{"id":15526,"date":"2015-03-09T17:23:33","date_gmt":"2015-03-09T16:23:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=15526"},"modified":"2021-10-27T18:45:49","modified_gmt":"2021-10-27T16:45:49","slug":"un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2015\/03\/un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller-ii\/","title":{"rendered":"\u00abUn r\u00e9partitoire sexuel\u00bb par Jacques-Alain Miller &#8211; II"},"content":{"rendered":"<p>Je m\u2019aper\u00e7ois que je ne me suis pas interrog\u00e9 sur pourquoi j\u2019avais re\u00e7u sp\u00e9cialement un grand nombre de lettres depuis la semaine derni\u00e8re, des lettres commentant ce que j\u2019avais pu dire, ou me reprenant sur un certain nombre de points. J\u2019avoue que j\u2019ai laiss\u00e9 \u00e7a un peu de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Certaines de ces lettres abondaient dans mon sens, d\u2019autres m\u2019interpr\u00e9taient, ce \u00e0 quoi j\u2019avais pr\u00eat\u00e9 le flanc, en contant, en commen\u00e7ant, une anecdote personnelle. On a vu que, derri\u00e8re le h\u00e9ros professant, il y avait une femme qui conduisait \u2013 ce qui est tout \u00e0 fait exact, comme je l\u2019avais moi-m\u00eame indiqu\u00e9. J\u2019ai eu aussi un message du monsieur de l\u2019histoire, o\u00f9 \u00e0 la fois il se reconnaissait tout en disant que ce n\u2019\u00e9tait pas lui, mais qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 en fait coinc\u00e9 entre deux dames, et que ce qu\u2019il avait dit \u00e9tait tout \u00e0 fait innocent, et que c\u2019\u00e9tait ces deux viragos, si je puis dire, qui avaient donn\u00e9 \u00e0 sa remarque, son objection du pas-tout, un sens qu\u2019il \u00e9tait lui-m\u00eame tr\u00e8s loin de vouloir lui attribuer.<\/p>\n<p>C\u2019est une occasion pour moi de dire que je n\u2019ai fait une histoire de cette anecdote qu\u2019en m\u2019abstenant de conna\u00eetre les tenants et les aboutissants de l\u2019histoire. J\u2019en ai fait simplement une bonne histoire, et personne n\u2019est tenu de se reconna\u00eetre dans ces personnages que j\u2019ai seulement essay\u00e9 d\u2019\u00e9lever \u00e0 la dignit\u00e9 de paradigme. Il est certain que si l\u2019on entre dans le d\u00e9tail, c\u2019est beaucoup plus complexe \u2013 et de toute fa\u00e7on, tout le monde est innocent.<\/p>\n<h3>I DES PORTRAITS PSYCHOLOGIQUES CONTRASTES<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2015\/un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller\/\">Je me suis risqu\u00e9 la derni\u00e8re fois \u00e0 pr\u00e9senter, par une audace qui aujourd\u2019hui me para\u00eet r\u00e9pr\u00e9hensible, <strong>un r\u00e9partitoire sexuel<\/strong>, en partie double<\/a>, et affectant \u00e0 l\u2019homme et \u00e0 la femme des attributs contrast\u00e9s. Je ne l\u2019ai fait qu\u2019en mani\u00e8re d\u2019<strong>ironie<\/strong>, et sp\u00e9cialement en ce qui concernait le registre de la psychologie qui pouvait \u00eatre reconnu \u00e0 l\u2019une et l\u2019autre de ces positions sexuelles. J\u2019esp\u00e8re que cette ironie a \u00e9t\u00e9 sensible dans le fait que j\u2019ai fait appara\u00eetre, au niveau psychologique, une inconsistance, qui a pu, d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019on m\u2019a \u00e9crit et que j\u2019ai lu, troubler l\u2019auditoire.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" width=\"900\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"15538\" data-permalink=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2015\/03\/un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller-ii\/pastoutvspasun\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?fit=845%2C508&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"845,508\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Pas\u2212tout \u25ca Pas-Un\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?fit=845%2C508&amp;ssl=1\" class=\"alignnone size-full wp-image-15538\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?fit=900%2C508&#038;ssl=1\" alt=\"PasToutvsPasUn\" height=\"508\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?w=845&amp;ssl=1 845w, https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?resize=150%2C90&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?resize=470%2C283&amp;ssl=1 470w, https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?resize=700%2C421&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?resize=332%2C200&amp;ssl=1 332w, https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/PasToutvsPasUn.jpg?resize=50%2C30&amp;ssl=1 50w\" sizes=\"(max-width: 845px) 100vw, 845px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Dans le fil o\u00f9 j\u2019\u00e9tais, j\u2019ai en effet attribu\u00e9 \u00e0 la position masculine prudence, timidit\u00e9, attitude protectrice, et agressivit\u00e9 \u2013 agressivit\u00e9 de type imaginaire \u2013, tandis que j\u2019ai affect\u00e9 intr\u00e9pidit\u00e9, effronterie, risque, et mystique, \u00e0 la position f\u00e9minine.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps que je proc\u00e9dais \u00e0 cette r\u00e9partition, je l\u2019ai troubl\u00e9e, je l\u2019ai rendue confuse, volontairement, en assignant \u00e0 la position masculine (id\u00e9alisme et) h\u00e9ro\u00efsme. Ce qui ne va pas tr\u00e8s bien avec la prudence, la timidit\u00e9, la protection. Je r\u00e9servais en m\u00eame temps \u00e0 la position f\u00e9minine un suppos\u00e9 (bon sens), rappelant le signifiant dont Lacan la marque, voire la stigmatise, \u00e0 savoir le signifiant de la bourgeoise. Ce qui n\u2019a pas l\u2019air d\u2019aller, en effet, avec l\u2019intr\u00e9pidit\u00e9, l\u2019effronterie, le risque, et la mystique. C\u2019\u00e9tait indiquer \u2013 comme je l\u2019ai soulign\u00e9 \u2013<strong> l\u2019inversion dont \u00e9taient susceptibles ces portraits psychologiques<\/strong>.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 proviennent ces portraits ? Ils proviennent de la sagesse des nations, si l\u2019on veut. Mais c\u2019est une sagesse qui se permet d\u2019\u00eatre contradictoire. Ils proviennent plus pr\u00e9cis\u00e9ment <strong>de l\u2019enseignement de Lacan<\/strong>, auquel j\u2019ai emprunt\u00e9 ces termes, <strong>y compris dans leur inconsistance<\/strong>. Et, par l\u2019interm\u00e9diaire de Lacan, ils proviennent de Freud, au moins en partie. Si j\u2019en crois les lettres que j\u2019ai re\u00e7ues, ce qui a plus sp\u00e9cialement troubl\u00e9, c\u2019est <strong>l\u2019inversion de cette psychologie sexuelle concernant la position f\u00e9minine<\/strong>. Ce serait \u00e0 croire que ceux qui se rep\u00e8rent sur la position masculine sont beaucoup plus indiff\u00e9rents \u00e0 ce que l\u2019on peut dire d\u2019eux, et qu\u2019au contraire se risquer \u00e0 dire quelque chose de positif, voire de contradictoire, sur la position f\u00e9minine est bien davantage susceptible de susciter des interrogations, voire des insurrections.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff8c00;\">La femme freudienne,<\/span><\/h4>\n<p>Recommen\u00e7ons par la position f\u00e9minine. Recommen\u00e7ons m\u00eame par la femme freudienne, la femme telle que Freud dessine sa position et sa psychologie.<\/p>\n<p>Dans la polarit\u00e9 sexuelle, <strong>la femme freudienne appara\u00eet particuli\u00e8rement comme celle qui ne perd pas le nord<\/strong>. Ne pas perdre le nord veut dire avoir une boussole. La femme freudienne a une boussole. Elle vise, elle s\u2019attache \u00e0 la satisfaction, et m\u00eame pr\u00e9cis\u00e9ment aux satisfactions les plus \u00e9l\u00e9mentaires, les moins sophistiqu\u00e9es. Dans la dialectique sexuelle, elle repr\u00e9sente quelque chose comme le<strong> <em>primum vivere<\/em> \u2013 <em>d\u2019abord, il faut vivre<\/em><\/strong> \u2013, et en cela, elle est tout \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de l\u2019homme, le m\u00e2le, qui est celui qui sacrifie aux id\u00e9aux, qui appara\u00eet comme serf de la sublimation. Par rapport au d\u00e9lire du m\u00e2le, elle est celle qui rappelle, qui vient dans la position de tout \u00e7a c\u2019est bien joli, pour le ramener \u00e0 <strong>l\u2019instance, \u00e0 l\u2019insistance de la vie, et des jouissances, des jouissances simples<\/strong>, qui sont attach\u00e9es \u00e0 la vie. Disons que le <em>primum vivere<\/em> ne va pas sans un <em>primum gaudere<\/em>. D\u2019abord, jouir. Et apr\u00e8s&#8230;<\/p>\n<p>Cette femme freudienne est celle dont Freud nous dessine le portrait dans son <em>Malaise dans la\u00a0civilisation<\/em>. Le malaise dans la civilisation, si on essaye de le r\u00e9partir selon la polarit\u00e9 sexuelle, c\u2019est plut\u00f4t celui de l\u2019homme, le m\u00e2le. Tandis que la femme freudienne repr\u00e9sente le p\u00f4le sauvage, rebelle \u00e0 cette civilisation <strong>porteuse de malaise<\/strong>.<\/p>\n<p>Est-il excessif de dire, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la r\u00e9partition freudienne de l\u2019appareil psychique, que la femme qu\u2019il dessine est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du <strong>\u00e7a <\/strong>? La r\u00e9ponse \u00e0 la question <em>Que veut une femme ?<\/em> est, \u00e0 suivre ce qu\u2019il indique, plut\u00f4t \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 du \u00e7a. Cela veut dire pas du surmoi.<\/p>\n<p>Je ne crois pas tordre excessivement cette lecture en consid\u00e9rant que Freud place<strong> l\u2019homme plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du surmoi<\/strong>, au point qu\u2019il devient, dans cette perspective, <strong>m\u00eame douteux que la femme soit dot\u00e9e d\u2019un surmoi.<\/strong> En tout cas, telle qu\u2019il la pr\u00e9sente, elle a beaucoup plus de libert\u00e9 que l\u2019homme \u00e0 l\u2019\u00e9gard du surmoi et de toutes les interdictions.<\/p>\n<p>On peut toujours se demander si elle s\u2019y conforme par plus qu\u2019un conformisme de semblant, sans y adh\u00e9rer du c\u0153ur de son \u00eatre. C\u2019est ce qu\u2019elle repr\u00e9sente dans ce <em>Malaise<\/em>, qu\u2019elle est assez imperm\u00e9able au r\u00e8gne des id\u00e9aux. Ce qui en laisse \u00e0 la charge de l\u2019homme d\u2019activer la civilisation et son malaise. Peut-\u00eatre peut-on dire simplement que, au sujet f\u00e9minin, les id\u00e9aux ne font pas perdre le nord, ou que les id\u00e9aux ne lui adviennent que par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019homme.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ffa500;\">la femme boussol\u00e9e sur la jouissance<\/span><\/h4>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019un analyste, auquel Freud a \u00e9t\u00e9 attentif, un de ses \u00e9l\u00e8ves \u00e9minents, <strong>Hanns Sachs<\/strong>, avait indiqu\u00e9. Il avait cru percevoir, de son exp\u00e9rience d\u2019analyste, que les opinions d\u2019une femme d\u00e9pendaient \u2013 il disait cela cr\u00fbment \u2013 de l\u2019homme qu\u2019elle aimait. Il donnait des exemples de dames <strong>changeant d\u2019opinions comme d\u2019amants<\/strong>, indiquant par l\u00e0 que ce qui lui apparaissait probl\u00e9matique, c\u2019\u00e9tait, si je puis le redire \u00e0 ma fa\u00e7on, l\u2019introjection de l\u2019id\u00e9al. Est-ce que l\u2019id\u00e9al s\u2019inscrit dans ce fameux appareil psychique chez la femme ? Ou est-ce qu\u2019au contraire cet id\u00e9al se prom\u00e8ne dans le monde, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, et qu\u2019elle l\u2019adopte en m\u00eame temps qu\u2019elle aime, sans lui accorder plus d\u2019importance que \u00e7a, c\u2019est-\u00e0-dire sans lui accorder plus d\u2019importance qu\u2019\u00e0 l\u2019amour ? C\u2019est une remarque clinique qui m\u2019a frapp\u00e9 depuis longtemps, et que je trouve assez \u00e9clairante, m\u00eame pour d\u00e9chiffrer des faits contemporains.<\/p>\n<p>Prenez Brigitte Bardot. Dans mon adolescence, c\u2019\u00e9tait une femme de gauche. Il se disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019elle avait pour amant un avocat \u00e9minent de la gauche non communiste, qui a d\u2019ailleurs acc\u00e9d\u00e9 depuis \u00e0 des hautes fonctions de la R\u00e9publique \u2013 il a \u00e9t\u00e9 ministre de la justice. On trouvait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sa signature dans des p\u00e9titions tout \u00e0 fait progressistes. Quelle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ma d\u00e9ception, plus r\u00e9cemment, de trouver qu\u2019elle \u00e9mettait un certain nombre de th\u00e8ses tout \u00e0 fait r\u00e9voltantes sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des races humaines ! Des th\u00e8ses qui ne me paraissaient pas conformes \u00e0 l\u2019image que j\u2019en avais gard\u00e9e, et qui m\u2019ont paru en effet s\u2019\u00e9clairer \u00e0 partir de l\u2019article de Hanns Sachs \u2013 qui ne pensait pas \u00e0 elle \u2013 du fait qu\u2019elle avait \u00e9pous\u00e9 un leader de cette chose qu\u2019on appelle Front national. Cette variation m\u2019a sembl\u00e9 v\u00e9rifier la th\u00e8se, qui peut para\u00eetre un peu misogyne \u2013 je l\u2019avoue \u2013, de Hanns Sachs sur la d\u00e9pendance de l\u2019opinion f\u00e9minine \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019amour.<\/p>\n<p>On peut penser \u2013 en tout cas, la femme freudienne \u2013 qu\u2019elle se r\u00e8gle sur l\u2019homme quant \u00e0 l\u2019id\u00e9al, mais que,<strong> quant \u00e0 la jouissance, elle se r\u00e8gle sur une boussole toujours l\u00e0 et toujours orient\u00e9e sur les satisfactions \u00e9l\u00e9mentaires.<\/strong><\/p>\n<p>Goethe dit autre chose. Dans son exaltation courtoise, dans son Faust, Goethe prof\u00e8re que l\u2019\u00e9ternel f\u00e9minin attire vers en-haut. Mais Lacan y objecte, et de mani\u00e8re conforme \u00e0 ce que d\u00e9gage Freud, que l\u2019\u00e9ternel f\u00e9minin attire plut\u00f4t en en-bas. C\u2019est, si l\u2019on veut, la le\u00e7on du <em>Malaise dans la civilisation.<\/em> En m\u00eame temps, c\u2019est pourtant par le c\u00f4t\u00e9 f\u00e9minin que transitent \u00e9lectivement la tradition, les id\u00e9aux d\u2019une culture, ce qui se d\u00e9pose du langage pour forger, maintenir le lien social. Elle est \u00e0 la <strong>place du d\u00e9p\u00f4t, <\/strong>elle est par excellence <strong>d\u00e9positaire<\/strong>. C\u2019est dans cette ligne qu\u2019on peut la voir, \u00e0 l\u2019occasion, comme le souligne lourdement. et \u00e0 plusieurs reprises Lacan, <strong>la bourgeoise,<\/strong> si l\u2019on entend par l\u00e0 la gardienne, la banqui\u00e8re du d\u00e9p\u00f4t fiduciaire qu\u2019alimente l\u2019activit\u00e9 de l\u2019homme.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019elle appara\u00eet, chez Freud comme chez Lacan, comme par excellence celle \u2013 le sujet \u2013 qui sait ce qu\u2019elle veut, et comme support d\u2019une fonction que l\u2019on peut dire obstin\u00e9e et invariable, d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition du M\u00eame. Alors que les cultures sont variables si on les consid\u00e8re dans les valeurs qu\u2019elles inculquent, la femme appara\u00eet comme <strong>repr\u00e9sentant l\u2019instance du M\u00eame, et m\u00eame d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition du M\u00eame<\/strong>.<\/p>\n<p>Elle incarne d\u2019ailleurs ce M\u00eame en tant qu\u2019elle <strong>assure pr\u00e9cis\u00e9ment la reproduction de l\u2019esp\u00e8ce<\/strong>, tandis que le Nom-du-P\u00e8re est, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, le principe d\u2019une diff\u00e9rence nominative qui, elle, est d\u2019ordre sublimatoire. C\u2019est l\u2019opposition bien connue entre la maternit\u00e9, fait d\u2019observation, que l\u2019on peut dire fond\u00e9 dans l\u2019exp\u00e9rience et indubitable, et le caract\u00e8re \u00ababstrait\u00bb, douteux, \u00e0 \u00e9valuer, de l\u2019assignation de la paternit\u00e9, toujours inscrit dans un ordre de culture qui peut faire varier le point d\u2019application de la fonction.<\/p>\n<p>Ce que j\u2019\u00e9num\u00e8re, ce que je rassemble, ce sont des traits qui vont dans le m\u00eame sens, le sens de la femme-boussole, de la femme boussol\u00e9e, et qui incarne une certaine constance, par rapport \u00e0 quoi l\u2019homme est dans la vadrouille, entra\u00een\u00e9 par des chim\u00e8res. La femme, ici, c\u2019est le sujet sans chim\u00e8res, m\u00eame si, dans la description de Freud, un peu \u00abbas de plancher\u00bb, au niveau de ce que j\u2019appelais les satisfactions \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ffa500;\">et la femme fonci\u00e8rement d\u00e9boussol\u00e9e<\/span><\/h4>\n<p>Il y a aussi un tout autre portrait, <strong>tout \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, qui est celui de la femme fonci\u00e8rement d\u00e9boussol\u00e9e,<\/strong> \u00e9gar\u00e9e, celle qui, par essence, ne sait pas ce qu\u2019elle veut, et donc de laquelle on peut s\u2019attendre \u00e0 tout. Le sujet que ne restreint aucun interdit. Et alors que l\u2019homme ploie sous le poids de ses interdits, le sujet qui peut, \u00e0 l\u2019occasion, faire semblant de s\u2019y plier, mais qui conserve par-devers soi une libert\u00e9 souveraine, les r\u00e9duisant \u00e0 l\u2019\u00e9tat de semblants, et donc toujours susceptible de foncer vers l\u2019absolu \u2013 vers tel ou tel absolu \u2013 en laissant sur place les m\u00e9nagements, les n\u00e9gociations, les compromis, o\u00f9 le d\u00e9sir m\u00e2le s\u2019englue.<\/p>\n<p>Ce sont les impasses, si l\u2019on veut, de la psychologie, puisque nous avons l\u00e0 <strong>deux portraits contradictoires<\/strong>, et quand les psychanalystes font de la psychologie, eux aussi \u00e9noncent ces contradictions.<\/p>\n<p><strong>D\u2019un c\u00f4t\u00e9<\/strong> \u2013 disons cela pour mettre de l\u2019ordre \u2013, on peut toujours faire <strong>le portrait de la femme en tant que domin\u00e9e par le moins<\/strong>. C\u2019est alors l\u2019inf\u00e9rieure, la soumise, l\u2019ob\u00e9issante, c\u2019est l\u2019\u00e9cras\u00e9e par une loi qu\u2019on lui impose, celle qui passe sous le joug. Sa plainte, sa revendication, s\u2019alimente \u00e0 l\u2019occasion de cette position. C\u2019est celle que l\u2019on n\u2019\u00e9coute pas, que l\u2019on prend pour acquis. Pendant qu\u2019elle cuisine, le monsieur rentre fourbu et se met devant la t\u00e9l\u00e9vision. Comme elle travaille, par les temps qui courent, elle fait en effet le double service. De ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, elle appara\u00eet comme celle qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019origine perdu. C\u2019est la perdante par excellence, et aussi bien la perdue.<\/p>\n<p><strong>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9<\/strong>, elle appara\u00eet comme <strong>la r\u00e9tive, la rebelle, l\u2019audacieuse, l\u2019intr\u00e9pide, celle qui n\u2019a pas froid aux yeux, et, pour ordonner ce contraste, celle qui n\u2019a plus rien \u00e0 perdre.<\/strong><\/p>\n<p>Dans la description psychologique de la position f\u00e9minine, et aussi bien chez Freud, et surtout chez Lacan, on oscille de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, de la femme comme celle qui a perdu, et qui en subit les cons\u00e9quences, et puis, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, celle qui n\u2019a plus rien \u00e0 perdre.<\/p>\n<p>On voit ainsi, autour du <strong>m\u00eame pivot de la perte, deux figures contrast\u00e9es qui se pr\u00e9sentent<\/strong>. De telle sorte que, par rapport \u00e0 l\u2019homme, si on le prend pour r\u00e9f\u00e9rence, elle appara\u00eet <strong>tant\u00f4t en de\u00e7\u00e0, et tant\u00f4t au-del\u00e0<\/strong>, tant\u00f4t moins, limit\u00e9e, restreinte, devant s\u2019abstenir de ce qui est l\u2019apanage du m\u00e2le, et tant\u00f4t n\u2019ayant, elle, plus rien \u00e0 perdre, capable de surclasser, de le laisser sur place, pour aller se vouer \u00e0 un infini, devant quoi lui s\u2019essouffle.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ffa500;\">L\u2019homme-mesure<\/span><\/h4>\n<p><strong>Ce contraste s\u2019ordonne \u00e0 ce pivot de la perte<\/strong>, selon que l\u2019on voit la perte comme ce qu\u2019elle co\u00fbte, et donc ce qu\u2019elle d\u00e9valorise chez le sujet qui la subit, ou selon que l\u2019on voit la perte en tant qu\u2019accomplie, sous l\u2019angle o\u00f9 elle lib\u00e8re une audace restreinte au contraire chez l\u2019homme. Cette <strong>r\u00e9f\u00e9rence prise au m\u00e2le <\/strong>convient \u00e0 cette position qui consiste \u00e0 donner la mesure du pas-assez comme du trop.<\/p>\n<p>Le portrait de l\u2019homme-mesure est \u00e9galement contrast\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on peut en effet le repr\u00e9senter <strong>comme limit\u00e9, uniformis\u00e9, comme \u00e0 sa place<\/strong>. Ce qui lui donne sans doute <strong>une s\u00e9curit\u00e9, une stabilit\u00e9<\/strong>, mais en m\u00eame temps ne lui donne pas de marge, ne lui donne pas d\u2019horizon. Le romantisme litt\u00e9raire a abondamment exploit\u00e9 le contraste entre la femme comme \u00eatre des lointains, dont la figure fascinante, paradigmatique, reste celle de Madame Bovary, et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les hommes sur leurs rails, dans leur routine. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00eatre f\u00e9minin des lointains, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00eatre du rail. C\u2019est d\u2019ailleurs contemporain de l\u2019apparition de ces machines dont l\u2019efficacit\u00e9 et la puissance sont contraintes par un chemin d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9.<\/p>\n<p>Puisque cela vous amuse, on pourrait en effet r\u00e9fl\u00e9chir sur la place des <strong>locomotives <\/strong>dans l\u2019imaginaire litt\u00e9raire. Ce qui viendrait d\u2019ailleurs tr\u00e8s bien, c\u2019est <em>La b\u00eate humaine<\/em> de Zola, o\u00f9 on voit justement le conducteur de la locomotive, incarnant la virilit\u00e9 moderne, c\u2019est-\u00e0-dire une puissance impressionnante, mais \u00e9videmment fonci\u00e8rement routini\u00e8re \u2013 puisque la gloire de la Compagnie des Chemins de fer, c\u2019est d\u2019arriver \u00e0 l\u2019heure \u00e0 l\u2019endroit pr\u00e9vu \u2013, d\u00e9plac\u00e9, inqui\u00e9t\u00e9 par la passion sexuelle que lui inspire un \u00eatre de l\u2019Autre sexe. Nous d\u00e9duisons ici <em>La b\u00eate humaine.<\/em> D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019homme \u00e0 sa place&#8230; Et le fait qu\u2019il se d\u00e9place avec la locomotive, pschh&#8230; ! avec la fum\u00e9e, etc., n\u2019enl\u00e8ve rien au fait qu\u2019il reste bien \u00e0 sa place.<\/p>\n<p>C\u2019est tr\u00e8s riche comme image. J\u2019ai eu l\u2019occasion, cette semaine, de voir la belle exposition sur La gare Saint-Lazare, dont l\u2019embl\u00e8me est pr\u00e9cis\u00e9ment un tableau tr\u00e8s myst\u00e9rieux de Manet, qui s\u2019appelle<strong> <em>Le chemin de fer.<\/em><\/strong> La gare, la locomotive \u00e9taient en effet des objets qui sont devenus fascinants, des objets de l\u2019art, des objets sublim\u00e9s, \u00e0 cette date. Au lieu de l\u2019Olympe, la gare Saint-Lazare. Il faut le faire. Je n\u2019y songeais pas en pr\u00e9parant ce cours, mais cela tombe tr\u00e8s bien. Le profond myst\u00e8re du tableau <em><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Chemin_de_fer#mediaviewer\/File:Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le chemin de fer<\/a>,<\/em> c\u2019est qu<strong>\u2019on ne voit rien du chemin de fer<\/strong>. On ne voit pas du tout la locomotive. C\u2019est le sel du tableau. On ne voit <strong>que la fum\u00e9e. Et il reste deux \u00eatres de sexe f\u00e9minin<\/strong>, qui sont les seuls que l\u2019on aper\u00e7oit sur le tableau, dans des postures tr\u00e8s Renaissance, d\u2019ailleurs. On doit pouvoir l\u2019inscrire dans ce que j\u2019\u00e9voque ici. Cela les laisse de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des grilles qui font le myst\u00e8re du tableau. Le tableau est scand\u00e9 par les barreaux d\u2019une grille. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y a le chemin de fer invisible, que l\u2019on ne peut soup\u00e7onner que par la fum\u00e9e blanche derri\u00e8re, qui est une sorte de tiers absent. Et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y a la petite fille et la jeune femme, l\u2019une regardant ce qu\u2019on ne voit pas, et l\u2019autre, \u00e0 l\u2019envers, regardant le spectateur.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019homme a sa place devant la perplexit\u00e9 f\u00e9minine de ce go\u00fbt de la locomotive, et en m\u00eame temps \u2013 c\u2019est l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du portrait \u2013, l\u2019homme est celui qui, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de l\u2019obstination f\u00e9minine, vers les satisfactions \u00e9l\u00e9mentaires toujours les m\u00eames, se laisse \u00e9garer par l\u2019id\u00e9al. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le contraste. <strong>La puissance de l\u2019id\u00e9al laisse l\u2019homme s\u2019\u00e9garer, \u00e0 condition de s\u2019\u00e9garer en groupe. <\/strong>Si les autres font la m\u00eame chose, pour l\u2019homme, c\u2019est irr\u00e9sistible.<\/p>\n<h3>II LES STRUCTURES DE LA SEXUATION<\/h3>\n<p>Pour se retrouver dans ce micmac psychologique dans lequel je mets de l\u2019ordre, je donne des rep\u00e8res. La le\u00e7on du r\u00e9partitoire que je proposais la derni\u00e8re fois, c\u2019est qu\u2019<strong>il faut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la structure<\/strong>. Il faut r\u00e9f\u00e9rer la psychologie sexuelle, si raffin\u00e9e et pr\u00e9cise qu\u2019elle puisse para\u00eetre, aux <strong>structures de la sexuation<\/strong>, qui sont au-del\u00e0 de la psychologie, mais qui, aussi bien, informent la psychologie sexuelle.<\/p>\n<h4>La formule de chaque position en tant que s\u00e9par\u00e9e<\/h4>\n<p>Ces structures que Lacan a essay\u00e9 de formaliser donnent des formules des deux positions sexuelles en tant qu\u2019elles sont s\u00e9par\u00e9es, distinctes. Elles ne donnent pas la formule du couple, elles donnent la formule de chaque position en tant que s\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<p>Si l\u2019on essaie d\u2019en r\u00e9sumer l\u2019inspiration, qu\u2019est-ce qu\u2019on aper\u00e7oit du <strong>c\u00f4t\u00e9 femme<\/strong> ? Ce qui se pr\u00e9sente, sous une face, comme l\u2019<strong>incomplet<\/strong>, comme l\u2019ensemble marqu\u00e9 d\u2019un moins, se r\u00e9v\u00e8le, dans ces formules, comme<strong> l\u2019infini<\/strong>. L\u2019incomplet \u2013 ce que Freud commente, par excellence \u2013 se r\u00e9v\u00e8le comme l\u2019infini. Il y a comme un effet de trompe-l&rsquo;\u0153il. Ce qui appara\u00eet d\u2019un c\u00f4t\u00e9 comme manque, se r\u00e9v\u00e8le de l\u2019autre comme le sans-limite. Cela donne la clef de ces portraits contrast\u00e9s que j\u2019\u00e9voquai. Psychologiquement, ce qui peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9, ressenti, comme l\u2019inf\u00e9rieure, laisse la place \u00e0 l\u2019illimit\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>C\u00f4t\u00e9 homme, sans doute<\/strong>, il y a <strong>l\u2019\u00eatre complet, le tout pris comme un<\/strong>, mais il se r\u00e9v\u00e8le, selon la m\u00eame logique, comme l\u2019\u00eatre <strong>fini, le limit\u00e9<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00eatre qui se pose toujours en rapport avec sa limite. Tandis que, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on a un \u00eatre qui n\u2019a pas un rapport essentiel, structural, avec la limite. Le rapport de cet \u00eatre avec la limite est toujours adventice, contingent. C\u2019est d\u2019ailleurs ce que met en valeur Sachs. Cela d\u00e9pend de la rencontre, de l\u2019amour.<\/p>\n<p>Ici, le rapport avec la limite est de structure, tandis que l\u00e0, il est d\u2019amour.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Le tout et l&rsquo;Un<\/span><\/h4>\n<p>C\u2019est ce qui peut \u00eatre d\u00e9gag\u00e9, d\u2019une fa\u00e7on proprement structurale, en opposant, du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, le rapport du Tout avec l\u2019Un.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\">Je le r\u00e9partis, je le monnaye en trois.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\">C\u2019est d\u2019abord, en<strong> consid\u00e9rant l\u2019ensemble,<\/strong> un ensemble rassemblant des \u00e9l\u00e9ments, et qui fait Un. C\u2019est ici que nous repr\u00e9sentons la possibilit\u00e9 m\u00eame de <strong>l\u2019universel<\/strong>, \u00e0 savoir, dans un ensemble limit\u00e9, la possibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 que, pour tout \u00e9l\u00e9ment de cet ensemble, quelque chose est vrai. Cela suppose que, ici, \u00e0 ce niveau, l\u2019Un vaut l\u2019Autre. C\u2019est le principe m\u00eame de la constitution de ces ensembles que Freud prenait comme r\u00e9f\u00e9rence, \u00e0 savoir l\u2019\u00c9glise ou l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est la validit\u00e9 d\u2019un \u00e9nonc\u00e9 qui vaut pour tous, et qui suppose l<strong>a r\u00e9duction de l\u2019Autre \u00e0 l\u2019Un, \u00e0 l\u2019Un \u00e9quivalent.<\/strong><\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\">Cette structure se reporte au niveau de <strong>l\u2019\u00e9l\u00e9ment<\/strong>, o\u00f9 chacun se suffit, et se suffit d\u2019\u00eatre comparable et \u00e9quivalent \u00e0 l\u2019autre. Quand il s\u2019agit de la jouissance, c\u2019est par exemple ce que Lacan commente en attribuant sp\u00e9cialement <strong>au c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le la jouissance de l\u2019Un <\/strong>comme autosuffisante, la jouissance masturbatoire comme index de la position autistique permise du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\">Troisi\u00e8mement, cette structure se r\u00e9percute au niveau de <strong>l\u2019exception<\/strong>, dans la mesure o\u00f9 la constitution m\u00eame de cet ensemble o\u00f9 un \u00e9nonc\u00e9 peut valoir pour tous suppose le point d\u2019\u00e9nonciation ext\u00e9rieur, \u00e0 partir de quoi est saisi cet ensemble fini. C\u2019est ici, par exemple, que se distingue la fonction \u00e9garante de l\u2019id\u00e9al que j\u2019\u00e9voquai tout \u00e0 l\u2019heure. <strong>C\u2019est justement le pour-tous qui conduit \u00e0 admettre\u00a0le chef,<\/strong> le pas-comme-les-autres, pas comme tous les autres.<\/p>\n<p>Cette structure se r\u00e9percute \u00e0 trois niveaux, au niveau de l\u2019ensemble, au niveau de l\u2019\u00e9l\u00e9ment, et au niveau de l\u2019exception. Cela du c\u00f4t\u00e9 de ce que nous avons indiqu\u00e9 homme la derni\u00e8re fois.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Le pas-tout, le pas-Un<\/span><\/h4>\n<p>Sym\u00e9triquement, en r\u00e9duisant notre r\u00e9partitoire, nous pouvons inscrire ce qui y r\u00e9pond du c\u00f4t\u00e9 femme. C\u2019est <strong>le rapport du pas-tout avec le pas-Un<\/strong>, pas-Un que j\u2019\u00e9cris de fa\u00e7on sym\u00e9trique au Un que j\u2019ai plac\u00e9 l\u00e0-bas, mais qui est strictement \u00e9quivalent \u00e0 <strong>l\u2019Autre<\/strong>, si on lui donne la valeur pr\u00e9cise que lui conf\u00e8re Lacan dans son S\u00e9minaire <em>Encore<\/em>, page 48, o\u00f9 il formule que l\u2019Autre ne saurait, en aucun cas, \u00eatre pris pour un Un. C\u2019est ce que je traduis ici en disant pas-Un.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\"><strong>A la place de cet ensemble<\/strong>, nous inscrivons, comme j\u2019ai l\u2019habitude de le faire, en pointill\u00e9s, un sch\u00e9ma qui indique que le <strong>pour-tous est ici invalide<\/strong>. Le pas-tout veut dire que le pour-tous, ici, ne vaut pas, que l\u2019on ne peut pas formuler de pour-tous.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\">Et, de fa\u00e7on coh\u00e9rente, au niveau de <strong>l\u2019\u00e9l\u00e9ment<\/strong> \u2013 \u00e9crivons cet <strong>\u00e9l\u00e9ment en pointill\u00e9s lui-m\u00eame<\/strong> \u2013, aucun de ces \u00e9l\u00e9ments n\u2019est Un. Il fait <strong>d\u00e9faut \u00e0 l\u2019unit\u00e9<\/strong>.\u00a0Le pas-tout, qui est pr\u00e9sent\u00e9 ici au niveau de l\u2019ensemble, se reporte en quelque sorte au niveau de l\u2019\u00e9l\u00e9ment pour nous donner le pas-Un, et donc par excellence la division.\u00a0<\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\">Et il se reporte, au troisi\u00e8me niveau, celui de <strong>l\u2019exception<\/strong>, sous la forme de <strong>pas d\u2019exception<\/strong>, et qui indique, d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s simple, l\u2019absence d\u2019une limite structurale.\u00a0Cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a jamais de limite. Cela veut dire que la limite, quand elle advient, et en particulier sous la forme de l\u2019id\u00e9al, de la croyance, etc, elle n\u2019<strong>advient que dans l\u2019ordre de la contingence<\/strong>, et non pas de la structure. Elle d\u00e9pend de la rencontre. Du fait qu\u2019elle n\u2019est pas structurale, comme de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, elle a un caract\u00e8re \u00abartificiel\u00bb. En suivant l\u00e0 l\u2019indication clinique de Sachs, la rupture avec l\u2019homme qui apporte l\u2019id\u00e9al, la cause, la limite, introduit une m\u00e9tamorphose. C\u2019est le sujet du c\u00f4t\u00e9 droit. On ne la reconna\u00eet plus, c\u2019est une autre \u2013 comme la Brigitte Bardot de tout \u00e0 l\u2019heure.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\">Pas\u2212tout \u25ca Pas-Un<br \/>\n\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u2261 Autre<\/p>\n<h3>III LES VERTUS SELON LES SEXES<\/h3>\n<p>Ce r\u00e9partitoire biface invite \u00e0 resituer les termes psychologiques dont nous nous servons. Chacun de ces termes, auxquels nous donnons une validit\u00e9 constante, par erreur prend en fait une valeur distincte selon qu\u2019il est situ\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre.<\/p>\n<h4>La prudence<\/h4>\n<p>Prenons par exemple la prudence. Eh bien, la vertu de la prudence, selon qu\u2019on la situe du c\u00f4t\u00e9 gauche ou du c\u00f4t\u00e9 droit, ce n\u2019est pas la m\u00eame.<\/p>\n<p>La prudence du c\u00f4t\u00e9 homme, qu\u2019est-ce que c\u2019est ? La prudence du c\u00f4t\u00e9 homme, c\u2019est de se garder d\u2019affronter l\u2019exception, c\u2019est de se tenir \u00e0 distance. C\u2019est une prudence qui va avec le respect, et qui suppose de conna\u00eetre sa propre minceur \u2013 Tu n\u2019es qu\u2019un rouage dans un grand ensemble. C\u2019est une prudence qui implique le calcul. Calculer son rapport exact avec les autres \u00e9l\u00e9ments en jeu. Cela peut \u00eatre aussi, d\u2019ailleurs, la prudence exceptionnelle, la prudence au niveau de l\u2019exception, quand Aristote distingue le prudent merveilleux, celui qui sait toujours ce qu\u2019il faut faire, et, par rapport \u00e0 quoi, il ne reste qu\u2019\u00e0 consentir.<\/p>\n<p>Le prudent par excellence, celui qui sait toujours ce qu\u2019il faut faire, se lamente \u00e0 l\u2019occasion que les autres ne le sachent pas. Ce sont, par exemple, les lamentations p\u00e9riodiques qu\u2019on nous rapporte du g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle, qui rencontrait tous les soirs le m\u00eame conseiller, pour lui dire \u2013 C\u2019est tout de m\u00eame extraordinaire que, parmi les gaullistes, il n\u2019y ait aucun homme d\u2019\u00e9tat. Je suis le seul. Vous attendez tous que j\u2019aie parl\u00e9 pour savoir ce qu\u2019il faut faire. C\u2019est un comble. C\u2019est, \u00e0 l\u2019occasion \u2013 vous voyez que, l\u00e0, je ne fais pas de diff\u00e9rence \u2013, Lacan d\u00e9plorant qu\u2019on ne le devance pas \u2013 Et que font-ils les lacaniens, \u00e0 \u00eatre derri\u00e8re ? Voil\u00e0 les traits de la prudence quand on la situe du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le.<\/p>\n<p>La prudence c\u00f4t\u00e9 femme a un tout autre accent. La prudence c\u00f4t\u00e9 femme, ce n\u2019est pas un rapport \u00e0 l\u2019exception et \u00e0 la r\u00e9torsion qui pourrait venir de l\u2019exception. C\u2019est un rapport \u00e0 l\u2019ab\u00eeme, \u00e0 ce qui se pr\u00e9sente comme sans-limite. C\u2019est une prudence qui est sur le bord du trou. Cela peut \u00eatre, \u00e0 l\u2019occasion, une prudence passionn\u00e9e, qui consiste \u00e0 pr\u00e9server, conserver le contingent, et non pas la limite structurale, conserver le contingent, cette existence, l\u2019\u00eatre qui est l\u00e0 dans sa particularit\u00e9, et qui est seul \u00e0 pouvoir apporter une r\u00e9gulation \u00e0 l\u2019ensemble.<\/p>\n<p>On peut prendre d\u2019autres vertus.<\/p>\n<h4>Le risque<\/h4>\n<p>Prenons le risque. Le risque du c\u00f4t\u00e9 homme, bien s\u00fbr, \u00e7a existe. Cela consiste \u00e0 <strong>affronter ce qui se pr\u00e9sente ici comme le plus-un de l\u2019exception<\/strong>. On ne l\u2019affronte jamais sans crainte et tremblement.<\/p>\n<p>Le risque, c\u00f4t\u00e9 femme, tel que je l\u2019\u00e9voquai, a un autre accent, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de plus-un. C\u2019est donc un risque quand il est <strong>pris au-del\u00e0 de la crainte et du tremblement<\/strong>.<\/p>\n<p>Le premier risque est en quelque sorte un risque de transgression, alors que l\u2019autre appara\u00eet comme un risque aveugle.<\/p>\n<p>On pourrait continuer avec les autres vertus du catalogue, les autres vertus du <em>Trait\u00e9 des vertus<\/em>, et s\u2019apercevoir de l\u2019accent diff\u00e9rent, sp\u00e9cial, que ces vertus classiques \u2013 la charit\u00e9, l\u2019esp\u00e9rance, etc \u2013 prennent selon qu\u2019elles sont plac\u00e9es d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre du tableau. Au point que cela puisse para\u00eetre une homonymie d\u2019appeler \u00e7a de la m\u00eame fa\u00e7on.<\/p>\n<h3>IV UNE R\u00c9PARTITION DES JOUISSANCES<\/h3>\n<p>Les structures de la sexuation, telles qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9es par Lacan, ont \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement faites pour permettre d\u2019articuler la jouissance propre \u00e0 chaque sexe, c\u2019est-\u00e0-dire, comme j\u2019essayai de le montrer pour les vertus, indiquer la forme diff\u00e9rente que la jouissance re\u00e7oit d\u2019\u00eatre log\u00e9e dans l\u2019une ou l\u2019autre de ces structures. Et en particulier, comme on l\u2019obtient imm\u00e9diatement \u00e0 partir de ce sch\u00e9ma, du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, la jouissance est essentiellement finie, elle est localisable \u2013 ce que Lacan d\u00e9signe comme la jouissance phallique, celle que l\u2019on peut compter, qui se pr\u00e9sente sous une forme suffisamment \u00e9l\u00e9mentaire pour \u00eatre \u00e9num\u00e9rable \u2013, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, elle est jouissance infinie, au moins au sens d\u2019\u00eatre non localisable.<\/p>\n<p>Ces deux formes de jouissances, r\u00e9partition qui recouvre l\u2019exp\u00e9rience m\u00eame du corps, rendent compte aussi bien des deux formes de l\u2019amour distingu\u00e9es par Lacan comme la forme f\u00e9tichiste et la forme \u00e9rotomaniaque \u2013 et derri\u00e8re ce mot d\u2019amour il faut entendre le <em>Liebe<\/em> freudien, c\u2019est-\u00e0-dire <strong>amour, d\u00e9sir et jouissance <\/strong>en un seul mot. Elles sont strictement d\u00e9pendantes de la structure. Il dit cela dans les ann\u00e9es 60, dans son texte pr\u00e9paratoire \u00e0 un <em>Congr\u00e8s sur la sexualit\u00e9 f\u00e9minine<\/em>.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019indiquent ces deux formes distinctes ? Elles indiquent ce que, selon chacune de ces deux structures, un sexe va chercher chez l\u2019Autre, c\u2019est-\u00e0- dire la forme qui s\u2019impose \u00e0 son objet, comme je l\u2019ai indiqu\u00e9 la derni\u00e8re fois, et donc deux objets, l\u2019objet f\u00e9tiche et l\u2019objet \u00e9rotomaniaque.<\/p>\n<h4>Un objet qui ne parle pas et un Autre qui parle<\/h4>\n<p><strong>L\u2019objet f\u00e9tiche<\/strong>, si on l\u2019inscrit du c\u00f4t\u00e9 gauche, comme il convient, se caract\u00e9rise par le fait d\u2019\u00eatre un \u00e9l\u00e9ment, et qu\u2019il est susceptible de se retrouver comme Un dans les divers partenaires. Dire qu\u2019il est susceptible de se retrouver comme Un veut dire que, pr\u00e9cis\u00e9ment, il n\u2019est pas l\u2019Autre.<\/p>\n<p>Ce qui distingue la forme f\u00e9tichiste, \u00e0 cet \u00e9gard \u2013 ce qui annonce d\u00e9j\u00e0, dans le Lacan de 1960, son d\u00e9veloppement du S\u00e9minaire <em>Encore<\/em> \u2013, c\u2019est un objet qui se satisfait du court-circuit de la parole. L\u2019objet f\u00e9tiche, c\u2019est par excellence l\u2019objet qui ne parle pas, l\u2019objet inerte, l\u2019objet en effet objectifi\u00e9, objectalis\u00e9, et coh\u00e9rent avec une exigence de jouissance qui admet que la parole reste hors jeu. C\u2019est en cela que ce qui se rencontre dans l\u2019homosexualit\u00e9 masculine ne fait que pousser \u00e0 la limite cette forme de l\u2019objet f\u00e9tiche. C\u2019est en effet un trait tout \u00e0 fait distingu\u00e9 dans les pratiques de l\u2019homosexualit\u00e9 masculine que l\u2019accord pour la jouissance puisse se faire par un \u00e9change de signes qui court-circuite tout \u00e0 fait le blablabla de l\u2019amour, et donc par une reconnaissance en quelque sorte muette, et qui donne au r\u00e9seau ses airs de confr\u00e9rie, de confraternit\u00e9 conspiratrice qu\u2019on a abondamment d\u00e9velopp\u00e9s, et qui sont cliniquement fond\u00e9s, pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette reconnaissance en quelque sorte de signal entre les partenaires. On peut faire l\u2019amour sans parler, et ce versant est dans la ligne de l\u2019objet f\u00e9tiche.<\/p>\n<p>L\u2019homme h\u00e9t\u00e9rosexuel, il cause. <strong>Il cause parce qu\u2019il est oblig\u00e9. Il cause parce que, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, ce qu\u2019on exige c\u2019est l\u2019objet \u00e9rotomaniaque. <\/strong>L\u2019objet \u00e9rotomaniaque du d\u00e9sir de la femme, c\u2019est un objet qui a au contraire la forme de l\u2019Autre, c\u2019est-\u00e0-dire qui a la forme de l\u2019Autre barr\u00e9, tandis que l\u2019objet f\u00e9tiche, nous le repr\u00e9sentons par petit <em>a<\/em>.<\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, Lacan a privil\u00e9gi\u00e9, dans son \u00e9laboration, le rapport du d\u00e9sir de la femme avec ce A barr\u00e9, avec l\u2019objet \u00e9rotomaniaque, avec l\u2019Autre qui n\u2019est pas Un, et qui est essentiellement l\u2019Autre qui parle. C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi, dans son S\u00e9minaire <em>Encore<\/em>, dans ce fil, il introduit la lettre d\u2019amour, qui nous repr\u00e9sente cette exigence \u2013 qui vient du c\u00f4t\u00e9 droit du tableau \u2013 que l\u2019objet soit un Autre qui parle. C\u2019est ainsi que ce que dit l\u2019Autre est, du c\u00f4t\u00e9 femme, aussi bien une exigence concernant l\u2019objet qu\u2019une plainte, \u00e0 l\u2019occasion, concernant ce que l\u2019Autre dit.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 homme aussi, il peut y avoir des plaintes concernant ce que l\u2019Autre dit, mais en g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est qu\u2019il dit trop, ou qu\u2019il exige qu\u2019on dise trop. L\u2019objet petit <em>a<\/em>, ici, conditionne en quelque sorte une \u00e9rotique du silence. Ce serait aussi bien si \u00e7a versait dans le silence. Alors que, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 vaut l\u2019objet \u00e9rotomaniaque, la parole de l\u2019Autre est un \u00e9l\u00e9ment intrins\u00e8que de la jouissance.\u00a0C\u2019est ainsi m\u00eame qu\u2019il pourrait sembler que l\u2019homme aura la jouissance et que la femme aura l\u2019amour. C\u2019est un peu ce qui est impliqu\u00e9 dans cette diff\u00e9rence entre l\u2019objet f\u00e9tiche et l\u2019objet \u00e9rotomaniaque. <strong>Il vaut mieux dire que, du c\u00f4t\u00e9 femme, l\u2019amour est tiss\u00e9 dans la jouissance, <\/strong>qu\u2019il en est en quelque sorte indissociable.<\/p>\n<p>Cette construction est coh\u00e9rente avec la notion qui met en question la validit\u00e9 de la formule du fantasme\u00a0pour les deux sexes. Bien entendu, Lacan, dans l\u2019\u00e9laboration qui est concentr\u00e9e dans son graphe, \u00e9crit S \u25ca <em>a<\/em> pour les deux sexes. Dans son sch\u00e9ma \u00e0 lui, non pas de l\u2019appareil psychique, mais du rapport \u00e0 l\u2019Autre, il inscrit cette formule comme unisexe. Mais, si elle est r\u00e9partie selon les sexes, cette formule vaut sp\u00e9cialement pour l\u2019homme, tandis que, du c\u00f4t\u00e9 femme, il convient de substituer \u00e0 ce petit <em>a<\/em> f\u00e9tiche et muet le A barr\u00e9, cet Autre du d\u00e9sir qui a \u00e0 parler, pour que le sujet y reconnaisse son objet.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9partition sexu\u00e9e est aussi bien celle qui r\u00e9partit le sympt\u00f4me \u2013 qui, bien entendu, \u00e0 un certain niveau, vaut pour les deux sexes \u2013 du c\u00f4t\u00e9 homme, et le ravage du c\u00f4t\u00e9 femme. C\u2019est pourquoi Lacan peut \u00e9crire, dans son S\u00e9minaire <em>Encore<\/em>, page 58, que du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, l\u2019objet petit <em>a<\/em> joue le r\u00f4le de ce qui vient \u00e0 la place du partenaire manquant. En disant cela, il restreint la validit\u00e9 de la formule du fantasme sp\u00e9cialement du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, et il se donne comme objectif d\u2019\u00e9laborer ce qui y r\u00e9pond du c\u00f4t\u00e9 femme. Du c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le, cela \u00e9crit l\u2019horizon de la jouissance silencieuse.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9laboration de la jouissance f\u00e9minine, pour la donner en court-circuit, sur quel binaire repose-t- elle ? D\u2019abord sur la diff\u00e9rence, comme on sait, entre la jouissance phallique et la jouissance suppl\u00e9mentaire. Et Lacan de dire \u2013 Mais <strong>cette jouissance suppl\u00e9mentaire<\/strong>, c\u2019est celle qui est propre \u00e0 la femme, c\u2019est celle dont elle ne dit rien, etc.<\/p>\n<p>Mais de quoi s\u2019aper\u00e7oit-on, si l\u2019on suit son \u00e9laboration ? C\u2019est que cette <strong>jouissance suppl\u00e9mentaire, qu\u2019ici on a \u00e9crit A barr\u00e9, en fait elle a deux faces<\/strong>.<\/p>\n<p>C\u2019est, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la jouissance du corps, en tant qu\u2019elle n\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 l\u2019organe phallique. C\u2019est une jouissance qui d\u00e9borde la jouissance localis\u00e9e de l\u2019organe phallique. Mais, deuxi\u00e8mement \u2013 et bien que Lacan ne l\u2019\u00e9crive pas en toutes lettres, mais tout converge l\u00e0 de ce qu\u2019il \u00e9nonce \u2013, c\u2019est la jouissance de la parole.<\/p>\n<h4>Un amour tiss\u00e9 dans la jouissance<\/h4>\n<p>Nous avons suivi \u00e0 un moment cette ann\u00e9e, apr\u00e8s Pierre-Gilles Gu\u00e9guen, du chapitre V du S\u00e9minaire <em>Encore<\/em> sur l\u2019autre satisfaction, la satisfaction du blablabla. La th\u00e8se de Lacan, c\u2019est que la j<strong>ouissance de la parole,<\/strong> qui est \u00e9videmment l\u00e0 dans le signifiant comme tel, est sp\u00e9cialement cette<strong> jouissance f\u00e9minine suppl\u00e9mentaire<\/strong>. C\u2019est exactement la jouissance \u00e9rotomaniaque, au sens o\u00f9 <strong>c\u2019est une jouissance qui n\u00e9cessite que son objet parle.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est en cela que c\u2019est une jouissance qui n\u00e9cessite qu\u2019on en passe par l\u2019amour, alors que la jouissance c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le ne n\u00e9cessite pas qu\u2019on en passe par l\u2019amour, elle ne n\u00e9cessite pas la jouissance de la parole. Ce que tout d\u00e9montre, que ce soit la place de la prostitu\u00e9e comme la place du contact homosexuel silencieux. L\u2019objet f\u00e9tiche ne n\u00e9cessite pas la pr\u00e9sence de l\u2019amour, alors que, du c\u00f4t\u00e9 femme, il faut en passer par l\u2019amour en tant que l\u2019amour parle, que l\u2019amour n\u2019est pas pensable sans la parole. Et en m\u00eame temps, pr\u00e9cis\u00e9ment en raison de sa forme A barr\u00e9, c\u2019est une jouissance dont il n\u2019y a pas savoir, une jouissance dont on ne peut rien dire, qui est marqu\u00e9e du sceau de l\u2019ignorance.<\/p>\n<p>Cette formule S \u25ca A indique la valeur \u00e0 donner \u00e0 la liaison entre l\u2019amour et la supposition de savoir. Lacan disait \u2013 <em>C\u2019est vers celui \u00e0 qui on suppose le savoir qu\u2019on dirige l\u2019amour.<\/em> Mais c\u2019est dans la mesure o\u00f9 ce savoir n\u2019est que suppos\u00e9, dans la mesure o\u00f9 il ne peut s\u2019expliciter, s\u2019expliquer, et s\u2019exposer. C\u2019est donc ici un indice d\u2019ignorance qui est l\u2019\u00e9quivalent, le repr\u00e9sentant de la supposition de savoir, d\u2019un savoir qui reste ind\u00e9finiment suppos\u00e9. Nous disons l\u2019amour, mais l\u2019amour, du c\u00f4t\u00e9 gauche, appara\u00eet toujours comme un suppl\u00e9ment de petit a, \u00e0 l\u2019occasion comme un semblant qui voile le petit a, alors que l\u2019amour du c\u00f4t\u00e9 droit a une tout autre valeur. L\u2019amour, du c\u00f4t\u00e9 femme, est vraiment une composante de l\u2019objet \u00e9rotomaniaque lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>ler avril 1998<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019orientation lacanienne (1997-98), enseignement prononc\u00e9 dans le cadre du D\u00e9partement de Psychanalyse de Paris VIII, le\u00e7on \u00e9tablie par Catherine Bonningue.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 dans<em> <strong>La Cause freudienne<\/strong><\/em> n\u00b0 40, <strong><em>Maladies d&rsquo;amour<\/em><\/strong>, janvier 1999.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je m\u2019aper\u00e7ois que je ne me suis pas interrog\u00e9 sur pourquoi j\u2019avais re\u00e7u sp\u00e9cialement un grand nombre de lettres depuis la semaine derni\u00e8re, des lettres commentant ce que j\u2019avais pu dire, ou me reprenant sur un certain nombre de points. J\u2019avoue que j\u2019ai laiss\u00e9 \u00e7a un peu de c\u00f4t\u00e9. Certaines de ces lettres abondaient dans&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2015\/03\/un-repartitoire-sexuel-par-jacques-alain-miller-ii\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">\u00abUn r\u00e9partitoire sexuel\u00bb par Jacques-Alain Miller &#8211; II<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":15530,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1104,44],"tags":[1862],"class_list":["post-15526","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-jacques-alain-miller-2","category-psychanalyse","tag-boussole","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/1105px-Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg?fit=1105%2C900&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15526","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15526"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15526\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15530"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15526"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15526"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15526"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}