{"id":15093,"date":"2015-03-08T16:33:57","date_gmt":"2015-03-08T15:33:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=15093"},"modified":"2024-11-16T11:55:47","modified_gmt":"2024-11-16T10:55:47","slug":"un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2015\/03\/un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller\/","title":{"rendered":"\u00abUn r\u00e9partitoire sexuel\u00bb par Jacques-Alain Miller &#8211; I"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai termin\u00e9 le cours de la derni\u00e8re fois par un dialogue que m\u2019apportait l\u2019actualit\u00e9. Une dame dit \u2013 <em>Je suis pr\u00eate \u00e0 tout.<\/em> Et le monsieur r\u00e9pond, en mani\u00e8re d\u2019objection \u2013 <em>Plut\u00f4t \u00e0 pas tout.<\/em><\/p>\n<h4>L\u2019apologue de la dame au volant<\/h4>\n<p>Cela m\u2019a \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9 il y a un instant, au moment o\u00f9 je me pr\u00e9cipitais vers ce lieu, conduit par une dame. J\u2019arrive un tout petit peu plus tard que je n\u2019arrive en retard d\u2019habitude. C\u2019est que nous avons \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s par la police.<\/p>\n<p>Je suis encore sous le coup de la surprise de l\u2019\u00e9num\u00e9ration qui est sortie de la bouche du Pandore de service, qui, sautant au bas de sa petite camionnette, dans un bel uniforme, a \u00e9num\u00e9r\u00e9 \u00e0 ma compagne une liste impressionnante des infractions qu\u2019elle venait de commettre depuis un kilom\u00e8tre \u2013 d\u2019avoir doubl\u00e9 \u00e0 gauche, coup\u00e9 la route de la camionnette polici\u00e8re, chang\u00e9 de file contin\u00fbment, jusqu\u2019\u00e0 ce que, finalement, ils r\u00e9ussissent \u00e0 la rattraper, et \u00e0 signaler que le retrait de permis de conduire s\u2019imposait. Ce qui n\u2019a rencontr\u00e9 aucune objection, que sourire, que d\u00e9solation, que soumission. Et, \u00e0 ma stup\u00e9faction, apr\u00e8s le savon qui a \u00e9t\u00e9 l\u00e0 pass\u00e9 \u2013 moi, je me faisais tout petit, me r\u00e9servant, si nous \u00e9tions emmen\u00e9s, d\u2019all\u00e9guer la d\u00e9solation qui se serait r\u00e9pandue dans cette salle, et la mauvaise image qui en serait r\u00e9sult\u00e9e pour les forces de l\u2019ordre \u2013, on s\u2019en est tir\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est sans doute que j\u2019\u00e9tais conduit par une dame presque pr\u00eate \u00e0 tout pour me livrer \u00e0 vous, qui s\u2019\u00e9tait fort heureusement, tout de m\u00eame, arr\u00eat\u00e9e avant de passer un feu rouge. D\u00e9lit qui, \u00e9videmment, n\u2019aurait permis aucune indulgence de la part des puissances sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p><!--more-->Comme j\u2019\u00e9tais tout de m\u00eame un petit peu habit\u00e9 des raisonnements que je vais d\u00e9velopper devant vous, cela n\u2019a pas pu ne pas faire un petit \u00e9cho \u00e0 ce saisissant dialogue, sur quoi j\u2019ai termin\u00e9 \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce la derni\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Gardons cet incident comme un petit apologue qui vient illustrer la marge qui est finalement autoris\u00e9e aux dames quand elles sont au volant, et qu\u2019elles conduisent fort bien d\u2019ailleurs, puisque, malgr\u00e9 ces diverses infractions, on n\u2019a pu all\u00e9guer contre la conductrice aucun accident \u2013 c\u2019est \u00e0 mettre \u00e0 son cr\u00e9dit.<\/p>\n<h3>I LE DIALOGUE DU TOUT ET DU PAS-TOUT<\/h3>\n<p>Ce dialogue de la derni\u00e8re fois en \u00e9voque un autre, celui du masochiste et du sadique. Le premier dit \u2013 <em>Fais-moi mal<\/em>. Et le second r\u00e9pond \u2013 <em>Non<\/em>.<\/p>\n<p>Ce dialogue a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 dans son S\u00e9minaire par Lacan, qui note que les deux pervers en pr\u00e9sence seraient apparemment faits pour s\u2019entendre, qu\u2019ils seraient compl\u00e9mentaires, que tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes, s\u2019ils ne se parlaient pas. Mais, \u00e0 s\u2019exprimer l\u2019un \u00e0 l\u2019autre ce qui est leur jouissance, ils introduisent une fatale dysharmonie, que traduit l\u2019\u00e9chec de la demande \u00e9mise par le premier, et qui doit se contenter de souffrir de cet \u00e9chec. Il se trouve donc frustr\u00e9 de la douleur physique qu\u2019il attendait et r\u00e9clamait.<\/p>\n<p>Le dialogue du tout et du pas-tout ne se comprend que s\u2019il s\u2019agit de deux locuteurs qui sont lacaniens. Le monsieur suppose que la dame le soit, pour lui objecter ainsi le concept lacanien du pas-tout. Peut-\u00eatre sous-entend-il qu\u2019une femme digne de ce nom, analyste qui plus est, une vraie femme \u2013 une vraie femme analyste ! cela va loin \u2013, doit s\u2019en tenir au pas-tout. Mais, plus g\u00e9n\u00e9ralement, le monsieur, lui- m\u00eame analyste, il dit non au tout.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e0 mon tour fait objection, la derni\u00e8re fois, au monsieur lacanien, en poursuivant le dialogue dans un petit polylogue, lui supposant qu\u2019il pensait que la dame allait trop loin, qu\u2019il cherchait \u00e0 l\u2019arr\u00eater sur sa pente. Il la voyait d\u00e9j\u00e0 glisser vers on ne sait quelle abomination qui lui vaudrait \u2013 ce \u00e0 quoi on a assist\u00e9 \u2013 la descente de la force publique pour bloquer le projectile. Ce qui semble impliquer que <strong>le monsieur croit que le pas-tout est moins que le tout<\/strong>. Il croit, en objectant le pas-tout \u2013 s\u2019il vous pla\u00eet, Madame \u2013, mettre une limite \u00e0 ce que le pr\u00eate-\u00e0-tout ouvre comme ab\u00eeme. En effet, ce <em>pr\u00eate-\u00e0-tout<\/em> dessine un horizon sans limite, o\u00f9 tous les fantasmes peuvent prolif\u00e9rer sur les dispositions de la dame, et il convient, un petit peu, de la menotter dans le pas-tout \u2013 <em>Jusque-l\u00e0, mais pas plus loin.<\/em><\/p>\n<h4>Le vrai sens du pas-tout lacanien<\/h4>\n<p>Cet \u00e9pisode n\u2019est pas une mauvaise occasion, dans le cours de ces le\u00e7ons, de rappeler doucement le vrai sens du pas-tout lacanien, <strong>qui n\u2019est pas du tout fait pour installer une r\u00e9serve, une limite, une fronti\u00e8re<\/strong>, au-del\u00e0 de quoi il y aurait transgression.<\/p>\n<p>Avec le pas-tout, pr\u00e9cis\u00e9ment, pas de transgression. Le pas-tout de Lacan n\u2019est pas fait pour justifier les prudences, les accommodements, les temp\u00e9rances, les divers micmacs qui sont au contraire, \u00e0 en croire Lacan, l\u2019apanage du m\u00e2le, rationnel.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 une erreur sur le pas-tout. Ce qui excuse le monsieur de l\u2019histoire, c\u2019est que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019erreur du m\u00e2le sur le pas-tout. Elle n\u2019est donc pas \u00e0 lui imputer dans sa subjectivit\u00e9. C\u2019est une erreur d\u2019esp\u00e8ce, si je puis dire, qui consiste \u00e0 penser le pas-tout sur le mode de l\u2019incomplet.<\/p>\n<p>Cela peut se repr\u00e9senter ainsi. Voici un tout. Formuler un tout suppose une unit\u00e9, donc exige ce que je trace ici comme la limite qui renferme un espace. D\u00e8s qu\u2019on a trac\u00e9 ce trait d\u2019unit\u00e9, on ne voit pas comment on repr\u00e9senterait le pas-tout, sinon en pr\u00e9levant, en s\u00e9parant, par une seconde limite, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du premier espace, une zone r\u00e9serv\u00e9e, qui serait en l\u2019occurrence ce qu\u2019on n\u2019a pas \u00e0 se permettre \u2013 Jusqu\u2019ici, mais pas plus loin.<\/p>\n<p>Et le monsieur peut dire \u2013 Je suis pr\u00eat \u00e0 ceci ou \u00e0 cela \u2013 dans la zone qui est l\u00e0 laiss\u00e9e libre \u2013, mais je ne suis pas pr\u00eat \u00e0 \u00e7a. Voil\u00e0 le sch\u00e9ma qui supporte le pas-tout object\u00e9 au tout aventur\u00e9 par la darne.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas l\u00e0 scandale. Il n\u2019y a pas l\u00e0 motif \u00e0 insurrection. Ce sch\u00e9ma refl\u00e8te tr\u00e8s bien l\u2019id\u00e9e, l\u2019id\u00e9ologie spontan\u00e9e selon laquelle le pas-tout entendu comme incomplet est ce qui convient par excellence \u00e0 l\u2019\u00eatre f\u00e9minin.<\/p>\n<h4>La comparaison imaginaire des corps<\/h4>\n<p>On peut repr\u00e9senter, de cette fa\u00e7on \u00e9l\u00e9mentaire, la notion que l\u2019\u00eatre f\u00e9minin est \u00e0 penser comme amoindri, c\u2019est-\u00e0-dire marqu\u00e9 d\u2019un moins. Je donne ici \u00e0 ce mot d\u2019\u00ab\u00eatre\u00bb la valeur que j\u2019\u00e9voquai la derni\u00e8re fois, c\u2019est ce qui supporte cet emploi, m\u00eame si, pour l\u2019instant, je ne le fais pas valoir, je le rappelle. Il peut en effet sembler que le pas-tout \u2013 c\u2019est ce qui fait sa petite vacillation, son petit scintillement \u2013 ne fait que reprendre, qu\u2019illustrer cette id\u00e9ologie spontan\u00e9e, que c\u2019est une fa\u00e7on de dire le moins stigmatisant l\u2019\u00eatre f\u00e9minin.<\/p>\n<p>Si c\u2019est une id\u00e9e, c\u2019est une id\u00e9e qui s\u2019enracine dans la comparaison imaginaire des corps. C\u2019est de cette comparaison imaginaire que Freud a fait surgir l<strong>a d\u00e9couverte de la castration de l\u2019autre par l\u2019enfant<\/strong>. C\u2019est certainement un \u00e9pisode de l\u2019exp\u00e9rience\u00a0infantile qui peut s\u2019atteindre, \u00eatre retrouv\u00e9 dans l\u2019exp\u00e9rience analysante, et, dans la r\u00e8gle, sous la forme du <strong>traumatisme<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>La perception des organes g\u00e9nitaux de l\u2019autre<\/strong> a toujours un caract\u00e8re sp\u00e9cial et s\u2019inscrit d\u2019une fa\u00e7on qui, pour nombre de sujets, reste, dans sa primarit\u00e9, <strong>ind\u00e9l\u00e9bile<\/strong>. Quand on se trouve y revenir dans l\u2019analyse, c\u2019est volontiers un \u00e9pisode qui est entour\u00e9 d\u2019un certain halo de <strong>fascination<\/strong>, voire m\u00eame de <strong>terreur<\/strong>. Que ce soit, pour les deux sexes, s\u2019apercevoir que <strong>la m\u00e8re est ch\u00e2tr\u00e9e<\/strong>. Que ce soit, sp\u00e9cialement pour le gar\u00e7on, de noter <strong>la taille sup\u00e9rieure de l\u2019organe paternel<\/strong>. Que ce soit, pour la fille, de relever <strong>le privil\u00e8ge du petit gar\u00e7on<\/strong>, avec les cons\u00e9quences qui peuvent s\u2019ensuivre, et qui ne sont pas logiquement d\u00e9ductibles, qui peuvent aller de la d\u00e9ception \u00e0 la ranc\u0153ur, \u00e0 la mise au service du petit gar\u00e7on. Que ce soit, pour le gar\u00e7on, l\u2019inqui\u00e9tude de la menace que fait planer sur ce qu\u2019il a de r\u00e9el quant \u00e0 son p\u00e9nis, l\u2019absence qu\u2019il croit remarquer \u00e0 cette place dans le corps de l\u2019autre, dans le corps de l\u2019\u00eatre f\u00e9minin.<\/p>\n<p>J\u2019ai fait l\u00e0 une liste qui n\u2019a rien d\u2019exhaustif, et qui ouvre seulement \u00e0 une \u00e9num\u00e9ration qui traduit pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019absence ici de d\u00e9duction logique. <strong>Il y a un hiatus entre le fait d\u2019observation et les cons\u00e9quences que le sujet en \u00e9labore.<\/strong> En tout cas, quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est de cette exp\u00e9rience primordiale, que l\u2019homme, le m\u00e2le, peut \u00eatre pens\u00e9 comme complet, tandis que l\u2019Autre sexe appara\u00eet comme marqu\u00e9 d\u2019une irr\u00e9m\u00e9diable incompl\u00e9tude.<\/p>\n<p>Si je voulais l\u2019exprimer d\u2019une formule, je dirais \u2013 <em><strong>Tu n\u2019es pas toute<\/strong><\/em>. C\u2019est de l\u00e0 que proc\u00e8de l\u2019\u00e9pouvantable topos, ce pesant lieu commun, qui fait de la femme l\u2019\u00eatre inf\u00e9rieur, l\u2019\u00eatre priv\u00e9, et donc aussi bien, \u00e0 l\u2019occasion, l\u2019\u00eatre avide, insatiable, et j\u2019ajouterai, peu fiable, para\u00eet-il au volant. J\u2019ajoute \u00e0 ce propos qu\u2019il n\u2019en est rien, puisque c\u2019est bien la premi\u00e8re fois que, par une mauvaise rencontre d\u2019une camionnette, je me trouve ralenti et arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>Cet \u00e9pisode infantile est, si l\u2019on veut suivre Freud dans cette voie, le principe de la d\u00e9ch\u00e9ance de l\u2019\u00eatre f\u00e9minin, et aussi bien le principe de la menace qu\u2019il est susceptible, cet \u00eatre f\u00e9minin, d\u2019incarner pour celui qui est le propri\u00e9taire de l\u2019organe qui fonde son unit\u00e9 et sa totalit\u00e9.<\/p>\n<h3>II UNE STRUCTURE D\u00c9DUITE DE L\u2019AVOIR<\/h3>\n<p>Pour \u00eatre simple, commen\u00e7ons ici un tableau (Pour le tableau, se reporter \u00e0 la fin du texte, o\u00f9 on le trouvera repr\u00e9sent\u00e9 dans son \u00e9tat complet). Commen\u00e7ons un petit r\u00e9partitoire sexuel, en partant de l\u2019existence des deux sexes pr\u00e9sent\u00e9s par leurs symboles, des symboles qui ne doivent rien au discours analytique. La diff\u00e9rence que nous avons l\u00e0 mise en sc\u00e8ne est au niveau de l\u2019avoir, pr\u00e9cis\u00e9ment du p\u00e9nis r\u00e9el \u2013 voil\u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence \u2013 en tant qu\u2019il appartient \u00e0 l\u2019un des partenaires, et non pas \u00e0 l\u2019autre. Nous l\u2019\u00e9crivons, pour mettre les id\u00e9es en place, en opposant simplement le plus et le moins, le il y a et le il n\u2019y a pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est de plus de cons\u00e9quences qu\u2019on ne pourrait le croire, \u00e0 partir du moment o\u00f9 nous avons dans notre perspective de <strong>r\u00e9\u00e9laborer le concept du grand Autre pour y faire venir quelque chose du corps<\/strong>. C\u2019est bien ce que nous avons vu la derni\u00e8re fois qu\u2019impliquait la construction de ce que je me trouvais vous pr\u00e9senter comme le quatri\u00e8me couple.<\/p>\n<p>Remarquons que, lorsqu\u2019on se r\u00e8gle sur cette exp\u00e9rience, on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 <strong>l\u2019avoir<\/strong>, et que c\u2019est un avoir qui est chevill\u00e9 au corps. La <strong>r\u00e9f\u00e9rence au corps est ici in\u00e9liminable<\/strong>. M\u00eame quand, avec Lacan, on fait passer l\u2019organe au signifiant, m\u00eame quand, au-del\u00e0 de l\u2019organe p\u00e9nien, on vise le signifiant phallique, l\u2019appartenance au corps continue de garder toute sa pertinence.<\/p>\n<p>Parler du phallus comme signifiant \u2013 une nouveaut\u00e9 introduite par Lacan \u2013 ne d\u00e9noue pas du tout le rapport au corps de l\u2019un et de l\u2019autre, ne d\u00e9noue pas le rapport au corps sexu\u00e9. On s\u2019en aper\u00e7oit quand on lit, par exemple, dans l\u2019\u00e9crit de Lacan \u00ab\u00a0La signification du phallus\u00a0\u00bb, page 694 des \u00c9crits, une phrase comme celle-ci \u2013 je la modifie \u00e0 peine pour la r\u00e9duire, pour la comprimer \u2013 <em>La femme trouve le signifiant du d\u00e9sir dans le corps de l\u2019homme<\/em>. M\u00eame si, dans cette phrase, Lacan nous introduit le phallus comme signifiant du d\u00e9sir, tout signifiant qu\u2019il soit, il indique qu\u2019il est localis\u00e9 dans le corps sexu\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment de cela que toutes les cons\u00e9quences ne sont pas tir\u00e9es dans cet \u00e9crit.<\/p>\n<h4>Une opposition du complet et de l\u2019incomplet<\/h4>\n<p>Pour retrouver notre sympathique controverse du monsieur et de la dame, disons qu\u2019il s\u2019en d\u00e9duit une structure. Nous pouvons l\u2019indiquer par un simple adjectif \u2013 nous en trouverons un autre plus tard \u2013, nous avons une opposition du <strong>complet et de l\u2019incomplet.<\/strong> Il y a en effet une version du pas-tout que l\u2019on peut situer \u00e0 ce niveau-l\u00e0.<\/p>\n<p>Il m\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9, sans donner ce sch\u00e9ma, de commenter les significations qui peuvent se rassembler autour de cette th\u00e8se que le manque serait du c\u00f4t\u00e9 femme. Cette th\u00e8se peut se v\u00e9rifier de ce que la f\u00e9minit\u00e9 trouve en effet volontiers \u00e0 se marquer et \u00e0 se remarquer de tous les insignes de la d\u00e9ficience \u2013 comme si porter un signe de d\u00e9ficience avait la vertu d\u2019intensifier le caract\u00e8re de la f\u00e9minit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019occasion, par exemple, faire que la femme par excellence, ce soit <strong>la femme pauvre<\/strong>, comme le signale Lacan. On met en sc\u00e8ne le sujet masculin cherchant comme la preuve de la f\u00e9minit\u00e9 dans un objet de l\u2019autre sexe, dont il exige comme d\u2019une condition de d\u00e9sir que cet objet soit marqu\u00e9 de la pauvret\u00e9, la pauvret\u00e9 ne venant ici que remarquer, marquer de nouveau, redoubler, le manque intrins\u00e8que qui qualifie cet objet comme f\u00e9minin. Dans la m\u00eame veine \u2013 Dieu reconna\u00eetra les siens \u2013, l\u2019homme peut chercher la femme par excellence chez la femme bless\u00e9e, chez la femme battue, par lui-m\u00eame ou par un autre, la femme handicap\u00e9e, la femme entrav\u00e9e, la femme humili\u00e9e. Cela peut aller jusqu\u2019\u00e0 cette norme perverse qui voulait, dans les classes \u00e9lev\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9 de la Chine antique, que l\u2019on s\u2019attache \u00e0 mutiler les pieds de la femme, et en m\u00eame temps \u00e0 trouver dans cette partie du corps ainsi bless\u00e9e la cause fascinante du d\u00e9sir \u2013 partie restant voil\u00e9e, objet d\u2019une pudeur sp\u00e9ciale.<\/p>\n<p>Dans cet ordre de choses, la f\u00e9minit\u00e9 se trouve, si l\u2019on veut, exalt\u00e9e par tous les traits qui peuvent valoir comme traits de manque. C\u2019est aussi, par une <strong>inversion dialectique<\/strong>, que tous les traits contraires peuvent \u00e0 l\u2019occasion prendre leur caract\u00e8re fascinatoire. C\u2019est alors, mais toujours enracin\u00e9e dans ce moins, dans l\u2019incompl\u00e9tude, la femme riche qui para\u00eet au contraire l\u2019excellence de la f\u00e9minit\u00e9, la femme puissante, la femme affichant sa compl\u00e9tude. Mais, \u00e0 un rien pr\u00e8s. M\u00eame lorsqu\u2019elle prend toutes ces valeurs positives, <strong>restant marqu\u00e9e d\u2019un exc\u00e8s. C\u2019est toujours la femme trop<\/strong> riche, la femme trop puissante, la femme inflexible. Cet exc\u00e8s est justement ce qui affecte cette positivit\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e d\u2019un <strong>accent d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9, qui trahit le secret du manque <\/strong>qui est par l\u00e0 voil\u00e9, compens\u00e9, ce manque qui est toujours surcompens\u00e9.<\/p>\n<p>Les figures de la f\u00e9minit\u00e9 incompl\u00e8te peuvent \u00eatre des figures tout \u00e0 fait oppos\u00e9es, mais c\u2019est le m\u00eame secret qui se trahit dans leur opposition. Dans un cas comme dans l\u2019autre, dans ce fil, elle n\u2019atteint pas \u00e0 ce qui serait l\u2019apanage du m\u00e2le, \u00e0 savoir la possession tranquille, l\u00e9gitime, de ce qui lui revient. Justement parce que son \u00eatre est marqu\u00e9 d\u2019un moins irr\u00e9m\u00e9diable, elle va toujours trop loin. Elle ne conna\u00eet pas la divine juste mesure, pour ici utiliser le terme pivot de la modique de l\u2019\u00e9thique aristot\u00e9licienne, qui est en effet, comme l\u2019indique Lacan, tout enti\u00e8re pens\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le.<\/p>\n<h4>Juste mesure ou exc\u00e8s<\/h4>\n<p>L\u2019\u00e9thique de la juste mesure est par excellence une \u00e9thique m\u00e2le. De ce fait, ce qui occupe ce m\u00e2le, c\u2019est de <strong>faire passer cet \u00eatre en d\u00e9faut ou en exc\u00e8s sous le joug<\/strong>, et m\u00eame de dessiner pour cet \u00eatre un joug tout sp\u00e9cial.<br \/>\nOn peut regretter que soit pass\u00e9 le temps o\u00f9 l\u2019on s\u2019int\u00e9ressait, o\u00f9 l\u2019on se divertissait \u00e0 prescrire dans le d\u00e9tail l\u2019\u00e9ducation des filles. On le fait pour tous, aujourd\u2019hui. Mais il n\u2019est pas s\u00fbr que ce soit absolument un progr\u00e8s non plus. D\u2019ailleurs, dans cette mati\u00e8re, on cherche en vain o\u00f9 est le progr\u00e8s. C\u2019est toute la question.<\/p>\n<p>Pour compl\u00e9ter notre petit tableau, qui n\u2019aura pas de fin, ouvrons un chapitre de plus, qui serait celui de la mesure, et nous inscrirons \u00e0 gauche <strong>l\u2019\u00e9quilibre, la juste mesure, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019exc\u00e8s ou le suppl\u00e9ment.<\/strong> L\u2019\u00e9quilibre, c\u2019est notre vieux tout, bien int\u00e9gr\u00e9 en lui-m\u00eame. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est ce pas-tout avec son manque, ou avec son exc\u00e8s, mais qui se prom\u00e8ne quelque part hors du tout, qui vient en plus, et donc suppl\u00e9mentaire plut\u00f4t que compl\u00e9mentaire.<\/p>\n<h4>Identit\u00e9 et alt\u00e9rit\u00e9<\/h4>\n<p>Cette structure \u00e9l\u00e9mentaire, qui est d\u00e9duite de l\u2019avoir, elle se r\u00e9percute sur l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Essayons voir ce qu\u2019elle donne si nous la r\u00e9percutons sur l\u2019\u00eatre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre, en commen\u00e7ant par relever \u2013 comme je l\u2019ai fait d\u2019ailleurs tout \u00e0 fait au d\u00e9but \u2013 que l<strong>e tout est un<\/strong>. Donnons ici la valeur de l\u2019unit\u00e9, et m\u00eame celle de l\u2019identit\u00e9. Inscrivons de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 le privil\u00e8ge du je sais qui je suis, voire, comme je l\u2019ai entendu dire, non sans forfanterie de la part du locuteur, je sais ce que je dis. Je compl\u00e8te m\u00eame ces termes de l\u2019uniformit\u00e9, parce que c\u2019est de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, en effet, que peut se distinguer un trait commun qui permet de rassembler un tout \u2013 le tout de l\u2019\u00e9quipe, le tout de la classe, le tout de la phalange, le tout de l\u2019arm\u00e9e, voire le tout de l\u2019\u00c9glise. Ces formations totales supposent que les \u00e9l\u00e9ments soient suffisamment identiques pour faire une unit\u00e9, et donc qu\u2019ils pr\u00e9sentent un caract\u00e8re d\u2019uniformit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi on mettra plus volontiers de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, non pas l\u2019Un mais <strong>l\u2019Autre<\/strong>, non pas l\u2019identit\u00e9<br \/>\nmais <strong>la diff\u00e9rence, le sans-identit\u00e9<\/strong>. C\u2019est une simple allusion \u00e0 ce qui fait une partie de la sagesse des nations, inconsistante, mais qui attribue sp\u00e9cialement l<strong>a variabilit\u00e9 au c\u00f4t\u00e9 femme<\/strong> \u2013 <em>Souvent femme varie, bien fol qui s\u2019y fie<\/em>. Le proverbe, le dicton s\u2019inscrit \u00e0 cette place dans cette logique, et il y a m\u00eame d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019horizon ce que Lacan, l\u2019attribuant \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rique, appelle le trait de Sans-Foi.<\/p>\n<p>Donc, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019Un, et de l\u2019autre, l\u2019Autre, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 comme telle, que Lacan, dans ses \u00abPropos directifs pour un Congr\u00e8s sur la sexualit\u00e9 f\u00e9minine\u00bb, attribue \u00e0 la femme comme telle, d\u2019\u00eatre <strong>Autre m\u00eame pour elle-m\u00eame<\/strong>.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame veine, l\u2019\u00eatre f\u00e9minin est suppos\u00e9, dans cette logique, incarner comme tel la diff\u00e9rence, y compris la diff\u00e9rence d\u2019avec soi-m\u00eame, ce qui met en sous-jacence <strong>une vacuit\u00e9 essentielle, voire une disponibilit\u00e9 que Lacan lui attribue \u00e0 l\u2019endroit du fantasme de l\u2019homme, de recevoir son identit\u00e9 seulement \u00e0 partir de l\u2019homme.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce r\u00e9partitoire sexuel est, disons-le, un r\u00e9partitoire de conneries. C<\/strong>\u2019est le r\u00e9partitoire o\u00f9 nous trouvons \u00e0 loger, simplement \u00e0 leur place, en quelque sorte d\u00e9ductive, ce que Lacan appelait par exemple les dits de l\u2019amour, les grands lieux communs du rapport des sexes.<\/p>\n<p>Il faut aller pas \u00e0 pas, parce qu\u2019il y a un point o\u00f9 \u00e7a se d\u00e9fait, o\u00f9 \u00e7a s\u2019inverse, o\u00f9 \u00e7a se m\u00e9lange. Je progresse pas \u00e0 pas pour qu\u2019on trouve \u00e0 loger les consid\u00e9rations que nous faisons les uns et les autres \u00e0 l\u2019occasion, que ce soit dans des cours ou dans la vie priv\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Je suis parti de l\u2019avoir. J\u2019ai essay\u00e9 de voir comment cette structure se r\u00e9percutait au niveau de l\u2019\u00eatre.<\/strong> Elle se r\u00e9percute \u2013 c\u2019est peut-\u00eatre moins aper\u00e7u \u2013 au niveau de l\u2019objet, c\u2019est-\u00e0-dire elle se r\u00e9percute quant \u00e0 la forme que chacun des \u00eatres sexu\u00e9s impose \u00e0 son partenaire.<\/p>\n<h4>L\u2019objet-f\u00e9tiche ou \u00e9rotomanie<\/h4>\n<p>C\u2019est ici que je consid\u00e8re que l\u2019on peut ordonner \u00e0 ce tableau ce que Lacan signale pr\u00e9cis\u00e9ment quant \u00e0 l\u2019objet de chacun des \u00eatres sexu\u00e9s. Du c\u00f4t\u00e9 homme, l\u2019objet prend la forme du f\u00e9tiche, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un \u00e9l\u00e9ment qui a le caract\u00e8re de l\u2019unit\u00e9, de la permanence, voire de l\u2019uniformit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on peut le chercher comme objet dans diff\u00e9rents supports qui se pr\u00e9sentent. On peut m\u00eame ajouter friche, petit <em>a<\/em>. Lacan accentue, comme objet de base, l\u2019objet petit <em>a<\/em>, qui est coh\u00e9rent avec les caract\u00e8res que nous avons pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9num\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, je mettrai l\u2019indication que Lacan donne en y situant la forme \u00e9rotomaniaque, que j\u2019\u00e9cris <strong>\u00e9rotomanie<\/strong>. L\u2019\u00e9rotomanie suppose que l\u2019objet est moins objectal de ce c\u00f4t\u00e9 droit qu\u2019il n\u2019est du c\u00f4t\u00e9 gauche. C\u2019est un <strong>objet support de l\u2019amour<\/strong>. C\u2019est pourquoi, d\u2019embl\u00e9e, Lacan le marque d\u2019un grand A barr\u00e9, qui le distingue de la compacit\u00e9 du petit <em>a<\/em>.<\/p>\n<p>Le <strong>f\u00e9tiche<\/strong>, bien s\u00fbr, accentue le caract\u00e8re de l\u2019objet petit <em>a<\/em>. Ce n\u2019est qu\u2019une des versions de l\u2019objet <em>a<\/em>, mais l\u2019appeler f\u00e9tiche fait voir qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019un objet <strong>invariable<\/strong>, susceptible d\u2019\u00eatre trouv\u00e9 dans des supports individuels divers, \u00e0 condition que l\u2019on retrouve les m\u00eames traits.<\/p>\n<p>Quand j\u2019avais abord\u00e9 la question par le biais des divins d\u00e9tails, il est certain que c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t par cette case-l\u00e0 que j\u2019\u00e9tais entr\u00e9 dans la question de la cause du d\u00e9sir \u2013 par le biais o\u00f9 l\u2019objet se fait reconna\u00eetre par le fait qu\u2019il pr\u00e9sente des traits uniformes r\u00e9pondant \u00e0 une m\u00eame condition. Quant aux perversions, c\u2019est ce qui conduit Lacan \u00e0 dire \u2013 ce que la clinique indique en effet \u2013 que le f\u00e9tichisme est du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le. Ce que cela ajoute ici, c\u2019est que, hors perversion, le m\u00e2le f\u00e9tichise son objet, et pr\u00e9cis\u00e9ment en lui imposant un certain nombre de conditions typ\u00e9es.<\/p>\n<p>C\u2019est du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, ce n\u2019est pas chez les femmes, que l\u2019on trouve ce genre d\u2019exigence du type que l\u2019autre devrait se v\u00eatir d\u2019une certaine fa\u00e7on. Cela ne prend l\u2019allure perverse que lorsque ces exigences perverses sont absolument rigides et marqu\u00e9es d\u2019une certaine extravagance m\u00e2tin\u00e9e d\u2019humiliation. Mais sans aller jusque-l\u00e0, c\u2019est tout de m\u00eame plut\u00f4t les messieurs qui s\u2019occupent de savoir comment doit se pr\u00e9senter le corps de l\u2019autre. Lorsque cela d\u00e9rive, ce sont \u00e0 l\u2019occasion des exigences qui se font entendre avec toute la rage du d\u00e9sir devant la plus ou moins bonne volont\u00e9 recueillie de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Il y a l\u00e0 une zone qui rel\u00e8ve de la perversion normale du m\u00e2le, plus ou moins accentu\u00e9e. <strong>La disponibilit\u00e9 f\u00e9minine est l\u00e0 mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, \u00e0 l\u2019occasion, de ce qui se fait sentir comme une volont\u00e9 d\u2019uniformiser, de mettre un uniforme, l\u2019uniforme du d\u00e9sir, sur le corps de l\u2019autre. <\/strong>Cela peut aussi bien conduire, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, \u00e0 jouer et \u00e0 rechercher ce suppos\u00e9 uniforme du d\u00e9sir. Ce qui le caract\u00e9rise, c\u2019est tout de m\u00eame la pr\u00e9cision de la condition, et puis les supports multiples qui peuvent la r\u00e9aliser. C\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent du c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00e9rotomaniaque, o\u00f9 il n\u2019y a pas la s\u00e9rie.<\/p>\n<h4>Le d\u00e9sir par le plus-de-jouir ou par L\u2019AMOUR sans-limite<\/h4>\n<p>Ce qui est l\u00e0 indiqu\u00e9 par Lacan, c\u2019est que, chez le m\u00e2le, le d\u00e9sir passe par la jouissance, c\u2019est-\u00e0-dire requiert le plus-de-jouir, tandis que, du c\u00f4t\u00e9 femme, le d\u00e9sir passe par l\u2019amour. L\u2019amour a une diff\u00e9rence avec le f\u00e9tiche. C\u2019est que le f\u00e9tiche, ou la condition f\u00e9tichiste, peut avoir des supports multiples, alors que l\u2019amour n\u2019est pas du c\u00f4t\u00e9 du multiple.<\/p>\n<p><strong>Cette exigence de l\u2019amou<\/strong>r r\u00e9percute la structure initiale que nous avons pos\u00e9e, qui est celle d\u2019<strong>un certain moin<\/strong>s. Cela suppose que l\u2019amour, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avoir, concerne un objet qui n\u2019a pas.<\/p>\n<p>Lacan a soulign\u00e9, de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive, que, pour qu\u2019il y ait de l\u2019amour, il y a une condition de castration. C\u2019est pourquoi Lacan pouvait dire que, <strong>pour une femme, l\u2019Autre de l\u2019amour doit \u00eatre priv\u00e9 de ce qu\u2019il donne<\/strong>.<\/p>\n<p>Mettons ici, \u00e0 la rubrique cause du d\u00e9sir, une opposition entre le plus-de-jouir et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019amour. Nous pouvons m\u00eame l\u2019accentuer. De fa\u00e7on conforme <strong>avec l\u2019accent \u00e9rotomaniaque <\/strong>que Lacan signale, ajoutons l\u2019<strong>amour fou<\/strong>.<\/p>\n<p>Que veut dire fou ici ? C\u2019est un titre d\u2019Andr\u00e9 Breton. Mais cet adjectif ne met en valeur que l\u2019amour, par essence, est sans limite \u2013 comme Lacan nous le pr\u00e9sente, nous l\u2019introduit, dans ses sch\u00e9mas comme dans sa dialectique \u2013, que parce qu\u2019il est au-del\u00e0, et pr\u00e9cis\u00e9ment <strong>au-del\u00e0 de l\u2019avoi<\/strong>r.<\/p>\n<p>L\u2019amour, dans sa d\u00e9finition lacanienne \u2013 <strong>donner ce qu\u2019on n\u2019a pas<\/strong> \u2013 repose sur l\u2019<strong>annulation compl\u00e8te de l\u2019avoi<\/strong>r. C\u2019est par l\u00e0 qu\u2019il peut viser l\u2019\u00eatre en tant qu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019avoir. C\u2019est ce que nous pouvons isoler comme structure (II), parce qu\u2019elle est plut\u00f4t l\u00e0 d\u00e9pendante de l\u2019objet et de la cause du d\u00e9sir. Cette structure (II) nous fait inscrire \u00e0 gauche le limit\u00e9, et \u00e0 droite l\u2019illimit\u00e9. Cette illimitation est en quelque sorte d\u00e9ductible du statut de l\u2019amour comme au-del\u00e0 de l\u2019avoir.<\/p>\n<h3>III UNE PSYCHOLOGIE QUI FLUE, ET QUI S\u2019INVERSE<\/h3>\n<p>Nous pourrions d\u00e9j\u00e0 ici accrocher une psychologie. La psychologie, c\u2019est fluant. Mais, si nous essayons d\u2019inscrire ici la psychologie, cela nous donne un peu ces caract\u00e8res des \u00eatres sexu\u00e9s tels que Lacan nous les met en sc\u00e8ne \u00e0 la La Bruy\u00e8re.<\/p>\n<h4>Des caract\u00e8res des \u00eatres sexu\u00e9s<\/h4>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, c\u2019est le monsieur de tout \u00e0 l\u2019heure, le monsieur qui a, complet, bien \u00e9quilibr\u00e9 \u2013 unit\u00e9, uniformit\u00e9, le f\u00e9tiche l\u00e0 o\u00f9 il faut, le plus-de-jouir&#8230; Ainsi que Lacan le met en sc\u00e8ne, c\u2019est une psychologie de la prudence. C\u2019est aussi, structurellement, la timidit\u00e9. Et puis, c\u2019est ce qui s\u2019impose au propri\u00e9taire, la valeur de la protection. L\u00e0 est la racine du jusque-l\u00e0, mais pas plus loin. C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019il y a l\u2019agressivit\u00e9 de protection, tout cela faisant l\u2019homme rationnel. La vertu de la prudence a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par Aristote dans son \u00c9thique.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que je vais oser inscrire de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, me laissant porter par la logique de l\u2019illimit\u00e9 ? En face de la prudence, je mettrai l\u2019intr\u00e9pidit\u00e9, la jactance des pasionarias \u2013 on n\u2019a jamais parl\u00e9 du pasionario. L\u00e0 o\u00f9 il y a timidit\u00e9, dans cette logique, je mettrai l\u2019effronterie, par exemple. L\u00e0 o\u00f9 j\u2019avais la protection, je mettrai le risque. Et puis, l\u00e0 o\u00f9 j\u2019avais l\u2019agressivit\u00e9 imaginaire, qui est le rapport au petit autre comme semblable, je mettrai volontiers en face la mystique, qui est justement le rapport au grand Autre de l\u2019amour. Tout cela faisant une belle irrationalit\u00e9.<\/p>\n<p>Eh bien, quand vous parcourez les S\u00e9minaires de Lacan, les \u00e9crits de Lacan, vous trouvez volontiers \u00e0 placer les caract\u00e8res des \u00eatres sexu\u00e9s dans l\u2019une et l\u2019autre colonne, ce qui donne en effet au portrait de l\u2019\u00eatre m\u00e2le par Lacan un aspect un petit peu rassis, et fait au contraire flamboyer la position f\u00e9minine.<\/p>\n<p>Je l\u2019ai dit, quand on est dans la psychologie, \u00e7a flue, \u00e7a bouge, \u00e7a glisse. Et m\u00eame l\u00e0, \u00e7a s\u2019inverse. En m\u00eame temps que tous ces traits que j\u2019ai \u00e9num\u00e9r\u00e9s, nous avons comme une inversion saisissante.\u00a0<\/p>\n<p>A suivre les caract\u00e8res de Lacan, on placerait plut\u00f4t l\u2019id\u00e9alisme, le sacrifice pour les id\u00e9aux \u2013 avec un caract\u00e8re qui para\u00eet bien oppos\u00e9 \u00e0 la prudence, \u00e0 la timidit\u00e9, etc \u2013 dans cette colonne, du c\u00f4t\u00e9 femme. Pourtant, \u00e0 suivre cette galerie des portraits, ce caract\u00e8re id\u00e9aliste appartient plut\u00f4t au m\u00e2le.<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, une vertu signal\u00e9e par Lacan, qui devrait plut\u00f4t se trouver dans la colonne du limit\u00e9, se trouve attribu\u00e9e \u00e0 la femme, exactement <strong>le bon sens<\/strong>. Il ne reste vraiment pas grand-chose \u00e0 l\u2019homme. On pourrait attendre que la prudence, la timidit\u00e9, etc., la rationalit\u00e9 lui affectent le bon sens. Non. Chez Lacan, c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 femme.<\/p>\n<h4>Les grands r\u00f4les de notre Commedia dell&rsquo;arte<\/h4>\n<p>Au niveau des grands r\u00f4les qui sont tenus dans notre Commedia dell&rsquo;arte de l\u2019existence, c\u2019est curieusement du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le que l\u2019on trouve le h\u00e9ros, et du c\u00f4t\u00e9 femme que l\u2019on trouve la bourgeoise. Comment cette apparente inversion psychologique s\u2019explique-t-elle ? Qu\u2019est-ce qui fait que l\u2019h\u00e9ro\u00efsme est un r\u00f4le du r\u00e9pertoire m\u00e2le ?<\/p>\n<p>C\u2019est que le <strong>h\u00e9ros est celui qui transgresse, celui qui va au-del\u00e0 de la limite. <\/strong>Cela suppose qu\u2019il op\u00e8re <strong>dans un espace o\u00f9 est constitu\u00e9e la limite.<\/strong> C\u2019est pourquoi le caract\u00e8re du h\u00e9ros est c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le.<\/p>\n<p>La <strong>bourgeoise<\/strong> est ici une partenaire du h\u00e9ros. Tout h\u00e9ros a sa bourgeoise. C\u2019est le partenaire caract\u00e9ris\u00e9 par le fait que, pour lui, il n\u2019y a pas de transgression, et qui, par l\u00e0, assure <strong>l\u2019intendance<\/strong>. Les r\u00f4les de ce couple se distribuent \u00e0 partir du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le.<\/p>\n<p>Inversement, <strong>la vraie femme lacanienne<\/strong>, celle qui est accroch\u00e9e \u00e0 l\u2019illimit\u00e9, si j\u2019ose dire, qui est entra\u00een\u00e9e dans l\u2019illimit\u00e9, c\u2019est tout de m\u00eame essentiellement <strong>l\u2019\u00e9gar\u00e9e<\/strong>. Sous un aspect, c\u2019est la bourgeoise. Mais, \u00e0 distribuer le r\u00f4le \u00e0 partir d\u2019elle, c\u2019est l\u2019\u00e9gar\u00e9e hors du tout, de l\u2019\u00e9quilibre, de l\u2019unit\u00e9, de l\u2019uniformit\u00e9, etc.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019elle exige comme partenaire ? Elle exige comme partenaire l\u2019homme-boussole.<\/p>\n<p>C\u2019est le couple de l\u2019\u00e9gar\u00e9e et de la boussole. Et je pr\u00e9tends que vous trouvez ce couple mis en sc\u00e8ne par Lacan. Tant\u00f4t, vous avez le couple du h\u00e9ros et de la bourgeoise, et tant\u00f4t le couple de l\u2019\u00e9gar\u00e9e et de la boussole. Cela tient \u00e0 la perspective \u00e0 partir de quoi vous \u00e9tablissez le couple.<\/p>\n<p>O\u00f9 mettrait-on Antigone, qui a bien l\u2019air d\u2019une h\u00e9ro\u00efne? Antigone, c\u2019est celle qui n\u2019entend pas raison, et, si elle suit son chemin, c\u2019est qu\u2019elle a comme boussole le corps de l\u2019homme mort. Voil\u00e0 comment je r\u00e9cup\u00e8re Antigone dans mon sch\u00e9ma.<\/p>\n<p>Il y a une opposition, de toute fa\u00e7on, \u00e0 faire entre le h\u00e9ros comme chevalier de l\u2019absolu, et puis les figures h\u00e9ro\u00efques f\u00e9minines, qui sont plut\u00f4t toujours des victimes de l\u2019absolu, et pas les chevaliers de l\u2019absolu. Il reste les Walkyries. D\u2019accord.<\/p>\n<p>Pour saisir cette opposition, prenons par exemple le couple de ces deux figures h\u00e9ro\u00efques, Jason et M\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n<p>Jason, c\u2019est le h\u00e9ros. Pour s\u2019accomplir comme h\u00e9ros, il commence par rassembler son \u00e9quipe, les Argonautes, et puis, ils vont chercher l\u2019objet, la Toison d\u2019or. Et il revient, fier comme Artaban. L\u00e0, pas d\u2019h\u00e9sitation sur l\u2019objet dont il s\u2019agit, qui a vraiment tous les caract\u00e8res d\u2019un f\u00e9tiche communautaire, la Toison d\u2019or.<\/p>\n<p>M\u00e9d\u00e9e, ce qui l\u2019int\u00e9resse, c\u2019est l\u2019amour. M\u00e9d\u00e9e, dont il m\u2019est arriv\u00e9 de dire, jadis, en suivant une indication de Lacan, que c\u2019\u00e9tait le paradigme de la vraie femme, au sens de Lacan, il faut avouer qu\u2019elle est pr\u00eate \u00e0 tout. Jason lui dit \u2013 Pas tout, pas tout. Mais non ! M\u00e9d\u00e9e est pr\u00eate \u00e0 tout. Si l\u2019amour est perdu, elle ne recule devant rien. C\u2019est ce que veut dire le tout, en l\u2019occurrence. Elle ne recule pas devant l\u2019assassinat. C\u2019est le b.a.-ba de la position. Elle ne recule pas devant l\u2019assassinat de ses propres enfants, parce qu\u2019elle cherche \u00e0 atteindre l\u2019homme dans sa post\u00e9rit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire dans ce qu\u2019elle peut saisir de son plus-de-jouir. Elle va jusque-l\u00e0.<\/p>\n<h3>IV LE SYMPT\u00d4ME ET LE RAVAGE COMME MODES-DE-JOUIR<\/h3>\n<p>Je continue mon tableau.<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 cette dialectique binaire que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, j&rsquo;inscrirai l\u00e0 la rubrique\u00a0des modes-de-jouir propres \u00e0 l\u2019\u00eatre masculin et \u00e0 l\u2019\u00eatre f\u00e9minin, \u00e0 gauche le sympt\u00f4me et \u00e0 droite le ravage.<\/p>\n<p><strong>Le terme de ravage<\/strong>, comme sym\u00e9trique par rapport au sympt\u00f4me, n\u2019est pas venu \u00e0 Lacan par on ne sait quelle inspiration. Il est venu dans la suite d\u2019une construction logique, qui peut \u00eatre bancale ici ou l\u00e0, mais dont j\u2019ai dit au moins la derni\u00e8re fois \u2013 ce qui me semble de nature \u00e0 \u00e9clairer le terme \u2013 que c\u2019est <strong>l\u2019autre face de l\u2019amour.<\/strong> Le ravage et l\u2019amour ont le m\u00eame principe, \u00e0 savoir <strong>grand A barr\u00e9<\/strong>, le <strong>pas-tout au sens du sans-limite<\/strong>.<\/p>\n<p>Le <strong>sympt\u00f4me<\/strong>, dont nous nous gargarisons dans notre clinique, et qui nous permet d\u2019avoir des \u00e9changes si fructueux avec d\u2019autres disciplines \u2013 avec la psychiatrie, avec la psychologie, vos sympt\u00f4mes, ceux que nous voyons, les v\u00f4tres&#8230; \u2013, le sympt\u00f4me, c\u2019est une souffrance toujours limit\u00e9e, une souffrance localis\u00e9e.<\/p>\n<h4>Une opposition topique<\/h4>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que s\u2019opposent ces deux c\u00f4t\u00e9s quant au lieu, quant \u00e0 la topique. Du c\u00f4t\u00e9 gauche, on a toujours des ph\u00e9nom\u00e8nes localis\u00e9s, et, du c\u00f4t\u00e9 droit, on a toujours, au contraire, des manifestations d\u00e9localis\u00e9es.<\/p>\n<p>Eh bien, le sympt\u00f4me, c\u2019est la souffrance en tant qu\u2019elle est localis\u00e9e, saisissable. C\u2019est pourquoi on fait une clinique des sympt\u00f4mes. C\u2019est pourquoi on d\u00e9chiffre les sympt\u00f4mes. C\u2019est pourquoi on les traite. C\u2019est pourquoi on compare ses listes de sympt\u00f4mes avec les listes des autres. C\u2019est pourquoi on fait un DSM 1, 2, 3, 4, et la suite. Comment \u00e7a se passe ? C\u2019est quelques types autour d\u2019une table qui disent \u2013 Et ces deux sympt\u00f4mes, on les met ensemble ? \u00c7a n\u2019en fait qu\u2019un ? \u00c7a en fait deux ? On le divise en trois, on le met au chapitre 4, etc. Ces sympt\u00f4mes sont des \u00e9l\u00e9ments discrets, qui reposent sur une classification.<\/p>\n<p>Les ravages, on ne peut pas les classer. \u00catre ravag\u00e9 !&#8230; Je ne vais pas me ravager pour autant. Le ravage, c\u2019est quoi ? C\u2019est \u00eatre d\u00e9vast\u00e9. Qu\u2019appelle-t-on d\u00e9vaster une r\u00e9gion ? <strong>C\u2019est lorsqu\u2019on se livre \u00e0 un pillage qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 tout. Pas au sens du gentil petit tout bien complet. Un pillage qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 tout sans limites.<\/strong> Ce que Lacan appelle le tout hors d\u2019univers, le tout qui ne se boucle pas comme un univers ferm\u00e9, limit\u00e9. C\u2019est un pillage, c\u2019est une douleur qui ne s\u2019arr\u00eate pas, qui ne conna\u00eet pas de limites.<\/p>\n<p>Le mot ravage est en effet tr\u00e8s bien choisi du c\u00f4t\u00e9 femme. Lacan l\u2019emploie encore dans une\u00a0expression, qui a \u00e9t\u00e9 beaucoup glos\u00e9e, quand il parle du ravage de la relation m\u00e8re-fille \u2013 toujours du c\u00f4t\u00e9 femme.<\/p>\n<p>Le mot ravage est un d\u00e9riv\u00e9 de ravir. Le verbe ravir est lui-m\u00eame un surgeon du latin populaire <em>rapire<\/em>, un verbe qui veut dire saisir violemment, et que nous avons dans le rapt. Cela veut dire qu\u2019on emm\u00e8ne de force, que l\u2019on emporte.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi bien un terme de mystique que le verbe <em>ravir<\/em>, et le <em>ravissement<\/em>. Cela veut dire qu\u2019on est transport\u00e9 au ciel, dans la langue classique. Et \u00e0 l\u2019horizon du ravir, il y a l\u2019extase. C\u2019est donc un terme o\u00f9 la valeur \u00e9rotomaniaque est inscrite dans l\u2019\u00e9tymologie elle-m\u00eame. On n\u2019a plus cet emploi intense du verbe <em>ravir<\/em>, qu\u2019on a au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle. Quand on ravit une personne, cela veut dire qu\u2019on la conduit \u00e0 un \u00e9tat de bonheur supr\u00eame. Cela veut dire aussi, quand on ravit un auditoire, qu\u2019on excite son enthousiasme. C\u2019est le verbe m\u00eame du transport amoureux et sur-amoureux. De m\u00eame, pour l\u2019adjectif ravissant. Aujourd\u2019hui, on dit c\u2019est ravissant pour dire c\u2019est joli, mignon. Au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, des paroles ravissantes, ce sont des paroles qui vous conduisent \u00e0 l\u2019extase.<\/p>\n<h4>Une opposition fini\/infini<\/h4>\n<p>Tout cela est impliqu\u00e9, est pr\u00e9sent dans le ravage. Ce qui est pr\u00e9sent, c\u2019est cette diff\u00e9rence, qu\u2019il faut tout de m\u00eame bien faire appara\u00eetre, et qui est la solution de ce qui peut se glisser apparemment d\u2019antinomie dans les termes que j\u2019ai \u00e9num\u00e9r\u00e9s, c\u2019est l\u2019opposition entre le fini et l\u2019infini. C\u2019est bien s\u00fbr la structure d\u2019infini qui permet de pr\u00e9senter le pas-tout comme autre chose que cette ablation obsc\u00e8ne que j\u2019ai dessin\u00e9e au tableau.<\/p>\n<p>Le pas-tout de Lacan n\u2019a de valeur qu\u2019inscrit dans la structure d\u2019infini, et non pas dans cette pauvre incompl\u00e9tude que permet seulement la premi\u00e8re r\u00e9f\u00e9rence que j\u2019avais prise \u00e0 l\u2019avoir. Le pas-tout n\u2019est pas un tout amput\u00e9 d\u2019une des parties qui lui revient. Le pas-tout veut dire que l\u2019on ne peut pas former le tout. C\u2019est un pas-tout d\u2019inconsistance, et non pas d\u2019incompl\u00e9tude.<\/p>\n<p>Le pas-tout, en ce sens, peut parfaitement se dire dans la langue avec le mot tout. C\u2019est ce que Lacan lui-m\u00eame \u00e9crit page 732 des <em>\u00c9crits<\/em> \u2013 Tout peut \u00eatre mis au compte de la femme \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire tout et le contraire de tout \u2013 pour autant que dans la dialectique phallocentrique, elle repr\u00e9sente l\u2019Autre absolu. Qu\u2019est-ce que cela d\u00e9signe ? C\u2019est le tout qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019inconsistance qui ne permet pas de former un tout pour dire ici il y a le vrai, ici il y a le faux.<\/p>\n<p>Pour pouvoir faire ce partage, si essentiel dans la logique propositionnelle, il faut op\u00e9rer sur un ensemble fini. D\u00e8s qu\u2019on a un ensemble infini, cela devient beaucoup plus probl\u00e9matique d\u2019op\u00e9rer ce partage. C\u2019est pourquoi le pas-tout de Lacan, auquel on peut venir par une voie logique tout \u00e0 fait pr\u00e9cise, n\u2019a de valeur qu\u2019inscrit dans une structure d\u2019infini. Plut\u00f4t que de me lancer dans la partie suivante, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine.<\/p>\n<p><strong>25 mars 1998<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2015\/un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller-ii\/\"><strong>Le deuxi\u00e8me cours sur le r\u00e9partitoire sexuel, ici.<\/strong><\/a><\/p>\n<table style=\"border: 1px solid black;\" border=\"0\" summary=\"Un r\u00e9partitoire sexuel par Jacques-Alain Miller\" cellspacing=\"1\" cellpadding=\"1\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 33%; border-bottom-width: 1px; border-bottom-style: solid; border-bottom-color: black;\">sexe<\/td>\n<td style=\"width: 33%; border-bottom-width: 1px; border-bottom-style: solid; border-bottom-color: black; text-align: center;\">H<\/td>\n<td style=\"width: 33%; border-bottom-width: 1px; border-bottom-style: solid; border-bottom-color: black; text-align: center;\">F<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>avoir<\/td>\n<td>+<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>structure<\/td>\n<td>complet<\/td>\n<td>incomplet pas-tout<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>mesure<\/td>\n<td>\u00e9quilibre<\/td>\n<td>exc\u00e8s<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00eatre<\/td>\n<td>unit\u00e9, identit\u00e9, conformit\u00e9<\/td>\n<td>autre, diff\u00e9rence, sans identit\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>objet<\/td>\n<td>f\u00e9tiche<br \/>\nobjet a<\/td>\n<td>\u00e9rotomanie<br \/>\ngrand A barr\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>cause du d\u00e9sir<\/td>\n<td>plus-de-jouir<\/td>\n<td>amour fou<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>structure (II)<\/td>\n<td>limit\u00e9<\/td>\n<td>illimit\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>psychologie<\/td>\n<td>prudence<br \/>\ntimidit\u00e9<br \/>\nprotection<br \/>\naggressivit\u00e9<br \/>\nrationnalit\u00e9<br \/>\nbon sens<\/td>\n<td>int\u00e9pidit\u00e9<br \/>\neffronterie<br \/>\nrisque<br \/>\nmystique<br \/>\nirrationnalit\u00e9<br \/>\nid\u00e9alisme<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>r\u00f4les<\/td>\n<td>le h\u00e9ros<\/td>\n<td>la bourgeoise<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>modes-de-jouir<\/td>\n<td>sympt\u00f4me<\/td>\n<td>ravage<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>lieu<\/td>\n<td>localis\u00e9<br \/>\nfini<\/td>\n<td>d\u00e9localis\u00e9<br \/>\ninfini<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Publi\u00e9 dans<em> <strong>La Cause freudienne<\/strong><\/em> n\u00b0 40, <strong><em>Maladies d&rsquo;amour<\/em><\/strong>, janvier 1999.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai termin\u00e9 le cours de la derni\u00e8re fois par un dialogue que m\u2019apportait l\u2019actualit\u00e9. Une dame dit \u2013 Je suis pr\u00eate \u00e0 tout. Et le monsieur r\u00e9pond, en mani\u00e8re d\u2019objection \u2013 Plut\u00f4t \u00e0 pas tout. L\u2019apologue de la dame au volant Cela m\u2019a \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9 il y a un instant, au moment o\u00f9 je me&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2015\/03\/un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">\u00abUn r\u00e9partitoire sexuel\u00bb par Jacques-Alain Miller &#8211; I<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":15531,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1063,1104,44],"tags":[1862],"class_list":["post-15093","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-copiecolle","category-jacques-alain-miller-2","category-psychanalyse","tag-boussole","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/repartitoire-sexuel.jpg?fit=366%2C600&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15093","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15093"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15093\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15531"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15093"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15093"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15093"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}