{"id":1367,"date":"2021-09-07T18:10:54","date_gmt":"2021-09-07T17:10:54","guid":{"rendered":"https:\/\/leseditionsdesjours.wordpress.com\/?p=1367"},"modified":"2024-12-10T17:34:44","modified_gmt":"2024-12-10T16:34:44","slug":"limmixtion-des-sujets-une-difficulte-theorique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2021\/09\/limmixtion-des-sujets-une-difficulte-theorique\/","title":{"rendered":"L\u2019immixtion des sujets, Liliane Fainsilber"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-dark-gray-background-color has-background\"><em>Le terme d&rsquo;immixtion des sujets m&rsquo;\u00e9tant revenu lors de l<a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/09\/03\/ven-3-sept-ne-vois-tu-pas-que-je-brule\/\">&lsquo;analyse de mon dernier r\u00eave<\/a> (<a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/09\/02\/paris-jeudi-2-septembre\/\">Edouard devient fou<\/a>), sans que je ne sache plus vraiment ce qu&rsquo;il recouvrait, j&rsquo;ai fait une recherche sur internet portant sur  \u00ab\u00a0immixtion des sujets dans le r\u00eave Freud\u00a0\u00bb et suis tomb\u00e9e sur cet article.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.le-gout-de-la-psychanalyse.fr\/psychanalyse\/limmixtion-des-sujets-une-difficulte-theorique\/\">Article de la psychanalyste Liliane Fainsilber, publi\u00e9 sur son blog, <\/a><em><a href=\"https:\/\/www.le-gout-de-la-psychanalyse.fr\/psychanalyse\/limmixtion-des-sujets-une-difficulte-theorique\/\">Le go\u00fbt de la psychanalyse<\/a><\/em>,  le 31 octobre  2010<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;immixtion des sujets (une difficult\u00e9 th\u00e9orique)<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Pour d\u00e9crire les d\u00e9sastres que provoque au niveau de l\u2019imaginaire la forclusion du nom du p\u00e8re dans la psychose<\/strong>, Lacan utilise ce terme \u00e9nigmatique de \u00ab&nbsp;<strong>l\u2019immixtion des sujets<\/strong>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ancien mot latin, <em>immixtio<\/em>, donc l\u2019anc\u00eatre de l\u2019immixtion, peut se traduire par le mot m\u00e9lange. Si nous choisissons sa version hostile, cette immixtion \u00e9voque d\u2019embl\u00e9e une intervention ext\u00e9rieure muscl\u00e9e, une invasion, une intrusion forc\u00e9e, mais elle peut aussi, retrouvant son ancien sens de m\u00e9lange, \u00e9voquer ce joli terme de m\u00e9tissage. L\u2019ambiguit\u00e9 de ce terme d\u2019immixtion nous permettra donc de distinguer d\u2019une ing\u00e9rence vite pers\u00e9cutive, ce m\u00e9tissage symbolique qui comporte apaisement des conflits, reconnaissance mutuelle de la diff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De l\u2019ing\u00e9rence au m\u00e9tissage,<\/strong> <br><strong>de l\u2019imaginaire au symbolique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce terme d\u2019immixtion appara\u00eet donc pour la premi\u00e8re fois dans les tr\u00e8s long commentaire du \u00ab&nbsp;<strong>r\u00eave de l\u2019injection faite \u00e0 Irma<\/strong>&nbsp;\u00bb auquel que Lacan a effectu\u00e9 pas \u00e0 pas dans le <strong>s\u00e9minaire \u00ab&nbsp;Le moi dans la th\u00e9orie de Freud et dans la technique analytique&nbsp;\u00bb<\/strong>. Il avance en effet ce terme \u00e0 propos des trois praticiens que Freud \u00e0 appel\u00e9 \u00e0 la rescousse et qui se penchent tous tr\u00e8s doctement pour examiner la gorge d\u2019Irma. Ce sont eux qui font immixtion dans le r\u00eave de Freud.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le S\u00e9minaire II<\/strong> : <strong>une \u00e9quivalence<\/strong> : immixtion des sujets \/ foule<\/p>\n\n\n\n<p>A ce propos donc Lacan nous dit qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re de beaucoup ce terme d\u2019<strong>immixtion<\/strong> \u00e0 celui de \u00ab&nbsp;<strong>foule au sens freudien<\/strong>&nbsp;\u00bb. En rapprochant de fa\u00e7on, me semble-t-il surprenante, ces deux termes d\u2019immixtion des sujets et de foule structur\u00e9e, autant dire que nous entrons de plein pied dans le probl\u00e8me des <strong>identifications du sujet <\/strong>et notamment des trois formes d\u2019identification d\u00e9crites par Freud, celle de l\u2019identification primaire narcissique, celle de l\u2019identification \u00e0 un petit trait de l\u2019autre \u2013 identification au trait unaire \u2013 celle qui caract\u00e9rise la fin de l\u2019Oedipe, et enfin la troisi\u00e8me forme d\u2019identification, celle de l\u2019identification hyst\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans la lettre vol\u00e9e<\/strong> : <strong><\/strong>les d\u00e9tenteurs de la lettre s\u2019y assujettissent<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me occurence de ce terme d\u2019immixtion se trouve dans \u00ab&nbsp;<strong>La lettre vol\u00e9e<\/strong>\u00a0\u00bb qui inaugure les <em>Ecrits<\/em>. Ce texte est une reprise de la toute derni\u00e8re partie du s\u00e9minaire de 1954-1955, celui du moi dans la th\u00e9orie de Freud et dans la technique analytique, s\u00e9minaire o\u00f9 il commente donc ce r\u00eave de l\u2019injection fait \u00e0 Irma. Il l\u2019utilise pour d\u00e9montrer comment ce que Freud appelle <strong>instinct de mort <\/strong>est en fait pour lui une manifestation de l\u2019<strong>autonomie du symbolique<\/strong>. C\u2019est dans ce cadre que prend sens ce terme d\u2019<strong>immixtion des sujets<\/strong>. <strong>Les d\u00e9tenteurs de la lettre s\u2019y assujettissent.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le s\u00e9minaire des psychoses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 en effet que se trouve cette troisi\u00e8me occurence de l\u2019immixtion \u00e0 un moment d\u00e9cisif o\u00f9 Lacan va d\u00e9finir ce qu\u2019il en est de l\u2019<strong>intersubjectivit\u00e9 d\u00e9lirante <\/strong>en prenant appui sur le texte des M\u00e9moires de Schreber et d\u00e9crire ainsi les liens de Schreber avec ses nombreux objets pers\u00e9cuteurs qui appartiennent tous \u00e0 la m\u00eame s\u00e9rie, s\u00e9rie qui commence avec le Professeur Fleschig et qui se termine en apoth\u00e9ose par les liens privil\u00e9gi\u00e9s qu\u2019il entretient avec son Dieu. Ce s\u00e9minaire est dat\u00e9 du 11 avril 1956.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019entreprendre sa lecture, je voudrais \u00e9clairer les trois occurrences de cette immixtion des sujets avec l\u2019aide des deux axes du sch\u00e9ma L, son axe symbolique et son axe imaginaire que Lacan modifiera plus tard pour rendre compte du d\u00e9lire de Schreber sous le nom de sch\u00e9ma I qui se trouve lui aussi dans les <em>Ecrits<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0 rien qu\u2019avec ce sch\u00e9ma L, nous pouvons mettre en \u00e9vidence ais\u00e9ment le double sens de cette immixtion, celui de l\u2019ing\u00e9rence et celui de du m\u00e9tissage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le sch\u00e9ma L<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le sch\u00e9ma appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans le s\u00e9minaire du 2 f\u00e9vrier 1955 du \u00ab&nbsp;moi dans la th\u00e9orie de Freud et dans la technique analytique&nbsp;\u00bb. il est dessin\u00e9 ainsi sous le titre \u00ab&nbsp;la fonction imaginaire du moi et l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de le repr\u00e9senter sous sa forme premi\u00e8re, initiale, avec ses orientations, ses traits pleins et ses pointill\u00e9s.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" width=\"799\" height=\"422\" data-attachment-id=\"1400\" data-permalink=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/schema_1\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/schema_1.gif?fit=799%2C422&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"799,422\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"schema_1\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/schema_1.gif?fit=799%2C422&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/schema_1.gif?resize=799%2C422&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1400\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le sch\u00e9ma L<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Tout d\u2019abord sur ce sch\u00e9ma nous pouvons rep\u00e9rer deux axes. Le premier est un <strong>axe symbolique<\/strong> qui part du grand Autre pour rejoindre le sujet. C\u2019est l\u2019axe de ce que Lacan appelle le pacte, de l\u2019engagement, celui o\u00f9 on dit : \u00ab&nbsp;tu es mon ma\u00eetre&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;tu es ma femme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est aussi celui de la tromperie toujours possible tel cet exemple que Lacan cite souvent et qu\u2019il a emprunt\u00e9 \u00e0 Freud : &nbsp; \u00ab\u00a0Pourquoi me dis-tu que tu vas \u00e0 Cracovie pour que je crois que tu vas \u00e0 Lemberg alors que tu vas \u00e0 Cracovie?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le second axe est <strong>l\u2019axe imaginaire<\/strong> qui part du petit autre pour arriver au moi. C\u2019est l\u2019axe de la relation d\u2019objet, de la constitution des objets du d\u00e9sir et des identifications multiples y compris bien s\u00fbr celles des identifications oedipiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc sur ce sch\u00e9ma que nous pouvons maintenant inscrire <strong>les deux types d\u2019immixtion des sujets,<\/strong> celle qui s\u2019inscrit sur l\u2019axe imaginaire et l\u2019autre sur l\u2019axe symbolique, sous le nom d\u2019ing\u00e9rence et de m\u00e9tissage.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reprends donc chacune de ces occurrences dans leur contexte avec tout d\u2019abord <strong>le r\u00eave de l\u2019injection faite \u00e0 Irma<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a ce soir l\u00e0 grande r\u00e9ception chez les Freud : \u00ab&nbsp;<strong>Il y a foule<\/strong>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que nous raconte Freud dans le texte de son r\u00eave. Je le cite : \u00ab&nbsp;Un grand hall \u2013 beaucoup d\u2019invit\u00e9s, nous recevons. Parmi ces invit\u00e9s, Irma que je prends tout de suite \u00e0 part pour lui reprocher, en r\u00e9ponse \u00e0 sa lettre, de ne pas avoir encore accept\u00e9 ma solution. Je lui dis : \u00ab&nbsp;Si tu as encore des douleurs c\u2019est r\u00e9ellement de ta faute &nbsp;\u00bb et elle r\u00e9pond : \u00ab&nbsp;Si tu savais comme j\u2019ai mal \u00e0 la gorge, \u00e0 l\u2019estomac et au ventre, cela m\u2019\u00e9trangle&nbsp;\u00bb. Je l\u2019am\u00e8ne pr\u00e8s de la fen\u00eatre et j\u2019examine sa gorge\u2026 j\u2019aper\u00e7ois d\u2019extraordinaires formations contourn\u00e9es qui ont l\u2019apparence des cornets du nez et sur elles de larges escarres blanc gris\u00e2tre \u2013 j\u2019appelle aussit\u00f4t le docteur M\u2026 Mon ami Otto est \u00e9galement l\u00e0 , \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, et mon ami L\u00e9opold la percute par dessus le corset ; Il dit : \u00ab&nbsp;Elle a une matit\u00e9 \u00e0 la base gauche&nbsp;\u00bb\u2026. M dit il n\u2019y pas de doute c\u2019est une infection mais \u00e7a ne fait rien ; il va s\u2019y ajouter de la dysenterie et le poison va s\u2019\u00e9liminer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-2 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/img_20210910_121553691497171760706512-scaled.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"675\" data-attachment-id=\"1463\" data-permalink=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/img_20210910_121553691497171760706512\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/img_20210910_121553691497171760706512-scaled.jpg?fit=2560%2C1920&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"2560,1920\" data-comments-opened=\"0\" 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Cette formule qui dans son r\u00eave s\u2019inscrit devant ses yeux en caract\u00e8res gras.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme le souligne Lacan ce r\u00eave se divise en deux parties, dans la premi\u00e8re, Freud d\u00e9crit ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec trois femmes, Irma, sa femme et une de leurs amies. C\u2019est plus une <strong>relation d\u2019identification imaginaire \u00e0 ces trois femmes qu\u2019une relation d\u2019amour<\/strong>. Elle se termine par une vision d\u2019horreur, le fond de la gorge d\u2019Irma. Freud l\u2019appelle <em>l\u2019ombilic du r\u00eave<\/em>, <em>Lacan rencontre avec le r\u00e9el<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re partie correspond \u00e0 ce que nous pouvons appeler le chiffrage du r\u00eave, son \u00e9laboration.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ce point franchi, quand <strong>les trois confr\u00e8res de Freud <\/strong>se penchent ensemble sur le cas d\u2019Irma, nous pouvons dire que Freud commence au cours m\u00eame de ce r\u00eave \u00e0 le d\u00e9chiffrer, \u00e0 l\u2019interpr\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment l\u00e0 que Lacan avance pour la premi\u00e8re fois ce terme d\u2019<strong>immixtion des sujets <\/strong>\u00e0 propos de ces trois confr\u00e8res qui dans ce r\u00eave se m\u00ealent \u00e0, la conversation qui se poursuit entre Freud et Irma. Ils sont <strong>les petits autres de Freud, ses objets rivaux<\/strong>, mais ils sont comme Irma, des <strong>personnages de substitution<\/strong>. Ils repr\u00e9sentent <strong>les personnages oedipiens<\/strong> de Freud \u00e0 savoir ses demi-fr\u00e8res, Philip et Emmanuel et sans nul doute aussi, m\u00eame si Lacan ne le cite pas, son petit neveu John qui \u00e9tait son objet rival par excellence.<\/p>\n\n\n\n<p>Il indique qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une v\u00e9ritable <strong>d\u00e9composition spectrale du moi <\/strong>et c\u2019est donc ce qu&rsquo;il d\u00e9finit comme \u00e9tant une <strong>immixtion des sujets.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voici comment il la d\u00e9crit : Apr\u00e8s la vision de la gorge d\u2019Irma&#8230; \u00ab&nbsp;Un franchissement s\u2019accomplit\u2026 il entre \u00e0 la fin du r\u00eave, une foule, mais c\u2019est une foule structur\u00e9e, comme la foule freudienne. C\u2019est pourquoi j\u2019aimerais mieux introduire un autre terme que je laisserai \u00e0 votre m\u00e9ditation avec les doubles sens qu\u2019il comporte : l\u2019immixtion des sujets.<br>Les sujets entrent et se m\u00ealent des choses, cela peut \u00eatre le premier sens. L\u2019autre est celui-ci \u2013 <strong>un ph\u00e9nom\u00e8ne inconscient qui se d\u00e9roule sur un plan symbolique, comme tel d\u00e9centr\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019ego, se passe entre deux sujets.<\/strong> D\u00e8s que la parole vraie \u00e9merge, m\u00e9diatrice, elle en fait deux sujets tr\u00e8s diff\u00e9rents de ce qu\u2019ils \u00e9taient avant la parole. Cela veut dire qu\u2019ils ne commencent \u00e0 \u00eatre constitu\u00e9s comme sujets de la parole qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 la parole existe, et il n\u2019y a pas d\u2019avant&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous essayons maintenant d\u2019utiliser le sch\u00e9ma L pour d\u00e9crire les diff\u00e9rents temps de ce r\u00eave dit de l\u2019injection faite \u00e0 Irma, nous pourrions inscrire sur l\u2019axe imaginaire a a\u2019, dans la premi\u00e8re partie du r\u00eave, en a, le moi de Freud et en face, en a\u2019, au niveau de ses petits autres, tout d\u2019abord les trois femmes qui sont pour lui plus des objets d\u2019<strong>identification<\/strong> que des objets d\u2019amour : sa femme, Irma et l\u2019amie d\u2019Irma.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-style-default\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/intersub_1.gif?w=900&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1402\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Intersubjectivit\u00e9 imaginaire<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie du r\u00eave, Breuer Otto et L\u00e9opold viennent \u00e0 leur tour jouer ce r\u00f4le des petits autres imaginaires de Freud. Eux-m\u00eames repr\u00e9sentent ses <strong>objets rivaux oedipiens<\/strong>. Puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une intersubjectivit\u00e9 imaginaire nous pouvons les inscrire aussi bien en a qu\u2019en a\u2019 : ils appartiennent tous au moi de Freud, ils comptent comme la somme des identifications du sujet, ce moi \u00ab&nbsp;en pelure d\u2019oignon&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019intersubjectivit\u00e9 symbolique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n\u2019est pas tout, si nous d\u00e9finissons l\u2019intersubjectivit\u00e9 symbolique comme parole qui passe entre deux sujets. En l\u2019occurrence, avec cette formule de la trim\u00e9thylamine, ce qui est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 c\u2019est le <strong>transfert passionn\u00e9 de Freud pour Fliess<\/strong> qui lui a permis de d\u00e9couvrir le sens du r\u00eave et de la n\u00e9vrose. Comme le souligne Lacan, c\u2019est \u00ab&nbsp;au milieu de ce chaos, du brouhaha de cette foule, que se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Freud le sens du r\u00eave, qu\u2019il n\u2019y pas d\u2019autre mot du r\u00eave que la nature m\u00eame du symbolique\u00a0\u00bb (1)<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" width=\"483\" height=\"517\" data-attachment-id=\"1403\" data-permalink=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/intersub_2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/intersub_2.gif?fit=483%2C517&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"483,517\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"intersub_2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/intersub_2.gif?fit=483%2C517&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/intersub_2.gif?resize=483%2C517&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-1403\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Intersubjectivit\u00e9 symbolique<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Mais au del\u00e0 de cette formule, quel pouvait \u00eatre le d\u00e9sir de Freud, le d\u00e9sir structurant de ce r\u00eave? C\u2019est une remarque d\u2019Otto sur l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 d\u2019Irma qui a \u00e9veill\u00e9 la culpabilit\u00e9 de Freud \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son analysante. Il l\u2019avait en effet confi\u00e9e \u00e0 Fliess pour une intervention sur l\u2019ethmo\u00efde et celui-ci avait oubli\u00e9 une compresse dans la plaie. Elle ne va effectivement pas bien du tout. &nbsp;\u00ab\u00a0Le sens de ce r\u00eave, ce qui l\u2019anime, nous dit Lacan, est le d\u00e9sir de Freud de se lib\u00e9rer de sa culpabilit\u00e9. C\u2019est en effet \u00e0 cela qu\u2019aboutit ce r\u00eave. <strong>L\u2019entr\u00e9e en fonction du syst\u00e8me symbolique dans son usage le plus radical, le plus absolu, vient \u00e0 abolir si compl\u00e8tement l\u2019action de l\u2019individu qu\u2019il \u00e9limine son rapport tragique au monde\u2026<\/strong> le sujet se trouve d\u2019entr\u00e9e de jeu n\u2019\u00eatre qu\u2019un pion pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce syst\u00e8me et exclu de toute participation qui soit proprement dramatique et par cons\u00e9quent tragique \u00e0 la r\u00e9lisation de la v\u00e9rit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais bien que Lacan ne le rel\u00e8ve pas, comme cette trim\u00e9thylamine est un produit de d\u00e9composition des substances sexuelles nous pouvons nous demander si elle n\u2019indique pas aussi une premi\u00e8re remise en question des fumeuses \u00e9laborations th\u00e9oriques de Fliess sur les p\u00e9riodes masculines et f\u00e9minines de 23 et de 28 jours ? Beaucoup plus tard Freud avouera en effet \u00e0 Jung, que tout ce qu\u2019il avait appris sur la parano\u00efa, il le tenait avant tout de Fliess. Il pensait, pour tout dire que Fliess \u00e9tait parano\u00efaque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trois par trois,<\/strong> <strong>les personnages de la lettre vol\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette m\u00e9taphore du sujet pouss\u00e9 comme un pion \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me symbolique et enti\u00e8rement soumis aux lettres de son destin<\/strong>, c\u2019est ce que Lacan reprendra avec la fiction litt\u00e9raire de Poe sous le titre de <em>La lettre vol\u00e9e<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que nous retrouvons la deuxi\u00e8me occurrence de l\u2019immixtion des sujets qui est d\u00e9crite dans le texte des <em>\u00c9crits<\/em>. Je vous rappelle le sujet de cette fiction clinique: Une lettre compromettante pour la Reine a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e par le ministre au nez et \u00e0 la barbe du roi qui ne s\u2019est aper\u00e7u de rien. La police cherche \u00e0 reprendre possession de cette lettre chez le ministre mais en vain. Elle reste introuvable Seul Dupin, en s\u2019identifiant au ministre, en se mettant \u00e0 sa place, a r\u00e9ussi \u00e0 savoir comment il l\u2019avait cach\u00e9e, justement en la laissant bien en \u00e9vidence, visible aux yeux de tous, pos\u00e9e sur le manteau de la chemin\u00e9e, <strong>mais en changeant simplement son adresse<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages sont au cours des deux sc\u00e8nes du vol puis de la r\u00e9cup\u00e9ration de la lettre toujours regroup\u00e9s par trois, comme dans le r\u00eave de l\u2019injection faite \u00e0 Irma : Le roi, la reine et le ministre, puis dans la deuxi\u00e8me sc\u00e8ne, la police, le ministre et Dupin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 propos de ces personnages que Lacan \u00e9crit: \u00ab&nbsp;Le module intersubjectif \u00e9tant ainsi donn\u00e9 de l\u2019action qui se r\u00e9p\u00e8te, il reste \u00e0 y reconna\u00eetre un automatisme de r\u00e9p\u00e9tition, au sens qui nous int\u00e9resse dans le texte de Freud. La pluralit\u00e9 des sujets bien entendu ne peut \u00eatre une objection pour tous ceux qui sont rompus depuis longtemps aux perspectives que r\u00e9sume notre formule: l\u2019inconscient c\u2019est le discours de l\u2019Autre. Et nous ne rappellerons pas maintenant ce qu\u2019y ajoute la notion de l\u2019immixtion des sujets, nagu\u00e8re introduite par nous en reprenant l\u2019analyse du r\u00eave de l\u2019injection d\u2019 Irma. Ce qui nous int\u00e9resse aujourd\u2019hui, c\u2019est la fa\u00e7on dont les sujets se relaient dans leur d\u00e9placement au cours de la r\u00e9p\u00e9tition intersubjective&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux premi\u00e8res occurrences de l\u2019immixtion des sujets m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre compar\u00e9es parce que la d\u00e9marche de Lacan est invers\u00e9e dans ces deux approches : dans la premi\u00e8re, celle du r\u00eave, il part de l\u2019imaginaire, de la signification du r\u00eave, pour retrouver la lettre du r\u00eave, la formule de la trim\u00e9thylamine.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la seconde occurrence, il part du symbolique, de la lettre, pour d\u00e9crire ses effets imaginaires sur le sujet Lacan \u00e9crit : \u00ab&nbsp;ce que Freud nous enseigne \u2026 c\u2019est que le sujet suit la fili\u00e8re du symbolique, mais ce dont vous avez ici l\u2019illustration est plus saisissant encore. Ce n\u2019est pas seulement le sujet, mais les sujets pris dans leur intersubjectivit\u00e9, qui prennent la file, qui prennent la file\u2026 et qui plus dociles que des moutons, mod\u00e8lent leur \u00eatre-m\u00eame sur le moment qui les parcourt de la cha\u00eene signifiante&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019intersubjectivit\u00e9 d\u00e9lirante<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Par rapport \u00e0 ce que Lacan d\u00e9crit de cette immixtion des sujets, comment va-t-il d\u00e9finir ce qu\u2019il appelle <strong>l\u2019intersubjctivit\u00e9 intersubjectivit\u00e9 d\u00e9lirante<\/strong>? Nous revenons donc \u00e0 ce s\u00e9minaires des psychoses celui dat\u00e9 du 11 avril 1956.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avant de le relire je voudrais d\u2019abord vous rappeler un petit passage du texte de Freud sur Schreber o\u00f9 il d\u00e9crit \u00e0 sa fa\u00e7on cette intersubjectivit\u00e9 : &nbsp;\u00ab\u00a0Si nous envisageons l\u2019ensemble de ce d\u00e9lire, \u00e9crit Freud, nous voyons que le pers\u00e9cuteur se divise en deux personnes : Fleschig et Dieu ; de m\u00eame, Fleschig se divise lui m\u00eame plus tard en deux personnes, le Fleschig \u00ab&nbsp;sup\u00e9rieur&nbsp;\u00bb et le Fleschig \u00ab&nbsp;du milieu&nbsp;\u00bb, comme Dieu en Dieu \u00ab&nbsp;inf\u00e9rieur&nbsp;\u00bb et en Dieu \u00ab&nbsp;sup\u00e9rieur&nbsp;\u00bb\u2026 <strong>Une telle division est tout \u00e0 fait caract\u00e9ristique des psychoses parano\u00efaques. Celles-ci divisent tandis que l\u2019hyst\u00e9rie condense,<\/strong> ou plut\u00f4t ces psychoses r\u00e9solvent \u00e0 nouveau en leurs \u00e9l\u00e9ments les condensations et les identifications r\u00e9alis\u00e9es dans l\u2019imagination inconsciente&nbsp;\u00bb (2) .<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce s\u00e9minaire du 11 avri1 1956, Lacan d\u00e9finit une fois de plus ce qu\u2019est la structure en tant qu\u2019elle est li\u00e9e au signifiant et qu\u2019il souligne que la psychose ne peut \u00eatre abord\u00e9e qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0. En effet si on aborde le champ de la psychose \u00e0 partir de la signification \u2013 ce que font la plupart du temps les analystes \u2013 rien ne nous permet de distinguer la n\u00e9vrose de la psychose.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan repart donc de la structure, du signifiant et ce qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 dit de l\u2019intersubjectivit\u00e9 pour d\u00e9crire ce qu\u2019il en est de l\u2019intersubjectivit\u00e9 d\u00e9lirante. En effet dit-il \u00ab&nbsp;<strong>Nous entrons d\u00e8s qu\u2019il y a d\u00e9lire \u00e0 pleines voiles dans le domaine d\u2019une intersubjectivit\u00e9 dont tout le probl\u00e8me est de savoir pourquoi elle est fantasmatique&nbsp;<\/strong>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reprend donc par rapport \u00e0 la psychose et au d\u00e9lire ce m\u00e9canisme dit de l\u2019immixtion des sujets : il rappelle que \u00ab&nbsp;le propre de la dimension intersubjective est d\u00e9fini par le fait <strong>qu\u2019il y a dans le r\u00e9el un sujet capable de se servir du signifiant comme tel, c\u2019est \u00e0 dire non pas pour vous informer comme on dit mais pour vous leurrer<\/strong> (3) que cette possibilit\u00e9 est l\u00e0 essentielle, c\u2019est cela qui distingue l\u2019existence du signifiant. Mais ce n\u2019est pas tout, d\u00e8s qu\u2019il y a sujet et usage du signifiant il y a un usage possible de l\u2019entre-je, c\u2019est \u00e0 dire du <strong>sujet interpos\u00e9<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette immixtion des sujets dont vous savez que c\u2019est l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus manifestes du r\u00eave de l\u2019injection d\u2019Irma, \u00e0 savoir les trois praticiens appel\u00e9s \u00e0 la queue-leu-leu par Freud, qui veut savoir ce qu\u2019il y a dans la gorge d\u2019Irma. Ceci n\u2019est qu\u2019une indication. L\u2019immixtion des sujets est-ce que ce n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 ce quelque chose qui nous parait \u00e0 port\u00e9e de main dans le d\u00e9lire. L\u2019immixtion des sujets, cette chose qui est tellement essentielle \u00e0 toute relation intersubjective qu\u2019on peut dire je crois qu\u2019il n\u2019y pas de langue qui ne comporte des tournures grammaticales tout \u00e0 fait sp\u00e9ciales pour l\u2019indiquer. Pour vous faire comprendre ce que je veux dire, je vais prendre un exemple. <strong>C\u2019est toute la diff\u00e9rence qu\u2019il y a entre le m\u00e9decin chef qui a fait op\u00e9rer un malade par son assistant et un m\u00e9decin qui devait op\u00e9rer un malade et qui l\u2019a fait op\u00e9rer par son interne. <\/strong>Le r\u00e9sultat est le m\u00eame mais vous devez bien sentir, encore que \u00e7a aboutisse \u00e0 la m\u00eame action, \u00e7a veut dire deux choses compl\u00e8tement diff\u00e9rentes. <strong>Dans le d\u00e9lire c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agit tout le temps. On leur fait faire ceci. <\/strong>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le probl\u00e8me&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous reprenons la structure grammaticale des deux premi\u00e8res phrases. La seconde est la plus simple, \u00ab&nbsp;le m\u00e9decin a fait op\u00e9rer son malade par son interne&nbsp;\u00bb. Il y interposition imaginaire d\u2019un autre sujet, \u00e0 savoir l\u2019interne, entre le m\u00e9decin et son malade, c\u2019est un <strong>entre-je imaginaire<\/strong>. Par contre la premi\u00e8re phrase est plus complexe en tant qu\u2019il faut distinguer deux points de vue, celui du malade et celui de l\u2019interne. Si le chirurgien a promis \u00e0 son malade de l\u2019op\u00e9rer et qu\u2019il le fait op\u00e9rer par son interne, il y a <strong>rupture de promesse, trahison<\/strong> Tandis que vue du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019interne, cette phrase t\u00e9moigne plut\u00f4t d\u2019une <strong>transmission, d\u2019un transfert de comp\u00e9tence<\/strong>, c\u2019est donc un geste de reconnaissance. Nous pouvons inscrire cette phrase dans l\u2019axe symbolique des rapports du sujet \u00e0 L\u2019Autre, soit dans le <strong>registre du pacte<\/strong>, soit dans le <strong>registre de la tromperie<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire pour le psychotique, dans l\u2019ordre de l\u2019intersubjectivit\u00e9 d\u00e9lirante, sur l\u2019axe imaginaire du sch\u00e9ma L, <strong>On lui fait<\/strong> ou <strong>on<\/strong> <strong>lui fait faire ceci ou cela<\/strong>, soit directement soit par l\u2019interm\u00e9diaire de cet interne, ce n\u2019est plus une rupture de promesse pour le patient ni une autorisation, un encouragement pour l\u2019interne mais une pure <strong>injonction<\/strong> qui est du <strong>registre de la pers\u00e9cution, de la puissance.<\/strong> Il n\u2019y a pas pour chacun des deux, soit l\u2019interne, soit le patient, possibilit\u00e9 de choix. Ils sont aux ordres, soit comme <strong>pers\u00e9cuteur de seconde main<\/strong> soit comme <strong>pers\u00e9cut\u00e9<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-background-color has-background\"><em><a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/09\/03\/ven-3-sept-ne-vois-tu-pas-que-je-brule\/\">(Est-ce qu&rsquo;on reconna\u00eet ici mon Edouard, Pers\u00e9cuteur de seconde main, et mon Anton, Pers\u00e9cut\u00e9?<\/a><\/em><br><br>Tandis que le \u00ab\u00a0On lui fait faire\u00a0\u00bb m&rsquo;\u00e9voque le r\u00eave o\u00f9 je suis <a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/07\/27\/tout-a-lenv-addendum\/\">affubl\u00e9e d&rsquo;un double, comme d&rsquo;une ombre, \u00ab\u00a0qui me fait faire quelque chose\u00a0\u00bb<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont souvent d\u00e9crits dans les m\u00e9moires de Schreber notamment dans la fa\u00e7on dont Dieu l\u2019emp\u00eache, entre autres choses, d\u2019aller d\u00e9f\u00e9quer tranquillement (4).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En attendant le sch\u00e9ma I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En attendant le sch\u00e9ma I qui a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par Lacan pour d\u00e9crire les lignes de force du d\u00e9lire de Schreber nous pouvons d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9rer sur le sch\u00e9ma L ce qui diff\u00e9rentie cette intersujectivit\u00e9 d\u00e9lirante<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est tout d\u2019abord <strong>l\u2019axe symbolique qui est effac\u00e9 dans la psychose<\/strong>, celui qui va du grand A \u00e0 S, du grand Autre au sujet. Ce qui ne tient pas en effet pour le psychotique, c\u2019est la subjectivit\u00e9 de l\u2019Autre. L\u2019Autre n\u2019est pas construit pareil que le sujet. L\u2019Autre n\u2019est pas castr\u00e9. L\u2019Autre n\u2019est pas d\u00e9sirant et donc rien ne permet au sujet de s\u2019identifier en un premier temps \u00e0 l\u2019objet du d\u00e9sir de l\u2019Autre, puis de s\u2019en d\u00e9gager par l\u2019intervention de la m\u00e9taphore paternelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais cette disparition de l\u2019axe symbolique retentit aussi sur l\u2019axe imaginaire dans les relations du moi au petit autre.<\/strong> Lacan souligne le fait que le psychotique \u00ab&nbsp;r\u00e9agit \u00e0 l\u2019absence d\u2019un signifiant par une affirmation d\u2019autant plus appuy\u00e9e d\u2019un autre qui lui, comme autre, est essentiellement \u00e9nigmatique. <strong>L\u2019Autre avec un grand A <\/strong>je vous ai dit qu\u2019il \u00e9tait exclu, exclu en tant que porteur du signifiant. Il est d\u2019autant plus puissamment affirm\u00e9 <strong>entre lui et le sujet au niveau du petit autre<\/strong>. Au niveau de l\u2019imaginaire se passent tous les ph\u00e9nom\u00e8nes <strong>d\u2019entre-je<\/strong> qui eux vont constituer ce qui est apparent dans la symptomatologie de la psychose&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi pour l\u2019exemplifier nous pourrions inscrire sur le sch\u00e9ma L, outre son premier pers\u00e9cuteur, Le docteur Fleschig, son successeur le docteur Weber, sans compter les infirmiers de la clinique mais surtout le dieu de Schreber avec toutes ses subdivisions, Dieu ant\u00e9rieur et post\u00e9rieur, inf\u00e9rieur et sup\u00e9rieur mais aussi avec ses vestibules du ciel et ses oiseaux miracul\u00e9s. Il y aurait donc beaucoup de monde en a\u2019 mais aussi en a.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Lacan revient aussi sur cette question de <strong>l\u2019intersubjectivit\u00e9 d\u00e9lirante exclusivement imaginaire<\/strong>, pour en dire ceci :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La question est sensiblement \u00e9clair\u00e9e par la nature des ph\u00e9nom\u00e8nes de l\u2019entre-je, au niveau de l\u2019autre du sujet, de celui qui a l\u2019initiative dans le d\u00e9lire, du Professeur Fleschig, dans le cas de Schreber, du Dieu qu\u2019il est tellement capable de s\u00e9duire qu\u2019il met en danger l\u2019ordre du monde : entre Schreber et Fleschig un autre est interpos\u00e9, Dieu mais un dieu lui-m\u00eame d\u00e9compos\u00e9 en de nombreuses instances. Mais l\u2019important, le r\u00e9v\u00e9lateur, le significatif, c\u2019est le cas de le dire, est de voir appara\u00eetre au niveau de l\u2019entre-je, c\u2019est \u00e0 dire <strong>au niveau du petit autre, du double du sujet\u2026 une sorte d\u2019usage en quelque sorte taquinant du signifiant comme tel\u2026<\/strong> Ce qui au fond du r\u00eave de l\u2019injection faite \u00e0 Irma appara\u00eet comme la formule en caract\u00e8re gras\u2026 de m\u00eame, dans le d\u00e9lire, nous trouvons l\u00e0 l\u2019indication\u2026 <strong>que ce dont il s\u2019agit c\u2019est de la question du signifiant<\/strong>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-background-color has-background\"><em>Et donc au fond, c&rsquo;est lorsque je me suis aper\u00e7ue qu&rsquo;Edouard n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un double, un petit autre imaginaire, dans mon lapsus fait en s\u00e9ance, que ma col\u00e8re contre lui est tomb\u00e9e : je n&rsquo;\u00e9tais f\u00e2ch\u00e9e que contre moi. Je n&rsquo;\u00e9tais jamais en col\u00e8re, que f\u00e2ch\u00e9e contre moi. Ce qui est \u00e9tonnant, c&rsquo;est que cet aper\u00e7u, en un \u00e9clair, ait \u00e0 ce point transform\u00e9 la situation, modifi\u00e9e. Il ne m&rsquo;a plus \u00e9t\u00e9 possible de rester en col\u00e8re longtemps sur Edouard. Il ne valait plus rien comme autre pers\u00e9cutant. Dans la r\u00e9alit\u00e9 tout du moins, <a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/09\/02\/paris-jeudi-2-septembre\/\">dans le r\u00eave, \u00e7a fonctionne encore.<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le s\u00e9minaire suivant, du 18 avril 1956, Lacan pr\u00e9cise \u00e0 nouveau <strong>les modifications que subissent les liens imaginaires du moi au petit autre <\/strong>en tant que cons\u00e9quence d\u2019un manque essentiel, celui d\u2019un signifiant, du signifiant du p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Supposons justement ceci qui comporte pour le sujet <strong>l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019assumer la r\u00e9alisation du signifiant p\u00e8re au niveau symbolique<\/strong>, qu\u2019est-ce qu\u2019il reste ? Il reste \u00e9videmment tout de m\u00eame la relation imaginaire, c\u2019est \u00e0 dire que justement c\u2019est une image, que c\u2019est quelque chose qui ne s\u2019inscrit pas dans une relation triangulaire quelconque mais que la relation sera r\u00e9duite \u00e0 cette image, sa fonction essentielle d\u2019ali\u00e9nation sp\u00e9culaire, de mod\u00e8le, quelque chose \u00e0 quoi le sujet peut s\u2019accrocher, s\u2019appr\u00e9hender sur le plan imaginaire existera quand m\u00eame. <strong>Elle existera justement dans le rapport tout \u00e0 fait d\u00e9mesur\u00e9 d\u2019un personnage ou d\u2019un type qui se manifeste purement et simplement dans l\u2019ordre de la puissance et non pas de l\u2019ordre du pacte&nbsp;<\/strong>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Dieu de Schreber en est l\u2019exemple.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-gray-background-color has-background\"><em>Et ici, reconna\u00eet-on <a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/07\/18\/sans-titre-reve\/\">l&rsquo;horrible personnage de ce cauchemar, qui me met \u00e0 genoux<\/a><\/em>?<\/p>\n\n\n\n<p>octobre 2001<\/p>\n\n\n\n<p>Notes<\/p>\n\n\n\n<p>1 \u2013 p.191 du Moi dans la th\u00e9orie de Freud et\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>2 \u2013 Schreber dans les Cinq psychanalyses : voir ce que Freud d\u00e9crit du fractionnement d\u2019\u00e2me : p. 274 et aussi p. 297. Cela donne en effet une bonne id\u00e9e de ce qu\u2019est cette immixtion des sujets.<\/p>\n\n\n\n<p>3- A propos du leurre voici une devinette qui l\u2019illustre:&nbsp;\u00ab\u00a0Vincent mis l\u2019\u00e2ne dans un pr\u00e9 et s\u2019en vint dans l\u2019autre&nbsp;\u00bb. Combien y a-t-il d\u2019\u00e2nes?<\/p>\n\n\n\n<p>4 \u2013 p. 276, 277. M\u00e9moires de Schreber<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le terme d&rsquo;immixtion des sujets m&rsquo;\u00e9tant revenu lors de l&lsquo;analyse de mon dernier r\u00eave (Edouard devient fou), sans que je ne sache plus vraiment ce qu&rsquo;il recouvrait, j&rsquo;ai fait une recherche sur internet portant sur \u00ab\u00a0immixtion des sujets dans le r\u00eave Freud\u00a0\u00bb et suis tomb\u00e9e sur cet article. &nbsp;Article de la psychanalyste Liliane Fainsilber, publi\u00e9&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2021\/09\/limmixtion-des-sujets-une-difficulte-theorique\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">L\u2019immixtion des sujets, Liliane Fainsilber<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[44],"tags":[843,1915,1646,833,2186,990,2241],"class_list":["post-1367","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-psychanalyse","tag-double","tag-fachee-sur","tag-foule","tag-imaginaire","tag-immixtion-des-sujets","tag-psychose","tag-schreber","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1367"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1367\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}