{"id":12344,"date":"2013-06-27T15:12:36","date_gmt":"2013-06-27T13:12:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=12344"},"modified":"2013-09-07T17:35:43","modified_gmt":"2013-09-07T15:35:43","slug":"les-objets-de-lobsessionnel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2013\/06\/les-objets-de-lobsessionnel\/","title":{"rendered":"Les objets de l\u2019obsessionnel"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"center\">Conf\u00e9rence clinique sur la n\u00e9vrose obsessionnelle<\/h3>\n<h4 align=\"center\">Philippe La Sagna<\/h4>\n<h4 align=\"center\">26 avril 2007<\/h4>\n<h3 align=\"center\">\u00a0<\/h3>\n<p>\u00a0Je vais parler comme si vous connaissiez bien le cas de l\u2019Homme aux rats, pour examiner avec vous la place des objets dans la n\u00e9vrose obsessionnelle et sp\u00e9cialement de cet objet que l\u2019on d\u00e9signe comme l\u2019objet <em>a<\/em>.<\/p>\n<p>Si la psychanalyse a sembl\u00e9 au d\u00e9part \u00eatre une stricte pratique de d\u00e9chiffrage du sympt\u00f4me et des r\u00eaves, elle a peu \u00e0 peu gliss\u00e9, sp\u00e9cialement apr\u00e8s la 2<sup>\u00e8me<\/sup> guerre mondiale dans le monde anglo-saxon, vers une \u00e9tude des relations du sujet \u00e0 ses objets, et en particulier \u00e0 ce type d\u2019objet que l\u2019\u00e9cole kleinienne a fait valoir comme les objets partiels.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette mise en avant de l\u2019objet il y avait une autre id\u00e9e : que dans la psychanalyse l\u2019essentiel n\u2019\u00e9tait pas le d\u00e9chiffrage du sympt\u00f4me, mais l\u2019analyse du transfert, con\u00e7u comme une \u00ab relation \u00bb. Le transfert devenait le v\u00e9ritable objet de l\u2019interpr\u00e9tation et l\u2019analyse un examen du rapport entre le sujet et ses objets. \u00c0 travers la relation \u00e9tablie entre le patient et l\u2019analyste, le transfert \u00e9tait le laboratoire de la relation d\u2019objet.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 cette vision de la psychanalyse que s\u2019est oppos\u00e9 le premier Lacan.<\/p>\n<p>D\u00e8s le cas de l\u2019Homme aux rats, Freud sp\u00e9cifie que la particularit\u00e9 de la n\u00e9vrose obsessionnelle est <strong>que le refoul\u00e9 y redevient disponible non pas dans le souvenir, mais par le biais d\u2019un retour, d\u2019une r\u00e9apparition du mat\u00e9riel refoul\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la relation transf\u00e9rentielle<\/strong>. La n\u00e9vrose obsessionnelle devient ainsi l\u2019affection o\u00f9 l\u2019analyse de la n\u00e9vrose se d\u00e9place aussi vers une analyse du transfert.<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se de base de Freud est que l\u2019Homme aux rats avait pu ressentir de la haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son p\u00e8re. Cette haine, n\u2019apparaissant pas dans ses souvenirs, n\u2019entra\u00eenait donc pas chez le patient de \u00ab croyance suffisante \u00bb. Le seul souvenir de ce type que Freud obtient est celui d\u2019une col\u00e8re de l\u2019Homme aux rats, col\u00e8re o\u00f9 il injurie son p\u00e8re en le traitant de \u00ab Lampe, serviette \u00bb. Cette tendance \u00e0 l\u2019insulte se d\u00e9ploie dans la relation de l\u2019Homme aux rats \u00e0 Freud et va entra\u00eener la conviction du patient, qui, insultant Freud et sa famille ne pourra plus douter de sa haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Freud revient sans cesse sur la vraie raison de l\u2019hostilit\u00e9 du patient : le p\u00e8re trouble la sexualit\u00e9 de l\u2019Homme aux rats. Cette sexualit\u00e9 est d\u2019ailleurs assez trouble. L\u2019homme aux rats a une vie sexuelle et amoureuse banale mais ce qui le trouble c\u2019est que cette sexualit\u00e9 existe aussi \u00e0 travers une multiplicit\u00e9 de tendances ou de pulsions partielles. Cette sexualit\u00e9 se manifeste d\u2019abord comme une curiosit\u00e9, sous forme de voyeurisme. D\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, l\u2019Homme aux rats veut voir des femmes nues et il en voit, ses bonnes par exemple. M\u00eame si ce qu\u2019il voit n\u2019est pas clair, \u00e9trange, <i>curios <\/i>! Voir est du c\u00f4t\u00e9 du d\u00e9sir, pourrait-on dire en reprenant ce que Lacan am\u00e8nera \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60 : le d\u00e9sir de l\u2019Homme aux rats c\u2019est de \u00ab voir le d\u00e9sir \u00bb, le rendre visible, le situer ainsi dans la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>On peut le dire autrement car il y a un lien entre la curiosit\u00e9 et le d\u00e9sir. Voir ou savoir le d\u00e9sir, c\u2019est un d\u00e9sir aussi, un d\u00e9sir de \u00ab savoir ce qu\u2019il y a \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019envers de ce d\u00e9sir est une angoisse. L\u2019angoisse que l\u2019Autre sache le d\u00e9sir que lui, le sujet, a, qu\u2019il sache alors ce d\u00e9sir, ou la pens\u00e9e de ce d\u00e9sir. Mais ce qui est l\u2019angoisse majeure, c\u2019est qu\u2019il arrive quelque chose \u00e0 son p\u00e8re \u00ab \u00e0 cause \u00bb de ses pens\u00e9es de d\u00e9sir. Quelque chose qui serait la cons\u00e9quence de sa curiosit\u00e9, quelque chose qui ne peut pas tr\u00e8s bien \u00eatre su. On voit ici un premier n\u0153ud se constituer entre le regard, le savoir et le d\u00e9sir.<\/p>\n<p>L\u2019objet rat, c\u2019est l\u2019objet qui va incarner cette angoisse, qui va donner forme \u00e0 ce quelque chose de non-su et qui va donner son nom au patient. Autant la relation du sujet \u00e0 la curiosit\u00e9 sexuelle est claire, autant sa relation \u00e0 l\u2019objet rat est impr\u00e9cise, floue voire obscure. \u00c0 ce niveau, on rentre dans le domaine d\u2019une certaine inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9. Le rat est l\u2019animal le plus familier du sujet et aussi le plus \u00e9trange. Il y a l\u00e0 quelque chose que le sujet ignore. Vous remarquerez que c\u2019est l\u2019envers du savoir. Le rat incarne non pas ce que l\u2019on peut voir ou savoir, mais ce que l\u2019on ne fait qu\u2019ignorer : quelle est l\u2019obscure volont\u00e9, le vouloir d\u2019un mort ou d\u2019une femme ? Qu\u2019est-ce que l\u2019Autre veut, non pas qu\u2019est-ce ce qu\u2019il sait, mais quel est son v\u00e9ritable app\u00e9tit ?<\/p>\n<p>Dans la n\u00e9vrose obsessionnelle, <strong>le trauma n\u2019est pas quelque chose d\u2019oubli\u00e9, simplement il est devenu neutre, le souvenir a \u00e9t\u00e9 \u00ab d\u00e9pouill\u00e9 \u00bb de sa charge affective<\/strong>, charge qui va se d\u00e9placer ailleurs. C\u2019est typique par exemple de la forme m\u00eame du deuil de l\u2019Homme aux rats. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient ce que nous disions sur le transfert. L\u2019id\u00e9e de Freud est que seul le transfert permettra \u00e0 l\u2019affect de refaire surface.<\/p>\n<p>C&rsquo;est-\u00e0-dire que le transfert va redonner aux choses un enjeu, une valeur, une \u00e9motion, une r\u00e9sonance et permettre \u00e0 l\u2019obs\u00e9d\u00e9 de sortir de l\u2019indiff\u00e9rence. Dans la cure de l\u2019obsessionnel, la question est : va-t-on r\u00e9ussir \u00e0 obtenir du patient une certaine mise ?<\/p>\n<p>L\u2019Homme aux rats, dans le transfert, ne peut se soustraire \u00e0 l\u2019effet convaincant de l\u2019analogie compl\u00e8te entre les fantasmes de transfert et la r\u00e9alit\u00e9 oedipienne \u00ab de nagu\u00e8re \u00bb que pose Freud. Mais quelle est la r\u00e9alit\u00e9 de nagu\u00e8re ? De quoi est faite la sexualit\u00e9 de l\u2019homme aux rats ? Freud la r\u00e9duit \u00e0 peu de choses : <strong>un m\u00e9lange d\u2019auto\u00e9rotisme et d\u2019action dont le sujet a retir\u00e9 une satisfaction<\/strong>. Cette action, qui est une constante de la n\u00e9vrose obsessionnelle, est oppos\u00e9e \u00e0 la passion hyst\u00e9rique, qui n\u2019agit pas mais subit. C\u2019est une action qui comporte une part de destruction que Freud qualifie de <strong>sadique<\/strong>.<\/p>\n<p>Ce sadisme est un trait qui va venir moduler la relation du patient \u00e0 tous ses objets. Par exemple il y a le sadisme oral du rat qui mord et qui est aussi cannibale. L\u2019Homme aux rats avait mordu une petite fille \u00e0 3-4 ans. C\u2019est m\u00eame l\u00e0 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 ch\u00e2ti\u00e9 par le p\u00e8re. On doit noter que c\u2019est donc cet attentat suppos\u00e9 qui serait la source potentielle de la haine du patient.<\/p>\n<p>Le \u00ab cannibalisme \u00bb du rat pour Freud ne peut que r\u00e9sonner avec ce qu\u2019il va \u00e9crire dans son livre <em>Totem et Tabou<\/em>. Derri\u00e8re les rites obscurs du tabou si proches de la n\u00e9vrose, vous trouverez toujours le meurtre du p\u00e8re\/totem et sa d\u00e9voration. N\u2019oublions pas aussi que Freud voit l\u00e0 la source de la morale et de la religion. Pourquoi suite au meurtre du p\u00e8re faut-il en plus le d\u00e9vorer ? Pourquoi ce mixte de pulsion de mort et d\u2019oralit\u00e9 ? On d\u00e9vore pour s\u2019assimiler, s\u2019identifier au p\u00e8re et \u00e0 l\u2019animal dans une confusion et une identit\u00e9 propres \u00e0 cette facult\u00e9 orale de rendre \u00e9quivalente des choses h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Le cannibalisme est le lieu o\u00f9 commence autre chose que l\u2019oralit\u00e9.<\/p>\n<p>A partir de cette \u00e9pisode, morsure, punition et haine du p\u00e8re peuvent \u00eatre mis en relation.<\/p>\n<p>A partir de l\u00e0, le cas, comme le transfert, peuvent \u00eatre regard\u00e9s selon le principe de la chauve-souris. Si vous regardez les ailes d\u2019une chauve-souris, c\u2019est un oiseau. Si vous regardez ses pattes, c\u2019est une souris<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Si vous regardez les ailes du cas, il se r\u00e9sume \u00e0 un drame \u0153dipien, la haine vient des relations troubl\u00e9es avec le p\u00e8re. Si vous regardez ses pattes, tout cela trouve sa racine dans le sadisme qui teinte la relation du patient aux objets et qui ressort \u00e0 la jouissance primitive. Et la th\u00e9orie rendra compte de \u00e7a par l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une \u00ab d\u00e9fusion \u00bb entre les pulsions de vie et les pulsions de mort, entre l\u2019amour qui unit et assimile et la haine qui d\u00e9truit. Cette d\u00e9fusion pulsionnelle dispose le sujet \u00e0 la n\u00e9vrose obsessionnelle, souligne Freud en 1919.<\/p>\n<p>L\u2019ambivalence adress\u00e9e \u00e0 l\u2019Autre paternel trouve-t-elle son ressort dans la relation originaire du sujet \u00e0 l\u2019objet dont le sadisme comporte la destruction de ce dernier ? Prendre les choses ainsi peut mener les analystes \u00e0 chercher partout \u00e0 \u00e9liminer l\u2019agressivit\u00e9 !<\/p>\n<p>Examinons maintenant la composante anale de cette relation \u00e0 l\u2019objet. C\u2019est cette relation anale particuli\u00e8re qui est <strong>stimul\u00e9e, r\u00e9veill\u00e9e<span style=\"text-decoration: underline;\">,<\/span><\/strong> par le simple r\u00e9cit du supplice des rats. Le rat, en effet, n\u2019est pas que d\u00e9vorant, il est aussi le repr\u00e9sentant de ce que Freud d\u00e9signe comme \u00ab <strong>cruaut\u00e9 \u00e9go\u00efste et sensuelle<\/strong> \u00bb (il en jouit) qui est l\u2019un des noms de la jouissance auto-\u00e9rotique du sujet. L\u2019analit\u00e9 va nouer l\u2019\u00e9rotisme \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme comme au sadisme, mais aussi au narcissisme, en tant que la cruaut\u00e9 est \u00e9go\u00efste. La cruaut\u00e9 se passe de l\u2019Autre, pis elle le d\u00e9truit. Et on retrouve l\u00e0 la satisfaction solitaire suppos\u00e9e \u00e0 l\u2019origine de la n\u00e9vrose pour Freud.<\/p>\n<p>Solitaire veut dire sans l\u2019Autre, soit sans le lieu du symbole ou sans le savoir qui permettrait \u00e0 cette jouissance d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e. Et l\u2019 \u00ab Autre \u00bb de cette satisfaction n\u2019est rien d\u2019autre que le signifiant qui la repr\u00e9senterait, s\u2019il existait, mais qui ne peut appara\u00eetre lui aussi que l\u00e9g\u00e8rement \u00e9trange et inqui\u00e9tant, reflet symptomatique de son opacit\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>La jouissance \u00e9tant irrepr\u00e9sentable, ce signifiant qui saurait repr\u00e9senter la jouissance de l\u2019Homme aux rats, cruelle, sensuelle et \u00e9go\u00efste (soit le grand Phi) est une fiction. Comme il n\u2019est pas dans l\u2019Autre, quelque chose va faire semblant de ce signifiant, ombre de la jouissance inqui\u00e9tante, ici le rat, substitut impropre et d\u00e9valu\u00e9 de ce signifiant qui menace le sujet.<\/p>\n<p>Mais l\u2019analit\u00e9 d\u00e9truit l\u2019objet par bien des fa\u00e7ons, plus diverses que celles de l\u2019oralit\u00e9. Dans son <i>S\u00e9minaire <\/i><em>L\u2019angoisse<\/em>, Lacan note que l\u2019objet anal est l\u2019objet cessible par excellence, il est aussi l\u2019objet \u00e9changeable par excellence, le repr\u00e9sentant m\u00eame du commerce. L\u00e0 o\u00f9 les objets oraux sont les objets que vous \u00eates, l\u2019objet anal confond les objets dans l\u2019avoir. C\u2019est ce qu\u2019op\u00e8re l\u2019\u00e9change : si la valeur d\u2019usage rend un objet incomparable, la valeur d\u2019\u00e9change les rend tous \u00e9quivalents. C\u2019est un des sens du rat : tous les rats se ressemblent, ils se multiplient, ils envahissent la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>L\u2019objet cessible c\u2019est ce qu\u2019on c\u00e8de et c\u2019est aussi le repr\u00e9sentant du moment o\u00f9, emport\u00e9 par la jouissance, vous c\u00e9dez comme sujet \u00e0 la \u00ab situation \u00bb, quand vous ne pouvez plus vous emp\u00eacher. \u00c7a c\u2019est l\u2019Homme aux loups qui nous l\u2019apprend. Lacan dans une partie du <i>S\u00e9minaire<\/i> <i>L\u2019Angoisse<\/i> que J.-A. Miller a intitul\u00e9e \u00ab De l\u2019objet cessible \u00bb nous dit que le sujet \u00ab c\u00e8de \u00e0 la situation \u00bb (la sc\u00e8ne primitive) et plonge dans la jouissance anale ; c\u2019est le moment o\u00f9 l\u2019Homme aux loups ne tient plus sa subjectivit\u00e9, elle c\u00e8de, et il devient lui-m\u00eame l\u2019objet anal, <i>a<a title=\"\" href=\"#_ftn3\"><b>[3]<\/b><\/a><\/i>. Il fait cession de son statut de sujet, produit dans l\u2019angoisse un objet cessible, une selle, et dispara\u00eet comme sujet en se transformant en l\u2019objet qui le repr\u00e9sente : face \u00e0 la jouissance, il abdique. L\u2019objet anal l\u2019efface, vient \u00e0 sa place.<\/p>\n<p>Vous voyez que l\u00e0 il y a une touche <strong>masochiste plus que sadique<\/strong>. La source de l\u2019analit\u00e9 est masochiste. C\u2019est la chute, mais une chute qui en r\u00e9v\u00e8le une autre : le moment ineffable d\u2019avant le sujet o\u00f9 quelque chose de ce qu\u2019il est vient \u00e0 chuter. Au passage, je signale que ce qui chute du sujet c\u2019est l\u2019objet anal, par contre ce qui chute \u00ab avec \u00bb le sujet c\u2019est autre chose, c\u2019est l\u2019objet oral (quand vous l\u00e2chez le sein, c\u2019est votre \u00eatre que vous abandonnez, ainsi les boulimiques disent tr\u00e8s bien comment dans les crises, leur \u00eatre est emport\u00e9 par la jouissance orale).<\/p>\n<p>Et d\u00e9j\u00e0, vous saisissez que le sadisme ce n\u2019est pas la douleur, cela a \u00e0 voir avec ce que le sujet peut mettre en jeu de son \u00eatre de vivant, dans l\u2019exploit par exemple, tentative de se tenir, comme le souligne Lacan, suspendu, au bord de la chute, face au trou insondable de ce que Lacan appelle \u00ab la gueule ouverte de la vie \u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, celui de son app\u00e9tit d\u00e9vorant ! Qu\u2019est-ce que veut la vie ? D\u00e9vorer !<\/p>\n<p>Et le vrai app\u00e9tit oral, c\u2019est celui qui se transf\u00e8re de cette faim obscure et qui porte sur le savoir, la curiosit\u00e9 d\u00e9vorante qui trouve ses racines dans l\u2019oralit\u00e9. Vous voyez que nous sommes non pas dans une progression des objets qui m\u00e8nerait de l\u2019oral \u00e0 l\u2019anal mais dans une ronde infernale o\u00f9 l\u2019obs\u00e9d\u00e9 est un t\u00e9moin, un rat d\u00e9vorant et d\u00e9vor\u00e9.<\/p>\n<p>Si l\u2019objet anal est corr\u00e9l\u00e9 au narcissisme, c\u2019est aussi que la tendance \u00e0 d\u00e9truire, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 sa d\u00e9fense, produit la tendance \u00e0 retenir, \u00e0 garder, \u00e0 conserver. Et c\u2019est l\u00e0 une fonction du narcissisme : \u00e7a conserve.<\/p>\n<p>L\u2019objet anal, c\u2019est aussi pour Freud qui le tient des obs\u00e9d\u00e9s : <strong>les enfants, le p\u00e9nis, l\u2019argent<\/strong>. <strong>Toute chose \u00e0 garder ou \u00e0 d\u00e9truire, \u00e0 perdre plut\u00f4t<\/strong>. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 pour Freud se rencontre la dialectique de l\u2019objet et celle de l\u2019\u0152dipe sur le plan anal : la faute du p\u00e8re c\u2019est de n\u2019avoir pas sold\u00e9 la dette de jeu. La dette de jouissance du p\u00e8re c\u2019est de n\u2019avoir pas pay\u00e9. La jouissance anale croise l\u2019\u0152dipe, d\u2019o\u00f9 le mariage et la dette impay\u00e9e \u00e0 la fille pauvre (puisque le p\u00e8re a \u00e9pous\u00e9 la fille riche), \u00e0 quoi vient r\u00e9pondre la dette impossible \u00e0 r\u00e9gler qui porte sur les lorgnons.<\/p>\n<p>Lacan n\u2019a pas cess\u00e9 de souligner le danger qu\u2019il y avait \u00e0 ent\u00e9riner la \u00ab fixation \u00bb obsessionnelle de l\u2019obs\u00e9d\u00e9 sur le terrain de l\u2019analit\u00e9, il en est de m\u00eame pour la destructivit\u00e9.<\/p>\n<p>Vous pouvez le faire soit en validant son agressivit\u00e9 dans le transfert ou en la r\u00e9duisant en l\u2019interpr\u00e9tant par le ressort anal (\u00ab vous ne voulez pas payer \u00bb, \u00ab vous voulez tout salir \u00bb). C\u2019est une erreur, car c\u2019est le meilleur moyen de ne pas en sortir. Lacan a d\u2019abord soulign\u00e9 que l\u2019erreur, c\u2019\u00e9tait de fixer le sujet \u00e0 une demande. <strong>L\u2019objet anal est suppos\u00e9 \u00eatre ce que l\u2019Autre demande<\/strong>. Et ce que l\u2019Autre demande, la demande comme objet, permet d\u2019 \u00e9viter la question de ce qu\u2019il veut !<\/p>\n<p>Lacan a fait beaucoup d\u2019effort pour d\u00e9placer vers le domaine du phallus l\u2019enfer pr\u00e9g\u00e9nital des post-freudiens.<\/p>\n<p>Freud avait pos\u00e9 que : \u00ab La signification phallique des rats reposait sur l\u2019\u00e9rotisme anal \u00bb. L\u2019analit\u00e9 est le socle du phallus, qui va donner \u00e0 l\u2019angoisse de castration son accent propre, celui de retenir ce phallus et de le donner, une bonne fa\u00e7on de le garder \u00e9tant de l\u2019\u00eatre, puisqu\u2019en l\u2019\u00e9tant le sujet peut le donner tout en le conservant.<\/p>\n<p>Bouvet, \u00e9voqu\u00e9 par Serge Cottet, contemporain de Lacan, pensait que l\u2019obsessionnel avait peur de d\u00e9truire le monde ou que le monde se d\u00e9truise. Serge Cottet montrait que cela avait beaucoup fait pour que l\u2019on confonde psychose et obsession. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019obsessionnel a peur de d\u00e9truire l\u2019Autre. Dans le <i>S\u00e9minaire V,<\/i> Lacan nous dit : \u00ab il est bien certain que l\u2019obsessionnel tend \u00e0 d\u00e9truire son objet \u00bb.<\/p>\n<p>Lacan montre aussi que dans le d\u00e9sir, l\u2019Autre est ni\u00e9. Il y a de l\u2019informulable dans le d\u00e9sir et donc le d\u00e9sir nie l\u2019Autre comme lieu o\u00f9 \u00e7a se sait et se symbolise.<\/p>\n<p>Et l\u2019Autre pour persister devra alors para\u00eetre \u00ab comme r\u00e9duit \u00e0 une demande \u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire ayant subi une mortification de son d\u00e9sir op\u00e9r\u00e9e par le signifiant, qui fait de la demande une demande de mort. Le rat c\u2019est aussi cette mortification. L\u2019obsessionnel mortifie ses partenaires, par exemple en voulant symboliser leur d\u00e9sir (qu\u2019elles lui disent ce qu\u2019elles veulent) ou en le ravalant (elle veut une robe Prada : il y a la m\u00eame chez H&amp;M, beaucoup moins ch\u00e8re !). Par l\u00e0, il obtient rapidement que la demande de sa partenaire se transforme en demande de mort, \u00e0 savoir qu\u2019elle se transforme en bourreau intraitable, en fauve\u2026<\/p>\n<p>Pour contrer cette mortification, l\u2019obsessionnel fera tout pour faire exister un Autre que Lacan va d\u00e9signer comme le phallus absolu \u00e0 qui il faudra d\u00e9montrer ses bonnes intentions ! C\u2019est ce que fait l\u2019Homme aux rats en s\u2019exhibant face au fant\u00f4me de son p\u00e8re mort. Les bonnes intentions ressemblent souvent \u00e0 des mauvaises !<\/p>\n<p>Pour se faire pardonner, le sujet devra r\u00e9aliser divers exploits. Il sera ainsi lui m\u00eame suspendu au dessus de la gueule ouverte de l\u2019Autre dans un d\u00e9fi qui n\u2019a d\u2019autre int\u00e9r\u00eat que de maintenir la fiction de l\u2019Autre. Ses d\u00e9fis transf\u00e9rentiels s\u2019expliquent par l\u00e0.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me op\u00e9ration que propose Lacan, c\u2019est plut\u00f4t de montrer au sujet que ce qu\u2019il veut d\u00e9truire n\u2019est au fond ni l\u2019Autre, ni son d\u00e9sir, ce que l\u2019Autre veut, mais plus simplement le signe de ce d\u00e9sir. C\u2019est le phallus qui est vis\u00e9 et au fond, le phallus qui est le sujet lui-m\u00eame. Ce que l\u2019obsessionnel traque et chasse comme le rat, c\u2019est le signe du d\u00e9sir. Ce \u00e0 quoi il \u0153uvre par l\u00e0, ce n\u2019est pas d\u00e9truire l\u2019Autre mais bien \u00e0 le faire c\u00e9der sur son d\u00e9sir en lui en refusant le signe. Le contrat, la r\u00e9ciprocit\u00e9 sont ici des instruments.<\/p>\n<p>Cela comporte aussi le fait de ravaler, d\u2019abaisser, de d\u00e9valuer la singularit\u00e9 du d\u00e9sir. Et l\u00e0, on retrouve l\u2019influence de l\u2019analit\u00e9 et de l\u2019objet cessible : le rat est un florin, tant de rats, tant de florins. Mais au fond, l\u2019\u00e9conomie montre aussi que tout peut se r\u00e9duire \u00e0 des florins et des rats ! L\u2019objet cessible ravale en rendant identique.<\/p>\n<p>On pourrait dire qu\u2019aujourd\u2019hui, le d\u00e9sir est \u00e9valu\u00e9, appr\u00e9ci\u00e9, chiffr\u00e9, en r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est la m\u00eame chose. C\u2019est exactement ce qu\u2019op\u00e8re l\u2019Homme aux rats avec son p\u00e8re quant il le fait \u00e9gal \u00e0 une lampe et une serviette, il le r\u00e9duit au cessible.<\/p>\n<p>Il y a un lien entre l\u2019obsession et la culture : \u00e0 la fois elle sauve le monde et le conserve mais en faisant tout communiquer dans le semblant, elle le r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9gout o\u00f9 finissent ses produits !<\/p>\n<p>C\u2019est ce que l\u2019on risque de faire \u00e0 trop s\u2019int\u00e9resser aux fantasmes transf\u00e9rentiels de l\u2019obs\u00e9d\u00e9, on risque de faire prolif\u00e9rer la vermine et d\u2019effacer le d\u00e9sir dans l\u2019\u00e9quivalence de tout. Il s\u2019agit de ne pas trop \u00e9couter, de changer de sujet.<\/p>\n<p>Lacan souligne en effet dans son <i>S\u00e9minaire<\/i> <em>L\u2019angoisse<\/em> qu\u2019on peut situer le souci de Freud de restituer l\u2019affect \u00e0 partir de l\u2019objet v\u00e9ritable, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 travers l\u2019objet d\u2019angoisse par exemple. <strong>L\u2019objet d\u2019angoisse est au-del\u00e0 du cessible, il n\u2019a pas de repr\u00e9sentation<\/strong>.<\/p>\n<p>Ce qui est difficile, en effet, c\u2019est de faire appara\u00eetre dans le transfert l\u2019objet en jeu dans le d\u00e9sir et non un simple substitut de celui-ci. Si les objets sont tous \u00e9quivalents, s\u2019ils se valent, pourquoi jouer sa mise, pour le sujet, si l\u2019on peut parier avec du semblant. Lacan souligne que le n\u00e9vros\u00e9 n\u2019offre de lui-m\u00eame qu\u2019un substitut, un semblant, un autre lui-m\u00eame, <strong>son double<\/strong>. Ce dont il se plaint est vrai : s\u2019il est obs\u00e9d\u00e9, il n\u2019est jamais vraiment l\u00e0, il regarde, il observe, il est toujours d\u00e9j\u00e0 ailleurs, comme le h\u00e9ros de <i>Prison Brea<\/i>k.<\/p>\n<p>Plus qu\u2019un autre, l\u2019obsessionnel nous montre et nous confie ses \u00ab agalma \u00bb pour mieux garder ses \u00ab palea \u00bb, ses objets cause du d\u00e9sir. Il nous confie ses d\u00e9sirs, pas leur cause. Et m\u00eame pour le sympt\u00f4me, Lacan dira que la bonne fa\u00e7on de l\u2019attraper, c\u2019est de l\u2019attraper par les \u00ab oreilles \u00bb de la cause, par la face \u00e9nigmatique o\u00f9 l\u2019on ignore de quoi le sympt\u00f4me est le r\u00e9sultat, de quel d\u00e9sir.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que Freud va obtenir dans un r\u00eave de transfert o\u00f9 l\u2019Homme aux rats, son patient, voit deux crottes \u00e0 la place des yeux de la fille de Freud. D\u00e9j\u00e0, on peut remarquer que cela op\u00e8re un lien entre la curiosit\u00e9, le regard, et l\u2019objet anal, voire les lorgnons. C\u2019est un peu la clef de la cure avec aussi son imperfection.<\/p>\n<p>Lacan souligne aussi que l\u2019objet anal, ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait l\u2019objet de l\u2019angoisse, ni celui du d\u00e9sir. L\u2019angoisse produit un \u00e9moi du corps, \u00e9moi qui a pour effet de produire l\u2019objet anal. Ce qui d\u2019ailleurs permet de confondre l\u2019\u00e9moi et son effet avec l\u2019objet <em>a<\/em>. L\u2019\u00e9motion transf\u00e9rentielle restitue l\u2019objet <em>a<\/em>, le met en jeu mais elle ne permet pas forc\u00e9ment l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019objet <em>a<\/em>. <strong>Ce que le sujet tente d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de retenir dans une inhibition fondamentale, c\u2019est l\u2019objet de ses \u00e9mois, et son \u00e9moi, et cette lutte le tiennent en de\u00e7\u00e0 de sa v\u00e9ritable angoisse.<\/strong> Il n\u2019est pas s\u00fbr que l\u2019Homme aux rats ait eu le temps au reste de la rencontrer.<\/p>\n<p>\u00c1 vouloir v\u00e9rifier l\u2019\u00e9moi du transfert, on risque donc aussi laisser de c\u00f4t\u00e9 la cause \u00ab v\u00e9ritable \u00bb du d\u00e9sir et l\u2019objet de l\u2019angoisse. Alors comment permettre \u00e0 l\u2019obs\u00e9d\u00e9 de sortir de cet affreux commerce avec ses objets ?<\/p>\n<p>Comment ne pas lui faire croire que l\u2019Autre qui peut solder son d\u00e9sir existe ?<\/p>\n<p>Comment lui permettre d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019ingratitude qui lui ouvre la porte de la prison de ses demandes, prison que vous construisez \u00e0 ne rien lui renvoyer ?<\/p>\n<p>Comment le faire renoncer au fantasme de la toute-puissance du regard, sans le fixer pour toujours au ravalement g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019op\u00e8re l\u2019objet anal ?<\/p>\n<p>A la fin des ann\u00e9es 60, dans son <em>S\u00e9minaire XVI,<\/em> Lacan nous montre que l\u2019obs\u00e9d\u00e9 veut savoir, comme tout n\u00e9vros\u00e9, c\u2019est cela la curiosit\u00e9 mais c\u2019est aussi cela, la jouissance \u00e9go\u00efste. Car il veut savoir les rapports de la jouissance et du savoir.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas seulement le d\u00e9sir qui ne peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9, c\u2019est surtout la jouissance et au-del\u00e0, c\u2019est elle qui est interchangeable et que l\u2019analit\u00e9 tentera toujours de ravaler.<\/p>\n<p>L\u2019Autre d\u00e9sire, certes, mais il inqui\u00e8te en tant qu\u2019il veut jouir, ce qui n\u2019est pas la m\u00eame chose que l\u2019Autre qui sait. Ces deux termes s\u2019opposent et cependant, pas moyen de faire exister l\u2019un sans l\u2019autre. Tous les traumas et tous les fantasmes montrent cette disjonction entre un Autre id\u00e9alis\u00e9 et sa jouissance, entre le p\u00e8re id\u00e9al ou la dame et le rat, ici repr\u00e9sentant cette jouissance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>a<\/em> (rat) \/\/A id\u00e9alis\u00e9 (Un)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce que l\u2019obs\u00e9d\u00e9 pr\u00e9serve et ce qu\u2019il ne parvient pas \u00e0 pr\u00e9server c\u2019est l\u2019Autre de la jouissance. La demande de mort n\u2019est qu\u2019une fa\u00e7on d\u2019op\u00e9rer cette s\u00e9paration entre l\u2019Autre qui sait ce qu\u2019il veut et la jouissance de la vie qui veut de fa\u00e7on plus obscure.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 le sens vrai de l\u2019isolement obsessionnel comme de la s\u00e9paration de l\u2019affect et de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Et cela s\u2019\u00e9crit a\/\/S2.<\/p>\n<p>Si l\u2019analyste n\u2019\u00e9tait que le d\u00e9positaire ou le lieu du d\u00e9p\u00f4t de l\u2019objet transf\u00e9rentiel, il accepterait de faire croire \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de ce qui n\u2019est qu\u2019un substitut de la cause du d\u00e9sir ou de la jouissance \u00e0 mettre en jeu.<\/p>\n<p>Le transfert, ainsi, n\u2019est pas faux amour ou fausse haine, mais amour du vrai qui cache un mensonge sur le sexe et la jouissance.<\/p>\n<p>Ce qui permet la sortie c\u2019est de faire que le savoir inconscient mis en jeu produise un objet qui entretienne des rapports nouveaux avec le savoir. Cet objet n\u2019est pas l\u2019inverse du savoir mais son envers : a\/S2. Cela suppose que l\u2019obsessionnel renonce \u00e0 ses doutes pour retrouver dans l\u2019angoisse cet objet qui a pour socle un certain savoir, un savoir inconscient. Mais ce savoir est rong\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9, il se pr\u00e9sente comme un certain savoir, des bouts de savoir, qui, \u00e0 un moment suffisent \u00e0 faire cesser l\u2019ob-cession. Car il y a bien refus de la cession v\u00e9ritable qui aussi est refus de c\u00e9der l\u2019objet pour le laisser devenir le simple repr\u00e9sentant d\u2019un savoir fait d\u2019amorces, de d\u00e9buts, de commencements. Un savoir qui comme nous l\u2019a montr\u00e9 Jacques-Alain Miller est un savoir qui ne fait que commencer !<\/p>\n<p>Ce qui est \u00e0 retenir, c\u2019est que l\u2019objet qui permet la solution du transfert est un objet nouveau, produit certes par la r\u00e9p\u00e9tition, mais il en repr\u00e9sente cependant la limite car il est cr\u00e9ation, nouveaut\u00e9, comme tout produit d\u2019un amour v\u00e9ritable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>DISCUSSION<\/h4>\n<p><strong> Esthela Solano <\/strong>J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019expos\u00e9 de Philippe La Sagna, et ce qu\u2019il a apport\u00e9 comme lecture inventive de l\u2019Homme au Rats et des objets <em>a<\/em> en cause. Cette lecture permet de mettre en avant la fonction de l\u2019objet anal chez l\u2019obsessionnel, qui se trouve solidaire de sa d\u00e9fense, \u00e0 l\u2019avant-poste de celle-ci. Ce que l\u2019obsessionnel c\u00e8de \u00e0 la demande de l\u2019Autre, il le c\u00e8de comme le l\u00e9zard c\u00e8de sa queue, pour se mettre \u00e0 l\u2019abri, pour se d\u00e9fendre contre l\u2019angoisse du d\u00e9sir de l\u2019Autre et ne pas c\u00e9der ce qui est son v\u00e9ritable objet, l\u2019objet de l\u2019angoisse, l\u2019objet <em>a<\/em> cause de son d\u00e9sir. Cela \u00e9claire alors cet avertissement de Lacan, selon lequel il ne faut pas \u00ab fixer l\u2019obsessionnel \u00e0 sa chiasse \u00bb en validant le fantasme de transfert, ou surtout en c\u00e9dant \u00e0 sa demande du phallus. Cela comporte, comme l\u2019a soulign\u00e9 Philippe La Sagna, ne pas le laisser dire trop de b\u00eatises, ne pas lui c\u00e9der les significations qu\u2019il demande ni recevoir &#8211; ou \u00eatre en position d\u2019attendre &#8211; les tonnes des significations qu\u2019il nous c\u00e8de. L\u2019obsessionnel est gourmand de savoir, il en consomme, mais ensuite cela suit le circuit, la ronde infernale de l\u2019objet, c\u2019est-\u00e0-dire que le savoir lui m\u00eame prend la valeur de l\u2019objet de la demande, de l\u2019objet que l\u2019on accumule, que l\u2019on comptabilise, que l\u2019on retient. Le savoir se \u00ab ratifie \u00bb \u00e0 la place de l\u2019objet. C\u2019est pourquoi il s\u2019agit de ne pas faire consister l\u2019objet anal.<\/p>\n<p>De ce fait, concernant la question de la direction de la cure, il convient d\u2019insister sur la valeur fondamentale de la dimension de l\u2019acte. Il y a deux versions de l\u2019analyste : celle que d\u00e9crit Georges P\u00e9rec, un analyste mortifi\u00e9, standardis\u00e9, ritualis\u00e9, qui se moule \u00e0 la d\u00e9fense obsessionnelle, et l\u2019analyste qui se fait agent de l\u2019acte, <strong>\u00e0 la place de l\u2019objet angoissant<\/strong>, qui aura une chance de faire surgir le v\u00e9ritable objet en jeu, en produisant une cession non de l\u2019objet, mais de l\u2019angoisse.<\/p>\n<p>Il y a deux valeurs du rapport entre le savoir et l\u2019objet selon qu\u2019on les place \u00e0 partir des math\u00e8mes des quatre discours :<\/p>\n<p>Dans le premier cas \u00e9voqu\u00e9 ici, l\u2019obsessionnel qui produit de l\u2019objet \u00e0 partir du savoir, nous pouvons nous servir de l\u2019\u00e9criture de la partie droite du discours du ma\u00eetre : l\u2019objet disjoint du savoir vient \u00e0 la place du produit : S2\/a<\/p>\n<p>En revanche, l\u2019\u00e9criture de la partie gauche du discours analytique fait valoir l\u2019advenue d\u2019un nouvel objet \u00e0 la place de l\u2019agent, avec le savoir en place de v\u00e9rit\u00e9 : a\/S2.<\/p>\n<p><strong>Question dans la salle<\/strong> Si l\u2019objet anal voile l\u2019objet v\u00e9ritable, quel est-il ?<\/p>\n<p><strong>Philippe La Sagna <\/strong>Les objets font des ponts. J\u2019ai oppos\u00e9 le drame \u0153dipien et l\u2019objet et montr\u00e9 que chez Lacan, ils sont nou\u00e9s. Ce que Lacan conclut dans le s\u00e9minaire de l\u2019angoisse, qui est au fond un s\u00e9minaire sur la n\u00e9vrose obsessionnelle,<strong> c\u2019est que dans la cure de l\u2019obsessionnel, ce qui permet de sortir, c\u2019est l\u2019objet voix. C\u2019est un autre Nom-du-P\u00e8re.<\/strong> Lacan retient du sacrifice du P\u00e8re son cri (cf. le shofar), et ce sacrifice est toujours d\u00e9j\u00e0 fait.<\/p>\n<p><strong>Esthela Solano <\/strong>L\u2019objet le plus occulte c\u2019est l\u2019objet voix. Il est cach\u00e9 par les objets de la demande et aussi par le champ scopique. L\u2019objet voix se trouve \u00e0 la source de tous les commandements de l\u2019obsessionnel. On sait depuis Freud que les commandements du surmoi se trouvent \u00e0 la racine des compulsions chez l\u2019obsessionnel. <strong>L\u2019issue de la cure passe par l\u00e0, par la mise au jour de la voix qui commande et qui pousse \u00e0 jouir.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Philippe La Sagna <\/strong>Qu\u2019est-ce qui fait l\u2019autorit\u00e9 du ma\u00eetre ? C\u2019est son \u00e9nonciation. C\u2019est pour cela que l\u2019obsessionnel est un faux ma\u00eetre. Mais user de la voix va permettre \u00e0 l\u2019obsessionnel d\u2019avoir un autre rapport \u00e0 l\u2019autorit\u00e9. Cette place de ma\u00eetre est n\u00e9cessaire pour l\u2019analyste, qui sait que c\u2019est un semblant. L\u2019obsessionnel ne veut pas l\u2019occuper parce qu\u2019il pense que ce n\u2019est pas du semblant.<\/p>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> \u00ab Je suis Oiseau ; voyez mes ailes [\u2026] Je suis Souris : vivent les Rats ! \u00bb <i>in<\/i> J. de La Fontaine, \u00abLa Chauve-souris et les deux belettes \u00bb, Folio, Gallimard, Paris, 2005.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> \u00ab L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re, celle du signifiant, ne peut exprimer le sujet que sous la forme de ce que nous avons appris dans la pratique analytique \u00e0 cerner d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 particuli\u00e8re. \u00bb J. Lacan, <i>Le S\u00e9minaire, Livre XVI, D\u2019un Autre \u00e0 l\u2019autre, <\/i>Seuil, Paris,<i> <\/i>2006, p. 312.<\/p>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> J. Lacan, <i>Le S\u00e9minaire, Livre X, L\u2019angoisse<\/i>, Seuil, Paris, 2004, p. 361-362.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> J. Lacan, <i>Le S\u00e9minaire, Livre VIII, Le transfert,<\/i>, Seuil, Paris, 2001, p. 361-362.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence clinique sur la n\u00e9vrose obsessionnelle Philippe La Sagna 26 avril 2007 \u00a0 \u00a0Je vais parler comme si vous connaissiez bien le cas de l\u2019Homme aux rats, pour examiner avec vous la place des objets dans la n\u00e9vrose obsessionnelle et sp\u00e9cialement de cet objet que l\u2019on d\u00e9signe comme l\u2019objet a. Si la psychanalyse a sembl\u00e9&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2013\/06\/les-objets-de-lobsessionnel\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">Les objets de l\u2019obsessionnel<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1063,44],"tags":[1670],"class_list":["post-12344","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-copiecolle","category-psychanalyse","tag-nevrose-obsessionnelle","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12344","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12344"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12344\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12344"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12344"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12344"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}