{"id":1654,"date":"2009-01-06T13:39:34","date_gmt":"2009-01-06T12:39:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/?p=1654"},"modified":"2010-03-30T18:10:40","modified_gmt":"2010-03-30T17:10:40","slug":"bolano-ennui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/2009\/01\/bolano-ennui\/","title":{"rendered":"Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons"},"content":{"rendered":"<div style=\"padding-bottom: 100px;\">\n<p><em>les m\u00e2ts,<br \/>\ninvitant les orages<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Un ennui, d\u00e9sol\u00e9 par les cruel espoirs,<br \/>\nCroit encore \u00e0 l\u2019adieu supr\u00eame des mouchoirs!<br \/>\nEt, peut-\u00eatre, les m\u00e2ts, invitant les orages<br \/>\nSont-il de ceux qu\u2019un vent penche sur les naufrages<br \/>\nPerdu, sans m\u00e2ts, sans m\u00e2ts, ni fertiles \u00eelots\u2026<br \/>\nMais, \u00f4 mon c\u0153ur, entends le\u00a0 chant des matelots!\u00bb<\/p>\n<p>Mallarm\u00e9, \u00ab Brise marine\u00bb ( <em>In Le Gaucho insupportable<\/em>, qu\u2019en ce moment je lis, offert par grand G, mon ami, mon amour, pour No\u00ebl, p. 150.)<\/p>\n<p><em>\u2026 de leur fatalit\u00e9 jamais ils ne s\u2019\u00e9cartent<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Mais les vrais voyageurs sont ceux-l\u00e0 seuls qui partent<br \/>\nPour partir ; c\u0153urs l\u00e9gers, semblables aux ballons,<br \/>\nDe leur fatalit\u00e9 jamais ils ne s\u2019\u00e9cartent,<br \/>\nEt sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !\u00bb<\/p>\n<p>Baudelaire, \u00ab Le voyage\u00bb ( <em>Ibid<\/em>. p. 156, dans le chapitre intitul\u00e9 \u00ab Litt\u00e9rature + Maladie = Maladie\u00bb)<\/p>\n<p><em>une<br \/>\noasis d\u2019horreur<br \/>\ndans un d\u00e9sert d\u2019ennui <\/em><\/p>\n<p>\u00ab Amer savoir, celui qu\u2019on tire du voyage!<br \/>\nLe monde, monotone et petit, aujourd\u2019hui,<br \/>\nHier, demain, toujours, nous fait voir notre image :<br \/>\nUne oasis d\u2019horreur dans un d\u00e9sert d\u2019ennui!<\/p>\n<p>Et avec ces vers, en v\u00e9rit\u00e9, nous avons plus qu\u2019il ne nous en faut. Au milieu d\u2019un d\u00e9sert d\u2019ennui, une oasis d\u2019horreur. Il n\u2019y a pas de diagnostic plus limpide pour exprimer la maladie de l\u2019homme moderne. Pour sortir de l\u2019ennui, pour \u00e9chapper \u00e0 ce point mort, la seule chose que nous ayons \u00e0 notre port\u00e9e, et m\u00eame pas si facilement \u00e0 notre port\u00e9e que cela, il faut fournir des efforts pour cela aussi, c\u2019est l\u2019horreur, c\u2019est-\u00e0-dire le mal. Ou nous vivons comme des zombis, comme des esclaves nourris d\u2019un quignon de pain, ou nous nous convertissons en esclavagistes, en \u00eatres malins, comme ce type qui, apr\u00e8s avoir assassin\u00e9 sa femme et ses trois enfants, dit, en transpirant \u00e0\u00a0 grosses gouttes, qu\u2019il se sentait bizarre, comme poss\u00e9d\u00e9 par quelque chose d\u2019inconnu, la libert\u00e9, pour affirmer ensuite que les victimes avaient m\u00e9rit\u00e9 leur sort, bien qu\u2019au bout de quelques heures, moins exalt\u00e9, il fin\u00eet par dire que personne ne m\u00e9ritait une mort aussi cruelle, avant d\u2019ajouter qu\u2019il \u00e9tait probablement devenu fou et de demander au policiers de ne pas faire attention \u00e0 ce qu\u2019il disait. Une oasis est toujours une oasis, surtout si on sort d\u2019un d\u00e9sert d\u2019ennui.<\/p>\n<p>\u2026 Rimbaud, qui plonge avec la m\u00eame d\u00e9vorante \u00e9nergie dans les livres, le sexe et les voyages, uniquement pour d\u00e9couvrir et comprendre, avec une lucidit\u00e9 diamantine, qu\u2019\u00e9crire n\u2019a pas la moindre importance ( \u00e9crire, \u00e9videmment, est la m\u00eame chose que lire, et \u00e0 certains moments ressemble assez \u00e0 voyager, et m\u00eame, en certaines occasions privil\u00e9gi\u00e9es, ressemble aussi \u00e0 l\u2019acte de baiser, et tout cela, nous dit Rimbaud, est un mirage, le d\u00e9sert seul existe et de temps \u00e0 autre les lumi\u00e8res lointaines des oasis qui nous avilissent). \u00bb<\/p>\n<p><em>Ibid.<\/em>, pp. 157, 158 et 162<\/p>\n<p><span style=\"background-color: #990000; color: #ffffff;\">m\u00eame l\u2019ignorance ne peut rien contre cela qui nous environne. tu pleurais hier soir. petit. viens encore. pleure. petit. dis. la maladie aussi nous attend. il faudra du courage, encore dire oui. nous ne sommes responsables que de nous-m\u00eames, c\u2019est ce que je crois. la lumi\u00e8re est dedans. la lumi\u00e8re est dehors.<\/span><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><em>vouloir ce qui est proche, vouloir ce qui vous arrive, m\u00eame qui vous arrive \u00e0 l\u2019improviste, et vous fait mal<\/em><\/p>\n<p>\u00ab <a href=\"https:\/\/disparates.org\/to-be-or\/jetais-un-enfant-lanceur-de-pierres\/\">La joie est l\u2019affect spinoziste du rapport au r\u00e9el, l\u2019affect auquel on peut atteindre lorsqu\u2019on ne croit plus aux caprices du sort, mais lorsqu\u2019on s\u2019\u00e9gale \u00e0 lui, que l\u2019on s\u2019accorde avec lui, sur un mode qui est proche de l\u2019\u00e9ternel retour de Nietzsche : vouloir ce qui est proche, vouloir ce qui vous arrive, m\u00eame qui vous arrive \u00e0 l\u2019improviste, et vous fait mal.<\/a>\u00bb Jacques-Alain Miller, \u00ab Les us du laps \u00bb, 26 janvier 2000.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>les m\u00e2ts, invitant les orages \u00ab Un ennui, d\u00e9sol\u00e9 par les cruel espoirs, Croit encore \u00e0 l\u2019adieu supr\u00eame des mouchoirs! 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