{"id":17229,"date":"2016-09-06T09:33:03","date_gmt":"2016-09-06T07:33:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=17229"},"modified":"2026-05-11T18:53:37","modified_gmt":"2026-05-11T16:53:37","slug":"javais-ecrit-cette-lettre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/09\/javais-ecrit-cette-lettre\/","title":{"rendered":"lettre sans r\u00e9ponse"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-blue-background-color has-background has-medium-font-size\">Comment j&rsquo;ai \u00e9crit beaucoup de lettres, comment on m&rsquo;a rarement r\u00e9pondu, comment j&rsquo;ai de moins en moins \u00e9crit de lettres, comment, je n&rsquo;ai plus \u00e9crit de lettres, comment il n&rsquo;est rien au monde qui ne me soit plus douloureux qu&rsquo;une lettre sans r\u00e9ponse. Mais aussi, comment mes amours ont toutes commenc\u00e9 sous les auspices des lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais \u00e9crit <a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/lannonce-faite-a-mc\/\">cette lettre \u00e0 M<\/a>, rencontr\u00e9e au stage de tai chi, d\u00e9but juillet. Je l&rsquo;ai \u00e9crite en plein mois d&rsquo;ao\u00fbt, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il faisait chaud, o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais en plein dans mon obsession du foie et de <a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/lhorloge-biologique-chinoise-mise-a-lheure-dete\/\">l&rsquo;horloge biologique chinoise<\/a>, mais aussi en pleine \u00e9nergie, enthousiasme, dans le br\u00fblure de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Je faisais du tai chi dehors, au soleil, en diff\u00e9rents endroits du jardin, je pratiquais les 108 dont je voulais finir de m\u00e9moriser les 2 premi\u00e8res parties apprises cette ann\u00e9e, je travaillais \u00e9galement au jardin, un peu n&rsquo;importe comment, avec des outils contondants que nous venions d&rsquo;acheter. Je sciais des branches, je taillais des bosquets \u00e9normes o\u00f9 il m&rsquo;est arriv\u00e9e de me fondre en short, \u00e0 plaisir, pour y traquer, scier l&rsquo;arbre qui s&rsquo;y \u00e9tait invit\u00e9 et pensait pouvoir continuer \u00e0 longtemps pousser tranquille et \u00e9chapper \u00e0 ma fougue &#8211;\u00a0 tel ce pauvre noisetier pouss\u00e9 dans le laurier. Depuis que je le pratique, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait amatrice, le jardinage me para\u00eet \u00e0 la racine m\u00eame de la civilisation, \u00e7a coupe, \u00e7a trace, \u00e7a fauche. Dans le corps \u00e0 corps, la joie et la cruaut\u00e9. Au moins en \u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai jamais re\u00e7u, ou tr\u00e8s tard, tout r\u00e9cemment, de r\u00e9ponse \u00e0 cette lettre. C&rsquo;est quelque chose que je ne supporte plus, que j&rsquo;accepte mais ne supporte plus. \u00c7a me laisse sans voix, \u00e7a m&rsquo;\u00e9teint. Je le comprends, pour avoir \u00e9crit, autrefois, une quantit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale de lettres auxquelles il n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que rarement r\u00e9pondu, j&rsquo;ai eu le temps de m&rsquo;inventer des explications qui ne soient pas compl\u00e8tement d\u00e9sesp\u00e9rantes. Ces absences de r\u00e9ponses ayant fini par avoir raison de ma fougue, je me serai \u2014 au fur et \u00e0 mesure \u2014, content\u00e9e d&rsquo;\u00e9crire ces lettres mentalement, \u00e0 quoi aujourd&rsquo;hui <em>\u00e9galement <\/em>je me refuse, pour y avoir pass\u00e9 trop de nuits blanches et vaines. Cette (unique) lettre est tr\u00e8s pauvre par rapport \u00e0 tout ce que j&rsquo;aurais <em>voulu<\/em> ou <em>pu<\/em> ou <em>d\u00fb<\/em>, ma foi, je n&rsquo;en savais rien, \u00e9crire au cours de cet \u00e9t\u00e9. Je n&rsquo;ai rien \u00e9crit en dehors d&rsquo;un journal d&rsquo;alimentation et de cette lettre, \u00e9crite dans la plus grande difficult\u00e9, rest\u00e9e sans r\u00e9ponse. Je constate que je suis \u00e0 une \u00e9poque de ma vie o\u00f9 je suis en retenue par rapport \u00e0 tout ce que j&rsquo;ai trop pratiqu\u00e9. Et la lettre, qui au d\u00e9part, \u00e0 constitu\u00e9 mon premier mode de pens\u00e9e, et d&rsquo;adresse \u00e0 l&rsquo;autre, et d&rsquo;amour, aujourd&rsquo;hui, je ne m&rsquo;y risque plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, cette lettre \u00e0 EL, <a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/nuit\/\">dont il est question l\u00e0<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/samedi-20-aout-6-h-13\/\">mais l\u00e0 aussi<\/a>. Autrefois, cette lettre qu&rsquo;il me manque d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;aurait-elle d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9, \u00e9crite et envoy\u00e9e, et son destin de rester sans r\u00e9ponse serait-il d\u00e9j\u00e0 scell\u00e9. \u00a0 Aujourd&rsquo;hui, d\u00e8s qu&rsquo;il m&rsquo;en vient une, je la retiens. Or, cette lettre \u00e0 EL, j&rsquo;y tiens, il faut que je l&rsquo;\u00e9crive car je souhaite y d\u00e9velopper ma r\u00e9flexion sur les liens de la psychanalyse et du tai chi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me manque dans ces lettres d&rsquo;autrefois, mes premi\u00e8res lettres, c&rsquo;est leur inconscience. Elle n&rsquo;avait d&rsquo;autre objet que l&rsquo;allant de leur adresse m\u00eame. Je devais ignorer les entamant ce dont il serait question, que je d\u00e9veloppais cependant \u00a0jusques au point final, all\u00e8grement pos\u00e9. Probablement auront-elles pris certaines teintes d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;elles comprenaient qu&rsquo;elles ne trouveraient pas d&rsquo;\u00e9cho, qu&rsquo;elles resteraient sans r\u00e9sonance. Il y eut nombre de lettres d&rsquo;amour. Ne s&rsquo;agit-il pas toujours de corps-respondance ? et si \u00e7a ne respond pas dans le corps dans l&rsquo;autre, eh bien, \u00e7a ne respond pas &#8211;\u00a0 \u00e7a ne correspond pas. S&rsquo;agit-il pour autant d&rsquo;\u00eatre sans destin. Et plut\u00f4t que de ne rien \u00e9crire, \u00e9crire au vide. Et nous n&rsquo;avons pas tous une lettre chevill\u00e9e au c\u0153ur (pour expliquer l&rsquo;absence de r\u00e9ponse). <\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, il y a l&rsquo;envers de cela, ou l&rsquo;avers, comme l&rsquo;avers de la m\u00e9daille, c&rsquo;est que cela est juste aussi \u2014 juste et bon \u2014, <strong>de rester sans r\u00e9ponse<\/strong>. Que le vide est une tentation, un vertige. Une ivresse, une damnation. Un trou, un puits (sans fond, o\u00f9 s&rsquo;enfoncer). <\/p>\n\n\n\n<p>(Je plaisante, et tous ceux qui m&rsquo;y ont pens\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9, devraient \u00eatre punis. Mais je ne pense plus \u00e0 eux. Fools. Ils ne savent pas ce qu&rsquo;ils font.)<\/p>\n\n\n\n<p>Et aussi : la passion de l&rsquo;\u00e9criture se partage quelquefois. <\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;agissant de l&rsquo;objet, <strong>lui, ne se partage pas<\/strong>. C&rsquo;est ce que l&rsquo;on ressent aussi, quand on reste sans r\u00e9ponse. On comprend que l&rsquo;on se sera trop rapproch\u00e9 de son propre objet. Dont la nature est d&rsquo;\u00eatre d\u00e9tach\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Detached<br>Detached<sup data-fn=\"57e4cc86-7dc5-484d-a052-aaf741c0a2fd\" class=\"fn\"><a href=\"#57e4cc86-7dc5-484d-a052-aaf741c0a2fd\" id=\"57e4cc86-7dc5-484d-a052-aaf741c0a2fd-link\">1<\/a><\/sup> <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pour \u00e7a que je ne r\u00e9pondrai, \u00e0 mon tour, pas \u00e0 MC. \u00c7a ne correspond pas. Mieux vaut encore apprendre se coltiner le vide. Lui r\u00e9pondre, ce serait encore me retenir de lui r\u00e9pondre, me retenir de prendre support d&rsquo;elle pour \u00e9crire ce que j&rsquo;ai \u00e0 \u00e9crire. Je suppose qu&rsquo;il faut pouvoir \u00e9crire des lettres sans retour, \u00e0 nul. <\/p>\n\n\n\n<p>V, ma V, \u00e9cris, sans retour, \u00e9cris, \u00e0 nul.<\/p>\n\n\n\n<p>Et je me souviens alors, que c&rsquo;\u00e9tait une composante de mes lettres, toujours : \u00ab\u00a0crois-moi, \u00a0cette lettre n&rsquo;attend pas de r\u00e9ponse\u00a0\u00bb. <strong>Je pr\u00e9venais l&rsquo;absence et je la convoquais, mais aussi je l&rsquo;absolvais de sorte que je puisse \u00e9crire <i>encore<\/i>. Surtout, \u00e9crire encore.<\/strong> \u00a0Car, \u00e0 vrai dire, il est plus agr\u00e9able d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 l&rsquo;un qu&rsquo;\u00e0 nul. Or, nul probablement, ne peut entendre ce que j&rsquo;ai \u00e0 dire. Nul sans que les oreilles ne lui saignent. (Puisque c&rsquo;est le but, d&rsquo;en saigner).<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, j&rsquo;irais bien mordre dans quelque chose, moi.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Note<\/strong><\/p>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"57e4cc86-7dc5-484d-a052-aaf741c0a2fd\">\u00ab\u00a0Sometimes at night the darkness and silence weighs on me<br>Peace frightens me. Perhaps I fear it most of all<br>I feel it&rsquo;s only a facade, hiding the face of hell<br>I think of what&rsquo;s in store for my children tomorrow;<br>\u00ab\u00a0The world will be wonderful,\u00a0\u00bb they say;<br>But from whose viewpoint?<br>We need to live in a state of suspended animation<br>Like a work of art; in a state of enchantment<br>Detached, detached\u00a0\u00bb<br><a href=\"https:\/\/youtu.be\/3HQ8IC--4ko?si=IWVeZ_UFDzaSOKaP\">https:\/\/youtu.be\/3HQ8IC&#8211;4ko?si=IWVeZ_UFDzaSOKaP<\/a> <a href=\"#57e4cc86-7dc5-484d-a052-aaf741c0a2fd-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment j&rsquo;ai \u00e9crit beaucoup de lettres, comment on m&rsquo;a rarement r\u00e9pondu, comment j&rsquo;ai de moins en moins \u00e9crit de lettres, comment, je n&rsquo;ai plus \u00e9crit de lettres, comment il n&rsquo;est rien au monde qui ne me soit plus douloureux qu&rsquo;une lettre sans r\u00e9ponse. 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