3 février 2025, irrémédiable

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lundi 3 février 2025 · 13h06

3 février 2025, irrémédiable

Bruxelles, 3 février 2025, irrémédiable (l’avancée dans le temps)1.

hier avec J au salon « artists print » (la foire indépendante du livre d’artiste et du multiple organisée par Jeunesse et Arts Plastiques (JAP), à la Maison des Arts de Schaerbeek)
très chouette, surtout la cafet et le jardin
mais les livres et publications aussi
et les personnes
mais tellement
et tellement de choses intéressantes

(en même temps, je n’ai jamais été une bonne acheteuse.)

ça donne d’abord envie de faire soi-même, tout ce qu’on voit là-bas.

ce que je devrais arriver à faire c’est tenir un journal d’autiste.
il y a une peur, pas seulement chez moi, mais dans le monde, un désir de dire brut qui rêverait de s’abriter dans un diag d’autisme. je parle songeant à la quantité de séries avec ce genre de caractère, caractère impossible, qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, qui ne peut dire que la vérité sans notion des conventions. je sais bien qu’il ne s’agit pas là d’autisme véritablement. que c’est du cinéma. mais l’idée plaît semble-t-il au public et aux producteurs. j’ai même vu quelques séries japonaises basées là-dessus, comme l’Extraordinary Attorney Woo. [...]  Lire la suite >

dimanche 2 février 2025 · 07h10

c’est plus calme pour moi d’être à bruxelles, plus facile dans la maison de ma mère. 

réveillée un peu trop tôt. j’hésite à refermer les yeux.

c’est plus calme pour moi d’être à bruxelles, plus facile dans la maison de ma mère.  il y a cette envie de maintenir son ordre, l’ordre auquel elle s’est accrochée, par où elle traçait les limites de son labyrinthe ou de son terrier, par où elle s’auto-limitait,  échappait à l’angoisse. angoisse sur laquelle je mets mes mots. je dis : angoisse du trop ouvert. une maison comme un corps sûr, avec au mur les toiles de mon père. au mur les portraits d’elle, ce corps encore reçu, le souvenir du logis de son regard. une maison où elle a su donner à chaque chose sa place, d’où elle a évacué les excès,  allant  toujours l’économie.  il y a un conservatisme qui n’est pas nécessairement politique, qui ne le devient pas pour autant, mais qui trouve peut-être sa source dans cette forme d’angoisse, d’instabilité foncière, de délitement perpétuel où il faut redresser toujours des parois de sable, où tout vous transperce. je pense à ceux dont les corps ne tiennent qu’approximativement, qui tendent à s’étendre ou se réduire. qui en retirent joie et difficultés. je ressens la maison de ma mère comme un corps où je suis mieux. un corps stable qu’il vaut la peine de chercher à entretenir, à maintenir. une mémoire vivante. dans la maison de me mère je deviens ma mère et les gestes qu’elles faisaient que je reprends sont les siens. partout ailleurs, ces gestes deviennent sources d’angoisse. ici je me coule en elle. je renonce joyeusement à tout. partout ailleurs nulle part ailleurs cela n’est possible, partout ailleurs je suis rattrapée par une volonté d’être moi-même, de me rejoindre, me construire, ne surtout pas rejoindre ce que je ressens alors comme son sacrifice. elle le répétait : qui n’en n’était pas un. sacrifice au service des autres, dans une organisation où elle où elle trouvait sa place, la creusait (envoyant vers le monde ses pseudopodes d’amour, ses bras d’algues). ce qui pour elle a fait corps logeait dans de savants arrangement gravitationnels (probablement autour d’un vide dont chaque corps prenait sa part) – mon père, son travail d’artiste, voire d’artiste maudit, mon père, sa parole, sa culture, la maison, la famille, les enfants; et dieu, la certitude de l’amour de dieu. les murs en suintent encore, chaque grain de lumière et me couler dans l’amour d’elle, je ne peux le faire qu’ici. en ces temps de maintenant. dans la proximité de la maison de repos. ailleurs, partout ailleurs je ne suis rattrapée que par ses démons : être une mauvaise mère, mal faire, rater. ailleurs, il n’y a plus rien. sable sable et tourbillons. un tout à toujours refaire. une peur de tomber dans son trou, quand il n’y a aucun mur pour me rattraper. [...]  Lire la suite >

samedi 1 février 2025 · 07h35

re: votre maman

bonjour, excusez-moi de n’avoir pas pris plus tôt le temps de vous répondre et vous remercier, c’était compliqué. je vois qu’elle va bien. qu’elle est toujours souriante et sociable. elle lit selon moi beaucoup moins bien, elle ne déchiffre plus, ne comprend plus rien. il y a quelques mois, elle me lisait avec intonation, intérêt et commentaires. mais, elle tente encore, ça l’intéresse encore. elle s’accroche. vous avez raison : elle cherche à lire, tant que possible. j’interprète ça comme une volonté de rester dans la communauté humaine, le monde du langage, de produire encore des mots, du sens, même s’il lui échappe. elle ne me reconnaît plus vraiment comme sa fille, elle ne sait plus vraiment ce que c’est, une fille, sa mère. mais le lien est toujours très fort. elle me reconnaît encore. et le lien à ses objets. cela fait plaisir à voir qu’elle connaisse les lieux, de la voir sortir de la chambre de la retrouver avec les autres devant la télé. la mise au lit reste difficile avec certain.e.s. elle se débat, frappe. je suis restée quelquefois pour la persuader qu’elle n’avait pas affaire à de mauvaises personnes. j’ai vu des gens qui s’en sortaient très bien. tout le monde ne sait pas qu’elle sait tenir debout. il est vrai qu’elle obéit difficilement. j’ai vu qu’elle recevait de nouveaux des antipsychotiques, dont j’ai lu qu’ils ne devaient pas être donnés plus de 6 ou 7 semaines et qu’il ne fallait y avoir recours qu’en dernier recours. cela m’a attristée, mais je n’ai plus la force de téléphoner, de chercher à comprendre. le directeur m’avait promis qu’on me préviendrait, qu’on ferait appel à moi en cas de difficultés, mais ça n’est pas le cas. certain.e.s trouvent ma mère difficile d’autres au contraire la trouvent facile et drôle… je trouve cependant que dans l’ensemble l’organisation est meilleure, bien meilleure. les aide-soignantes sont souvent à 2 pour la mise au lit et hier elles étaient même à deux pour le repas du soir: ça change tout.  les pensionnaires semblaient apaisé.e.s, souriant.e.s, satisfait. e. s.  [...]  Lire la suite >

vendredi 17 janvier 2025 · 20h02

Kafka – autojustice

Kafka, le temps des décisions de Reiner Stachs – extraits du chapitre « Autojustice : Le procès et Dans la colonie pénitentiaire« 

rire irrésistible – D’après une anecdote souvent citée, Kafka, lorsqu’il lut à ses amis le premier chapitre du Procès, aurait tant ri que « par instants il ne pouvait continuer sa lecture », tandis que ses auditeurs étaient eux-mêmes saisis d’un « rire irrésistible ». « Assez étonnant, écrivit Brod rétrospectivement, quand on songe au terrible sérieux de ce chapitre. Et pourtant, c’est la vérité.1 »

cachotterie – « Et pourtant, l’état chaotique de ses manuscrits, cause de plusieurs décennies de débats entre les spécialistes, n’a strictement rien à voir avec sa fameuse tendance à la « cachotterie ». Aussi paradoxal que cela puisse paraître, tous ces obstacles découlent d’une décision tout à fait pragmatique de sa part en vue de discipliner son écriture.
p. 740 [...]  Lire la suite >

lundi 13 janvier 2025 · 21h52

lundi 13 janv. 2025, 21:52

Elle fait un pas dans la chambre, elle dit à son compagnon couché, à son compagnon au lit, qui regarde un anime à la télé, je me fais un thé j’arrive.

Elle sort de la chambre, elle longe le couloir dans l’obscurité, elle est suivie par son chat, elle rentre dans une cuisine où règne un peu de désordre, elle met un sachet de thé dans une tasse, elle verse de l’eau bouillante .

Elle sort de la cuisine, pénètre le salon, va vers la table, prend des assiettes qui traînent, les ramènent à la cuisine. en chemin son chat lui saute sur les mollets.

mercredi 8 janvier 2025 · 04h22

de vocalises silencieuses in the middle of the night et de leurs conséquences

je me suis réveillée vers 3 heures, il est 4h22, je suis dans le canapé du salon, assez fatiguée mais j’ai l’impression que je ne suis pas prête de dormir. je n’ai pas fait d’instagram puisque j’ai désactivé mon compte. un jour, on ne saura plus ce que c’est instagram. à la place j’ai mis de l’ordre dans mes photos sur onedrive. un jour on ne saura plus ce que c’est onedrive.

la pièce est éclairée avec la toute fine guirlande led, si fine qu’elle est un peu indémêlable, que jules avait tout de même un peu démêlée et installée. [...]  Lire la suite >

mardi 7 janvier 2025 · 11h47

les extractions possibles

Or donc, je me relis, je me relis et je me dis que oui, il faudrait que je reprenne les Nathalie, tous les articles où Nathalie apparaît dans mes rêves et que j’en fasse un texte séparé, que je l’extraie du blog, que j’en fasse une petite publication séparée, qui tienne à soi seule, sur elle-même, comme j’ai eu l’ambition de le faire pour ma tante Titi. Mais on sait bien que je ne peux me permettre aucun ambition, que je ne me tiens à aucun projet. Pourtant, ce serait intéressant.

A quelles autres extractions ai-je déjà pensé ? Le K. Les Fracassemeurs,

Il y en a d’autres. Qui nombreuses se recoupent. A réfléchir, Ou pas. Puisqu’il s’agit d’y aller ou pas. Tout ça est au dessus de mes forces.

*

Mots-clés du mot-clé Nathalie

mardi 7 janvier 2025 · 09h30

paranoïa renoncée et paranoïa inversée de Lacan

On le sait, je me relis. Je relis depuis hier un rêve fait en 2012, en décembre 2012, « J’aurais tué Nathalie F ». Dans l’analyse de ce rêve où je vais aller en prison pour avoir tué quelqu’un, je cite rapidement la « paranoïa renoncée » de Lacan :

Et ensuite, il cherchera à donner à la psychanalyse un nouveau fondement avec le langage. Ainsi, je vois la passion de Lacan traverser son enseignement, la passion qu’il subit d’être seul. Et en même temps, son mouvement propre est celui d’échapper à la clinique que promeut la passion d’être seul. Si Lacan a commencé par une clinique de la paranoïa dans sa thèse de psychiatrie, s’il a ensuite, et c’est peut-être le premier concept sur lequel il a enseigné, promut le thème de la connaissance paranoïaque, c’est précisément parce que – s’il a choisi dans Hegel, s’il a donné cette valeur au moment de la reconnaissance -, c’est précisément parce que sa pensée est dressée contre la paranoïa. Je ne dis pas sa passion d’être seul est précisément une paranoïa renoncée, je dis son enseignement – sa doctrine du sujet -, est précisément ce par quoi on peut dire qu’il y a comme une cure de Lacan. Et c’est la valeur que je donne également à la scission qu’il opère du moi et du sujet. Le moi tel qu’il l’a cerné est toujours gros de paranoïa et au contraire le sujet tel qu’il l’a d’abord amené est fonction de l’Autre, est fonction intersubjective. Eh bien j’infère de ça que le débat foncier de Lacan, c’était son débat avec sa passion d’être seul. Et, à cet égard, de la même façon qu’il peut dire de Gide, que Gide s’est accomplit avec le message de Goethe, Lacan s’est accompli avec le message de Hegel, c’est-à-dire avec une dialectique qui lui a permis de renoncer, et dès avant la fondation de l’École freudienne de Paris, de renoncer à la méconnaissance qui va avec la passion d’être seul.
Jacques-Alain Miller, Vie de Lacan, « Lacan contre tous et contre Lacan », cours du mercredi 17 février 2010

Plus tard cette année-là, Jacques-Alain Miller parlera ensuite de « paranoïa inversée de Lacan » : 

Si je prends au sérieux que Lacan quand je l’isolais dans cette posture se reconnaissait comme « parfaitement photographié », je dois dire que sa position foncière comporte que l’Autre, le grand Autre, dans la circonstance, l’ensemble de ceux qui font les spectateurs, l’Autre est bon et on peut dire corrélativement, en même temps qu’il assigne la bonté à l’Autre, qu’il lui assigne le sens commun, qu’il lui assigne la reconnaissance entre des semblables, nous partageons le même savoir, nous rions aux mêmes lapsus de l’Autre, à ses plaisanteries et on sent ainsi cet Autre, la masse de cet Autre à l’occasion parcourue d’ondes, vagues similaires. En regard lui Lacan, en regard de cette bonté de communauté, en regard lui, il est méchant. Et je le montre, au fond, blessant incessamment la sensibilité samaritaine d’une assistance pour une part, pour une grande part, faite de médecins et de psychologues. Lui, il assume d’être le méchant de l’affaire, il assume si je puis dire un « je suis méchant ». Et c’est en quoi non seulement sa position n’est pas paranoïaque mais elle est proprement une paranoïa inversée.
Mettons en regard le cas Jean-Jacques RousseauLui, comme paradigme. Eh bien dans ce paradigme c’est l’Autre qui est méchant, c’est la civilisation qui est nocive et empreinte de méchanceté tandis qu’il revendique pour sa personne un fondamental « je suis bon », et qu’il l’étend, il étend cette déclaration à l’homme primitif. Tandis que Lacan, lui, il étend son « je suis méchant » à la position du sujet, je ne dirais pas de l’inconscient, mais à proprement parler il l’étend au sujet de la pulsion.
Cette inversion de la paranoïa, si on l’isole ainsi, permet de mettre en série nombre d’énoncés de Lacan avec lesquels il jouait à surprendre, scandaliser, émouvoir son auditoire. Par exemple, quand il lui arrive de dire « Je n’ai pas de bonnes intentions »  et même « à la différence de tout le monde », il parade en être méchant. N’oublions pas que les bonnes intentions, on dit que l’enfer en est pavé, on n’a pas attendu Lacan pour s’en méfier de la bonne intention. La bonne intention s’établit sur la supposition que je connais ton bien. C’est en raison de cette supposition gratuite, hasardeuse, cette supposition qui nie l’absolue altérité, c’est en fonction de cette supposition que je peux imaginer que mon intention est bonne, et par-là déployer à l’endroit de cet Autre que je crois connaître comme ma poche, tous les ménagements voire m’offrir à me sacrifier ou du moins au moins à me contraindre. À cet égard, ne pas avoir de bonnes intentions est de l’ordre de la salubrité. Ça veut dire : je ne préjuge pas de ce qu’est ton bien. Et pour l’analyste, il faut bien dire que c’est de tous les instants qu’il a à se méfier de ses bonnes intentions puisqu’on vient lui demander son aide et qu’il est par fonction préposé à faire le bien de l’Autre, il est requis dans cette fonction. C’est le fruit d’une discipline que de ne pas s’autoriser de cette présomption pour commencer par s’abstenir du savoir du sens commun.

lundi 6 janvier 2025 · 18h43

Notes sur l’infinitif

– Atelier d’écriture Laura Vazquez du 28 décembre 2024 – 

s'être tue avoir tu être tue taire et se taire
avoir vécu avoir été  
n'avoir vécu n’avoir été 
fuir
avoir fui 
    avoir dormi 
        avoir oublié 
              s'être relevée
errer 
  l'infinitif, temps de l'être sans sujet
être l'errance 
  l'infinitif, temps sans adresse
manger, être ce qui mange 
danser
  temps du dedans du verbe
attendre
  temps du présent, de la présence du passé, de la présence du futur
  infinitif :  définitif de l'infini
rire jouir dire
le temps de la porosité 
de la peau en allée 
s'ouvrir 
s'être ouverte /  l'avoir été (avoir été ouverte)
s'en être allée avoir mouru être morte

 

 

Les ateliers d’écriture Laura L Vazquez:

https://lauralisavazquez.com/ateliers-ecriture/

https://www.instagram.com/lesateliersdecriture/?hl=fr

jeudi 2 janvier 2025 · 05h37

ascèse et sculpture de soi

Extraits de Kafka, le temps des décisions de Reiner Stach :

On ne peut l’imaginer s’en remettre aux manipulations d’un psychothérapeute : il ne supportait pas que d’autres portent la main à cette sculpture de soi à laquelle il œuvrait.

Chapitre « Ascèse et liste de mariage »

A la l’annonce de ses fiançailles dans le journal – « on peut deviner quelle dose d’énergie psychique ce brusque passage du rêve au réel dut coûter à Kafka. »
p. 655

sacrifice – « Kafka avait résisté, renoncé, détruit la lettre de candidature (l’emploi que Musil lui avait proposé) qu’il avait déjà cachetée. Il avait fait un sacrifice. Et maintenant, il voulait savoir très précisément au nom de quoi. »
p. 656

angoisse – « Il ne fait guère de doute que c’est l’angoisse qu’inspirait à Kafka la porosité de son moi — angoisse d’une abolition de ses frontières personnelles, angoisse d’une désintégration, angoisse, à terme, de la mort — qui le poussa progressivement à adopter cette stratégie de survie ascétique. »
p. 664

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