tous directeurs – accident à la maison de repos

Publié le Catégorisé comme brouillonne de vie Étiqueté , ,

maman quand j’arrive : viens ma fille viens voir ici

[04/09 18:18] transcription d’un audio WhatsApp
Donc voilà, je ne sais pas très bien quoi faire. Quand je suis arrivée ici, il n’y avait personne. Maman, maman, ne tire pas là-dessus. Attends, attends. Il n’y avait personne et tout le monde n’avait pas reçu à manger, ils étaient disséminés dans les fauteuils et dans les tables. Maud1 attends… [L’enregistrement laisse entendre une suite de mots incompréhensibles, Maud s’énerve, de seulement entendre ces cris, mon cœur s’attendrit, je la connais depuis longtemps, j’ai vu son état s’aggraver. Elle est atteinte d’Alzheimer, toutes les personnes ici sont atteintes de démence ou d’Alzheimer.] Et finalement, l’aide-soignante est apparue et en fait, elle s’était brûlée. Tout le thermos du café s’était renversé sur elle, un gros thermos, deux litres peut-être, et elle est restée une demi-heure dans une baignoire d’eau froide. Elle me dit qu’elle a eu si mal qu’elle a hurlé, enlevé son pantalon, qu’elle s’est enfuie en courant, « comme un enfant », me dit-elle. Là, elle est de retour dans la salle, avec une tenue qu’une infirmière lui a trouvée. Elle n’est toujours pas soignée. Elle ne sait plus quoi faire. Elle a repris la distribution des plateaux. La situation… Et moi, je ne sais pas… J’ai essayé de joindre le directeur. Injoignable. Personne ne s’occupe de cette dame. Il y a une aide-soignante par étage, m’explique-t-on, pour les repas. Et il n’y a personne en cas d’urgence. Donc, je ne sais pas quoi faire. Je lui ai parlé de lui acheté de la crème à la pharmacie, mais. Mais oui, elle s’est brûlée. On ne peut rien faire, Maud. Il faut attendre. Il faut être un peu patient. Et donc, les gens ne seront pas mis au lit avant 8h. Oui, Fabien.
Enfin bon, c’est la vie. Elle me dit qu’elle partira dès que l’équipe de nuit va arriver, mais c’est 20h. Enfin donc, personne ne va être mis au lit avant ça. Et donc, je ne vais pas rentrer tôt. Voilà. Bisous.

[Maud est debout, coincée dans le fauteuil, le fauteuil relax où les pensionnaires se prennent les pieds quand ils essaient de se relever, dans l’espace vide entre l’assise et le repose-pieds. Il arrive qu’ils se blessent, quand ils parviennent à redresser le fauteuil et que cet espace se referme sur leurs jambes. Plus tard, Maud s’avérera blessée. C’est arrivé à ma maman aussi. Ils laissent Maud coincée dans cet espace, debout, entravée, parce qu’elle est incontrôlable. Là, elle s’avance en faisant avancer tout le fauteuil de la force de ses mollets. Récemment, son état s’est aggravé. Aggravation de la maladie, inadéquation des soins, du care, non par manque de volonté du personnel, mais parce que c’est littéralement impossible de leur donner le temps nécessaire quand on est seul.e à s’occuper d’une dizaine de personnes, tous plus ou moins plus fous les uns que les autres. Je réfléchis à contacter la direction, pour en reparler.]

[04/09 18:42] transcription de l’audio WhatsApp
Le mari est venu apporter de la crème. Il vient de S-P*. Je suis descendue à l’entrée, je lui ai parlé, je lui ai donné mon numéro de téléphone pour témoigner. Il ne voulait pas monter, il va l’attendre dans la voiture. Et quand je suis remontée, il y avait Roland, infirmier, qui était là, et une autre infirmière – celle qui s’était occupée de mettre l’aide-soignante dans une baignoire. Ils étaient à trois à discuter dans leur bureau vitré, je les vois. Voilà. Mais assis, les deux infirmiers, assis dans l’infirmerie. Et elle, debout. On dirait bien que R. l’engueule. Voilà. Quand je suis remontée, j’ai dit à Roland que j’ai trouvé que c’était scandaleux. Elle va essayer de partir. Elle va essayer de partir avec son mari. On va voir. Voilà. Bisous

[04/09 18:52] V: Quelqu’un est arrivé qui va prendre les patients en charge

[04/09 18:54] V: Maud est blessée, la remplaçante l’emporte à sa chambre

[04/09 18:58] V : je n’ose pas quitter la salle de peur de rater mon tour pour la mise au lit. Mam me demande qu’elle heure il est? dix heures? onze heures? [ce genre de phrase, et son à propos, est tout à fait exceptionnel, cela arrive. Dix heures, onze heures… Cela veut dire qu’il est tard pour elle, et qu’elle trouve le temps un peu long.]


[04/09 19:00] V: Elle est prête…

[04/09 19:40] V : Ouf au lit

[04/09 19:41] V : petite musique je mets un peu de musique je reste un petit moment calme avec elle et je rentre

[04/09 19:43] V :
En fait, quand je lui ai expliqué que j’avais essayé d’appeler le Directeur, Roland, l’infirmier m’a dit que là, ils étaient « tous directeurs ». Il m’a expliqué tout un système. L’aide-soignante aurait dû appeler son « binôme » qui était dans les étages. Mais elle ne le savait pas. Et l’infirmière non plus ne savait pas.
Je lui ai dit que ça faisait 2 directrices qui ne savaient pas.
Et aussi, elle aurait dû dire qu’elle n’était « pas en capacité de travailler ». Parce qu’elle avait dit « qu’elle était brûlée ». Mais qu’il y a plusieurs degrés de brûlure. Et qu’ils ne pouvaient pas savoir. Donc, ils ont tous continué le travail qu’ils avaient à faire. Et elle s’est fait engueuler.

[04/09 19:51] V : enfin….

[04/09 19:51] V : j’y vais…

[04/09 19:53] V : Roland… je crois qu’il m’a dit que c’était lui qui avait mis ce système en place. quand il me dit qu’ils sont « tous directeurs ici », ça m’a fait pensé à un article lu sur Substack, qui expliquait qu’on ne pouvait plus dire travailleurs ou employés mais collaborateurs. »

La note en question, de chachouinaille :

https://substack.com/@chachounaille/note/c-327194015

« Une personne écrit à son boulot “les travailleurs” et elle est corrigée : il faut écrire “les collaborateurs”. Ma mère me dit tout de suite : mais attention, ce n’est pas dans le sens nazi que tu as en tête!
[…]
Ma mère dit que dans son travail, on parle des “utilisateurs du système” à la place des “employés”. On noie le poisson : les rapports de force sont rendus invisibles »

  1. ↩︎

Publié, antidaté, le 8 septembre à 11h24.

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