10 novembre 2017

Mail à HB

Chère Madame,

Je voudrais par ce mail vous remercier pour votre article paru dans Lacan Quotidien, « Harcèlement sexuel au travail, levée du voile ».

Découvrir ce qui s’écrivait sous les hashtags #Metoo ou#Balancetonporc m’a beaucoup troublée. Tant par la teneur de chacun de ces récits que par l’ampleur du phénomène. C’est pourquoi j’ai été heureuse de découvrir votre article. J’ai pu y entendre ce que vous dites à propos du fantasme féminin (tout en me disant que je n’en savais pas grand chose, tout en me demandant comment il y aurait moyen de «communiquer» là-dessus sans froisser les féministes). Puis, intriguée par ce que vous dites du rapport tordu des hommes à leur propre sexe, j’ai été lire sur le net la leçon de Jacques Lacan (du 11 juin 1974) à laquelle vous vous référez, sans m’en trouver très éclairée. Une femme serait la seule à pouvoir « faire une identification sexuée », à quoi l’homme faillirait en raison de ce qu’il est « tordu par son sexe » …

Enfin, je voulais surtout vous remercier. Il m’avait semblé que les analystes avaient là une parole à prendre.

Bien à vous,

V M

NB : Voici ce que j’avais fini par moi-même publier le 21 octobre (veille de mon anniversaire) sur FB, en réaction à un article de Libération, « Balance ton porc ? Non merci ! », qui avait suscité divers commentaires auprès de mes « amis » sur Facebook.

selon cet article, #Balancetonporc est un « hashtag violent et revanchard, cru et cruel ». j’ai 54 ans. me faire agresser en raison de mon sexe ne m’arrive plus (si ça peut rassurer, c’est les jeunes qui se font emmerder, avec l’âge, ça se tasse). ça m’est arrivé. violemment, cruellement, crûment. et dans les gestes, les paroles, souvent, il y avait quelque chose de l’ordre de la revanche, de la haine, pour ce que je suis, ce que je représente, comme femme. j’ai pour ma part toujours encaissé en silence. certaines sont sans doute mieux préparées à faire face. je ne l’étais pas. j’ai été seule avec ça, toujours. cela m’a modelée, faite, petit à petit, jour après jours. au fur et à mesure qu’apparaissaient sur mon corps les dits « signes de ma féminité ». ça a contraint ma façon de marcher, ma façon de m’habiller, mes envies de sortir, mes désirs de voyager. mes désirs tout court. ça a barré des joies, des enthousiasmes, des gaietés. ça m’a contrainte à m’enlaidir. à désaimer mon corps. alors, si j’ai finalement lu très peu de témoignages sur twitter ou ailleurs, en raison de la nausée que ces lectures provoquaient, il est certain que ça résonne en moi et que de leur nombre quelque chose me parvient, qui me fait signe et qui me fait du bien. un immense silence qui se dévoile et se déchire. peut-être y a t-il quelque chose à faire, peut-être n’est-ce pas une fatalité. tandis qu’après-coup une sorte de colère monte en moi. une colère jusque là jamais même éprouvée, qui me prend à retardement, parce que ces agressions concernaient de trop près mon être de femme, mon intimité, ma pudeur. ça n’est pas du tout de la victimologie. je ne me suis jamais sentie victime. j’en ai ressenti l’énigme (de mon propre être). j’en ai été saisie. je m’y suis figée. alors aujourd’hui, ce hashtag, #balancetonporc, s’il m’a d’abord heurtée, j’ai fini par sentir qu’il comportait quelque chose de juste. parce qu’enfin bon, ok, l’énigme, le silence, c’est bien, c’est comme ça, « on se débrouille », il n’en reste pas moins qu’il est peut-être temps, finalement, et juste, pour moi, de les nommer, tous ceux-là, à qui je n’avais jamais rien dit, à qui il n’était rien possible de dire, parce qu’ils étaient plus forts que moi, parce qu’ils étaient cons, parce que cela aurait encore plus attisé leur colère, il était peut-être temps de les injurier en retour. (alors non, je n’y suis pas allée de mon #hashtag, mais je considère que celles qui y vont, y vont pour moi aussi, je cautionne.)
cela dit, par delà l’injure, « l’indignation de masse » dont il est question ici, qui a lieu, qui se manifeste, celle-là me touche profondément. qui comporte en son creux quelque chose d’infiniment juste. même s’il n’y a pas d’oreilles pour l’entendre (parce qu’il faudrait que ça rentre dans un cadre jurid……)

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