le supplice du nom

Fort empêchée d’écrire en ce moment, à cause du travail1.

Il y a deux ou trois jours : rêve.

1.
D’abord seule
Pendant longtemps, de plusieurs façons, je cherche à arriver à l’une ou l’autre piscine.

2.
Plutôt à plusieurs

Finalement, il est décidé que nous y irons, à la piscine, à plusieurs. Nous partons du château (enfance).

3.
Un nouveau chemin

Plutôt que d’aller vers l’une de celles que j’avais déjà repérées, il est décidé, par le groupe, que nous irons vers une autre, dont je n’ai pas souvent fait l’épreuve du trajet.

4.
A droite, le connu, le château de mon père (titre de livre). A gauche, la ville de ma mère, l’inconnu

Celles que je connais, c’est plutôt vers la droite – le chemin qui descendait du château, vers le village, à travers les prairies – et puis, des routes, et des chemins, un chemin toujours le même, déjà souvent parcourus en rêve. La direction que nous prenons, c’est plutôt vers le fond à gauche. Impression de Poperinge (ville de ma mère).

5.
Bloquée côté spectateur. Impossibilité de se déshabiller. Noir

Arrivons à la piscine. Diverses tentatives pour arriver jusqu’à la piscine même, l’eau. Cela paraît impossible (en fait, ça le restera pour moi, jusqu’à la fin). Le genre d’obstacle que nous rencontrons, c’est par exemple que les vestiaires sont plongés dans le noir ou introuvables ou ressemblent plutôt à une salle de spectacle, côté spectateurs. Nous sommes dans les fauteuils des spectateurs, la salle est plongée dans le noir, il n’est pas facile, ou plutôt il ne m’est pas facile de trouver ma place, une fois que j’en trouve une, comment me déshabiller en présence de tous ces gens. Comment font les autres? Ils le font.

D’autres donc, les autres, parviennent à l’eau. J’ai à un moment un aperçu de la piscine, du bain, de haut.

6.
Coulisse, courant, mécanisme – au cœur de pulsion…

Moulin à eau de VanneauJe m’engage finalement dans quelque chose qui devrait me mener vers la piscine. J’ai un doute. Je me demande si je ne suis pas embarquée sur le côté, sur le bord du chemin. En effet, je suis plutôt dans la coulisse. Je suis très exactement dans la, les coulisse(s). Couchée à plat ventre, encagée, sans aucune possibilité de me dégager. Je suis dans l’eau d’une roue qui entraîne l’eau de la piscine, qui entraîne le mécanisme de la piscine. Le courant est fort, inéluctable.

7.
Le tour, la roue, la chute

Pour le moment, je suis dans le mouvement ascendant. Mais à un moment, je passerai forcément dans le mouvement descendant – la chute. Je suis dans le premier demi-tour de la roue. Dans son deuxième demi-tour, je ne pourrai que tomber, et la chose paraît aussi dangereuse que de tomber, par exemple, du haut du Niagara.

8.
L’angoisse

Quelqu’un m’aperçoit prise dans ce mécanisme. La question c’est : est-ce qu’on arrivera à l’arrêter, le bloquer à temps? L’angoisse me réveille.

Difficile de ne pas retrouver trace ici de mes élucubrations autour de la pulsion. Traces en forme de confirmation. La pulsion est un mécanisme, duquel on se dégage difficilement, dans lequel on est pris comme dans le tour d’un supplice, dont le mouvement est celui d’un aller-retour, et dont le retour, le deuxième demi-tour, est difficile, angoissant.

Piscine, mettons la jouissance :

1. D’abord seule

2. Ensuite, plutôt à plusieurs (contingence, rencontre)

3. Du coup, n’est plus la même, de jouissance.

4. Plus vraiment du côté du père (fantasme), mais de la mère (autre chose).

5. Bloquée un temps dans le fantasme (corrélé à l’objet du père) : l’impossible objet regard. Qui rend impossible le déshabillage. (A ce point devoir être l’objet du regard, mais l’objet d’un regard impossible, objet qui incarnerait le regard même, un objet dont la beauté puisse définitivement faire voile sur l’au-delà du regard, impossible  : ce n’est jamais ça – histoire de ma vie, jusqu’à un certain moment de mon analyse. L’incarnation de cet objet empêche certainement tout rapport amoureux (le déshabillage) puisqu’il cherche à incarner le point d’impossibilité même de ce rapport. Devoir être belle au point que ce voile, en quoi consiste la beauté, puisse occulter tout de qu’il en est du désir, de l’angoisse donc, que cette beauté même, sa vue, le regard, provoque. La beauté est re-présentation du regard. Mais si le regard est pris au sérieux, c’est-à-dire pris dans ce qu’il comporte de réel, c’est-à-dire de jouissance et de désir, de trou à la re-présentation justement, il s’avère impossible. D’où, mon impossibilité, pendant des années, à me montrer. Voir, oui, du haut de ma tour – être vu – impossible – quels que soient les compliments que je recoive quand j’étais forcée à sortir. Quand j’acceptais de faire illusion. (On en est encore là, du côté du point 1, du D’abord seule, en arrêt sur le bord du désir)

6. Prise dans la coulisse… les coulisses de l’inconscient ou la glissière de la pulsion. C’est l’eau de la piscine, mais une eau sur laquelle je n’ai aucun contrôle, qui s’avère même mortifère.

Ce tour, cette roue, je l’ai déjà rêvée, presque sous cette forme. C’est la roue attachée à mon nom. La roue de mon nom. Roue des supplices/délices. Mon nom, Müller, Meunier. Et son moulin, au pied duquel je ne dors pas.

Jacques Muller, Dans la rue, 1972
Jacques Muller, Dans la rue, 1972

Müller, mélangez-en les lettres, vous y trouverez la « rue« , cette rue où je ne sors pas, cette rue comme une roue de supplices, de délices

On notera que la rue est à mon père, ne dit-on pas qu’il est le « peintre de la rue, de la ville », et  son martyr à ma mère – son vieux rêve, ce fantasme secret : être martyr, pour sa religion, brûlée sur des charbons ardents, fidèle à sa foi, à Jésus.

 

Martyr bound naked to a wheel, which is revolved over iron spikes Martyrs bound to the circumference of a great wheel, and rolled down a precipice

 

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La descente aux limbes, Bruegel. Gravure, peu après 1560-1500
Illustration de l’article : La descente aux limbes, Bruegel. Gravure, peu après 1560
(détail: le supplice de la « roue d’enfer » ou « supplice des orgueilleux », voir : http://lespierresdusonge.over-blog.com/page-1436963.html)

Lien : http://www.fromoldbooks.org/Gallonio-TorturesAndTorments/index2.html

Notes:
  1. Eh non,  le mot travail ne vient pas du latin tripalium, instrument de torture à trois pieux. Voir Tripalium: une étymologie écran : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-luce-morlie/280911/tripalium-une-etymologie-ecran-archive []

la neuvième heure

Quand on vient de passer huit heures devant un ordinateur, on souhaiterait ne pas y passer la neuvième. Aussi, lis-je, Ethique et pulsion de Ph. De Georges. Arrêtée par cette phrase:

Le discours capitaliste moderne n’a rien à voir avec ce que notre gauchisme sexuel d’antan appelait la morale bourgeoise. Son impératif catégorique en matière d’éthique est : Jouis!

Toutes choses connues s’il en est, si ce n’est « l’impératif catégorique » pour ce qui me concerne et qui me rappelle au texte de Thierry de Duve « Fais n’importe quoi ». Texte auquel déjà souvent j’ai fait allusion ici et dont je dois m’excuser ce soir encore de ne l’avoir point encore relu – relu vraiment. Ouvert cependant, me demandant si lui oui ne parlait pas d’impératif catégorique moderne en terme de « n’importe quoi ». (Non, je ne sais pas ce que c’est « l’impératif catégorique » : mais c’est sur lui que j’ai buté – cela n’empêche donc qu’il puisse faire borne dans mon esprit, aussi bornée que je m’en trouve.)

[ Impératif catégorique (capitaliste) : Jouis ! – Impératif catégorique (moderne, selon TdD) : N’importe quoi ! ]

Alors, je rouvre, le livre. Le livre qui s’appelle Au nom de l’art, je le rouvre au chapitre « Fais n’importe quoi ». Et, je trouve p. 129 :

Fais n’importe quoi. Point. Sans conditions. Fais absolument n’importe quoi.

(Et je me dis, tu vois, Véronique : ta mémoire te joue des tours on s’en fout bien de la mémoire mais : donc : je n’avais rien compris*. On recommence.)

Je recommence = je continue, p. 138.

L’impératif catégorique, c’est l’impératif du jugement. Faire de l’art, c’est juger de l’art, trancher, choisir. « Faire quelque chose – dit Duchamp – c’est choisir un tube de bleu, un tube de rouge, en mettre un peu sur sa palette, et toujours choisir la qualité du bleu, la qualité du rouge, et toujours choisir la place sur laquelle on va la mettre sur la toile, c’est toujours choisir… Le choix est la chose principale, dans la peinture, même normale ».

Et avant ça, pp. 133-134 :

Il y va, disais-je il y a un instant, de l’universalité de la loi, de l’universalité de l’art, de l’universalité de l’impératif catégorique « fais n’importe quoi ». […] Il est entendu également que l’impératif catégorique kantien n’énonce aucun contenu de la loi, mais qu’il prescrit la conformité de la maxime à l’universalité d’une loi en général. Comme le dit Jean-Luc Nancy : « La loi prescrit de légiférer selon la forme de la loi, c’est-à-dire selon la forme universelle. Mais – ajoute-t-il – l’universalité n’est pas donnée » (Jean-Luc Nancy, L’impératif catégorique, Flammarion, Paris, 1938, p. 24). Si, comme je le soutiens, « fais n’importe quoi » est bien un impératif catégorique, alors il faut aller plus loin et dire que l’universel est impossible, ou que l’impossible est aujourd’hui la modalité de l’universel.

La phrase « fais n’importe quoi » ne donne pas le contenu de la loi, seulement le contenu de la maxime. Et encore ce contenu est-il quelconque et ne devient-il déterminé que par l’action qui met la maxime en pratique. Cela ne prescrit qu’une forme conforme à l’universel dans les conditions radicales et finales de la finitude. Et cela signifie : conforme à l’impossible.

(Oui, j’ai rêvé. D’un homme qui me demandait ma voix. Oui, j’ai rêvé encore. Ou plutôt non, une voix, la nuit, est venue m’a expliqué cette lettre que je m’étais adressée et que mon père m’avait donnée, m’a expliqué comment cette lettre tournait autour de mon père, ou plutôt comment mon père était venu se placer là, par hasard, au lieu du retour de cette lettre vers moi. Mais je n’ai pas bien retenu et ça n’a pas beaucoup d’importance. C’est juste un peu drôle (ces explications théoriques qui me viennent la nuit, poursuivent mes élucubrations). Il y a deux nuits, je n’ai pas du tout dormi trop inquiète à propos de tout ce travail que j’ai. La nuit passé, j’ai pris un somnifère. Entre les deux, il y a eu nous, je veux dire lui et moi. Tout autour des hormones inquiètes qui voletaient. Il y a trois jours, je me suis dit, non, je ne me plaindrai pas auprès d’eux, il faudra qu’à l’avenir que je fasse en sorte de n’avoir plus à me plaindre. A d’autres moments, je pense que voilà, maintenant, c’est comme ça, il faut que je fasse, tête baissée tous ces boulots, que je les termine, et un jour, ce sera fini. Dans un avenir probablement pas proche, mais, on n’y peut plus rien. )

(* J’avais retenu : « n’importe quoi à condition » et m’étais interrogée, ici-même, sur les conditions de cette condition.)

Événement Lacan (1) – 2 rêves : les analystes blancs, le bouillon de jules

Dimanche, 7 mai 2006, 8h17

Trop de rêves ces jours-ci, alors que ce sera mercredi peut-être ma dernière séance, et cette nuit, quel cauchemar, au point que je ne sache si je peux le raconter ici.

L’événement Lacan

Le rêve : J’arrive quelque part pour un événement autour de Lacan, grand événement. Salle. Attente. Spectateurs, attendent. Je suis dans le fond de la salle, du côté des grandes portes en bois, blanches à moulure dorées. Je remarque que les premiers rangs sont occupés par des chemises blanches. Certaines pas si blanches que d’autres, mais blanches quand même. Je trouve ça un peu ridicule, étrange, qu’ils soient tous comme ça en uniforme, les psychanalystes. Je pense que je distingue mon propre ex-analyste, chemise blanche. Et puis aussi, comment s’appelait-il, ah oui, JC, Jean Claude, chemise blanche.

Peu de monde. Trouve facilement à m’asseoir, mais décidément, il est trop tôt. Me relève, vais faire un tour. Le monde commence à affluer. On me pique ma place (!) Je me dis qu’il faut que je m’en retrouve une. J’en repère une entre deux psychanalystes. J’hésite un peu, j’y vais. Celui à ma gauche tient un bébé dans les bras, très petit. 4 mois, me dit-il quand je l’interroge. Je lui dis « Ah ! 4 mois, c’est drôle, à ce moment-là, le temps paraît infini, on ne sait pas du tout ce qu’il y a devant, dans quoi on est« . Je dis ça en pensant à Jules, aux sentiments que j’éprouvais quand il est arrivé, au début, y a pas si longtemps et dont je me rends compte que je n’arrive plus à dire grand chose. C’était relativement dur, par certains côtés, et oui, j’aurais bien aimé qu’on me dise combien de temps ça allait durer, comme ça. Ces trucs si compliqués avec le sein à donner – le lait qui venait, se tarissait – , plus tard tout le travail avec les biberons. La proximité constante dans laquelle il fallait rester avec lui, qui ne dormait jamais le jour, dont le trop petit poids alarmait les soignants. Vraiment, à ce moment-là, on ne sait pas dans quoi on est. M’aurait-on dit, ça va se clarifier à partir du neuvième, dixième mois, j’en aurais été rassurée. Lui, le psychanalyste, me répond de façon très antipathique. Genre « Ah oui. » Genre, je n’en ai rien à foutre. Ça m’est insupportable, je me lève, m’en vais. Ça n’a toujours pas commencé. Découvre ce qui retarde. Dans la salle, sur la droite, espace s’agrandit, devient énorme, quelque chose n’a pas été démonté, je crois. C’est la foire, en fait, on est dans quelque chose de l’ordre de la foire commerciale.

Au réveil, je me dis qu’est-ce que c’est que ce rêve. Je pense que je dois le noter, l’analyser. Puisqu’il a été question, lors de mon dernier rendez-vous que le prochain pourrait être le dernier. Je me dis, alors c’est comme ça que je les vois/voyais les psychanalystes. C’est l’uniforme surtout, les chemises blanches, l’identification, à Lacan, qui me frappe. Ou est-ce que j’en suis par rapport à ça ? Et puis, la foire, le commerce, ça m’est très étranger, me semble-t-il, cette éventuelle façon de voir le monde analytique, le monde des écoles analytiques.

Jules ébouillanté

Voilà, entre-temps j’ai oublié le cauchemar de cette nuit. Je crois que Jules est plongé, vivant, dans une casserole d’un liquide bouillant. Comme c’est trop atroce, « ça » essaye de faire croire qu’il ne s’agit pas de Jules, mais d’un légume. Or, le légume crie. S’agit-il d’un fagot de haricots? Je dis, mais il crie. Oui, oui, il crie, me répond son père. Ses peaux tombent, des feuilles se détachent, s’envolent. J’étais là avec son père, et c’était nous qui le faisions. Et c’était trop tard, pour revenir en arrière.

Pour resituer ce texte dans son contexte : Retrouver les articles du mois de mai 2006.

Evénement Lacan (2) – l’événement là-camp

Je reviens aux rêves de L’événement Lacan.

Je veux noter maintenant tout ce qui me vient à l’esprit à propos de ces rêves.

Dans le premier rêve, il s’agit donc d’un « Événement Lacan », d’une réunion, d’une conférence, d’une table ronde autour de « L’événement Lacan. » Dans le second rêve, il s’agit d’un enfant ébouillanté.

D’abord, je ne peux m’empêcher de penser que  l’arrivée d’un enfant, auquel le premier rêve se réfère également, avec le bébé de 4 mois dans l’assemblée,  constitue un événement autrement plus événementiel que n’importe quel « Evénement Lacan ».

A la naissance de Jules, j’avais dit ça, que la naissance, le moment de la naissance, quand il est sorti de moi, avait constitué le plus gros événement que mon corps ait connu. Le plus important événement de corps.

Après, je m’étais trouvée embêtée d’avoir dit ça, repensant à la définition du symptôme par Lacan comme « d’un événement de corps ».

Dans le rêve de « L’événement Lacan », il y a les éléments blancs. Les chemises blanches des analystes aux premiers rangs et les grandes portes blanches. On peut y voir d’une part les chemises de l’identification, les chemises du signifiant ;  d’autre part, la porte, est par excellence « représentante » du signifiant, d’un dedans et d’un dehors, d’une ouverture et d’une fermeture, d’une entrée, d’une sortie, elle clôt une entité, la détermine. Avec les chemises blanches, je vois aussi les chemises de l’identification de masse aussi (ex: les chemises brunes), les chemises de guerre.

Avec l’événement naissance  – on se trouve dans quelque chose à quoi ne convient, auquel n’accoler aucune chemise blanche aucun uniforme, ni uniforme ni porte – c’est hors identification, hors signifiant (sauf qu’il doit certainement être là pour soutenir, sinon, ça serait insupportable).

l’événement naissance, si c’est une entrée, si c’est un avènement, c’est l’avènement d’avant la chemise, ça vous arrive, c’est sans comparaison, et ça arrive au corps, au corps d’abord.

Quand les chemises et les portes sont blanches du sang blanc, du semblant.

 

Dans le rêve de Jules ébouillanté, il est question d’un fagot. De Jules en fagot, passé à l’eau bouillante :

« Jules est plongé, vivant, dans une casserole d’un liquide bouillant. Comme c’est trop atroce, « ça » essaye de faire croire qu’il ne s’agit pas de Jules, mais d’un légume. Or, le légume crie. S’agit-il d’un fagot de haricots? « 

La dernière fois que j’ai rêvé d’un « fagot », c’était il y a longtemps. Mon père était toujours vivant, je le lui avais raconté. C’était au moment des événements de Timisoara, en 1989, des charniers découverts à Timisoara.

« Timisoara libéré découvre un charnier. Des milliers de corps nus tout juste exhumés, terreux et mutilés, prix insupportable de son insurrection. »

Plus tard, on découvrira  que ça avait été des inventions de journalistes. Sur le moment même, j’avais été particulièrement impressionnée.

Avec ça, « Timisiora », on tient l’un des « souvenirs latents » du rêve. En effet, vendredi, M est passée ici, à Paris, a logé chez nous. M est roumaine, nous a parlé de la Roumanie. Ca, s’était donc avant-hier.

Ensuite, hier, allongée, fatiguée, je lis le magazine PATATE. Dont la couverture rose, avec son enfant qui porte un uniforme des camps dits de la mort, m’impressionne, me poursuit en pensée-image, me revient en pensée-image, tout au long de ma lecture.

Vers la fin du magazine, il y a deux trois pages qui m’enthousiasment, des photos des murs couverts d’images de l’appartement de Pascal Doury.  Je ne pense pas grand chose : « Papier peint« . Papier peint, l’image de la couverture, les couleurs, et puis ce sentiment d’un possible.

Dans le magazine, il y a aussi, tellement étrange, poignant, le journal tenu d’un vieil homme de ce qu’il a mangé ou pas, ses argents, toilettes, par une/les aide(s)-soignante(s), et sa/ses enfant(s).

Bon, je repars sur le « fagot« , le fagot de haricots.  Je ne me souviens plus exactement du rêve autrefois fait au moment des événements de Timisoara.

Je lance une recherche sur mon ordinateur pour retrouver le texte du rêve. Mais je ne suis pas sûre que le terme était bien « fagot ».  Je repars à partir de « fascisme ». « Fascisme », le terme, ça vient de où, encore?

Pour  « fascisme », je trouve :

Emprunté de l’italien fascismo, de même sens, dérivé de fascio, « faisceau », du latin fascis, «fagot, faisceau ».

et puis aussi:

pompéi, villa des mystères, l’initiation au culte de Dionysos

Le mot fascisme vient des groupes appelés fasci (faisceaux) qui eux mêmes désignaient les faisceaux des licteurs dans l’ancienne Rome. Ces insignes étaient formés de baguettes autour d’une hache.

et encore:

« Fascisme » vient de l’italien fascio « faisceau de licteurs romains ». Les licteurs romains dans l’Antiquité étaient des officiers publics qui marchaient devant les grands magistrats en portant une hache placée dans un faisceau de verges

enfin :

« Le fascisme dans son sens et sa racine se rapproche de la fascination. Le «fascies», le faisceau, était le symbole de la république romaine. Paquet de verges de bouleaux nouées ensemble il symbolise bien cet effet de rassemblement sans faille de la masse que le totalitarisme recherche. Plus d’espace entre le moi et l’autre. Dans une totale aliénation à l’autre, le poids de l’inconscient et de son inhérente culpabilité s’allège. Dans un lien inaltérable à l’Autre, celui qui pourrait infailliblement dicter ce qu’il faut désirer, le fasciste évite le doute, la faille, le manque dans l’Autre. Le fascisme comme projet politique prétend répondre à la diffcile question de la séparation des sexes, de leur rôle. » ( source : http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/27-BF25-26.06.DE_BROUWER.pdf )
 

A me laisser dériver du fagot de haricots au faisceau de verges et au fascisme, je retombe curieusement sur ce qui se dénonçait d’effet identificatoire, et de fascination, à Lacan, à l’événement Lacan, avec les chemises blanches du premier rêve.

Que dit le deuxième rêve? Quelque chose de l’effroi à lié à la naissance, sans que j’arrive à en dire beaucoup plus. Lié à la naissance, à la mise en fagot.

Voici le rêve, « le rêve du sang N », et un extrait des notes sur ce rêve se 1989 où il était déjà question de « fagot » :

On m’injecte du sang N. On me vide de mon sang et on me transfuse du sang N. Quand je suis pleine de sang N, je suis toute de N, je vais sur la terrasse, c’est la nuit, tout est N. Je suis aussi N que la nuit, puisque je suis aussi N que la nuit, je passe la balustrade, je vais me coucher dans le N. Mais je tombe. Je suis morte.

Après ma mort, on découvre un scandale, un scandale comme la découverte d’un charnier. Je vois, l’on découvre, dessus les armoires dont je m’amusais à sauter quand j’étais petite, des fagots, des liasses liées de chambres à air vides, mortes – ce sont des restes de N.« 

Pendant tout le rêve, je sais que le N est là pour Noir. C’est du sang Noir qu’on m’injecte; et les fagots de chambres à air, ce sont des restes de noirs, tués, génocidés.

Le sang noir opposé au sang blanc. Je le sais. Quelques jours auparavant, cette conversation. « Black and White » lui avais-je dit, à quoi il avait doucement souri. Et la veille, la nuit, Blanchot, L’ami qui ne m’accompagnait pas, endormie possédée par cet « ami qui ne m’accompagnait pas ».

Le sang noir opposé au semblant, je le sais. Il s’emplit le corps du chiffre de la jouissance, je meurs, si je le laisse, si je me laisse inonder, alors, je meurs, sang N dans le sang N. Il faut choisir. Il faut accepter le sang blanc. Ne pas mourir N.

Est-ce qu’il ne s’agit pas de l’effroi face au sang blanc. Le sang blanc des chemises blanches, des chemises brunes, des portes blanches avec leur cadre doré, imaginaire, par où cependant la sortie peut se prendre. Et le sang noir : sacrifié.

Comment le dire, sinon que vivre, rentrer dans la vie, c’est un peu rentrer dans le camp de la mort. Que naître c’est d’abord cet événement extraordinaire qui vous arrive au corps et puis ensuite, c’est cette prise dans le faisceau des identifications.

Durant ses derniers mois, mon père, entre la vie et la mort, pensait que nous étions juifs, que nous étions tous juifs dans la famille.

Ces rêves me ramènent à ça, à ce  « tous juifs ».

Le paradoxe. Ce qui essaie de se penser dans ce « tous juifs », c’est à la fois la lachose, le reste, le déchet, cela qui ne rentre pas dans l’ordre du signifiant, le réel. Ce à quoi les nazis ont essayé de ramener les juifs. Les bouter hors du signifiant. Qu’ils n’aient jamais existé. Mais, enfin, cette chose, ce reste, lequel d’entre nous n’en n’est ? Et que dans l’inconscient ce qui du corps pâtit du signifiant s’y identifie, à ces victimes-là, des camps de concentration ? Que le drame du « parlêtre »  trouve son conte là ? Et que l’on retrouve dans le faisceau du fascisme, le fagot des haricots, la concentration des camps.

l’événement naissance, l’événement là-camp.

suffit.

 

Evénement Lacan (3) – le camp scientifique des travailleurs, suivi de l’esthétique jouet

Réfléchir aussi : le camp scientifique des travailleurs,  suivi de l’esthétique  jouet : PATATE, patate jules, l’enfant en uniforme, le rose – j’ai oublié de parler des jouets.

Événement Lacan (4) – après-coup et de l’analyste comme déchet

bon voilà, maintenant je suis devenue un peu plus morte.

tout de même, y a rien de plus éloigné de l’identification qu’un analyste, alors?

rêve, le cargo demi-tour

/ de la nuit again / il y a l’urgence, il y a mercredi, bientôt /
peu de souvenirs , pas un cauchemar en tous cas. un truc affairé, ce que j’en écris déjà ré- inventé:

immense bateau immense peut-être cargo
il avance il doit faire demi-tour (il le doit vraiment, c’est probablement une question de vie ou de mort, une question cruciale)
il fait demi-tour une première fois manœuvres gigantesques
en fait, état de guerre, désordre total, insurrections, je ne trouve pas le mot. guerre n’est pas le mot. guerre civile, guerilla, guerilla urbaine. feux, saccages, rues,
demi-tour avorté,
repart sur route première
des jeunes, comment est-ce qu’on les a appelés, pendant les « événements récents en france », canaille? racaille? non, je ne sais plus. canaille, c’est une terme pour moi devenu lacanien qui ne peut pas du tout désigner ces personnes. enfin, eux dont j’oublie le mot qui les a désignés qui les désignent, essaient de me fourguer vendre, sommes dans salle de machine – avez-vous vu récemment à la télévision le film, c’est ça, un bateau coulait, nombreuses personnes enfermées, allaient essayer de s’en sortir, circulaient dans le bateau, rencontraient partout où ils allaient mort et désolation, le bateau était renversé -, les jeunes donc essaient de me vendre des fringues de magasins qu’ils en ont profité pour piller. je leur réponds vêtement par vêtement, très calmement, décide de prendre leurs offres au sérieux, fais comme si aurais pu être intéressée si ça m’avait convenu et rejette un à un tous les vêtements. à la fin, leur explique, à ceux qui sont restés avec moi, le dramatique de la situation, mais, je ne me souviens plus de quoi il s’agit, de quelque chose de vraiment grave, qu’ils ne savaient pas. s’en vont, savent. je remonte. tout est désert. le bateau fait demi-tour, demi-tour immense, manoeuvre immense. je suis furieuse. folle furieuse. seule et folle furieuse. je ne sais pas qui comment quoi a décidé de ça, comment ça s’est fait. je veux arrêter ça. ce n’est pas du tout que je sois contre le demi-tour, mais pas de cette façon. pas que ça se fasse et que ça soit décidé par d’obscurs dirigeants que je décide de débusquer. je devine où ils se cachent, probablement. ils sont dans les machines, et les machines sont disposées en profondeur, cachées, en demi-cercle autour de moi. je suis au centre d’une immense plate-forme ronde, déserte, au bord de laquelle, dans un demi-cercle, accrochés au bord, dans des cabines (blanches et bleues), sont donc cachés « les maîtres » (c’est-à-dire ceux qui ont ordonnés en secret, secrètement, sans en rien dire à personne), que je dois débusquer.
l’image en fait c’est celle de « l’agrafe du nom-du-père » ou bien plutôt « l’agrafe du sinthome » (ce truc greffé, qui fait tenir les bords ensemble).

voilà, c’est tout,

rêve, le cargo demi-tour (2)

bon, je n’ai pas encore trouvé sur internet d’image de l’agrafe par le sinthome
mais:

L’œuvre (de Joyce) avait-elle besoin d’être publiée ? Pas nécessairement. Le sinthome oui, le nécessitait. Que Joyce ait voulu sa publication, c’est une question qui a pu rendre perplexe Lacan. Dès lors, elle est une agrafe ( elle fait le quatrième) qui épingle le symptôme comme social, lui laissant enfin une entrée. C’est ce que Joyce appelle son tour de farce. Son dire magistral est plutôt pour Lacan tour d’écrou qui libère et serre en ses tours la réserve, montrant ainsi qu’un nouage est possible sans père, à cette condition bien sûr de s’en être chargé. A la force du dénouage et renouage, le sinthome (écrivons-le de sa dernière écriture), élève la condition d’artiste à ce paradigme: se faire fils nécessaire.
« LOM du XXI siècle », MH Roch

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rêve, le cargo demi-tour (3) – par le sinthome l’agrafe

en voilà une d’image l agrafe par le sinthome – dans mon rêve donc, je m’y situe, dernière scène, selon celle-là d’image, au coeur ici du rond R, tandis que les « dirigeants », ceux à l’a-ttaque/ssaut – charge desquels je vais partir, ceux qui sont à l’origine du mouvement de retour, mais qu’ils ont lancé de façon absolument anti-démocratique, à tout le moins sans s’en être concerté avec moi, sont dissimulés dans les cabines (bleues et blanches) du sinthome.

[à part ça je ferais mieux, d’y aller, et de m’y rompre, à ces fichus nœuds]

Événement Lacan (5) – délivre naissance lamelle. aux armes, etc.

mais ça lui fait mal. oui oui. et des feuilles s’échappent de lui. des feuilles. quelque chose va, se feuilletant. s’envole. se « dé-livre » – ce « délivre » en quoi consiste aussi le reste de placenta, délivré, expulsé après la naissance.

à propos du délivre  :

À propos du mot « délivre« , Le Petit Larousse le signale comme un nom masculin. De même placenta et arrière-faix sont des termes masculins désignant le même objet. […]
Cet ensevelissement du placenta revenait au père qui, s’il n’assistait pas à l’accouchement, avait cependant un certain nombre de tâches à remplir. […]
La pratique d’ensevelissement des matières issues de la délivrance relevait des relations entre hommes et femmes à propos de la naissance.
Le placenta était un peu l’ombre du nouveau-né, trace de l’univers intra-utérin, aussitôt renvoyé au destin final du corps humain dans la tradition occidentale, la terre.

et ne retrouve-t-on pas dans ce délivre,  cette lamelle,  la libido, largement décrite ici :

Chaque fois que se rompent les membranes de l’œuf d’où va sortir le foetus en passe de devenir un nouveau-né, imaginez un instant que quelque chose s’en envole, qu’on peut faire avec un œuf aussi qu’un homme, à savoir l’hommelette, ou la lamelle.

La lamelle, c’est quelque chose d’extra-plat, qui se déplace comme l’amibe. Simplement, c’est un peu plus compliqué. Mais ça passe partout. Et comme c’est quelque chose – je vous dirai tout à l’heure pourquoi – qui a à voir avec ce que l’être sexué perd dans la sexualité, c’est, comme est l’amibe par rapport aux êtres sexués, immortel. Puisque ça survit à toute division, puisque ça subsiste à toute intervention scissipare. Et ça court.

N

Je pensais que c’était un rêve, mais non. N est bien la lettre qui m’arrive au corps quand. La triste ou l’horrible qui me prend toute, dont le sang s’infiltre en mes veines, me sépare et du reste du monde. La lettre du moment où mon corps prend possession de moi.

Je vois que je suis seule au milieu du grenier et que n’ai pas de culotte.

« Je monte, je monte, je monte, et finalement j’arrive dans un grenier. Là, je me rends compte que Vincent ne m’a pas suivie, que je suis seule, qu’il m’a abandonnée une fois de plus. Qu’il est resté dans les étages en dessous, qu’il est resté plus bas, qu’il ne m’a pas suivie jusque-là.

Je vois que je suis seule au milieu du grenier et que n’ai pas de culotte.

Une longue barre traverse horizontalement le grenier, à deux mètres du sol environ. Le grenier n’a pas de limites, pas de murs, ou du moins, je ne les vois pas, la barre également est infinie. »

le devoir de suicide

Je crois que nous sommes devant la mer. J’ai déjà, en cachette, peut-être dans l’autocar, avalé, à moins que je ne les tienne encore en main, les 5 cachets avec lesquels je compte me suicider. Je ne sais pas si je commence mon suicide, si ce sont les premiers cachets de mon suicide, ou si ce sont les premiers et derniers, les seuls. Je ne sais pas si je commence alors à mourir. Toujours est-il que les cachets que je prends et que je ne vais cesser de reprendre à partir de là vont commencer à faire leur effet.

Il y a une chose que nous allons faire deux fois, devoir faire deux fois. C’est une épreuve, un exercice difficile – c’est lié au devoir de suicide ou au fait que nous postposons le suicide, à la situation dans laquelle nous sommes. La première fois, ça se passe sans trop de difficultés, nous arrivons à le faire. La deuxième fois, ça va devenir si difficile, l’épreuve, que, moi qui suis partie devant, qui mène les autres, vais finir par abandonner, ce qui entraînera mon réveil.. J’avalerai au cours de cette épreuve plusieurs fois des cachets. A la fin, les autres s’en apercevront, le « chef » aussi. Qui se demande également s’il va le faire, si c’est le moment de le faire, qui ne sait pas quoi me dire. Personne ne sait quoi me dire par rapport à mon suicide.

Je ne sais plus exactement en quoi consiste l’épreuve. Je crois qu’il y a des armoires dans la mer. Nous devons grimper sur ces armoires, au dessus desquelles il y a des chaussures, chaussures que nous enfiler les unes après les autres. L’épreuve consiste à avancer d’une armoire à l’autre en ayant successivement passé son pied dans chacune des chaussures. Les chaussures sont toutes différentes, ce sont, je crois des chaussures de femmes, à talon, des escarpins. Elles deviennent de plus en plus nombreuses. Elles sont en fait assez petites. On ne peut, en fait, à peine y glisser un orteil. Il ne s’agit pas de les mettre, il s’agit d’y glisser l’orteil ou le bout du pied et puis de passer à la suivante, mais de les faire toutes, sans exception. Les armoires deviennent de plus en plus difficiles à escalader et de plus en plus encombrées de chaussures. C’est parce que la dernière est vraiment trop haute, que je pleure et renonce à en sauter, comme je le devrais. Je me retrouve sur la terre ferme, je suis très triste, le désarroi est complet, je veux prendre les derniers médicaments, les autres s’en aperçoivent. Tout le monde a abandonné, en fait, ils ne savent pas quoi dire. Je me réveille.

Ce qui a poussé au suicide. Quelqu’un, que j’appelle le chef, mais qui est en fait une personne très forte, tue tout le monde. Cette personne en a plusieurs à son service. Des gens qui l’aiment et veulent tout faire pour elle, tout faire pour son service. L’une de ces personnes est un jeune homme blond, a l’air doux, avec des lunettes. Que rien ne prédestine à devenir un assassin. Il va pourtant aller jusqu’à tuer deux personnes. Ces personnes qu’il tue sont des connaissances à lui, qu’il aime peut être, mais cela n’importe pas pour lui, à cause du chef. Ses crimes accomplis, ses devoirs accomplis, il revient auprès du chef et le chef, qui a déjà tué beaucoup de monde, après un moment d’hésitation, et parce qu’il a déjà tué tellement de monde et que rien n’a plus vraiment de sens, le tue également, d’un coup de révolver, lui et une autre personne qui se trouve plus loin. Je crois qu’il y a du sang, c’est très violent. L’ensemble du rêve est très violent, réaliste. C’est à la suite de ces meurtres que le chef, et puis moi-même, se demande s’il ne doit pas se suicider. Le décide. Puis, il y a les armoires dans la mer, avec les chaussures.

séances 1 & 2

la semaine dernière, séance 1 :
– Vous trouvez que j’ai l’air soûl?

je reprends la dessus hier, séance 2.

être l’alcool de l’autre. et c’est comme si c’était reparti pour un tour. que je revienne sur ces histoires m’étonne. reparti pour un tour, des accents différents, des échos différents, mais dans ce que je raconte j’entends toute une série de signifiants qui sont toujours présents dans ma vie, délestés aujourd’hui d’une bonne part de leur poids dramatique. il y a rue, fille de rue, mon nom; travail, travail de rue, fille de joie. cette rue où je n’arrive toujours pas à aller aujourd’hui – mais qui encore m’enchante exalte dès que j’y descends. il y a gangster, bandit, mon oncle – cet oncle même, encore, qui régulièrement, ici, aussi, dans les blogs veut revenir -ma « méchanceté »? mon « goût pour la mort »?

je parle de l’inhibition, l’inhibition étendue à toutes choses, tant qu’il ne s’agit pas de l’amour, c’est le mot que j’utilise, qui n’est pas le bon, le bon, c’est celui qui désignerait le « faire l’amour » (voir l’article ici sur la petite cuisinière de freud).

je parle des rendez-vous que je ne sais pas prendre (mais bon sang, tout de même, pourquoi faut-il qu’à tout prix je me maintienne ici, à l’intérieur, qui veux-je incarner à rester enfermée?)

je parle du rêve que je viens de faire, de la présence de ma mère, elle est là, elle vient à ma deuxième séance, tout tourne autour d’elle, la séance tourne à la réunion de travail pour elle. je déclare alors à l’analyste qui reste muet, bienveillant mais muet, que l’analyse ne peut pas reprendre dans ces conditions. je lui en veux qu’il ne la chasse pas (et le chasse lui – qui est une femme, en fait, dans le rêve – une de celles avec qui je travaille).

(il y avait un numéro de quarto très bien sur la solitude des femmes, faudrait que je le retrouve.)

– Vous trouvez que j’ai l’air soûl ?

Reprend là-dessus.  Resserre un peu les cuisses, saisit les doigts de la main droite dans la main gauche, les yeux baissent. Être l’alcool de l’autre, lui manquer. C’est donc reparti pour un tour ( s’étonne). Des mots qui lui viennent, n’entend que ceux qui reviennent. Rue, fille de rue, son nom. Travail, travail de rue, fille de joie. Rue où elle tarde encore à aller aujourd’hui, qui  l’enchante dès qu’elle y descend. La lu. La lu. Grande lumière, foison. Redresser la tête, pénombre. Est-ce qu’elle récite, quel crédit lui sera-t-il accordé ?  L’histoire maintenant :  le bandit ( il fait une remarque sur ce mot, le corrige[1]),  le gangster, son oncle, « fou »  ( sa « méchanceté » ? son « goût pour la mort » ?)  Pour finir sur  l’inhibition, l’inhibition étendue à toutes choses tant qu’il ne s’agit pas de l’amour, le mot qu’elle utilise, qui n’est pas le bon, le bon serait celui qui désignerait le « faire l’amour » (sans mot dire d’ailleurs de l’amour qu’elle ne fait pas).  Oh Freud et ta cuisinière.  Combien vers toi monteraient de prières ménagères.

En ayant fini, s’éloignant d’une flaque de silence, elle parle du rêve fait la veille, trop plein de la présence de sa mère. Qui vient à cette deuxième séance, l’accapare, la transforme en réunion de travail pour elle, la mère. Virginie déclare alors à l’analyste, resté muet, bienveillant mais muet, que l’analyse ne peut reprendre en ces conditions. Qu’elle lui en veut qu’il ne la chasse pas, ne chasse pas sa mère, le chasse alors lui – qui est une femme en fait, dans le rêve, une des femmes avec qui elle travaille, psychanalyste également.

À Louise, elle avait dit :  «  Je m’aime prisonnière », ainsi qu’elle se l’était formulé le jour où elle s’était aperçue qu’elle ressortait régulièrement ce volume de la bibliothèque, « La prisonnière » de Proust. Elle lui avait ajouté : «  Et Guy est un excellent gardien. Un excellent protecteur. » « Protecteur », le mot pouvait bien être un peu dérangeant.

( L’homme que son oncle avait tué était un « proxénète », un ami à lui qu’il s’était mis à soupçonner de vouloir  « mettre à la rue » (« protéger », « soutenir »), une femme, « sa petite rose des champs », dont il était platoniquement amoureux.)

Quels sont les mots mis entre guillemets.

 ( Théorie : Fantasmatiquement, dans la relation proxénète/prostituée quelque chose s’arrange pour les femmes. Quelque chose se voit fixé, rentre dans le commerce des hommes. Le rapport sexuel, cet impossible, cesse de ne plus s’écrire, il a un prix, il passe à la marchandise. Ce qui manquait à la valeur ( l’inestimable secret) la retrouve, s’en soulage, tandis qu’à sa vérité d’objet, d’objet perdu, vient se substituer la valeur de déchet, d’être-pour-le-déchet, de toute marchandise. )



[1]     De quoi s’agit-il quand il fait cela, que fait-il ? qu’il écoute ? qu’il connaît le sens des mots, que les mots ont un sens, que du dictionnaire le sens des mots ne feraient pas de tort aux histoires qu’elle raconte ?

avant/après, séance – de l’intime

abominable rêve cette nuit. que je ne peux pas dévoiler ici, vraiment inattendu.

[private] j’ai peine à m’en souvenir. je sais seulement que mon père me demande si… certaines caresses. en fait il ne dit rien, mais je comprends. il a son air plaintif, malade. je m’enfuis. je me dis tout de suite que je ne dirai rien à ma mère. puis quand je la vois, je le lui dis aussitôt. elle me pose des questions, je lui dis que ça s’est déjà passé auparavant, elle me dit qu’elle s’en doutait. c’est tout. [/private] en me réveillant je me demande si ça s’est vraiment passé, mais je sais bien que non, je me demande à quoi ça correspond, pourquoi ce rêve-là, et si ça n’expliquerait pas « tous mes problèmes ». j’attends de pouvoir le raconter en séance, tout en doutant qu’il puisse en ressortir quelque chose – du moins dans l’immédiat. tandsi que je vis une sorte de contentement de ce qu’arrive là quelque chose qui tranche. n’a pas sa place dans mes élucubrations actuelles. je ne peux pas le raconter, ce rêve, parce qu’il implique un proche, un très proche. mort, mais proche tout de même. je ne peux pas le raconter parce qu’il comporte une certaine honte, honte pour ce proche. l’air de rien, ce rêve bouscule tout. enfin, c’est un grand mot. crée un point de discontinuité dans le courant continu dans lequel je pensais être.

maintenant, c’est juste l’ennui, la fatigue. je sais que j’ai du boulot, un boulot qui me fait un peu peur, parce qu’il prend trop de temps, que j’ai l’impression de mal le faire. je sais qu’il faudrait que je m’y remette une heure aujourd’hui, et je ne suis pas sûre d’en venir à bout. je ne sais pas pourquoi ça coince. techniquement, il y a un problème que je n’arrive pas à résoudre.

la dernière fois que j’avais vu l’analyste, j’avais fait une sorte de résumé/condensé de la situation, partant d’un post que j’avais relu ici, autour de ce qui me réveillait la nuit : le travail et la colère. m’étant apparu que cette deuxième découlait du premier. le travail me servant de prison et la colère venant de la révolte contre celui qui me tenait enfermé.

et curieusement pendant toute la semaine qui a suivi, il me semble m’être éveillée la nuit avec l’idée que ce n’était pas du tout ça, que c’était bien plus vaste, que je me réveillais pour « résoudre les problèmes du monde ».

endormie hier soir en lisant robert walser, que je découvre.

à propos du rêve, peut-être l’ai-je fait suite à ce dont j’ai parlé hier ici, le problème de « l’intime », cet « intime » qu’il m’intéressait d’écrire, mais que je ne pouvais pas dans la mesure où je ne voulais pas y impliquer mes proches. et voilà que je fais un rêve dont immédiatement je me dis que je ne peux pas l’écrire sur le blog.

pendant longtemps, je me suis intéressée aux écritures dites d’autofiction, parce qu’elles elles étaient à ma portée, aussi parce que s’y disait ce que moi-même il m’intéressait de dire. fascinée de ce que les différents auteurs n’hésitent pas à parler de leurs proches, d’aller même jusqu’à les nommer. petit à petit je m’en suis détournée, m’étant convaincue que je ne pourrais pas, quant à moi, faire de même, que ce « n’était pas ma voie ».

qu’il y ait eu ici la semaine dernière des choses que j’ai pu écrire, mais que je ne me sois pas autorisée à publier, m’a étrangement soulagée, soulagée du « tout écrire ». enfin, je ne suis pas sûre que ce soit de ça qu’il s’agisse, mais il y a eu un soulagement, et cela m’a changée, modifiée. changé, modifié mon rapport à l’écriture. la solution que j’ai trouvée, probablement temporaire, me satisfait. ce plugin de wordpress qui me permet de marquer de façon spécifique du texte que je voudrais réservé à moi seule et qui signale cette réserve au lecteur me convient. qui montre des trous dans l’écriture, et que ces trous soient de mon fait d’y avoir consenti. j’aurais cependant dû m’en trouver angoissée, puisque j’y prenais d’autant plus de distance avec ce que j’aimerais écrire, avec ce que j’aimerais trouver les moyens d’écrire.

c’est tout la faute à la psychanalyse

la fiction, hélas, n’est pas à ma portée. la solution de la fiction. d’ailleurs, même pas sûr que j’en veuille.

les liens de l’écriture, la pensée, la parole.

la pensée est ce qui donne l’idée, le mirage de la possibilité d’un tout écrire. si de cet attrait je pouvais me détacher, le désir d’écrire peut-être me quitterait. et parler fatigue.

le rêve de cette nuit, rêve freudien du « fantasme de séduction » ?

c’est la pensée, cette nuit, de mon incroyable solitude qui m’a réveillée.

la charge affective en moins

de l’allègement de la charge affective,

de nombreuses choses je vis
qui débarrassées sont
de leur
« charge affective ».

une histoire triste,

Ernst retrouve alors le souvenir suivant : très petit, au moment de la mort de sa sœur, il a commis une chose grave pour laquelle le père l’a battu. Il a alors fait une terrible colère et injurié son père, mais ne connaissant pas d’injures il lui a donné tous les noms d’objets qui lui passaient par la tête : « Toi lampe ! toi serviette ! toi assiette ! » Le père déclare : « Ce petit là deviendra ou un grand homme ou un grand criminel. » A partir de ce moment, son caractère se modifie : il était coléreux, il devient lâche.

de l’imaginaire,

Toute pensée obsessionnelle, qui donne lieu à quelque construction, si loufoque soit-elle, sera toujours liée à la sexualité. La névrose obsessionnelle comporte un érotisation de la pensée.

La formule chez l’obsessionnel comporte toujours une équivalence qui introduit une valeur phallique. Le phallus imaginaire est la véritable unité de mesure. (cfr. le rêve, « mais oui, on peut tout à fait dire que c’est imaginaire »- mais l’ai-je raconté ici?)

L’obsessionnel démontre que la pensée est un parasite, un placage, un cancer dont l’humain est affligé ; la parole parasite le corps à titre de pensée, la pensée affecte le corps. C’est ce que dit Lacan dans le Séminaire XVII, l’Envers de la psychanalyse, p. 176 : « La pensée n’est pas une catégorie. Je dirai presque que c’est un affect. Encore ne serait-ce pas pour dire que c’est le plus fondamental sous l’angle de l’affect. »

de la pensée,

la pensée est privée.

la danse,

la danse est un plaisir et doit le rester.

moi,

je ne sais pas ce que c’est le phallus imaginaire.

(fumée)

10:53 – pas du tout facile d’arrêter de fumer. enfin, ça on le sait. d’après notice patch, si je ressens besoin, c’est que patch pas assez fort. pour ça, que j’ai acheté bonbons à la nicotine. pour compléter. or, bonbons à la nicotine sont tentants, pour ça que je n’ai pas acheté chewing gums qui le sont plus encore. pas pesée ce matin. bon. ai commencé à travailler. pas depuis très longtemps. stan est là, mais pas réveillé, malheureusement pour Jules. ai fait rêve cette nuit que je devrais noter, mais très long. lu hier soir, Ulysse. m’endors difficilement. après minuit. je ne sais pas comment fait Fred pour se lever.
14:22 – soleil éclatant, surprenant. jules à la halte. je suppose qu’il vaut mieux avoir envie de sucer un bonbon à la nicotine que d’avoir envie de fumer.
15:24 – bon, i must go (cher docteur g.)

rêve d’il y a deux jours

Je vais jouer dans une pièce de théâtre. Il y a une sorte d’audition dans un bureau sombre rempli de livres. Je suis assise à une bureau perpendiculaire à un autre bureau et plus bas, petit que lui, auquel est assise la personne qui m’auditionne. C’est un homme. Les bureaux sont couverts de livres. Je dois lire un texte dans un livre ancien – couverture en cuir, pages jaunies.
Les répétitions ont commencé. Nous sommes plusieurs acteurs. Je ne sais plus comment, mais petit à petit mon rôle dans la pièce s’amenuise. J’aide les autres acteurs. Au début, le metteur en scène, c’est Roger. Puis, ça devient mon père. Mon rôle est réduit à rien, à néant. Je m’en rends compte.
Nous sommes juste avant la représentation. Je pensais que j’allais me retirer, mais au lieu de ça, je me mets en colère contre mon père, je lui fonce dessus. Je lui raconte, démontre tout ce qui s’est passé, comment j’ai été éliminée. Je suis furieuse.
J’entends mon père expliquer qu’il n’avait jamais voulu de moi dans la pièce, et que pour se moquer de moi, au début, il m’avait fait lire dans un livre qui avait appartenu à un très bon acteur, très connu, pour que je me rende bien compte que je n’étais rien, risible.
Je me réveille.

En me réveillant, je suis étonnée du rôle de mon père. Comme cela lui ressemble peu, j’imagine que son personnage est là à la place d’une fonction, autre. Je vois vaguement que ça a un rapport avec l’idéal, avec un rôle que je me suis assignée, auquel j’aspire… et dont…. j’imagine que l’autre ne veut pas pour moi.
Tout ceci doit avoir un rapport avec l’écriture et le rôle de l’œuvre dans ma vie. Mon père évidemment aussi, qui, lui, a fait une œuvre. Mais pourquoi faut-il que ce soit mon père même qui m’en empêche.
Que je me mette en colère parle, je pense, de toutes ces colères qui sont les miennes.
(Je pense au père réel.)

Je ne pense pas que ce soit un rêve très important. Mais il se penche sur ce qui a fait l’objet de mes angoisses, ces jours derniers. Angoisse qui s’est apaisée, résolue depuis que j’ai revu l’analyste, et qu’il avait peut-être provoquée. Angoisse autour de l’œuvre, d’une certaine œuvre à laquelle j’ai renoncé, au moins à celle de l’écriture.

enfermée dans la chambre (venue aux faits)

samedi 12 mai 12:57

rêve de cette nuit. ma mère à la clinique. on découvre qu’elle est très malade. qu’elle a un cancer, je ne sais plus de quoi, des poumons peut-être, enfin, ça reste vague. on lui dit qu’elle doit se reposer. on lui dit qu’elle doit se faire aider. je suis là, on me fait comprendre que je dois l’aider, absolument. je vais de mon côté à un hôpital. je suis malade aussi. on me met des pansements. beaucoup. je vais voir ma mère, je lui dis que je suis très malade. moi aussi, très malade. je lui dis « mais tu sais, c’est vrai, je suis très malade. » elle n’a pas l’air de me prendre au sérieux. nous sommes à l’hôpital. je crois qu’elle est en soins intensifs. on la traite comme si elle était très malade. qu’elle pourrait mourir.
je me retrouve à l’école des dames de marie, où j’ai fait mes humanités. je crois que je suis sur une sorte de chaise roulante. j’explique que je suis très malade, je découvre mes plaies. ma chair est à vif.

Rêve d’il y a plusieurs nuits. Irène me propose que nous vivions ensemble. Elle me fait visiter un appartement qui doit lui appartenir, très grand, très beau, mais tout y est très ancien, vieux, poussiéreux, sombre. L’appartement est si grand que je lui demande ce que nous ferions si nous entrions en froid, avions un petit problème, parce qu’il serait facile que nous vivions chacune dans un coin de l’appartement, sans nous rencontrer jamais, et que je redoute cela, de longues bouderies. Je lui reparle de cela par deux fois. Elle ne me répond pas. Elle a l’air désireuse de vivre avec moi. Me fait ensuite visiter un autre appartement, moins grand, plus vide, plus ancien encore, me semble-t-il, avec une sorte d’odeur de moisi. Je l’interroge sur les chambres. elle me montre la sienne, puis apparaît la mienne. Je lui parle de Jules, je lui dis que je ne peux pas me séparer de lui. Je lui demande si elle me fera payer plus cher parce que je suis avec Jules, parce qu’il y a une personne en plus. Je m’aperçois qu’il y a un petit lit pour Jules dans ma chambre. Je lui dis que je ne veux pas ça, que Jules dorme ma chambre. Une petite chambre pour lui apparaît.

A quoi sert de raconter des rêves, si on a aucune idée de la façon dont les interpréter. J’ai dû faire ce dernier rêve mercredi, juste avant la séance de jeudi. J’ai la nausée, une terrible nausée, il faut que j’arrête d’écrire.

13 :21. Nausée. Je préfère écrire à la main plutôt qu’à l’ordinateur. Je me suis enfermée dans la chambre, couchée sur le lit. Je passe beaucoup de temps sur le lit en ce moment, peut-être cela correspond-il aux heures que je passais devant la télé quand nous en avions une, avant qu’elle ne cesse de fonctionner en décembre de cette année. A la place, je rêve ou je lis – ou je dors. Et je préfère le lit, la chambre au salon. J’aime beaucoup cet endroit – qui n’est pourtant pas très bien aménagé. J’aime la lumière et les arbres devant la fenêtre. Jules ne s’apercevra pas de mon absence, Stan, son frère, son grand frère, son demi-frère, le fils de Frédéric, est là – et Jules l’aime énormément. Ce que je voudrais, c’est poser ma tête sur l’oreiller et fermer les yeux. Je suis ici à écrire pour dire que lors de la dernière séance, j’ai raconté ce qui m’était arrivé. Je ne suis d’ailleurs ici, à écrire, que pour raconter ce qui s’est passé en séance. Je vais fermer les yeux deux minutes.
Fermer les yeux, c’est proprement délicieux.
Heureusement qu’il fait plus froid ces jours-ci, c’est moins confortable, à moins que je ne me glisse sous la couette. C’est que je suis un peu inquiète d’être si encline à me coucher. (Les maisons du rêve avec Irène sont des maisons de « grand-mère », abandonnées. Je préfère la première, malgré sa taille, sa grande taille, à la deuxième, vraiment trop vieille.) Je m’émerveille de ces phrases qui me viennent, de leur déroulement, de leurs virgules, du mot qui suit. Finalement, le point, et je ferme les yeux.
tout ça pour. tout ça pour ne pas. Ne pas. Je lève les yeux, le vert de l’arbre, le soleil qui joue dans ses feuilles, ce vert dont Walser R. s’émerveille dans le livre que je lis en ce moment. Ce n’est pas que du vert que je m’émerveille – l’arbre devant la fenêtre est jeune encore et sa taille s’ajuste parfaitement dans l’encadrement de la fenêtre, le vent faisant jouer son corps mince. Il ne me semble pas avoir jamais été d’humeur aussi « contemplative » que ces jours-ci. enfin, je rêve beaucoup aussi, je rêvasse. D’une incroyable paresse. Tout de même, je m’étonne (tout ça pour ne pas), je m’étonnais hier, regardant l’arbre bouger, couchée sur ce même lit, sur le dos plutôt, face à lui, et ressentant ses mouvements dans mon corps-même, immobile, versée, déversée. « Les faits. » Les suivants : l’âge ? 16, 17 ? Les nuits, une boîte de nuit, où j’allais seule, le Richard, depuis le jour de mes seize ans. Je dansais, je dansais, je ne buvais, pas d’alcool. « Les faits. »J’ai moi-même souvent dit que je couchais avec tout le monde, n’importe qui, un jour dans la rue, me suis-je souvenue hier, à cette époque. Assez souvent pour que je le croie je l’ai dit – parce que de souvenirs, je n’en ai pas tant. Assez joué. Silence jusqu’à ce que. Silence ! Deux hommes, 2 jeunes hommes, deux amis, un blond, un brun. toujours au bar. Jeunes et beaux. Leurs deux amies, blondes, très minces, leurs pantalons serrés, chaussures pointues, coiffures « lionnes » (tout ça, pas dit, en séance). Silence. Silence (mais le soleil dans l’arbre, c’est important). Je ne sais pas, plus du tout, comment je suis arrivée dans l’appartement de l’un d’entre eux, le blond. Un très grand appartement, « moderne », en banlieue me semble-t-il, car c’était loin de la ville, du centre-ville. Loin. dans la chambre, nous avons fait l’amour, je ne me souviens plus de son nom, puis il est parti, me laissant seule, là. J’étais au lit, dans le lit, quand le deuxième est arrivé, son copain, le brun. Il s’est couché dans le lit, c’était la nuit, m’a parlé, le lit était très grand, m’a demandé qui j’étais, si je connaissais son copain depuis longtemps. J’ai répondu que non, que cela datait du soir même. Son comportement a alors changé, comme sis ma réponse l’y autorisait. Il m’a fait l’amour. m’a retournée sur le ventre. M’a enculée. Ce que je n’ai pas pu raconter en séance. Est-ce que j’ai crié de douleur. J’ai eu mal. ensuite m’a fait lever. M’a dit de partir, de m’en aller. (C’est incroyable comme les mots se suivent, s’enchaînent). Dans le hall, comme il s’apprêtait à fermer la porte, je lui ai demandé de l’argent, pour prendre un taxi, je lui ai dit que je n’en avais pas. Je ne savais pas où j’étais. Il m’a ri au nez, m’a dit : « Quoi, moi, qui fais travailler des filles, alors qu’il y a en ce moment-même des filles qui travaillent pour moi, toi, tu me demandes de l’argent !!! » et il a fermé la porte. Je suis rentrée en stop. J’étais silencieuse, dans une voiture, la nuit. Je veux dire qu’une sorte d’énorme silence m’a prise, m’a entonnée.
Tiens, plus de papier.
Pourquoi est-ce que quelques jours plus tard, je suis retournée à cette boîte. Pourquoi est-ce que je me suis approchée du garçon au bar, comment, le blond, lui ai-je laissé me dire, d’un ton moquer que je lui avais filé je ne sais quelle maladie « honteuse ». « Tu veux la voir, ma bite, viens, viens voir, tu veux voir dans quel état tu l’as mise ? ». Je me suis éloignée, comment ai-je fait ? Qu’ai-je dit ? en montant les escaliers pour sortir, un jeune qui les connaissait m’a rejointe, m’a dit, mais vraiment gentiment, m’a demandé « pourquoi je faisais ça ». M’a dit que je ne devais plus le faire. Je l’ai écoutée. Les arbres. Il y a beaucoup de vent. Et là-bas, derrière, le ciel. Un bout de ciel.
Tu vois, je ne sais pas pourquoi pendant des nuits, et des nuits, j’ai repensé à ce qui s’était passé. Et c’est vrai, c’était comme de tomber dans un trou. Jamais je n’avais raconté cette histoire. Je n’aurais jamais cru que je le puisse. l’écrire non plus.

Le rêve aux grand appartement, avec Irène :
Irène est une amie dont je n’ai pas pris l’amitié au sérieux, que j’ai perdue à cause de ça, que j’ai aimée plus que ce que je ne croyais – et pas seulement à cause de sa liaison avec mon frère, comme j’ai pu le croire et si j’en crois les nombreuses fois où je repense à elle. J’ai deux frères, que j’aime beaucoup.
Dans le rêve, l’appartement était très grand, comme j’ai pu écrire que l’appartement des 2 garçons était très grand. Et il est aussi vieux que le leur était moderne, aussi poussiéreux que mon souvenir.
Je ne sais pas pourquoi je m’inquiète que nous puissions y vivre séparés. Amies, mais séparées, vivant ensemble mais séparées, nous boudant. J’ai beaucoup boudé dans mon enfance, trop longuement, et il est arrivé avec Anne, une amie homosexuelle, que nous nous soyons boudées plusieurs mois, alors que nous travaillions l’une à côté de l’autre, que nous soyons parties en vacances ensemble, et que nous nous aimions beaucoup.
Maintenant que j’y pense, les deux amies des deux garçons, toujours habillées, coiffées de la même façon, étaient peut-être jumelles. Je me suis demandée, après, si elles « travaillaient » pour ces hommes.
Ces 4 jeunes gens détonnaient fort dans la boîte de nuit. Ils étaient beaux, différents, arrogants, méprisants. Fascinants.

Le rêve avec ma mère cette nuit :
Je ne vois pas le rapport de ce rêve avec tout ceci. Nous étions malades, ma mère ne faisait pas attention à moi, nous étions malades, elle était malade comme la Desperate Housewive vue la veille à la télévision, malade de trop de travail, malade d’être mère. Dans le rêve, je suis écorchée vive sous les pansements. Peut-être cela a-t-il à voir avec ce que j’ai dit de la façon dont je n’ai plus su comment m’habiller après cet événement, comment je n’ai plus pu sortir, comment j’ai totalement perdu mon image. Mais quel rapport avec ma mère ? Elle y a un cancer des poumons, je crois. C’est son torse qui est atteint, tandis que moi, ça se passe plutôt dans la partie inférieure de mon corps. Mon père est mort des poumons. Ma mère est si malade qu’un médecin ferme la porte de sa chambre. Parce qu’elle va peut-être mourir. L’école où je retourne dans mon rêve date de l’époque visée par le souvenir aux deux garçons. Ma mère m’avait dit que quand elle était jeune, elle avait rêvé d’être torturée, pour l’épreuve de sa foi, et qu’elle était brûlée à petit feu, sur des charbons ardents.

le lendemain, dimanche, 14 :18, sur le lit. fenêtre ouverte, vent dans les arbres, ravie.

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revenir sur ce que j’ai écrit hier, à propos des 2 rêves :
c’est non, c’est non, c’est idiot, ça n’est pas ça, faut laisser tomber, ces interprétation bidons.

2 frères, 2 amies, 2 amis, grand appartement, ancien/moderne, 1 brun/1blond, 2 blondes, jumelles, reflet, méchants/méchante, faire travailler/travailler

il ne faut pas laisser tomber:

les mères et leur maladies de mère, qui sont en réalité, 1 maladie de femme, 1 maladie mortelle. 1 maladie de jouissance – brûlée vive.

pict5528.jpg

répondeur d’analyste

Je dois modifier le répondeur, le message du répondeur d’une analyste. Je m’introduis subrepticement, en son absence, dans son appartement. Le message et le répondeur téléphonique ont auparavant été mis en place par un enfant, une petite fille. Il faut que j’en trouve le fonctionnement. Je commence par me tromper, parce que j’enregistre un message sur d’anciens messages Continue la lecture

a scheme is not a vision / verossity / Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison.

+ S Z U G Y I C Z K Y + (velocity) (férocity, verosity)

Mar 24th, 2009 11:17am

j’aime beaucoup vous montrer des images. les images qui sont qu’il est à ma portée de vous montrer. les images que je vous montre sont des images qui

je ne sais pas si elles sont à proprement parler n’importe qu’elles images, je ne le crois pas, en fait, mais dans ces images compte également, et indépendamment d’elles, de façon extrinsèque, cette qualité qu’elles acquièrent – du moins à mes yeux – du fait que je vous les montre. elles comportent également ceci : que j’aimerais également physiquement les faire, qu’à mon tour, ma façon, les fabriquer me plairait. (et qu’elles sortent de l’ordinateur) (l’ordinateur, la virtualité étant, restant suspecte).

(via modernitymuscler) quality toys papier colle et camionsMar 24th, 2009 12:13pm

des fois peut-être je veux dormir pour mettre de l’eau sur le feu. mais parfois ça fait comme si c’était de l’huile.

à propos de ce rêve,
l’ayant raconté à celui que dorénavant je ferai l’effort d’appeler mon analyste, ce rêve où je suis seule contre la bande de cons du monde, il me dit :  » aaah ! aaah ! aaah ! » (en trois quatre fois, de façon très appuyée, comme si ça faisait longtemps qu’on l’attendait, celui-là, ce rêve-là). et après, quand j’ai eu fini de parler, il dit plusieurs fois « très très très très très bien… « 

mon analyste donc, c’est aussi celui à qui quand je dis que je veux quitter f me dit le quitter mais pourquoi ce qui me suffit pour que je veuille plus le quitter du tout en effet pourquoi

Ben Schumacher (Symbolic Registration n° 2)

Le bonheur est une monstruosité ! punis sont ceux qui le cherchent.

G. Flaubert

voyager, c’est compliqué, c’est trop compliqué. développez.

accident

il faut que j’aille à bruxelles voir mon petit frère hospitalisé

grave


velocity
veros,sity
verocity verosity

ce n’est pas comme si le fait que vous me connaissiez encombre des milliards de panavinengen

paris, 14 juillet

trop de télé hier

aujourd’hui : rien d’autre que du ménage – tandis que je me promettais d’écrire ce que j’avais fait hier. mais pourquoi au fond, écrire,  je ne sais plus.

il y a deux nuits, rêvé qu’on m’avait volé ma selle (?) – la selle de mon vélo, je précise. je voulais m’en aller, m’enfuir, retrouve mon vélo : mais il n’a plus de selle.

étions à donn. ce week-end.

SNV80151-1024

quelques longueurs dans la piscine, du bonheur. manger parler boire et (… grossir). peut-être que nous faisons tous des efforts et ces efforts s’avèrent faciles. des efforts pour être gentils. pour faire attention les uns au autres.

la nuit de samedi à dimanche je me réveille en pensant au fait que si on inscrivait jules à l’école alsacienne comme le souhaite son grand-père, il souffrirait de ce que nous le surclassions.  pourquoi l’inscrire là ? lui offrir toutes ses chances ? lesquelles ? quelle elle est sa classe sociale ?  (existe-t-il une classe sociale qui n’aime pas spécialement l’argent? l’intelligence est permise dans toutes les classes sociales, non ?)

c’est f. qui me m’avait fait remarquer que l’ENS était réservée à une certaine classe sociale – dont, me disait-il-il, nous ne faisons pas partie.

si on l’inscrit dans cette école, il souffrira parce qu’il n’aura pas les vêtements qu’il faut – parce que nous ne les lui offrons pas, que nousne lesaimons pas et que nous n’en avons pas l’argent -, mais aussi parce qu’il n’aura pas l’accent qu’il faut, le discours, les façons, les manières, et les vacances, les voyages, la voiture, les maisons…

est-ce qu’il n’est pas trop petit pour être confronté à tout ça? et en même temps, là où il est, ça n’est pas non plus son « milieu social ».

paris 15 juillet

piscine de paris aujourd’hui. bonheur encore et facilité. seule une phrase me reste du rêve de cette nuit : ce n’est pas comme si le fait que vous me connaissiez encombre des milliards de panavinegen. est-ce qu’on ne dirait pas que ça veut dire quelque chose? pour la dire, il faut « aspirer », « avaler »  le « g » de « panavinegen ». ce n' »st pas un « g » dur, c’est un « g » belge, flamand.

l’école les filles lacan l’impossibilité du fer = le génie

02.08.09

Mme Jenaerts  Jenaerts / S. Jennarts, je crois que c’est plutôt cela, son nom, à la Directrice.

1h50 – je n’arrive pas à dormir.

Jenaerts comme Arzt –> médecin, mot vu en Allemagne sur des façades.

Recherche sur google, c’est Madame Jennaert.

ça se prononçait gêne-art ou encore   je-narre

Lacan/ gêne-art, Lacan / je-narre

Jennaert –> Je venais d’écrire à Jenny /  qui nous avait autrefois expliqué que son nom, ça voulait dire Génie (en grec) / et je n’étais donc pas sûre de la façon dont « Jenny » s’écrivait – et je n’en suis toujours d’ailleurs pas, sûre.

revoilà ma chère lettre G

Lut – G – ar – de

mais pourquoi la trahison des filles le choix du génie

je trahis donc elles complotent

génie je nie  donc parano

lecolelesfilleslacan

paris, retour, lundi, 17

f.  à son travail. sommes levés super tôt à Donn. pour revenir ici. bien sûr, paresseuse comme je suis me suis rendormie. vais devoir me remettre au boulot, moi aussi. et jules retourner au centre de loisirs (ce dont il ne sera pas content, « ils » le forcent à manger.)

ROGER → avais la veille pensé à lui comme à celui qui sait beaucoup de choses, connaît beaucoup de mots (connaît entre autres ce mot qui décrit ce phénomène, scientifique, qui fait que le yaourt se liquéfie quand il est secoué.

dans l’embrasure

Dames de Marie

vendredi 21 août 2009 – matin, heure digitale : 9:51.

cette nuit, rêve encore des Dames de Marie – cours de Chimie / Bio avec prof. contre laquelle nous nous révoltons.
entre 2 cours, nous réunissons, nous plaignons. sommes dans l’encoignure1 l’embrasement2 l’embrasure 3 d’une porte (sortie).
moi + les filles contre prof
révolte
passe, passage, entre 2
[ mon lapsus calami : le coin venu à la place de l’ouverture ; le coin où je vais me coincer : qu’est-ce tu sais dans ton coin?]
Je dis :  » Et tu te rends compte, ce livre, d’Annie Ernaux, qui se passe pendant ses études secondaires, j’en ai lu seulement quelques lignes : insupportable ! insupportable! cette angoisse des examens ! n’ai pas pu continuer. » angoisse, insupportable de l’école (racontée dans un livre)
Finalement, nous retournons en classe, c’est la fin de l’année, les examens sont finis mais nous avons encore cours (et je me demande pourquoi).
Nous attendons l’annonce des résultats.
C’est la dernière année. 6ème. après, fini les Dames de Marie.
c’est fini mais ça continue.
angoisse des résultats.
c’est la dernière année, l’année que j’aurai redoublée pour n’avoir pas voulu passer certains examens.
Il y a Nathalie F. Nathalie n’était déjà plus aux Dames de Marie. Nous avions fait de la danse ensemble. Plus tard, elle a été danseuse chez Béjart.
Elle est très triste, amoureuse. Je crois que je suis moi amoureuse d’elle. Je suis près d’elle, c’est agréable, elle est triste, je triste aussi. (Plus tard, N. rentrée dans compagnie Béjart). Elle s’approche de l’homme dont elle est amoureuse, il est avec deux autres hommes. Elle lui saute dessus, il est furieux, il s’en va. je l’aime, elle une femme, elle aime, elle, un homme, qui lui en éprouve de la fureur contre elle
Mais l’un de ses amis revient et prend emporte deux books de Nathalie (books de présentation de travaux graphiques. Nathalie pas graphiste : Mireille, l’était.) Nathalie reviendra ensuite, radieuse, parce qu’elle a trouvé du travail grâce aux books. L’homme est maintenant amoureux d’elle et moi je suis très très triste. si BOOK/livre/présentation –> alors travail –> alors amour possible
amour d’un home dont je suis en fait moi amoureuse
Entre-temps, comme voulons retourner au cours, sommes arrêtées dans la cour, parce que très en retard. On nous dit : « C’est pas possible ! On va toutes vous faire redoubler!  » PANIQUE REDOUBLER
il y a un bus qui est cassé. il faut le faire remplacer. nous disons qu’on ne peut pas nous demander ça maintenant, sinon on va se faire encore plus remarquer (comme étant celles qui cassent le matériel même si de ce crime nous sommes innocentes), et sommes encore plus sûres d’avoir à redoubler. BUS CASSE
Finalement, pouvons retourner en classe. Mais la prof avec qui nous avions eu des problèmes (et qui en fait un prof qui ME détestait) est partie. Elle en a eu assez. Elle est remplacée par un petit homme. femme (qui me détestait) remplacée par un homme (insignifiant).

( un homme vient à la place d’une femme)

(et c’est ici que dans le rêve ça passe de NOUS à JE)

Je ne trouve pas de place pour m’asseoir. Je n’arrive pas à prendre de notes. Je me demande à qui je vais pouvoir emprunter des notes ( beaucoup par le passé rêvé de ça, il est vrai que j’avais en réalité beaucoup à le faire, compléter mes notes: je n’allais jamais au cours. les filles au fond n’étaient pas très sympa avec ça. ça devait les énerver que je n’aille pas au cours et que je cherche à ne ne pas en payer les conséquences. d’habitude, je demandais à nathalie, mais je n’étais jamais sûre d’en avoir de complètes. je veux dire que nathalie non plus, ma meilleure amie, ne se montrait pas très « volontaire ». et je n’osais pas trop insister.
le schéma était toujours le même:  » dis, tu me prêterais tes notes? tu peux me les apporter ? – oui oui bien sûr ». et puis, les notes ne venaient jamais. )
pas de place parmi les filles, plus de place, à cause de mes absences ; pas de place, pas de notes.
demande de notes qui n’aboutit pas. comme le début d’une parano
sentiment d’exclusion.
filles et moi nous séparons.
J’essaie de suivre le cours sans prendre note. Debout.
C’est là que je trouve une place auprès de Nathalie. Il y a toutes ces inquiétudes à propos du redoublement. Une fille revient en disant qu’elle a trouvé une place. Je ne sais pas exactement de quoi. C’est lié à l’école et à l’école de Régentes. (ma mère, « régente »). Je me dis mais enfin, nous ne sommes « qu’assistantes-psycho » (!!!)
L’autre trouve du travail. Régente ! comme ma mère = ma mère a du travail
avoir du travail = avoir une place

moi exclue du travail

les filles sont un peu jalouse. une sœur (là, c’est de la vraie romantisation de la part du rêve, parce que des sœurs, aux Dames de Marie, il n’y en avait plus, ou plus qu’une, qui d’ailleurs n’enseignait pas. circulait vieille sans rien faire dans l’école, souriante.) elle lui dit qu’elle a gagné, réussi son année, qu’elle aura donc le travail. Il s’agit de nouveau peut-être de cette Anne-Marie ou Annamaria, celle qui me proposait de se marier avec moi dans le rêve les filles l’école lacan. que dire de cette anne-marie annamaria, c’est une fille très très loin de moi, dont je ne suis pas l’amie pour qui j’éprouve du respect, respect partagé. réciproque, je crois. qui est très « moyenne », sans éclat, sans rien qui ne dépasse, extrêmement sage, en apparence. qui fait tout ce qu’il faut faire. et à qui finalement, les choses réussissent, même si ce n’est pas de façon brillante. elle est gentille.
Puis, il y a l’histoire de Nathalie et de ce type dont elle est amoureuse.
Le rêve finit donc assez tristement pour moi. Je suis seule. JE SUIS SEULE ( barrée des autres filles,
du travail,
d’une place,
de l’amour.)
Et je ne sais pas si je vais redoubler à cause de ce prof qui me déteste, dont je raconte même qu’elle m’a exclue du cours ( et d’ailleurs, c’est même pas sûr qu’elle ne m’ait pas, viré du cours. non, ce n’est pas elle, c’est cette autre prof, qui elle m’aimait. qui m’a exclue de son cours. ha ha. le prof. qui ressemblait à marguerite duras, quand j’y pense.) prof qui ne m’aime pas = prof qui m’aime
prof = celle qui sait
prof m’exclut
celle qui m’aime/me déteste.
prof femme remplacée ensuite par prof homme, insignifiant.
~

Est-ce que tous ces rêves c’est là pour indiquer que le plus dur du mois d’août, c’est ça: septembre qui vient. La rentrée?

les examens de passage. en septembre. celui que je n’ai pas voulu passer sous prétexte que je ne connaissais pas tout.

celui de math où je disais à la prof qu’il ne fallait pas me faire passer, parce que si j’avais tiré au sort l’autre question, je n’aurais pas su répondre, parce que cette démonstration-là je ne savais pas la faire, ou si je la savais, très bien, je n’aurais pas voulu la faire, parce que je ne la comprenais pas.

j’aurais voulu tout (savoir) or pas-tout –> donc, pas digne de passer examens, de réussir

vous savez, les gens disent : « perfectionniste ».

~~~~

Annick vient tout à l’heure, pour le week-end. Je veux auparavant acheter un, des cadeaux pour F, son anniversaire dimanche. J’ai l’impression que je n’aurai pas le temps de travailler, ennuyant.

Notes:
  1. encoignure

    n.f. encoignure [ɑkɔɲyr] (de coin)

    Angle intérieur formé par deux murs qui se rencontrent: Placer un meuble dans une encoignure (coin).Remarque Dans ce mot, -coi- se prononce [kɔ], comme dans cogner.
    On peut aussi prononcer [ɑkwaɲyr] où -coi- se prononce normalement. []

  2. embrasementn.m. embrasement LITT.

    1. Action d’embraser; grand incendie: L’embrasement d’une forêt.
    2. Grande clarté rougeoyante: L’embrasement du ciel au soleil couchant.
    3. Agitation qui conduit à de violents troubles sociaux: Cette loi a engendré de nombreux embrasements dans le pays (effervescence).

    []

  3. embrasure

    n.f. embrasure

    Ouverture pratiquée dans un mur pour recevoir une porte ou une fenêtre: Le chat se tient dans l’embrasure de la fenêtre (encadrement).

    []

A.-M.

IMG_0002

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des anna maria ou anne-marie (voir  l’école les filles lacan et dans l’embrasure), il y en a eu plusieurs. j’en retrouve une. la photo ne date pas de l’époque des dames, mais des filles, de la sagesse (2° et 3° primaire). est-ce que nathalie était malade?  nathalie était peut-être souvent malade.

Anne-Marie la sage.

~

de ce court post, je décide du titre : j’écris : A-M et je pense, alors quoi? Anne-Marie Stretter?
A-M Garavello, A-M Stretter…

retour d’afrique

rapidement j’ajoute, eau au moulin,  à propos de l’homme revenu, d’Afrique, l’Africain :

  1. le premier homme garçon que j’ai connu (au sens biblique) était MULATRE (albert)
    je m’appelle müller, ça vous fait le « MÜL »
    le fantasme de ma mère : mourir martyre, ne pas, trahir, sa foi. mourir, brûlée, vive sur des
    charbons ardents, à petit feu. ça vous fait « LÂTRE »
    ah ma mère, ce grand amour pré-génial
    ah mon lacan rêvé par moi grand saint et martyr de la psychanalyse
  2. L’A-FRIC
    bon, là c’est compliqué. de fric je n’en ai point et déteste m’en faire. j’ai bien pensé à cette chose dite par miller à l’un de ses cours sur ce qui, selon lacan, pouvait motiver un psychanalyste,  une raison d’être analyste, laquelle ajouta-t-il n’avait pas été la sienne : le fric. j’avais pensé, ha ha, moi qui déteste en avoir, qui n’aime rien tant que d’n’a’voir rien, ça pourrait m’en faire, une bonne de cause, d’être analyste, d’me faire un métier, et c’est peut-être ça, qu’il voulait me dire, l’ex-analyste, quand il ne cessait de me répéter  : vous savez, c’est un métier comme un autre. ha ha, mon indignation. mon petit a me ferait du fric….
  3. Le retour
    ce rêve commence par mon père revenu de la mort. et se termine par la rencontre d’une homme revenu d’afrique ou africain
    l’afrique, la mort (mon grand désir)

on va se revoir, quand on se manquera


déménagement : starts becoming difficult because il n’y a plus que des trucs plics plocs

reaching the end of Lost, season 1


dream, cette nuit :

étais probablement grosse, parce que vois anne, qui est beaucoup plus grosse qu’en réalité, anne w., et elle a une sorte de choc, m’explique-t-elle par la suite, elle a un mouvement de rejet, de ma personne, parce que me voyant, elle s’est vue, du fait que je suis devenue aussi grosse qu’elle1

je me demande si c’est vrai, dans le rêve, si je suis vraiment aussi grosse que ça. je sais que je suis grosse, que j’ai grossi, mais je ne me rendais pas compte que c’était autant que ça. je sais aussi que je n’ai pas d’image juste de moi-même. et qu’il est possible qu’anne également ait une mauvaise image / image fausse, de moi. je me dis que je dois chercher à savoir ce qu’il en est.2 peut-être en cherchant d’autre gens, qui me renvoient une autre image. je ne sais pas. nous sommes chez quelqu’un.

après, je me retrouve dehors, avec l’homme auquel la maison où j’étais appartient, il a quelque chose de séduisant pour moi, il est plus âgé, c’est un chef. il travaille dans un business d’imprimerie ou stuff like that. il ressemble un peu à l’acteur de lost in translation. nous faisons des courses dans un grand magasin3, il y a des escalators.  il m’achète un truc, je lui achète un truc. je ne sais pas s’il veut de moi. moi, j’aimerais bien de lui. il fait penser à cl. lambert. du point de vue de la mentalité / imprimerie sérigraphie anarchie (alcool?) / pas physiquement. on se quitte, on se dit qu’on va se revoir, quand « on se manquera », il dit que ça va arriver, qu’on va se manquer. il me donne un petit carnet, bloc-notes, de feuilles reliées avec des anneaux comportant son logo = son nom, en bleu, et plus tard, je réalise, qu’il y a aussi son numéro de téléphone. il est possible que nous étions avec jules.

je retourne plus tôt que prévu à la maison de l’homme. je ne veux pas chercher à le voir, je veux récupérer qq chose, peut-être son nom, ou son numéro de téléphone, ou autre chose. je tombe à nouveau sur anne w. puis, un autre homme. il me voit ou m’a vue avec le premier. il est plus jeune. beau, mince, handsome. nous sommes debout, très très proches l’un de l’autre, l’un contre l’autre. je crois qu’il me demande si je l’aime, non pas lui, mais l’autre homme, plus âgé. je dis qu’il y a quelque chose de très important que je dois lui dire : c’est que je ne quitterai jamais frédéric. que je resterai toujours avec lui. je lui dis quelque chose à propos de ma sexualité, je lui dis que je suis qq qui même quand il y a qq chose de très facile à donner, ne le donne pas. je ne sais pas si ce que je dis à propos de cet aspect de ma personne peut séduire cet homme ou pas. plus tard, je croise le premier homme, il me dit que je ne lui manquais pas encore mais qu’il avait décidé de m’écrire le soir même, il me dit qu’il vient  d’emménager dans cette grande maison et qu’il ne peut envisager d’y vivre seul, encore vivre seul. je lui dis que justement je devais lui dire ça, que je ne quitterais jamais frédéric, jamais. que je pouvais juste avoir une aventure. je me demande si ça me rapproche de l’autre homme, du deuxième. je ne sais pas s’il veut une aventure.4

je pense partir, mais il est question de dîner, je me demande si je vais manger avec les autres, dîner là. c’est le premier homme qui prépare à manger, celui qui ressemble à lambert, l’imprimeur, celui à qui appartient la maison,  les gens vont passer à table. anne me dit de rester. elle m’emmène dans un salon de coiffure privé, à l’intérieur de la maison. je sui sravie, ravie de pouvoir me faire faire les cheveux avant d’aller manger.5 je peux y prendre un bain. je la remercie, elle a été chez le coiffeur la veille, donc il trouve qu’elle n’a pas besoin d’être coiffée, mais est ravi de pouvoir me couper les cheveux. je me demande s’il va me faire une couleur, aussi. je me lave, mais je n’ose pas enlever mon tee-shirt devant anne. j’achète un savon. je ne prends pas de savon liquide, de bain mousse, mais un savon dur, naturel. j’ai la vague idée que c’est meilleur pour la nature / écologique. ce savon sent très bon. le vendeur me dit de noter sa senteur : ambre. il me dit de façon à la retenir, et pouvoir en essayer d’autres, et alors, choisir. je pense que je n’ai pas besoin d’en essayer d’autres, que celui-là me convient très bien. j’espère qu’il ne laisse pas de traces sur la paroi de la baignoire ou de la douche.


Notes:
  1. vrai que pour le moment j’ai grossi et me demande à quoi je ressemble, et peut-être deuxième nuit de suite que rêve que suis si grosse, obèse []
  2. hier pensais à ça, que je ne crois pas du tout à l’objectivité de ma beauté, que je sais être belle dans par le regard de l’un ou de l’autre, homme ou femme. aussi, n’avais pas compris que me sois fait dragué hier de façon si éhontée par ce type, dans la rue, alors que justement, me trouve si grosse []
  3. bientôt anniversaire de f []
  4. lost, hier, le jeu du je n’ai jamais, « je n’ai jamais eu d’aventure sans lendemain« , qui se termine sur  » je n’ai jamais tué quelqu’un » – « at least, we have something in common » (ils ont tous les deux tué quelqu’un []
  5. j’avais pensé à ça récemment, que je devrais plus m’apprêter quand je sortais manger, même et aussi quand je voyais les parents de f. []

le coiffeur, la petite fille, le chat et les pigeons (le rêve)

dimanche matin, métro direction gare d’Austerlitz (pic nic à don. aujourd’hui)

Rêve de cette nuit, du samedi 4 au  dimanche 5

Le voisin d’en face a ouvert un salon de coiffure à côté. Il avait autrefois un établissement en face, je ne sais plus de quoi, mais maintenant il ouvre à côté – a fermé en face.

J’ai un ordinateur. Je suis assise à cet ordinateur grand écran, comme l’ancien. Dans une immense pièce, qui a plutôt quelque chose d’un atelier, qui ressemble un peu à l’entrepôt de houblon à Poperinge.

J’ai un chat. Ce chat s’est fait un copain.

le coiffeur d’à-côté

J’ appelle au téléphone le voisin passé coiffeur pour le féliciter de l’ouverture de son salon de coiffure. Je lui dis que je passerai certainement. Il me dit  « Voulez-vous venir aujourd’hui? » Je dis « Non, non, non, certainement pas aujourd’hui. »

Plus tard,  je le rappelle une deuxième fois. Je ne sais plus pourquoi. En rapport avec l’ordinateur. Il me dit qu’il est très malheureux. ça a un rapport avec sa femme. Je ne vais pas savoir ce qu’il en est. Il ne me dira pas ce qu’il en est.  Mais il me parle.

la petite fille

Vient une petite fille qui a l’air de penser qu’il faut nourrir le chat. Elle n’est pas seule. Je n’y pensais pas. Mais il y a dans sa présence, dans ce qu’elle dit, quelque chose d’intimidant. Je cherche donc de la nourriture. N’en trouve pas.

La petite fille s’apprête à donner à manger elle-même. ça m’embête. Je n’ai pas envie qu’elle se mêle de ça. Ni qu’on pense que je m’occupe mal de mon chat.

Après, je cherche mon chat, et son copain, mais je ne les trouve plus. chats perdus. aussi parce qu’ils sont maintenant très nombreux. très très nombreux. Je me dis que parmi eux je dois arriver à distinguer des bébés chats. sinon, de jeunes chats. je pense que les jeunes chats ne sont pas toujours faciles à distinguer des chats adultes. ils sont un peu plus petits, plus fins. mais je n’en vois aucun.

Les chats se transforment en pigeons.

un chat (S1) – son copain (S2) – des chats (essaim d’S1) qu’une petite fille veut nourrir – des pigeons (viennent remplacer les chats).

Je remarque qu’un certain nombre d’entre eux (+/- 4) portent des gilets sans manche de couleur bleue (indigo) .  un peu à la façon dont les éboueurs ou les « agents » de la ville portent des gilets jaunes. je me dis que cela indique peut-être qu’ils « appartiennent » à quelqu’un, à une société, pour qui ils travaillent.

Deux d’entre eux ensuite deviennent plus grands et sont habillés de la tête aux pieds de vêtements de petite fille. ils ont quelque chose de grotesque, on pourrait vraiment croire que ce sont des humains. « Il ne leur manque que la parole. »

un chat (S1) – son copain (S2) – des chats (essaim d’S1) qu’une petite fille veut nourrir – des pigeons – des travailleurs urbains – 2 petites filles grotesques et muettes.

éléments d’interprétation : le voisin et le coiffeur


1. élément de la veille1

La veille au soir du rêve comme je pénétrais dans la chambre sombre, j’ai surpris un voisin d’en face,  pas celui que nous avons l’habitude de voir, un autre, que je voyais pour la première fois accoudé sa fenêtre qui fumait et me regardait. Je me lavais les dents. J’ai pensé qu’il avait une vue directe sur le lit. Je me suis plus tard approchée de la fenêtre, et alors qu’il était encore en face de moi, l’air de rien, j’ai tiré les rideaux. J’ai dû plus ou moins consciemment pensé que j’aurais pu lui plaire.


2. dans le rêve : voisin qui était en face ferme et s’installe à côté



2. 1. fermeture de l’eurl

Le voisin qui  autrefois était en face s’établit maintenant à côté, après avoir fermé son premier établissement. dans l’immédiat, ça ne m’évoque rien , sinon, peut-être que j’ai dû moi-même « fermer » mon eurl pour pouvoir l’ouvrir à la nouvelle adresse – suite au déménagement.
voisin = moi ? En tout cas quelque chose se ferme ou est voulu fermé.


2. 2. à côté vs en face // disparition du regard

en face : On se  voit (nous avons effectivement un voisin en face qui passe beaucoup de temps à sa fenêtre)

à côté : On ne se voit pas, on ne se voit plus. Je ne le vois pas, il ne me voit pas.



2.3. En analyse aussi, on peut passer du face à face (entretiens préliminaires, d’ordinaire) au « sur le côté » = le divan.


2.4. Par ailleurs, la rue disparaît qui nous séparait le voisin et moi,  qu’empruntaient les regards. Le lien se fera maintenant par la voix (téléphone)


3. le coiffeur


3.1. C’est la deuxième fois que je rêve récemment d’un coiffeur. d’un salon de coiffure.


Comme je passais devant chez le coiffeur du coin de la rue le samedi, la veille du rêve2, j’ai pensé à ce à quoi j’avais auparavant pensé, et d’ailleurs noté ici, à propos du premier rêve, qu’il me faudrait aller chez le coiffeur à chaque fois que j’irais en visite quelque part – et même lorsque nous irions chez mes beaux-parents (ce qui n’est pas tellement étonnant finalement, puisque c’est certainement l’une des seules visites que nous rendions couramment… c’est dire!) Or ça donc, nous avions justement à les voir le lendemain, je pensais donc qu’il faudrait que j’y aille chez ce coiffeur devant lequel je passais, mais ne passais pas seule et tirant un caddie plein d’une lessive encore à faire  à la laverie où nous allions, jules et moi, un peu plus bas dans la rue.


Et dans le rêve je me disais « non, non, non, certainement pas aujourd’hui, samedi » et je m’étonnais de ce que le coiffeur me propose de venir alors que nous étions samedi, jour selon moi d’affluence dans les salons. Ensuite j’avais pensé que peut-être, comme c’était son premier jour, l’inauguration, il n’avait pas beaucoup de clients.


3.2. « Le coiffeur est très malheureux.  Je lui dis que je peux l’écouter. Il me parle.  Ça a un rapport avec sa femme. « 

La veille3 dans Lost, un homme marié (Goodwin) dit à une femme qui pleure (Juliet) qu’il est là, qu’il peut l’écouter. La femme de cet homme est son psy, le psy de la femme qui pleure. Ils deviendront amants. La femme qui pleure deviendra l’amante du mari de son psy. L’épisode est intitulé « L’autre femme ».


4. être vu / se faire voir


être vu (passif) –> se faire voir (actif)


être vu : position où je suis quand le voisin est en face.

se faire voir : position où je me mettrais si j’allais chez le coiffeur pour // me faire voir …


Etre vu, passif, on y est pour rien, c’est l’autre qui voit.

Se faire voir, c’est faire ce qu’il faut en sorte qu’on soit vu (de façon à supporter de l’être) – c’est assumer ce désir-là, d’être l’objet du regard. Dans l’être vu, c’est l’autre qui assume, dans le se faire voir, l’autre n’est plus là, on va vers lui.


Donc, quand le coiffeur passe à côté c’est cessé d’être vu (par le voisin d’en face) et chercher (activement) à se faire voir (en se faisant arranger chez le coiffeur, en participant à la fabrique de son image).


Je ne crois pas que ce soit de cela qu’il s’agisse dans la lecture par Lacan de la pulsion freudienne, de la pulsion de voir, du « voir / être vu » à quoi il préfère  la formule, la traduction : « voir / se faire voir ».  je ne pense pas qu’il pense alors à l’implication active du sujet dans la pulsion – enfin si :  » le sujet, il se donne un mal de chien pour chercher à … se faire…  » ( faut que je retrouve la citation exacte. c’est dans le séminaire XI) et moi-même, j’avais déjà noté à l’époque de cette lecture : je supporte d’être lue – d’être l’objet lu – le livre lu // mais je ne fais pas ce qu’il faut pour me « faire lire »


dans les 2 cas
voir/ être vu
voir / se faire voir


la pulsion accomplit son tour complet, le tour de l’objet ; mais dans les exemples que je donne, un désir apparaît, un sujet se détache de son objet. Freud disait : un sujet apparaît, dans la pulsion un nouveau sujet apparaît. ça m’avait beaucoup frappée.


être l’objet du regard

être l’objet de la lecture

l’Autre est là, c’est lui qui regarde, assume le désir, veut voir


se faire (être) l’objet du regard

se faire (être) l’objet de la lecture

l’Autre n’est plus là (voisin d’en face), il faut aller le chercher. il faut chercher à se faire voir, lire de lui. Le désir de l’Autre devient celui de l’un.


on peut noter aussi que l’être est ici « tombé » comme l’a été  la rue / le lieu du regard /


l’être ici se pare (« se parare ») . enfin, c’est ce dont il est question dans cette histoire de voisin et de coiffeur. et encore, le coiffeur est passé à côté, le voisin n’est plus en face, mais moi, je ne suis pas passée chez le coiffeur.


bon, faut que je retrouve mes notes.





Notes:
  1. comment est-ce qu’il les appelle, Freud, encore, ces éléments de la veille?? []
  2. 2è élément de la veille []
  3. 3° élément de la veille. []

à propos de Vincent

il est 11h40, je recommence à passer bcp trop de temps ici, sur le blog.

donnais  hier ici l’extrait d’un texte (je n’ose pas dire d’un livre, mais ma foi, il en a au moins la longueur, si je n’ose lui en reconnaître l’intention)  que j’ai écrit il y a des années et des années et fort sobrement intitulé Vincent. dans l’extrait dont il s’agit, j’essaie, au départ de textes de Freud et de Lacan, de décrire une pulsion (qui serait) de lire et  j’en examine les possibles éléments princeps, source objet but, … Vincent est essentiellement fait de cela:  j’y essayais d’appliquer à un rêve – qui avait été très important pour moi – certains concepts freudiens et lacaniens qui me restaient obscurs.  je commence par la métaphore, j’y découvre l’objet a, et je termine, je crois, parce que je n’ai certes pas relu ce texte, par la pulsion. j’avais prévu d’écrire encore deux chapitres à ce, appelons-le par le nom que j’aurais aimé lui donner, livre : « la barre de ma mère » et « pourquoi je n’ai pas de culotte ». le premier chapitre me prit tant de temps, m’amena si loin, bien plus loin que tout ce que j’aurai pu imaginer, mon père mourut au cours de son écriture, que je n’éprouvai plus le besoin, ni le désir d’écrire ces chapitres de passer du nom-du-père à ma mère. je précise cela sans regrets, je me trouvai fort changée après cet exercice, mon rapport à la psychanalyse s’en trouva complètement modifié. je pensais avoir trouvé ma voie. je ne fus plus capable de lire quoi que ce soit qui eut trait à la psychanalyse. tant me sembla que le temps était venu pour moi de me faire lire. et auquel je m’éternise. et  si je reprends ce texte, c’est de retomber maintenant, bien des années plus tard, sur un toujours la même chose : passer d’un  « être » à un se faire – le « se faire » comme moment de séparation de l' »être ». quelque chose dans l’écriture de ce texte n’a pas été franchi. Continue la lecture

je sors d’un rêve si long si bon

Sors d’un rêve si long, comment l’écrire, si long si bon. Tout à l’heure psychanalyste, on est  lundi, cette envie de lui donner une toile de mon père, apparue claire au sortir du rêve. Cette question aussi : pourquoi l’inconscient me ferait-il pareil « cadeau » – ce tableau d’une boucle bouclée, d’un parcours de mon analyse. cadeau.tableau.o.o.ca.ta.

Comment  écrire, par quoi commencer. Comment ne pas oublier.

D’abord la dernière image/cène (nous sommes plusieurs assis à longue table) :  assise à côté du propriétaire du lieu, châtelain, lui dis  « Oh! regardez comme c’est beau chaque fenêtre, on dirait une peinture différente » (hier expo photo) – grands paysages, très verts (comme les haricots, petits pois surgelés de la veille).

Avant ça, F venu me chercher. Avais passé la nuit dehors, avec Jules aussi, dans ce château, qui n’avait pas été pas tout de suite un château mais l’est devenu, en cours de route.

Passé la nuit là,  à perdre mon sac, un paquet de feuilles, un classeur. 3 choses, 3 objets. Jules aussi perd ses affaires. Les cherchons. C’est ce qui nous a empêché de partir, les cherchons, les retrouvons, les reperdons. Ou, je perds Jules. Jules.chose.

J’arrive là parce que je sors de chez mes parents, parce que je cherche un parodontologue, parce que j’ai une maladie des gencives, mon … (mot manque), ma couronne a sauté, je risque quelque chose de très grave, je veux aller chez le parodonto ou le dentiste mais je m’aperçois en sortant de chez mes parents, qu’au lieu de me diriger vers chez lui, je me dirige vers l’appartement de Dimitri (qui était d’ailleurs déjà là avant ça dans le rêve). Je me rends compte que je ne sais pas du tout où il habite.

Bon, faut que j’y aille.

Le rêve donc.

Je suis chez mes parents avec Dimitri.1  Choses vont plutôt bien entre nous.  Puis, c’est de l’ordre de moi qui ne veux plus.

A lieu l’accident parodontologique.  Ma « couronne », qui couvre plusieurs dents, en bas à gauche, a explosé.  Je suis en danger de mort. Je veux voir mon parodontiste, mais n’ai pas son téléphone. Veux donc partir de suite. Sors. Y aller. Pensais que savais où c’était mais c’est chez Dimitri que je vais,  me suis trompée. Une jeune femme sort de la maison, vient à ma rencontre. Je lui explique que je cherche mon parodontiste. Elle me fait rentrer. Sorte de cabinet médical. Me présente à un homme. Lui parle. Crois qu’il est dentiste, mais non. Ou ne veut pas s’occuper de moi, pas le temps, pas de « trou » dans son agenda. Devrais partir, chercher ailleurs, mais reste. Jeune femme m’entraine à sa suite. Je ne sais pas qui elle est, si  elle est une sorte de servante ou secrétaire.

De plus en plus de monde. Jeune femme devient mon amie. Jeune femme malade. De plus en plus de peintures au mur, d’œuvres d’art, de bric-à-brac. L’appartement s’agrandit, fait de plus en plus songer à un château. Je deviens de plus en plus silencieuse, en retrait, en état de distance, avec difficulté à être là. On s’étonne de ce que je ne sois pas auprès de la jeune femme malade, on me dit qu’on pensait que c’était mon amie. Il va peut-être y avoir une explosion auprès d’elle.

Je cherche et perds tout le temps mes affaires. C’est à cause de ça que je ne peux pas partir. Il s’agit d’un sac, un classeur, un tas de feuilles.  Jules apparaît. Lui aussi perd ses affaires. Les gens chez qui nous sommes sont très riches, famille noble, très très grande famille. Jules joue de temps en temps avec d’autres enfants. Nous faisons plusieurs tours du château. La fête bat son plein. La nuit passe. Quelqu’un me dit que je n’ai pas besoin de boire pour être séduisante. C’est le matin.

Frédéric arrive pour nous chercher. Ils ont vidé tout le château. Il ne reste plus rien au mur. Avec F, nous voyons revenir des trains entiers remplis d’objets. Je sais qu’ils retournent au château. Ils ont tous été rangés. En effet, c’est la fin de la fête. Nous allons partir, F., J et moi.

Nous sommes tout en haut du château. Je m’assieds à côté du propriétaire, je lui adresse la parole malgré ma timidité, malgré que nous ne soyons pas du même rang. Je lui dis, désignant la vue qu’on aperçoit au travers des fenêtres. Regardez comme c’est beau. C’est vraiment magnifique. On dirait qu’il y a autant de paysages qu’il y a de fenêtres, autant de tableaux de paysages que d’ouvertures dans le mur. Le réveil sonne.

Notes:
  1. Dimitri,  dis-je à l’analyste,  le seul amour qui fût réciproque, idéalement réciproque.  Une flambée courte et puissante d’amour réciproque. Cela dura, [ Lire la suite …] []

toutes choses n’étant plus égales

[ Lettre non – envoyée, brouillon]

Cher1,

L’idée m’effraie un peu d’avoir à interroger le pourquoi de ce « cadeau » que je vous ferais.2

« Cadeau » – ce mot venu à ma bouche quand je vous en ai parlé. « Est-ce que vous accepteriez ce cadeau que je vous ferais ? »  vous demandai-je, tournant ma tête vers vous.

Ce mot revenu quand je vous parle  de cette pensée  venue  au réveil, « Pourquoi l’inconscient me ferait-il cadeau de ce rêve » où c’est quelque chose de la nature de l’inconscient que j’espère saisir, attraper. Comme j’aperçois qu’il y s’agit peut-être d’une mise en histoire du parcours de mon entrée et d’une sortie de l’analyse.

Ce que vous me proposez de faire, d’analyser le pourquoi de ce don avant que de pouvoir l’accepter m’effraie, me déplaît un peu, comme si les raisons ne pouvaient qu’en être  mauvaises.

Cadeau – eh quoi, vous acheter ? Eh. Détourner de moi votre ire, prévenir.

Cadeau – ce rêve, ce qu’il me dit encore : on n’habite pas dans l’inconscient. Cela n’est pas une place, où rester. On n’y est pas chez soi.

Cadeau – par ce geste aussi que prenne de la valeur cela qui n’en n’avait plus. Comme dans ce rêve encore,  dont je vous parlais hier, celui du chat devenu les chats, où je ne retrouve plus le petit, le premier, le primordial, ce dit « bordel levé par l’analyse », toutes choses n’étant plus égales, ni non plus un tableau de mon père. Puisque aussi vous aviez par le passé déjà marqué votre intérêt pour l’œuvre de mon père. Cet intérêt, le supporter, le reconnaître, en tenir compte. Mais pas seulement le vôtre, n’est-ce pas ?

[ le chat devenu les chats = « ce bordel levé par l’analyse » = les objets de + en + nombreux qui envahissent le château ]

l’échange.

L’analyse comme exercice de par-odd-ontologie. Odd ontologie. Ontologie étrange. Ontologie de l’étrange.  Mais vous êtes bien parodontologue ? paroddontologiste ? » L’homme à qui je m’adresse me renvoie une sorte de non. Je crois qu’’il me ment. J’essaie qu’il me prenne par l’un des trous de son agenda, mais il n’en a pas. Je reste, je devrais partir, chercher ailleurs, mais je reste. « Ma couronne a sauté, je suis en danger mortel, il ne me prend pas au sérieux. »

Certainement cela me fait penser à mon arrivée à Paris, aux psychanalystes que j’ai rencontrés ici, quand l’analyse avec le premier, qui dura 10 ans, se termina brutalement.

Je reste dans ce qui devient un château qui n’est certainement pas celui de mon père, une famille  où je ne suis pas chez moi. Dont le rang n’est pas le mien, une famille noble – tolérante mais un peu hautaine.

// Ce professeur de mon père qui a l’école disait à ces élèves : « ty-pes de baaasse classe, ty-pes de baaasse ex-traction… » les injuriait. Mon père qui imitait sa voix, exactement, la façon de détacher les voyelles, l’appel du gouffre  dans la « baaaasse classe ». Le mépris. Mon père n’a jamais pris cette injure pour lui. //

Multiplication des objets, déchainement des signifiants. Je me suis un peu (pléonasme) demandée ce qui avait pu me « faire devenir » obsessionnelle. A quel moment. JPD avait dit : « obsession de fin d’analyse ».

Au château, cette nuit-là,  pendant toute la nuit, c’est la fête. Une grande fête. Je deviens de plus en plus silencieuse. En retrait. J’arrive de moins en moins à être là. Réactions fortement émoussées. Réactivité quasi nulle. Ça grouille. Tandis que je cherche mes affaires, pour pouvoir partir.

Fin de nuit, Frédéric vient me chercher. Château a été vidé de tous ses objets // ce vidage exercé par l’analyse. Reviennent rangés dans des wagons, vers le château, que je vais quitter. wagons, wagons. des petits travailleurs. wagons.wagons. camp.

Fin du rêve, dernière image, avant de partir. Je m’adresse au propriétaire du château, je sais que c’est un peu bebête de dire ça, mais je surmonte mon sentiment d’infériorité : « Mais regardez-ça, comme c’est beau, comme c’est beau », je lui désigne les ouvertures dans le mur, les fenêtres. « Regardez, on dirait autant de paysages qu’il y a de cadres. Est-ce que ce n’est pas magnifique ?»  Ce sont de très beaux paysages, très larges, remplis chacun d’une lumière diffuse mais particulière. Beaucoup plus verts que les paysages auxquels ils s’apparentent le plus : ces paysages qui font le fond de nombre de peintures de la renaissance, venus ici au premier plan, formant une image à la fois champêtre  et contemporaine. Il s’agit de cela qu’un artiste saisirait, aurait saisi.3 Ici pris dans les murs de la « plus haute tour ». L’inconscient-artiste…

Notes:
  1. = L’analyste []
  2. Cette toile de mon père qu’il connaît et apprécie et dont il m’avait semblé clair qu’il « fallait » que je la lui offre au sortir du rêve «château». []
  3. Cela que je m’étais dit la veille, face à une photo, le monde est beau, l’art commencerait au moment où je le saisis, où j’en arrête un instant, j’en prends le temps, et redonne à voir. N’importe qui peut le faire, n’importe qui n’en prend pas le temps, n’importe qui n’est pas artiste. (mais le désir de… re-production est (infini).) []

c’est fête au château (noblesse de l’inconscient)

[texte à venir]

c’est donc fête de l’inconscient,
ça croisse, ça croasse, ça grouille – multiplication des objets
fête  des signifiants (des signifiants familliers (famille + milliers + familiarité) en souvenir du « famillionnaire »)
et sentiment d’étrangeté.
« ça jouit » mais je n’y suis pas pour autant chez moi (dans l’inconscient)
– je me sens cependant extrêmement bien au sortir de ce rêve, extrêmement  forte, sage.

difficile cependant de pointer pourquoi je serais chez des nobles (bien sûr nécessaire pour la grande très grande famille et la fête et la grande demeure mais) et j’y éprouverais un sentiment d’infériorité, de non-appartenance. faut-il rapprocher cela de ce que j’ai pu éprouver par rapport aux psychanalystes – eux trop bien pour moi? et voir dans chef de la demeure, maître de maison de la fin du rêve, l’analyste ? à qui je finis par parler ? ou cette noblesse que j’accorde à l’inconscient se rapporte-t-elle à autre chose ? supériorité du réel ? force supérieure certainement. mais, qu’est-ce qui le rendrait aristocrate, qu’est-ce qui caractérise l’aristocratie ?

sur la honte, l’aristocratie et le signifiant-maître

la question que je viens de me poser sur la « noblesse de l’inconscient » me conduit à ce texte  :

Une certaine forme de honte a donc disparu : la honte qui était liée à l’honneur, à la pudeur, mais aussi à tout un monde de dignité, de noblesse, voire d’aristocratie. Dans le nouveau monde qui s’ouvre, il n’est plus question de sacrifier sa vie pour l’honneur ni de « mourir de honte». Jacques-Alain Miller interprète ce changement comme l’abandon d’un au-delà de la vie qui réduit celle-ci au « primum vivere», à la vie « pure et simple ». Une vie humaine dont le sujet ne serait mais plus marqué par un blason, un signifiant-maître, ni par un rapport à une « seconde mort ». C’est ce rapport à un au-delà de la vie pure et simple, et à une seconde mort qui permet à l’homme de pouvoir sacrifier tout sauf ce quelque chose qui lui est le plus précieux dans son existence et le plus intime (et que désigne dans le vocabulaire de Lacan dans un premier temps le « blason », et plus tard le « signifiant-maître »).

Un point énigmatique demeure car pour Lacan la psychanalyse n’était possible que pour des sujets préalablement marqués par un signifiant-maître (même si l’opération de l’analyse consistait à les en séparer) : que devient-elle alors dans ces nouvelles conditions de vie « pure et simple» ? Et où passe le désir, corrélé lui aussi par Lacan à l’aristocratie et la noblesse comme registre électif de la singularité (allusion au commentaire de Lacan sur Gide) ?

« Déshumanisation et psychanalyse : Clinique ? Éthique ? Politique ? » Bertrand PIRET, novembre 2005

les 3 choses que je perds tout le temps

les choses que je perds et qui m’empêchent de sortir du château

  1. mon sac,
  2. un tas de feuilles format A4, sur lesquelles des choses sont écrites, peut-être des feuilles de brouillon, de ces feuilles déjà imprimées que nous gardons pour en utiliser la face encore vierge, les feuilles de récupération. il peut s’agir de textes à moi, que j’ai imprimés pour me relire, de textes de psychanalyse, ou de feuilles du travail de f.
  3. un classeur – en souvenir peut-être de celui que je tenais entre les mains quelques jours auparavant, hésitant à le jeter, prête à le jeter, un classeur de couleur mauve qui contenait des notes de cours de jacques-alain miller. je ne l’ai pas jeté, non parce que je pensais le reconsulter un jour, je ne relis en vérité jamais mes notes de cours, je note pour entendre, pour suivre, garder le fil, mais véritablement en guise de souvenir.

la jeune femme du rêve

la jeune femme du rêve, de quel rêve, ben de cuilà, Parodontologie à l’agence yves

bon, ça serait moi. avec ma mentalité de serve, servante, secrétaire… elle est malade. ben oui, bien fait pour elle, moi aussi moi non plus plus pour longtemps. on pensait que c’était ma copine. tu parles d’une copine (une conne oui). il va y avoir une explosion auprès d’elle (ben oui, c’est ma couronne, chuis au château avec ma couronne explosée, danger dans g, dent j’ai. ( frédéric va venir me chercher. sortir de g. )

les 3 coups

ma gencive c’est ma gencive, et l’ex-a, c’est mon ex analyste.

j’ai une maladie des gencives qui n’a été diagnostiquée en tant que telle que récemment malheureusement, mais qui dure depuis très longtemps. j’ai été soignée, mais il semblerait que ce soit une maladie qu’on traîne à vie. comme elle m’ennuie, comme à cause d’elle je suis obligée d’arrêter de fumer pour ne pas perdre davantage de dents, j’avais la veille du rêve pensé à la possibilité de la traiter (soigner, curer) en la mettant sur le dos de ma première analyse, de mon premier analyste, comme marque dans le corps de cet de mon (impossible incroyable) amour pour lui. je me doute qu’il conviendrait peut-être de parler de transfert, mais, à ce stade, je préfère parler d’amour, ça me paraît plus proche de ce qu’il en était et de ce que je peux en dire. ça rend une chaleur que le terme de transfert ne répercute pas nécessairement. sauf peut-être aux oreilles averties.

il se trouve que mon ex-a se prénommait yves. et que dans ma recherche d’un nom pour mon EURL j’avais été très tentée d’utiliser le terme « agence ». « Agence gamma », « agence muller », « agence parflam »… ce terme m’est très sympathique, je le trouve drôle jovial sexy. il me rappelle également une  chanson que chantait parfois R*, mon premier amoureux :

« … A  l’agence
des amants
de madame muller!  »1

qui plus est, il fait immanquablement penser à une agence de détective quand le travail de l’analyse n’est pas sans ressembler à celui d’un détective. cela faisait donc marque aussi de mon amour, de mon amusement, de ma prise dans l’analyse.

bien. au cours de mon analyse donc, ma gencive s’est fendue, verticalement, sur toute la hauteur. la dentiste s’en était étonnée, n’avait jamais vu ça, m’avait dit : « vous aurez probablement eu un coup dont vous ne vous serez pas rendu compte ». reprenant à son insu, par hasard, les termes qui avait été ceux d’un dermatologue découvrant une fente que je lui montrais dans mon ongle, l’ongle du medium de ma main droite, après m’avoir expliqué, pour le coup, qu’il devait s’être agi d’un coup à la « matrice longitudinale de l’ongle ». comme j’étais très intéressée, à cette époque-là de mon analyse, à mon oncle, je n’avais pu m’empêcher de penser au coup porté à mon « ongle ». s’agissant de ce coup, ses conséquences également sont incurables. je ne l’avais pas mal pris. je l’avais pris comme une marque. et cette marque, pour l’avoir travaillée en analyse, je l’acceptais, comme étant de moi. non pas me signant, mais faisant signe de moi, d’une particularité inscrite, secrète, insigne, un signe aussi de l’analyse. une fêlure douce soignée indélébile. une marque aussi de mon travail. de quelque chose qui avait « marché ». acte pris par mon corps, léger accord trouvé.

le hasard veut, encore lui, qu’une troisième fois il m’a fallu entendre dans la bouche d’un médecin que j’avais dû recevoir un coup dont je ne m’étais pas rendu compte, il s’agissait cette fois-là  de l’une de mes cervicales, mais je ne m’y suis pas attardée, s’il est une chose dont je refuse de pâtir, c’est bien du dos.

voilà, je ne sais pas quant à moi départager ce qu’il en du hasard et des répercussions possibles de mon analyse sur mon corps. je ne tranche pas. mais je sais que cela n’est pas indifférent de raconter cela en analyse ou de ne pas le raconter. et mon inconscient aura apprécié que je veuille penser à ma maladie de gencive comme à une marque de ma maladie d’amour pour mon ex-a., un reste. il a dû l’apprécier puisqu’il m’a aussitôt sorti ce rêve.

Notes:
  1. ah si j’osais, vraiment, je prendrais ce nom-là, d’EURL. but it doesn’t really make sense… pour mon genre de travail []

Quand il y a de l’honneur, la vie pure et simple est dévaluée.

Quand l’honneur est une valeur qui tient le coup, la vie comme telle ne l’emporte pas sur l’honneur. Quand il y a de l’honneur, la vie pure et simple est dévaluée. Cette vie pure et simple, c’est ce qui s’exprime traditionnellement dans les termes du primum vivere. D’abord vivre, on verra ensuite pourquoi. Sauver la vie comme valeur suprême.
Extrait de « Note sur la honte », Jacques-Alain Miller

«Le secret du désir est le secret de toute noblesse»

Lancé dans cette voie, je donnerai toute sa valeur à ce que Lacan dit au passage de son texte sur Gide, que «s’intéresser à sa singularité, c’est la chance de l’aristocratie». Voilà un terme que nous n’avons pas coutume de faire résonner et qui pourtant s’impose lorsqu’on reprend la position de Lacan devant ce fait de civilisation qu’a été Vincennes. Tout indique que ce qu’il a rencontré là, il l’a classé dans le registre de l’ignoble, et qu’il a eu, devant cette émergence d’un lieu où la honte avait disparu, une réaction aristocrate. Cette aristocratie est pour lui justifiée parce que le désir a partie liée avec le signifiant-maître, c’est-à-dire avec la noblesse. Ce pourquoi il peut dire dans son texte sur Gide «Le secret du désir est le secret de toute noblesse». Votre S1, contingent, et si chétif que vous soyez, vous met à part. Et la condition pour être analysant est d’avoir le sens de ce qui vous met à part.
Extrait de « Note sur la honte », Jacques-Alain Miller (5 juin 2002)

Je me disais : «Honneur, honneur, où dit-il cela?»

On le trouve par exemple d’emblée lorsqu’il fait le compte rendu d’un de ses derniers Séminaires, «… ou pire» : «D’autres s’… oupirent. Je mets à ne pas le faire mon honneur. » Ce mot «honneur» consonne avec toute cette configuration que j’ai dessinée. Ce n’est pas seulement l’honneur de Lacan Jacques puisqu’il ajoute : «Il s’agit du sens d’une pratique qui est la psychanalyse.» Le sens de cette pratique n’est pas pensable sans l’honneur, n’est pas pensable si ne fonctionne pas l’envers de la psychanalyse qui est le discours du maître et le signifiant-maître qui est installé à sa place. Pour le faire recracher au sujet, il faut d’abord qu’il en ait été marqué. Et l’honneur de la psychanalyse tient au lien maintenu du sujet avec le signifiant-maître.
Extrait de la « Note sur la honte » de Jacques-Alain Miller (5 juin 2002)

«Le blason que le feu d’une rencontre a imprimé sur le sujet»

Lacan n’ayant pas encore élaboré dans son formalisme ce signifiant-maître, l’appelle, dans son texte sur Gide, «le blason» du sujet, terme qui est bien là pour résonner avec celui d’honneur : «Le blason que le feu d’une rencontre a imprimé sur le sujet». Il dit aussi : «Le sceau n’est pas seulement une empreinte mais un hiéroglyphe», etc.
Chacun de ces termes pourrait être étudié dans sa valeur propre. L’empreinte est simplement une marque naturelle, le hiéroglyphe on le déchiffre, mais il souligne que, dans tous les cas, c’est un signifiant, et son sens est de n’en pas avoir. On peut anticiper que cette marque singulière est ce qu’il appellera plus tard le signifiant-maître qui marque le sujet d’une singularité ineffaçable.

Extrait de la « Note sur la honte » de Jacques-Alain Miller (5 juin 2002)



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/ / jules : J’ai fait une peinture donc  je suis peintre. Je veux faire une peinture immortelle. Parce que j’aime la mort.  La mort, c’est ce que je préfère. //

 

 

ce pari sur la réciprocité de l’amour, l’existence du désir, le réel de la jouissance

22 octobre, c’est mon anniversaire…

ce que ça serait l’amour réciproque.  « l’amour, disait Lacan, est toujours réciproque ».  d’autant qu’on aime sans le savoir et qu’on déteste sans le savoir davantage, ce que j’ai lu dans Freud, qui m’a accrochée à lui.

aussi mon amour s’est-il bâti sur le pari que j’aimais sans le savoir celui qui m’aimait le sachant et me le faisant savoir. j’ai parié que cet amour était réciproque même s’il n’y paraissait  pas. et, grâce au ciel,  j’ai dû m’exprimer par endroits suffisamment clairement pour que ce soit également entendu par celui à qui j’ai trop souvent affirmé le contraire, qui à mon pari parfois douteux opposa au moins en apparence une lente certitude. et avons-nous petit à petit appris à connaître et déjouer l’étrange tournure de mes déclarations d’amour. aucune grande explication n’y servît, bien plutôt de nombreuses crises, des matins chauds, son calme, le souvenir du pari, la foi qui me revenait, une fois les méandres de l’angoisse oubliés, laissés derrière moi.

je vous demanderai également de vous souvenir que la jouissance, l’orgasme et l’angoisse ont plus d’une maille à partir.

le pari, pari aussi sur le désir, sur la jouissance aussi bien, qu’ils devinssent conscients. que ça cesse de jouir sans me tenir au courant ou alors seulement dans un grand courant bousculant, nauséeux, tenant à l’horreur. que mon désir se fît moins timide, se départisse de l’amour d’Un qui l’interdit, s’en passe. de cet amour-là qui n’est que foi chaude, jaune, une croyance triste.

moi : je ne sais pas si je l’aime.

ma mère : quand tu aimeras, tu ne te poseras plus la question.

que je n’ai plus cessé de me poser : l’aimai-je?

cela doit-il être, cela est. cela naît.

je connus,  dis-je à l’analyste,  un amour réciproque, idéalement réciproque.  une flambée courte et puissante d’amour réciproque. un mois, peut-être deux. de désir joyeux sans que nous ne fîmes l’amour : la réciprocité de mon désir le lui interdit (il ne sut pas que je m’en trouvai ravie). souvenir aujourd’hui. et pourquoi pas, avoir connu ça. au moins ça m’a donné le goût de ce que ça pourrait être si j’avais été moins névrosée. l’amour est toujours réciproque, bien sûr, tant que ça ne baise pas.

or il y a toujours un endroit où ça ne baise pas, où l’amour peut naître.

(et la réciprocité de l’amour de l’analyste, faut-il continuer à la poser en ces termes, ou se mettre à parler de transfert, et renoncer à y croire. comme chose strictement non nécessaire. contingente, accidentelle, en tant que tel, à saluer, à remercier.)

dernière scène

Hier, voulant ajouter quelques précisions au premier billet de cette série, la dernière image du rêve m’évoqua ce tableau bien connu de Leonard, La dernière cène.1

La dernière image du rêve rappelle cette image, si ce n’est que nous y sommes assis en face des fenêtres, qui ne sont vraiment pas loin d’avoir l’aspect de celle de La cène et que je ne sais si elles sont 2 ou 3.  je crois qu’elles sont 2, tandis que de l’1 d’entre elles, je ne sais si elle est unique ou coupée, double. Je veux dire que dans le rêve même je me demande  s’il s’agit d’1 ou 2 fenêtres, le paysage à l’intérieur de l’une des fenêtres me paraissant barré d’une séparation invisible, comme composée de deux images, deux tableaux offrant l’apparence de la continuité mais s’en distançant légèrement – sans que j’aie pu déterminer ce qui causait cette différence – c’est quelque chose qui se passe dans la matière, l’air de la surface de l’image, une surface non sans épaisseur.  Il y aurait donc 2 fenêtres. L’une étant 2 fois plus large que l’autre (proportions : 2/3 et 1/3). Dans la scène de mon rêve nous sommes « dos au spectateur » et face à ces fenêtres, que j’admire.

il faut que je retrouve les notes d’Alberti sur la peinture.

// qu’on n’aille pas croire que j’aime à écrire ici, en vérité, je déteste. c’est un travail. ce que j’aime, c’est ne pas le faire. //

«La peinture n’est autre qu’une idée des choses incorporelles»
Nicolas Poussin

dans mes pérégrinations à la recherche de la dernière cène, je suis également tombée sur celle-ci, que je ne connaissais pas du tout, de poussin – dont simplement les fenêtres sont absentes. Elle s’intitule « Sacrement Eucharistique ». C’est Judas qui prend la porte.

Notes:
  1. Comme j’en cherchais  une reproduction sur le net, j’ai découvert cette copie, contemporaine de l’époque de Leonard, de l ‘abbaye de Tongerlo en Belgique,    peut-être visitée autrefois, que j’ai utilisée alors en illustration de ce premier billet. []

Note sur la honte

1. Honte et culpabilité

«Mourir de honte» est le signifiant par lequel Lacan entamait sa dernière leçon du Séminaire L’envers de la psychanalyse: «Il faut le dire, mourir de honte est un effet rarement obtenu.» Ce terme de honte ne se rencontre pas là par hasard pour donner un point de départ, puisque Lacan va clore cette leçon ainsi «S’il y a à votre présence ici, si nombreux, des raisons un peu moins qu’ignobles, c’est qu’il m’arrive de vous faire honte. »

Éric Laurent a fait un exposé particulièrement stimulant [1], se demandant s’il appartient bien au psychanalyste d’en rajouter sur cette honte, et s’il ne prendrait pas par là la relève du moraliste. Ce qui l’a conduit à introduire le thème de la culpabilité : «La honte est un affect éminemment psychanalytique qui fait partie de la série de la culpabilité. » Cet exposé offrait ainsi un biais, non pas sur l’actualité de 1970, sensiblement différente de la nôtre, marquée par la floraison, l’excitation d’une contestation dont nous étions les contemporains, mais sur une anticipation de la phase morale dans laquelle nous serions entrés depuis la chute du Mur de Berlin, donnant lieu à « un déferlement d’excuses, de regrets, de pardons, de repentances», au point qu’avoir honte serait ainsi devenu un symptôme mondial. II mit un bémol à cette construction et ouvrit une autre voie en soulignant que Lacan avait choisi de ponctuer la honte plutôt que la culpabilité, ajoutant aussi que ce «faire honte» ne supposait pas de pardon. C’est cette disjonction de la honte et de la culpabilité qu’il m’est venu la semaine dernière l’envie de commenter. Pourquoi honte et culpabilité à la fois s’appellent et se disjoignent? C’est en effet sur le terme de honte et non pas sur celui de culpabilité que Lacan a choisi de clore un séminaire où il a voulu situer le discours analytique dans le contexte du moment alors actuel de la civilisation contemporaine. Lacan nous a donné dans L’envers de la psychanalyse une nouvelle édition implicite du Malaise dans la civilisation, après l’avoir fait de façon plus explicite dans son Séminaire de L’éthique de la psychanalyse, nous permettant ainsi de mesurer le déplacement qui se produit de l’un à l’autre.

Sans doute un nouveau rapport s’est-il tramé dans cet intervalle entre le sujet et la jouissance. La nouveauté de ce rapport éclate si l’on se réfère à L’éthique de la psychanalyse où Lacan pouvait dire, sans susciter d’objection : «Le mouvement dans lequel est entraîné le monde où nous vivons […j implique une amputation, des sacrifices, à savoir ce style de puritanisme dans le rapport au désir qui s’est instauré historiquement. » [2] En 1960, on pouvait encore dire que le capitalisme – terme tombé en désuétude pour n’avoir pas d’antonyme – était ordonné au puritanisme. Sans doute y avait-il derrière ce mot venant dans la bouche de Lacan sa connaissance des analyses de Max Weber, reprises, corrigées, mais non pas vraiment infirmées par l’historien anglais Tawney, et qui conditionnaient l’émergence du sujet capitaliste à une répression de la jouissance. [3] Accumuler au lieu de jouir.

Ce qui se dessine dans la seconde reprise de Lacan du thème du malaise dans la civilisation dans son Séminaire de L’envers, c’est la désuétude du diagnostic qu’il pouvait porter sur le mouvement dans lequel le monde est entraîné, et qui serait marqué du style de puritanisme, alors que le nouveau, s’il est empreint d’un style, est plutôt celui de la permissivité, et ce qui fait à l’occasion difficulté, c’est l’interdit d’interdire.

Le moins que l’on puisse dire est que le capitalisme s’est disjoint du puritanisme. C’est par ce biais que le discours de Lacan est, selon les termes d’Éric Laurent, le plus anticipant. En termes lacaniens, cela se dit, dans ce chapitre ultime de L’envers de la psychanalyse, de la façon suivante : «Il n’y a plus de honte». Je suivrai É. Laurent dans cette ponctuation du terme de honte jusqu’à dire que l’on découvre par là la question qui travaille L’envers de la psychanalyse, la carte n’étant retournée qu’à la dernière rencontre.

Qu’en est-il de la psychanalyse quand il n’y a plus de honte, quand la civilisation tend à dissoudre, à faire disparaître la honte? Ce qui ne va pas sans paradoxe, car il est traditionnel de poser que la civilisation a partie liée avec l’instauration de la honte.

Peut-être pouvons-nous formuler que la honte est un affect primaire du rapport à l’Autre. Dire que cet affect est primaire est sans doute vouloir le différencier de la culpabilité. Si l’on voulait s’engager dans cette voie, on dirait que la culpabilité est l’effet sur le sujet d’un Autre qui juge, donc d’un Autre qui recèle des valeurs que le sujet aurait transgressées. On dirait du même pas que la honte a rapport avec un Autre antérieur à l’Autre qui juge, un Autre primordial, non pas qui juge mais qui seulement voit ou donne à voir. La nudité peut ainsi être tenue comme honteuse et recouverte – partiellement si la honte porte sur tel ou tel organe – indépendamment de tout ce qui serait de l’ordre du délit, du dommage, de la transgression, à quoi elle donnerait occasion. C’est d’ailleurs de cette façon immédiate qu’elle est introduite dans une des grandes mythologies religieuses qui conditionne, ou conditionnait, le mouvement de notre civilisation.

On pourrait aussi essayer ceci que la culpabilité est un rapport au désir tandis que la honte est un rapport à la jouissance qui touche à ce que Lacan appelle, dans son « Kant avec Sade », «le plus intime du sujet». Il l’énonce à propos de la jouissance sadienne en tant qu’elle traverserait la volonté du sujet pour s’installer en son plus intime, ce qui lui est plus intime que sa volonté, pour le provoquer au-delà de sa volonté et au-delà du bien et du mal, en atteignant sa pudeur – terme qui est l’antonyme de la honte.

Lacan qualifie cette pudeur, de façon saisissante et en même temps énigmatique, d’être «amboceptive des conjonctures de l’être». Amboceptive veut dire que la pudeur est attachée, qu’elle prend, aussi bien du côté du sujet que de celui de l’Autre. Elle est doublement branchée sur le sujet et sur l’Autre. Quant aux conjonctures de l’être, c’est le rapport à l’Autre qui fait la conjoncture essentielle de l’être du sujet et qui se démontre telle dans la honte. Lacan l’explicite en disant que «l’impudeur de l’un fait le viol de la pudeur de l’autre».

Dans ce rapport inaugural, il n’y a pas seulement honte de ce que je suis ou de ce que je fais, mais si l’autre franchit les bornes de la pudeur, c’est la mienne qui se trouve de ce fait même atteinte. C’est une façon de faire honte qui n’est pas exactement celle que prescrit Lacan à la fin de son Séminaire. Une expérience de la honte découvre ici comme une amboception ou une pseudo coïncidence du sujet et de l’Autre.

2. Reqard et honte


Lacan, dans son Séminaire XI, se réfère à un épisode célèbre de l’émergence de la honte, celui retracé par Sartre dans son Être et le Néant à propos du regard, et qui tient en deux moments. Premier moment : «Je suis, moi, à regarder par le trou de la serrure.» Deuxième moment : «J’entends des pas dans le corridor on me regarde. Et alors je tombe dans la honte.» C’est le récit d’une émergence de l’affect de honte décrit comme une déchéance du sujet. Alors qu’il est là «à regarder par le trou de la serrure», il est «pur sujet spectateur, absorbé par le spectacle, inoccupé de soi-même». Il n’est pas «conscient de lui-même sur le mode positionnel», dit-il dans son langage, et à proprement parler «dans ce « regarder par le trou de la serrure », je ne suis rien». Il essaye de nous décrire un moment de fading du sujet, que nous pourrions écrire avec son symbole lacanien de S/.

Le deuxième temps, accroché au son, fait surgir le regard comme tel. On voit bien pourquoi il faut ici des pas. Sartre veut saisir le sujet avant qu’il ne reconnaisse celui qui va le voir. C’est avant d’en capter le visage qu’il se formule pour lui « on me regarde ». Regard anonyme. Derrière cet « on », se cache sans doute, dans l’algèbre lacanienne, le regard de l’Autre. Et Sartre de décrire la décadence du sujet, auparavant éclipsé dans son action et qui devient objet, qui se trouve alors se voir lui-même, par cette médiation, comme objet dans le monde, et d’essayer de saisir la chute du sujet dans un statut de rebut honteux. Là s’introduirait la honte : «Je reconnais que je suis cet objet que l’Autre regarde et juge. Je suis cet être-en-soi.»

La conjonction sartrienne du regard et du jugement est ce qui est peut-être à mettre en question ou à ébranler, puisqu’il accomplit ici comme le glissement de la honte vers la culpabilité. Dire «je suis cet être-en-soi» veut dire que je suis alors coupé du temps, coupé du projet. Je suis saisi au présent, dans un présent dépouillé de ma transcendance, de ma projection vers mon avenir, vers le sens que cette action pourrait avoir et qui me permettrait de la justifier. Le jugement, c’est encore autre chose. Pour juger, il faut commencer à parler. Je peux avoir de très bonnes raisons de regarder par le trou de la serrure. C’est peut-être ce qui se passe de l’autre côté qui est ce qui est à juger et à réprouver. Un présent dépouillé de toute transcendance.

Je ne rappelle cet épisode que pour donner un fond, une résonance, au diagnostic de Lacan qui figure dans cette dernière leçon du Séminaire de L’envers : «Il n’y a plus de honte». Cela se traduit par ceci : nous sommes à l’époque d’une éclipse du regard de l’Autre comme porteur de la honte.

3. Regard et jouissance

É. Laurent, par une intuition et une construction saisissantes, a rapporté à ce dernier chapitre du Séminaire de L’envers le propos que Lacan adressait aux étudiants de Vincennes, représentant le sublime, la fièvre de la contestation de l’époque: «Regardez-les jouir». II a marqué que cette invitation, cet impératif, était en quelque sorte répercuté aujourd’hui dans cette fièvre médiatique, un peu retombée d’ailleurs, mais qui garde son sens comme fait de civilisation, des reality shows – Loft Story.

Ce «regardez-les jouir» rappelle le regard, qui était auparavant éminemment l’instance susceptible de faire honte. Pour l’époque où s’exprime Lacan, s’il faut rappeler le regard, c’est bien que l’Autre qui pourrait regarder s’est évanoui. Le regard que l’on sollicite aujourd’hui en faisant spectacle de la réalité – et toute la télévision est un reality show – est un regard châtré de sa puissance de faire honte, et qui le démontre constamment. Comme si cette prise du spectacle télévisuel avait comme mission, en tout cas comme conséquence inconsciente, de démontrer que la honte est morte.

Si l’on peut imaginer que Lacan évoquait ce «regardez-les jouir» en 1970 comme une tentative pour ranimer le regard qui fait honte, on ne peut plus le penser pour les reality shows. Le regard qui est là distribué – il suffit de cliquer pour en disposer – est un regard qui ne porte plus la honte. Ce n’est certainement plus le regard de l’Autre qui pourrait juger. Ce qui se répercute dans cette honteuse pratique universelle, c’est la démonstration que votre regard, loin de porter la honte, n’est rien d’autre qu’un regard qui jouit aussi. C’est «regardez­-les jouir pour en jouir».

Par ce rapprochement amené par É. Laurent, c’est le secret du spectacle qui se découvre, dont on a même voulu faire l’insigne de la société contemporaine en l’appelant, comme Guy Debord, La société du spectacle. Le secret du spectacle, c’est vous qui le regardez, parce que vous en jouissez. C’est vous comme sujet, et non pas l’Autre, qui regarde. Cette télévision répercute que l’Autre n’existe pas. C’est pourquoi on peut entendre, dans les harmoniques du propos de Lacan, la mise en scène des conséquences de la mort de Dieu, thème auquel Lacan a consacré ce qui fait chapitre dans son Éthique de la psychanalyse[4]. Ce que Lacan cerne, et à quoi nous avons affaire puisque c’est une anticipation sur le chemin de notre actualité, c’est la mort du regard de Dieu. J’en vois le témoignage, peut-être ténu, dans cette phrase, vraiment à la Lacan, qui figure dans cette dernière leçon : «Reconnaissez pourquoi Pascal et Kant se trémoussaient comme deux valets en passe de faire Vatel à votre endroit.»

4. La mort de l’Autre

Vatel est désormais mieux connu que jadis, grâce à un film où le personnage est incarné par Gérard Depardieu [5]. François Vatel qui est connu par ceux qui pratiquent, comme la grand-mère de Marcel Proust, la Correspondance de Mme de Sévigné. Maître d’hôtel, organisateur de fêtes, il passe au service du prince de Condé, en avril 1671. Le prince de Condé invite toute la cour à passer trois jours chez lui, c’est Vatel qui doit assurer le service. Au témoignage de Mme de Sévigné, il n’en dort pas pendant douze nuits consécutives. S’ajoute à cela, dit-on, une déception amoureuse, incarnée dans le film par une star qui montre tout ce qu’il perd dans l’occasion. Il a prévu une dizaine d’arrivages de poissons et de fruits de mer, voilà qu’il n’en arrive que deux. Il se désespère – visiblement, il est déprimé -, se persuade que la fête par sa faute est gâchée et il monte dans sa chambre, fixe une épée sur la poignée de la porte et s’y reprend à deux ou trois fois pour se transpercer et mourir, laissant ainsi son nom dans l’histoire. Lacan n’avait pas vu le film – trop récent – et c’est pourtant le nom de Vatel, qui lui vient comme le paradigme de celui qui est mort de honte, et qui était assez en rapport avec ce «mourir de honte», bien qu’il ne fût pas le moins du monde noble, mais, comme le souligne Lacan, un valet, un valet inséré dans le monde où il y a du noble.

Voilà que Lacan nous compare Pascal et Kant avec ce Vatel, et il les voit sur le bord du suicide pour cause de honte, se trémoussant, construisant leur labyrinthe pour y échapper. En quoi Pascal et Kant étaient-ils tourmentés par la honte de vivre et se trémoussaient-ils pour faire exister le regard du grand Autre, celui sous lequel on peut être amené à mourir de honte? Lacan l’indique en passant : «Ça a manqué de vérité là-haut, pendant trois siècles. » Il dit cela au vingtième siècle, mais cela se réfère au dix-septième.

N’est-ce pas le sens du fameux pari de Pascal qui se découvre à nous ici? Le pari de Pascal est en effet un effort pour soutenir l’ex-sistence de l’Autre. C’est une chicane, un trémoussement, afin d’arriver à poser qu’il y a en effet un Dieu avec lequel, comme Lacan le dit ailleurs dans le Séminaire, cela vaut la peine de faire le quitte ou double du plus-de-jouir. On ne peut pas se reposer sur le fait qu’il y a Dieu, il faut y mettre du sien par le pari. Le pari de Pascal, c’est sa façon de mettre du sien pour soutenir l’ex-sistence de l’Autre.

Que veut dire le pari sinon que l’on a à jouer sa vie comme une mise dans le jeu? – comme un objet petit a que l’on pose dans le jeu comme une mise, dont on accepte qu’il puisse être perdu, et ce afin de gagner une vie éternelle. Ce Dieu-là a besoin du pari pour exister. Si l’on fait cet effort-là, s’il faut cette béquille du pari, c’est que finalement ce Dieu est en train de branler dans le manche, si je puis dire, qu’il ne tient plus tout à fait à sa place. Cela suppose que l’Autre dont il s’agit est un Autre qui n’est pas barré. On espère qu’il tient le coup.

Du côté de Kant, pour aller vite, ce n’est pas de pari qu’il s’agit, mais d’hypothèses. Dans la Critique de la raison pratique, l’immortalité de l’âme comme l’existence de Dieu sont récupérées, non pas au titre de certitudes, mais au titre d’hypothèses nécessaires pour que la moralité ait un sens.

Dans cette veine, on peut dire que Pascal et Kant en ont mis un coup. Ils se sont évertués, si j’ose dire, ils ont travaillé – c’est pourquoi on les met plutôt du côté du valet – pour que le regard de l’Autre conserve un sens, c’est-à­-dire pour que la honte existe et qu’il y ait quelque chose au-delà de la vie pure et simple.

5. Honte et honneur

C’est en regard de cet effort pathétique de ces grands esprits que Lacan inscrit ce qui était alors Vincennes, qu’il appelle à l’occasion «obscène», et qu’il saisit en 1970 comme un lieu où la honte n’a plus cours. Il s’est avancé vers ce Vincennes. Lacan l’a apparemment dit d’une façon assez en chicane pour que personne ne pousse des hauts cris. Comment voyait-il cela? Comme un renoncement à ce qui était encore le trémoussement pathétique de Pascal et Kant, et d’assumer l’inexistence de la honte. C’est une ironie de l’histoire que Lacan ait été rangé au rang des suppôts de la pensée 68. On n’a rien lu qui soit aussi sévère à l’endroit de 68, mais, à l’intérieur de cette sévérité, c’était amical. C’est sans doute ce que l’on n’a pas pardonné à Lacan.

Pourquoi, demandait É. Laurent – et il y a répondu -, la disparition de la honte, dans la civilisation, devrait-elle mobiliser un psychanalyste? Pris par le biais de Vatel, on peut répondre : parce que la disparition de la honte change le sens de la vie. Elle change le sens de la vie parce qu’elle change le sens de la mort. Vatel, mort de honte, est mort pour l’honneur, au nom de l’honneur. Voilà le terme qui fait pendant à celui de la honte. La honte couverte par la pudeur, mais exaltée, repoussée, par l’honneur.

Quand l’honneur est une valeur qui tient le coup, la vie comme telle ne l’emporte pas sur l’honneur. Quand il y a de l’honneur, la vie pure et simple est dévaluée. Cette vie pure et simple, c’est ce qui s’exprime traditionnellement dans les termes du primum vivere. D’abord vivre, on verra ensuite pourquoi. Sauver la vie comme valeur suprême. L’exemple de Vatel est là pour dire que même un valet peut sacrifier sa vie pour l’honneur. La disparition de la honte instaure le primum vivere comme valeur suprême, la vie ignominieuse, la vie ignoble, la vie sans honneur. C’est pourquoi Lacan évoque, à la fin de cette dernière leçon, des raisons qui pourraient être «moins qu’ignobles».

Cela s’articule en mathème. Le mathème en jeu est la représentation du sujet par ce que Lacan construit dans ce Séminaire comme le signifiant-maître S1.

S1

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La disparition de la honte veut dire que le sujet cesse d’être représenté par un signifiant qui vaille. C’est pourquoi Lacan présente, au début de cette leçon, le terme heideggérien de l’être-pour-la-mort comme «la carte de visite par quoi un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant». Il donne à ce S1 la valeur de la carte de visite, qui est «l’être-pour-la-mort». C’est la mort qui n’est pas pure et simple, la mort conditionnée par une valeur qui la surclasse, et lorsque cette carte est déchirée, dit-il, c’est une honte. On se moque alors de sa destination, puisque c’est à travers son inscription comme S, que le sujet peut être engrené sur un savoir et un ordre du monde où il a sa place, de maître d’hôtel à l’occasion, mais il doit tenir sa place. Au moment où il ne remplit plus sa fonction, il disparaît, c’est-à-dire qu’il se sacrifie au signifiant qu’il était là destiné à incarner.

 

S1 ? S2
 
$

Quand on est au point où tout le monde déchire sa carte de visite, au point où il n’y a plus de honte, cela met en question l’éthique de la psychanalyse. Tout le Séminaire de L’éthique de la psychanalyse, et l’exemple pris d’Antigone, est là pour montrer au contraire que l’opération analytique suppose un au­ delà du primum vivere. Elle suppose que l’homme, comme il s’exprimait alors, ait un rapport à la seconde mort. Non pas à une seule mort, non pas à la mort pure et simple, mais à une seconde mort. Un rapport à ce qu’il est en tant que représenté par un signifiant. Pour rien au monde cela ne doit être sacrifié. Celui qui sacrifie sa vie, sacrifie tout sauf ce qui est là au plus intime, au plus précieux de son existence.1

Lacan va en chercher l’exemple dans la tragédie d’Œdipe, précisément lorsqu’il entre dans la zone de l’entre-deux-morts où il a renoncé à tout2. Il n’est plus rien si ce n’est un déchet qu’accompagne Antigone. Il se crève les yeux et donc tous les biens de ce monde disparaissent pour lui, mais, comme le note Lacan «Cela ne l’empêche pas d’exiger les honneurs dus à son rang» [6]. Dans la tragédie, on ne donne pas à Œdipe ce à quoi il a droit après le sacrifice d’un bestiau – des parties sont valorisées, d’autres moins -, on ne lui donne pas ce qui lui revient, et, alors qu’il est déjà passé au-delà de la première limite, il relève ce qui est un manquement à son honneur comme une injure intolérable, dit Lacan. Alors même qu’il a abandonné tous ses biens, il affirme la dignité du signifiant qui le représente.

L’autre exemple que Lacan prend à ce propos, celui du roi Lear, va dans le même sens. C’est là aussi un personnage qui laisse tout, mais qui, ayant tout laissé de son pouvoir, continue de s’accrocher à la fidélité des siens et à ce que Lacan appelle un pacte d’honneur.

L’éthique de la psychanalyse, si ce n’est d’un bout à l’autre, au moins après son premier tiers, suppose la différence entre une mort qui consiste à claquer le bec et la mort de l’être-pour-la-mort. La mort de l’être qui veut la mort est en rapport avec le signifiant-maître. C’est une mort risquée ou une mort voulue ou une mort assumée, et qui est en rapport avec la transcendance même du signifiant. À partir de l’accent si singulier que Lacan a mis sur ce «mourir de honte» et sur ce «faire honte» – qui faisait horreur, ou paraissait déplacé, à un collègue psychanalyste, disait É. Laurent -, le signifiant de l’honneur, le mot d’honneur, continue d’avoir sa pleine valeur pour Lacan au moment même où il essaye de fonder aujourd’hui le discours analytique.

Je me disais : «Honneur, honneur, où dit-il cela?» On le trouve par exemple d’emblée lorsqu’il fait le compte rendu d’un de ses derniers Séminaires, «… ou pire» : «D’autres s’… oupirent. Je mets à ne pas le faire mon honneur. »[7] Ce mot «honneur» consonne avec toute cette configuration que j’ai dessinée. Ce n’est pas seulement l’honneur de Lacan Jacques puisqu’il ajoute : «Il s’agit du sens d’une pratique qui est la psychanalyse.» Le sens de cette pratique n’est pas pensable sans l’honneur, n’est pas pensable si ne fonctionne pas l’envers de la psychanalyse qui est le discours du maître et le signifiant-maître qui est installé à sa place. Pour le faire recracher au sujet, il faut d’abord qu’il en ait été marqué. Et honneur de la psychanalyse tient au lien maintenu du sujet avec le signifiant-maître.

Ce «honneur» n’est pas un hapax. Par exemple, Lacan éprouve le besoin de justifier qu’il s’intéresse à André Gide. Gide mérite qu’on s’intéresse à lui parce que Gide s’intéressait à Gide, non pas dans le sens d’un vain narcissisme, mais parce que Gide était un sujet qui s’intéressait à sa singularité quelle que chétive qu’elle soit. Peut-être n’y a-t-il pas de meilleure définition de celui qui se propose pour être l’analysant. Le minimum qui peut être demandé, c’est qu’il s’intéresse à sa singularité, une singularité qui ne tient à rien d’autre qu’à ce S1, au signifiant qui lui est propre. Lacan n’ayant pas encore élaboré dans son formalisme ce signifiant-maître, l’appelle, dans son texte sur Gide, «le blason» du sujet, terme qui est bien là pour résonner avec celui d’honneur : «Le blason que le feu d’une rencontre a imprimé sur le sujet». Il dit aussi : «Le sceau n’est pas seulement une empreinte mais un hiéroglyphe», etc. [8]

Chacun de ces termes pourrait être étudié dans sa valeur propre. L’empreinte est simplement une marque naturelle, le hiéroglyphe on le déchiffre, mais il souligne que, dans tous les cas, c’est un signifiant, et son sens est de n’en pas avoir. On peut anticiper que cette marque singulière est ce qu’il appellera plus tard le signifiant-maître qui marque le sujet d’une singularité ineffaçable.

6. Singularité

A l’époque, Lacan ne reculait pas à dire que ce respect pour sa propre singularité, cette attention à sa singularité signifiante, c’est ce qui fait du sujet un maître. Il  l’oppose à toutes les sagesses, qui ont au contraire un air d’esclave. Ces sagesses qui valent pour tous, ces soi-disant arts de vivre s’instaurent tous de négliger chez chacun la marque individuelle qui ne se laisse pas résorber dans l’universel qu’elles proposaient. Les sagesses à dissimuler cette marque de fer sont guindées par ce poids-là, par ce travestissement, et c’est pourquoi Lacan leur impute un air d’esclave.

Sans doute s’agit-il, dans L’envers de la psychanalyse, de séparer dans l’opération analytique le sujet de son signifiant-maître. Mais cela suppose qu’il sache en avoir un, et qu’il le respecte.

Lancé dans cette voie, je donnerai toute sa valeur à ce que Lacan dit au passage de son texte sur Gide, que «s’intéresser à sa singularité, c’est la chance de l’aristocratie». Voilà un terme que nous n’avons pas coutume de faire résonner et qui pourtant s’impose lorsqu’on reprend la position de Lacan devant ce fait de civilisation qu’a été Vincennes. Tout indique que ce qu’il a rencontré là, il l’a classé dans le registre de l’ignoble, et qu’il a eu, devant cette émergence d’un lieu où la honte avait disparu, une réaction aristocrate. Cette aristocratie est pour lui justifiée parce que le désir a partie liée avec le signifiant-maître, c’est-à-dire avec la noblesse. Ce pourquoi il peut dire dans son texte sur Gide «Le secret du désir est le secret de toute noblesse». Votre S1, contingent, et si chétif que vous soyez, vous met à part. Et la condition pour être analysant est d’avoir le sens de ce qui vous met à part.

En remontant plus loin, c’est quelque chose comme une réaction aristocrate qui motive les objections que Lacan a toujours multipliées en face des objectivations à quoi la civilisation contemporaine oblige le thérapeute ou l’intellectuel, le chercheur. Voyez par exemple ce qu’il présente comme l’analyse du moi de l’homme moderne une fois qu’il est sorti de l’impasse de faire la belle âme qui censure le cours du monde alors qu’il y prend sa part. [9] Comment le décrit-il? D’un côté, cet homme moderne prend sa place dans le discours universel, collabore à l’avancée de la science, tient sa place comme il faut, et en même temps il oublie sa subjectivité, il oublie son existence et sa mort. Il n’était pas encore à dire «il regarde la télévision», mais c’était les romans policiers, etc.

On a là comme une critique ébauchée de ce que Heidegger appelait l’existence inauthentique, le règne du on. D’ailleurs, dans l’existentialisme, même sartrien, qui comportait cette critique de l’inauthentique, il y avait aussi bien une prétention aristocrate. Ne pas oublier ce qu’a d’absolument singulière son existence et sa mort. On voit là Lacan – on n’a pas à chercher ou à l’interpréter – évoquer en contraste avec le moi de l’homme moderne ce qu’il appelle la subjectivité créatrice, celle qui milite, dit-il, pour renouveler la puissance des symboles [10]. Il dit aussi en passant : «Cette création est supportée» – la création subjective, alors que la masse routinière récite les symboles, tourne en rond et éteint sa propre subjectivité dans le futile – «par un petit nombre de sujets» il. À peine a-t-il formulé cette pensée qu’il invite à ne pas s’y abandonner, c’est une «perspective romantique». On ne peut cependant pas méconnaître que Lacan s’inscrit parmi ce petit nombre de sujets.

C’est de là qu’il peut formuler dans Télévision, au moment où il prône la sortie du discours capitaliste : «Cela ne constituera pas un progrès si ce n’est que pour certains». La formulation précise dit bien que la première pensée qui là s’est présentée est bien que ce n’est que pour quelques-uns et pas pour tous. La limite de ce petit nombre, c’est ce que Lacan signalait comme cette pensée ridicule dont il faut se séparer et qui était «au moins moi».

Dans cette sortie que Lacan fait à la fin de L’envers de la psychanalyse, je vois les traces, l’expression de son débat avec l’aristocratie, son débat avec la noblesse qui est noblesse du désir. La question qu’il se pose à propos de la psychanalyse est bien : qu’en est-il de la psychanalyse en des temps où la noblesse est éclipsée? N’oublions pas que lorsqu’il modifiait le discours du maître pour en faire le discours du capitaliste, il inversait ces deux termes et inscrivait le S barré au-dessus de la ligne, c’est-à-dire un sujet qui n’a plus un signifiant-maître comme référent.

C’est confirmé, dans ce dernier chapitre de L’envers de la psychanalyse, par une référence très précise à la Phénoménologie de l’esprit de Hegel, à la dialectique de la conscience noble et de la conscience vile, qui est la vérité de la conscience noble. Sur quoi il s’appuie pour formuler que la noblesse est vouée à passer dans la vilenie, dans la bassesse. Le temps de la noblesse débouche sur le temps où il n’y a plus de honte. Ce pourquoi il peut dire aux étudiants, aux contestataires de son public : «Plus vous serez ignobles, mieux ça ira.»

On voit bien pourquoi il pouvait parler aux étudiants qui se pressaient à son Séminaire de leur ignominie. Il l’explique, de biais : «Désormais, comme sujets, vous serez épinglés de signifiants qui ne sont que des signifiants comptables et qui effaceront la singularité du S1.» On a commencé à transformer la singularité du S1 en unités de valeur. Le signifiant-maître, d’une certaine façon, c’est l’unité de valeur singulière, celle qui ne se chiffre pas, qui ne rentre pas dans un calcul où l’on est pesé. C’est dans ce contexte qu’il se propose de faire honte, mais d’un «faire honte» qui n’a rien à faire avec la culpabilité. Faire honte, c’est un effort pour restituer l’instance du signifiant-maître.

7. L’honnête

Il y a sans doute un moment dans l’Histoire où s’est trouvée usée puis évacuée – on l’a pleurée pendant des siècles – la valeur de l’honneur. On n’a pas cessé de voir cet honneur être remanié et décroître. Si la civilisation qui l’a porté, c’était la civilisation féodale, on voit petit à petit cet honneur se tordre, se trémousser, être capturé par la cour, que Hegel analyse à propos de la conscience vile et de la conscience noble. Kojève le lisait ainsi, et sans doute Lacan aussi, c’est la référence à l’Histoire de France. Capturé par la cour après la folie de la Fronde, qui est la dernière résistance d’une forme antique de l’honneur, avant que l’honneur soit versé dans la courtisanerie. Et ce qui s’accomplit ensuite au cours du dix-huitième siècle, le renoncement à la vertu aristocratique pour que triomphent les valeurs bourgeoises.

La vertu aristocratique, qu’était-ce en son temps? Un signifiant-maître tenant assez le coup pour que le sujet y appuie son estime de soi, et en même temps l’autorisation et le devoir d’affirmer, non pas son égalité, mais sa supériorité sur les autres. C’est ainsi que l’on a recyclé la magnanimité, qui était une valeur aristotélicienne, dans la morale aristocratique, et on la retrouve chez Descartes sous les espèces de la générosité dans son Traité des passions.

C’est là-dessus que même le surhomme nietzschéen trouve son ancrage historique. Cette vertu aristocratique a partie liée avec l’héroïsme. Même s’il le modère – «Chacun est à la fois le héros et l’homme du commun, et les buts qu’il peut se proposer comme héros, il les accomplira en tant qu’homme du commun» -, un personnage central qu’il fait se déplacer dans son Séminaire L’éthique de la psychanalyse est celui du héros, porteur de la vertu aristocratique, et en particulier de celle – c’est le b.a.-ba – qui permet d’aller au-delà du primum vivere.

Les vertus de ce qui a émergé comme l’homme moderne impliquent de renoncer à la vertu aristocratique et à ce qu’elle obligeait de braver la mort. Un des lieux où cela s’accomplit est l’œuvre de Hobbes, que l’on voit encore révérer la vertu aristocratique et déduire en même temps que le lien social est avant tout établi sur la peur de la mort, c’est-à-dire sur le contraire de la vertu aristocratique. Les esprits cultivés se réfèrent à ce discours ces temps-ci, où l’on trouve le fondement que l’essentiel pour l’homme moderne est la sécurité. C’est affirmer que l’héroïsme n’a plus de sens.

C’est là que l’on a vu naître de nouvelles vertus que l’on propose, à l’occasion ce que les Américains appellent greed, l’avidité. C’était la phrase célèbre des années quatre-vingt : «Greed is good», «L’avidité, c’est bien». Le capitalisme fonctionne grâce à l’avidité. Et aussi le règne qui ne cesse pas de s’étendre du calcul coût-profit. Lorsqu’on nous propose tout le temps des évaluations de l’opération analytique, ce n’est rien d’autre que ce règne du calcul coût­profit qui s’avance sur la psychanalyse.

Ne montons pas sur nos grands chevaux. Il y a place pour ce que Lacan appelle, dans la première page de sa dernière leçon, l’honnête. C’est une référence très précise à Hegel qui, au décours de sa dialectique de la conscience vile et de la conscience noble, évoque, au moment où cela se défait, la conscience honnête, c’est-à-dire la conscience en repos, celle qui prend «chaque moment comme une essence qui demeure» – tout est à sa place – et «qui chante la mélodie du bien et du vrai». À quoi il oppose les dissonances que fait entendre la conscience déchirée dont le paradigme est Le Neveu de Rameau. Cette conscience déchirée qui se manifeste par le renversement perpétuel de tous les concepts, de toutes les réalités, qui affiche la tromperie universelle – tromperie de soi, tromperie des autres – et qui témoigne aussi de ce que Hegel appelle l’impudence à dire cette tromperie.

Le Neveu de Rameau, c’est la grande figure qui émerge – et peut-être Diderot l’a-t-il gardée par honte dans ses tiroirs – de l’intellectuel éhonté, par rapport à quoi celui qui dit «moi» dans Le Neveu de Rameau se trouve dans la position de la conscience honnête, qui voit les propositions qu’il avance être renversées et dénaturées par le déchaîné neveu de Rameau, et qui est roulé dans la farine. À Vincennes – ce qui est reproduit sous le nom «Analyticon » dans le volume -, Lacan s’est trouvé dans la position du moi par rapport au Neveu de Rameau. Il s’est trouvé dans la position de la conscience honnête. Il s’en est distingué en vomissant les ignobles de l’époque dans son Séminaire.

L’honnête, Lacan le définit comme celui qui tient à l’honneur de ne pas faire mention de la honte. Dans son Séminaire, il franchit cette limite. Il est franchement déshonnête de parler comme ça des gens qui l’ont reçu gentiment. L’honnête est évidemment celui qui a déjà renoncé à l’honneur, à son blason, qui voudrait que la honte n’existât point, c’est-à-dire qui enrobe et voile le réel dont cette honte est l’affect.

Même si c’est abusif, on ne peut pas s’empêcher de penser que le grand honnête auquel il est arrivé à Lacan de se référer, et qui se tenait sans doute à distance de la honte, c’est Freud. II pouvait dire que «l’idéal de Freud, c’était un idéal tempéré d’honnêteté, l’honnêteté patriarcale» [12]. Freud bénéficiait encore de l’auvent du Père et, comme Lacan le démontre dans son Séminaire de L’envers, la psychanalyse loin de rabaisser le Père a fait tout ce qu’elle a pu pour essayer d’en conserver la statue. Elle a fondé à nouveaux frais la notion d’un Père tout amour.

Lorsque Lacan évoque l’honnêteté patriarcale de l’idéal freudien, la référence qu’il prend c’est Diderot, Le Père de famille [13] Diderot sert là de guide dans la mesure où il est juste sur la ligne de fracture entre l’idéal patriarcal et la figure du Neveu de Rameau qui est la dérision de cette honnêteté patriarcale.

8. Impudence

Lacan ne s’est pas arrêté à dire aux étudiants de l’époque qu’ils témoignaient d’un monde où il n’y avait plus de honte. Il a au contraire essayé de leur indiquer que, sous leur air éventé, comme il s’exprime – il faut entendre éhonté -, ils butaient à chaque pas «sur une honte de vivre gratinée». Une fois l’absence de honte censurée, il leur montre qu’il y a néanmoins une honte de vivre derrière l’absence de honte. C’est ce que peut pointer la psychanalyse, que les éhontés sont des honteux. Sans doute contestent-ils le discours du maître, la solidarité du maître et du travailleur, chacun étant partie du même système. Il se réfère à Senatus Populusque Romanus, le Sénat et le peuple romain, qui bénéficient chacun du signifiant-maître. Il signale à ces étudiants qu’ils se placent avec les autres en plus, c’est-à-dire avec les déchets du système, non pas avec le prolétariat mais avec le sous-prolétariat. C’est très précis et cela court à travers toutes les années que nous avons vécues depuis. Cela lui permet de déduire que ce système qui tient au signifiant-maître produit de la honte. Les étudiants, se plaçant hors système, se placent dans l’impudence.

C’est là que l’on voit ce qui a changé depuis. Nous sommes dans un système qui n’obéit pas à la même régulation parce que nous sommes dans un système qui produit de l’impudence et non pas de la honte, c’est-à-dire dans un système qui annule la fonction de la honte. On ne l’appréhende plus que sous les espèces de l’insécurité, une insécurité que l’on impute au sujet qui ne tombe pas sous la coupe d’un signifiant-maître. Ce qui fait que le moment de cette civilisation est travaillé par un retour autoritaire et artificiel du signifiant-maître et par obtenir que chacun travaille à sa place, sinon on les enferme.

Si dans le système où était Lacan on pouvait encore dire «faire honte», l’impudence a aujourd’hui beaucoup progressé, elle est devenue la norme. Qu’obtient-on de dire au sujet «vous vous devez quelque chose à vous-même» ? Il ne fait pas de doute que la psychanalyse doive définir sa position par rapport à la réaction aristocrate que j’évoquais. C’est bien la question qui hante la pratique : est-elle pour tous?

Voilà le débat fondamental de Lacan. Cela n’a jamais été vraiment avec l’egopsychology, cela n’a pas été avec les collègues. Le débat fondamental de Lacan – c’est clair dans L’envers de la psychanalyse, et cela l’était déjà dans L’éthique de la psychanalyse – a toujours été un débat avec la civilisation en tant qu’elle abolit la honte, avec ce qui est en cours de globalisation, avec l’américanisation ou avec l’utilitarisme, c’est-à-dire avec le règne de ce que Kojève appelait le bourgeois chrétien.

La voie que Lacan proposait, c’était le signifiant porteur comme tel d’une valeur de transcendance. Ce qui se condense dans S1. Là encore, les choses se sont déplacées depuis L’envers de la psychanalyse, puisqu’on a touché au signifiant. La parole est elle-même ravalée dans le couple «écoute et bavardage». Ce qu’on essaye de préserver dans la séance analytique, c’est un espace où le signifiant garde sa dignité.

La demande de pardon, évoquée par É. Laurent, est plutôt du registre de la culpabilité, c’est-à-dire qu’elle aide à oublier le registre de la honte et de l’honneur. Pourquoi se trouve-t-on demander pardon? Dans cette pratique, un peu tombée en désuétude depuis que les choses se sont resserrées sur l’insécurité internationale et nationale, on voulait faire qu’on demande pardon pour les S1, pour les valeurs, qui vous avaient animés, et qui étaient toutes meurtrières ou nocives. À travers ce «demander pardon», c’était l’affirmation du primum vivere. Aucune valeur dont vous avez pu vous croire les porteurs ne valait le sacrifice d’aucune vie. D’où la comptabilité soigneuse des crimes de toutes les grandes fonctions idéalisantes au cours de l’histoire.

On peut mesurer aujourd’hui la différence d’avec l’époque de L’envers de la psychanalyse. Nous sommes au point où le discours dominant enjoint de n’avoir plus honte de sa jouissance. Du reste, oui. De son désir, mais pas de sa jouissance.

J’en ai eu un témoignage extraordinaire cette semaine, où j’ai rencontré un des auteurs dont nous avions parlé cette année à propos du contre-transfert [14]. Je lui ai fait part d’un des résultats de la lecture minutieuse des écrits de cette orientation, comme quoi la pratique du contre-transfert, l’attention passionnée donnée par l’analyste à ses propres processus mentaux, semblait tout de même être de l’ordre d’une «jouissance». Vous hésitez à le dire lorsque vous vous adressez à un praticien éminent de la chose. Et là, la surprise a été pour moi «Mais bien entendu, m’a-t-il dit. Et c’est même une jouissance infantile.»

Jacques-Alain Miller

 

N O T E S

* L’orientation lacanienne 111, 4, 5 juin 2002. Texte et notes établis par Catherine Bonningue.
1- Cf. Laurent É., exposé au cours du 29 mai 2002 de L’orientation lacanienne 111, 4, publié dans Élucidation.
2- Lacan J., Le Séminaire. Livre VII, L’éthique de la psychanalyse (1959-60), Paris, Seuil, 1986, pp. 350-351.
3- Cf. Weber M., Histoire éconornique: esquisse d’une histoire universelle de l’éconornie et de la société, Paris, Gallimard Bibliothèque des Sciences humaines, 1992 ; Tawney R. H., Religion and the Rise of Capitalista, New York, Harcourt, Brace & World, Inc., 1926 ; La religion et l’essor du capitalisme, Paris, Éditions Marc Rivière, Bibliothèque d’Histoire économique et sociale, 1951.
4- C¡. le chapitre XIII de L’éthigue de la psychanalyse, op. cit.
5- Vatel, film français, britannique, belge, 1999, sorti en mai 2000, réalisation de Roland Joffé.
6- Lacan J., L’éthique de la psychanalyse, op. cit., p. 352.
7- Lacan J., «… ou pire. Compte rendu du séminaire 1971-72 », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 547.
8- C/: Lacan J., « Jeunesse de Gide ou la lettre et le désir » (1958), Écrits, Paris, Seuil, 1966, pp. 756.
9- C(. Lacan J., a Fonction et champ de la parole et du langage », Écrits, op. cit., p. 281.
10- Ibid., p. 283.
11- Ibid.
12- Lacan J., L’éthique de la psychanalyse, op. cit., p. 208.
13- Ibid.
14- J.-A. Miller fait référence à Daniel Widlocher, son entretien avec lui vient de paraître en mars 2003 dans le premier numéro de la revue Psychiatrie et sciences humaines.
Notes:
  1. le plus intime le plus précieux c’est donc ce signifiant qui nous représente []
  2. aussi au signifiant qui le représente, au S1? ou il a renoncé à incarner ce S1 ? []

perdre

Si l’objet anal est corrélé au narcissisme, c’est aussi que la tendance à détruire, corrélée à sa défense, produit la tendance à retenir, à garder, à conserver. Et c’est là une fonction du narcissisme : ça conserve. L’objet anal, c’est aussi pour Freud qui le tient des obsédés : les enfants, le pénis, l’argent. Toute chose à garder ou à détruire, à perdre plutôt.
Ici, le texte complet : Les objets de l’obsessionnel, conférence de Philippe La Sagna

// un objet anal, trois objets anaux ? // mon sac,
des feuilles de brouillon, un  cours de miller

quelle horreur, rêvé que me mariais avec mon père.

après j’engueulais ma mère, et lui demandais comment elle pouvait supporter ça, avait pu supporter ça.

et j’avais une narine bouchée/collée/fermée, à cause de ce mariage.

(bruit et fureur)

c’est la nuit. me lève pour sortir angoisse incroyable. mère ici, suis dans salle de bain. hier soir frédéric disait : « ta mère, c’est violence et bruit » . là, me réveille au son de ces mots:  « bruit et fureur ». peux pas dire cette angoisse. des mots, des phrases que j’entends, me répète. « j’ai plus de corps que de nom », me disais-je également. repris du solian, me lave les dents. dans mon « délire » pensais qu’allais être hospitalisée.

pourtant étais sur piste d’un nouvel objet –  léger / presque drôle, envoyé par un rêve fait en suisse la semaine dernière, où figuraient des tranches de pamplemousses en forme de tranches d’ananas (trouées, de douces couleurs différentes). c’était si léger, léger. si léger, j’avais pensé : « ah, c’est comme la salade mangée hier, qui m’avait parue si délicieuse, de par sa légèreté même ».  j’avais pensé, le voilà qui s’offre à moi, cet objet, l’objet rien, sous de nouvelles auspices celles d’ah! délices! 

mais, là, c’est comme si :  plutôt l’objet m’envahit. et avec ma mère ça passe à l’impératif  : donner surtout rien. c’est ce qui (me) domine quand je suis avec elle. surtout rien lui dire. rien lui donner. rien prendre. voudrais maintenant me coucher près d’elle. pense pas du tout que solian me convienne. peur corps et personne devenir horribles et plus aimée de f.

vais retourner au lit – espère apaisement.

désastre (la chute de la maison ..)

j’habite la cave de la rue waelhem. côté gauche, normalement inhabité.

quelque chose se passe, se casse, un mur se divise, des plaques s’ en effondrent.

je crois que je monte prévenir mes parents. mon père est encore en vie.

je redescends avec ma mère. sommes en haut des escaliers de la cave. elle me parle d’aller voir de l’autre côté, du côté où j’habitais avant, dans la « cuisine-cave ».   ca me fait penser au garage de la rue tiberghien. il y a peut-être des toiles dedans, des œuvres de mon père. les murs continuent à s’effondrer. ça m’effondre également. je suis très inquiète. ma mère descend.  elle me fait savoir qu’effectivement des choses horribles sont arrivées. je descends.

l’endroit me paraît dévasté, sans que je sache vraiment en quoi consiste cette dévastation. dans un état déplorable. quelqu’un habite là.  un sdf ou un drogué mais qui n’est pas là. une de ces personnes que mes parents avaient coutume d’accueillir, de loger chez eux avec nous. je râle que mes parents aient laissé faire ca (m’aient « remplacée » par ce sdf, aient laissé ces lieux se dégrader de cette façon, ces lieux qui étaient miens).  je râle très fort. les murs sont dénudés, arasés, troués. en dehors d’un lit peut-être, au milieu de la pièce, un matelas au sol, les pièces sont vides.  j’essaie de comprendre de grands écorchures circulaires dans le mur entre les deux fenêtres. je me demande si des signes y sont à lire.

plus tard.

il semblerait que le reste de la maison continue de s’effondrer. qu’elle soit complètement pourrie, qu’il ne doive bientôt plus rien en rester. des toiles non plus.

je suis vraiment affolée. je dis à quelqu’un qui passe que mes parents n’auront jamais les moyens de retrouver un endroit où loger. que c’est une catastrophe. ma mère a l’air de penser de même.

derrière le masque d’une colonne, il nous reste encore à boire à ma mère et à moi

« Suis au restaurant avec ma mère, un restaurant italien. Je lui explique la différence entre grand A et grand A barré.

Le patron du restaurant intervient. Il veut qu’on parte parce qu’on ne consomme plus rien. Or, il nous reste à boire. Cependant, me dis-je, d’où il est, il ne voit peut-être pas nos verres, masqués par une colonne.

Le patron s’adresse à ma mère. Je me lève et lui dis qu’il se comporte très mal. »

qu’un analyste n’ait pas vu, ou risque de ne pas voir, qu’il nous reste encore à boire, à ma mère et à moi.

cette pièce a été vidée

suis sur le palier du grenier de la rue waelhem. une voix féminine me dit (parlant d’une chambre qui était ma chambre, d’adolescente) que « cette pièce a été vidée, doit le rester complètement, complètement vide, complètement nue, blanche » avec seulement au sol des coussins pour les personnes qu’elle y reçoit et que personne ne peut pénétrer, et surtout pas de sa famille, en dehors de l’office auquel elle est consacrée.

c’est très réel, et je me demande, à l’entendre, s’il n’y a pas chez moi aussi une pièce que je pourrais ainsi vider et consacrer à cet emploi.

palier ¤  grenier ¤ blanc ¤ mansarde

souvenirs, liens

quelques jours auparavant, soldes pour jules, une tente d’indien toute blanche parsemée à l’intérieur de coussins blancs sert de cabine d’essayage  aux enfants. je me dis que c’est très chouette. et ça plaît beaucoup à jules aussi.

La bataille de Wounded Knee – Jacques Muller, 1996, acrylique sur toile, 122*152

souvent mon père disait qu’il était un indien. un jour je lui dis que non, qu’il il n’était (même) pas un indien, ça le met dans une colère étonnante. colère aussi étonnante et forte que celle qui avait été la sienne quelques années auparavant, comme je refusais de débarrasser la table, et qu’il m’avait traitée, enragé, de « païenne ».

in-dien ¤  paiën-ne  ¤  colères du père

l’in-tranquillité du psychanalyste, journée  organisée par l’ecf, à laquelle je m’étais rendue la veille.

in-tranquillité

je raconte ce rêve en séance, et finit par dire  par que la pièce qui a été vidée, dont il est question dans le rêve, est un cabinet de psychanalyste – ce que le rêve même n’avoue pas. l’analyste conclut là-dessus d’un « Bon! » et se lève.

blanche et le non au père

suis au château. beaucoup de monde. devons partir, prendre train, rentrer à Bruxelles. Rencontre Nathalie F. Elle me demande de rester quelques jours encore à Assenois, qu’on puisse étudier, réviser ensemble pour… l’examen. Je pense que je n’ai aucune envie d’étudier, que je ne sens pas du tout en état d’étudier, mais que je resterais volontiers là quelques jours.

Elle me dit de l’accompagner pour le petit déjeuner, avant le départ. Je la suis, nous descendons au village. En chemin, nous fumons un joint.

C’est un drôle d’endroit où nous arrivons. Très grand, plusieurs niveaux, du monde. Je ne me sens pas bien (joint). Je repère la table du petit déjeuner. Mon père arrive. Il s’y assied, en bout de table. Je m’en vais. Je dois chercher mon petit déjeuner, et surtout, je voudrais appeler ma mère pour lui dire que je ne rentrerai pas tout de suite. Mais je n’arrive pas à faire son numéro. Je ne me sens vraiment pas bien.  Je retourne finalement à la table du petit déjeuner, je sais que je les ai fait beaucoup attendre. Mes deux frères sont là assis, assis côte à  côte . Mon père fait une réflexion sur mon retard. Il dit : « je déteste … » Je pourrais lui expliquer, lui dire que j’ai fumé, que je ne me sens pas bien du tout, mais je ne le fais pas. Je me lève. Je m’en vais, c’est définitif.

J’essaie peut-être encore de  téléphoner à ma mère.

Au travers d’une vitre, je vois l’intérieur d’une sorte de sauna, pour femmes. Nathalie et Irène sont là. Irène surtout. Elles sont toutes très bronzées. Je pense que ça a l’air agréable. Couchée sur une banquette, nue, peut-être recouverte d’une serviette blanche, Irène est comme envahie par des vagues, qui la prennent, la contournent. On sort Irène, sur sa civière, nue, élevée dans les airs, à bout de bras, son visage radieux.

Je m’étais demandée si je pourrais y aller moi aussi, mais j’avais pensé que je n’étais pas assez  bronzée. J’avais regardé toutes les femmes, il y en avait bien qui étaient moins belles, normales, mais toutes étaient bronzées.

*

Au réveil, je me rends compte que le numéro que j’essayais de faire n’était pas celui de ma mère, mais le mien. A un moment donné, je m’était même dit – mais c’est bien normal que je ne sois pas arrivée à faire ce numéro, je n’ai même pas fait « l’international » (j’habite aujourd’hui en France).

A l’analyste, je parle du fait que les autres fait sont bronzées. Mais j’ajoute surtout, à mon grand étonnement, que moi je suis blanche, blanche, blanche.

Je parle aussi de « semblant de mer » – pour la vague qui enveloppe, enroule Irène.

Au docteur G, que j’avais vu le même jour, je raconte « la sensation« , il me dit, « mais oui, vous êtes une usurpatrice ».


“La sensation”

souvenir m’en est revenu dimanche soir – j’avais passé le week-end à la retranscription du cours de jacques-alain miller. J’étais un peu vidée. Contente, mais dans le doute, comme je peux l’être à chaque fois que j’ai passé « trop » de temps à quelque chose, « trop » de temps à un ordinateur. Je voulais me remettre à la séance du lendemain, retourner, réinvestir ça, l’analyse. J’ai pensé aux derniers mots du dernier cours de Jacques-Alain Miller sur la jouissance féminine. Et au débat lors de la Journée de l’intranquillité (in-tranquillité) du psychanalyste – débat qui n’a d’ailleurs pas vraiment un lieu – entre F.  Hugo Freda et Patricia Bosquin-Caroz.*

Ca m’a ramenée à cette sensation que j’avais décrite à G* (précédent analyste lorsque je suis arrivée à paris), probablement parce que ce que je vivais en analyse à ce moment-là m’y avait ramenée), et sur le bord de laquelle je me sentais arriver. L’analyste m’avait dit « C’est un très exemple, une très belle description de jouissance féminine, ce que dont vous me parlez là ». Je n’avais pas été vraiment convaincue, pensant que la jouissance féminine, c’était ce dont, justement,  on ne pouvait pas parler.

Ce dont il s’agit. Quand j’étais enfant, j’ai beaucoup manqué l’école. Je simulais la maladie en faisant augmenter artificiellement la température du thermomètre. Des otites m’étaient à chaque fois diagnostiquées -et, maintenant que j’y pense des angines (blanches). Je pouvais alors rester à la maison – en général une semaine. J’étais alors autorisée à m’installer, à m’aliter,  dans le lit de mes parents, à la place de ma mère.

Parfois, tout d’un coup, ça venait. Ca s’annonçait par une sorte de sensation de ralentissement du temps. Il me semblait que j’entendais le temps ralentir. Tout me semblait aller plus lentement. Rien ne bougeait dans la chambre, mais le temps même des objets inertes m’apparaissait. je l’entendais, ralenti. Le son de la présence des choses m’apparaissait, lent. Alors, couchée sur le dos, les yeux fermés ou ouverts,  des parties de mon corps s’allongeaient, s’éloignaient de moi, allaient loin, très loin, et gonflaient. La sensation était si curieuse que je me suis souvent risquée à la vérifier, à la tester – me disant qu’elle disparaîtrait alors, mais non, je pouvais, presque à volonté, en faire l’épreuve, sur une partie au choix de mon corps. Mes pensées se poursuivaient, au ralenti, j’observais, j’étais dans l’infini, calme, dans un espace noir et infini.

J’avais demandé à ma mère si elle connaissait ça, elle m’avait répondu que c’était probablement dû à la fièvre. Comme je savais que je n’en n’avais pas, j’en avais conclu qu’elle ne connaissait pas. Lors de la dernière séance, lundi, quand je raconte ça, je me souviens, je me rends compte que j’étais alors dans la chambre de mes parents – au même niveau donc que celui de la chambre, de la pièce blanche dont il était question dans un précédent rêve – blanche, vidée et devant être maintenue vide… pour devenir un cabinet d’analyste.

Comme je racontais cette / la sensation au docteur G, il me dit, lui  « c’est ça, vous êtes une usurpatrice ». Oui, cela fait partie du rapport à ma mère, ce sentiment d’avoir été trop aimée par mon père. Mais, dis-je à l’analyste, ce n’est pas de ça dont je voulais parler. Ce dont je voulais parler c’est, sans être à proprement parler de l’amour, ou n’était-ce pas non plus de ce l’amour que je voulais parler – mais de cette identification, ce collage, cette répétition d’elle. Le mot du docteur G était juste. Je ne trouve pas ma place de penser que je l’usurpe. C’est l’histoire de ma vie. Mais ça n’explique pas l’angoisse qui m’étreint aujourd’hui dès que je suis en présence de ma mère ( ravage?).

Une autre chose m’est revenue – mon père était toujours en vie -, je parlais avec ma mère en voiture, j’étais seule avec elle, elle conduisait, j’étais à ladite place du mort et j’ai pensé  « ça devrait toujours être comme ça » (seule avec ma mère).

* en bref,  j’avais surtout pensé que Hugo Freda parlait en homme, d’une façon un peu guerrière, tandis que la parole de Patricia Bosquin pouvait bien venir « d’ailleurs ». il ne me semblait pas qu’elle doive être attaquée, ce qui n’a d’ailleurs pas été le cas, sur la tranquillité qu’elle avait dite avoir éprouvée à la fin de son analyse, et, de façon plus ou moins claire, s’était alors évoquée à moi, la jouissance féminine, ainsi qu’une capacité d’absence que je dirais féminine. j’avais également pensé à ce que lacan dit de la position d’analyste comme position féminine. l’analyste n’est pas analyste tout le temps, il l’est dans le temps de son acte… il me semble qu’il aurait fallu préciser le moment de ladite intranquillité qui si bien parlait à chacun des analystes qui s’est exprimé. et donc j’aurais finalement plutôt parlé en terme d’a-tranquillité. quoi qu’il en soit, l’intranquilllité m’a parue loin de pouvoir prendre place parmi les concepts (fondamentaux) de la psychanalyse – du moins en l’état des travaux au moment de la journée, pratiquement chacun ayant eu à se référer au dictionnaire pour la trouver, commencer de la cerner.  mais elle est bien affaire d’analyste. (éventuellement quelque chose me semblerait n’avoir pas été dit de la difficulté du métier d’analyste, de la façon dont chacun arrivait à se dépatouiller avec ça – mais peut-être est-ce moi qui me suis montrée, dans mon écoute, à certains endroits, de mauvaise volonté.) (et est-ce qu’il est interdit de parler de la « jouissance de l’analyste »? lui est-il interdit de jouir? ils disent, pourtant, aimer, leur métier). bah….

« Longtemps, j’aurai été une angine blanche. »

« Des anges, tu les verras, des anges. »

« Que le blanc est la couleur de la mort. »

un treillis sur la mer

rêve du 19 au 20 février 2011

avec ma mère. devons longer la mer, pour

parvenir quelque part au-delà. mais la longer directement n’est pas possible, trop d’eau (les « petites mers » disait ma tante), qui contient toutes sortes de petits objets de natures diverses et indéterminées.  il n’y a pas vraiment de plage, de sable, on se mouillerait.

devons longer maisons, faire un détour par la rue.  sur la droite – alors que la mer est à gauche. la rue monte. devons, moi en premier, mère suit, passer sur des passerelles instables, faites de bric et de broc,  de vieilles portes, de vieux morceaux de bois, posés sur des cordes, en désordre  les uns sur les autres, sans assemblage. c’est vraiment très précaire. à un moment donné,  la passerelle s’ouvre sous nous, nous laissant suspendues au-dessus du vide, tenons à peine à l’une ou l’autre encoignure dans le mur. une fenêtre s’ouvre, je supplie les gens qui sont là de nous aider, de nous permettre de passer par leur fenêtre.  ils referment leurs volets. sommes au moyen âge. je crie encore. je crie l’âge de ma mère,  je dis « je suis avec ma mère de 80 ans, moi-même j’ai plus de quarante ans« . ils finissent par nous ouvrir, nous laisser entrer. nous continuons notre chemin. il est toujours aussi difficile,  aussi dangereux.

après catastrophe sur catastrophe dans une maison.

suis dans salle de bain. sens de l’eau tomber du plafond, de +  en+ . pense que ca se passe quand on utilise de l’eau dans la cuisine qui y est juste à côté.  vais dans la cuisine, ouvre l’eau, bruit énorme dans salle de bain,  au plafond. j’y fonce elle est complètement inondée. plafond probablement prêt à s’effondrer. cette inondation se propage. il est question du loyer que  nous payons et de qui aura à payer les frais. sommes, je crois, en france, mais fait penser à sous-sol de la rue waelhem. en tous cas sdb et cuisine sont en sous-sol. ne sais pas avec qui j’habite. il y a de la famille, mais aussi de la famille d’aujourd’hui. je pense que c’est Frédéric qui a la bonne idée d’appeler les pompiers. idée que je n’aurais moi-même jamais eue, comme j’en étais déjà à envisager, effrayée, les travaux de réparation qu’il y aurait à faire, peut-être impossibles. mais, à qui que ce soit qu’il incombe de faire les travaux, eux seront à même de juger de la situation. de situer les causes, voire même de faire quelque chose.  je pense que décidément, f. a eu une très bonne idée.

ensuite, les pompiers arrivent. ils sont habillés en treillis tricolores, en tenue de combat. je les vois arriver de loin.

 

la "maison au-dessus" du garage, l'hiver dernier, vue du château. à gauche, la porte du garage. à droite celle du poulailler.

sommes maintenant en ardennes, au château. suis en haut d’une voiture qui ressemble à un 4×4, mais qui n’en est pas un. la voiture est noire. les battants latéraux ont été relevés de sorte qu’elle ressemble à un 4×4 ou à un camion, mais ce n’en est pas. je suis sur le toit de la cabine, invisible aux yeux des pompiers. je suis accompagnée d’une petite fille.

les travaux ont commencé. un tuyau est enfoncé dans un trou au sol, dans le garage – dont les portes sont largement ouvertes, qui font presque toute la hauteur et la largeur du mur, ouvrant complètement la pièce sur l’extérieur. je veux descendre du camion, voir ce dont il s’agit.  je veux participer au nettoyage de la chose qui a été remontée.  comme je ne suis pas très habillée,  j’enfile un large vêtement, je cois que les pompiers sont partis. je cours. un pompier me crie « très jolie dans ce survet!  mais pour courir, il faut mettre le bas« . je suis un peu gênée.  je m’approche du trou. la chose est affreuse. je dis « méconnaissable », il faut passer une sorte d’aspirateur dessus pour la nettoyer. elle est si horrible, si peu ragoutante que personne n’en n’a vraiment envie. il n’est pas sûr que cette chose ne soit pas organique, vivante, que sa forme ronde ne rappelle pas la forme d’une tête.

je m’éloigne. bientôt rattrapée par le pompier. je crois que je vais vers le château. le survêtement que je porte est également en imprimé camouflage. il est question de la couleur de la voiture. je crois qu’il est important qu’elle soit noire, et non pas  » treillis »,  camouflage. néanmoins, parce qu’elle pourrait être confondue, elle est cachée de façon assez sommaire puisqu’il ne s’agit que d’un assemblage de bâtons qui l’encadrent aux quatre coins, mais elle est dans un lieu sombre (le garage, refermé, le poulailler?) – un peu ainsi que le sont certains papes de Francis Bacon. il s’agit plutôt du signe, du signal d’un cadre, qui délimite plus qu’il ne camoufle, même s’il y a bien un peu de paille, ça et là.

moyen-âge

le rêve donne quelques indices de que nous sommes au moyen-âge . il fait sombre, il fait sale. longeons des murs, comme longerions des murailles, sommes en hauteur comme si grimpions une tour. la fenêtre qui s’ouvre dans le mur découvre son épaisseur. il est fait de gros moellons. les fenêtres sont fermées par des volets, des battants en bois, mais ne comportent pas de vitre. quand les personnages apparaissent, ils sont plutôt vêtus de longues tuniques, sombres. le mobilier est très sommaire, rudimentaires. ce sont de très pauvres gens qui habitent là-  dont il est important de noter l’in-différence.

cet aspect du moyen-âge, pauvreté dangerosité m’a fait penser à François Villon et à sa biographie que j’avais prêtée à mon père. il m’en avait lu des extraits et surtout parlé du peu de prix qu’avaient les vies dans les rues à cette époque là.

donc, nous sommes au moyen âge et je donne l’âge de ma mère qui n’est pas exactement  le sien, 80, et le mien qui n’est pas tout a fait le mien non plus, « + de 40, dis-je ». je donne une sorte de moyenne. son âge valant 2 x le mien.

ca m’a fait penser à ce que je disais de la façon dont j’entendais le temps ralentir quand j’étais dans le lit de mes parents, à la place de ma mère.

dans mes petites recherches sur le schème kantien suite à un cours de Miller, j’avais été intriguée par la place du temps, ayant moi-même avec le temps de grandes difficultés. Miller rapportait l’écriture du schème de Kant à celle du fantasme, situant le réel de la jouissance du côté de l’intuition et le symbolique du côté de l’entendement. Le schème de Kant, pour lequel il aurait inventé une capacité de l’âme, le schématisme, agissant à la façon du fantasme en reliant, nouant des catégories qui autrement seraient sans rapport.

L’intuition  relève des contingences spatio-temporelles,  tandis que l’entendement, le concept,  est spontané, relèverait d’une nécessité intérieure du sujet, de déterminations conceptuelles.

« Le schème kantien, dit Lacan, on peut arriver à le réduire à la Beharrlichkeit, à la permanence, à la tenue, dirais-je vide, mais à la tenue possible de quoi que ce soit, dans le temps. »

On voit bien que le concept puisse être considéré comme a-temporel, « le mot est le meurtre de la chose », c’est aussi, nous dit Lacan, ce qui lui apporte l’éternité. Le mot d’une  chose la fait être de tout temps. Mais ce qui m’a intriguée, c’est que le temps puisse avoir maille à partir avec la jouissance, avec le réel.  étonnant ça ne l’est pas si l’on considère le réel du temps, mais ça le devient si l’on se dit que ce serait la jouissance  qui apporte le temps, qui introduit au temps. le schème, nous donc dit lacan, est-ce qui permet la tenue des choses dans le temps – ce qui revient par ailleurs à réduire la réalité au fantasme, si l’on suit ici miller.

de l’holocauste au sinthome

Je donne ici renvoie ici à un texte dont je suis absolument sûre qu’il a un rapport avec mes interrogations actuelles sur le temps et l’espace, la jouissance, la répétition, la possibilité de passer du cardinal à l’ordinal, le désir de la mère et le désir de l’analyste, l’objet de l’angoisse et le trauma, l’acte de parole. Ce texte magnifique a été publié dans Quarto n° 66, Des conditions d’une transmission, en novembre 1998.

modification du 23 mars 2011 : Rivka Warshawsky m’ayant autorisé à le re-publier sur Empreintes digitales, après l’avoir relu, on le trouvera donc là.

 

  • « les ronds brûlés de la jouissance »
  • du désir de la mère au désir de l’analyste?

fine robe à l’âme

dimanche  6 mars

inondations rue Tiberghien. je monte escalier. à l’étage de l’atelier énorme geyser d’eau me saute à la figure, un parapluie cassé git au sol. me dirige vers la salle de bain (avais dit à la femme en bas que j’allais me laver, m’habiller), mais l’évier de la salle de bain a disparu  (je crois que je me demande comment ça va être réparé, je crois que je me dis que ça ne sera jamais réparé).

je continue mon ascension. je pense que tout est pourri et je me dis qu’il suffira qu’il pleuve 2 jours de suite pour que tout s’effondre et que tout ce qui se trouve dans les étages sera définitivement perdu. ma mère que je croise n’a pas l’air de me croire.

j’arrive tout en haut. une gigantesque armoire me bouche l’accès et pousse l’échelle à laquelle je grimpe. JF me crie de d’abord laisser passer l’armoire qu’il s’apprête à jeter. je lui dis que c’est hors de question et  lui demande d’arrêter de pousser l’armoire et de me laisser passer.

il voulait pousser l’armoire pour la sauver sans doute. je me demande ce qu’il serait passé s’il avait réussi à pousser l’armoire, poussant l’échelle du même coup, et restant, lui, alors bloqué en haut. condamné à rester bloqué en haut. sans compter que le contenu de l’armoire aurait probablement été perdu.

des vêtements dans la garde-robe de ma mère. des vêtements dans la mienne, celle de mon enfance, la petite blanche, avec un petit théâtre, des vêtements que je ne connais pas, neufs. je me réveille à la vue d’une longue robe lamée.

 

1996, mon père écrit dans un carnet

Fra Filippo Lippi, retable de l'Annonciation, eglise San Lorenzo, Florence

2 février
« Comment figurer cet intervalle, cet « interdire » où s’échangent des paroles, à la mesure de la résonance des souffles et des voix ?»
[…]

Mystère de la figurabilité.
un simple intervalle qui fuit en
profondeur selon l’axe du regard.

la colonne
signe figure, à puissance symbolique
qui baliserait l’entre-deux de l’invisible
et inaudible échange de paroles
entre les acteurs du récit. »

 

 

Ces notes* que mon père témoignent de sa lecture d’un article de Louis Marin paru dans La part de l’œil, intitulé «Énoncer une mystérieuse figure », dont il recopie des extraits qu’il émaille de croquis.

L’ article s’articule autour de ce que Marin nomme « figurabilité du mystère » et « mystère de la figurabilité » et qu’il délinée à l’intérieur du renouvellement des figures du récit de l’Annonciation (évangile selon saint Luc, I, 26-38) qu’en donnent les peintres du début du Quattrocento de par le dispositif de représentation que met alors en place la perspective légitime.

La figurabilité du mystère se rapportant à l’intervalle entre les deux acteurs de l’Annonciation, l’Ange et la Vierge, espace perdu dans l’énoncé du récit de saint Luc et que peut venir figurer la peinture, ramenant au langage ce qui ne l’était pas dans le texte : se montre cet espace que des voix pénètrent, tenant lieu de l’effectuation réelle du dialogue, rendant compte des corps, de la distance qui les sépare, insurmontable mais aussitôt franchie, quelque part, là où se croisent et les voix et les regards, voix et regards rendus à la corporéité autant qu’à l’évanescence.

Le mystère de la figurabilité étant rapporté à ce que l’énonciation comporte de secret, secret dont le tableau manifeste la présence en tant qu’il est phrase, discours (1) plutôt que  récit (2), en tant qu’aux traces de l’instance d’énonciation laissées dans le récit, la peinture donne un espace, un corps. L’ouverture opérée dans l’espace par la perspective légitime, l’espace proprement scénique qu’elle instaure en peinture, le procès qui s’y fait d’une coupure, est pour Marin « analogue à  la déconnexion de la structure d’énonciation que réalise dans le langage la modalité narrative des temps, des verbes et des pronoms», à quoi il ajoute la série des déictiques (3).  Cet espace est lieu d’une disparition, de ce qui s’avance dans la disparition, scène donnée d’une traversée, d’un évidement qui s’arrête en un point, à l’infini, celui de fuite –  point qui répond du vide du sujet de l’énonciation, et qui rend nécessaire l’énoncé qui sera de peinture.  Spectacle de l’apparence d’une disparition  qui ouvre le voile sur un lieu de l’énonciation de l’Annonciation et qu’exhibent les peintres du Quattrocento, à l’heure même, souligne Marin, où saint Bernardin de Sienne énonce nouvellement le mystère de l’Incarnation : « L’éternité vient dans le temps, l’immensité dans la mesure, le créateur dans la créature… l’infigurable dans la figure, l’inénarrable dans le récit, l’ineffable dans la parole, l’incirconscriptible dans le lieu, l’invisible dans la vision, l’inaudible dans le son… »

 

* tandis que ces notes,  je les ai moi-même prises,  en 2002.

1. Je m’en rapporte ici au livre de François Wahl, Introduction au discours du tableau, qui lui-même renvoie à Benveniste.  La phrase est bien un segment constituant du discours; il n’y a pas cependant  entre la phrase et le discours de franchissement de niveau de la partie au tout, ainsi qu’il en est entre le phonème et le mot, entre le mot et la phrase, phonèmes et mots ne connaissent leur sens qu’à la condition d’être intégrés dans l’unité de discours qui leur est supérieure : le phonème dans le mot, le mot dans la phrase.  Phonèmes, mots et phrases sont constituants du discours, à la différence qu’à partir de la phrase, le sens est posé, complet, et n’a plus le même sens que celui qu’il avait jusque là, puisque à partir de la phrase, référence est faite à une situation donnée, au monde des objets.  C’est à partir de la phrase que la langue quitte le domaine des signes – la phrase n’est pas un signe – pour rentrer dans celui du discours.

2. Benvensite a distingué les modes d’énonciation propres au discours et au récit.  Dans le récit, à tout le moins dans sa forme stricte, les instances du discours qui sont les marques de l’énonciation – telles que le pronom je, les  indicateurs pronominaux ou adverbiaux, certains temps du verbe : le présent, le passé composé ou le futur – sont effacées de l’énoncé au profit de formes grammaticales comme la troisième personne, l’imparfait et le  plus-que-parfait : «  A vrai dire, dit Benveniste, il n’y a même plus de narrateur.  Les événements sont posés comme ils se sont produits à mesure qu’ils apparaissent à l’horizon de l’histoire.  Personne ne parle ici; les événements semblent se raconter eux-mêmes. » (Benveniste, « De la subjectivité dans la langue » , Problèmes…, p. 262).

3. « Montrant les objets, les démonstratifs ordonnent l’espace à partir d’un point central, qui est Ego, selon des catégories variables : l’objet est près ou loin de moi ou de toi, il  est ainsi orienté ( devant ou derrière moi, en haut ou en bas), visible ou invisible, connu ou inconnu, etc.  Le système des cordonnées spatiales se prête ainsi à localiser tout objet en n’importe quel champ, une fois que celui qui l’ordonne s’est lui-même désigné comme centre et repère. » (Benveniste, La communication problèmes de linguistique générale, t. 1, p. 69)

 

1_63 / 2_11 – I (je me complique l’existence)

Questions diverses

1/ Quid de la relation :

désir de l’analyste – (jouissance du) sinthome

Cette jouissance du sinthome, n’est-ce pas quelque chose qui s’atteint se rejoint au-delà de la possibilité « d’être analyste »? il existe du sinthome là où il n’y a pas nécessairement d’analyste?

Ce que je voudrais interroger également : un point où désir et jouissance se rejoignent, trouvent à s’accorder.

2/

« Mais si on tient que le sujet ne se réduit pas, dans sa fonction la plus essentielle, au psychologique, son exclusion hors du champ du nombre s’identifie à la répétition, ce qu’il s’agit de montrer. »

(Jacques-Alain Miller, « La suture »)

 

Exclusion hors du champ du nombre –> répétition –> sinthome?

ou prise en dehors de la suite du nombre –> répétition –> sinthome ?

Il y a deux jours, je rêve d’un amoncellement, d’un empilement vertical de « caddies » au dessus duquel je vais me percher, me réfugier, extrême précarité, je tente de diriger les mouvements des caddies, qui sont vifs, accélérés, imprévisibles, avec mon corps.

Cet empilement de « cas »  (les « cas » de « caddies ») désignant pour moi le « K » du « K-rante » (40) du 40-45 / date de la guerre / à laquelle je dis, à la suite de ma lecture de R. Warshasky,  que « mon temps s’est figé ». Date à laquelle, depuis laquelle, l’histoire ne peut pas se faire. Qui ne s’intègre pas à la suite des nombres à laquelle pourtant elle appartient.

 

En sixième latine, sixième latine A, je dessine à la professeur d’histoire et de latin, Mme Chapeau, qui le demande, une ligne de temps où j’inscris 4 dates : 40-45 ; 0 ; 33 (âge de la mort du christ). J’ajoute ensuite 14-18 parce qu’effectivement je connais cette date (qui vient doubler 40-45).

Dessous cette ligne,  j’explique  que l’histoire ne peut être prise considérée comme une suite de dates, que l’histoire c’est passionnant, mais que cette passion ne tient pas dans les dates.

Aujourd’hui, aurais-je à dessiner une ligne du temps, elle serait la même.

Identifiée, passionnément… crucifiée, à la guerre (40). Promise, dans le prénom de ma mère, à la lecture du point G. « LUTGARDE »,  « art du G lu, art de lire le point G ».  G qui est de guerre, dit de guerre par mon père, de jouissance silencieuse en ma mère.

On voit qu’il y a là comme un raccourci entre le G de quarante et celui du prénom de ma mère.

C’est un raccourci, un raccord, fait il y a bien longtemps, inoublié, en analyse, au départ d’un rêve où il était question d’un G (le GSM, le téléphone), et du point G (à propos duquel j’avais entendu un émission radiophoniuqe).

Ce raccourci je l’ai refait récemment, au sortir d’un cours de Miller, comme il avait évoqué la fixation et la jouissance féminine1 –   quand je me suis souvenue d’une sensation d’enfant. Lorsque, soi-disant malade, feignant la maladie, diagnostiquée cependant par une médecin d’angine blanche, je pouvais passer la journée dans le lit de mes parents, à la place de ma mère. Quelquefois alors je me mettais à entendre le temps ralentir, s’allonger. Mon corps lui-même s’allongeant, par différentes parties, élastique, s’étirant à volonté et à l’infini – et tout cela, dans cette lenteur entendue. J’étais à la place de ma mère. Dont je pourrais dire qu’elle est pourrait être ma place de sinthome aujourd’hui – c’est ce que j’entends au cours de Miller, l’inertie du sinthome.

Ah oui, le lien du G de la guerre de quarante, au G, comme point de jouissance ?

Je passe sur un rêve que j’ai fait qui me désigne explicitement dans la répétition du quarante, comme double même d’elle, de ma mère double dont j’ai la coutume, auquel il ne faudrait pas que je me tienne, dont la culpabilité cependant m’a enfin quittée, ce qui explique que je puisse enfin avancer, sortir de la seule répétition du double, du double du double, pour répéter, réitérer seulement l’Un (sans double) -, dans la répétition d’un 40 d’abord, d’un 4 ensuite, au cours d’rêve qui se passe, pour partie au moins,  au moyen-âge, dans une moyenne d’âge (40).

Mais, le temps gelé : est-ce qu’on l’entend déjà dans ce que j’ai écrit jusqu’à présent? Ou cela doit-il être davantage précisé?

Dire : l’angoisse ne me saisit plus qu’en présence de ma mère. La pétrification. J’ai été vers ça, dans les derniers temps de mon analyse, l’envie, le désir, de lever ça, pour pouvoir rétablir un contact avec elle, un contact qui rende mieux justice à l’amour que j’ai pour elle. L’angoisse vis-à-vis de l’école (ECF) s’étant quant à elle atténuée. Au point que je puisse me demander même si elle n’a pas complètement disparu, c’est à tester, et si elle n’a pas trouvé à être remplacé par un désir, devenu tactique, ou qui se voudrait tel (je me découvrirais des ambitions sans nom, inavouables…), l’école n’étant pas de l’approche la plus facile. Et puis elle demanderait à ce que je quitte mon lit – où, heureusement, je peux encore réfléchir fortement, et établir mes plans d’action (hé hé hé).

La guerre, Le point g, Ma mère.

« 40 », c’est le dit, disais-je, de mon père, pas un jour où il ne nous parlait de la guerre et des juifs. Pas un jour. Pas une personne qu’il ne rencontrait qu’il n’abordait en lui parlant de la guerre. L’extraordinaire, c’est qu’il aurait eu toujours quelque chose de nouveau à raconter. C’était toujours autre chose. L’extraordinaire, c’est que ça faisait lien, que ça le faisait vraiment parler avec la personne qu’il rencontrait, que ça faisait point de rencontre, et que mon père était considéré comme très sympathique. Mes frères également, mes 2 frères, parlaient avec lui, de la guerre, nous, ma mère et moi, nous nous taisions. Et bablabli et blabla bla, je n’y arriverai pas, pas aujourd’hui, et c’est BASTA.

3/

« De même, l’existence d’un objet ne lui vient que de tomber sous un concept, aucune autre détermination ne concourt à son existence, si bien que l’objet prend son sens de sa différence d’avec la chose intégrée, par sa localisation spatio-temporelle, au réel. » (Ibid., « La suture »)

4/

« Par où vous voyez la disparition qui doit s’effectuer de la chose pour qu’elle apparaisse comme objet – qui est la chose en tant qu’elle est une. »    (Ibid. )

 

concept –> disparition de la chose / apparition de l’objet = la chose en tant que Une = cet objet donc qui vient à exister

 

Nota bene:

A/ sur le « plus un », la réitération, et l’addiction : dirait-on (j’ai oublié ce à quoi j’avais pensé ce matin)

« une cigarette encore, donne-m’en une, la dernière » (ferré) – un verre de plus, le dernier, un tweet de plus, un clic de plus, un chips de plus

un en plus, le même, je réitère donc j’addicte

les accointances du sinthome et de l’addiction – difficile d’admettre le n’importe quoi du sinthome, le n’importe quel Un, du moment qu’il est Un, du sinthome – surtout si l’on pense à la « racine du refoulé » – qui n’est pas n’importe quoi, qui ferait la différence. relire à propos de l’addiction le cours de Miller, le dernier (9), et l’avant dernier (8).

B/ cet Un de la fixation bloque la pulsion (dit Miller) – dans mon cas, bloque au redoublement, ça double, ça se bloque, et ça redouble  – ma mère, encore, épelant le nom (du père)  disait : « M – U – double L – E – R »  (où l’on oit que le double n’est pas la répétition, la réitération.)

que me pardonnent tous ceux que j’ai doublés, mais je continuerai dorénavant de la faire,  et probablement pas sans jouissance, parce qu’il ne s’agit plus seulement de doubler. il y a de L tout seul, ou du G tout seul ou du cas tout seul soit de l’un, tout seul. sans Autre.

 

Notes:
  1. les notes du cours concerné:

    I

    Avant : désir interdit –> jouissance

    II

    Ensuite : la jouissance est pensée au-delà – positivée comme celle d’un corps qui se jouit. C’est un événement de corps – ça s’oppose à l’interdiction, ça n’est pas articulé à la loi du désir.

    Le choc, la contingence, le pur hasard, ça n’est pas dialectique, mais objet de fixation, non pris dans la loi du désir.

    C’est comme ça, par ce biais, que Lacan a pu rencontrer la jouissance féminine – la part qui existe sans subir l’interdiction, qui n’est plus centrée sur le Penisneid, fonction négative, qui n’est pas prise du côté dialectique, de l’Aufhebung ça efface le « perdre pour retrouver » (un enfant, c’est encore mieux que l’organe qui manque). Ça ne se transmute pas en maternel.

    Faut voir comment ça fonctionne du côté homme.

    Au 2 mars…

    []

Effets de réel, revenance du caddie, l’amour sans retour

( Cela dit, je donnerais cher pour être débarrassée de mon inconscient et de toutes ces histoires qui trop me hantent, m’habitent en ce moment.)

I.

Réveillée cette nuit par une rêve dont je reste très longtemps persuadée qu’il est réel, auquel, une fois passé mon premier réflexe de réveiller F. pour lui dire que « je sais tout », je passe des heures à réfléchir dans un sentiment d’immense malheur, comme s’il venait de m’arriver, coup sur coup, les deux choses les plus abominables qui puissent m’arriver.

Je suis avec F chez mon frère JP et sa compagne Isabelle. Nous partons en promenade avec ma mère. Ils nous annoncent quelque chose (du style d’une naissance prochaine) – ma mère en profite de cette annonce pour… nous annoncer son propre (re-)mariage!

Je suis effondrée. J’ai rencontré par le passé l’homme dont il est question, c’est une brute épaisse, idiote et acculturée. Je crains qu’il ne fasse du mal à ma mère. Comme il est plus jeune qu’elle, je me demande si son « amour » n’est pas intéressé. Comme elle n’est vraiment pas riche, limite pauvre, et ne dispose que de l’œuvre de mon père, je me demande ce qu’il peut lui vouloir. Je crains qu’il ne cherche à lui faire du mal pour lui faire du mal; j’élimine l’idée qu’il en veuille à l’œuvre de mon père. Je touche de mes doutes un mot à mon frère. Ma mère conteste mes dires, affirme qu’ils s’aiment et s’aiment depuis… 7 ans (!)1. Ensuite, me dit  qu’elle est prête à tous les sacrifices pour lui, ce qui, la connaissant, est très effrayant. Finalement me lache qu’elle l’aime mais que lui ne l’aime pas. Qu’il lui fait déjà du mal. J’en fais part à mon frère, qui s’effondre à son tour. Nous devons partir, Frédéric et moi, rentrer à Paris. Il semble maintenant trouver que notre départ est urgent. (histoire… voiture… ma tante).

Je monte voir Frédéric. Il est ivre-mort, effondré, me tend un papier, sans un mot, c’est un questionnaire auquel il a répondu. Je le parcours, lis les questions, ne lis qu’une seule de ses réponses. « Comment s’appelle la femme avec qui vous la trompez? » Il a écrit : ORNELLE. Les autres questions tournent autour de cette relation, quels avantages / désavantages, offre l’une, l’autre, etc. Je ne sais absolument plus quoi faire. Rien de pire n’aurait pu m’arriver. Je ne peux pas compter sur F. pour rassembler nos affaires, faire nos bagages, il est complètement hors de course. Je veux expliquer ça à mon frère, mais lui s’énerve, veut qu’on parte. Je ne me sens pas moi-même capable de faire les bagages. Je dis à F. ce qui se passe, le re-mariage de ma mère. Il ne peut réagir. Il serait prêt à conduire.

Autre étage, étage supérieur. Isabelle, ma mère et moi. Des choses que j’ai oubliées. Debout, discutons. Isabelle a une idée. Plus tard. Eau, bassin, nage, nue, moi nue, nage dans bassin intérieur, immense (comme la baignoire d’Irène). Je montre à Jules, ce bassin, baignoire ronde, dans espace sombre, entouré de fauteuils, de fauteuils de cinéma. Des hommes, 3, des hommes du type les mauvais dans les films, costard-cravate, genre Tarentino, en vraiment méchant. L’homme de ma mère, peut-être l’un d’eux. Des choses se passent. Ma nudité me gêne, je nage sous l’eau.

Plus tard, me réveille. Veut d’abord réveiller Frédéric, me retiens, heureusement, la réalité du désagrément et de la mauvaise humeur certaine qu’il en éprouverait arrivent à me retenir. Je suis convaincue de la réalité de ce que je viens d’apprendre dans le rêve. J’arrive à me dire que même si ce n’est pas vrai, ça recouvre une vérité, une réalité, un  certains – je pense « effet de réel ».

II.

Je finis par me rendormir.

Je suis en cours de mathématiques, j’arrive en retard. J’aime ce cours, je suis heureuse qu’il n’ait pas vraiment commencé. Il semblerait qu’ils se soient contentés jusque là de parler de … ??? Au tableau, des mots que j’ai peine à distinguer, dont j’ai peine à croire, que je  les trouve, lise là. Plus tard, le professeur, une femme, me dira qu’il s’agit de   » Ics  & réel » (!!!).

Ce professeur a découvert Lacan. Veut partager ça avec ses élèves. Sommes dans  période de l’année après les examens. Donc plus vraiment tenue par un programme. Elle attribue un séminaire à chaque élève, pour en faire un exercice de lecture. Moi, c’est le Séminaire IV. Elle pense que Lacan c’est intéressant, et nous invite à raconter le rêve que nous avons fait la nuit précédente. M’indique que j’aurais dû lui dire que je m’intéressais à la psychanalyse. Une fois venu mon tour, je raconte l’effet de réel du rêve, mon copain qui me trompe.  Mais, je ne me souviens plus de la première partie du rêve, dont  je dis qu’il est tout aussi catastrophique et l’effet de réel tout aussi poignant.

Sortie du cours. Nathalie…

Direction passage aux caisses. Croise un homme. Caddie plein me tombe dessus, se renverse sur moi.  J’arrive à me redresser, à le  redresser, ramasse les objets tombés, éparpillés. En vérité, personne ne m’aide (ce qui m’étonne un peu). J’arrive en caisse. Je paie avec une carte bleue. Quelqu’un a laissé à la caisse un livre de Lacan et des billets (j’hésite à m’en emparer, voler). Je repars, dans la rue, avec le caddie (dont je crains qu’on ne pense que je le vole, mais que j’ai l’intention d’ensuite restituer, que je ne fais qu’emprunter). Il commence à pleuvoir. Je m’abrite je ne sais où. La pluie me réveille, il fait soleil.

III.

Pas eu de réponse à ma lettre de la semaine dernière. Cela me convient. Me permet de réfléchir. Il n’empêche que quelque chose est engagé. Et que j’aimerais sortir de cet actuel sentiment d’irréalité. M’assurer de donner la bonne réponse à cette absence de réponse, ne pas laisser passer cet instant, ni m’y installer, ne pas le laisser devenir rien. Tirer les conséquences.

Notes:
  1. 2011 – 7 = 2004, année de la conception de Jules, mon enfant []

Beau, su, est – Le symptôme du père

vendredi 14 ou 15 avril 2011

Le rêve :

« Je travaille pour quelques jours à E.1  Il y fait sombre. Je m’y sens seule et parano, avec l’impression de travailler mal que je connais si bien. 

En fin de journée, j’erre dans mon ancien quartier, sur la place où j’habitais, qui ne lui ressemble pas.  J’ai rendez-vous avec D*, mon analyste d’alors.  J’attends l’heure du rendez-vous dans un café en face de chez lui, qui en fait en face de chez moi, le café se trouvant lui à l’emplacement… de son cabinet à lui… son cabinet se trouvant à l’endroit où j’habitais. Nous habitions l’un en face l’autre.  Il vient me chercher, m’a vue depuis sa fenêtre, me dit de venir tout de suite, sans attendre, qu’il a du temps. Traversons la place, nous rendons à son cabinet.

Montons des ESCaliers de marbre, cabinet à gauche.

D* me fait entrer, me fait asseoir, s’assoit lui-même, mais pas à son bureau. Me présente à une jeune femme. Il y a quelqu’un d’autre. Me dit :  ‘Allez-y, racontez à cette personne comment [… souvenir manque  Je dis que ce n’est pas ça, que ça ne s’est pas passé comme il le dit et je me mets à raconter.

Ce que je raconte, à propos de mon de mon analyse et de mon lien à l’École, l’École de la Cause freudienne, me réveille au milieu de la nuit. »

Du rêve, le lieu, la place, les escaliers de marbre me ramènent d’abord à une petite place de mon enfance, la place Bossuet. Il y avait là un magasin  de je ne sais quoi où nous n’avions pas à aller souvent, presque jamais. Des escaliers de marbre à grimper et, une fois la porte poussée, sur la gauche, nous nous trouvions dans un sombre magasin, aux volets tirés, face à un comptoir dont les parois surélevées jusqu’au plafond ne laissaient qu’un restreint encadrement à la figure de l’un ou l’autre vendeur  y paraissant dissimulé protégé camouflé par un amoncellement, un bric à brac, une barricade  d’objets hétéroclites.

Aujourd’hui, l’école de Jules se trouve rue Bossuet. A l’école, des Dames,  j’avais étudié des extraits des Sermons sur la mort.

« Beau su est« . J’entends : « Le beau, su, est. »  J’y entends une ontologie  du beau. Cette ontonlogie au cœur du cours de Jacques-Alain Miller de cette année.

Je repense alors à ce moment où LG (mon analyste actuel) m’avait dit qu’il trouvait beau ce que mon père faisait, sa peinture. Je me souviens avoir pensé que ce moment avait été crucial. Parce que…  si l’œuvre de mon père était belle, si elle était reconnue comme telle,  je n’avais plus alors à l’incarner moi-même, je n’avais plus à être désirée en tant que l’œuvre de mon père… et  cette œuvre pouvait se détacher de moi. Me permettant de la désirer à mon tour. 

J’ai songé alors à l’œuvre en tant que symptôme, comme symptôme de mon père. Comme si j’avais eu à incarner ce symptôme-là. Et comme si tout d’un coup, je pouvais me mettre à avoir mon propre symptôme.

C’est quelque chose que j’avais déjà ressenti, écrivant  à propos d’autres rêves, le sentiment de découvrir le symptôme de mon père. Et qui s’était ravivé la veille, lisant Miller parler du père comme symptôme et de la nécessité de ce symptôme :

Eh bien, dans cette symptomatisation générale des catégories analytiques, Lacan esquisse que le père, l’essentiel de sa fonction, c’est d’être un symptôme. C’est le sens de ce développement que Lacan a pu faire sur l’exception que doit représenter le père. Il parle pour lui de caractère d’exception, parce qu’il veut lui donner le caractère d’ex-centré, que le père a le caractère d’ex-sistence, de subsistance « hors de ». Et donc, il lui faut donc à ce moment-là caractériser le père non pas par l’universel, mais au contraire par la particularité de son symptôme. Et c’est en ce sens que Lacan a pu dire le père est un pervers. Ça veut dire un père, le père freudien même, n’est pas le père de l’universel, il est au contraire au niveau de la particularité du symptôme. Il y a qu’il est essentiel qu’il ne soit pas Dieu, précisément. Freud avait montré la racine de l’illusion religieuse dans la fonction du père et Lacan au contraire marque que le mirage divin est à proprement parler mortifère ou psychotisant quand il est supporté par le père. Il faut que le père soit pervers au sens où il doit être marqué par la particularité d’un symptôme.
Jacques-Alain Miller, L’être et l’un, « X. Itinéraire et itération de Lacan // imaginaire → symbolique → réel », cours du 6 avril 2011.

(erreur sur le symptôme)

seig
neur
il y aura eu
e
rreur
sur-le-symptôme

BLIND BLIND BLIND
ha ha

ha

love

(sans œuvre pas sans art)

Ces réflexions m’ont amenée à une autre chose que LG m’avait dite, au téléphone, quand je lui avais dit que que si j’avais pu à un moment donné penser à moi comme à une artiste sans œuvre, au fond, j’étais à ce moment-là comme une analyste sans analysant. A quoi il m’avait répondu que c’était un rapprochement très intéressant (dont nous reparlerions (ce qui n’est s’est pas à proprement parler fait)) – mais que si j’étais sans œuvre, je n’étais pas sans art.

Avant que de lui parler, j’avais tenter d’interroger le rapprochement entre le travail d’un analyste et celui d’un artiste, entre  une œuvre et un analysant, et je n’y étais absolument pas parvenue. Cette réflexion me donnait l’impression de me trouver face à un problème de logique aporétique, quelque chose d’au-dessus de mes forces, de mon entendement, faisant paniquer mon esprit, le freezant, me laissant juste le sentiment d’être un peu idiote, déficiente, et n’ayant d’autre recours que l’espoir d’un éclair, d’une illumination. De cette aporie, LG par son compliment, m’a au fond délivrée comme il me disait que je n’étais « pas sans art »…

« Mais il y a un autre régime de l’interprétation qui porte non sur le désir mais sur la cause du désir, et ça, c’est une interprétation qui traite le désir comme une défense. Qui traite le manque-à-être comme une défense contre ce qui existe.
Et ce qui existe, au contraire du désir qui est manque-à-être, ce qui existe, c’est ce que Freud a abordé par les pulsions et à quoi Lacan a donné le nom de jouissance. »
http://disparates.org/lun/2011/05/jacques-alain-miller-cours-du-11-mai/

C’était alors à un moment où il me semblait découvrir mon goût du « sans », mon goût pour le « rien »  (à moi tendrement révélé au cours de vacances en Suisse, où il y avait eu le rêve des trois rondelles après le délice de la salade, les bénéfices cependant de cette « révélation » s’étant vu exploser, partir en terribles éclats, quand au retour de Suisse, j’avais trouvé ma mère ici).

Beau, su, est. Qui situe le beau uniquement du côté du savoir et de l’être. Ce que cette ontologisation dénonce.  Le beau  considéré dans sa matière signifiante, idéale et identificatoire. Symptôme de mon père qu’il me faut incarner. Sermon plaqué sur la mort. 

S’esquisse dans ces réflexions le passage d’un être à un avoir, via l’acquisition d’un certain savoir-faire. Le commun dénominateur à ces 4 termes, analyste, artiste, œuvre, analysant, c’est le symptôme. L’être, l’être signifiant, identificatoire, ne se supporte que d’avoir rien, or la pratique de l’analyse n’est sans tirer vers  ce nouvel avoir : un symptôme qui fût le sien. Artiste sans œuvre, analyste sans analysant : pas sans art. Au moins ça : il y a, de la jouissance, de l’art. De la manière. Du savoir-faire, un symptôme.

(Commission)

Je me rendors,  le rêve reprend.

« Je suis maintenant seule avec D*. Il voudrait que je reste, il a encore des rendez-vous. Mais je dois rentrer dîner, dormir chez mes parents, je travaille le lendemain. D* a l’air de penser, de trouver, de tenir, à ce que nous passions la nuit ensemble. Je me dis que si je fais ça, je n’aurai jamais le courage de retourner travailler à E* le lendemain, que déjà, j’en perds le courage. Je veux partir.

D* me dit qu’il a invité le Conseil ou la Commission (de la passe) de l’École. Que d’autres gens viendront également qui ne sont pas de l’École.

Ils arrivent.

Il y a quelqu’un que je connais parmi eux. Une jeune femme dont j’ai oublié le prénom, le curieux prénom, dont l’une des lettres devait soit être prononcé soit ne pas l’être (un « s », je crois), d’une façon inverse à la coutumière, avec qui j’ai travaillé à la Commission européenne. Dans le rêve, elle habite maintenant dans mon quartier. Nous nous entendions bien. Elle était de grade B (moi, C). Très gentille. Portait cependant un parfum que je détestais (Opium, d’YSL (!)). Vive, mariée, de province, française, elle écrivait, rédigeait, extrêmement bien – c’est-à-dire qu’elle faisait un travail que je me sentirais bien incapable de faire, où l’art de l’exposé et du résumé ne tenaient pas la moindre place. De même que le sens de la formule et la connaissance des formulations ad hoc. ) Elle parle des millions qu’elle gagne aujourd’hui.

J’étais arrivé chez D* avec deux livres ou classeurs. Sur la tranche de l’un d’eux il était écrit soit « Conseil« , soit « Commission« . Il n’y s’agissait pas d’un organe de l’École, mais j’avais crains qu’on ne le croie, et qu’on ne croie que je m’y connaisse, quand je n’y connais rien. Ce qui m’embarrasse.

D* pose une question que chacun note, moi également. Il s’agit d’art. Mais je n’ai pas envie de répondre à cette question. Je me lève pour m’en aller. D* me rejoint, sur le pallier, me retient. Me dit qu’il n’en a pas pour longtemps. Me serre dans ses bras, nous nous serrons, c’est bon. Nous nous embrassons. Je me demande si ça peut être agréable alors que je ne le désire, ne l’aime plus. Je constate que oui, c’est très agréable. Je retourne à l’intérieur avec lui. Les gens de l’École sont partis, il en ont eu assez d’attendre. Il restent quelques personne. Je me rends compte que D* donne en fait un cours d’histoire de l’art. Tous les gens s’en vont.

Nous sortons D* et moi, errons sur la place, en nous embrassant. »

Notes:
  1. E = société où travaillais autrefois, à Bruxelles, dont j’ai démissionné pour venir vivre à Paris, avec l’homme que j’avais rencontré, F. []

Donn

« comme si je pouvais commencer à avoir un corps, recommencer à avoir un corps », je me répétais tout le temps ces mots.

j’aime le dehors – le dehors de Donn, j’aime le vent – ou l’air – j’aime ce que j’y vois – je ne sais pas que j’y aime, j’aime les arbres la distance la lumière l’espace l’air – je ne sais pas ce que j’aime à donn mais j’y suis ravie, vérit…

donn, c’est un ravissement pour moi

peut-être parce qu’échappe au regard, alors plus besoin d’être (bonne image) mais possibilité d’avoir (un corps) – l’isolement de donn – clôture – ouvert et clos. entre-soi et dehors – le délice de pouvoir passer de dehors à dedans de dedans à dehors sans (autre formalité)  – sortir par la fenêtre, être sous les arbres – au soleil, dans l’ombre – les odeurs – l’air – l’espace

voir

à perte de vue

pas un endroit où je ne sois bien à Donn, pas un moment – je

cette impression d’avoir ce que je n’aurais jamais rêvé d’avoir – que je n’ai jamais eu.

 

ouvrir les yeux, l’enchantement, devenu visible l’espace pris dans la lumière. la j. même du regard – où qu’il se pose dans l’espace, surprise et enchantement.

Donn juillet 2005 

vendredi

Jour anniversaire de la naissance de mon père. Ne m’en rends compte que maintenant, comme vérifie la date pour la noter. Suis au jardin. Près de la piscine, avec le chat. Revenons du cimetière, l’enfant et moi, où avons cherché la tombe de son oncle, du frère de son père, sans la trouver.

Chaud, beau.  L’homme est à Paris pour mes papiers, si gentiment parti à Paris pour s’occuper de mes papiers. L’enfant est à l’intérieur, permission de jouer à la Wii pendant une demi-heure, devais trouver moment pour écrire ( pas sûre que l’homme apprécierait que l’enfant soit laissé seul dans la maison).

Cette nuit rêve dont me souviens à peine, où il était question de mon premier psychanalyste et de l’École de psychanalyse.  Comme s’il fallait tout de même retourner à ça, ce premier transfert, cette première analyse. Et dans la foulée, dans le lever, comme malgré moi, une décision qui se prend, un décollement qui s’opère. De par le rêve, un détachement de ces personnes qui comptaient tellement pour moi. Elles tombent, retombent doucement. S’évanouissent. Dans la chaleur, la douceur de Donn.

Du rêve, quelques souvenirs.

Était-ce une fête, organisée par moi ? Je suis dans la salle de jeu de la rue Tiberghien (maison de l’enfance).

Quelqu’un meurt.

On ne sait pas qui. D’après ma réaction, je dois croire un moment qu’il s’agit de YNG. « Tout de même,  dis-je au grand psychanalyste, c’est le grand Dispariteur !  Un homme qui…  » Ceci,  cela… je ne sais plus de quels prodiges je le vante, mais je termine par ce mot : « Fou ».   « Ah bon! s’il est fou, alors là… – Mais vous savez, il a bien connu Duras,  je rétorque. – Ah! Alors, il n’était pas fou »,  en déduit, péremptoire, le grand psychanalyste.

Fête. Circulation dans les étages.

Je « tombe » sur la bouche du grand psychanalyste. Voudrais m’excuser, mais il m’embrasse. Ne sais pas si c’est agréable.  Un peu l’impression d’embrasser un cadavre.

Quelque part, le cadavre de Lacan.

Le grand psychanalyste va partir.

Dans l’entrebâillement d’une porte, il se modifie physiquement. Devient massif, ressemble à Dominique Strauss-Kahn ( DSK )!

Se met à saigner abondamment du nez, ou de la bouche, du nez plutôt, à flots, assez horrible. Doit s’allonger. Il faut que je trouve où l’allonger. Puis, faudrait également que nous sortions, mais ne veux pas sortir avec seule serviette de bain autour de corps. Le grand psychanalyste pense que je vais pouvoir rapidement (ha ha ha) me trouver un vêtement (beau, très beau) et m’habiller. Suis donc inquiète (non, je n’ai jamais été rapide pour m’habiller). Dois porter le grand psychanalyste,  trouver un endroit où l’allonger. Et puis trouver de quoi m’habiller. Les gens pensent, disent que je n’ai qu’à (y a qu’à) l’amener dans ma chambre (ancienne chambre d’enfant sous les combles), j’y trouverai à m’habiller, je pourrai l’allonger, et on pourra faire le genre de choses qu’éventuellement deux personnes de sexe opposés font dans un lit.

Cadavre vivant de Lacan, quelque part, vertical.

On finit par arriver à sortir. Sommes dans la rue. Ne sais pas comment me suis habillée.

*

 » […] deux dimensions qui ne sont raccordées que par un hiatus. Une dimension où le sujet, comme dit Lacan, dans son avant-dernier écrit, Joyce le Symptôme, où le sujet vit de l’être, et il équivoque avec « vide l’être » : il vit de l’être et en même temps il le vide, il est promis au vidage, et nous l’accompagnons dans ce vidage. Mais il y a une autre dimension.

Celle où il a un corps.

Et, il faut en passer par la différence de l’être et de l’existence pour donner sa valeur à la différence de l’être et de l’avoir. L’avoir, l’avoir un corps est du côté de l’existence. C’est un avoir qui ne se marque qu’à partir du vide du sujet. Et c’est pourquoi, quand il a au fond abandonné le terme de sujet, de sujet de la parole essentiellement, Lacan a forgé celui de parlêtre. Il a dégagé ici la racine de ce qu’il appelait le sujet comme manque-à-être : marquer par le terme de parlêtre que ce sujet n’a d’être que ce qui tient à la parole – mais qu’il ne peut se poser comme tel, au moins est-ce ce qu’il a impliqué , qu’à partir du corps, de son « A UN CORPS ».

Qu’est-ce qu’il fait de ce corps qu’il a? Ce corps est essentiellement marqué par le symptôme. Et c’est en cela que le symptôme peut être défini comme un événement de corps, ça suppose que ce corps est marqué par le signifiant. Par le signifiant, c’est-à-dire quoi? Par la parole en tant qu’elle s’est inscrite, en tant qu’elle peut être représentée par une lettre. Et c’est cette inscription qui mérite d’être qualifiée de l’inconscient freudien. Et tout ceci, je vous le ferais remarquer, procède précisément de la jaculation Y a d’l’Un.

Y a de l’Un, veut dire : il y a du symptôme.

Au-delà du désêtre, il reste l’événement de corps. »

Jacques-Alain Miller, cours du 3 mai 2011 (L’Un)

*

Éléments pour une interprétation

Bien. Noter d’abord qu’il y a trois lettres, même si on ne sait qu’en faire. 3 lettres, différentes à chaque fois, 3 acronymes ou sigles :  les trois lettres de DSK, celles du grand dispariteur, YNG, celles enfin du diminutif du grand psychanalyste. Je garde donc dans un coin de ma tête : 3 lettres.

Ensuite, « DSK ». Pourquoi faut-il que le grand psychanalyste se transforme en DSK ? Avant toute chose, je précise qu’au moment du rêve « l’affaire DSK » n’a pas éclaté. Il n’est encore que Directeur Général du FMI.

Je songe qu’il pourrait s’agir de la déesse K : la DS K, la « Madame K » de la Dora de Freud, celle à cause de qui elle gifle Monsieur K quand il lui dit, pensant la rassurer, que son épouse, Mme K, n’est rien pour lui. Alors qu’elle, Dora, c’est elle, qu’elle aime,  Madame K. Et si elle peut accepter quelques avances de Monsieur K, il ne s’agira pas qu’elle le laisse la diffamer, qu’il la dise « rien ». Le grand psychanalyste est-il ma déesse K? Ou la psychanalyse est-elle ma déesse K ?

Dans DSK, j’entends « ESK ». J’entends ESK, parce que depuis longtemps cet ESK me poursuit. Comment le dire ? Cet ESK, je l’entends quelquefois résonner, toquer et retoquer doucement dans ma tête, sans que j’aie encore pu déterminer à quel moment cela arrive, pour finir par se coupler à « lié » et faire « ESC à lier ».  Est-ce K lié? Est-ce lié à Mme K ? Est-ce cas lié? Est-ce lié au cas, au cas analytique ? Est-ce lié au « fou à lier » ? Je ne le sais pas et ne le saurai peut-être jamais.  Je note ici qu’il m’arrive également d’avoir le vertige dans les escaliers, à quoi également, je repense à chaque fois que « ESK » vient résonner dans ma tête. Et puis, last but not least, il y a aussi l’escabeau de mon seigneur Lacan, celui du saint homme Joyce :

Ce que fait le f…toir dit épistémique quand il se met à bousculer le monde, c’est de faire passer l’être avant l’avoir, alors que le vrai, c’est que LOM a, au principe. Pourquoi ? ça se sent, et une fois senti, ça se démontre.

Il a (même son corps) du fait qu’il appartient en même temps à trois… appelons ça, ordres. En témoigne le fait qu’il jaspine pour s’affairer de la sphère dont se faire un escabeau.

Je dis ça pour m’en faire un, et justement d’y faire déchoir la sphère, jusqu’ici indétrônable dans son suprême d’escabeau. Ce pourquoi je démontre que l’S.K.beau est premier parce qu’il préside à la production de sphère. L’S.K.beau c’est ce que conditionne chez l’homme le fait qu’il vit de l’être (= qu’il vide l’être) autant qu’il a – son corps : il ne l’a d’ailleurs qu’à partir de là.

Lire Lacan, avoir lu Lacan. Par endroits n’y rien comprendre, n’y avoir rien compris. Pourtant retenir, n’oublier pas, ce qui m’est arrivé avec cet « S.K.beau ». L’avoir lu quinze ans plus tôt et c’est resté. Mon « esc à lier » lui est antérieur.  Il vient d’avant, d’une sorte de nuit des temps. Mais bien sûr, il se peut que ce soit lui qui ait capté, retenu l’S.K.beau de Lacan, par association d’énigmes consonantes.

*

Et qui meurt? Est-ce le grand dispariteur, est-ce le grand psychanalyste, est-ce le grand Lacan? Qui meurt et quel mort aimai-je? Aimai-je encore aujourd’hui? J’aimais que Lacan fût mort. Je l’ai aimé plus que tout. Jusqu’à ce que je puisse aimer le grand psychanalyste vivant. Et d’une façon plus globale, je ne suis pas sans avoir aimé des psychanalystes.

Mon dernier, en amour, le grand, dans le rêve donc, se met à saigner du nez, à flot. Il est vrai qu’il est un grand enseignant. Que je ne le connais qu’au travers de son enseignement. Depuis, c’est moi qui saigne du nez. Pas du tout à flots, maigrement, mais quotidiennement, jusqu’à l’anémie, tout de même, finalement. Ce désir, d’enseigner.

Mais là, c’est lui qui saigne. Il est DSK, il saigne, je dois le porter. Nous devons nous coucher. Dans ma chambre d’enfante, de jeunette tout là haut. Il me dit de m’habiller, car je ne porte qu’une seule serviette autour du corps, ne se doutant pas des plus grandes difficultés auxquelles il me confronte. Car je n’ai jamais su, comment m’habiller.

Alors qui est-il ce grand psychanalyste qui ressemble à DSK et qui se met à saigner ? Est-il ma madame K ? Ma madone à moi ? Ma « La femme » qui n’existe pas ? Ma psychanalyse ? Il est celui auquel mon transfert s’est fixé. Est-il mon Roméo, mon Don Juan, mon homme à femmes ?

Je peux toujours continuer à poser la question. C’est tout ça qui s’est évaporé avec le rêve. Cela que le rêve a soufflé, magiquement. Me réveillai avec l’impression de m’être trompée. Comment le rêve l’a fait, je ne le sais pas. Ce n’est même pas l’élaboration autour du rêve qui l’a fait, c’est bien le rêve lui-même. Je me suis réveillée différente, et j’ai cherché à me souvenir du rêve…

*

avec une seule serviette autour du corps : alix, sdb, enfance

. comment m’habiller … « N’en restant pas moins que LOM (écrit L.O.M.) ait son corps, à revêtir entre autres soins. »

 

Le premier enseignement repose sur le manque-à-être et sur le désir d’être, et prescrit un certain régime de l’interprétation, disons l’interprétation de reconnaissance. C’est l’interprétation qui reconnaît le désir sous-entendu (…) et il faut dire que chaque fois qu’on s’emploie à interpréter un rêve, en effet on pratique l’interprétation de reconnaissance.

Mais il y a un autre régime de l’interprétation qui porte non sur le désir mais sur la cause du désir, et ça, c’est une interprétation qui traite le désir comme une défense. Qui traite le manque-à-être comme une défense contre ce qui existe.

Et ce qui existe, au contraire du désir qui est manque-à-être, ce qui existe, c’est ce que Freud a abordé par les pulsions et à quoi Lacan a donné le nom de jouissance.

 

où un rêve me force à me souvenir d’un autre rêve (viscéral)

dimanche 22 mai

rêve hier

marrant, m’y souvenais d’un rêve que j’avais déjà fait, me rappelais d’un rêve oublié, m’en rappelais donc, avec toutes les  virgules lacunes qui y attiennent.
plusieurs personnes
2 hommes, 2 femmes ?
font, faisons des choses (plus interdites qu’interdites, le plus interdit de l’interdit) (j’ai mis entre parenthèses, parce que pas sûre que ce soit ça) .
j’accepte de le faire
je suis couchée sur le dos.
me vois comme ça, je veux dire la caméra est là, la caméra du rêve, mais placée de façon à ce que je ne voie pas vois pas ce qui se passe dans mon ventre. je ne vois pas de mon point de vue, de mon point de vue dans le rêve, où je suis couchée sur le dos, car si je voyais de mon point de vue, d’où je suis dans le rêve, de comment je suis, je verrais tout. or, c’est très important que je ne voie pas tout, que je ne voie d’ailleurs rien du tout. je suis couchée sur le dos, sur une table d’opération, et mon ventre est ouvert, et les autres, et c’est ça la chose plus qu’interdite, les autres jouent avec tous les organes de mon intérieur, à pleines mains, ils y vont, et ça, c’est censé leur, et me procurer du plaisir, de la jouissance. personne ne fait ça, et personne ne peut faire ça, et personne ne connaît ça, mais nous sommes une petite bande qui… moi, c’est la première fois. donc, je ne vois pas ce qui se passe, parce que la caméra est placée sous la table d’opération, du côté de ma tête, je pourrais voir ma tête, mais c’est tout. donc,  c’est très viscéral, et c’est tout ce qu’il y a de possible à en dire. si c’est ce n’est qu’il y a une chose que je ne veux pas, je n’ose pas faire, mais je ne sais plus  très bien ce que c’est , mais que les autres font, moi, je suis novice, c’est ça, novice au fond. ils sont plusieurs, occupés dans mes tripes, eh bien, c’est possible, que ce qu’ils aimeraient, ce qui serait encore mieux pour eux, et qu’ils se font entre eux, c’est, faire des choses sexuelles, dans mon corps ouvert, ha ha. mais je ne veux pas.
voilà, c’est le rêve dont je me rappelais dans mon rêve, mais le rêve lui-même, celui où je me souvenais, je ne m’en souviens plus,
marrant.
(non relu) (parce que c’était vraiment insupportable pour moi d’écrire ces choses, ça l’est devenu, parce que je ne sais plus du tout quoi faire, de mon analyse)

 

le nom de cette femme, Ornelle

avec qui Fred me trompe.

  • être trompée
  • ornelle, or not
  • ornelle, orner
  • corneille, corps né lien (choix)
  • cornelia – deuxième prénom de ma mère ANNA IDA CORNELIA
  • je disais autrefois n’aimer pas les corneilles

seul l’éléphant trompe énor

en réalité, je ne déteste pas taquiner l’idée qu’il me trompe. Qu’existe la déesse K.

ou encore

qu’il me trompe et que je m’expulse

que tout s’ex pulse

la grande ex pul sion

le tralali lala

  • oreille

last sentence

of the dream:

can i have une petite salade de tomates fraîches et une (soupe?) de po-man à partir de po-man?

#7481

je voudrais oublier partir. il faudrait pouvoir décider à un moment d’oublier. non pas mourir, mais oublier. effacer sa mémoire. savoir que l’on vit ses derniers instants avec elle, et puis pfuit. qu’elle s’efface. repartir à zéro.

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cher,

je voudrais partir une semaine, loin de vous. laisser moi partir, une semaine, à bruxelles. restez sans moi. que je sois sans vous.

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plus jeune, je rêvais d’être frappée d’amnésie.

.

l’écriture fait partie de la vie de each and single living human being.

. .

rêvé de MHB, marie-hélène brousse. elle faisait qq chose comme me remercier pour ce site, empreintes digitales, mes retranscriptions du cours de miller. elle me parlait gentiment, m’interrogeait. je lui répondais, fis un lapsus. nous en rîmes. j’en fus complètement étonnée. ma vie bascula. elle me parlait en toute confiance. non pas comme une potentielle analyste. il était question de savoir si je ferais ou pas sans analyste avec ce lapsus. elle me présentait à d’autres analystes. ils, elle en fait, me parlaient gentiment. je craignais de ne pas me souvenir d’eux, d’oublier leur nom. j’avais craint de parler à MHB et qu’elle se propose à moi comme analyste, mais non. elle m’écoutait, avec bienveillance intérêt, elle me laissait libre.

.

ensuite, rêvé de mes parents, qui se faisaient arnaquer, complètement. enlever même ce qu’ils n’avaient pas. oh, pourquoi. avaint-ils signé ça. trusted these people. non, cela n’était pas sûr, qu’ils se soient fait arnaqué. mais, moi, j’en étais sûre. le visage qui se couvrait de larmes des gens que j’accusais. les hoquets qu’ils retenaient. mais c’était trop tard. mes parents avaient signé. et même ce qu’ils n’avaient pas leur seraient enlevé. et nous n’aurions plus rien, vraiment. ma mère si excitée, d’avoir pris des « actions » (le produit de la vente) d’autant de magasins d’autant de villes qui me paraissaient inconnues, inexistantes.

ils étaient arrivés, nombreux. s’étaient introduits dans la maison, s’étaient installés dans le grand salon, autour d’une immense table aux hautes chaises, avaient convoqué mes parents. eux, dans la salle-à-manger, autour de la table, prenant doucement le thé en pijama. un peu vieux, un peu malade, mon père, surtout. et ils y étaient allés. avaient négociés avec ces hommes et ces femmes d’affaire. alors je m’étais enfuie. ne pas voir ça. j’avais bu à une table en face d’une femme qui mangeait, jolie, élégante. qui petit à petit parlait. nous buvions du champagne, rosé peut-être. elle s’avérerait être une serveuse du restaurant. élégante au moment de sa pose. je me rendrais sympathique au personnel, attendant la consommation de l’arnaque. puis mes parents seraient sortis, avec les hommes et les femmes d’affaires, heureux d’avoir tout donné, pensant s’engager dans une nouvelle vie où ils deviendraient enfin riches, ayant peine à y croire, étourdis de cela. faibles, fragiles. et tout de suite, je sais, je crois savoir, je soupçonne, la totale arnaque. et ces hommes et ces femmes d’affaires, je les injurie. d’avoir pu prendre à ceux qui avaient le moins. d’avoir plongé dans le malheur des gens sans le moindre égard, la moindre pitié, l’indifférence crasse. et eux déjà partaient, cherchaient à s’introduire dans d’autres appartements de la maison, malgré l’heure tardive de la nuit, déjà.

tout leur serait enlevé, à mes parents. tout et même plus que tout. et nous finirions à la rue.

les peaux jouent, rêve

Robe qui part du cou, l’enserre comme un collier, d’esclave, descend sur la poitrine, les seins, sans passer par les épaules, se resserre sur le ventre, repart sur les hanches, jusqu’aux genoux.

C’est très joli.

Je m’aperçois cependant que le bonnet droit de la robe est vide, mon sein droit manque. J’ôte la robe et vois  avec horreur que toute la peau a « joué » sur les seins et sur le nombril. C’est indescriptible.

La peau du trou du nombril n’est plus en face du trou.
La matière à l’intérieur du téton n’est plus sous la peau du téton.
Le sein n’est plus sous la peau du sein.
La matière du sein n’est plus sous la peau du sein.
La peau du sein est vide et la matière est ailleurs.

Tout s’est dis
                            so    
                                   cié.

La peau vide.

La peau s’est dissociée de ce qu’elle recouvre et a bougé ( tu tectoniques Véronique)

Je montre ça à mon père, me dénude devant lui. Je dis que c’est horrible, que c’est atroce. Lui dit que non (pas grave). Je lui dis que si, que pour moi, l’image est toujours ce qui a le plus compté.
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La nuit d’avant, autre rêve: ma lèvre inférieure disparaît quand je parle. Ma mère dit que oui, elle avait remarqué ça, mais qu’elle essayait de le pas le voir, que c’était pas grave. Cela s’explique parce que j’ai / j’aurais  le menton fuyant. Mon menton fuit-il?

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La nuit d’encore avant, rêve d’un même acabit.

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imperfection des seins et mystère de cette dégoutante imperfection.

être une jeune fille, avoir 105 cm de tour de poitrine. et quand on se couche sur le côté, la bizarre forme que les seins prennent, aplatie, horrible. être alors très triste, horrifiée et triste. sentiment primaire et désagréable. sentiment solitaire.

les seins sont des choses assez désagréables à porter pour une jeune fille et l’enveloppe des seins ne fixe pas toujours son contenu, qui est mouvant. une bonne enveloppe de sein soutiendrait et serait rigide.  ou le contenu des seins se devrait-il d’être plus dur, plus ferme.

enveloppe et contenu. le flasque (la flasque) et  l’informe.

artiste, le père n’y comprend rien. ne s’attache pas à la « bonne forme ». explication facile qu’il ne convient peut-être pas de retenir.

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la lèvre inférieure disparaît – le trou noir de la bouche, l’enclos des dents, l’horreur du corps, oui mais. le menton fuit. le menton fuyant. mon menton fuit-il il ? mon menton FUIT.

L’horreur d’IRMA (de l’injection –> réel de boucherie –> hystérie)

Mais : ma bouche A CHANGE (pour de vrai), mâchoire. quand je parle, l’intérieur de ma bouche. que l’autre voit-il que je ne vois pas. le trou de l’image.

[ici vidéo florence « c’est pas grave »]

Un artiste ou quelqu’un qui vous aime n’aurait pas peur du réel, le désire (mon père, ma mère ou Léonard de Vinci)

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pensée d’hier

JACOTOT–> son idée des intelligences toutes  égales (même s’il ne tient pas compte du fantasme ) –> pas d’artiste (pensais-je) – l’un pas plus artiste que l’autre, au départ  (pensais-je de façon fugace)

mais une capacité à se passer de l’autorisation / opinion / avis / autorité de  l’Autre.

Avoir 5 ans comme Lacan.

Ce qui est juste chez Jacotot, c’est son idée d’émancipation. Si je pense qu’il n’y a pas d’artiste – cela veut plus ou moins dire  » il n’y a que des hommes émancipés ». Non pas un artiste, un homme émancipé. Non pas un génie, d’abord un homme émancipé. Dans le cas de Lacan, à l’en croire – pas même eu le temps d’être aliéné (s’est arrêté à 5 ans) .

C’est aussi le sentiment que l’activité dite artistique fait partie de l’homme, des activités de base de n’importe que homme (mal dit et fantasme chez moi, je me vis en artiste, mais je n’en suis pas une parce que mon père en est un, et qu’il n’y a pas d’artiste après mon père. Vis en artiste sans œuvre. Pour moi artiste = homme.

ARTISTE / ANALYSTE

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muller & muller

image

rêve de l’autre jour:
« muller & muller . S1 S2.  l’holophrase!  mais comment séparer ce qui est le même?  »
réveil ce matin :
muller et muller
14 . 18 et 40 . 45
la guerre et la guerre
M . U . double L . E .  R
L . L
comment séparer ce qui est le même
je ne sais pas compter je n’ai pas d’accès à l’histoire
la preuve est là
1 .2 c’est facile
c’est à  trois que les difficultés commencent
l ‘ordinal!

du père le nom est le même, double
le corps non

joie du drame

pour sortir du même il faut et il suffit du zéro : « la place du sujet »
vous le saviez déjà. désir et jouissance s’articulent comme s’articulent ordinal et cardinal.

les orphelins remplaçables.

et puis il y a quelques jours rêvé que j’étais orpheline. non, pas moi, une petite fille. c’était un peu moche car les adultes pouvaient choisir les enfants. pour passer l’après-midi par exemple ou plus longtemps, à leur convenance. puis les ramener. en reprendre, en changer si l’enfant qu’ils avaient choisi avait été un peu difficile, ne leur convenait pas.  et je me demandais ce que ça leur apportait,  aux orphelins. une petite fille de dos, avec de longs cheveux blonds, très raides, coupé cut, très droits, dans l’obscurité, devant une porte vitrée.

j’ai terminé la lecture de 1666, et ça me met de mauvaise humeur.

qui regarde quel corps quel objet de quelle collection. quel glaçon reste dans les verres vides et quel verre solitaire.

 

double cabine crochetant par l’Alas’ka

 Bateau, paquebot,
Y arrivons au sortir d’un voyage en train, ma tante et moi, mais pas aux mêmes heures. Donc, ne nous retrouvons pas de suite et passons première nuit dans cabines séparées, cabines de luxe. Suis avec jules.

Au matin, je suppose que ma tante ne se sera pas inquiétée, qu’elle se sera renseignée auprès de la réception, du commandant de bord, pour savoir si nous avons bien embarqués. Jules veut que je lui prépare de la soupe. Assise devant la cuisinière, je manipule plusieurs casseroles, sur plusieurs feux. La recette s’avère très simple, surtout très rapide, et je me retrouve avec une quantité de soupe telle que je crains que nous ne puissions jamais la boire.  D’ailleurs, voilà qu’on vient nous chercher pour que nous faire changer de cabine. La première cabine que nous occupions était une cabine transitoire, d’accueil. Notre vraie cabine1 , s’avère être une double cabine2, gigantesque, composée de deux appartements, non encore entièrement libérés, au moins pour l’un d’entre eux. En traversons ses multiples pièces, arrivons à l’avant du bateau.  Sur le côté, aperçois piscine. Choisissons nos chambres. En revenant sur pas m’aperçois que deuxième partie chambre occupée, contrairement à ce que j’avais d’abord cru. Mais par famille nombreuse, dormant à même le sol, « palleas parterre » (( ce sont des mots de ma tante, de titi, dormir « palleas parter »,  prononçait-elle – pailLasse parterre? )), moins luxueuse donc.

Voyage s’annonce magnifique, mais semblerait que devions faire crochet. Passons sous banderole où  indiqué ALASKA.

Au réveil, pense : identification, méconnue de moi, à ma tante, identification ignorée, oubliée.

 —

Ma tante : jouissance, dolce vita. Position allongée, nourriture, soleil, vacances, bavardages.
ALASKA, contraire de ça?

 A – elle – A – Est-ce – Ka

Baudelaire, « ordre et beauté, luxe calme et volupté »
Son chat.
Titi, son surnom, à elle, ma tante.
Pensais qu’elle était celle qui m’avait initiée à douceur, jouissance de vie, sans culpabilité, tempérant le coté janséniste de mes parents.
Vivait aux gentils crochets d’un homme plus âgé qu’elle, qui avait voulu m’adopter. Crochets qui consistaient principalement en vacances, vêtements et restaurants. (=luxe, superflu, ce dont je suis justement absolument privée en ce moment…  ce à quoi j’ai décidé de ne plus renoncer, ce pourquoi j’ai décidé de m’installer, d’ouvrir un cabinet d’analyste.). Vivaient hors RS. Seule jouissance consommation bavardages superbes. Son fiancé, lors de ses 20 ans, cheminot, mort, écrasé par train, accident, veille mariage. Avait également été malade, suite à empoisonnement dans un étang où elle n’aurait pas dû nager. Des mois entre vie et mort. Nous avait appris à nager, aux trois enfants, venaient tous les mercredis, pour nous amener à la piscine, ma mère, elle, ne savait pas nager.
Belle, enjouée, gourmande, drôle. Travaillait dans hôpital psychiatrique comme éducatrice, atelier d’activités manuelles. Ils étaient très nombreux, les malades, très calmes. Faisaient des paniers, des tapisseries, divers objets canés. Nombre à l’image, où l’usage, de son chat à elle, Titi,  Zwartje (qu’elle emmenait à son travail tous les vendredis, que les malades connaissaient donc).
Faisait de la peinture en hobby. Des sortes de Hockney. Avait  pris des cours avec mon père. Habitait à Louvain, où nous avions récemment vu l’exposition Charles Burns.
M’entendais parfaitement avec elle, beaucoup plus drôle que mes parents.

Ai pensé qu’offrait moi-même à Jules les deux facettes. Jouissance tranquille et hors culpabilité, bête, et désir inquiet, épuisé de culpabilité.

Un peu comme dans double cabine. D’un côté grand luxe et seule avec mon fils, de l’autre famille nombreuse, dormant à même le sol pauvre. Janus du désir et de la  jouissance.

Récemment, dans les actualités, paquebot a coulé que son commandant avait abandonné.

Notes:
  1. ah oui, « cabine », presque comme « cabinet », cabinet d’analyste, puisque j’ai décidé de tenter cela, m’installer. []
  2. du coup, double cabine, ça fait un peut « double V – C « , « WC » []

s’kat’pat

rêve 1er fév, night
dans le rêve, me réveille, interprète un texte crypté, lacanien : il faut faire une quadruple passe (4 passes comme 4 pattes, comme quadripode, comme 4×4), « réussir » 1  une quadruple passe, 2 premières, 2 suivantes (double double). l’une n’ayant rien à voir avec l’autre, chacune exploitant à sa façon quelque chose qui ne saurait être exploité d’aucune autre, l’une passe ne pouvant donc intégrer l’autre passe, chacune des passes étant indispensable. aucune ne venant compléter l’autre, chacune traitant de choses qu’aucun rapport ne peut lier, séparées donc. deux premières passes étant suivies, je crois, par deux autres. deux premières passes débutantes, 2 dernières passes concluantes…  afin comprends-je, dis-je, à l’école (ECF) de s’assurer que l’analyste puisse aussi bien y faire avec … qu’avec…. de l’analysant qui vient vers lui. s’agit-il d’un savoir y faire de l’analyste avec la jouissance, avec le désir ? je ne sais pas, ça y ressemble, un trop et un trop peu. rencontrer un trop et le faire passer au peigne, à la brosse d’un trop peu. me couche, dans le rêve, et rêve, rêve éveillé, pour m’endormir, que je l’ai fait, que j’ai fait ces 4 passes, que j’explique à l’école comment je les ai passées ces 4 passes. il y est question de la rencontre du style, et de l’apprentissage d’une sorte de polissage de ce style pour qu’il passe, ce que je prouve.
je me réveille pour de vrai en me répétant des prières en litanie pour faire barrage à quelque chose, à des phrases, des mots très désagréables, je cherche d’autres litanies, d’autres mots que ceux-là, me rends compte que ne dispose d’aucun texte que je connaisse par cœur, de cette façon. le rêve me revient, avec qq chose de l’ordre d’un « kat, kat, k » qui ne cesse de se répéter, que je ne cesse d’entendre, de faire tourner dans ma tête. je ne sais pas si je dois prendre un anxiolytique, je me lève pour écrire le rêve ici.

Notes:
  1. je mets les guillemets à « réussir » parce qu’hier géraldine m’expliquait comme … avait montré qu’une passe « ratée » était une passe réussie.  et au fond, ça résonne un peu avec la façon dont j’ai pu dire mon analyse ratée, et donc… « réussie ». enfin, dans ce cas-ci, c’est réussi (donc raté?) []

Les animaux fantastiques

3 mars 2012, 12h54

les animaux fantastiques, rêve de cette nuit

une pièce qui comporte de très nombreux animaux, dont je me souviens seulement d’un ours brun. de cette pièce, de ces animaux qui vivent là en toute quiétude mais aussi en toute indifférence, je décide de m’occuper.

je les nourris, leur parle, circule entre eux. du coup, ils se réveillent. l’un ou l’autre s’échappe. ils se réveillent, ils se battent, ils se réveillent, l’un ou l’autre m’attaque.

un ours brun, deux loups blancs. l’un ou l’autre chien. un singe.

j’avais laissé des pots accrochés en hauteur, d’oiseaux, se dessécher complètement, je décide de les faire revivre également, or, lorsque je les arrose, ai-je mis trop d’eau, si cela leur permet de retrouver instantanément leur forme première, ils meurent malheureusement immédiatement après, en se dissipant, disparaissant complètement.  je ne sais pas s’il s’agit de papillons ou d’oiseaux, de tout petits oiseaux. je fais cela, essayer de les ranimer avec l’aide des autres animaux, les grands. cela nous inquiète, eux et moi.

parallèlement à cela, je fais des courses le matin, je vais à la poste. mon père et ma mère sont également présents, très présents dans ce rêve.

nb: au moment du réveil des animaux, je découvre l’ours brun étreignant, un peu à la façon dont peut le faire Chester, un énorme ours brun en peluche (l’ours de jules)

3 mars 2012, 18h16

les animaux fantastiques, d’où ils viennent, que je lisais hier soir, en m’endormant :

3 mars 20h16

« We are unwilling to spin out our thoughts into the phantasmes of sleep, making tables of cobwebs and wildernesses of handsome groves. Sans compter, ajoute-t-il pensivement, qu’Hippocrate, dans ses remarques sur l’insomnie, a si peu parlé du miracle des plantes que c’est à peine si l’on ose encore rêver du paradis, d’autant que dans notre pratique, nous nous préoccupons surtout des anomalies que la nature produit sans cesse, que ce soit sous forme d’excroissances maladives ou en mettant en œuvre les immenses ressources d’une inventivité à peine moins maladive, pour combler les lacunes de son atlas à l’aide de toutes sortes de figures grotesques. Notre étude actuelle de la nature tend en effet à la description d’un système en parfaite conformité avec un corps de lois ; et pourtant, c’est avec prédilection que notre œil se fixe sur les créatures qui se distinguent par leur forme abstruse ou par leur comportement aberrant. C’est ainsi que Brehm, dans son Thierleben, réserve déjà les places d’honneur au crocodile et au kangourou, au fourmilier, à l’armadille, à l’hippocampe et au pélican tandis que de nos jours, on verra éventuellement apparaître sur l’écran une armée de pingouins qui passent toute la nuit hivernale debout, dans les tempêtes glacées de l’Antarctique, l’œuf pondu pendant la saison plus clémente reposant sur leurs pattes. Dans cette sorte de programmes, dits Nature Watch ou Survival et réputés particulièrement instructifs, ce n’est évidemment pas le merle ordinaire qui se distingue le plus et l’on se retrouvera à observer plutôt quelque créature monstrueuse en période d’accouplement au fond du lac Baikal. Thomas Browne, de son côté, a été constamment détourné de l’étude de la ligne isomorphe du quinconce, invinciblement attiré par l’observation des phénomènes singuliers qui piquaient sa curiosité ou plongé dans la rédaction d’un vaste ouvrage de pathologie. On dit qu’il a longtemps hébergé un butor dans son cabinet de travail parce qu’il cherchait à comprendre comment ce volatile, d’aspect plutôt étrange au demeurant, produisait son cri reconnaissable entre tous, comparable aux sonorités les plus graves d’un basson, et dans son compendium, Pseudodoxia Epidemica, qui tend à faire table rase d’un ensemble de préjugés et de légendes largement répandues, il traite de toutes sortes de créatures, en partie réelles, en partie imaginaires, comme le caméléon, la salamandre, l’autruche, le griffon, le phénix, le basilic, la licorne et le serpent à deux têtes Amphisbaena. Si Browne réfute à juste titre l’existence de la plupart des créatures fabuleuses, il n’en reste pas moins vrai que la nature produit aussi des monstres bien réels dont l’existence avérée nous suggère que les bêtes inventées par nous ne sont peut-être pas uniquement des produits de l’imagination. Les descriptions de Browne prouvent en tout cas que les mutations naturelles, innombrables et défiant toute raison, mais aussi les chimères nées de notre pensée l’ont fasciné au même titre qu’elles fascineront, trois cents ans plus tard, Jorge Luis Borges, l’auteur du Libro de los sertes imaginarios dont la première version intégrale a paru à Buenos Aires, en 1967. Parmi les créatures fabuleuses répertoriées dans cet ouvrage et classées par ordre alphabétique, figure également, ainsi que je m’en suis aperçu il y a seulement peu de temps, le dénommé Baldanders dont Simplicius Simplicissimus fait la rencontre au sixième livre de l’histoire de sa vie. Baldanders se présente comme une statue de pierre gisant dans la forêt, sous l’aspect d’un vieux héros allemand habillé en militaire. Prenant soudain la parole, Baldanders affirme qu’il s’est tenu de tout temps, jour après jour, sans se faire connaître, au côté de Simplicius et qu’il ne le quittera que lorsque Simplicius, de son côté, sera redevenu ce qu’il a été à l’endroit d’où il vient. Puis Baldanders se métamorphose sous les yeux de Simplicius, prenant pour commencer la forme d’un scribe qui écrit les lignes suivantes :

« Je suis le commencement et la fin et j’existe en tout lieu. »

Après quoi

il devient successivement un grand chêne, un cochon, une saucisse à griller, une crotte de paysan, un champ de trèfle, une fleur blanche, un mûrier et un tapis de soie. »

Winfried Georg Maximilian Sebald, Les anneaux de Saturne

plus-un (en moins)

long rêve  – Rêvé que JC, à qui j’ai proposé d’être +1 1 du blog escapcult, avait « récupéré » l’appartement dans lequel j’avais déjà beaucoup travaillé, commencé à peindre les murs en vert (le vert de notre appartement en fait), que j’avais commencé à repeindre mais pleine de doutes, qui était face à la mer, grande fenêtre sur la mer, mais que j’avais dû abandonner… raisons oubliées , était occupé par lui et… sa femme, lui nouvellement marié. Ils avaient terminé les travaux, c’était magnifique. Mais l’appartement était vide, quand je l’avais laissé plutôt encombré de meubles. Le prix de l’appartement n’avait pas été augmenté. Comme je l’avais fermé en le quittant, je me demandais un peu comment ils s’y étaient introduits.

Notes:
  1. « La juste mesure pour un cartel, c’est quatre ou cinq personnes qui se choisissent un plus-un. Il n’y a pas dans les textes de Lacan d’indication sur les modalités de choix. Pas de règles strictes, pas de formalisme.

    En 1964, dans son « Acte de fondation », Lacan dira que c’est autour du plus-un que se fait la conjonction des quatre.

    En 1980, à la fondation de l’ECF, Lacan précisera : « La conjonction des 4 se fait autour d’un plus-un qui, s’il est quelconque doit être quelqu’un ». Quelqu’un qui a la charge « de veiller aux effets internes de l’entreprise, et d’en provoquer l’élaboration. » Voilà la fonction essentielle du plus-un : inciter à l’élaboration, sélectionner, discuter l’issue à réserver au travail de chacun. C’est ce que nous rappelle Jacques-Alain Miller dans un article intitulé : «L’élaboration provoquée ». (Lettre Mensuelle n°61).

    […]

    En 1975, aux Journées des cartels, Lacan nous rappelait que la psychologie du groupe nécessite un leader « mais pour qu’il en subvertisse la fonction… Au lieu de gonfler le leader, il faut au contraire l’amincir, le réduire au minimum, en faire une fonction permutative, qui plus est » précisera-t-il. Il peut en effet être l’un quelconque des quatre. Il suffit qu’il s’ajoute aux quatre, sans faire nombre.

    La fonction du plus-un est de conduire le travail de ses membres jusqu’au produit propre à chacun. Ce terme de «produit» ne préjuge d’aucune évaluation, produit n’est pas forcément œuvre, il n’est pas forcément destiné à la publication. L’important est que cela fasse progresser celui qui écrit. C’est une nécessité d’aboutir à ce qu’une mise en forme même minimale se dépose sur un papier. C’est à cela que le plus-un s’attelle : inciter, stimuler, provoquer, soutenir l’élaboration, réveiller du sommeil dogmatique, du dire tous pareil, du sens comme Un… Encore faut-il y consentir et ne pas refuser son opération… »

    Claude Quénardel sur le site de l’Ecole de la Cause freudienne : http://www.causefreudienne.net/index.php/etudier/cartels/comment-faire-bon-usage-du-cartel []

Mâchoire tenue en laisse

« Sortant de chez un médecin, je descends, je descends dans la rue, ça descend. Ça descend. Autour de moi, avec moi, une foule éparse descend. Cela pourrait m’évoquer un pèlerinage, une procession. À un tournant, un embranchement, venant d’un chemin sur la droite d’autres personnes passent devant moi. Une dame qui me suit en profite pour passer me dépasser. Fâchée, je m’arrange pour m’interposer entre elle et son mari, les séparant. Descendant des escaliers de pierre, je sens une mâchoire qui me saisit les mollets, me tient, tenue en laisse par le monsieur.
Je dis des choses au monsieur, lui parle de son argent, de son arrogance et d’autres choses plus terribles encore.

 

Je raconte tout ça à ma mère. Elle remplace ses yeux avec d’autres yeux ridicules, avec lesquels elle ne peut rien voir, qu’elle place sur ses yeux, en protection. Elle les fait tenir par dessus ses yeux avec du fil de fer. Ces gros yeux jaunes en caoutchouc ressemblent à des jouets pour chien.

Elle a toutes sortes de manteaux, de vêtements truqués, fil de ferrés. C’est son « vice », que je lui interdis.
Elle a un endroit à elle, un appartement en sous sol où elle conserve toutes sortes de vieilles choses à nous, brinquebalantes, parsemées de choses en fil de fer.
Je lui détruis plein de choses. 
Elle invite des amies pour raconter ça dans son appartement secret. Elles sont très nombreuses, je crois qu’elle les initie au fil de fer.
Je détruis tout ce sur je trouve d’objets en fil de fer, des mâchoires, des appendices. »

 
Mère venait d’avoir un accident au genou, tombant dans les escaliers d’une salle de spectacle, à l’entracte d’un concert organisé par mon frère où elle était avec mon autre frère qu’elle cherchait.  Sa rotule en trois morceaux allait être réparée avec du fil de fer.
 
Y a bien longtemps, j’ai moi-même eu accident au genou me rendant à une répétition de théâtre. On avait également dû m’opérer en urgence, on ne m’avait pas mis du fil de fer, mais une vis, une longue vis . C’est pendant ma convalescence que j’avais fait la connaissance de Lacan et écrit mon premier roman, « Eugène Traktacus ». Je n’avais pas pu marcher pendant trois mois. Le spectacle avait été annulé. C’est au sortir de ma convalescence que j’ai quitté le domicile de mes parents et ai trouvé l’appartement de l’avenue Paul Deschanel.
 
 
Fil de fer : mais quoi donc? Je me souviens que rêvais enfant, jeune fille ou plutôt fillette, d’avoir un appareil dentaire, je rêvais d’avoir les dents trop en avant ou écartées que je doive porter un appareil dentaire en fil de fer. J’essayais d’écarter mes dents, bien en vain. quand je songe qu’aujourd’hui, il m’en faudrait bien, porter, d’appareil dentaire, avec cette maladie que j’ai, aux  gencives, à cause de la quelle mes dents ont bougé. d’où me venait ce désir, ma mère a-t-elle porté un appareil? avais-je vu je vu ses fausses dents? ses dents de devant qu’elle avait perdues enfant, une porte lui ayant été claqué au visage pas sa sœur, dans un jeu. ses 4 dents de devant? ses dents, qui tenaient dans sa bouche, par du fil de fer. lui enviais-je cela? cet appareil? venait-il ce râtelier en « métaphore » d’une autre chose que nous aurions elle et moi en commun, de perdu.
 
et cette mâchoire, tenue en laisse, par mon père, me mord elle de rage? mon père retient-il la pulsion orale de ma mère, et son objet (le jouet à mordre) vient-il l’aveugler? mixte de pulsion orale et de pulsion de voir. je ne sais pas comment articuler tout ça. ce fer, ce goût de fer dans ma bouche. le fer qui me manquait (anémie)…
 
je suis un râtelier. là où le lié rate. pourquoi je perds l’équilibre dans les ESCaliers.
 
peut-être pourquoi j’ai été si sensible à duchamp et à ce qu’il développe de l’impossibilité du fer…
 
et mon goût pour cette gravure de goya, où une fil-de-fériste est au centre d’une arène de regards…
 
 
 

Donnery, 6 août 2012.

j’ane

« J’ai un manteau en LNAE
Jeune femme qui vient de s’installer en analyste. A changé son nom de Nathalie en Jeanne. »

Rêvé ça avant le départ pour Naples et au retour de Bruxelles.

LNAE, manteau en LNAE. Je pense d’abord à LNA, Le Nouvel Âne, le journal de Miller. Puis, je me dis « LNAE! Le Nouvel AE ! Le nouvel analyste de l’École ! »

Nathalie. Prénom d’une meilleure amie, enfant. Nathalie Fiévez. Nathalie fine, Nathalie brune. Nathalie qui ressemble peut-être à ma mère. Rêvé d’elle pendant les vacances d’août il y a quelques années  également je crois (voir  « août adouci« ). J’avais quelquefois pris en pseudo celui de Nathalie… (j’oublie le nom, dont je m’étais par la suite rendu compte qu’il s’agissait du nom d’une héroïne de Marguerite Duras, qui avait, je crois, tué son enfant. ce que j’avais oublié. Il s’agissait de Nathalie Granger.)

Jeanne, ai également rêve de Jeanne l’année dernière, je crois, mais sans en être sûre. Non (il s’agissait de Jennart, Mme Jennart). Jeanne Jumpertz. Est le nom de la mère de mon père. Et de mon oncle Jean. Comme si j’adoptais ce prénom, féminisé, de mon oncle. comme si c’était cette part -là, folle, qui devenait analyste.

j’âne.

Jean-François Millet, Des Glaneuses ou Les Glaneuses, 1857, 83,5 x 111 cm, musée d’Orsay

ma mère, mon père, carla, sarkozy et moi (pouvoir et souplesse)

rêvé de sarkozy (lendemain de notre voyage à bruxelles où étions allés visiter ma mère, hospitalisée).

« il venait,
il disait qu’il aimait beethoven
et l’art classique,
qu’il voulait réinstaurer tout ça,
ou qu’il avait voulu, qu’il n’aimait que ça.

nous, étions plusieurs, comme un groupe de vacances ou d’école. il y avait des enfants. je ne sais pas s’il était encore président. il était séduit par moi, enfin donnait cette impression. à cause du côté allemand, je crois que je pensais. il essayait de s’insérer dans notre groupe. voulait nous insuffler la croyance en un leader.

nous n’osions pas vraiment lui dire que nous n’aimions pas du tout ça. frédéric était là aussi. il voyait cela.

plus tard, carla bruni, elle a eu son enfant. finalement, il la vire. elle s’en va en femme de ménage, toute courbée, à nettoyer le sol, sur fond de nombreuses autres femmes, toutes courbées comme elle (glaneuses, millet). ambiance sombre, elle, silhouette noire, les autres plus grises.

Eugène-Eloi Commessy, dit Charles Commessy (1856-1941), Les Glaneuses, Exposition du Photo club de Paris, 1895

on dit alors que la femme, allemande, d’un ministre a  été « sacrifiée », chargée de le séduire (pour pouvoir le manipuler?), et y avait réussi, qu’il était fou d’elle (j’imagine une espèce d’énorme femme, façon walkyrie (ma tante qui ote sa perruque, me montre son crâne rasé, pour me montrer sa nature sauvage, forte, passionnée, walkyrienne… )) (cela, pensai-je,  pour que je ne doive pas penser que c’est pour moi qu’il chasse carla bruni, car je me pose cette question dans le rêve). »

avant que carla bruni ne soit chassée, nous étions tout de même arrivés à piéger le président en truquant un concert qu’il voulait donner, en jouant autre chose, et avec d’autres instruments, que ce qu’il voulait jouer (beethoven), dans une grande cour devant son palais (versailles).

~~

la veille en m’endormant  lu phrases sur le pouvoir et la souplesse (dans le traité sur le vide parfait).

par après, après le rêve, eu ma tante au téléphone, si germanophile, qui me demande tout de suite si jules est un « muller », s’il est blond, s’il a les yeux clairs… eh bien, non, non, non…

 

je crois que je fais ces rêves pour me rendre compte de ma part, de la part que j’ai eu dans ce que j’ai cru avoir été préférée par mon père à ma mère. ce rêve-ci et celui du fil de fer. je crois que je fais ces rêves pour me rendre compte de ma jalousie vis-à-vis d’elle, de ce que j’ai voulu, moi, m’interposer. je crois que ce fais ces rêves pour me rendre compte de ce que représente la figure, une figure paternelle pour moi, de mon attrait pour une figure du pouvoir.

je suis contente d’avoir fait ce rêve. je veux tellement que mon angoisse en présence de ma mère s’atténue. Je ne sais si s’y révèle une possible culpabilité vis-à-vis d’elle.

c’est vrai que mon corps, ma possible germanitude m’a toujours effrayée, dégoûtée. c’est vrai que ma mère est fine et brune, aussi fine et brune que j’ai été grande, et le suis toujours, grande et forte disait-on, et voluptueuse.

mon père, qui reprochait à ma mère sa maigreur, en tant que modèle de peinture…

[ source de l’image : http://apparences.revues.org/1052?&id=1052 ]

 

Abominable rêve cette nuit. « vole » sa perruque à une cancéreuse en traitement
La mets.
Veux me couper tous les cheveux.
Mais ne veut pas qu’un coiffeur le fasse, car on s’apercevra que j’ai des cheveux sous ma perruque. 
Je crois que j’ai une sorte de faux crâne rasé greffé sur mes cheveux sur lequel est posé la perruque de la cancéreuse. A moins que ce faux crâne ne soit intégré à la perruque.
Bref, je ne veux pas qu’on y tire de trop et qu’on s’aperçoive de la supercherie.
 
Je veux cependant me couper les cheveux, et il me semble que.j’envisage cela comme quelque chose de menaçant pour mes parents. Comme quelque chose de terrible comme un mal que je me ferais. Je veux que la marque de la brutalité de cet acte se marque de façon visible et dramatique pour mes parents. Je commence donc à me couper les cheveux sous la perruque et le faux  crâne. Ça se passe dans les mansarde rue waelhem.  J’ai l’idée que je dois me couper tous les cheveux pour retrouver ma couleur naturelle. Je me demande quand même comment ça va m’aller. Je ne sais pas si je dois les raser complètement ou tout de même en laisser un peu.
Je me montre à mes parents ou mes parents me découvrent dans la salle de bain de la rue waelhem.

pouvoir, souplesse et force

curieux, tout de même, que ce rêve (sarkozy, carla) aie pu être « inspiré » par ce texte :

17. Certaines méthodes de pouvoir sont toujours efficaces, d’autres ne le sont jamais. Une méthode toujours efficace est appelée souplesse, une méthode qui ne l’est jamais est appelée force. Bien qu’elles soient aisées à connaître, les humains ne les connaissent pas encore. C’est pourquoi on disait dans la Haute Antiquité : « Le fort gagne grâce à moins fort que lui, le souple gagne grâce à lui-même. » Le premier est en danger lorsqu’il rencontre un égal, le second n’est jamais en danger. De qui utilise ces méthodes pour se commander soi-même, de qui les utilise pour commander le monde, on dit qu’il vainc sans le vouloir, qu’il commande sans le vouloir.

Yu Xiong dit : « Désires-tu la rigidité, obtiens-la par la souplesse. Désires-tu la force? Protège-la par la faiblesse. Recourir à la souplesse durcit, recourir à la faiblesse fortifie. Observe son recours et tu sauras l’avenir, bon ou mauvais, d’une personne. Le fort vainc par moins fort que lui et doit se durcir à qui le vaut. Le faible vainc par lui-même, sa force est incommensurable. »

Laozi dit : « Une arme puissante sera détruite. Un arbre robuste sera abattu. Souplesse et faiblesse sont conformes à la vie. Rigidité et force sont conformes à la mort. »

Traité du vide parfait, Lie tseu, « L’empereur jaune », pp. 52, 53.

carla et la souplesse

comment le dire, ce rêve, et que je ne m’en sois pas étonnée plus tôt ( non, je m’en suis étonnée plus tôt, mais je ne me suis pas encore formulé cet étonnement)…

je revenais de voir ma mère hospitalisée, il y avait eu ce drame des toiles aussi. il me devenait, il est devenu, de plus en plus impératif que je règle ce problème d’angoisse quand je suis avec elle, ce trou où je bascule et cette rage qui me prend, cette rage, colère, haine.

à quoi l’attribuais-je cette angoisse? mais bien plus à un trop grand amour de moi pour ma mère, quelque chose que je voulais rapprocher de ce que lacan avance de l‘angoisse qui surgit quand l’objet cause du désir se rapproche trop, l’objet réel. faut-il que je vérifie les termes de cela, dans le séminaire sur l’angoisse? et je voyais la mère bien plutôt comme le premier objet d’amour, remplacé ensuite par le père (à un moment de « déception »? à quel moment Freud lui situe-t-il cela? ) et donc que mon père réapparaisse et que reviennent des termes (phalliques, de pouvoir) de mon amour pour lui, de mon identification à lui, m’étonnaient et m’intriguaient. comme si cela n’avait pas été analysé de fond en comble. et si cela revenait, les termes de ce retour pouvaient-ils différer?

ce qui s’était auparavant avancé dans le rêve du fil de fer, c’était la part que j’aurais pu prendre dans le fait que mon père m’aie préférée, que je l’aie imaginé ou fantasmé, ou que cela aie été réel – à certains endroits. je l’ai haïe pour ce fil de fer (qui faisait tenir du faux là où ça manquait, des fausses dents, révélant et cachant ce manque, y palliant) que j’ai pourtant désiré dans ma bouche.

[quelle bouche ai-je eue, ai-je pour ma part eue. ]

ce dont j’étais déjà assez convaincue, c’est que fondamentalement, ce qui m’angoissait, en sa présence, n’était rien que je puisse lui imputer, en dehors de ce fait, « naturel », qu’elle était une femme. et c’est bien pour cela que je voulais que cela cesse. cela n’était pas juste. elle m’effrayait et n’y était pour rien, je devais pouvoir cesser de lui reprocher son être de femme, sa « baillance ».

or, à chaque fois que je la revoyais, cela revenait, ce désespoir et cette rage, et cela se reportait sur cette façon qui lui est propre, et je l’espère pas à toutes les mères, autrement je deviendrais à mon fils, moi-même, un jour, insupportable, de vouloir tout donner, donner tout, de me réduire à néant à force de vouloir prévenir mes désirs, comme si elle ne supportait pas mon propre manque et toujours venait à s’offrir pour le combler. et que cela, je le veuille. 

je pensais que cela était effectivement un « défaut » chez elle, un péché, une tare, qu’elle ait ainsi sacrifié son désir à celui de l’autre. et que l’angoisse que je ressentais était le sien en présence de mon propre manque qu’elle s’offrait à combler, qu’elle ne supportait pas. qu’elle ait sacrifié son désir à celui de mon père, sacrifié son désir pour servir le désir de l’autre.

sa haine d’elle -même est immense, il faut que je le dise ici. et cette haine lui vient-elle de faillir à cela, faillir à combler. ou lui vient-il de ce que « l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas à celui qui n’en veut pas » – et que non vouloir lui soit trop triste?

nous avions en quelque sorte convenu elle et moi qu’elle ne changerait pas, qu’il fallait que je l’accepte, qu’elle ne cesserait de vouloir s’occuper de l’autre – car j’ai bien souvent essayé de parler avec elle de tout ça, pour justement, que cela change.

et aujourd’hui que ce n’est plus elle qui peut tout nous apporter, mais elle qui est manquante, et nous qui pouvons aller vers elle, lui faire quelque offrande, la situation est devenue supportable.

(mais je ne pourrai ici développer tout ce que j’ai sur le cœur à propos de ma mère.)

bien sûr elle est seule, bien sûr elle a besoin de notre amour, bien sûr, ou moins sûr, est-elle soulagée, maintenant, de n’avoir plus à être l’épouse de son artiste de mari, et à porter cette responsabilité à laquelle elle craint/craindrait d’avoir failli (le spectre éloigné de la perte des toiles).

elle, est la faiblesse même.

qu’est-ce qui donc dans ma lecture du livre sur le vide m’a frappée au point de provoquer ce rêve, et qu’est-ce qui de neuf, d’inédit s’y révèle, viendrait s’avancer?

cette faiblesse de ma mère, faiblesse dite dans ce texte comme « méthode » du pouvoir. faiblesse et souplesse. faiblesse, à laquelle j’ai eu tôt fait moi-même de m’identifier –  cela je l’ai reconnu à cette carla transformée en « femme de ménage » penchée sur le sol, elle que je suis devenue, à quoi je me suis condamnée pour avoir cru ou voulu que mon père me préfère à elle. et alors, hier, me rappelant et complétant le récit de mon rêve de ce terme de « glaneuses« , du nom du tableau auquel je pensais et de son auteur : « Les glaneuses », de Millet, quelque chose d’autre s’est mis à me titiller.

Millet, Miller, cela va presque sans dire, donc Millet aussi du côté du psychanalyste. et les glaneuses et les restes. les glaneuses se contentant des restes, se contentant, c’est-à-dire, en jouissant. aux autres tout, à elles les restes, le meilleur.

et les restes sont également mon objet. ce n’est que des restes que je m’occupe. et les restes sont bien ce qui occupe l’analyste, ce qui l’intéresse.

la faiblesse est là la force, et la souplesse, le corps plié en deux.

 

 

 

 

mon corps d’allemande. la brune et la blonde.

quelle mère suis-je, vais-je devenir, pour mon fils ?  insupportable ? est-il possible d’y échapper, faut-il, à l’avance, l’accepter ?

quel amour ?

c’est pourquoi je dois cultiver le désir, et l’érotisme – car l’érotisme n’est qu’à son père et à moi.

et puis quel corps d’allemande ?  et ma mère oiseau.

est-il, allemand, mon corps ? que cela veut-il dire ?

( j’étais blonde / comme mon père
elle était brune1
mes yeux clairs, ses yeux marrons,
nul d’entre-nous, les enfants, ses enfants, n’avons
hérité de ses
caractéristiques
physiques /
sinon, peut-être, mes frères maigres.
alors son corps étrange, et sa langue,

 

 

 

Notes:
  1. je parle au passé, non qu’elle soit morte ni moi, mais car ceci remonte au passé, ce sont des marques du passé, et que je ne suis d’ailleurs plus blonde, et qu’elle est blanche devenue. []

Ma mère veut se suicider

Lundi 5 novembre 2012

Bruxelles.

Rêvé que mère voulait se suicider. 
Père rentrait à la maison, tard le soir, allait se coucher.  Mère vient alors me voir, voulait me donner moitié d’une certaine somme d’argent très importante qu’elle avait été retirer à la banque,  une fortune.  Je ne comprenais pas qu’elle me donne cet argent que je refuse, dont j’aurais pourtant bien eu besoin.  J’insiste pour savoir ce qui se passe, elle me dit les larmes aux yeux qu’elle voulait le faire avant que Jean-François ne revienne, qu’elle voulait se tuer. 

Filiation maternelle

Avant ça, m’avait été apporté article d’une femme, d’aspect très bizarre,  dont il y avait des photos à la fin de l’article, qui racontait comment la psychanalyse ou la lecture d’un article d’Éric Laurent avait changé sa vie.  Et comment depuis elle allait dorénavant publier avec le nom de sa mère, psychanalyste, sans chercher à camoufler cette filiation. 

Mère devient une amie, qui veut se suicider.  Je lui parle. « Es-tu prête à…  faire un très gros travail, une très grosse dépense »… Je lui parle de psychanalyse.  Je lui parle de mon expérience de la psychanalyse.  Je suis justement à ce moment là très sceptique sur la psychanalyse.  La lettre que je viens d’écrire à Miller parle de mes doutes.  Mais en même temps j’hésite à lui proposer de la prendre moi, elle, en analyse.  Elle est interloquée. 

Or je partais justement voir Miller.  Rue « d’Arras ».   Pour lui déposer une lettre. 

Arrivées là, au pied d’une porte, jeune fille voit sac portant le nom de Miller qu’elle prend en main pour y trouver le numéro de sa rue.  Miller arrive justement les bras plein de livres.  Je lui dis qu’elle ne voulait pas voler le sac mais trouver son numéro de rue à cause de la lettre que je venais lui porter.  Il remplit le sac de livres et emporte beaucoup d’autres affaires (lampes, objets).  Il a l’air d’avoir des ennuis. Comme s’il s’en allait, quittait, cet endroit. Je l’aide à porter. Il me sourit. 

N’arrive pas à lui parler pour lui dire: « Veux vous voir ne fusse qu’une seule fois pour discuter du suicide que veut faire cette jeune femme. »

Le conduit à arrêt bus ou de tram, qu’il prend.  Là, finis par arriver à  obtenir un rendez-vous  » lundi à 14h ». Le premier de sa journée vois-je dans son agenda.

Reviens vers jeune fille,  lui dis.  Elle s’est commandé à manger maintenant. 

J’aurais tué Nathalie F.

On découvre que Nathalie F. a été tuée. On découvre cadavre de Nathalie F. dans une cave. Je sais alors que l’on va tôt ou tard découvrir que c’est moi, que je suis l’auteur de ce crime. Je ne m’en souvenais plus. Je l’avais oublié. C’est arrivé malgré moi. Je me souviens que j’avais alors pensé que je serais un jour découverte et que j’irais en prison, mais que je l’avais oublié.

La police fait des recherches. Elle fouille toutes les maisons à la recherche d’indices. Elle finit par trouver quelque chose. Je ne sais plus quoi. Mais quelque chose qui la mènera immanquablement à moi. Je vais aller en prison. Il va m’arriver ce dont j’étais sûre qu’il m’arriverait un jour. J’irai en prison pour meurtre.

J’habite avec mes parents. Ils disparaissent à l’annonce du crime. Mes parents et mes frères. Je crois qu’ils ne veulent plus me voir. Mais ma mère vient. Elle me dit quelque chose comme « Mais c’est bien normal, vu la façon dont elle t’a traitée. Ce qu’elle t’a fait. » Je lui dis que je ne m’en souviens pas. Elle dit « Quoi tu ne t’en souviens pas?! » Je lui dis que non, que j’ai un vague souvenir de la scène. Elle allongée. Moi…

Je lui dis: « Tu crois vraiment que c’est moi? » Elle en est sûre. Mais comment expliques-tu alors que N.F. soit toujours en vie? que je l’ai retrouvée (dans un rêve précédent) même si nous n’étions pas particulièrement amies.

Elle ne répond pas. Nous passons devant l’atelier de mon père. Je vois d’abord Marc, puis lui, très jeune. Je passe. Continue à monter les escaliers. Je pensais qu’il n’était pas là et qu’il ne voulait pas me voir, mais il m’appelle, me rejoint. M’exprime sa sympathie. Je me demande si ne vais pas appeler un psy pour lui dire que je ne me souviens de rien du tout et pour me faire conseiller un avocat qui soit sensible à la cause analytique, qui en sache un bout.

Je suis conduite en prison, c’est la fin de la liberté. Je savais que ça arriverait un jour mais j’avais oublié. Je l’avais toujours craint, je le crains encore. Mais je me demande si je ne dois pas le prendre à la Nietzche – « Vouloir ce qui vous arrive » ou Spinoza – Joie.

Je crains tout de même que ce ne soit très douloureux, la prison.

Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ce rêve. J’en ai été très étonnée. Je n’imaginais pas que je puisse me vivre comme quelqu’un qui aurait tué quelqu’un et qui devrait en être punie, qui en serait punie de prison.

Je me vis assurément en prison, et je suis mon seul gardien (ou presque).

Mais.

Nathalie F., ma meilleure amie, mon amie d’enfance. Qui revient régulièrement dans mes rêves. En particulier ceux de « Doutes d’août », dont je ne pense pas qu’il soient sur ce blog, mais sur un autre. Sur Delta, probable. L’heure de nulle part. Ah, le voilà, je l’avais renommé « Août adouci« .

Oui, j’aurais pu être amenée à repenser à elle, récemment. Vendredi soir, plus exactement, lorsque j’ai rencontré un jeune homme parlant de Duras et qui se nommait N. Granger.  Ce qui m’a fait repenser au fait que j’avais autrefois pris le pseudo de Nathalie Granger, ayant alors oublié le film de Duras, du même nom. Je ne me souviens plus de ce film, en réalité. Et peut-être y a t-il également eu un livre. Je ne m’en souviens que très peu pour la bonne raison que je ne l’ai pas vu, ou pas entièrement. C’était encore à Bruxelles, mais déjà avec F. Nous le regardions un après-midi me semble-t-il, au lit, et nous nous sommes endormis. Ou autre chose.  J’ai retenu qu’il y était question d’une meurtrière. Mais, je peux me tromper.

Et le grand G, il en a déjà beaucoup été question ici, et ailleurs d’ailleurs, le grand G de l’impossible point G.

Quant au thème du double, si je prenais Nathalie de ce côté-là, il en a été pas mal question dans mes lectures récentes, celles d’Iris Murdoch dont j’ai un peu parlé ici, très mal, et celle de Miller, à propos de Lacan, puisqu’il m’a pris de commencer à publier sur le net son cours Vie de Lacan, où il est question de la « paranoïa » de Lacan, sa paranoïa renoncée, ce qui m’avait autrefois, à l’époque où c’était prononcé, beaucoup impressionnée, et m’impressionne encore. (Je publie pour lire.)

Alors, ce matin, je repensais à tout ça, à l’appel d’un psychanalyste pour un avocat, à l’analyse que j’ai vécue comme un procès sans en avoir la moindre idée du crime, à mon oncle parano, à son procès à lui, etc.

Ce que je n’ai pas noté du rêve ce matin, c’est que le meurtre se serait passé dans une cave de mon enfance, dont j’ai déjà beaucoup rêvé. Ce que je suis mal arrivée à noter parce que je n’arrivais pas à m’en souvenir dans le rêve non plus, ce sont les circonstances, les raisons de ce meurtre, et le fait que je ne le voulais pas. Je « réfléchis » beaucoup à ce que l’on fait malgré soi en ce moment.  De même, n’ai-je pas noté, parce que ça m’embêtait trop, que ma mère m’avait parlé de la honte que m’avait fait Nathalie, la trop grande honte.

J’ai donc noté ce rêve parce qu’il me semblait trop différent de tous les autres. Mais est-ce qu’il n’en n’est pas toujours ainsi.

Jusqu’à présent je me rêvais plutôt tuée que tuant(e).

 à suivre…

 

Me réveille, vois film qui est en fait une émission radio, où je vois la lecture d’un livre,

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Avant ça rêve avec analyste X.
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I. Je vois ce que j’entends

Me réveille,  vois film qui est en fait émission radio, où je vois la lecture d’un livre,  qui est un classique, un chef d’œuvre, dont j’ai retenu que c’était « Don Quichotte » mais ce n’est pas ça,  quelque chose comme ça,  je suis émerveillée, au-delà du dicible,  transportée,  cela apparaît devant mes yeux,  le personnage bouge,  évolue,  jusqu’à ce que je me rende compte que le personnage  évolue dans mon propre appartement !  Le truc est le suivant : dans le film,  l’image du film,  seul le corps du héros est opaque,  le reste de l’image est transparente ! j’ai donc l’impression que le film,  le personnage du film évolue dans mon appartement qu’il peut voir et dont il prend connaissance, circulant partout.  Cela me rend si extraordinairement heureuse que je stoppe l’émission pensant la reprendre plus tard,  désireuse de jouir un moment tranquillement de l’état dans lequel je suis. 

II. Je lèche ce que je vois et qui est beau

Ensuite.  C’est assez difficile à décrire, ça rebute plutôt à l’être. Je vois,  je vois un détail de quelque chose et cela me met dans dans un état de félicité absolue  qui, pour le traduire, m’amène à lécher ce que je vois,  qui est un tout petit objet, un mini meuble,  avec un tiroir,  rouge,  dont la beauté, j’en suis consciente, ne tient qu’à ce moment précis de lever du jour,  de lumière qui vient.

Je suis physiquement très excitée, j’épile d’une main rapide les derniers poils qui me restent au niveau du sexe sur lequel je pose ma main-coquillage.  Cette idée de lécher ce que je vois me paraît si adéquate que je me mets à lécher d’autres endroits,  commençant à voir les poussières, me découvrant  capable de les aspirer,  découvrant une nouvelle manière de faire le ménage,  plus naturelle,  jusqu’à ce que j’aspire de petits insectes,  ce qui ne me convient au fond pas,  je cesse alors et passe à une activité de nettoyage à proprement parler. 

Je ne sais plus alors vraiment comment ça se passe.  L’activité se transforme en danse et je sais que cette danse je vais pouvoir la reproduire,  même si cette quasi certitude s’assortit de la pensée fugace que je ferais tout de même mieux de l’écrire – or je sais, je sens, que je connais son départ,  son motif,  que je ne pourrai donc pas oublier  – mais,  tout en en formant l’idée,  cela à lieu,  je commence à  montrer,  à faire démonstration de ma danse à un metteur en scène,  sachant que dubitatif d’abord il finira par accepter,  par se rendre à l’exceptionnelle beauté de ce qu’il voit,  et acceptera de le produire en spectacle sur plusieurs représentations,  dont je décide de ne rien dire à F., quitte à  prétexter d’un voyage à Bruxelles pour voir ma mère que j’aurai mise dans le coup pour couvrir mon secret.  Je poursuis ma danse,  nue,  dans un état de grand bonheur. 

————-

 Écrit au réveil,  très tardif,   dans le noir, sur mon Galaxy Note II. 

Éléments de la veille 

où il est question d’argent

Fait donc ce rêve juste avant celui de la danse, dans la même nuit.

J’arrive chez YD, peut-être tout juste à temps. Il me voit, mais fait à ce moment-là entrer quelqu’un dans son cabinet. Il y a énormément de monde dans sa salle d’attente. Il revient et me prend. Je commence à lui parler.

/ je cherche en ce moment un psychanalyste à qui parler de ce dont il m’apparaît que ce pourrait être la dernière chose que j’aurais à régler, la demande avec laquelle je pense que je pourrais arriver, celle de gagner de l’argent. Mais je ne sais plus chez qui aller. /

Nous sortons, je parle dehors. De différentes choses qui paraissent l’enchanter, je finis par retomber sur mes pattes, et lui dire qu’il me semble que le dernier problème que j’aie à régler me paraît être l’argent. Mais il met cela en doute gentiment, balaie d’un sourire dirais-je. Un policier arrive auquel il porte à mon goût trop d’attention. Il l’écoute, ce policier qui a un problème, et je crains que ce policier n’entende ce que je m’apprête à dire, qui doit être l’histoire de l’argent que j’essaie de défendre, tandis qu’il la minimise avec des cajoleries. Nous passons au tu, parfois je suis dans le creux de ses bras. La séance se clôt.

Je renonce à lui parler de quelque chose qui a trait à la longueur de la séance, un reproche que tiendrait à ce que me paraît être son application d’une durée standard à ses séances. Il me renvoie au policier, m’enjoint de l’accompagner. Ne me fait pas payer la séance, séance d’amour donc.

/ Douleur a à main gauche pour tenir le Galaxy note 2 très désa.  Trouver une solution, hélas, je crains. /

Je me retrouve donc dans la voiture du policier qui est en civil, qui n’est plus en activité donc, c’est là son problème, soit il est à la retraite, soit il a dû rendre son tablier en raison de certaine faute. Il fait des manœuvres avec sa voiture, se gare auprès d’une autre voiture dont il bloque la sortie, appelle un central pour dénoncer l’opération qu’il vient de découvrir, illicite, d’un autre policier. Il remet donc le pied à l’étrier, par cette action, d’exception. Il fait 3 manœuvres spéciales avec sa voiture. L’autre policier est sorti, immobilisé, sur le dos, de sa voiture. Je téléphone à YD qui paraît content de m’entendre. S’intéresse surtout aux actions du policier. Je découvre un papier, plan, qui reprend les 3 manœuvres si du policier, les nomme. Je dis les noms. J’ai assisté au déroulement de deux d’entre elles, la troisième et dernière n’a pas encore eu lieu.

Ce rêve précède celui de la danse.

sans famille

I. L’épicerie italienne

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Rêve du 13 au 14 mars 2013

Titi  et mes parents vont venir chez moi, avenue Paul Deschanel.1  Mes deux frères viendront probablement également. Je prévois que nous mangerons au restaurant le premier soir et que le lendemain je ferai une recette italienne. Puisque je vais cuisiner, je dois faire des courses. Je suis dans le quartier de la rue Waelhem (la maison de mes parents). Je trouve une épicerie italienne.2 Je décide d’y acheter tout ce dont j’ai besoin pour la recette. A l’intérieur, je me rends compte que je l’ai oubliée. J’en parle à l’épicière, la décris comme très longue, lui dis mon intention d’en acheter chez elle tous les ingrédients. Elle s’y intéresse, voudrais la voir.

Quand je retourne au magasin avec la recette, j’en profite pour (oser) la lire. Je m’aperçois qu’elle n’est pas si difficile que ça : essentiellement composée de 4 sortes différentes de pâtes, et de crevettes qu’il faut décortiquer – en quoi consiste finalement la seule difficulté de la recette. Je laisse la recette à l’épicière. Lui achète également 2 bouteilles de vin. Quand j’y retournerai, elle aura déjà cuisiné et mis le plat en vente, dans des barriques.

Continue la lecture

Notes:
  1. C’est mon premier appartement,  où j’ai commencé à lire Lacan. []
  2. Dans une rue inventée par le rêve, un quartier où, en rêve, je retourne souvent. []

à mi-corps, midi

Je pensais que j’étais bien réveillée, je m’étonnais même de ce que j’étais si bien réveillée. J’ai pensé : « Oui,  c’est incroyable,  tout va bien,  aucune étrange sensation, je sais qui je suis, (donc) je peux monter au premier étage ».  Et je montais au premier étage. J’étais toujours au lit,  je n’avais pas encore ouvert les yeux, couchée sur le dos. Et le premier étage où je montais se situait à l’intérieur de mon corps. Avec le rez-de-chaussée côté lit, niveau peau,  et le premier, à mi-corps, en coupe horizontale à l’intérieur du corps, longue étendue au plafond bas que je voyais s’allonger presque jusques aux pieds. Et je me croyais très bien réveillée.

Avant cela, en rêve, nous vivions près de Marseille, sur la côte,  nous avions quitté Paris. J’avais invité Jules à passer quelques moments sur la plage avant l’école sur le temps de midi pour profiter des premiers rayons de soleil de l’année.  Nos voisins de Paris étaient là aussi,  notre voisine d’étage également venue sur la plage.  Je lisais le Elle. Il y avait de plus en plus de monde sur la plage, avec de nombreux paravents, comme sur la mer du nord.

Plus tard, Jean-François ou Jean-Pierre nous rejoignait.  

Je venais de dire à l’oreille de quelqu’un, que je pensais être Jules,  que là, vraiment, je ne regrettais plus du tout Paris, que j’étais vraiment heureuse d’habiter là.  La personne me demandait qui j’étais, en flamand.  Je me rendais compte de mon erreur et cherchais Jules pour lui raconter l’anecdote. Je racontais  l’histoire à l’oreille et voulais qu’il la redise à  Jean-Pierre, avec qui il se trouvait, toujours à l’oreille. 

J’étais donc très heureuse de pouvoir être là,  en maillot,  avec Jules,  comme si c’était notre jardin

hans-bellmer-petite-anatomie-de-image

 

Le fait que je sois montée à l’étage à l’intérieur de mon corps paraît avoir à voir avec ce livre que je lisais hier,  étonnant,  Petite anatomie de l’image de Hans Bellmer, qui voudrait étudier l’humain au départ du corps,  d’une sorte de pensée du corps,  de ses attitudes,  de ses projections, de son imaginaire. Une tête penchée dans le creux d’une épaule venant par exemple signifier une caresse au sexe. 

Et le rêve lui,  semble venir dans la continuité du texte que  je retravaille en ce moment,  d’avril 2011, où je  dis qu’il me semble acquérir un corps à Donn.  Et où je me demande s’il s’agit du fait que je puisse sortir dans le jardin facilement,  sans avoir à m’habiller, y échappant au regard, au devoir d’image.   Je retravaille à ce texte pour le moment, ne sachant pas très bien ce que je fais et craignant de ne pas y arriver. 

le trou dans le cv

Confusément réveillée ce matin dans le souvenir du principe de réalité. Très simplement venu là comme s’il ne m’avait jamais quittée. Son concept. Allons, me dis-je, vraiment de ma vie n’ai-je rien fait d’autre que de m’inquiéter de la postérité, n’aurais-je travaillé, voulu œuvrer,  que dans l’appréhension que tout ce que j’ai vécu, in fine si attachant, soit oublié, disparaisse ? Une fois remise de cet instant-de-voir, ce propos supportait  d’être nuancé et repartais-je à la recherche des grandes raisons de ma vie.

Le principe de réalité n’est-il pas cela qui régit nos vies, à quoi je n’ai jamais su me plier, auquel j’ai cherché par tous les moyens d’échapper ? Ce qui pourrait expliquer que mon expérience soit si difficilement transmissible,  que je doive rester muette et l’inconfort de ça, basée qu’elle est sur une insoumission forcée au principe de réalité. Ne devrais-je enseigner à l’enfant sa dure existence, y a-t-il lieu de le mettre en garde, rien ne sert-il de l’effrayer ? Comment lui donner des armes dont je ne dispose pas ? A moins que je ne trouve le moyen de le lui présenter d’une façon non-effrayante , quand il m’aura toujours plongée dans une angoisse à laquelle je n’ai pu que me soumettre mais qui m’a donné l’imagination nécessaire pour le contourner. Et comment le justifier, ce contournement du principe de réalité, quand il est peut-être à la base de  toute éducation. – Qui es-tu ? – Celle-là qui n’a rien, qui reçoit.- Cela n’est pas conforme au principe de réalité !- Mais le contourne. Et me serai-je obstinée, par mon travail, lecture, écriture, analyse, à trouver les mots qui donnent meilleure figure à cette non-conformité. Je ne suis pas une rebelle. L’eussé-je été, j’aurais pu revendiquer ma différence. Publiquement, il m’a fallu m’en défendre.

Avant que d’y retourner vérifier chez Freud, brièvement, qu’ai-je retenu du principe de réalité, 20 voire 30 ans après l’avoir lu ? En un mot, et évitant de m’avancer plus avant, je dirais les papiers. Le monde des papiers, la paperasserie. Bien sûr, il faut confronter cela à ce qu’il en est pour Freud. Mais, l’angoisse insurmontable, en ce qui me concerne, c’est là qu’elle trouve sa cause. Les impôts, les factures, les enveloppes à ouvrir, le courrier à lire, les comptes à faire; plus loin, les rendez-vous à prendre, les coups de fil à donner, etc.

Alors, pourquoi a-t-il fallu que je retourne ce matin à ce concept freudien auquel je n’ai jusqu’à présent jamais beaucoup pensé, dont je n’ai jamais beaucoup usé ? Mystère. Sans doute étais-je tentée de rapprocher d’un concept existant quelque chose qui chez moi ne s’inscrit qu’en creux et qui remettait en cause l’idée de n’avoir vécu, travaillé, que pour la postérité. Car il y a un travail,  actuel et difficile, qui consiste à vouloir éviter que l’enfant soit confronté aux difficultés auxquelles j’ai été confrontées. Puis, probablement, y a-t-il eu ce rêve dont je souviens maintenant de quelques bribes :

« J’allais me mettre au travail. Je cherchais à me remettre au travail. ( C’est ça le principe de réalité, non ? Ce sera de là qu’il est revenu.)  Il était exigé que j’aille voir tous les commerçants de mon arrondissement qui était curieusement le onzième, tous les clients potentiels, soit tous les habitants, et que je recueille leurs données administratives. Il me semble que cela était exigé par une comptable, dans le cadre de la reprise de mes activités rémunératrices. Frédéric me l’avait déjà dit mais je n’avais pas voulu le croire. J’avais alors été voir cette vieille comptable, dont Frédéric préférait qu’on ne la consulte plus, afin qu’elle me conseille et éventuellement remette mes papiers sur les rails, aussi des impôts. J’avais alors songé que je pourrais, plutôt que de recueillir toutes ces adresses, rapidement faire un site professionnel où je renseignerais dans mes clients tous ceux pour lesquels j’ai travaillé dans une agence en Belgique. Il s’agissait un peu d’un curriculum vitae ( voilà, c’est ça, le principe de réalité, le curriculum vitae, voilà ce que c’est aujourd’hui, le principe de réalité ) et je m’effrayais du trou qu’il comportait depuis mon arrivée en France. »

lettres de jouissance de simon hantaï (autoportrait d’une exposition en jardinière)

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Simon Hantaï, Peinture / Écriture rose

« Poperinge. La maison de mes grands parents, du côté de ma mère. Nous allons loger là un moment. Mes cousins – Jo, Dirk et Roos – sont là. Je ne sais pas pourquoi nous sommes là. Nous sommes réfugiés un moment là.

Le lieu était inhabité.

Nous travaillons à l’arrière du jardin, à un coin du chemin qui courait tout autour. Je veux replanter une fleur reçue en cadeau. Je ne sais pas du tout de quel côté de l’angle du chemin la mettre. Je la mets d’abord contre le mur du fond, à un endroit où elle recevra le soleil toute l’après-midi, sur un petit promontoire où elle se niche parfaitement, telle la Vierge Marie dans sa grotte à Lourdes; mais ensuite, j’hésite à la mettre du côté plus ombragé, là où le chemin refile vers la maison.

C’est là qu’oncle Robbe apparaît, probablement sortant de l’un des petits ateliers qui longent le chemin sombre. Il m’explique que si je la mets côté ombre, je pourrai lui faire longer tout le chemin, jusqu’à la faire rentrer dans le maison. Que ça mettra des taches de couleurs. Je rentre à la maison pour expliquer cela aux autres. Et ensemble nous décidons de planter la plante à l’ombre, et nous nous apercevons que nous pouvons déjà l’étirer jusqu’à la maison. Oncle Robbe est très heureux. Moi aussi. Il se met à travailler beaucoup, dans le jardin. Il dit qu’avant aussi, avant que les lieux ne fussent abandonnés, une telle plante remontait depuis le fond du jardin jusqu’à la maison. C’est une sorte de lierre rampant, florifère. Nous sommes tous contents. J’ai de plus en plus envie de rester là, de ne plus quitter cet endroit.

Mais la plante est massacrée, coupée en morceaux. Nous ne savons pas par qui. Oncle Robbe dit que la mairie pourrait faire n’importe quoi pour que pour que la maison ne soit pas réinvestie, habitée.

Alors, nous nous mettons à un certain endroit du jardin, toujours à l’arrière, tout près de là où nous étions auparavant, pour appeler ceux qui ont fait ça. Nous crions. Dans cette encoignure, le terrain est en creux. A quatre pattes, je grimpe en haut de la cuvette (comme une dune). De là, je les aperçois qui s’approchent, tapis au sol, ce sont des petits gitans. L’un d’entre-eux arrive juste au dessus de ma tête. Il ne me voit pas, je le devine. Après, s’il y a des explications avec eux, je ne sais plus quelles elles sont.

Mais ensuite, tout est détruit dans le jardin, par d’énormes coups de cisaille. Nous ne voyons pas qui commet cela, c’est très rapide. À un moment, j’ai en main une sorte de liane, un faisceau de lianes que nous essayons de sauver (comme des câbles), mais elles se coupent alors que je les tiens dans mes bras. J’ai l’impression qu’on pourrait croire que c’est moi qui l’ait fait. Or ce n’est pas moi.

Je me réveille. »

Ce rêve, comme l’illustration de la redécouverte de quelque chose, d’un lieu de l’inconscient oublié puis réinvesti avec bonheur, jusqu’à ce que certains « agents » ( la mairie, les petits gitans) interviennent pour l’empêcher ( à un certain endroit, on pourra croire que c’est moi qui suis cet agent).

Et ce rêve, comme une illustration de la rétrospective de Simon Hantaï vue hier au centre Pompidou. Dans un film que j’y voyais1 , Simon Hantaï explique qu’il avait fini par se rendre compte que ce dont il s’était agi dans son travail, ça avait été  de retrouver les couleurs de son enfance, les somptueuses couleurs vues en Hongrie. Il explique que son bonheur, son délice, c’est ça. Retrouver l’éblouissement de ça.

Ces jours de fête au village, où les façades étaient repeintes, où chacun s’occupait de nettoyer le pas de sa porte, d’en enlever toute poussière,  de le recouvrir de sable et d’y tracer des motifs au creux desquels étaient posés des pétales de fleur.  Les rues de village étaient alors magnifiques.

Dans le film, on le voit déplacer dans son jardin ses énormes toiles, les alignant jusqu’à former une longue allée qu’il contemple alors.  Dans le chemin tracé, sa petite fille s’approche de lui un bouquet rouge à la main qu’elle lui offre, qu’il dépose, petite tache, sur l’une des toiles.  

Plus tard dans son parcours,  il se retirera volontairement du monde l’art et n’exposera plus que rarement. Il ne crée plus qu’au départ de ses propres toiles, des toiles qu’il a déjà faites, qu’il reprend, découpe, et nomme ces nouvelles œuvres « Les laissées ».

« Comme on le sait, (…) Simon Hantaï s’est mis en retrait à partir de 1982. Sentant venir un temps où l’art serait l’objet d’une commercialisation spéculative outrancière, où les faits culturels deviendraient l’enjeu d’objectifs politiciens, alors que l’art moderne, longtemps resté dans les marges, prendrait désormais une place stratégique contraire aux objectifs initiaux des artistes, Hantaï aborde cette nouvelle phase par une position critique radicale, celle de l’absence. Prenant à contre-pied et très volontairement l’exaspération médiatique et mercantile de ces nouvelles années folles, Hantaï reste chez lui, ne produit plus, refuse l’exposition et la diffusion de ses œuvres puisque l’art est devenu objet de consommation courante. Il travaille autrement, intellectuellement.

Bien sûr, d’aucuns, d’abord incrédules, croiront voir là le reflet d’un doute momentané (ce n’est pas la première fois qu’Hantaï interrompt temporairement sa production), ou encore le sentiment d’un échec, d’un aboutissement peut-être, qui pourra bientôt déboucher sur une phase nouvelle. Une impression qui ira, d’une certaine façon, dans le sens de l’artiste, lequel partage avec certains écrivains ou philosophes cette sorte de nécessité du doute, le choix d’une “écriture du désastre” (Blanchot) ; mais négligera une détermination que rien ne viendra affaiblir. Alors arrivé, en ce début des années 80, à un moment d’assez profonde reconnaissance de ses recherches, Hantaï s’obstine malgré toutes sortes de sollicitations dans cette absence revendiquée, cette “grève” de la peinture qui laisse cependant une large place à la pensée en acte. Car absence n’est pas silence, ou plus exactement mutisme. Dans cette phase de seize années, Simon Hantaï lit des textes philosophiques, revisite son travail antérieur sous différentes formes : découpes avec les Laissées ; distorsions photographiques (autres Laissées traitées cette fois en sérigraphie) ; pliages domestiques à partir des torchons de la maison ; lectures, écritures, classements, tris, destructions, enfouissements… La relation à la peinture, à sa peinture, reste une activité continue au cours de cette longue période où on ne le voit plus, où il n’expose plus. Celui qui parlait déjà de travailler “les bras coupés et les yeux fermés”, poursuit son chemin en dépit des mutilations volontaires qui en ont conditionné jusque-là la nature profonde. […]

Alfred Pacquement, Directeur du Centre Georges Pompidou, Flux et reflux, fragments (pour Simon Hantaï), Westfälisches Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte, Münster, 8.5-8.8.1999. Trouvé là : http://pedagogie.ac-toulouse.fr/daac/dossierspdf/hantai.pdf.

C’est curieux, n’est-ce pas, comme mon rêve rejoint tout cela, reprend tout cela. Je veux dire que je retrouve dans ces toiles coupées, découpées, le jardin découpé de mon rêve ( pièces détachées). Et comment, je me suis réapproprié, le temps d’une nuit,  le trajet de cet artiste. Des retrouvailles avec les couleurs de l’enfance hongroise aux Laissées, ces toiles (non pas des nouvelles donc, il ne produira plus rien de neuf, mais des anciennes, qu’il reprend) qu’il découpe au ciseau. Comme je retrouve moi-même le jardin oublié de ma grand-mère, jardin qui se retrouve découpé, et peut-être découpé par moi.

Le plus énigmatique encore pour moi, ce sont ces découpes. J’attribue leur fait d’abord à la « mairie » puis à de « petits gitans ».

Mettons que je mette la « mairie » du côté de la mère. La mère et sa jouissance sont inter-dites. La retrouvaille même du jardin est interdite. C’est le jardin, paradis, interdit. Je le retrouve, je voudrais y rester. Eden.  Dans ma vie, depuis quelques années, certaines jouissances (simples) trouvent un plus-de-prestige à mes yeux et sont par moi reconnues comme telles, de façon repérable, au point que je puisse vouloir les rechercher, consciemment. Que je puisse chercher à en élaborer, formuler le désir.

C’est me semble-t-il le travail auquel nous a invité Jacques-Alain Miller ces dernières années, celui de toute analyse : rendre consciente une jouissance inconsciente, et au travers de cette découverte en formuler le désir.

Pour ce qui est des « petits gitans« , je ne vois vraiment pas quoi dire. Je pourrais parler de ce que je rêvais, petite, d’être enlevée par des gitans, et d’alors partir avec sur les routes. Mais pourquoi seraient-ils ceux qui viennent découper le jardin.

Mais surtout, dans les découpes ne retrouve-t-on pas mon goût pour les recoupements, ceux-là mêmes auxquels je m’exerce ici, dans ce blog ? Mon goût pour l’inconscient et ses recoupements en dépit du bon sens ?

« La toile est un ciseau pour moi »

Est-ce que c’est curieux que cela se passe à Poperinge, dont je ne rêve pas souvent mais qui réapparaît cette fois dans une grande clarté, précision ? Poperinge est la ville de ma mère. Oncle Robbe est son frère de ma mère. Blond et grand dans le rêve, je dirais qu’il ressemble plutôt à Guy du château d’Assenois qu’à lui-même. Mais tous les deux ont un caractère semblable, sont taiseux, taciturnes. Tous les deux, on les croisait autrefois au jardin ou au bois, au travail.

Qu’évoque le coin du jardin où je m’arrête et replante la fleur ? Je ne sais pas. J’y suis prise d’un doute qui me ressemble. À l’ombre ou à la lumière? Et qui m’empêche très souvent de passer à l’action, brise les plus purs de mes élans. Ce doute est levé par l’intervention d’oncle Robbe. Si je la plante à l’ombre, à l’endroit de la reprise du chemin vers la maison, je pourrai la faire grimper, remonter jusqu’à la maison et elle parsèmera le chemin de touches de couleurs (le bouquet de sa fille à Simon Hantaï, sur les toiles). C’est là que je reconnais la reconstitution de Simon Hantaï, avec ses tabulas qui retracent les rues du village de son enfance. Au soleil, ajoute oncle Guy/Robbe/Hantaï, la fleur sera bien, mais elle risque de brûler si la température atteint 30 degrés (il faisait hier 30 degrés dans le cercle polaire! avais-je entendu à la radio) et je songe qu’en effet si nous devons partir, la plante, qui aurait besoin d’être arrosée ( Robbe parle d’un arrosage plusieurs fois par jour) crèverait. Tandis qu’elle pourrait survivre, voire même s’épanouir, si elle prenait le côté du chemin à l’ombre. Un chemin d’ombre donc, plutôt qu’une exposition en pleine lumière. Et la fleur pourrait survivre sans soins, s’il nous fallait quitter l’endroit, ce dont j’ai de moins en moins envie

Dans le rêve, je m’identifie donc à Simon Hantaï, au jardinier taciturne.

J’ai hier été voir cette exposition à cause d’un article lu à propos d’une toile de lui dont le titre comporte le mot « rose », comme le prénom de ma cousine, « Roos », présente dans le rêve, titrée Peinture / Écriture rose.

Il s’agit d’une toile qu’il a mis je crois un an à faire, à une époque où il pensait arrêter de peindre. Il a alors écrit et réécrit des textes qui lui étaient chers, jour après jour sur une immense toile, en superposant les textes, les écritures jusqu’à ce qu’elles deviennent illisibles et en utilisant des encres de différentes couleurs dont les superpositions ont créé cette couleur rose qui ressort majoritairement de la toile sans y avoir été pourtant utilisée.

Simon Hantai-Ecriture rose-1958-1959
Simon Hantaï, Peinture / Écriture rose, 1958-1959 (détail)

Je n’arrive pas bien à me poser la question de la forme de ce que j’écris, de la forme à donner, et je suis parfois tentée de lui chercher une forme de ce côté là, d’une écriture manuscrite où la composante visuelle ne compterait pas pour rien. Je me souviens maintenant qu’une des premières choses qui m’ait tentée à la lecture de ces articles qui concernaient Hantaï et Derrida, c’était l’envie de trouver un moyen qui me permettrait d’écrire à la main un texte qui serait alors à la fois montré et camouflé, un texte qui prendrait une place physique dans le monde (à l’opposé d’un texte écrit sur ordinateur), que je pourrais néanmoins écrire (d’une façon discrète – tant il est toujours important pour moi d’agir secrètement). Il était également question d’un livre d’Hantaï, écrit avec Jean-Luc Nancy et Jacques Derrida, où le texte d’une correspondance (de Nancy et d’Hantaï) est repris, recopié par Hantaï jusqu’à l’illisibilité. Et cela s’est encore mêlé pour moi à la lecture d’un autre texte, de Derrida je pense cette fois, sur les plis et les nœuds d’Hantaï. J’essayais d’imaginer comment je pourrais moi-même plier une toile ou autre support, jusqu’à ce qu’il devienne suffisamment petit (nécessité donc de la discrétion du support de sorte que je puisse travailler dans l’ombre) et qu’une fois ouvert, redeplié, il permette de lire sans que le texte soit directement ou complètement lisible, conservant ou reconstituant une part d’ombre. Voilà donc ce qui m’avait donné fortement envie de voir cette exposition. Ce besoin de faire exister un texte matériellement et pas seulement dans la mémoire d’un ordinateur. Et de chercher à le faire exister visuellement.

Le sacrifice du sens

Mais, ce qui m’a frappée également à la vision des films, c’est jusqu’à quel point Hantaï renonçait au sens. Ce qui rapproche son travail de celui de Rothko. Si ce n’est qu’il me semble qu’il y s’agit moins d’une affaire de contemplation que d’éblouissement comme il le dit. D’éblouissement et de joie. Et pour ça, en effet, il faut pouvoir renoncer au sens. Cela m’a paru ce qui était le moins à ma portée. Le plus gros sacrifice. Je ne me suis pas demandée alors ce qui avait pour lui rendu ce sacrifice possible. Est-ce que je me le demande maintenant? Ce serait le dégout du monde et du marché de l’art qui l’aurait conduit à se retirer, à cesser de peindre. Cesser d’ajouter une toile de plus, un produit de plus. Comme si production de sens et production capitaliste participait de la même chose.

En tout cas, ce qui fait jointure entre son Hongrie, le tablier de sa mère et ma campagne, mon jardin ( de Donnery ou de Poperinge), c’est ce dont lui a une conscience suffisamment forte que pour pouvoir /devoir/ savoir renoncer au sens. Une jouissance certaine.

Une jouissance liée à « l’avoir un corps ». Pas sans cette matérialité-là,  d’un quotidien corps à corps avec ses toiles qui deviendront immenses, qu’il ne se lasse pas de manipuler, plier, tordre, repasser, nouer, déplier, tendre, déplacer, accrocher, décrocher, regarder – et dans cette idée, qu’il s’agit-là d’un travail, d’un travail très simple, que tout le monde pourrait faire, un travail pas loin de celui de l’usine, un travail proche de celui de la préparation des fêtes du village, travail d’anonymes qui œuvrent pour une communauté, travail dont il nous dit : « Je le fais pour vous ». Une matérialité qui ne va pas non plus sans celle de  la lumière et du vent (ces questions de météo, les 30 degrés), qui ramène la couleur à la nature. Ces choses que l’on éprouve physiquement. Et l’illisibilité que lui ramène au texte, ose, risque, c’est encore la part de jouissance ramenée au visible que comporte tout texte dans le corps de ses lettres.

Simon Hantaï au travail
Simon Hantaï au travail
Notes:
  1. On peut voir sur les lieux de l’exposition deux films (superbes) réalisés par Jean-Michel Meurice, Simon Hantaï, Des formes et des couleurs, 1974 et Simon Hantaï ou les silences rétiniens, Grand portrait, 1976 dont sont tirés les photos qui illustrent ce texte. []

Quelle croyance pour l’inconscient?

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la troupe d’un autre monde (rêve du 21 au 22 juin)

« A la piscine avec de nombreux amis, des hommes, que je trouve assez séduisants et c’est réciproque. Je nage sous l’eau. Beaucoup de monde. Arrivée d’une drôle de troupe, tribu, qui vit sous une large tente hexagonale, une yourte. Ils s’installent dans le fond de la piscine, ils sont à l’abri de l’eau et continuent de vivre normalement, interdisant l’accès de la tente aux nageurs. Ils prennent beaucoup de place.

– Au réveil, certains indices de la suite du rêve me donneront l’impression qu’il s’agit avec cette troupe de l’inconscient et de ses habitants. –

Panoramique ger

Ils ont un chef, cérémonieusement, servi par tous les autres. On ne sait d’où ils viennent. Tout signale que leurs coutumes sont très anciennes. Leurs vêtements ont un air folklorique. On ne comprend pas leur langue. Il est d’abord cru qu’ils sont juifs, des juifs venus d’une région du monde lointaine, inconnue, appartenant à un autre temps, ancestral.

Quand ils sortiront de la piscine, je m’approcherai d’eux. Par les bords d’abord puis de l’intérieur.

Leur gigantesque tente posée sur des roues, ils circulent dans la ville, leur extravagant attirail évoquant une parade de cirque ou de gitans. Je me mets à craindre pour eux quand ils s’approchent de quartiers à forte population maghrébine, ce qui pourrait leur attirer des ennuis s’ils sont juifs.

Je m’approche d’eux et interviens. Peut-être pour soigner un petit. À qui je fais peut-être manger quelque chose quand il refusait d’encore se nourrir. Je m’attire donc leur bienveillance. Je me suis servie pour l’aider de la psychanalyse ainsi que de manières de faire qui n’ont rien à voir avec leurs coutumes, dont ils ne savent rien.

Ils arrêtent leur périple et s’installent, un peu en catastrophe, probablement sous mon influence, dans une usine désaffectée d’un coin de la ville où je crains que leur présence ne leur attirent de graves ennuis, toujours en raison du fait que je les crois juifs. Je continue d’intervenir dans leurs coutumes, les initie au monde extérieur. De leur côté ils m’initient à leurs chants et à leurs danses.

C’est là que Frédéric intervient pour me dire que c’est bien moi ça, que c’est incroyable ce que j’arrive à faire, qu’il n’aurait jamais cru que quelque chose d’intéressant puisse sortir de coutumes religieuses (puisque nous pensons que ce sont des juifs, des « juifs anciens »).

Ils décident de vraiment s’adapter (au monde d’extérieur) et choisissent… de faire la vaisselle (je pense que jusque là, ils ne nettoyaient rien, vivaient et d’ailleurs survivaient très bien, sans rien nettoyer). Ensemble ils apportent donc leur vaisselle à l’évier1 où les attend une vaisselle qui n’est pas la leur, assez importante, débordante même, mais qu’ils semblent prêts à vouloir faire, même si je songe que ce n’est probablement pas à eux de faire ça.

Il se passe alors quelque chose qui les pousse à se montrer aux fenêtres2 . Au fond, je crois les avoir initiés au fait qu’ils étaient malvenus, qu’ils couraient du danger. Mais là, ils semblent curieusement vouloir affronter ce danger, soit dans une sorte de courage, soit pour le vérifier, dans un doute par rapport à ma croyance en ce danger. Ils se montrent donc tous aux fenêtres.

Je crains énormément pour eux. Je crains qu’ils ne soient abattus, qu’ils ne se fassent tirer dessus. Je crains une attaque, une invasion de leur hexagone. Et là, au fond, il ne se passe vraiment rien. Il se passe quelque chose de l’ordre d’un rien sidéral. Je crois qu’ils sont vus, regardés de l’extérieur, et que cela se passe dans un moment de sidération, de blanc, d’intervalle, de silence, d’arrêt.

Après ça, il est sûr que ce n’était pas des juifs, mais tout autre chose, d’une langue absolument inconnue. Je me réveille. »

quelle croyance pour l’inconscient?

Je pense qu’il s’agit avec ce rêve de la question de mon rapport à l’inconscient, la question que j’essaie de me poser de ce qu’il faut que j’en fasse, de ce qu’il en est. Et principalement de ce qu’il en est dans ce que j’en fais ici, dans ce blog, et de l’importance que j’y accorde dans ma vie.

S’agit-il d’une croyance que j’entretiens ? S’agit-il d’un croire à l’inconscient ? Faut-il que je me détache de cette croyance ? Que j’y renonce, et renonce à tout ce sens ? Est-ce au sens qu’ici je m’accroche ? Ne fais-je rien d’autre que cela ? Ce sens que comporte une religion, même quand il s’agit d’une religion maudite (qui n’en n’est pas moins mot-dite), religion du rebut, à quoi la religion juive peut s’apparenter de par sa (souvent) tragique histoire.

Que dire de ce que j’apparente dans le rêve l’inconscient au juif, voire la psychanalyse à la judaïté, que je les conçoive comme rejetés et en « dans-G »3 , en danger. Ce n’est pas sans raison, ni sans raison raisonnable. Le réel est jouissance, l’objet a est rebut. S’agit-il dans ce que je fais avec le récit de mes rêves,  d’actes de foi ou d’actes « tout court » ? Le rêve semble pencher pour l’acte de foi. Qu’il vient contredire. Réel, l’inconscient provoque la sidération. Sidération, arrêt, réveil.

J’ai fait ce rêve suite à deux lectures.

« angoisse constituée, angoisse constituante »

L’une de Jacques-Alain Miller sur l’angoisse, un texte autrefois publié ici intitulé « Angoisse constituée, angoisse constituante« . Où il est question de déloger le réel de son habitacle d’angoisse et de le reloger dans l’acte.

La certitude du réel de l’angoisse devenue celle de l’acte, s’extrayant de la place où elle s’était figée dans le fantasme, où elle entretenait une angoisse infinie, une angoisse en désir d’infini, notée aleph, qui est inhibition et refus de la certitude qu’implique le réel auquel elle touche.

Passage de la croyance d’une angoisse dite constituée à la certitude de l’angoisse dite constituante, constituante de l’acte.

La croyance, située donc du côté de l’angoisse constituée, est croyance au fantasme où est venu se réfugier le réel lié à l’angoisse, où il s’est trouvé une petite histoire qui permet de le soutenir comme appartenant au sens, ici opposée à la certitude à laquelle consent l’angoisse constituante. Cette certitude étant folle, c’est-à-dire non liée au symbolique ou à l’imaginaire, d’une langue étrangère qui ne peut entraîner que sidération et dont un acte peut seulement procéder. Ce que les membres de la troupe de mon rêve semble pouvoir seulement démontrer… en se montrant.

Quelle conséquence pour moi ? Je dois dire que je n’y trouve aucun éclaircissement, moi qui me retrouve à nouveau à noter ce rêve, pouvant seulement constater qu’il me semble avoir raison de « croire » à l’inconscient, de « croire » aux interprétations qu’il a la générosité de me livrer la nuit. De « croire » qu’il sait. Que la certitude est de son côté. Cette certitude pour autant me pousse-t-elle à l’acte ? Ou me maintiens-je au contraire dans l’inhibition, cette inhibition « frontière du réel ». Faut-il que je cesse tout cela ?

L’inhibition a un double versant : dépendante du corps, de ses fonctions et de son image, elle semble liée à l’imaginaire. En tant qu’elle indique une limite et un arrêt dans la symbolisation, elle touche au réel. Elle résonne donc avec tout ce qui chez le sujet ne peut trouver un appui dans la représentation. […] Elle est donc ce qui produit de nouvelles représentations à partir de l’imaginaire du corps. L’arrêt même du sujet, dans l’inhibition, lui sert à se « faufiler » sous forme d’image pour figurer, prendre place là où il ne devrait pas être parmi les signifiants.
Dès le début des années soixante, Lacan situe l’inhibition et le désir à la même place.
La Sagna P., Revue la cause freudienne n° 68,   « L’inhibition à savoir »

J’ai toujours « cru » à l’inhibition, toujours cru qu’il devait y avoir quelque chose à en tirer, je me suis sue inhibée, complètement, et j’ai compris que je n’avais pour le moment d’autre chemin que de suivre, me tenir à cette lisière, cette rampe de l’inhibition. Le blog est ce moyen. Le blog, ce blog, est écriture de l’inhibition. Rien ne s’y conclut jamais. Le prisonnier ne quitte jamais la pièce. Mais il témoigne tant qu’il peut de l’existence de l’inconscient, dont je ne peux cesser de chercher à me faire apôtre.

« le croyant et la dupe »

L’autre texte que j’ai lu hier, est celui sur lequel je suis tombée par hasard dans mon ordinateur, dont je ne peux que recommander la lecture, de Marie-Françoise De Munck, intitulé « Le croyant et la dupe »4 :

Ce qui constitue le symptôme, dit Lacan dans RSI, c’est qu’on y croit… Et qu’est-ce que croire, sinon croire à des êtres en tant qu’ils peuvent dire quelque chose…

Le texte de Marie-Françoise, je l’ai parcouru un peu rapidement, puisque ce n’était pas celui que je recherchais, mais j’y suis bien tombée en arrêt sur le paragraphe suivant :

Nous mettrons ici le même écart entre « être dupe » et « se faire la dupe » qu’il y a entre être l’objet du fantasme d’un homme et accepter de s’en faire l’objet cause du désir. Cet écart est celui de l’accès à une place de semblant.
Se faire l’objet du fantasme masculin conduit une femme à cette relation de «ravage» qui caractérise aussi bien la relation mère-fille quand, enfant, elle se fait objet du désir « pervers » de la mère. Tandis qu’accepter de se faire l’objet cause du désir pour un homme, accepter de se prêter à la perversion masculine, souligne l’accès à une place de semblant. Adopter cette place est une façon pour une femme de se faire la dupe du choix de l’inconscient.

C’est sur cette phrase que j’étais allée me coucher, et s’il ne me semble pas que le rêve qui a suivi aie voulu m’en reparler, il me paraissait important d’en faire état. Se maintenir dans une situation de ravage par rapport à la psychanalyse, ou par rapport à l’école qui la représente, se faire objet de la psychanalyse, ou « se faire l’objet cause du désir », se faire « semblant d’objet » pour un analysant ou pour un lecteur… 

Éventuellement donc on aurait:

  • angoisse constituée, loge le réel dans le fantasme : vouloir/croire être l’objet qui manque à l’autre (maternel) + ravage
  • angoisse constituante : ne loger le réel nulle part (sinon en marchepied de l’acte) et accepter (côté femme) de se faire l’objet cause du désir du fantasme d’un homme, accepter de jouer son jeu, accepter cette place de semblant. façon de se faire la dupe de l’inconscient.

Quoiqu’il en soit, ces deux textes me paraissent essentiels.

 

Notes:
  1. qui occupe toute « l’avant-scène », au premier plan de la scène du rêve, juste « devant mes yeux » []
  2. les fenêtres sont sur la droite, occupent le mur de droite []
  3. entendre dans ce G, le point G de la jouissance []
  4. Je ne sais pas du tout comment ce texte est arrivé sur mon ordinateur. Il est possible qu’il aie été publié par la revue Quarto à l’époque où j’y travaillais, ou que Marie-Françoise me l’ait passé, puisque nous étions amies (je ne suis plus en contact avec elle depuis que j’ai quitté Bruxelles. []

muguet

toute la famille (le père, la mère, les frères). nous devons faire nos bagages, peu de temps avant le  départ de l’avion ou du train que nous devons prendre. nous sommes probablement sur un lieu de villégiature ( mer ou/et Ardennes). c’est moi qui prépare les bagages, inquiète et désireuse de prendre de l’avance. les autres ne sont pas là. Il y a deux valises à remplir (la grande noire, la petite blanche).

ex-analyste (celui de Brux.) assis/enfoncé dans un fauteuil, raconte quelque chose, en fait c’est à la radio qu’il parle. il parle de lui, raconte sa vie. à la fin de l’émission, il annonce l’émission suivante, et parle d’une chose qu’il ne racontera pas  avec un sourire malicieux.

l’émission terminée, il reçoit un bouquet de fleurs, blanches. le bouquet comprend deux sortes de fleurs : une sorte de muguet ainsi qu’une autre sorte que je n’en connais pas, qui ressemble plutôt à une longue herbe. les muguets ont cette particularité que leurs clochettes longent toute la tige, depuis la base.

toutes les plantes sont rassemblées, car elles ne seront pas emportées dans le voyage. analyste retire une paire de fleurs de son bouquet, je lui dis que j’en veux bien moi aussi. il me donne celle qu’il tient.

aucune possibilité d’interpréter ce rêve, me semble-t-il. lié certainement à ce que j’ai écrit récemment, et il m’en a coûté, à propos de ma première séance d’analyse.

il n’y a que le muguet auquel je pourrais m’arrêter. muguet, qui résonne un peu avec mon nom. muguet aussi de la fête du travail. muguet  qui évoquerait le lys, fleur préférée de mon père. ou encore muguet que Gabriel tend à Marie quand il lui annonce qu’elle va porter un fils. ou encore cette maladie de la bouche dont j’ai déjà dû souffrir? 

l’oublié

Rêve

« Sur une scène.

Une scène de l’école – pas celle avec un grand E, la petite, celle des Dames; non, la plus petite, celle des Filles (de la Sagesse). Je faisais des spectacles là quand j’étais petite, de la danse. Mais dans le rêve, il s’agit de théâtre. Je suis la « principale » (comme en danse).

Je suis sur scène, je dois commencer. Mais je ne me souviens de rien. Continue la lecture

l’oublié 2

Donc, c’est curieux.

Parce que c’était réel, parce que c’était peut-être sexuel, parce que ça m’aurait  donné du plaisir, je l’ai oublié.

Et parce que je l’ai oublié – la pose, le mouvement, le geste, la posture – , je ne peux plus rien faire, je n’ai plus de jugement, je suis obligée de me greffer à une autre (homosexuelle), je dois passer à l’arrière plan, je dois faire la doublure.

Après quoi?

Une psychanalyste raconte une fable (Christiane??) en passant par des loges (loges de coulisses? maçonniques?), des loges où elle se loge, qui ont chacune leur décor. La fable se termine sur moi et Laure Naveau.

J’avais lu un texte récemment de Laure Naveau (que je ne suis pa sarrivée à retrouver), où elle parlait de textes, de thèmes qui avaient également été importants pour moi (péché de la tristesse, Spinoza, Nietzche…) Je m’étais demander si ce n’était pas plutôt chez elle, comme analyste, que je devais aller?

Christiane Alberti? Comme Alberti? Qui écrivit Vies de peintres? Vies des meilleurs peintres… Ah non, ça n’est pas Alberti, c’est Vasari. Alberti, c’est la perspective. La vie d’Alberti est racontée dans le livre de Vasari.  Il a inventé la perspective géométrique et a  écrit un traité sur la peinture ( Della pittura).

Bon.

Vies de peintres! Comme la Vie de Lacan de Miller ! (que je n’ai jamais terminé!) Comme la Vie de mon père que je n’écrivis pas ! Pour lequel je suis seulement arrivée à faire un site internet : http://www.jacquesmuller.com – que je ne cesse d’oublier ! qui a récemment perdu, à cause d’un fournisseur inélégant, abusif (Gandi), son nom de domaine en .be (point be au lieu de point com, que j’ai dû acheter ensuite) ce qui lui a fait perdre toute sa notoriété sur internet…

ne me quitte pas mais

8h40, je ne vais sans doute pas tarder à me recoucher.

Rêve cette nuit.

Avec Roger (à la place de Frédéric) dans sous-sol rue Waelhem. Roger s’enferme dans pièce avant (qui ressemble aussi à cave rue Tiberghien) . Ne me quitte pas mais ne veut pas de moi tout le temps près de lui. Fait des choses, est très actif. Moi, j’attends dans pièce à côté. Lui, de temps en temps vient près de moi, puis retourne dans sa pièce. Sommes avec Francis, ami de JP, homosexuel, très joli garçon. Reste parfois près de moi, parfois près de Roger. Ma famille et Jules ne sont pas loin de moi, mais sont entre-eux, comme si je n’étais pas là. Sont comme assis sur une dune. Je regarde Jule, comme si je ne le connaissais pas, dans cette terrible séparation qui est la mienne quand je suis (très) en colère. Je ne comprends pas le comportement de Roger. C’est probablement ce qui me met en colère. Il n’a pas dit qu’on se quittait, mais. Je voudrais partir et le rendre jaloux. J’imagine partir et aller au cinéma. Qu’il ait le temps de s’inquiéter.

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Ce que je ne comprends pas, c’est que cela m’apparaisse en rêve et en ce moment et comme si je ne le savais pas, comme pour me l’apprendre que la cause de ma grande colère, c’est la séparation, que la séparation me sépare. Mais quelle séparation, et pourquoi au sous-sol, et pourquoi avec Roger, et pourquoi ce souvenir de la cave de la rue Tiberghien. Que la séparation me précipite dans un détachement mortifère, létal. Où tout paraît juste. Où les sentiments sont ce qu’il sont, sans atours, sans apprêts.  Où tout paraît si juste, que c’est d’une force implacable : je – ne tiens – à rien.  Comme si le rêve me racontait cette histoire-là, inconsciente, me faisait la leçon. Comme si donc, c’était ce qui se rejouait en ce moment.

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Je trouve des bottes qui étaient à Annick et qui sont à moi maintenant. Je les mets. Ce sont des cuissardes. Je les fais remonter jusqu’aux genoux puis les rabaisse. Je marche devant Roger.

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Et pourquoi ces bottes d’Annick, Annick dont j’ai pensé (un jour, à la lecture d’un séminaire de lacan, de pages sur la névrose idéale obsessionnelle) que c’était elle, mon idéal, mon idéal, inatteignable.  Ces bottes qu’elle a et que je n’aurai jamais. De même que je ne trouverai pas, jamais, chaussure à mon pied. Mais pourquoi des cuissardes ?  Rien ne pourra jamais détrôner Annick de cette place. Et, je serai toujours toujours celle qui ne sera pas ça. Je ne vois pas d’autre possibilité de me définir qu’en non-ça. En non-elle. Secrètement au monde non-elle. Je suis non-Annick. Annick a une définition, je n’ai que celle de son négatif.  Et j’ai la chance qu’elle soit mon amie. Je suis en complète humilité par rapport à ça. Et je sais qu’elle l’a parfois ressenti, que ça l’a parfois agacée.

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Quelque chose me dit que Roger ne me quitte pas, mais je n’arrive pas à accepter les distances, la liberté qu’il prend.

/;/’*

Me fait penser au fait qu’hier cuiller suis allée à premiers tests d’inscription à un cours de secrétariat qui, si je les réussissais, auraient pour conséquence que je ne pourrai plus aller chercher Jules à l’école et que je ne pourrai plus l’aider à faire ses devoirs. Je ne pourrai plus non plus le conduire à l’école le matin.

Je m’inquiétais donc. De la distance que je prenais.
Me demandais si c’était bien. Si je ne l’abandonnais pas. Trouvais que ce n’était pas bien. Mais pourquoi la présence de Francis (ami homosexuel), dans le rêve. Poser la question c’est y répondre. Ne plus vivre cet amour de double, d’homosexuel. (pourtant, il m’est arrivé de penser que ma colère, était ce qu’il y avait de plus juste, chez moi (quand bien même)).

Mais en fait, je ne saurai jamais si c’est bien ou pas, pour Jules, puisque je ne serai plus là. C’est une séparation. Et tout ce qu’ elle comporte de perte.

Éventuellement ça dirait : tu vois ça comme une séparation. C’en est une. Mais, ça n’est pas la fin de l’amour. C’est pour que chacun puisse faire ce qu’il a à faire. / mais si il n’y arrivait pas, pas sans moi, et comment puis-je faire pour être sûre de ne pas l’empêcher d’y arriver, sans moi. Comment lui dire tu peux le faire sans moi, et l’accepter.

//ň

Aussi, Jules hier exprimait le sentiment d’avoir trop à faire, alors que ce n’était sans doute pas trop. J’en étais étonnée. Il était profondément dégoûté d’avoir autant de devoirs. Alors qu’il n’y en avait pas beaucoup. C’est ce que je ressens moi aussi, souvent. Ce trop. Alors que je n’ai sans doute probablement pas trop à faire, j’éprouve le sentiment épuisant d’avoir beaucoup infiniment trop à faire. Et ce trop n’ est sans doute jamais que l’opposé de rien. Plus que rien = trop. > rien = trop. Autre que rien = trop. Et autre que rien = voulu par l’Autre. Et rien = voulu par soi. Mais pourquoi un tel besoin de vacance, d’absence. De rien à faire. Un besoin hors du commun.

Et rien = voulu par soi ou = non-voulu par l’Autre. L’insupportable de la demande de l’Autre.

//

Pourquoi est-ce qu’il faut maintenant que je me recouche ? Alors que je ferais mieux de me lever, laver.

Bon, tant pis. Je peux me l’accorder. Mais pourquoi me sens-je si vite débordée ?

Quelqu’un a voulu (que je sois sans culotte)

Rêve. Recommence à travailler à Emak. Tout est à l’extérieur. B s’occupe beaucoup de moi. Très gentiment. Très, très gentiment. Il me semble que ma mère  est là aussi, gentille aussi. B glisse sa main sous ma jupe ou dans le tuyau de mon pantalon. Je crains qu’il ne sente que je n’ai pas de culotte et que ça ne lui donne de mauvaises indications sur moi. C’est quelqu’un d’autre qui avait voulu cela, que je n’aie pas de culotte. Que j’aie une jupe ou porte une robe et sois sans culotte. J’ai eu un autre rêve où il y avait ça. Et avant ça, un autre rêve encore. Quelqu’un avait voulu que je n’aie pas de culotte. C’est sans doute après le rêve que je pense à ça, directement après le rêve. Je pense au premier rêve comme au rêve primordial, ancestral. Je pense à la construction d’Un enfant est battu. Je pense  au fait qu’il y a déjà eu un rêve où j’étais sans culotte. Ce rêve où je suis comme un paresseux, l’animal, accrochée à une barre, au milieu d’un immense grenier vide, sans culotte. Paresseuse accrochée à une barre, sans culotte. 

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j’irais bien à la piscine

Une piscine a débordé, considérablement. Nous arrivons au bord, Jules et moi. J’ai envie de rentrer dans l’eau, voir si elle n’est pas trop froide, traverser la piscine, voir de l’autre côté. Mais l’eau n’est pas trop froide, je peux donc la pénétrer. Jules heureusement ne me suit pas.

Je suis rentrée dans l’eau dont le mouvement s’est rapidement amplifié, a considérablement monté. Il y avait moyen de s’accrocher à l’eau et je le faisais. Il fallait s’accrocher très fort, en fait. Parce que l’eau vous saisissait, vous emportait, dans un mouvement tournoyant, montant considérablement, puis, soudainement se relâchant, vous relâchant, vous laissant retomber dans le vide, vous rattrapant, vous relâchant… Je songeais, je disais, que ça valait toutes les attractions foraines du monde. C’était énorme et à chaque fois différent, ne laissant pas le loisir de s’habituer au mouvement.

– Hier, Chester faisait de beaux saltos arrières. C’était vraiment comme si ça lui plaisait de se laisser entraîner physiquement par ce qu’il désirait attraper, le petit bout de peluche mauve que Jules faisait tournoyer au bout d’une sorte de cane à pêche. A un moment, Chester bondissait dans le mouvement tournoyant, son corps son grand corps pris, soulevé dans les airs, retourné vers l’arrière. Ça évoquait aussi les jeux des dauphins dans l’eau.  Il a d’ailleurs été question de cirque, hier, aussi, mais je ne sais plus à quel moment. Et j’avais songé aux peintures de mon père. A moins que je n’y ai songé ce matin, en sortant du rêve. –

L’eau avait considérablement monté, formait une immense boule, qui nous faisait monter très haut au-dessus de la terre que nous apercevions. C’était à Bruxelles, dont je reconnaissais les bâtiments étrangement reproduits à l’identique plusieurs fois et s’étirant, en de longs rayons qui irradiaient en étoile depuis la boule d’eau. J’ai peut-être reconnu l’Atomium et l’église Sainte-Marie. L’eau était aussi de l’air. C’est ce que je croyais quand je pensais que j’étais dans un rêve. Je songeais à cette matière dans laquelle je virevoltais, qui n’était que de l’air, l’air me paraissait un élément signifiant, dans les deux sens du terme: signifiant vide, rien et signifiant l’R, l’air de Mu-ller, mon nom.

– Aussi, le meurtre, la mort affreuse, il y a peu de temps d’un enfant de trois ans, mis par ses parents, son père, dans une machine à laver. –

Dans la boule, il y avait du monde. Aussi une femme, près de laquelle je me suis parfois trouvée, assez longuement. Avec qui je m’entendais bien. Avec qui j’espérais m’entendre. Nous avons été quelquefois entraînées ensemble dans le mouvement tournoyant de l’eau. C’était rassurant d’être ensemble. Je me demandais si nous n’allions pas nous embrasser.

A la fin du rêve, Frédéric et Jules sont également entrés dans l’eau qu’on essayait de vider. J’étais triste pour Jules qu’il soit pris là-dedans.

À ce moment-là, différentes manœuvres sont mises en œuvre donc, pour vider l’eau, mises en œuvre par les terriens (les personnes au sol). Ces manœuvres paraissent dangereuses. Il est question d’un filet en fer ou d’une ossature en fer qui prenne la place de l’eau. L’eau soutenant en l’air les personnes et l’ossature en fer étant destinée à remplacer ce soutien. Le danger étant de se retrouver plaqué contre le fer, parce que s’il n’y a plus d’eau, son mouvement de tempête est toujours là, fait toujours rage. Un homme recherche ce danger dans une sorte de masochisme. Cherche à son corps soit plaqué contre le soutien en fer, contre la grille, de façon à en être marqué.

Pendant tout le rêve, je sais que c’est un rêve, ce qui ne fait que renforcer sa réalité. Tout le temps, je sens, je pense, je constate que ce qui arrive, m’arrive au corps. Je pense même que, comme je sais que je pense, que dans le rêve c’est d’une pensée qu’il s’agit, que mon corps s’exerce réellement aux mouvements qu’il fait (comme l’entraînement des sportifs à qui l’on recommande de penser à leurs mouvements, leur assurant que cela vaut un entraînement réel, ce qui aurait été scientifiquement prouvé.) Je pense donc que mon corps fait réellement le mouvement. Et je me dis qu’il n’y a que la jouissance, de mon corps à ce moment-là, qu’il n’y a pas moyen de penser, je me dis qu’il n’y a que la jouissance qu’il y a.

17, dimanche, JOUR

Dimanche, 12:26.

Il fait froid  (0 degré).

Sommes F et moi réfugiés au lit. Me suis fait un thé au lait Anichaï. Mais il ne me paraît pas très parfumé. Peut-être trop vieux. Ou bien, je dois encore travailler à développer mon goût. Ajouté un demi bâton de cannelle, mais lui décidément était trop vieux. Je viens de lire que c’est un thé qui contient du gingembre. J’aurais dû en rajouter, j’en avais envie. Devrais avoir le courage de me laver les cheveux. Sortir, aussi, ce serait pas mal.

Du point de vue du sevrage, je crois que c’est OK,  je n’en ai pas pris longtemps finalement de l’Anafranil. Sinon que rêvé toute la nuit. Cette fois mes parents voulaient se séparer, ma mère voulait partir,  était partie. Je travaillais à la Commission européenne. Ma mère était venue se réfugier dans mon bureau. En très mauvais état, dévastée je dirais, considérablement vieillie. Logeait à Mainvault également (maison de l’oncle qui vient de mourir). Désemparée, je finissais par appeler Depels. Nous parlions de nous voir. Je ne suis pas sûre qu’il m’aie bien conseillée. J’expliquais à mon frère qu’il fallait leur faire comprendre,  comprendre à ma mère, que s’ils se séparaient, ils vieilliraient trop vite,  et devraient être placés. Ce qu’ils ne voulaient pas. Je montrais à JP un petit bijou, une légère chaîne en argent, qu’il fallait que mon père offre à ma mère pour la convaincre de son amour.

Hier, c’était bien un peu pénible. Énervée, et ces courbatures. Rien d’insurmontable. J’avais prévenu les autres autour de moi, interdit de me contredire ni d’user de la moindre ironie à mon égard. Demandé d’obéir aussi à quelques ordres. Ils ont été parfaits. Pour un mal de tête, suis arrivée à éviter l’aspirine en prenant un Earl Grey au miel.  Bu du Rooibos le midi en mangeant.

Soir,  sommes sortis manger des sushis. Bu deux verres de vin blanc. M’autorise à boire à l’extérieur et à l’intérieur les jours de fête.

Acheté des livres sur le Japon.

Ah oui,  téléchargé également deux applications pour apprendre de le japonais. L’une pour l’oral, l’autre pour l’écrit.

Soir, tout de même, nous avons fait des travaux, installé le chauffage dans la chambre:

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