dimanche 5 novembre 2017 @ 10h59

dimanche 5 novembre 2017

On ne dépasse jamais la mère, c’est ce que je pensais vouloir dire, devoir dire, même si c’est pas la bonne phrase. D’ailleurs, c’est pas la bonne phrase, la phrase c’était : On ne guérit pas de la mère. On ne guérit pas de la mère, jamais. Une presque vingtaine d’années d’analyse (12 pour du vrai, ensuite plus que des tentatives de rattrapage), et guérie du père, mais de la mère, c’est comme si ça n’avait pas même été entamé. Ou alors tout juste. La première bouchée de la maladie-mère, en analyse, ça a été moi qui me l’a suis servie : « pas sans ma mère« .   Bouchée toujours pas avalée. Je suis sortie d’analyse (quand j’ ai rencontré un homme qui portait (à peu de choses près) le nom de ma mère) et je me suis retrouvée quasi seule avec la mère. Le père s’est comme évaporé, presque comme s’il n’avait jamais existé, que ça en est presque triste, et il n’est resté que la mère. Sous les auspices de l’angoisse, des signes silencieux de l’emprise de la mère sur moi, de ma prise en la mère. On ne dépasse pas la mère.

Je n’y arrive pas. Je n’arrive même pas à faire comme elle. Je n’arrive pas à venir après elle, à devenir mère à mon tour. Son exemple inimitable contraint ma vie entière. Sa sainteté m’obsède. Il y a eu tant d’années à ne vouloir surtout pas faire comme elle (mêlées aux années passées à faire mieux qu’elle), que quand je me suis retrouvée à sa place, c’est-à-dire que je suis devenue mère, même si ça a été d’abord belle-mère, la belle-mère vient bel et bien à la place d’une mère, rien que ça c’était tout, c’était bien ça l’impossible : venir à la place de la mère, c’était juste impossible de faire comme elle. J’avais pu la haïr, dans les faits, elle était  devenue l’indépassable modèle, il ne me semblait absolument pas qu’on puisse être mère autrement qu’elle l’ait été. Et je dois bien le dire que depuis lors, je ne trouve plus ma place.

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dimanche 12 novembre 2017 @ 18h07

dimanche 12 novembre 2017

Do not think. Ça fait si longtemps que. Je n’ai aucune personnalité. Jamais su quoi dire. Lu hier toute la journée, avant-hier aussi, des articles de psychanalyse, assidûment. Toujours suite à ma recherche à propos de l’article de HP. Lu un article, ou tout au moins une partie de cet article, où elle distingue ce dont elle a souffert par sa mère (« la rumeur de la langue », à partir de laquelle elle a pu construire) et par son père ( la phrase qu’il a dite avant sa naissance et  qui s’est avéré liée à quelque chose qu’elle éprouvait régulièrement dans son corps). Avant ça dans le texte il est également question de la « femme privée » et de son vel « ou mère ou analyste » et de la façon dont elle s’en est sortie, son analyste l’ayant nommée passeur. De  reconnaître ce dans quoi je suis coincée, ma propre privation, ma jouissance d’être privée, qui tellement me pèse en ce moment, cette jouissance qu’il y a à n’avoir pas, et à ne pas parvenir à en sortir, cernée que je suis, blindée par l’angoisse, dès que j’essaie de faire un pas en dehors de ce schéma, mon « tout ou rien« , mon « surtout rien donner« , m’a donné l’envie de l’appeler pour commencer un travail analytique avec elle. Ensuite, j’ai eu les doutes liés à la façon dont elle s’en est sortie : avoir été nommée passeur : cela ne peut plus m’arriver. Alors, qu’elle quelle pourrait être l’issue pour moi. Comme j’étais coincée cette nuit dans ces réflexions, effrayée aussi à l’idée que la reprise d’un travail analytique puisse me faire plus de mal que de bien, ce travail dont je souffre encore aujourd’hui des conséquences, mes mâchonnages d’auto-analyse sans fin, tout ce à quoi j’essaie d’échapper, aussi avec le tai chi, le fait que je sente bien qu’il faut, qu’il me faut parvenir à changer de discours, à investir, créer, mettre au monde, celui lié au tai chi, et à désinvestir, vider encore celui de la psychanalyse. « Un nouvel amour, un nouveau discours ». Mes récentes lectures cependant m’ont donné l’impression qu’il y avait peut-être, malgré tout, encore, moyen d’avancer pour moi, en tenant la corde de la psychanalyse, et peut-être trouver une issue à cette jouissance d’être privée, à cette jouissance de l’objet rien. L’article de Phrasard reposait la question de la responsabilité du sujet, responsabilité par rapport à son désir et difficulté à prendre cette responsabilité liée également à la façon dont les autres n’ont pas assumé leur propre responsabilité, et je ne pouvais m’empêcher de penser à ma mère, responsable sans doute comme mère, mais ayant passé sa vie à se sacrifier. C’est ce qu’elle voulait, disait-elle. C’est son choix. Faut-il lui en vouloir. Je ne pense pas lui en vouloir. Le problème c’est qu’il me semble avoir pris le même chemin qu’elle, et bien malgré moi, et complètement contre mon gré. Et quand je la vois aujourd’hui angoissée, contrainte à la solitude à force d’angoisse, je reconnais cette angoisse comme étant la mienne. Et ce dont elle dit n’avoir pas souffert, qui n’a d’ailleurs été vrai que tant qu’elle était mère et tant que mon père était encore en vie, son sacrifice, moi, qui me refuse à le faire, je m’y vois cependant forcée. Je n’arrive pas à ne pas m’en remettre aux désirs des autres, je cède toujours sur mon désir. Ma jouissance, mauvaise, est là.  Si je pouvais, d’une façon ou d’une autre, affirmer chez moi un désir, m’affirmer dans un désir, je serais rassurée. Et que ce désir soit reconnu, je serais rassurée.  Or, je suis contrainte au secret. Il m’est impossible de faire état de mon désir. J’ai récemment fait de nombreux efforts en ce sens, en parlant à Anton et à Édouard, mais ils ne me semblent pas qu’ils soient payés en retour, même si la vie est un peu plus facile. Aussi, j’ai atteint un certain confort de vie, je suis parvenue à l’organiser de manière à en faire le moins possible, puisque le moindre faire est un enfer, mais je suis dans un vrai sentiment de désœuvrement, et cela ne me paraît pas avoir de sens. Et surtout être nocif pour Anton, que je voudrais pouvoir armer mieux. Comment sortir de mes soliloques privés et me construire l’armature symbolique qui me permette de m’engager dans le monde, dans une communauté, il faut faire concession à la culture, il faut rechercher ce qu’elle comporte de meilleur, et qui ne soit pas vicié par le capitalisme.  Comment supporter d’ailleurs cette prise de l’ensemble du monde de l’art dans le ciment du capitalisme, c’est un défi. Il faut arriver à l’en dégager, c’est aussi un travail du spectateur, on est tous ensemble pris là-dedans. Ce ciment de la mort. 

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mardi 6 février 2018 @ 17h44

mardi 6 février 2018

Premier RV avec Hélène Parker, analyste.

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vendredi 9 février 2018 @ 11h13

vendredi 9 février 2018

Rêve – Je m’aperçois que je n’ai pas de boîte aux lettres. c’est tout ce dont je me souviens. Je crois qu’un autre nom est mis sur ma boîte aux lettres. Mon nom est sur une plaque, caché derrière les boîtes aux lettres. Je ne sais pas du tout si c’est ça. Il y a encore autre chose. ça paraît sans issue. 


Ajout du 18 janvier 2021

l’objet petit a derrière l’image narcissique i(a) dans la mélancolie

Lacan a très peu parlé de la mélancolie. A la fin du Séminaire X, il reprend la distinction de Freud entre deuil et mélancolie. Il avance que si on ne différencie pas l’objet a et i(a), c’est-à-dire de son image, on ne pourra pas concevoir la différence radicale entre le deuil et la mélancolie. « Le problème du deuil est celui du maintien, au niveau scopique, des liens par où le désir est suspendu, non pas à l’objet a, mais à i(a), par quoi est narcissiquement structuré tout amour. »1 , affirme-t-il. Dans la mélancolie, il ne s’agit pas de i(a) , mais de l’objet (a). C’est parce que l’objet a est dissimulé derrière le i(a) du narcissisme et méconnu dans son essence, que le sujet mélancolique attaque sa propre image. Il l’attaque justement pour atteindre l’objet a. Lacan nous enseigne :

« Ce qui distingue ce qui est du cycle manie-mélancolie, de tout ce qui est du cycle idéal de la référence au deuil et au désir, nous ne pouvons le saisir qu’à accentuer la différence de fonction entre, d’une part, le rapport de a à i(a) dans le deuil, et, d’autre part, dans l’autre cycle, la référence au a, plus enracinante pour le sujet que n’importe quelle autre relation mais aussi foncièrement méconnue, aliénée dans le rapport narcissique2

Dossia Avdelidi, La psychose ordinaire, La forclusion du Nom-du-Père dans le dernier enseignement de Lacan, Presses Universitaires de Rennes, p. 264

Je ne pense pas, même si cela me l’a évoqué, que l’on puisse prendre l’autre nom indiqué sur ma boite aux lettres , comme correspondant de l’image narcissique au-delà de laquelle serait caché le véritable objet perdu de l’amour, réintégré dans le moi, et qui devient objet de haine, mon nom.

Du rêve, je n’ai pas retenu quel était cet autre nom apposé sur la boîte aux lettres, ni, tout compte fait, quel était le nom qui aurait été mon nom.

Enfin, je ne sais pas si cet objet perdu dans la mélancolie – je me réfère ici à mon souvenir du texte de Freud – , objet perdu dont la nature n’est pas bien connue, se doit d’être identifié.

J’y ai déjà successivement identifié : ma mère, la parole, mon nom.

Il y a un souvenir qui me revient toujours, incomplet, quand il est question de cet objet d’amour perdu. C’est moi, dans la rue, rue du Méridien, avec l’un de mes frères, qui lui demande : « Tu préfères qui, papa ou maman? » Réponse complètement abasourdie : « Mais, je les aime tous les deux! » Et moi alors de lui débiter les raisons de ma détestation de l’un des deux. C’était alors très clair et longtemps, je me suis souvenue duquel de mes deux parents il s’agissait. Jusqu’à ce que j’oublie, lequel était alors haï de moi. J’avais peut-être neuf ans.

La suite laisse à penser qu’il s’agissait de ma mère. Même si je suis complètement perplexe par rapport aux reproches que j’aurais pu lui adresser, dont je n’ai plus le moindre souvenir. S’agissant d’elle, au cours de mon analyse, j’ai souvent pensé qu’il s’agissait d’une détestation du sexe féminin, d’une haine du sexe féminin. Inconsciente.

S’agissant de l’image narcissique, jusqu’il y a quelques années, et alors qu’elle a pu me causer les plus affreuses causes de détestation de ma personne, elle me soutenait fondamentalement au travers du regard de l’autre, qui était souvent admiratif voire désirant. Les compliments reçus, même s’ils ne me consolaient que rarement, m’atteignait quelque part. Et il arrivait que ma propre beauté, je l’avoue, m’éblouisse. Cet éclat, du regard de l’autre, de mon propre regard, ne suffisait cependant fondamentalement pas à empêcher ces moments où la sensation de mon propre corps et la vison de lui que j’en avais dans le miroir étaient insupportables.

Seul le désir de l’autre le rendait supportable. Et parfois, une forme de grâce, quand j’arrivais à surmonter mes craintes, à m’habiller, à m’apprêter, à aller dans le monde, à un rendez-vous. Cette grâce était liée à une idée tôt reçue de la beauté, tôt reçu de mon artiste de père, et à l’amour que ce dernier me portait.

Je ne sais pas ce qui pouvait faire la frontière entre : y arriver ou pas , à sortir de chez moi, à penser que je pouvais sortir dehors le corps qui avait cette image-là, la mienne.

Je le faisais quand j’y étais obligée. Ou dans le désir d’un homme.

Être dehors et subitement penser que cela n’allait pas, que l’image n’était pas bonne, était une horreur, à vivre. J’ai alors appris à ne plus jamais me regarder dans un miroir dès lors que j’étais sortie de chez moi. De crainte d’y voir l’absolument insupportable.

Je me suis toujours préparée pour mon analyste. Il aura au moins servi à ça. C’est tout à fait injuste à dire.

Ma mère devait vivre, a dû vivre quelque chose de similaire. Ce qu’elle a perdu à la mort de mon père. La consistance imaginaire que cela lui procurait d’avoir été modèle pour mon père, les peintures qu’il a faites d’elle.

Pour elle comme pour moi, vieillir, perdre la jeunesse, la beauté, l’éclat, a entraîné tout un rééquilibrage. j’ai vieilli plus vite qu’elle parce que j’ai tendance à m’approprier ses symptômes.

Notes:
  1. Lacan Jacques, Le séminaire, Livre X, L’angoisse, p. 387. []
  2. Ibid. p. 388. []
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mardi 13 février 2018 @ 20h22

13 février 2018

Madame ,

J’ai essayé d’atteindre votre cabinet mais je n’y suis pas parvenue. J’ai quitté bien à l’heure mon domicile à vélo, suis arrivée à moins le quart à Denfert et là me suis perdue. Ai pris la mauvaise route et ne suis plus parvenue à  retrouver votre adresse. J’ai tourné en rond une demi-heure et suis finalement parvenue à rentrer chez moi,  assez décontenancée.

Peut-être pourrions-nous reprendre RV mardi prochain.

En espérant que vous voudrez bien m’excuser,

Jeanne Janssens

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mercredi 14 février 2018 @ 8h19

14 février 2018

Hier donc, j’ai été perdue par mon GPS. 

Abasourdie, j’ai dit à Édouard en rentrant que je ne l’aimais plus, que nous nous quitterions, que je ne passerais pas mes vieux jours avec lui.

Le soir, il m’a dit qu’il allait très mal et qu’il se supprimerait si je ne l’aimais plus.

… 

JJ

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vendredi 23 février 2018 @ 10h54

23 février 2018

j’arrive au travail mais je n’ai plus ma place, ou plutôt Brice est assis à ma table,  en face de moi. je me lève, je suis debout. il me dit qu’il y a un problème, qu’il est mal à l’aise avec moi, qu’il ne peut pas m’en parler maintenant, plus tard. ça remet en cause le fait que je travaille là. il ne veut pas me dire quoi. je me demande ce qui se passe, j’éprouve un sentiment d’injustice. je me demande si Brice pense que je suis amoureuse de lui. je pense au travail que je fais, je me dis que c’est quand même du bon travail. je me retrouve assise seule à une autre table. je pense appeler ma mère. je me dis que tout le monde m’entendra dire « Maman ».

Brice à ma table, peut être quelqu’un d’autre avec lui. c’est une femme, une professionnelle. on parle. elle sourit. je ne sais pas ce qu’elle dit. finalement Brice dit qu’il peut bien me le dire, ce qu’il se passe, surtout aujourd’hui que je suis venue en pantalon. il dit que dorénavant quand je viens en jupe, je dois faire attention (quand j’étais assise, la femme qui était venue, elle avait vu, un jour (vu quoi?)  entre mes jambes). 

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samedi 24 février 2018 @ 11h16

24 février 2018

rêvé de Rachel, elle n’allait pas bien, pas bien du tout. moi, tout près d’elle (comme à un banc d’école ?) sur lieu de stage peut-être. on se parlait, comme deux élèves, copines. elle allait se reposer, je m’occupais d’elle.

rêvé aussi sorte viol au bureau. avais eu travail en plus qui n’avait rien à voir avec le boulot. 2 travaux différents. au départ n’avais presque rien à faire, mais là, débordée. pour l’un des deux travaux, surveillée par 2 enfants. à un moment dans le bureau, je fais un long pet, à un moment où je marche. je suis, gênée, sors, reviens, m’excuse, dis que c’est maladie, les 2 enfants m’énervent, je veux qu’ils s’en aillent. puis, il se passe quelque chose. j’ai l’objet du travail sur mes genoux (un ordinateur ? un sac de courses ?), je travaille, un texte m’est dit, je crois, que je suis, puis, à cause du positionnement de l’objet sur mes genoux, qui me fait une boule chaude dans l’aine, à droite, il y a comme quelque chose qui me pénètre. c’est hallucinatoire, je le sais, ça n’a pas lieu, ça ne sort pas de la machine, mais je le vis comme un viol. Édouard vient. je le lui dis, il fait le numéro d’une société de protection de consommateurs ou un SOS viol. je lui dis de raccrocher, je ne veux pas. c’est une grosse boîte pour laquelle je dois travailler. 

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mardi 10 avril 2018 @ 7h37

mar. 10/04/2018 07:37

Madame, 

Je me permets de vous écrire,  parce qu’après je serai partie jusqu’au 29 avril  et que je n’arriverai peut-être pas à vous dire si clairement (si j’arrive seulement à vous l’écrire) et qu’il devient urgent que j’éclaircisse, évacue. 

Ce que je veux, c’est arriver à parler. Si j’écris, c’est pour cela, c’est cela, j’écris la perte de la parole, la déprise, c’est ce symptôme que je traque, qu’est-ce qui a fait qui fait que je ne parle que je ne rentre pas en parole que je n’aie rien à dire que je laisse la parole à l’autre. Franck Berger m’avait aidée par rapport à ça, me disant Ce qu’on ne peut dire,  il faut l’écrire. Ça m’avait rassurée (je me trouvais fautive).  Et pendant des années, j’ai cherché à écrire ce qui sépare la pensée de l’écriture, ce qui fait de la pensée une écriture à rejoindre, rejoindre ce qui ne cesse pas de s’écrire de l’écriture. Mais, aujourd’hui je vois qu’il s’agissait de chercher à l’écrire pour que ça puisse rejoindre la parole.

Aujourd’hui, je veux dire à mon fils la psychanalyse, c’est une ambition, et je veux la dire augmentée de ce que j’apprends dans le tai chi. J’ai réellement perdu mes mots pendant toutes ces années, perdu l’usage de la parole que je n’avais cependant peut-être jamais acquis. Et j’ai écrit pour les retrouver, pour endiguer  cette perte. Et j’ai écrit pour libérer la parole de l’écriture.

Mais j’ai aussi connu l’écriture comme symptôme, qui retenait la parole, qui ne la voulait qu’au livre, qui ne la destinait qu’au livre. La vie au livre, au seul livre. J’ai cru que les pensées faisait livre idéal.

Puis aussi, j’ai pensé que mon silence était féminin, et qu’il fallait trouver une forme de parole, d’écriture au féminin, qui rende compte de cette absence, cette déprise de la parole. Qu’il fallait cesser de se laisser impressionner par la parole masculine, et qu’il faudrait toujours risquer d’ouvrir la bouche au bord du vide, qu’il faudrait toujours prendre le risque du vide, qu’il faudrait toujours parler sans savoir, engager cette absence au savoir.

Je pensais que j’aurais à me battre contre ce savoir masculin, ce savoir au masculin, ce mode de savoir tout embué de mots. Et c’est là que j’ai rencontré le tai chi.

Je n’y suis pas arrivée, me semble-t-il, au risque pris du vide, à la formalisation et à la défense de ce positionnement, par rapport à la parole, même si c’est toujours là où j’en suis. A affronter des yeux légèrement agrandis d’incompréhension et de scepticisme (avec le mépris en sous-main).

À côté de cela, il y a ce pour quoi je vous avais d’abord écrit à propos du harcèlement, ce qui s’entendait à ce moment-là dans les réseaux sociaux, qui m’avait moi-même ramenée à ce qui de moi s’était alors, au sortir de l’enfance, refermé sur moi-même, refermé sur mon corps, dans une enveloppe de silence, et à cette parole entendue ou imaginée par moi, comme je sortais de chez moi, le pied dans la rue, allant vers l’école, la porte a peine claquée, qui m’avait apostrophée du haut d’une haute fenêtre dans un mur de briques, et qui disait, et répétait peut-être même : « Eh, la muette, la muette de Portici ! » et qui riait. Deux personnes sans doute.

Enfin, c’est pour tout cela que je me bats débats en ce moment, en ayant à côtoyer l’angoisse, et avec beaucoup de crainte de ne pas y arriver, de foirer. 

À mercredi, 

Jeanne Janssens

Publié dans Hélène Parker | Commentaires fermés sur mar. 10/04/2018 07:37
lundi 21 mai 2018 @ 9h09

Lundi, 21 mai 2018 – 9h9

Bonjour Madame,

Je me permets de vous écrire encore, parce que je viens de recevoir la réponse à ce mail, que je vous transmets, de mon amie, qui m’a entendue, ce qui me fait plaisir. S’il vous paraissait que je ne dois pas vous écrire, vous me le direz, comme l’avait fait Berger en son temps.

Le film dont il est question, est un film de Chantal Ackerman, Jeanne Dilman, quai du commerce 1080 Bruxelles. Il passe en ce moment sur Mubi, c’est une merveille. Je crois qu’il y a moyen de s’inscrire à Mubi et de faire une semaine d’essai gratuite, ça en vaut la peine.

Il me semble que ce film m’a montré la racine de mon mal, cette identification à une mère ménagère dont je n’arrive pas à m’extraire.
Dans ce que je lui ai dit, France a entendu le rien et j’en suis heureuse, je ne pensais pas qu’il percerait si bien dans ce que je lui écrivais.

Veuillez croire que ce rien m’étouffe, que j’ai maintes fois essayé de décliner sans succès opérant, conséquent.

Il m’est arrivé de n’y lire qu’un nom du vide, sa face symbolique – dont les gestes ménagers feraient l’alphabet, ainsi que ce film me l’a découvert. Le rien ne serait qu’un nom, mais quel nom, qui n’a d’autre répondant que le tout et quel tout. Car ce tout doit contenir l’infini. Sous l’empire du monde le plus cruel, l’emprise des choses à faire, l’enfer, une liste, la prescription, l’infinitude du devoir.

Elle le fait, Jeanne Dilman, elle accomplit les gestes, ce qui ne cessait de m’étonner, car enfin, me disais-je, son mari mort, elle seule avec son fils, où est encore l’obligation.

L’obligation tient à se confiner dans un rôle, à faire taire ce qui a cloché, ce qui a été méprisé, les choses dont il ne faut pas parler avec le fils, sa cruauté envers lui, elle devenue forteresse imprenable, son désir de femme, sa jouissance (qui finit par la surprendre avec un de ses clients, la pousse au crime (la jouissance est interdite ?) ).

Ma mère m’a servie autant qu’elle a servi mon père. Elle n’espérait pas que je devienne comme elle. Que du contraire. Elle se réservaient les basses tâches afin que nous puissions, nous, nous consacrer aux plus hautes œuvres. Et comme elle l’a toujours dit, elle n’a jamais fait de différence entre nous. Elle incarnait la seule différence. J’ai cherché à la rejoindre en sa différence. Mais, elle ne le veut pas. La seule, être la seule est quelque chose à quoi elle tient. Et le mépris où elle est d’elle-même, cette haine, l’empêcherait bien de vouloir pour moi ce qui l’a fait, aujourd’hui encore, tant souffrir.

Nathan : pour tout vous dire, la tentation pour moi de l’aimer, c’est celle de l’aimer en dehors de la mère, dans l’oubli, dans l’abandon de mon fils, sans compter celui d’Édouard. Il en serait fort marri, s’il l’apprenait (car je lui connais cette faiblesse de m’aimer mère).

Ah, j’ajoute que je crois personnellement à la sainteté des tâches ménagères. Elles ont leur part de sainteté que je rejoins pas suffisamment souvent. Leur sainteté, leur bonheur. Quand elles sont les gestes de ce dieu oublié, le corps, dont le silence ne dit pas rien et qui recèle la plus haute sagesse, à connaître (par rejet, par pure et simple exclusion) l’inanité de tout dit qui ne tiendrait de lui.

Et si je ne parviens pas à rejoindre cette sainteté, c’est que je ne parviens pas à m’extraire, à ôter ma tête de l’encolure de cet habit de la mère que je ne cesse de vouloir enfiler, sans y parvenir, car en vérité, de mère il n’y a qu’une : la mienne. Elle est l’impossible incarnation adorée et haie, aimée. L’angoisse est de ne pas devenir elle.

Et il m’a parfois semblé, j’ai cru, quand je me retrouvais dans cette grande maison, à faire les lits, que son angoisse à elle, à ma mère, était du même tenant, tonneau, que celui de sa mère aux 7 enfants, au mari, qui se levait tous les jours à 4 heures et qui avait eu tant de lits à faire, tous les jours. Et qui avait cette expression, quand elle n’avait pas-tout fini, qu’il en restait : c’est le levain pour le nouveau pain, le pain de demain. On n’échappe pas au reste à faire. Un enfer.

Donc, je crois à la grandeur des tâches ménagères, qui sont celles des moines zen d’ailleurs de et bien d’autres moines et moniales de part le monde, mais je pense qu’elles devraient être (pour le coup) plus universellement partagées, et leur grandeur reconnue (seulement ça ce serait parfaitement anti-social, sous sociétal).

Car enfin bon, les hautes sphères, les grandes œuvres intellectuelles, si il est quelque chose à quoi la psychanalyse m’a amenée, qui m’a soulagée sans pour autant me rendre la vie facile, c’est bien à ne jamais me les tenir pour dites, et à ne croire, à ne vouloir que de l’instant où elles me transpercent (jusques au fond du cœur), où elles me touchent intimement… là se tient ma responsabilité. I s’avère que couper des oignons pourrait, semblablement, m’émouvoir.

Je m’arrête là.
Merci.
Bonne fin de week-end,
Jeanne Janssens


Envoyé depuis mon smartphone. 


——– Message d’origine ——–De : jeanne Date : 20/05/2018  12:11  (GMT+01:00)À : France Courtois Objet : Re: « Signer »

Si chère France,
Hier, je t’écrivais ce qui suit que je pensais corriger compléter raccourcir, mais je n’en ai plus le courage. Je suis désolée, impossible de me relire. Édouard m’a hier soir poussée à avouer que j’étais amoureuse de quelqu’un d’autre. Et la situation est devenue vraiment difficile. Bon courage ma belle,
Je t’embrasse,
Jeanne

Je n’ai pas vu Signer finalement. C’était hier une de ces journées où je tombe dans une sorte de trou, d’oubli, où je n’arrive à rien faire, et qui peut devenir angoissant, mais que j’apprends à laisser passer, à neutraliser. Aussi en ai-je profité pour regarder Jeanne Dilman qui passait sur MUBI, je me suis dit que je n’en aurais peut-être plus jamais l’occasion. Je ne regrette pas du tout ce choix, ce film, je voudrais le voir encore et encore,  je pense l’avoir vu dans les meilleures conditions, prise moi-même dans cette énigmatique torpeur, ma séparation. Ce film ! Ah, il me semble qu’il contient ( je me suis embarquée dans cette phrase ne sachant pas vers quoi elle allait, me fiant à l’écriture et voilà que le mot ne vient pas, que je cherche)… l’alpha sans l’oméga ? Qu’il me montre ma mère, et peut-être la mère de ma mère et encore la mère de la mère de ma mère, etc., etc., etc. Une généalogie maternelle. Jusqu’à quand remonterait-elle? Et aujourd’hui, elle se serait cassée, elle commencerait à casser. Cette généalogie d’angoisse. Ou pas ? Ne meurt-elle de sa mère, Chantal Akerman, n’est-ce pas de sa mère qu’elle a souffert ? Une Genèse, peut-être est-ce ce mot que je cherchais, une Genèse dont la suite resterait à écrire, si l’on veut pouvoir échapper à la damnation. C’est une interprétation. J’y ai vu l’amorce de ce que je me suppose devoir écrire, pouvoir écrire pour échapper à ça, ce qu’elle montre, où il n’y a rien d’apaisant, pas un instant de soulagement.

Cela je me le dis à moi-même, parce que j’aurais pu croire, ou vouloir, j’aurais pu croire ma mère qui me disait, qui nous disait, le vouloir, l’avoir voulu, ce qu’elle appelait son sacrifice. Dont il n’y aurait rien d’autre à entendre que la jouissance? Je devrais croire ma mère, mariée à un homme qu’elle aimait et qu’elle voulait servir, je devrais la croire, mais, cette angoisse qu’elle m’a filée, dont je suis à mon tour responsable, je ne dois pas l’oublier, elle existe, existait, a existé et continuera de m’étouffer si je ne trouve pas le moyen d’y mettre un terme. Donc, pas de soulagement, dans cet état, une seule contrainte.

Tout au long du film, je me demandais mais pourquoi le fait-elle, elle qui n’y est même plus contrainte, mari mort, pourquoi le fait-elle, est-ce que son fils l’incarne encore pour elle, son mort de mari, la mâlitude ? Lui, qui pose toutes les bonnes questions et elle si complètement fermée à son appel, à son amour, même si le seul (ou le premier d’une paire) sourire, esquisse de sourire, est celui qui se peint sur ces lèvres lorsqu’elle l’entend rentrer à la maison, le premier jour, le premier soir (et le second, sourire, celui qu’elle a à l’avant-dernière image du film, assise à la table de sa salle-à-manger, une main ensanglantée, qui nait sur son visage, léger, de toute beauté, au souvenir peut être de la jouissance qu’elle vient de connaître, qui l’a surprise, que son corps recèle). Alors, pourquoi le fait-elle, ces gestes, ce ménage. Je me disais, je la voyais, je me disais Cette femme est folle, folle, parce que je ne la comprenais absolument pas, absolument pas ce qui lui permet ou ce qui la contraint à faire ces gestes et aussi impeccablement. Ces gestes que moi-même j’essaye de reproduire sans y parvenir et jour après jour. Et je n’ai pas trouvé dans ma petite tête d’explication. La seule chose que me sois dite c’était qu’elle n’avait dû avoir d’autre modèle, aucun autre, et/ou que ce modèle-là, de la mère, était le plus fort. Que c’était celui auquel moi aussi je cédais, comme ma mère avait cédé avant moi, avait cédé à sa mère, au modèle de sa mère, qui elle-même, etc. Que ce modèle était plus fort que tout, où la mère s’enferme, ou une mère s’enferme. Où une femme en vérité est enfermée. Et, je pensais qu’on était là à la racine du féminisme, non ? Que face à ça, il n’y avait rien d’autre, plus aucune autre issue, solution, que celle du féminisme. Mais, peut-être est-ce secondaire. Maintenant, il y a eu le féminisme, est-ce que la question est réglée. Pas pour moi. Mais la génération suivante, peut-être, la jeunesse actuelle comment s’en sort-elle? Pour moi, la question n’est pas réglée du tout. Si Jeanne Dielman les fait, les gestes du ménage, moi, je me suis toujours empêchée de les faire tout en m’y forçant, je n’y ai jamais pris le moindre plaisir, j’y ai cherché le plaisir, j’ai cherché à le rendre supportable, et je me suis toujours comparée à ma mère, malgré moi, ce modèle auquel je ne voulais ressembler à aucun prix, je m’y suis toujours comparée, et me suis toujours trouvée tellement moins bonne qu’elle. Et je m’en veux tellement de n’être pas arrivée à donner tout ce qu’elle m’a donné à mon fils. N’avoir pas rangé sa chambre fait son lit préparé ses bons repas ses bonnes collations à heures fixes, ne l’avoir pas toujours fait réciter autant qu’il le fallait. Enfin, je lui ai parlé, un peu plus qu’elle. J ai essayé. Et je sais que mon échec cuisant, souffrant, est en fait une victoire,  victoire du désir sur la jouissance du silence de la mère. Et ce que je lui reproche, son tout donner que je lui reproche, qu’elle nous ait tout donné, ce sacrifice, que j’attends encore, malgré moi, ce tout donner, ne s’embrasse finalement, ne se contient que dans ces gestes de ménage, cette vie silencieuse uniquement consacrée au service de l’autre, à son service ménager, à ses besoins. C’est un travail comme un autre, dira-t-on. Alors, peut être ont-elles raison, les féministes, et faut-il qu’il soit rémunéré, ce travail, rejetons cette gratuité qui nous oblige, qui en oblige tous les bénéficiaires, et, insidieusement autorise celui, celle qui l’accomplit ce travail, qui prodigue ses soins, aux pires abus. (Celui qui vous donne tout n’attend rien en retour. C’est de ce rien qu’il faut revenir, car vous êtes ce rien. Quel rien êtes-vous. Vous êtes le rien du sacrifice. Là où le désir est renié, le sujet est renié, et l’absence de sujet, objet de sa propre jouissance, ne saurait reconnaître aucun sujet. L’objet ne connaît d’Autre que dévorant. ) Et quel est cet amour, ce modèle d’amour, que j’attends encore. Et que je me reproche de ne pas apporter à mon tour. Tient-il dans ce silence (qui rejoint d’ailleurs le silence de la pulsion ?) Il tient à ma mère. Ah, je me suis interrompue. Ne sais plus bien où en étais. Qu’est-ce qui la fait céder à ce point sur son désir ? Tu vois, mon idée, c’est que nous souffrons de nos mères, nous souffrons d’une généalogie de femmes, de la lignée de femmes qui ont souffert de leur mère, de cette identification-là. Qui passe, ne passe par rien d’autre que l’énoncé discret, éventuellement uniquement au travers de gestes, qu’elle ne nous auront même pas communiqués verbalement, que nous aurons observés, et dont la répétition aura suffit pour imprimer en nos corps un corpus de règles, assez restreints mais immuable. L’enfant :  On a mangé si tard. Pour une fois, peut-on rester à la maison ? La réponse : Non. simple net et définitif. Donc, revenons-y, qu’est-ce qui la fait céder sur son désir ? Enfin, nous le savons. du moins, le sais-je.

Publié dans Hélène Parker | Commentaires fermés sur Lundi, 21 mai 2018 – 9h9
jeudi 24 mai 2018 @ 6h49

24 mai 6h49

j’ ai dit à l’analyste, à Hélène Parker, pour mon genou, elle m’a demandé si j’avais consulté, j’ai dit que j’avais peur qu’on ne dise que je ne pouvais plus faire du tai chi, elle m’a dit ça aussi vous avez peur qu’on vous l’interdire, eh bien, ça va loin ! j’ai ri, je me suis exclamée vous voyez, incroyable, c’est fou, c’est vraiment grave… et ça m’a rassurée 

Publié dans Hélène Parker, petites éditions des jours | Commentaires fermés sur 24 mai 6h49
vendredi 8 juin 2018 @ 22h54

8 juin 2018 22h54

vendredi soir 

pas dire grand chose, si ce n’est que HP disait que partir en Auvergne, ça serait comme un passage à l’acte. Et elle se trompe, je crois. Elle disait que je ne connais rien de Nathan, qu’avec Édouard j’avais construit quelque chose. 

avec Nathan tout était beau et facile. nous n’avions aucun mauvais souvenir, aucune inquiétude. du moins quand nous nous voyions. je n’arrive pas à écrire beaucoup plus.

Publié dans Hélène Parker, petites éditions des jours | Commentaires fermés sur 8 juin 2018 22h54
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