{"id":4972,"date":"2010-03-25T17:45:51","date_gmt":"2010-03-25T16:45:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/2010\/03\/le-sujet-est-heureux\/"},"modified":"2010-03-30T12:26:40","modified_gmt":"2010-03-30T11:26:40","slug":"le-sujet-est-heureux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/2010\/03\/le-sujet-est-heureux\/","title":{"rendered":"Le sujet est heureux et il ne s\u2019en aper\u00e7oit pas,"},"content":{"rendered":"<p><strong>en raison de son attachement \u00e0 des  id\u00e9aux, \u00e0 des images id\u00e9ales. <\/strong>La cure analytique a pour effet de  d\u00e9tacher le sujet de ces id\u00e9aux, elle lui permet de prendre ses  distances tant \u00e0 l\u2019endroit du moi id\u00e9al, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019image  exalt\u00e9e de sa personne, de sa puissance, \u00e9ventuellement incarn\u00e9e par un  autre, que de l\u2019Id\u00e9al du moi et des valeurs qui situent sa position. <strong> Une analyse conduit le sujet \u00e0 donner la pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la jouissance sur  l\u2019id\u00e9al.<\/strong><\/p>\n<h3>J\u2019explique que le r\u00e9sultat d\u2019une analyse est de donner le pas \u00e0 petit <em>a<\/em> sur l\u2019Id\u00e9al,<\/h3>\n<p>et donc <strong>l\u2019Id\u00e9al est plus petit que l\u2019objet <em>a<\/em>. <\/strong>Le sujet est conduit \u00e0 donner la pr\u00e9f\u00e9rence, la dominance \u00e0 l\u2019objet <em>a<\/em>,  sur l\u2019Id\u00e9al. Tout le monde pense qu\u2019il s\u2019agit de donner le pas \u00e0  l\u2019Id\u00e9al parce qu\u2019il a un grand I majuscule, pas du tout, c\u2019est le  petit, \u00e7a traduit une certaine inversion.<\/p>\n<h3>La pr\u00e9valence de l\u2019objet <em>a<\/em>, de la jouissance sur l\u2019Id\u00e9al,<\/h3>\n<p>qui est un effet de la cure analytique,<strong> marque la soci\u00e9t\u00e9  contemporaine, c\u2019est sans doute une contribution de la psychanalyse \u00e0  la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine ; <\/strong>en tout cas c\u2019est ce qui fait que la  psychanalyse est homog\u00e8ne \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine.<\/p>\n<h3>La masturbation de Diog\u00e8ne, masturbation publique, avait une valeur subversive,<\/h3>\n<p>celle de montrer que ce qui compte, c\u2019est la jouissance, pure et  simple, et qu\u2019on ne peut pas faire mieux comme monstration que l\u2019Autre  n\u2019existe pas. L\u2019Autre n\u2019existe pas, en tout cas je n\u2019en ai pas besoin.  L\u2019usage non copulatoire du phallus \u00e0 des fins de jouissance solitaire  est l\u2019envers de la sublimation, laquelle suppose au contraire que  l\u2019Autre appr\u00e9cie, reconnaisse, jouisse de ce que vous avez \u00e0 lui  pr\u00e9senter comme objet, production. Les analystes se r\u00e9partissent entre  cynisme et sublimation, les uns situant la fin de l\u2019analyse sur le  versant cynique, d\u2019autres sur le versant sublimatoire. La sublimation  introduit la fonction de la jouissance de l\u2019Autre, alors que Diog\u00e8ne  d\u00e9montre que la seule v\u00e9ritable ou r\u00e9elle est la jouissance du corps  propre.<\/p>\n<h3>L\u2019incidence politique dont il s\u2019agirait pour le psychanalyste,<\/h3>\n<p>si elle peut se d\u00e9finir comme subversive, subversive des id\u00e9aux  sociaux, n\u2019est en tous les cas pas progressiste. L\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a pas  de mieux, qu\u2019il y a toujours une part perdue et donc si on gagne  quelque part on perd sur un autre tableau, pas de progressisme.<\/p>\n<h3>Il y a beaucoup de consid\u00e9rations de la politique de Lacan au sens de la politique g\u00e9n\u00e9rale,<\/h3>\n<p>qui s\u2019inscrivent dans l\u2019ordre de la protestation romantique contre  l\u2019esprit bourgeois, et m\u00eame contre l\u2019esprit des lumi\u00e8res, puisque c\u2019est  avec les lumi\u00e8res que s\u2019est faite la promotion des valeurs knave, la  promotion des valeurs du commerce, de l\u2019\u00e9change jusqu\u2019\u00e0 \u00ab  l\u2019enrichissez-vous ! \u00bb de Guizot, le lib\u00e9ralisme, le laisser faire, le  culte du march\u00e9. Il y a eu une protestation romantique contre cette  tendance du monde contemporain.<\/p>\n<h3>Le knave, c\u2019est le coquin, le valet,<\/h3>\n<p>ce sont les termes que l\u2019on retrouve chez Stendhal pour qualifier  les exc\u00e8s de la Monarchie de Juillet, si vous relisez Lucien Leeuwen,  ce sont des mots stendhaliens pour qualifier ceux qui d\u00e9fendent les  int\u00e9r\u00eats en place, ceux qui se vouent \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre du monde  et des privil\u00e8ges. Ceux-l\u00e0 se moquent du fool en lui montrant qu\u2019en  faisant l\u2019ange, il fait la b\u00eate, alors qu\u2019eux pr\u00e9f\u00e8rent faire la b\u00eate  tout de suite. Eux ont le savoir que plus \u00e7a change, plus c\u2019est la m\u00eame  chose, donc qu\u2019il ne vaut pas la peine de rien changer, puisque ce ne  sera jamais que reproduire du m\u00eame. C\u2019est une position vile, sans  noblesse, <strong>ignoble au sens propre<\/strong>.<\/p>\n<div>\n<h3>Lacan, ce qui le distingue de la protestation romantique,<\/h3>\n<p>c\u2019est son absence radicale de nostalgie pour les traditions perdues.  Et il se distingue par son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019esprit des lumi\u00e8res, qu\u2019il  mentionnait dans la pri\u00e8re d\u2019ins\u00e9rer des <em>\u00c9crits<\/em>.<\/p>\n<h3>Oui, le p\u00e8re est un semblant, oui on peut s\u2019en passer, oui la  psychanalyse n\u2019est pas une religion du p\u00e8re,<\/h3>\n<p>on peut s\u2019en passer mais \u00ab  \u00e0 condition de s\u2019en servir \u00bb. <strong>Ce principe vaut pour tous les  semblants sociaux, on peut s\u2019en passer, on ne vous demande pas d\u2019  adh\u00e9rer, mais \u00e0 condition de s\u2019en servir dans l\u2019ordre politique.<\/strong> Cela d\u00e9finit<strong> un  cynisme \u00e0 la Voltaire, qui laissait entendre que Dieu est une invention  bien n\u00e9cessaire \u00e0 maintenir les hommes dans la biens\u00e9ance. <\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u2019est une th\u00e8se, politique, que la soci\u00e9t\u00e9 tient par ses  semblants, <\/strong><strong>ce qui veut dire : pas de soci\u00e9t\u00e9 sans refoulement, sans  identifications, et surtout sans routine <\/strong>((curieux, non, ce choix du mot de \u201croutine\u201d ? ))<strong> . <\/strong>La routine est essentielle. La terre fondamentale qui fonde la politique de Lacan, c\u2019est la <strong>disjonction du signifiant et du signifi\u00e9. <\/strong>On ne saurait pas ce que veut dire quoi que ce soit s\u2019il n\u2019y avait pas <strong>une communaut\u00e9 ayant ses routines pour montrer la voie<\/strong>. C\u2019est ce que Lacan \u00e9nonce dans <em>Encore<\/em>. C\u2019est <strong>la routine qui fait que le signifi\u00e9 garde le m\u00eame sens<\/strong>. <strong>Ce sont nos pr\u00e9jug\u00e9s qui nous font une assiette, nous permettent de nous tenir. <\/strong>((ou voil\u00e0 pq qd tu remets trop et si souvent en cause <em>mes <\/em>pr\u00e9jug\u00e9s, je ne me tiens plus\u2026 ))<\/p>\n<h3>Et puisqu\u2019il y a des semblants, choisissons les meilleurs pour vivre et laisser vivre.<\/h3>\n<p>Donc, tol\u00e9rance, <em>live and let live<\/em>, ou pour le dire avec Virgile <em>Trahit sua quemque voluptas<\/em>,<strong> choisir les semblants qui permettent \u00e0 chacun de jouir \u00e0 la fa\u00e7on qui lui convient sans trop d\u00e9ranger le voisin<\/strong>.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: medium;\">Extraits de<a href=\"http:\/\/www.lrdb.fr\/articles.php?lng=fr&amp;pg=76\"> <em>La Conf\u00e9rence de N\u00eemes<\/em> <\/a>par\u00a0 Jacques-Alain Miller<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>en raison de son attachement \u00e0 des id\u00e9aux, \u00e0 des images id\u00e9ales. La cure analytique a pour effet de d\u00e9tacher le sujet de ces id\u00e9aux, elle lui permet de prendre ses distances tant \u00e0 l\u2019endroit du moi id\u00e9al, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019image exalt\u00e9e de sa personne, de sa puissance, \u00e9ventuellement incarn\u00e9e par un autre, que de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[98,145],"tags":[82,438],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4972"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4972"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4972\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4972"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4972"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/delta\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4972"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}