rolled down a precipice

 

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La descente aux limbes, Bruegel. Gravure, peu après 1560-1500
Illustration de l’article : La descente aux limbes, Bruegel. Gravure, peu après 1560
(détail: le supplice de la « roue d’enfer » ou « supplice des orgueilleux », voir : http://lespierresdusonge.over-blog.com/page-1436963.html)

Lien : http://www.fromoldbooks.org/Gallonio-TorturesAndTorments/index2.html

Notes:
  1. Eh non,  le mot travail ne vient pas du latin tripalium, instrument de torture à trois pieux. Voir Tripalium: une étymologie écran : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-luce-morlie/280911/tripalium-une-etymologie-ecran-archive []

ça m’suffit

/ hello hello / ( je travaille beaucoup plus que 5 heures par jour/ après, je m’écroule /)

(du coup, le besoin la tentation du tout écrire, coucher sur ne se fait plus sentir

( je pourrais presque dire / je dirais / de ce que j’ai fait : ça m’suffit / rester dans la bribe : au moins ça : la bribe. la bribe et le vent. / ou garder le cap sur la prairie. la pairie. probablement, vaudrait-il la peine que je rejette des_coups_d’œil_en_arrière. me relise.

or ça, il faut que j’ajoute également : mon corps. il y a eu ce moment où je n’ai plus voulu pour lui – où ça s’est insinué en moi –  qu’il passe des heures devant un écran. et je cherche en ce moment, le moyen, ma façon, qui me permette de travailler autrement. je parle de ce travail que je fais « pour moi » – les trucs que j’essaie ici, en écrivant. je voudrais / chercherais / qu’il se construise ailleurs que dans du virtuel – c’est peut-être juste une question d’état d’esprit, à modifier. oui, c’est important, ça, ce refus qui s’est fait, en moi. un désir de concrétude. comme si l’écran n’y suffisait pas. non pas comme si : parce que l’écran ne me suffit plus. (d’où, ce que j’y fais en ce moment : le minimum, me suffit).

l’infinie perturbation

peur d’être trop inconsciente vraiment trop inconsciente et alors quoi il n’y aurait pas moyen d’en savoir plus / ils aiment et ils ne savent pas qu’ils aiment ils détestent et ils ne savent pas qu’ils détestent ils désirent et ils ne savent pas qu’ils désirent ils jouissent et ils ne savent pas qu’ils jouissent.

croyez que je n’y crois plus, à ce que je fais, ici. ce blog. (ça ne me fait plusvibrer).

dans mes liens, j’ai rajouté un lien sur jiveziplak, parce qu’elle
c’est elle, ce site, qui m’avait fait reprendre un blog.

avant ça, l’autre qui m’avait fait rêver d’en prendre un, quelle perturbation, à ce moment-là, ç’avait été, comment s’appelle-t-elle déjà, virginie despentes. virgine despentes, écrivain, avait ouvert un blog. je m’attendais à ce qu’elle y parle de ce qui m’avait dérangée dans ses écrits, non. à cette époque-là, j’étais très sensible à ce que les femmes écrivaient pouvaient écrire de leur sexualité. à ce moment-là, ça me dérangeait terriblement, dans ma propre vie amoureuse, cette idée de n’être pas comme elles. j’aurais voulu  chercher tracer pointer ce qui d’elle_à elle_à elle aurait pu faire lien, j’aurais voulu qu’elles, qu’elles toutes m’en disent plus, et que je m’y retrouve. ne pas m’y retrouver alors que je croyais en ce qu’elles disaient, c’était l’infinie perturbation. je me souviens d’une image qu’elle avait publié sur son blog, v. despentes, qui est venue m’encombrer au moment des gestes les plus. ensuite, à force d’être perturbée,
le temps, l’écriture, les cris, les pleurs, les angoisses, les explications, l’analyse,
j’aurai compris que la norme qu’il m’aurait plu d’établir, la norme de la sexualité féminine, il n’y en n’avait pas. compris, renoncé. bah bah bah. (malgré que toujours je n’aime pas déteste continue de détester la pornographie, et probablement qu’au travers de cette détestation je continue d’aimer à ce que je crois, continue de croire, de la sexualité féminine. à cette époque, j’étais très grands chevaux sur ces choses, très bataille, guerroyère, avec la tête secouée et la main portée à la bouche puis sur le coeur.)

il y avait eu un grand croire à la jouissance féminine. eh bien, la jouissance féminine n’est pas ce qu’on croit.

Auto

écrit pour n’être ni lu ni relu

dans « auto-publication » il y a « auto- » (il y a « self-« )

le neuf de novembre je reprends une analyse

fin de partie

je crois que dans cette chanson les gens sont morts et se sont fait tués. écoutée mille fois.

vivre, une main passée par la fenêtre d’un appartement au 17è étage.

je ne veux pas faire le ménage je ne veux pas faire le ménage je ne veux pas faire le ménage je ne veux pas faire le ménage. et je ne veux pas faire mes papiers.

dis tu as oublié d’acheter du pain, et je n’ai plus rien à manger, la prisonnière

en votre absence, je dors

une fortereste.

et je dors si bien que je n’ai plus envie que vous rentriez. je vouspréviens tout de suite, puisque l’heure avance, je ne ferai pas à manger ce soir.

je ne préviens personne. et si j’arrêtais totalement. ne me consacrais plus, par exemple, dans un premier temps, qu’à l’arrêt de la clope. si je blogue parce que suis trop seule, ça fait maintenant des années qu’ça dure et rien n’a changé, peut-être même que du contraire.

lettres du vent

Ceci n’est pas une nouvelle note.

Wacjzman s’est trompé. 1

L’intime, le privé qui passe au public, ce n’est pas le droit d’avoir une vie privée qu’un artiste exerce : c’est la fin de l’intime.  La fin du privé. L’annulation. C’est aller loger l’Autre, celui qui n’existe pas, et parce que cette inexistence est intenable, quelque part dans le public. Quelque part au-delà. Au-delà de la réalité immédiate, au delà du partenaire amoureux – puisque l’intime concerne le moment du sujet où il est sexué.

Trop de voiles levés sur la vie privée, pour élever une scène publique,  en constitue un déni  ( et que cette scène à l’occasion révèle quelque fantasme ne fait qu’apporter de l’eau au moulin. Lequel n’a qu’une envie :  tourner, pas faire du pain).

Spectacle.

Pendant ce temps la belle meunière dort. (Dort,  rêve de mordre). Et son moulin va trop vite.

Notes:
  1. Si je me souviens bien de l’article que j’ai quelque par cité, et largement, dans ce blog, « Les frontières de l’intime ». Et si je me souviens mal, c’est pas grave. Tant il est vrai qu’il me plaît d’affirmer que Wajczman, Gérard, a tort. []

sam dim lun,

det01_329 det02_067 det03_057 det04_972 det05_404 det06_656 det07_899 det08_513 det09_818 det10_209 det11_129 det12_377 det14_139 det15_967 det16_209 det17_863 det18_791

samedi

réveillée à 13h30. faut-il que je sois fatiguée ou quoi?
après-midi, courses.
soir : godard, « DÉTECTIVE », au lit (des livres partout, dans le lit, dans les poches, dans les bouches, celui que je n’ai pas lu que lit l’entraineur, warner, johnny: « lord jim » de joseph conrad – à prendre à la bibliothèque)

Another (literary allusion) is to Joseph Conrad’s Lord Jim, carried around as a sort of I Ching by nightclub owner and fight promoter « Sir Jim, » full name Jim Fox Warner, played by gravelly crooner Johnny Hallyday. His mother gave him the book thirty years prior, saying that whenever he was stuck in life, all he had to do was crack the cover and the answer would come. He didn’t know that she meant literally. Every time he opens it, someone interrupts him, and he’s never consumed a word. (…)
http://avaxhome.ws/video/genre/art_house/jlg_detective.html

dimanche 25

me force à me lever vers 10 heures. avec julos jouons. F. se lève / je m’éclipse.

jules : trop de wii – mario kart. tout de même, il est petit, il a 4 ans, faut-il qu’il
soit déjà confronté à ça. rien à faire, plus rien à faire, advienne que pou. est-ce démission? ou est-ce à moi de me … réconcilier avec ces … plaisirs faciles (suis-je folle, seule à penser comme ça, ou quoi?)

était prévu que fasse mes papiers avec F ce weekend (lors de crise d’angoisse de mercredi ou jeudi avais décrété ne pouvoir m’en occuper sans lui) là, j’en ai tellement peu envie que je décide que de les faire le lendemain, lundi – j’essaierai seule.

pendant la sieste de jules, j’appelle F. dans la chambre, lui explique qu’il ne s’agit pas de faire les papiers.

jamais deux sans trois (jeu)

réveil de jules. je publie ici une note que je pensais publiée depuis vendredi.

soir : télé, m’arrête à « la montagne magique« , sur arte. très mauvais film que je ne peux m’empêcher de regarder, en souvenir du livre. whisky, puis, appelle F dans chambre. tu veux essayer de? oui, il veut. je lui dis qu’il s’agit juste du désir chez moi d’un instant de complicité avec lui pour sauver noter couple en péril. ça l’arrange. on s’amuse bien. je veux beaucoup plus d’instants comme ça.

jamais deux sans trois (jeu) (cela dit mon cher tu ferais mieux de recommencer une analyse, ça m’évitera d’ailleurs à avoir à reprendre la mienne).

moi j’ai bien dormi. j’ai l’air d’être difficile, en vérité, c’est lui.

26, lundi

interdite d’écriture, me suis interdit d’écrire. m’occupe de mes papiers.

vais certainement bientôt changer de template, de nouveau. tout en pensant à arrêter, en continuant de penser à arrêter. espère que les choses vont s’éclaircir quand j’irai voir FL. ai presque envie d’avoir envie de gagner de l’argent pour pouvoir voir le psychanalyste. c’était mieux quand je payais, quand je travaillais quand je vivais pour payer mon analyse pour poursuivre mon analyse.

il est exactement 14 heures.

j’espère que le psychanalyste me remettra au travail.

je vais changer de titre aussi, c’était « l’heure de nulle part« , ça va devenir « rien que des mensonges« . ça c’est provisoire, car ce titre est d’antonioni, non de… j’oublie son nom

15:40

retrouve une mise en demeure de l’urssaf datée du 13 08 08 et impossible de les joindre. en même temps entends témoignages prisonniers guantanamo (un prisonnier allemand, ses gardiens lui disent, tu sais ce qu’ils ont fait les nazis, au juifs, pendant la guerre, eh bien, c’est ce qu’on va te faire)

2235 (abracadabra; comment j’ai tout bien nettoyé aujourd’hui)

la cigarette me manque incroyablement, depuis un jour ou deux. frédéric est au concert. jules dort. je suis dans mon bureau avec la bouteillede vin blanc portugais pétillant. j’ai bien aimé ces trains, regardez http://theartofmemory.blogspot.com/2009/01/trains-in-cinema-part-5.html. regardez ! et puis, il y a ça, qui n’est pas mal. c’est une adresse provisoire. je ne suis même pas sûre d’être autorisée à la diffuser. mais bon. pour le moment, c’est là:  http://bram.org/textdynamics/cnes/index-ecritures.php après, ça serahttp://bram.org/textdynamics/cnes/index.php.  à explorer. pour ma part, il faut encore que je m’habitue à lire sur écran. j’ai du mal. les gens que je commence à connaitre, ça va, je veux dire ça va, j’arrive à les lire facilement, l’intérêt m’aide.

note : il y a mieux à faire que de s’acheter des slips en dentelle qui gratte pour rererereséduire gaëtan : s’acheter des s lips qui ne grattent pas (néanmoinsen dentelle). il ne reste rien de l’animal en nous. c’est vrai que je dispose de quelques unes tout de même de certitudes. mais est-ce que je me sers un ostre verre?

[ bon, j’ai changé le template. c’est sobre. le titre aussi. sobre. sobriété. (template, je m’y suis décidée à cause de ça :  http://www.smosch.com/, car ça, positivement, ça me fait rêver et on peut rêver et je n’ai rien contre les bourgeois moi les bobos et je n’aime pas le design mais tout cela vous a un air, de netteté, d’adéquation. de précision. qui me fait. en vrai, même comme bobo, je suis ratée.   mais j’aime bien regarder. est-ce que j’ai l’air au moins un tout petit peu smosch, maintenant. ) ]

ça me fait penser que je lisais hier soir le dernier cours de jam, la vérité d’une analyse : qu’elle soit ratée.1 je vous dis ça c’est entre nous de vous à moi c’est à dire nulle, rien, part, je me demande si c’est pas ce gars-là que je devrais appeler. car il me fait un effet boeuf de l’effet.

je ne suis plus sur facebook, sinon, j’aurais pu vous dire à quel concert frédéric est. minitel? oui oui, c’estça. j’ai dit : hm, j’ai déjà vu. eux, les gens du groupe, je les trouve sympas, faut les réinviter, mais. les concerts. àvraidireaussiseulequejesoispendantoutelasemaine j’apprécie lessoiréesseule pendant le week end; ça me rappelle le passé. j’écris les mots tout attachés pour qu’on entende que je pense très vite et tout attaché mais comme ça devient moins lisible je crains que les gens ne sautent et/ou ralentissent au contraire le rythme de leur lecture. ceci est écrit très vite, car je tape très vite à la machine. j’écris aussi les mots tout attaché pour faire formule 1), car j’aime parler avec des formules, j’aime les formules (car je suis formuller). les formules c’est magique c’est des mots de fée et ça ne veut rien dire mais ça marche. or malheureusement je n’ai pas le sens moi de la formule si bien que je suis obligée d’en passer par de semblables artifices. des belles formules : là : http://mfx.dasburo.com/art/truisms/ truismes de jenny holzer:

the unattainable is invariable attractive the new is nothing but a restatement of the old sometimes things seem to happen of their own accordmurd a relaxed man is not necessarily a better man disgust is the appropriate response to most situationsextreme behavior has its basis in pathological psychology politics is used for personal gaincrime against property is relatively unimportanter action causes more trouble than thoughthas it disgust is the appropriate response to most situationssmost people are not fit to rule themselves sexu most people are not fit to rule themselvesal sideideals are replaced by conventional goals at a certain ageselflessness is the highest achievementeating too much is criminalholding back protects your vital energies it’s better to study the living fact than to analyzelow expectations are good protection history freedom is a luxury not a necessity fathers often use too much forcepursuing pleasure for the sake of pleasure will ruin you extreme behavior has its basis in pathological psychologyit is heroic to try to stop timedon’t place to much trust in expertsa man can’t know what it is to be a motheroccasionally principles are more valuable than peopleoccasionally principles are more valuable than peoplethe most profound things are inexpressibleyou must know where you stop and the world beginsdreaming while awake is a frightening contradictionviolence is permissible even desirable occasionallyunquestioning love demonstrates largesse of spiritgiving free rein to your emotions is an honest way to livebeing sure of yourself means you’re a foolexpressing anger is necessaryanimalism is perfectly healthypain can be a very positive thingsometimes science advances faster than it shouldstasis is a dream statethreatening someone sexually is a horrible actrandom mating is good for debunking sex mythsself-awareness can be cripplingchasing the new is dangerous to societyin some instances it’s better to die than to continue starvation is nature’s wayyou should study as much as possibleyour oldest fears are the worst oneswar is a purification riteambivalence can ruin your lifeignoring enemies is the best way to fightpotential counts for nothing until it’s realizedunique things must be the most valuablemonomania is a prerequisite of successdecadence can be an end in itselfambition is just as dangerous as complacencyaction causes more trouble than thoughtfake or real indifference is a powerful personal weapondeviants are sacrificed to increase group solidaritydecency is a relative thingit’s important to stay clean on all levelspeople who don’t work with their hands are parasitespeople are boring unless they are extremistsremember you always have freedom of choicethere are too few immutable truths todayanimalism is perfectly healthyanimalism is perfectly healthyhere’s nothing except what you sensekilling is unavoidable but nothing to be proud ofredistributing wealth is imperativeredistributing wealth is imperativethere are no absolutesa solid home base builds a sense of selfold friends are better left in the pastmen are not monogamous by naturedying and coming back gives you considerable perspectivehumor is a releasestrong emotional attachment stems from basic insecuritypeople who go crazy are too sensitiveself-awareness can be cripplingrecluses always get weakpush yourself to the limit as often as possiblepeople are responsible for what they do unless they are insanesolitude is enrichinghiding your emotions is despicableto volunteer is reactionaryautomation is deadlymonomania is a prerequisite of successmurder has its sexual sidechildren are the hope of the futurehabitual contempt doesn’t reflect a finer sensibilityexpiring for love is beautiful but stupidanything is a legitimate area of investigationstupid people shouldn’t breedkeep something in reserve for emergenciesa single event can have infinitely many interpretationsit is man’s fate to outsmart himselfstasis is a dream stateworrying can help you prepareto volunteer is reactionarya sense of timing is the mark of geniusspending too much time on self-improvement is antisocialelaboration is a form of pollutionthe idiosyncratic has lost its authorityany surplus isbeing alone with yourself is increasingly unpopular immoralrepetition is the best way to learnautomation is deadlyautomation abuse of power comes as no surprisedependence can be a meal ticket

[extraits de truismes de jenny holzer,

bises

Notes:
  1. bon, les mots exacts c’est : Et la passe du parlêtre, ça n’est pas le témoignage d’une réussite, c’est le témoignage d’un certain mode de ratage. mais je ne suis pas sûre qu’il récuserait ma formulation. []

~ provoke a frenzy in me and my love provoke a frenzy in

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Dans une maison à une grande distance brille la lumière d’une fenêtre. Je la vois, et je me sens humain des pieds à la tête. Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeaux via folie m i n u s c u l e

 

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Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant. Baudelaire, Le Spleen de Paris, “Les fenêtres” via folie m i n u s c u l e

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où je me reconnais

Querelleur nov mi
Remouiller env qu
Renouveler mil qu
Verrouille men qu
Emerillon revu qu
Emerillon er qu vu
Emerillon qu re vu
Merveille nu or qu
Merveille or qu un
Quereller ovni mu
Quereller vomi nu
Quereller vomi un
Quereller mou vin
Quereller mi on vu
Remorquee nul vil
Reveiller mu on qu
Reveillon muer qu
Reveillon mure qu
Reveillon mur que
Reveillon er mu qu
Reveillon mu qu re
Vermeille nu or qu
Vermeille or qu un
Vermiller noue qu
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je ne sais jamais

comment m’habiller (ni d’ailleurs mon blog).

L’inhibition a un double versant : dépendante du corps, de ses fonctions et de son image, elle semble liée à l’imaginaire. En tant qu’elle indique une limite et un arrêt dans la symbolisation, elle touche au réel. Elle résonne donc avec tout ce qui chez le sujet ne peut trouver un appui dans la représentation. […] Elle est donc ce qui produit de nouvelles représentations à partir de l’imaginaire du corps. L’arrêt même du sujet, dans l’inhibition, lui sert à se « faufiler » sous forme d’image pour figurer, prendre place là où il ne devrait pas être parmi les signifiants.
Dès le début des années soixante, Lacan situe l’inhibition et le désir à la même place.
La Sagna P., Revue la cause freudienne n° 68,   « L’inhibition à savoir »

Fermer la porte au monde pour trouver la magie

Depuis 1960, James Graham Ballard habitait une petite maison à Shepperton, une ville de la banlieue de Londres. Hors de question pour lui de déménager d’un observatoire qu’il jugeait idéal pour regarder la société. Au printemps 2006, Libération était retourné le voir pour la traduction de Millénaire mode d’emploi, un recueil d’articles (Tristram). Son dernier roman, Kingdom Come (Que notre règne arrive, Denoël, 2006) venait tout juste de paraître. Quelques semaines plus tard, il allait apprendre son cancer. Son autobiographie, Miracles of Life, qui sort aujourd’hui en France sous le titre la Vie, et rien d’autre, sera son ultime livre avant sa disparition, le 19 avril 2009.

Ballard y raconte avec simplicité et chaleur son enfance et son adolescence à Shanghai, où il fut interné avec ses parents pendant deux ans et demi, son retour dans une Grande-Bretagne sinistrée et sinistre, son mariage avec Mary et ses débuts en science-fiction, la mort prématurée de sa femme et l’éducation de ses trois enfants. La période de Shanghaï fut sans doute la plus heureuse et la plus féconde. «A Shanghaï, je trouvais partout le fantastique que la plupart des gens trouvent exclusivement dans leur tête. A présent, il me semble que je cherchais surtout la réalité dissimulée sous les faux-semblants, quête que je poursuivis d’une certaine manière dans l’Angleterre de l’après-guerre, un monde presque trop réel.»

La vie, et rien d’autre revient aux racines de l’œuvre et retrace le parcours d’un écrivain, étranger dans son propre pays, «voué à prédire et, si possible, à provoquer le changement». Ballard prenait plaisir à recevoir les journalistes quand il l’avait décidé. Il accueillait, affable, dans son petit bureau mangé par la copie d’une toile d’André Delvaux qui rappelait son attachement au surréalisme. Après avoir servi un verre de whisky ou de vin blanc, la discussion pouvait démarrer pour deux heures. Concentré sur son interlocuteur, il répondait avec spontanéité, badinant parfois. L’entretien qui suit n’avait pas encore été publié.

Vous aimez les biographies de stars. Pourquoi?

La biographie est une autre forme de roman, basée sur la réalité. Beaucoup de biographies pour lesquelles j’ai écrit des critiques dans la presse traitent de célébrités poussées par les médias. Le phénomène de création d’une célébrité est propre à la fin du XXe siècle. Il y a cinquante ans, il y avait beaucoup de grandes stars, et pas seulement à Hollywood, mais des personnalités comme Kennedy, la princesse Diana, Margaret Thatcher… La plupart des grandes célébrités mondiales sont américaines, parce que la culture américaine a cette faculté de faire les stars grâce à un énorme réseau de télévision, des masses de magazines, des milliers de radios, etc.

Je pense que, nous vivons dans un monde où le magique est parti. Les gens n’ont pas d’imagination. Il n’y a pas de sens du mystère dans leur vie. Il y a trop de réalité. Nous savons tout ou nous pensons tout savoir. Le président Kennedy a été assassiné en direct à la télévision, et le film a été analysé, et encore analysé. On voit le sang couler de la tête de Kennedy, le tailleur Chanel de sa femme éclaboussé… C’était incroyable. Nous avons vu la guerre du Vietnam à la télévision toutes les nuits dans les années 60. C’était un monde différent. Aujourd’hui, tout est très plat. Qu’est-ce que c’est que là réalité? La réalité est un évier pour vaisselle sale. Rien d’un rêve qui permette de vivre.

«J’admire Howard Hughes pour la manière dont il a fermé la porte sur le monde», écriviez-vous. Ne vivez-vous pas ainsi?

Aujourd’hui, on a besoin de fermer la porte sur le monde si on veut trouver de la magie. Rester en privé avec sa femme ou son mari, ses enfants et les proches qu’on aime. Les gens tiennent des weblogs sur lesquels ils mettent le film de leur vie. Le sourire d’un enfant est un moment unique qui ne peut pas être transformé en home movie! Les images ne peuvent pas capturer le magique de l’existence. Je me souviens de la naissance de mes trois enfants, et c’était un moment merveilleux. Vous êtes sur une plage et vous regardez les vagues sur les rochers. Il y a un superbe coquillage, il a peut-être traversé le monde… C’est un moment magique.

C’est très important de vivre par soi-même ces instants uniques et de fermer la porte. Qu’est-ce que le monde? Il est rempli de publicités. Tout est loisir et consommation. Les gens ne pensent qu’à ça et c’est dangereux. Dans Kingdom Come, je pose cette question : est-ce que le consumérisme va tourner en fascisme? Pas le fascisme à la Hitler. Un fascisme sorf, de banlieue, le fascisme de l’après-midi télé. Le consumérisme procure le désir de nouveauté. Mais il ne peut pas satisfaire l’appétit qu’il encourage. On ne peut pas acheter cinq téléviseurs, quatre voitures, vingt paires de baskets. Alors on cherche des sensations ailleurs. Et on les trouve dans le fascisme de banlieue.

Qu’entendez-vous par là?

Nous avons d’énormes banlieues ici, et ils ont la même chose aux Etats-Unis. Elles n’ont pas vraiment de raison d’exister. Ce sont des déserts spirituels et émotionnels. Elles sont comme le Sahara. Ce sont des mondes sans centre, sans église, sans bibliothèque, sans galerie d’art … Dans les villes autour de l’autoroute qui encercle Londres, où je vis, il n’y a rien d’autre que des magasins. C’est un danger. Dans une ville se trouvent habituellement des administrations, des musées, des cathédrales, des théâtres, des bibliothèques, etc. Et cela donne aux gens un sens à ce qu’ils sont. Les supermarchés sont comme des villes, énormes, et ils ne vous disent pas qui vous êtes. Ils vous rendent anonymes. Votre seule identité est fournie par votre carte de crédit. Vous êtes juste un nombre sur votre carte de crédit. Comment les gens peuvent-ils être satisfaits de vivre comme ça? Je ne crois pas qu’ils le soient.

Vous vivez vous-même dans une banlieue…

Bien sûr. C’est une ligne de front. C’est le Verdun de la guerre qui arrive. Le champ de bataille.

La France a connu des émeutes dans les banlieues en novembre 2005. Qu’en pensez-vous?

C’était un mouvement sans objet, sans but. Un acte sans signification est très dangereux. En juillet dernier (juillet 2005, ndlr], à Londres, nous avons eu des attentats dans le métro et le bus. Personne n’a été capable d’expliquer pourquoi ils ont fait ça. Et c’est très difficile à comprendre. C’est ce que je dis dans Millenium People. Les gens qui transportaient ces bombes savent qu’une attaque sans signification est bien plus inquiétante. Cela signifie que l’existence n’a pas de logique.

Où puisez-vous votre inspiration?

Dans l’observation de mes contemporains. Je suis passionné par les changements de la psychologie de masse. J’ai commencé à écrire il y a cinquante ans, et ma première nouvelle a été publiée dans un magazine de science-fiction en 1956. Au début des années 50, j’étais attiré par la SF parce que c’était une époque de grands changements en Europe de l’Ouest, et en Angleterre en particulier. Nous avions à la fois la télévision, les supermarchés, les autoroutes, les vacances… La société de consommation en était à ses débuts. Un nouveau type de monde était en train d’arriver et sa psychologie m’intéressait.

Mes premières nouvelles traitaient des changements de la société. Je ne fais guère différemment aujowd’hui, mais j’ai arrêté la SF à la fin des années 60. J’ai arrêté parce que le monde a rattrapé la SF. En 1969, Armstrong et les Américains ont marché sur la Lune. Et la science-fiction s’est arrêtée là. Maintenant, nous avons une sortie de fantasy, avec Matrix, Terminator, etc. Des films hollywoodiens qui n’ont rien à voir avec la science. Je pense que la SF est probablement arrivée à une fin. Mais le changement m’intéresse toujours. Voir la femme de 75 ans de la porte d’à côté qui porte des baskets. Ce n’est pas très spectaculaire mais, il y a cinquante ans, une femme de 75 ans qui porte des baskets aurait été inimaginable. C’est un petit changement social.

A quoi le monde va-t-il être confronté ?

Nous vivons une époque très dangereuse, qui va l’être de plus en plus. Les Lumières, qui ont duré deux cents ans, croyaient que la raison et la révolution scientifique allaient produire une société démocratique. C’était vrai, c’est ce qui a créé l’Etat-providence, les démocraties occidentales en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis, Malheureusement, je crains que l’âge de la raison n’arrive à sa fin, parce que de nouvelles forces dans le monde rejettent la raison. C’est arrivé pendant l’Allemagne nazie et avec le stalinisme en Union soviétique. Les deux s’annonçaient comme des projets utopiques et sont devenus les plus grands cauchemars, de l’histoire. Je pense que ça arrivera de plus en plus dans le futur. Cent ans plus tôt, les gens croyaient en la politique, en Dieu, dans la monarchie. la monarchie. Ce n’est plus vrai nulle part. Les gens n’ont plus de centre à leur vie, alors ils ne croient plus en rien. Aux Etats-Unis, d’étranges forces émergent : la croyance dans le christianisme. Dans certaines régions la moitié de la population va à l’église le dimanche. Les antiavortement veulent revenir sur les droits obtenus par les femmes. Cela se passe aux Etats-Unis, dans le pays le plus puissant du monde.

La SF a-t-elle prédit le futur?

Sur beaucoup de sujets comme l’arme nucléaire ou la société de consommation. Mais elle a eu tort sur les voyages interplanétaires. Elle a prédit que les planètes seraient colonisées à l’image de l’Afrique et l’Amérique du Sud des siècles plus tôt. Ce n’est pas arrivé. L’âge de l’espace est terminé. Cela a duré très peu de temps. Peut-être qu’un jour il y aura un autre âge spatial, mais pas avant longtemps. Aller dans l’espace est trop difficile. Seuls quelques millionnaires peuvent se le permettre.

En avez-vous rêvé?

Non. Moi, j’ai plutôt parlé de l’espace intérieur, de l’espace de nos têtes. Pas d’espace extérieur. Je pense que la SF ne sait plus où aller. Nous n’avons plus besoin de littérature séparée. L’idée de science-fiction se trouve désormais dans les romans de littérature générale.

Que pensez-vous d’Internet?

Internet change la vie des gens. Mon amie s’en sert beaucoup, moi je suis trop vieux pour ça. Elle vit sur Internet, parle quatre fois par jour avec des amis! Ils discutent de sujets passionnants comme «– Mon chat se sent mal… / – Essaye ça… / – Je l’emmène chez le vétérinaire…» Je ne plaisante pas, c’est réel. Et ils se voient ensuite. C’est comme une sorte de rêve. Internet véhicule une promesse de nouveau. Quand elle se lève le matin, elle se met devant son PC, lit ses mails, le New York Times, le Wall Street Journal, le Washington Post, quand les Américains, encore couchés, ne les ont pas vus. Puis elle passe aux journaux anglais. Elle récolte des masses d’informations et m’envoie les articles par fax pour que je puisse les lire au petit déjeuner. C’est incroyable. Internet est comme un immense village où tout le monde sait de quoi il retourne. C’est beaucoup plus important que la télévision, qui ne fonctionne que dans un sens. Internet va dans les deux sens.

Vous êtes vu comme un visionnaire. Qu’en pensez-vous?

Je ne me vois pas comme un visionnaire. Plutôt comme un météorologue : «Demain il va pleuvoir. » C’est tout. Je vois une tempête arriver. C’est ma prévision. Il n’y a rien de visionnaire là-dedans! Je m’intéresse aux prochaines cinq minutes. Je suis un météorologue du temps psychologique. J’essaye de lire le temps à l’intérieur de vos cerveaux.

Quel est le livre qui vous a le plus marqué?

L’influence majeure me vient de Kafka, le Procès en particulier. J’y ai vu une certaine paranoïa qui a dominé le XXe siècle. La crainte d’un pouvoir inconnu. Il a prédit le XXe siècle. La paranoïa est une partie importante du paysage psychologique de nos jours, c’est une sorte de masochisme. Inconsciemment, les gens veulent être punis. Ils ne savent pas pourquoi. Nous vivons dans un paradis de consommation et nous nous sentons coupables d’être aussi riches. Nous sentons que nous ne le méritons pas. Nous tournerons en une société sadienne dans le futur. C’est ma crainte. Je pense que les prochaines années seront dominées par une sorte de culpabilité masochiste des peuples de l’Ouest. De nouvelles religions arrivent, des parties irrationnelles de l’être humain vont prendre la place des idéologies.

Libération Jeudi 15 octobre 2009 – Propos recueillis par Frédérique Roussel

ballard

l’écriture est sa doublure alors qu’elle devrait être son manteau

La vie de Sachs est en effet modelée par des  traits de genre qui forment un système : la vie comme un texte, un palimpseste cousu de figures lisibles à qui sait les lire.

Première des figures de son existence rhétorique, le paradoxe de cet homme qui vénère la chose écrite est son incapacité à produire un texte en vue de le montrer. Impossible à rendre publique, l’écriture est sa doublure alors qu’elle devrait être son manteau.

Maurice Sachs le désoeuvré, Thomas Clerc, pp. 20-21

femme a-journée.

. Ce que je veux

 Lundi onze mars 2013

Est-ce que je ne sais pas ce que je veux ?

De façon ultime ? Non –

Vivre ce lien unique avec la psychanalyse, en me passant de l’analyste.

Il ne me semble pas que je m’éloigne à aucun moment en aucun endroit de la psychanalyse, que je ne me sois éloignée d’elle à aucun moment en aucun endroit.

Ça ne peut pas être l’ultime vœu.

Peut-on vouloir ça ?

Que peut-on vouloir ?

Il peut s’agir de cela : vivre – aller se placer dans son feu. Se faire griller par elle. La psychanalyse en toaster. Est-ce ce que je vis ? C’est ce que je veux. Est-ce vivable ? Ça l’est du moment que beaucoup d’autres vies aient lien en même temps, car c’est là aussi que se tient la psychanalyse, dans la multiplicité des vies leurs superpositions. Hélas, vie trop en pensée. Ça a son coût, de pensées. Lourd. Excessif.  Heureusement la pensée est loin d’être la seule matière de la psychanalyse.

Vivre la psychanalyse (à défaut d’en vivre…)

La psychanalyse est un lien à la vie, qui la scrute. Mais pas seulement.

Que veux-tu ? Vivre. Et cela est tout ? Je n’en sais pas plus. Qu’est-ce qu’écrire ? Un espace une voix une lettre mouvante.

La psychanalyse est un filtre à tout ce qui se perçoit. S’agit-il jamais que d’un filtre de mots ? de pensées ? Il est 9 heures : repos –stop.

non, je ne sais pas écrire, j’essaie. et non, la forme courte ne me convient pas.

comme une sorte d’atelier à ciel ouvert

Comme une sorte d’atelier à ciel ouvert.* Aucun lecteur ne peut suivre ce travail en transformation perpétuelle. C’est un objet mouvant dont il faudrait que j’arrive à extraire certains morceaux  pour les publier sous une forme qui devienne définitive,  que je ne puisse plus modifier. Soit sous forme de livre, soit ailleurs sur l’internet,  mais plus chez moi,  de façon à ce que je puisse plus intervenir,  modifier encore.  Que je m’en sépare donc, quitte l’état de gestation… 

* Atelier, oui,  je me suis rendu compte que c’était ça que je reproduisais : l’atelier de mon père. L’atelier où il travaillait,  où nous ne pouvions pas rentrer… Ce lieu secret,  interdit,  de son désir. 

Ce que tu fais

Ton symptôme, ton œuvre,  ce que tu fais.
La nuit,  c’est ce que tu fais.
Le symptôme seul fait.
Il faut toujours être un peu analyste.
Travailler l’obscur, où les lois sont différentes.
Travailler l’obscur. Là où il n’y a pas de loi.
Écrit de nuit.

Tu crains ton absence de persévérance. Ton symptôme au moins ne te décevra pas.

Les points sur le U

Je m’étais couchée raisonnablement tôt, après une journée particulièrement banale –  j’avais dû regarder quelques épisodes de série ( la finale d’Enlightened), je n’avais pas eu envie de lire, cela je m’en souviens, et je m’apprêtais à m’endormir dans un sentiment inhabituel de satisfaction. Soudain, couchée sur le côté – c’est autre chose. Une sensation dont j’aurais probablement tout oublié si je n’avais rapidement jeté ces quelques notes le lendemain matin– des mots que la nuit-même je m’étais répétés, anxieuse de les retenir, même si je les notai ensuite un peu à contrecœur, consciente encore de tout ce qui s’y perdait  :

« Nuit
Corps sous couette, souffrance vide
corps & mots
Certain souvenir
Des mots
S’en viennent, s’en vont

— L’idée d’un livre, l’intituler « Trauma » et qu’il n’y soit jamais raconté. –

Trauma. Tréma. Umlaut.1
Trauma. Tréma. Umlaut.
Ces points sur le u que je restituai à mon nom au sortir de l’analyse.
Müller, l’ü en double i. »

Il y avait eu les Journées d’étude de l’ECF2 sur le trauma.  Je n’y étais pas allée mais j’en avais lu de nombreux textes préparatoires sur un blog publié par les directrices de ces Journées3. Je m’étais alors dit que je n’avais aucun souvenir de trauma, que je n’avais rien repéré comme tel au cours de mon analyse. Je ne manque pas bien sûr de mauvais souvenirs,  et c’est d’ailleurs l’un d’entre-eux qui m’était revenu cette nuit-là,  ses mots. Mais je ne leur ai jamais accordé de « valeur » traumatique. Ce sont de mauvais souvenirs. Point. Ils ne me semblent pas rattachés à grand chose de ce que je suis devenue — j’irais jusqu’à dire qu’ils ne me paraissent pas faire partie de mon histoire ( ou alors aux endroits qui s’arrêtent sur un gouffre, dont les chemins ne sont plus repris,  bords oubliés d’un monde sinon rond). A moins qu’ils n’appartiennent à l’histoire honteuse  ( ne pas raconter non pas à cause de l’indicible mais à cause de la honte). J’ai cherché à les oublier, cela oui, et ce n’est pas eux que j’ai oubliés, mais la souffrance qui se liait à eux. Ils sont vidés. Autant que l’était mon corps cette nuit-là. Lourd, recourbé en virgule sur rien, seul. Absolument, fondamentalement. Devenu seul et les mots, vides, sont juste là – satellites, mouches.  le corps est la souffrance et la souffrance est vide. C’est une impression unique qui vient ( subrepticement) en suite de ce travail de l’École de la Cause freudienne sur le traumatisme. En réponse inattendue.

Il n’y a pas, il n’existe pas, me dis-je, d’interprétation de ces mauvais souvenirs, de possibilité d’interprétation.  Je ne sais pas ce qu’ils m’ont fait. De son côté, mon corps, lui, a-t-il pu « arrêter une interprétation » ? Qu’il ait noué des liens spéciaux à certains mots de ces souvenirs, certains signifiants, sans m’inclure dans la partie, est possible. C’est bien ce que donne à penser ma transcription de cette nuit-là. La juxtaposition des mots et le corps, le vide de leur relation, la souffrance de ce lien en souffrance. Les mots étant la souffrance même, du corps seul, vides de sens,  en un endroit d’étrangeté.

C’était comme ça. Comme je le dis, là.

Il y aura eu une façon d’interprétation de mon corps, de la part de mon corps, de mon corps en cet endroit inédit de solitude ; mais rien qui aie pu, aurait dû être interprété par moi et rejoué dans un scénario fantasmatique quelconque, destiné à être répété. Plutôt s’agirait-il d’une inscription.

ü

De pür douleur, dont l’un des noms s’est donné, aperçu alors, dans l’Umlaut de mon nom, le tréma, les points sur le « u »…

Oui, c’est drôle, tout d’un coup j’ai vu ça, que dans tréma, il y avait trauma.

Au départ, il y avait un tréma sur le u de mon nom et sur celui des autres membres de ma famille. Or ce tréma, au gré des passages par les guichets de l’administration belge, s’est vu disparaître. Moi-même, ni d’ailleurs mes parents, je ne l’apposais pas à mon nom, puisque ce n’était pas français. C’était un petit en-trop.  Mais quand mon analyse s’est interrompue, brusquement interrompue et que je suis venue m’installer à Paris, j’ai voulu restituer ce tréma à mon nom, et je l’ai, à partir de là, retracé sur le « u ».  J’ai fait cela sans réfléchir,  je l’ai fait et je m’y suis tenue. Me séparant d’ailleurs sur ce point et avec plaisir du reste de ma famille, qui continue d’écrire ce nom sans ses points dus.

… que « le désir de l’analyste n’est pas un désir pur » et que « c’est un désir d’obtenir la différence absolue ». Il précise alors que la différence dont il s’agit est celle qui « intervient» quand le sujet, « confronté au signifiant primordial», « vient», pour la première fois, « en position de s’y assujettir». –Pierre Naveau, Désir de l’analyste

Donc, la proximité inhabituelle où j’étais de mon corps, d’une certaine vie de mon corps, non liée à ma conscience, mais à des signifiants vides de sens, sans pathos, me permettait de relever dans  le tréma de mon nom sa résonance avec le terme trauma ; pointait ce  « u», ce  « u » aussi de l’avoir « eu »,  du corps « eu ».  J’assistais à sa solitude, elle d’ordinaire inaperçue, et percevais les mots qui la hantent. Et même si mon corps est aujourd’hui couvert de mille petits points (mini tumeurs bénignes qu’une dermatologue patiente et blonde m’enlève à l’électricité depuis peu), en devint-il, au moment de ces événements, de cet éventuel trauma, pour autant plus sexuellement malade qu’il ne l’était déjà ? N’étais-je pas sans savoir déjà ce qu’il y avait à (ne pas) savoir du sexuel ? Non, non non, non.  Dénégation, pourquoi niai-je mon ignorance d’alors ?  Mais ce que je savais surtout ne pas savoir, qui couvrait tout le reste,  c’était la possible méchanceté des hommes. Ce que je ne savais pas. C’est. Je ne savais pas qu’il pouvait m’arriver des malheurs. Je me croyais protégée. De Dieu. Je pensais que mon innocence me protégeait. Je ne perdais pas mon innocence, mais elle rencontrait dans le monde des réponses auxquelles elle ne s’attendait pas. Et ces mauvaises réponses étaient sexuelles. Et ces mauvaises réponses furent recouvertes par la méchanceté – qu’il était à ma portée, alors, de connaître déjà. Que sus-je alors de plus? Que je n’étais pas la princesse charmante – et que me restait-il alors à être?  Que le monde résiste à la sainteté. Que le monde résiste à Dieu. Qu’un corps n’appelle pas que l’amour.  Cependant, je restai püre. Alors que le sexe se séparait de l’amour.

C’est quoi la pureté?

Dieu, le sexe, l’amour, Un.

Conviendrait-il aujourd’hui que je ramène à ces souvenirs leurs tristes affects? Même tristes, malencontreuses, horribles éventuellement, ces histoires racontées, le pathos qu’elles appellent, dont elles relèvent en surface, n’est pas ce qui compte.  C’est pourquoi je ne les ai jamais considérées comme des traumas, et que j’ai accepté que mon analyste ne les traitât pas comme tel.

 

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Notes:
  1. Umlaut (Wikipedia) : En phonétique, le processus d’ Umlaut (de l’allemand um-, « autour, transformation » + Laut, «son »), ou métaphonie (terme grec de même sens ; ne pas confondre avec le paronyme métatonie) ou encore inflexion, désigne le changement de timbre d’une voyelle à la suite de l’amuïssement d’une autre voyelle dans une syllabe suivante. La voyelle altérée garde pour ainsi dire une trace de la voyelle disparue en récupérant une de ses caractéristiques. C’est un type complexe de dilation. []
  2. l’École de la Cause freudienne []
  3. Mmes Marie-Hélène Brousse et Christiane Alberti, toutes deux psychanalystes et membres de l’ECF []

… que «le désir de l’analyste n’est pas un désir pur » et que « c’est un désir d’obtenir la différence absolue ». Il précise alors que la différence dont il s’agit est celle qui «intervient » quand le sujet, « confronté au signifiant primordial », « vient », pour la première fois, « en position de s’y assujettir ». Une telle différence s’avère, dès lors, être « lisible » sous la forme d’un intervalle – que ce soit celui de la division du sujet ou celui de la sexualité.

Pierre Naveau, Désir de l’analyste

Le concept freudien, sur lequel Lacan se fonde pour proposer ici la notion de cause est celui de Nachträglichkeit, l’effet de rétroaction, où un élément hétérogène, que Freud définit comme traumatique, devient actif seulement quand, dans un second temps, il prend sens pour le sujet.

Inversement, si nous nous demandons se situe l’élément hétérogène ou traumatique qui s’active dans l’après-coup avec le mécanisme du Nachträglichkeit, la seule réponse que nous puissions donner est qu’il n’est pas localisé, qu’il n’a pas de coordonnées spatiales, c’est une rencontre sans lieu, et c’est une « mauvaise rencontre ». Cette rencontre, contingente, non seulement n’a pas de lieu de rendez-vous, mais simplement ne peut être référée à aucune coordonnée spatiale, c’est un battement, un effilochage de l’existence où le temps s’est arrêté.

« La cause réelle est la cause non nécessaire » par Marco Focchi