j’ai reçu un livre sur Philip Guston (Philip Guston — A Life Spent Painting) dont je suis certaine que je ne le lirai jamais. comme nous sommes dans cette drôle de période d’entre-deux fêtes où je me trouve un peu égarée (encore un peu plus égarée) par rapport à ce que j’ai ou aurais à faire, je le lis un peu. d’abord, je l’ai vécu agréablement, dans un souvenir plus ou moins inventé de semblables moments passés en famille, à traîner au coin du feu, tantôt à regarder de vieux films à la télévision, tantôt à bouquiner voire à jouer à des jeux de société, ou encore, abondamment couverts, nous échappant au dehors dans un froid qui se fait vivifiant au fur et à mesure de la promenade, récompensée au retour par un chocolat chaud… l’illusion n’a tenu qu’un jour ou deux. je me suis vite demandée ce que je faisais — et ce que je ferais mieux de faire—, ce que je faisais à me donner l’illusion que j’allais lire ou étudier ce livre, ce livre plutôt qu’un autre, rattrapée par le souvenir de ma constante insuffisance, de mon manque d’ancrage, de persistance.
ce que je faisais, dans quoi j’imaginais m’embarquer et d’ailleurs ce que, pour ce faire, que j’en étais donc à oublier, j’abandonnais.
se résoudre à l’incomplétude : tu as lu quelques jours, quelques pages. puis tu es passée à autre chose. c’était Noël et les cadeaux. puis tu as rangé le livre dans la bibliothèque. (si nombre de livres ici ne sont pas rangés, c’est que je ne m’y résous jamais, à ne les avoir pas lus, et même ceux que j’ai lus, je ne me résous pas à n’en n’avoir rien fait. car en effet, si je les ai lus, c’est qu’ils m’on particulièrement marquée, c’est qu’ils sont arrivés à retenir mon attention.)
je vais tenter de noter ici ce que j’ai retenu de ma lecture, jusqu’à présent.
je le fais aussi, parce que dans mon désoeuvrement depuis la rentrée des vacances, depuis septembre, que je cherche à combler d’une façon ou d’une autre, qui me désespère un peu tous les jours, j’essaie à nouveau de capter /comprendre ce qui m’a toujours, depuis toujours, empêchée de m’approprier ce que je lisais. empêchée de le posséder, et surtout de le restituer. cela m’a toujours paru énigmatique. ce qui a fait mon manque d’intelligence. dont je comprends mal ce qui l’empêche.
je l’ai longtemps prise comme un symptôme de l’hystérie : laisser le savoir dans l’Autre, fabriquer un Autre détenteur du savoir (un Maître sur qui régner) et rester dans la jalouse protection d’un savoir ou d’une vérité sans nom (petit a). (voir le schéma de l’hystérie, du discours de l’hystérique Sbarré –> S1/ S2 )
si je ne peux plus me considérer comme hystérique depuis que j’ai été diagnostiquée autrement, je trouve que c’est encore valable, même si l’étiquette n’est plus bonne. ce serait encore une façon de me l’expliquer.
j’ai vu cette inintelligence aussi comme une inintelligence féminine. non pas que les femmes seraient plus bêtes. mais d’une intelligence différente, dont j’aurais toujours aimé pouvoir prendre la défense. dans le travail commencé — puis abandonné — avec A, j’avais lu certains écrits féministes qui m’avaient enthousiasmée, que je découvrais, sur ce sujet.
tout cela a trait au savoir, à sa nature, au prix qui est accordé dans notre société à un certain type de savoir. on dit : patriarcal.
s’agissant d’autre chose, plus récemment, je parlais, à propos du ratage, de la « défense du réel », du ratage comme défense du réel, et des manœuvres d’auto-défense du réel en moi particulièrement fortes (c’est la première fois que j’écris « auto-défense » par contre : comme si, en moi, le réel se défendait face à la pose de n’importe quelle étiquette.)
cette défense que le réel m’oppose (que le réel en moi m’oppose) refuse le découpage du temps, la hache de l’histoire et les coups de couteau de tous les noms propres.
je ne retiens donc jamais ni les noms ni les dates.
// je voudrais, très sincèrement, trouver un moyen, un autre moyen, de m’expliquer cela : qu’est-ce qui me manque, depuis si longtemps, depuis toujours, qui fait que je n’arrive pas à sortir du présent, de l’ici et du maintenant? et surtout qui a-t-il de si particulier aux noms propres que je ne les retienne pas, que ça ne veuille pas les retenir. //
il y a une souffrance. mais la souffrance principale semble être mon incapacité à rester concentrée sur quelque chose, et la contrainte éprouvée de passer d’une chose à l’autre, en oubliant ce que j’abandonne, laisse en plan ou délaisse. la souffrnce, c’est mon manque de persistance; j’avais interrogé chatGPT là-dessus, il avait parlé de TDAH… et avait même parlé d’un médicament (tentant, j’avoue)
bon. je vais donc commencer par écrire ici ce que j’ai pu retenir. je mets des points de suspension aux endroits où j’ai oublié, dans un premier temps. ensuite, j’irai vérifier dans le livre, et je l’ajouterai entre parenthèses.
Guston est né en… (en 1913, Véronique, à la veille de la guerre 1914) au Canada (plus exactement au Canada à Montreal). Ses deux parents étaient juifs de… (de Russie) qui avaient fui les pogroms de… (sa mère avait fui les pogroms d’Odessa, son père lui avait quitté la Russie un an auparavant) et étaient arrivés au Canada en.. .. Ils avaient alors en.. (1919, le petit Philip a 6 ans) quitté le Canada pour des régions plus chaudes et ils s’installent à… (Los Angeles). là, le père n’avait pu trouver à exercer d’autre métier que celui de ferrailleur. (« il a subi l’humiliation d’être un ferrailleur indépendant, ramassant les déchets dans une charrette tirée par un cheval qu’il conduisait lentement dans les rues de la ville, à une époque où les autoroutes et les embouteillages n’existaient pas encore.« ). j’ai retenu qu’il était particulièrement grand, fort, silencieux. (« un solitaire, un reclus sombre qui ne venait jamais aux dîners du dimanche… un homme immense et taciturne, qui lui semblait menaçant avec son grand manteau noir et son chapeau mou») Pour le dire rapidement, il tombe alors en dépression et se suicide en… ( en 1923. PG a 10 ans, c’est lui qui trouve son père, qui s’est pendu. « Finalement désespéré, il se pendit en 1923, alors que Philip avait dix ans. Il fut retrouvé sur la véranda arrière de la maison familiale. »)
p g (se met à dessiner sans relâche dès l’âge de 12 ans, entre autres en se cachant dans un placard…) :
« As a boy I would hide in the closet when the older brothers and sisters came with their families to Mama’s apartment for the Sunday afternoon dinner visit. I felt safe. Hearing their talk about illnesses, marriages, and the problems of making a living, I felt my remoteness in the closet with the single light bulb. I read and drew in this private box. Some Sundays I even painted. I had given my dear Mama passionate instructions to lie…. ‘Where is Phillip?’ I could hear them…. ‘Oh, he is away, with friends’ I was happy in my sanctuary…. After a lifetime, I still have never been able to escape…. It is still a struggle to be hidden and feel strange, my favorite mood. » (voir: https://www.philipguston.org/home/chronology )
Il entre en école d’art… (la Manual Arts High School) en… (1927). Il a … (14 ans). il est en classe avec Jackson Pollock.
C’est un enfant très sûr de lui, d’un tempérament plutôt provocateur. Pollock et lui se font virer dès l’année suivante. Après des excuses, Pollock, plus sage que Guston, sera ré-admis.
Il dessine extrêmement bien, beaucoup mieux que Pollock, en fait et il a tendance à camoufler le fait qu’il travaille beaucoup, qu’il dessine constamment.
Guston toutefois rencontre à nouveau quelqu’un qui s’intéresse à son talent et permet qu’il intègre une autre école ou tout l’enseignement est basé sur le dessin d’après plâtres. Guston se rend compte que c’est une école destinée à fabriquer de parfaits petits portraitistes classiques et s’amuse à empiler tous les plâtres, un peu déjà à la façon dont il empilera plus tard ses objets ou à la façon dont son père probablement empilait ses objets sur sa carriole de ferrailleur.
il ne se fera pas virer ?
son travail s’inscrit dans la veine néo classique qui trouve alors au lendemain de la guerre 14 un étrange renouveau. chez de nombeux français, mais aussi chez les muralistes sud Américains.
comme si au lendemain du chaos et des horreurs de cette guerre atroce, il fallait retrouver les règles et les lois de cet art, ce qui est vu par certains critiques comme une trahison, en même temps que cette façon de faire se voit subvertie.
en France, on songe à Picasso,… … …
(image mise en avant : thomas leleu, créatif, décembre 2025)