{"id":4103,"date":"2009-11-26T12:57:45","date_gmt":"2009-11-26T11:57:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/?p=4103"},"modified":"2010-03-26T11:29:36","modified_gmt":"2010-03-26T10:29:36","slug":"lettre-a-elisabeth-roudinesco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/2009\/11\/lettre-a-elisabeth-roudinesco\/","title":{"rendered":"LETTRE \u00c0 \u00c9LISABETH ROUDINESCO"},"content":{"rendered":"<div>\n<p style=\"text-indent: 0cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Bien ch\u00e8re \u00c9lisabeth,<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">\u00c0 la fin de l\u2019article que vous consacrez au <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Sinthome<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"> dans <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Le Monde<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"> de cet apr\u00e8s-midi, vous me recommandez \u00ab un peu d\u2019humilit\u00e9 \u00bb. Voil\u00e0 qui est fort de caf\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Qui parle ? De quel magist\u00e8re tombe pareille admonestation ? De cette m\u00eame tribune du <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Monde<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"> o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 crucifi\u00e9 des ann\u00e9es durant, au point que je m\u2019estimais heureux d\u2019\u00eatre pass\u00e9 sous silence, puisque mon nom n\u2019y figurait jamais que pour \u00eatre bafou\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Notre amie Catherine Cl\u00e9ment loue quelque part ma \u00ab capacit\u00e9 de r\u00e9sistance \u00bb. Certes. Imaginez-vous, ch\u00e8re \u00c9lisabeth, que pour tenir bon quand on est pi\u00e9tin\u00e9 durant un quart de si\u00e8cle par tout ce que la France compte de luminaires m\u00e9diatiques d\u00e8s que l\u2019on bouge un cil, il faut un brin d\u2019orgueil. Je suis grandiloquent ? Pr\u00e9cis\u00e9ment, j\u2019aime cette phrase de Montherlant pour sa grandiloquence : \u00ab Je n\u2019ai que l\u2019id\u00e9e que je me fais de moi pour me soutenir sur les mers du N\u00e9ant. \u00bb C\u2019est dans <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Service inutile<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">, que Camus aimait.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">\u00c0 dire vrai, il y avait surtout l\u2019id\u00e9e que je me faisais de Lacan, et qui est fort distincte de celle que vous r\u00e9pandez. Je n\u2019ai pas lu, vous le savez, la biographie que vous lui avez consacr\u00e9e, mais il m\u2019\u00e9tonnerait que le r\u00f4le que vous m\u2019y fa\u00eetes jouer soit \u00e0 ma convenance. Sur Lacan, l\u2019homme, et sur mes rapports personnels avec lui seize ans durant, j\u2019ai gard\u00e9 le silence. Je ne l\u2019ai rompu, ce silence, qu\u2019\u00e0 votre b\u00e9n\u00e9fice, quand vous m\u2019avez interrog\u00e9 pour votre <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Bataille de cent ans<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">. Je commence \u00e0 peine \u00e0 en dire un peu plus, et d\u00e9j\u00e0 je vous impatiente, vous me gourmandez : \u00ab Il aurait pu s\u2019abstenir, \u00e9crivez-vous, de trop c\u00e9l\u00e9brer son propre parcours autobiographique \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">On aurait pu s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019une biographe de Lacan encourage la bouche qui s\u2019ouvre. Mais non, vous lui offrez, obligeante, le secours d\u2019un b\u00e2illon : \u00ab Tais-toi donc. \u00bb L\u00e0, c\u2019est Baudelaire qui s\u2019\u00e9voque : \u00ab Tais-toi, \u00f4 ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. \u00bb Si je suis votre douleur, ch\u00e8re \u00c9lisabeth, comme vous avez \u00e9t\u00e9 longtemps la mienne, eh bien, permettez-moi de vous dire que vous n\u2019avez pas fini de souffrir.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Tout \u00e0 rebours de vous, notre amie Catherine m\u2019invitait hier soir \u00e0 commencer par parler de moi quand j\u2019aurai bient\u00f4t \u00e0 tenir au public quelques propos sur la psychanalyse. Excusez-moi, c\u2019est son conseil que je suivrai, et non point celui que vous me cornez aux oreilles depuis votre haut-parleur du <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Monde<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Votre invitation \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 se motive, d\u00eetes-vous, de ceci, qu\u2019\u00ab un peu d\u2019humilit\u00e9 est n\u00e9cessaire \u00e0 la rigueur \u00bb. Cette belle maxime frapp\u00e9e \u00e0 mon intention, je suis tout pr\u00eat \u00e0 en faire mon profit, mais est-elle juste ? <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">La rigueur, d\u00eetes-vous. Pourquoi l\u2019humilit\u00e9 serait-elle n\u00e9cessaire \u00e0 la rigueur ? Pourquoi non l\u2019orgueil ? L\u2019orgueil est beaucoup plus n\u00e9cessaire \u00e0 la rigueur que l\u2019humilit\u00e9. Il se pourrait m\u00eame que l\u2019humilit\u00e9 f\u00fbt tout \u00e0 fait nuisible \u00e0 la rigueur.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">La rigueur est la rigueur. Elle est la m\u00eame, que l\u2019on soit arrogant ou que l\u2019on soit am\u00e8ne. On peut \u00eatre fou aussi bien, cela n\u2019y fait rien. Qui est plus rigoureux qu\u2019un psychotique ? <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Pourquoi devrais-je recevoir de vous, ch\u00e8re \u00c9lisabeth, je vous le demande, des le\u00e7ons de rigueur agr\u00e9ment\u00e9es de l\u2019injonction d\u2019avoir \u00e0 me taire ? Vous \u00e9crivez, quelques lignes avant votre belle maxime, que, dans les annexes du <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Sinthome<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">, figure, avec la conf\u00e9rence de Lacan \u00e0 la Sorbonne, une pr\u00e9sentation de celle-ci par Jacques Aubert. C\u2019est inexact : les notes de l\u2019\u00e9minent joycien portent sur l\u2019ensemble du S\u00e9minaire. Vous \u00e9crivez que \u00ab Lacan projette sur Joyce son propre roman familial\u00a0\u00bb. O\u00f9 avez-vous vu cela ? Lacan rel\u00e8ve que sa biographie recoupe celle de Joyce en quelques points : il est lui aussi issu d\u2019une famille confite en d\u00e9votion, il a entendu Joyce rue de l\u2019Od\u00e9on. Rien \u00e0 voir avec une projection, terme qui a un sens pr\u00e9cis en psychanalyse, et qui d\u00e9signe une op\u00e9ration dont Lacan s\u2019est toujours gard\u00e9. Lacan n\u2019a nullement \u00ab particip\u00e9 \u00bb au colloque de la Sorbonne avec MM. Un tel et Un tel : il est venu faire la conf\u00e9rence d\u2019ouverture, et puis il est reparti. Je le sais : je l\u2019accompagnais, avec Judith. Mon Dieu ! je parle de moi. Vous voyez dans <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Le Sinthome<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"> un exemple de \u00ab la folie verbale du dernier Lacan \u00bb, qui le tiendrait \u00e9loign\u00e9 \u00ab d\u2019une approche coh\u00e9rente de l\u2019\u0153uvre et de la vie de Joyce \u00bb. Tiens donc ! On peut tout contester de l\u2019approche de Lacan, sauf sa coh\u00e9rence justement. Il utilise Joyce \u00e0 ses fins propres, et l\u2019\u00e9rudit pourrait y trouver \u00e0 redire, mais il mettrait en cause son pr\u00e9suppos\u00e9, non sa d\u00e9duction. Il se trouve de plus que l\u2019\u00e9rudit de r\u00e9f\u00e9rence applaudit le bel effort du psychanalyste. Vous parlez de sa \u00ab qu\u00eate \u00e9perdue d\u2019une saisie de l\u2019indicible \u00bb. Pourquoi pas ? Mais c\u2019est du Roudinesco, \u00e7a, non du Lacan.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Cela fait beaucoup en quelques lignes, ch\u00e8re \u00c9lisabeth, quand on dispense \u00e0 tout vent une le\u00e7on d\u2019humilit\u00e9 et de rigueur. Tout compte fait, je vous laisse l\u2019humilit\u00e9 et garde la rigueur.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Il est vrai que la mienne, de rigueur, n\u2019a pas l\u2019heur de vous plaire. Des cinquante pages de ma \u00ab Notice de fil en aiguille \u00bb, vous jugez qu\u2019on y trouve \u00ab quelques commentaires utiles \u00bb. Oui, et nombre qui sont inutiles, sans doute. Mais tout est l\u00e0 : il y a une \u00ab urgence de l\u2019inutile \u00bb, comme le dit Sollers. Il est vrai que son nom, si pr\u00e9sent dans ce S\u00e9minaire et dans mon commentaire, brille par son absence dans votre papier. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Bien entendu, vous ne sauriez tout dire dans l\u2019espace restreint que vous conc\u00e8de le <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Monde des livres<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">. Alors, vous choisissez. J\u2019ai tout loisir de m\u2019\u00e9taler dans l\u2019espace immat\u00e9riel de l\u2019ALP, alors je ne choisis pas, et mon enflure incommode votre sentiment de la d\u00e9cence. Muet, j\u2019\u00e9tais parfait. Vous aviez toute latitude de me cribler de vos fl\u00e8ches, je ne pipais mot. Excusez-moi si saint Georges a depuis peu ma pr\u00e9f\u00e9rence sur saint S\u00e9bastien. Vous \u00eates en proie \u00e0 un dragon dont il faut que je vous d\u00e9livre, et qui vous fait parler d\u2019une voix o\u00f9 je ne reconnais pas la charmante et valeureuse \u00c9lisabeth qui m\u2019a montr\u00e9 le chemin, et \u00e0 Jean-Claude Milner, dans le combat contre l\u2019\u00e9valuation.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Milner n\u2019a pas le m\u00eame penchant que vous pour l\u2019humilit\u00e9. Son essai <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Existe-t-il une vie intellectuelle en France ? <\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">s\u2019appelait, avant que je ne lui propose ce titre, <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>Contre l\u2019humilit\u00e9<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">. Il y voyait \u00ab le crime contre l\u2019esprit \u00bb. On nous incite beaucoup \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 ces temps-ci. Ce n\u2019est pas la <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>vox populi<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">, non, c\u2019est la culture de l\u2019\u00e9valuation qui s\u2019exprime ainsi. On prescrit \u00e0 tous l\u2019ob\u00e9issance, on proscrit les fortes t\u00eates, et ce prurit de penser par soi-m\u00eame plut\u00f4t que par expertise collective. Pour les \u00ab sociomanes \u00bb, comme les appelle Sollers, tout ce qui n\u2019est pas humble est anti-social. Cela veut dire qu\u2019on a toujours tort de se r\u00e9volter.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Je n\u2019entrerai pas ici dans la grande controverse de l\u2019humilit\u00e9. Les Anciens connaissaient-ils l\u2019humilit\u00e9 ? S\u2019ils en avaient la notion, en avaient-ils la pratique, ou est-ce une vertu seulement chr\u00e9tienne et surnaturelle ? Il y a l\u00e0 un effet dialectique : avoir le sentiment de sa petitesse devant le Tr\u00e8s-Haut serait plut\u00f4t de nature \u00e0 vous rendre intr\u00e9pide devant tout mortel. C\u2019est le secret de la nuque raide des Juifs, c\u2019est le principe de la r\u00e9sistance intraitable des protestants, c\u2019est le ressort de la r\u00e9bellion catholique, celle qui a donn\u00e9 en France et Pascal et P\u00e9guy et Mauriac, tout \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ce conformisme \u00e9valuateur o\u00f9 se sont ab\u00eem\u00e9s les h\u00e9ritiers du personnalisme, qui ne vous aiment pas plus qu\u2019ils ne m\u2019aiment. Car si vous n\u2019\u00eates pas toujours rigoureuse, ch\u00e8re \u00c9lisabeth, vous n\u2019\u00eates jamais humble. Cette id\u00e9e ferait rire tous ceux qui vous connaissent, ou m\u00eame qui vous lisent. Cela vous vaut des adversaires qui, souvent, sont les miens aussi.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Il y a un terme qui manque dans cette lettre, et qu\u2019il faut que j\u2019introduise avant de l\u2019interrompre. C\u2019est celui de magnanimit\u00e9, qui fut un id\u00e9al des Grecs \u2014 <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>megalopsuchia<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"> \u2014 et des Romains \u2014 <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>magnanimitas<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">, n\u00e9ologisme de Cic\u00e9ron \u2014 avant de venir en h\u00e9ritage au christianisme. Qui n\u2019a pas l\u2019\u00e2me ravie en lisant le portrait du magnanime dans l\u2019<\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>\u00c9thique<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\"> <\/span><span style=\"font-size: x-small;\"><em>\u00e0 Nicomaque<\/em><\/span><span style=\"font-size: x-small;\">, ne saurait go\u00fbter Corneille ni Stendhal. J\u2019aime assez l\u00e0-dessus la synth\u00e8se de saint Thomas, telle que l\u2019exposait jadis le P\u00e8re Gauthier contre le P\u00e8re Noble. Le P\u00e8re Noble disait que \u00ab l\u2019homme humble n\u2019aborde pas les grandes entreprises parce qu\u2019il sait en \u00eatre incapable. Le magnanime va aux grandes choses, parce qu\u2019il conna\u00eet ses moyens \u00bb. L\u2019humilit\u00e9 serait pour les m\u00e9diocres, la magnanimit\u00e9 pour les grandes \u00e2mes. Le P\u00e8re Gauthier, lui, conciliait : magnanimit\u00e9 dans les affaires humaines, mais, dans le rapport \u00e0 Dieu, aveu par l\u2019homme de son n\u00e9ant.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Lacan, pourtant si vers\u00e9 dans Aristote, n\u2019\u00e9tait pas magnanime. Il voyait l\u00e0 l\u2019une de ces fa\u00e7ons de se pousser du col qui ne l\u2019impressionnaient pas. Ce cynique sup\u00e9rieur avait pourtant reconnu en moi une vertu qui vous \u00e9chappe, ch\u00e8re \u00c9lisabeth, et dont je reconnais volontiers qu\u2019elle n\u2019est pas tr\u00e8s en \u00e9vidence ces jours-ci : la modestie. J\u2019ai pouss\u00e9 \u00e7a jadis jusqu\u2019\u00e0 vouloir \u00ab ne compter pour rien \u00bb. Du coup, on en a pris \u00e0 son aise avec moi, et sans doute en ai-je tir\u00e9 une obscure jouissance. Sur ce, d\u00eetes-vous bien que je ne suis plus le sto\u00efque qui servait de punching-ball. Le cave se rebiffe. J\u2019essaye autre chose. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Ce nouveau syst\u00e8me comporte que je ne laisse rien passer, m\u00eame pas cette petite \u00e9pingle dont vous m\u2019avez piqu\u00e9 aujourd\u2019hui, en guise de fl\u00e8che du Parthe, apr\u00e8s avoir dit pour la premi\u00e8re fois qu\u2019une transcription de moi vous agr\u00e9ait. Je voudrais continuer de m\u00e9riter vos \u00e9loges.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 1.25cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Consid\u00e9rez que j\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 votre correction fraternelle par une autre. Vous savez que je suis \u00e0 vos c\u00f4t\u00e9s pour l\u2019essentiel. Je vous embrasse avec affection.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 0cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><em><strong>Jacques-Alain<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 0cm;\"><span style=\"font-family: Arial;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-size: x-small;\">Ce 7 avril 2005<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bien ch\u00e8re \u00c9lisabeth, \u00c0 la fin de l\u2019article que vous consacrez au Sinthome dans Le Monde de cet apr\u00e8s-midi, vous me recommandez \u00ab un peu d\u2019humilit\u00e9 \u00bb. Voil\u00e0 qui est fort de caf\u00e9. Qui parle ? De quel magist\u00e8re tombe pareille admonestation ? 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