{"id":17102,"date":"2016-06-29T12:35:18","date_gmt":"2016-06-29T10:35:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=17102"},"modified":"2016-08-07T16:00:49","modified_gmt":"2016-08-07T14:00:49","slug":"le-philosophe-giorgio-agamben-la-pensee-cest-le-courage-du-desespoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/06\/le-philosophe-giorgio-agamben-la-pensee-cest-le-courage-du-desespoir\/","title":{"rendered":"Le philosophe Giorgio Agamben : \u00ab\u00a0La pens\u00e9e, c&rsquo;est le courage du d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Article publi\u00e9 par T\u00e9l\u00e9rama le 10\/03\/2012, propos recueillis par Juliette Cerf\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.telerama.fr\/idees\/le-philosophe-giorgio-agamben-la-pensee-c-est-le-courage-du-desespoir,78653.php\">http:\/\/www.telerama.fr\/idees\/le-philosophe-giorgio-agamben-la-pensee-c-est-le-courage-du-desespoir,78653.php<\/a><\/p>\n<blockquote>\n<div><strong>Le capitalisme ? Une religion. L&rsquo;homme ? Un animal d\u00e9soeuvr\u00e9. La loi ? Trop pr\u00e9sente.\u00a0 Le philosophe italien analyse avec sagacit\u00e9 notre soci\u00e9t\u00e9 et ses d\u00e9rives \u00ab\u00a0biopolitiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><\/strong><\/div>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9ologie est maintenant tr\u00e8s pr\u00e9sente dans votre r\u00e9flexion. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p>Les derni\u00e8res recherches que j&rsquo;ai entreprises m&rsquo;ont montr\u00e9 que nos soci\u00e9t\u00e9s modernes, qui se pr\u00e9tendent la\u00efques, sont au contraire gouvern\u00e9es par des concepts th\u00e9ologiques s\u00e9cularis\u00e9s qui agissent avec d&rsquo;autant plus de puissance qu&rsquo;ils ne sont pas conscients. <strong>Nous n&rsquo;arriverons jamais \u00e0 saisir ce qui se passe aujourd&rsquo;hui sans comprendre que le capitalisme est en r\u00e9alit\u00e9 une religion. Et, comme le disait Walter Benjamin, il s&rsquo;agit de la plus f\u00e9roce des religions car elle ne conna\u00eet pas d&rsquo;expiation&#8230;<\/strong> Prenez le mot \u00ab foi \u00bb, d&rsquo;habitude r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re religieuse. Le terme grec qui lui correspond dans les Evangiles, c&rsquo;est <em>pistis<\/em>. Un historien des religions qui essayait de comprendre la signification de ce mot se promenait un jour dans une rue d&rsquo;Ath\u00e8nes. Tout \u00e0 coup, il vit \u00e9crit sur une enseigne : \u00ab Trapeza tes pisteos \u00bb. Il s&rsquo;approcha et se rendit compte qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une banque : <em>trapeza tes pisteos <\/em>veut dire \u00ab banque de cr\u00e9dit \u00bb. Ce fut une illumination.<\/p>\n<p><strong>Que nous r\u00e9v\u00e8le cette histoire ?<\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong><em>Pistis,<\/em> la foi, c&rsquo;est le cr\u00e9dit dont nous jouissons aupr\u00e8s de Dieu et dont la parole de Dieu jouit aupr\u00e8s de nous.<\/strong> Or il y a bien dans notre soci\u00e9t\u00e9 une sph\u00e8re qui tourne enti\u00e8rement autour du cr\u00e9dit. Cette sph\u00e8re est l&rsquo;argent et la banque est son temple. Vous savez que l&rsquo;argent n&rsquo;est qu&rsquo;un cr\u00e9dit : sur le dollar et la livre (pas sur l&rsquo;euro, cela aurait d\u00fb nous alerter&#8230;), on peut encore lire que la Banque centrale paiera au porteur l&rsquo;\u00e9quivalent de ce cr\u00e9dit. La crise a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e par une s\u00e9rie d&rsquo;op\u00e9rations sur des cr\u00e9dits revendus des dizaines de fois avant qu&rsquo;ils puissent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s. En gouvernant le cr\u00e9dit, la Banque, qui a pris la place de l\u2019\u00c9glise et des pr\u00eatres, manipule la foi et la confiance des hommes. Si la politique est aujourd&rsquo;hui en retrait, c&rsquo;est que le pouvoir financier, en se substituant \u00e0 la religion, a s\u00e9questr\u00e9 toute la foi et toutes les esp\u00e9rances. Voil\u00e0 pourquoi je fais des recherches sur la religion et le droit : l&rsquo;arch\u00e9ologie me semble \u00eatre la meilleure voie d&rsquo;acc\u00e8s au pr\u00e9sent. L&rsquo;homme europ\u00e9en ne peut acc\u00e9der \u00e0 son pr\u00e9sent sans se mesurer \u00e0 son pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>En quoi consiste cette m\u00e9thode arch\u00e9ologique ?<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est une recherche de l&rsquo;<em>arch\u00e8,<\/em> qui veut dire \u00abcommencement\u00bb et \u00abcommandement\u00bb en grec. Dans notre tradition, le commencement est \u00e0 la fois ce qui donne naissance \u00e0 quelque chose et ce qui en commande l&rsquo;histoire. Mais cette origine ne peut \u00eatre dat\u00e9e, situ\u00e9e sur une chronologie : c&rsquo;est une force qui continue d&rsquo;agir dans le pr\u00e9sent, telle l&rsquo;enfance en psychanalyse, qui d\u00e9termine la vie psychique de l&rsquo;adulte, ou le big bang, qui, selon les astrophysiciens, a donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;Univers mais continue de propager son rayonnement fossile. L&rsquo;exemple type de cette m\u00e9thode serait le devenir homme de l&rsquo;animal (l&rsquo;anthropogen\u00e8se), c&rsquo;est-\u00e0-dire un \u00e9v\u00e9nement que l&rsquo;on suppose avoir eu lieu n\u00e9cessairement, mais qui n&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9 une fois pour toutes : l&rsquo;homme est toujours en train de devenir humain, donc aussi de rester inhumain, animal. La philosophie n&rsquo;est pas une discipline acad\u00e9mique, c&rsquo;est une fa\u00e7on de se mesurer \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement qui ne cesse de se produire et qui va d\u00e9cider de l&rsquo;humanit\u00e9 et de l&rsquo;inhumanit\u00e9 de l&rsquo;homme, questions tout \u00e0 fait vitales, il me semble.<\/p>\n<p><strong>Cette vision du devenir humain n&rsquo;est-elle pas pessimiste dans votre \u0153uvre ?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis tr\u00e8s content que vous posiez cette question car je me trouve en effet souvent class\u00e9 pessimiste. D&rsquo;abord, \u00e0 titre personnel, je ne le suis pas du tout. Ensuite, les concepts de pessimisme et d&rsquo;optimisme n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec la pens\u00e9e. Debord citait souvent une lettre de Marx : <em>\u00ab Les conditions d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle je vis me remplissent d&rsquo;espoir.\u00bb<\/em> Une pens\u00e9e radicale se met toujours dans la position extr\u00eame du d\u00e9sespoir. Simone Weil le disait aussi : <em>\u00ab Je n&rsquo;aime pas les gens qui se r\u00e9chauffent avec des espoirs creux. \u00bb<\/em> La pens\u00e9e, pour moi, c&rsquo;est cela : le courage du d\u00e9sespoir. N&rsquo;est-ce pas le comble de l&rsquo;optimisme ?<\/p>\n<p><strong>\u00catre contemporain, selon vous, c&rsquo;est percevoir l&rsquo;obscurit\u00e9 de son \u00e9poque et non sa lumi\u00e8re. Comment comprendre cette id\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00catre contemporain, c&rsquo;est r\u00e9pondre \u00e0 un appel que l&rsquo;\u00e9poque nous lance par son obscurit\u00e9. Dans l&rsquo;Univers en expansion, l&rsquo;espace qui nous s\u00e9pare des galaxies les plus lointaines s&rsquo;agrandit \u00e0 une vitesse si grande que la lumi\u00e8re de leurs \u00e9toiles ne peut nous parvenir. Percevoir dans l&rsquo;obscurit\u00e9 du ciel cette lumi\u00e8re qui cherche \u00e0 nous rejoindre et ne le peut pas, c&rsquo;est cela, \u00eatre contemporain. Le pr\u00e9sent est la chose la plus difficile \u00e0 vivre. Car l&rsquo;origine, je le r\u00e9p\u00e8te, n&rsquo;est pas confin\u00e9e dans le pass\u00e9 : c&rsquo;est un tourbillon, selon la tr\u00e8s belle image de Benjamin, c&rsquo;est un gouffre dans le pr\u00e9sent. Et nous sommes pris dans ce gouffre. Voil\u00e0 pourquoi le pr\u00e9sent est par excellence ce qui reste non v\u00e9cu.<\/p>\n<p><strong>Le contemporain supr\u00eame, serait-ce le po\u00e8te ? Ou le philosophe ?<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai tendance \u00e0 ne pas opposer po\u00e9sie et philosophie, dans le sens o\u00f9 ces deux exp\u00e9riences ont \u00e9galement lieu dans le langage. La v\u00e9rit\u00e9 a sa demeure dans les mots, et je me m\u00e9fierais d&rsquo;un philosophe qui laisserait \u00e0 d&rsquo;autres, aux philologues ou aux po\u00e8tes, le souci de cette demeure. Il faut prendre soin du langage, et je crois que l&rsquo;un des probl\u00e8mes essentiels des m\u00e9dias est qu&rsquo;ils ne s&rsquo;en soucient pas. Le journaliste aussi est responsable par rapport \u00e0 la langue, et il sera jug\u00e9 par elle.<\/p>\n<p><strong>Comment votre dernier travail sur la liturgie nous donne-t-il acc\u00e8s au pr\u00e9sent ?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;analyser, c&rsquo;est mettre le doigt sur un immense changement dans notre repr\u00e9sentation de l&rsquo;\u00eatre des choses. <strong>Dans le monde ancien, l&rsquo;\u00eatre est l\u00e0, c&rsquo;est une pr\u00e9sence. Avec la liturgie chr\u00e9tienne, l&rsquo;homme est ce qu&rsquo;il doit et doit ce qu&rsquo;il est. Aujourd&rsquo;hui, nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;autre repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 que cette op\u00e9rativit\u00e9, cette efficacit\u00e9.<\/strong> On ne con\u00e7oit plus un \u00eatre sans effet. N&rsquo;est r\u00e9el que ce qui est effectif, donc efficace et gouvernable. <strong>La t\u00e2che de la philosophie \u00e0 venir est de penser une politique et une \u00e9thique lib\u00e9r\u00e9es des concepts de devoir et d&rsquo;efficacit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Penser le d\u00e9s\u0153uvrement, par exemple ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;insistance sur le travail, la production est n\u00e9faste.<\/strong> <strong>La gauche s&rsquo;est fourvoy\u00e9e quand elle a assum\u00e9 ces cat\u00e9gories, qui sont au centre du capitalisme.<\/strong> Mais il faut pr\u00e9ciser que le d\u00e9s\u0153uvrement, tel que je le con\u00e7ois, n&rsquo;est ni de l&rsquo;inertie ni de la fain\u00e9antise. Il faut d\u00e9s-oeuvrer au sens actif du terme &#8211; le mot fran\u00e7ais me semble tr\u00e8s beau. <strong>C&rsquo;est une activit\u00e9 qui consiste \u00e0 rendre inop\u00e9rantes toutes les oeuvres sociales de l&rsquo;\u00e9conomie, du droit, de la religion pour les ouvrir \u00e0 d&rsquo;autres usages possibles.<\/strong> Car c&rsquo;est cela le propre de l&rsquo;homme : \u00e9crire un po\u00e8me en d\u00e9passant la fonction communicative du langage ; parler ou donner un baiser en d\u00e9tournant de sa fonction la bouche, qui sert d&rsquo;abord \u00e0 manger. Dans <em>Ethique \u00e0 Nicomaque,<\/em> Aristote se demande s&rsquo;il y a une \u0153uvre propre \u00e0 l&rsquo;homme. L\u2019\u0153uvre du joueur de fl\u00fbte, c&rsquo;est jouer de la fl\u00fbte, l\u2019\u0153uvre du cordonnier, c&rsquo;est faire des chaussures, mais y a-t-il une \u0153uvre de l&rsquo;homme en tant que tel ? Il fait alors l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle l&rsquo;homme serait peut-\u00eatre n\u00e9 sans \u0153uvre, mais l&rsquo;abandonne aussit\u00f4t. Pourtant, cette hypoth\u00e8se nous conduit au coeur de l&rsquo;humain. <strong>L&rsquo;homme est l&rsquo;animal d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 ; il n&rsquo;a aucune t\u00e2che biologique assign\u00e9e, aucune fonction clairement prescrite.<\/strong> C&rsquo;est un \u00eatre de puissance qui peut sa propre impuissance. L&rsquo;homme peut tout mais ne doit rien.<\/p>\n<p><strong>Vous avez fait des \u00e9tudes de droit, mais toute votre philosophie cherche en un sens \u00e0 s&rsquo;affranchir du droit.<\/strong><\/p>\n<p>Au sortir du lyc\u00e9e, je n&rsquo;avais au fond qu&rsquo;un d\u00e9sir : \u00e9crire. Mais qu&rsquo;est-ce que cela veut dire ? <strong>\u00c9crire quoi ? Je crois que c&rsquo;est un d\u00e9sir de se rendre la vie possible.<\/strong> Ce qu&rsquo;on veut, ce n&rsquo;est pas \u00ab \u00e9crire \u00bb, c&rsquo;est \u00ab pouvoir \u00bb \u00e9crire. C&rsquo;est un geste philosophique inconscient : on essaie de se rendre la vie possible, ce qui est une bonne d\u00e9finition de la philosophie. Or le droit, c&rsquo;est apparemment le contraire, c&rsquo;est le n\u00e9cessaire et pas le possible. Mais si j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 le droit, c&rsquo;est que je ne pouvais sans doute pas acc\u00e9der au possible sans faire l&rsquo;\u00e9preuve du n\u00e9cessaire. En tout cas, mes \u00e9tudes de droit m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s utiles le moment venu. Le pouvoir a laiss\u00e9 tomber les concepts politiques au profit des concepts juridiques. Le juridique ne cesse de prolif\u00e9rer : on fait des lois sur tout, dans des domaines autrefois inconcevables. Cette prolif\u00e9ration est dangereuse ; dans nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques, il n&rsquo;y a plus rien qui ne soit norm\u00e9. J&rsquo;ai d\u00e9couvert une chose tr\u00e8s belle chez les juristes arabes. Ils repr\u00e9sentent le droit par une sorte d&rsquo;arbre avec, \u00e0 un extr\u00eame, ce qui est interdit et, \u00e0 l&rsquo;autre, ce qui est obligatoire. Pour eux, la t\u00e2che du juriste se situe entre ces deux p\u00f4les, c&rsquo;est-\u00e0-dire concerne tout ce qu&rsquo;on peut faire sans que cela soit juridiquement sanctionn\u00e9. Cette zone de libert\u00e9 ne cesse de se r\u00e9tr\u00e9cir, alors qu&rsquo;elle devrait s&rsquo;\u00e9largir.<\/p>\n<p><strong>En 1997, dans le premier volume de votre cycle<\/strong> <strong><em>Homo sacer,<\/em> vous avez affirm\u00e9 que le camp \u00e9tait la norme de notre espace politique. D&rsquo;Ath\u00e8nes \u00e0 Auschwitz&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>On m&rsquo;a beaucoup reproch\u00e9 <strong>cette id\u00e9e, que le camp ait remplac\u00e9 la cit\u00e9 comme <em>nomos<\/em> (norme, loi) de la modernit\u00e9.<\/strong> Or je ne visais pas le camp comme fait historique, mais comme matrice secr\u00e8te de notre soci\u00e9t\u00e9. <strong>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un camp ? C&rsquo;est une portion du territoire soustraite \u00e0 l&rsquo;ordre juridico-politique, une mat\u00e9rialisation de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;exception. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;exception et la d\u00e9politisation ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 partout.<\/strong> L&rsquo;espace vid\u00e9osurveill\u00e9 des villes contemporaines est-il public ou priv\u00e9, int\u00e9rieur ou ext\u00e9rieur ? De nouveaux espaces se d\u00e9ploient : le mod\u00e8le isra\u00e9lien dans les territoires occup\u00e9s, compos\u00e9 de toutes ces barri\u00e8res excluant les Palestiniens, a \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9 \u00e0 Duba\u00ef pour cr\u00e9er des \u00eelots touristiques absolus, hyper s\u00e9curis\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p><strong>O\u00f9 en est<\/strong> <strong><em>Homo sacer<\/em>?<\/strong><\/p>\n<p>Quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 ce cycle, ce qui m&rsquo;int\u00e9ressait c&rsquo;\u00e9tait la relation entre le droit et la vie. Dans notre culture, la notion de vie n&rsquo;est jamais d\u00e9finie, mais elle est sans cesse divis\u00e9e : il y a la vie politiquement qualifi\u00e9e <em>(bios),<\/em> la vie naturelle commune \u00e0 tous les animaux <em>(zo\u00e9),<\/em> la vie v\u00e9g\u00e9tative, la vie de relation, etc. Peut-on atteindre une forme de vie qui r\u00e9siste \u00e0 la division ? Je suis \u00e0 pr\u00e9sent en train d&rsquo;\u00e9crire le dernier volume d&rsquo;<em>Homo<\/em> <em>sacer<\/em>. Giacometti a dit une chose que j&rsquo;aime beaucoup : on ne termine jamais un tableau, on l&rsquo;abandonne. Les tableaux de Giacometti ne sont pas finis, leur puissance n&rsquo;est jamais \u00e9puis\u00e9e. J&rsquo;aimerais que cela arrive aussi pour <em>Homo sacer,<\/em> qu&rsquo;il soit abandonn\u00e9 mais pas fini&#8230; Je pense en plus que la philosophie ne peut pas trop consister en un \u00e9nonc\u00e9 th\u00e9orique. La th\u00e9orie doit parfois montrer son insuffisance.<\/p>\n<p><strong>Est-ce pour cette raison que vous avez toujours \u00e9crit, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vos essais th\u00e9oriques, des textes plus courts, plus po\u00e9tiques ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, tout \u00e0 fait. Ces deux registres d&rsquo;\u00e9criture ne se contredisent pas et, je l&rsquo;esp\u00e8re, s&rsquo;entrecroisent m\u00eame parfois. C&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;un gros livre <em>Le R\u00e8gne et la Gloire<\/em>(2008), g\u00e9n\u00e9alogie du gouvernement et de l&rsquo;\u00e9conomie, que m&rsquo;est apparue avec force la notion de d\u00e9soeuvrement, que j&rsquo;ai essay\u00e9 de d\u00e9velopper de fa\u00e7on plus concr\u00e8te dans d&rsquo;autres textes. Ces croisements font tout le plaisir de l&rsquo;\u00e9criture et de la pens\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n<div>\n<blockquote><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<div>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><strong>A lire<\/strong><br clear=\"none\" \/> <br clear=\"none\" \/> Opus Dei. Arch\u00e9ologie de l&rsquo;office. Homo sacer II, 5, de Giorgio Agamben, traduit de l&rsquo;italien par Martin Rueff, \u00e9d. du Seuil, 178 p., 19 \u20ac.<br clear=\"none\" \/> <br clear=\"none\" \/> De la tr\u00e8s haute pauvret\u00e9. R\u00e8gles et forme de vie, Homo sacer IV, 1, de Giorgio Agamben, traduit de l&rsquo;italien par Jo\u00ebl Gayraud, \u00e9d. Rivages, 214 p., 20 \u20ac.<br clear=\"none\" \/> <br clear=\"none\" \/> <strong>La pens\u00e9e d&rsquo;Agamben<\/strong><br clear=\"none\" \/> <br clear=\"none\" \/> Pour entrer dans la pens\u00e9e, exigeante, d&rsquo;Agamben, quelques recueils de textes s&rsquo;imposent, entre prose et po\u00e9sie, fl\u00e2nerie et philologie : Nudit\u00e9s ainsi que Profanations et La Puissance de la pens\u00e9e (\u00e9d. Rivages). Il sera alors temps de se lancer dans la lecture d&rsquo;Homo sacer, via Le Pouvoir souverain et la vie nue (\u00e9d. Seuil) et Ce qui reste d&rsquo;Auschwitz (\u00e9d. Rivages). A noter : plusieurs articles du philosophe sont disponibles sur le site de la revue <a href=\"http:\/\/multitudes.samizdat.net\/\" target=\"_blank\" shape=\"rect\"><em>Multitudes<\/em><\/a>.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article publi\u00e9 par T\u00e9l\u00e9rama le 10\/03\/2012, propos recueillis par Juliette Cerf\u00a0: http:\/\/www.telerama.fr\/idees\/le-philosophe-giorgio-agamben-la-pensee-c-est-le-courage-du-desespoir,78653.php Le capitalisme ? Une religion. L&rsquo;homme ? Un animal d\u00e9soeuvr\u00e9. La loi ? Trop pr\u00e9sente.\u00a0 Le philosophe italien analyse avec sagacit\u00e9 notre soci\u00e9t\u00e9 et ses d\u00e9rives \u00ab\u00a0biopolitiques\u00a0\u00bb. [&#8230;] La th\u00e9ologie est maintenant tr\u00e8s pr\u00e9sente dans votre r\u00e9flexion. Pourquoi ? Les derni\u00e8res recherches que&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/06\/le-philosophe-giorgio-agamben-la-pensee-cest-le-courage-du-desespoir\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">Le philosophe Giorgio Agamben : \u00ab\u00a0La pens\u00e9e, c&rsquo;est le courage du d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1759,1590],"tags":[546,1755,1769,1770,614,1768,1761,1443,1765,1762,709,1143],"class_list":["post-17102","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-monde","category-philosophie","tag-argent","tag-biopolitique","tag-biopouvoir","tag-camp","tag-capitalisme","tag-credit","tag-credo","tag-croyance","tag-economie","tag-foi","tag-oeuvre","tag-politique","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17102"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17102\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}