{"id":17041,"date":"2016-06-12T07:17:13","date_gmt":"2016-06-12T05:17:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=17041"},"modified":"2016-06-13T11:30:58","modified_gmt":"2016-06-13T09:30:58","slug":"surtout-rien-01","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/06\/surtout-rien-01\/","title":{"rendered":"Surtout rien"},"content":{"rendered":"<p>Je pense que ma vie aura \u00e9t\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, domin\u00e9e par un seul et m\u00eame objet : l\u2019objet rien. Enfin, qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 le seul, je n\u2019en sais (bien s\u00fbr) fichtre rien, mettons que cela reste \u00e0 d\u00e9couvrir. Y e\u00fbt-il autre chose que rien, se peut-il qu\u2019il y e\u00fbt jamais autre chose que rien. A tout le moins, \u00e0 lui seul cet objet domina-t-il largement ma vie psychique, cet objet que j\u2019ai pris coutume d\u2019appeler\u00a0 l\u2019objet surtout-rien. Le d\u00e9montrer, risque de n\u2019\u00eatre pas-rien. A quoi donc, je devrais \u00e9chouer. A moins que je n\u2019arrive \u00e0 faire en sorte qu\u2019il n\u2019en f\u00fbt rien et qu\u2019\u00e9crire sur rien f\u00fbt bel et bien rien. Comme il convient, f\u00fbt jamais rien. En quoi consisterait ma seule chance d\u2019y arriver. D\u2019arriver \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Cet objet, je l\u2019ai d\u00e9couvert comme tel chez Lacan, chez le psychanalyste Jacques Lacan, c\u2019est \u00e0 lui qu\u2019en revient la paternit\u00e9, lui qui l\u2019a rep\u00e9r\u00e9, d\u00e9lin\u00e9\u00e9, ainsi baptis\u00e9. C\u2019\u00e9tait selon lui l\u2019un des objets de pr\u00e9dilection de l\u2019hyst\u00e9rique. Qu\u2019on ne s\u2019attende pas ici \u00e0 ce que je sois jamais pr\u00e9cise dans mes r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la psychanalyse, dans aucune d\u2019ailleurs de mes r\u00e9f\u00e9rences, qu\u2019on se le tienne pour dit. La psychanalyse, la psychanalyse lacanienne a tenu une grande place dans ma vie, jusqu\u2019\u00e0 une certaine \u00e9poque, qui remonte, mettons \u00e0 dix ans, mettons, \u00e0 la grosse, \u00e0 la louche, et dont il n\u2019est jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent rien sorti, d\u2019ailleurs, et comme il se doit, sinon moi. Moi, qui t\u00e2che de m\u2019en sortir. Je ne tiens \u00e0 donner \u00e0 mon travail aucun caract\u00e8re scientifique, il s\u2019agit, avec cet objet rien, d\u2019un objet de jouissance, et cet objet ne souffre pas la science. Il en r\u00e9chappe. J\u2019ai mes r\u00e9f\u00e9rences, mais elles sont lointaines, elles datent de cette \u00e9poque o\u00f9 je consacrais ma vie \u00e0 l\u2019\u00e9tude et \u00e0 la pratique de la psychanalyse, cette vie est derri\u00e8re moi. J\u2019ai suffisamment souffert de n\u2019en avoir rien tir\u00e9, rien su tir\u00e9. Echec quant \u00e0 mon \u00eatre au monde, r\u00e9ussite, triomphe du point de vue donc de mon petit objet. Je ne retournerai donc pas aux livres une xi\u00e8me fois pour v\u00e9rifier ce que j\u2019ass\u00e8re ici, je ne retournerai pas m\u2019y perdre, je m\u2019y suis longtemps cherch\u00e9e, rien, je n\u2019ai trouv\u00e9 que cet objet \u00e0 la force fatale qui poss\u00e8de ma vie l\u2019englobe, qu\u2019elle-m\u00eame contient farouchement, sur laquelle elle tend \u00e0 se r\u00e9sorber.\u00a0 Je ne retournerai pas une xi\u00e8me fois aux livres et aux auteurs pour trouver la v\u00e9rification, la justification, du fonctionnement dont je suis seule \u00e0 p\u00e2tir, qui ne s\u2019\u00e9crit pas qu\u2019en mots et dont je v\u00e9rifie l\u2019existence quotidiennement, en ma chair, dirais-je. A Lacan revient d\u2019avoir nomm\u00e9 cet objet, de l\u2019avoir invent\u00e9, l\u2019objet dont je veux parler, il ne l\u2019a pas connu, c\u2019est un organe \u00e0 moi. Je parle de mon rien. Des livres lus, je ne veux ramener ici que la marque ind\u00e9l\u00e9bile qu\u2019ils ont inscrite en moi. Elle seulement compte. Je ne suis l\u2019objet que de traces. D\u2019empreintes. Laiss\u00e9es sur et dans ma chair, car je ne vois pas comment nommer autrement la rencontre entre certains livres, des paroles, des lettres, des mots, fussent-ils d\u2019auteurs, et ce lieu de r\u00e9sidence de ma vie, mon corps. Cet autre objet consid\u00e9rable qui lui, n\u2019est certes pas-rien. J\u2019appelle chair sa surface d\u2019inscription, tr\u00e8s loin de se r\u00e9duire \u00e0 la peau. Ou alors celle du dedans tant que du dehors, toute surface parcourable, inscriptible jusqu\u2019\u00e0 un certain point, m\u00eame de la fa\u00e7on la plus t\u00e9nue, l\u2019\u00e9vocation d\u2019un filet d\u2019air. C\u2019est en cela qu\u2019il est important \u00e0 un moment de ne pas retourner aux livres, de ne pas ramener l\u2019exacte citation, car les livres ram\u00e8nent toujours la marque de leur auteur, leur corps, o\u00f9 l\u2019on aurait bien cherch\u00e9, trouv\u00e9, gard\u00e9 asile de longs temps, mais cela ne tient qu\u2019un temps, comme toute chose, car on a le sien de corps, support d\u2019uniques inscriptions et qui parle, lui, tout seul. De lui dont on ne sait rien, qu\u2019on reconna\u00eet \u00e0 peine, de lui dont on ne sait rien et que l\u2019objet rien cherche, h\u00e9ro\u00efque, si \u00e7a se trouve, \u00e0 lui seul, \u00e0 repr\u00e9senter, \u00e0 nous rappeler \u00e0 son bon vouloir, du corps inscriptible, de la livre \u00e9crite, chair aux mots illisibles, bord de l\u00e8vres.<br \/> Eventuellement, donc, on trouve l\u00e0, \u00e0 tout le moins on en \u00e9crit, une racine du rien. Au corps t\u00e9nu. Abandonn\u00e9, illicite, innomm\u00e9. Cela \u00e9tant dit, on n\u2019a encore rien dit, puisque telle est la nature du dit : rien. Et du rien : dit. Rien dit d\u2019abord le rien dit, du corps. <br \/> Corps, racine du rien, et dit sa mati\u00e8re, mati\u00e8re de rien. (Et cette mati\u00e8re, au corps, est jouissance. ce pourquoi on ne peut rien en dire (si ce n\u2019est que \u00e7a s\u2019\u00e9crit \/ sicen\u00e8ksass\u00e9crit).<br \/> (Bon, tout \u00e7a bien s\u00fbr est psychanalyse, lacanienne certes, mais aussi mill\u00e9-rienne.)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Dit ainsi, cela para\u00eet joli. Au monde, il n\u2019en est rien. Au monde, dans le monde, avec le monde, ce rien n\u2019a rien \u00e0 faire.\u00a0 De quel monde parl\u00e9-je ? De celui o\u00f9 nous vivons et tel qu\u2019il est con\u00e7u et organis\u00e9 par le langage.\u00a0 Non que le rien n\u2019y agisse, mais il en est le rebut.\u00a0 D\u00e8s lors que faire? Puisqu\u2019on le voit bien, ce rien est in\u00e9liminable.\u00a0 Que faire, sinon du monde r\u00e9duire l\u2019empire, soulever le voile de ce qu\u2019il est : repr\u00e9sentation (rien de si s\u00e9rieux qu\u2019il n\u2019y para\u00eet). Et du rien du r\u00e9el au monde radoucir les traits.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Donc, d\u2019abord, ce rien l\u2019exhumer de dessous les jupes du monde o\u00f9 il croupit, enseveli sous un fatras de comportements insens\u00e9s, un bric \u00e0 brac de sentiments lourds et non-autoris\u00e9s, l\u2019attirer prudemment vers un peu de lumi\u00e8re &#8211;\u00a0 quelques mots, quelques images pr\u00e9cautionneusement choisis -, prenant garde qu\u2019il ne s\u2019y dissipe (puisqu\u2019il n\u2019est, sinon litt\u00e9ralement, <em>pas de ce monde<\/em> (d\u2019un autre, celui qui n\u2019est pas \u00e0 port\u00e9e du langage, dont il t\u00e9moigne, par la n\u00e9gative)).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je pense que ma vie aura \u00e9t\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, domin\u00e9e par un seul et m\u00eame objet : l\u2019objet rien. Enfin, qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 le seul, je n\u2019en sais (bien s\u00fbr) fichtre rien, mettons que cela reste \u00e0 d\u00e9couvrir. Y e\u00fbt-il autre chose que rien, se peut-il qu\u2019il y e\u00fbt jamais autre chose que rien. 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