{"id":17279,"date":"2016-09-13T15:34:40","date_gmt":"2016-09-13T13:34:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=17279"},"modified":"2016-09-15T15:15:09","modified_gmt":"2016-09-15T13:15:09","slug":"treize-09","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/09\/treize-09\/","title":{"rendered":"treize-09"},"content":{"rendered":"<div style=\"font-family: Courier New, Courier, Liberation Mono, monospace;\">\n<p>lien : <a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2009\/treize\/\">https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2009\/treize\/<\/a><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <br \/>\n \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 anniversaire<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(pour info)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(rien de sp\u00e9cial aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;est arriv\u00e9. c&rsquo;est fini. (ne me dis pas que tu es <em>n\u00e9<\/em> un treize septembre.) c&rsquo;est arriv\u00e9 pendant la nuit. est-ce arriv\u00e9 pendant la nuit du 12 au 13, cela je ne le sais plus. et \u00e0 quelle heure? cela je ne l&rsquo;ai jamais su. je dis cela juste parce que moi je me r\u00e9veille toujours \u00e0 4 heures. \u00e7a peut-\u00eatre \u00e0 cause du foie, je l&rsquo;apprends maintenant, mais \u00e7a pourrait \u00eatre \u00e0 cause d&rsquo;autres choses encore. il est beaucoup question de <a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/tag\/quatre\/\">4<\/a> dans ce blog, et m\u00eame de <a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/tag\/4x4\/\">double 4<\/a>. et ma m\u00e8re, elle-m\u00eame, se r\u00e9veillait, autrefois, tous les jours \u00e0 4 heures. j&rsquo;avais \u00e9crit, je ne me souviens plus du texte, mais j&rsquo;entends encore la voix, ma voix, dire : \u00ab\u00a0elle se r\u00e9veille tous les jours \u00e0 4 heures, \u00e0 4 heures et \u00e0 4 heures.\u00a0\u00bb \u00c7a doit \u00eatre <a href=\"https:\/\/disparates.org\/format-standard\/v-i-n-c-e-n-t\/\">dans le texte Vincent<\/a> (que je n&rsquo;ai jamais fini de publier sur le blog), \u00e0 propos de ma m\u00e8re, dont j&rsquo;\u00e9crivais qu&rsquo;elle se r\u00e9veillait la nuit, toutes les nuits, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 mon oncle avait pris coutume de venir sonner, so\u00fbl, \u00e0 notre porte, tambouriner, et \u00e7a, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il est sorti de prison. Je raconte \u00e7a juste pour la petite histoire. Maintenant, c&rsquo;est moi qui me r\u00e9veille \u00e0 4 heures. Ca peut n&rsquo;avoir aucun rapport. Et elle, ne se souvient plus, que vaguement, qu&rsquo;autrefois, elle se r\u00e9veillait tous jours, toutes les nuits, \u00e0 4 heures, \u00e0 4 heures et \u00e0 4 heures.<\/p>\n<hr \/>\n<\/div>\n<p>Extrait du texte <em>Vincent (1996)<\/em>, que je tape ici sans le relire (j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9).<\/p>\n<div style=\"font-family: Verdana, 'DejaVu Sans', 'Bitstream Vera Sans', Geneva, sans-serif;\">\n<h3>3.2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Secrets d&rsquo;alcool<\/h3>\n<h4>G\u00e9n\u00e9alogie maternelle<\/h4>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ma m\u00e8re est n\u00e9e sous un dr\u00f4le de signe.\u00a0 Autour de sa naissance courait la l\u00e9gende d&rsquo;un m\u00e9decin saoul qui l&rsquo;aurait d\u00e9pos\u00e9e par erreur rue de Dunkerque, \u00e0 la maison de mes grands-parents.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le vin, la bi\u00e8re, l&rsquo;alcool ne manquent pas d&rsquo;histoires dans la g\u00e9n\u00e9alogie maternelle.\u00a0 Du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re de ma m\u00e8re, Opa<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, des brasseurs de bi\u00e8re.\u00a0 Du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re de m\u00e8re, du c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Oma, c&rsquo;est il y a peu seulement que le secret vient d&rsquo;\u00eatre lev\u00e9.\u00a0 Jamais Oma n&rsquo;avait dit un mot au sujet de son propre grand-p\u00e8re et aucune question jamais ne lui avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e.\u00a0 Son p\u00e8re \u00e9tait d&rsquo;une noble profession et elle se disait d&rsquo;une grande famille, d&rsquo;une noble lign\u00e9e qu&rsquo;il fallait pr\u00e9server.\u00a0 Il s&rsquo;av\u00e8re aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une longue g\u00e9n\u00e9ration de cafetiers et d&rsquo;ouvriers.\u00a0 G\u00e9n\u00e9ration comme une damnation si l&rsquo;on en croit le silence qui l&rsquo;a entour\u00e9e, et que le p\u00e8re de ma grand-m\u00e8re a su, \u00e0 force de grandeur, force courage et obstination, d\u00e9tourner, faire mentir.\u00a0 Le secret d\u00e9couvert, ma m\u00e8re s&rsquo;en sent soulag\u00e9e.\u00a0 Elle dit je comprends mieux maman.<\/p>\n<h4>Oh! Gaby<\/h4>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du c\u00f4t\u00e9 du grand-p\u00e8re maternel, un autre secret, un autre mythe.\u00a0 Celui de Gabrielle, tante Gaby, metje Gaby.\u00a0 S\u0153ur de mon grand-p\u00e8re, de Opa.\u00a0 Elle est belle, on dit la plus belle.\u00a0 Elle se fiance.\u00a0 Le futur se d\u00e9siste.\u00a0 Elle tombe amoureuse d&rsquo;un soldat fran\u00e7ais pendant 14-18, lui montre o\u00f9 est cach\u00e9 l&rsquo;argent et les titres de la famille.\u00a0 Le Fran\u00e7ais se sert et dispara\u00eet.\u00a0 C&rsquo;est la ruine, la ruine totale.\u00a0 Gabrielle est battue comme pl\u00e2tre par son p\u00e8re et chass\u00e9e de la maison.\u00a0 Elle devient alcoolique.\u00a0 A la mort de son p\u00e8re, son fr\u00e8re, Albert, mon grand-p\u00e8re, l&rsquo;accueille parfois; elle fait la vaisselle, re\u00e7oit quelques sous, jamais trop de peur qu&rsquo;elle ne les boive.\u00a0 Les enfants ne savent pas d&rsquo;o\u00f9 elle vient.\u00a0 Elle les fascine.\u00a0 Elle est souvent gaie, parle fort, est ironique, moqueuse.\u00a0 Elle vient \u00e0 la maison avec des bonbons dans les poches de son tablier.\u00a0 Ma m\u00e8re est sa pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.\u00a0 L&rsquo;histoire du soldat et de la ruine de la famille, la raison pour laquelle metje Gaby fut chass\u00e9e de la maison vient elle aussi d&rsquo;\u00eatre r\u00e9cemment d\u00e9couverte.\u00a0 Ma m\u00e8re en pleure.\u00a0<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Moi-m\u00eame depuis si longtemps, je trouve que le pr\u00e9nom de Gabrielle est le plus beau qui soit, trop beau pour \u00eatre vrai, si beau que je me dis un jour que je ne le donnerais pas \u00e0 ma fille si j&rsquo;en avais jamais une, tellement je lui donnerais l\u00e0 ce que je n&rsquo;oserais r\u00eaver pour moi-m\u00eame.\u00a0 Je me fais appeler Gaby pendant quelques mois, par un amant, un ami, un amoureux, qui boit pas mal.\u00a0 C&rsquo;est le premier de la s\u00e9rie des buveurs.\u00a0 Veux-je dire de mes amants-zamoureux buveurs.\u00a0 Et parfois je m&rsquo;amourache de femmes.\u00a0 Elles se ressemblent.\u00a0 Traits communs.\u00a0 Cheveux noirs, teint mat, pommettes larges hautes, yeux noirs \u00e0 cils longs sourcils \u00e9pais, force, bouche la belle.\u00a0 Un jour, alors que je suis plong\u00e9e dans la fascination de l&rsquo;un de ces visages, interloqu\u00e9e, je le reconnais.\u00a0 Gaby.\u00a0 Je me souviens, reconnais, les deux visages se superposent.\u00a0 C&rsquo;est Gaby, la femme de l&rsquo;homme, Andr\u00e9, Taylor, qu&rsquo;on appelait \u00ab\u00a0tante Gaby\u00a0\u00bb, pourquoi ? l&rsquo;\u00e9pouse de l&rsquo;homme pour lequel ma m\u00e8re a travaill\u00e9 pendant des ann\u00e9es, il y a des ann\u00e9es, j&rsquo;\u00e9tais enfant, j&rsquo;\u00e9tais b\u00e9b\u00e9.\u00a0 Puis, je peux voir, sur une photo que metje Gaby et \u00ab\u00a0tante Gaby\u00a0\u00bb ont des traits semblables.\u00a0 Ceux de l&rsquo;originale sont seulement plus doux, beaucoup plus doux.\u00a0 Elle est plus belle Gabrielle.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des plus grandes craintes d&rsquo;Oma : qu&rsquo;Opa devienne alcoolique.\u00a0 Cela n&rsquo;arrivera pas, risque pas.\u00a0<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re : \u00ab\u00a0On ne gu\u00e9rit jamais un alcoolique.\u00a0\u00bb\u00a0 On l&rsquo;aime.\u00a0 Elle, elle aime le vin, mais ne boira jamais.\u00a0 Sa m\u00e8re c&rsquo;\u00e9tait pareil.\u00a0 Mais moi aussi.\u00a0 C&rsquo;est l&rsquo;autre qui boit. Trop. L&rsquo;autre.\u00a0 Vincent.<\/p>\n<p>Perdu jamais retrouv\u00e9.\u00a0 Vincent que je perds alors qu&rsquo;il a tout ce qu&rsquo;il me faut.\u00a0 Qui ne vint pas du tout sans, bien qu&rsquo;il ne f\u00fbt pas tout pour moi.\u00a0 Pour qui j&rsquo;\u00e9tais tout.\u00a0 Mais pas tant que le vin.\u00a0 La bi\u00e8re.<\/p>\n<p>En s\u00e9ance je dis, c&rsquo;est comme si l&rsquo;alcool \u00e9tait la cause, faisait que j&rsquo;aime, d\u00e9sire.<\/p>\n<h4>Jean<\/h4>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oncle Jean.\u00a0 C&rsquo;est encore un secret de famille.\u00a0 Oncle Jean, c&rsquo;est le vrai nom d&rsquo;oncle Jean-Pierre.\u00a0 Jean.\u00a0 C&rsquo;est le nom par lequel sa famille l&rsquo;appelait, m\u00e8re p\u00e8re fr\u00e8re soeur belle-soeur, depuis toujours.\u00a0 Pour nous seulement, les trois enfants, il a \u00e9t\u00e9 oncle Jean-Pierre; l&rsquo;Oncle, signait-il les missives qu&rsquo;il nous adressait &#8211; ou Le loup.<\/p>\n<p>Ce secret, je l&rsquo;ai d\u00e9couvert r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>L&rsquo;oncle Jean, c&rsquo;est le fr\u00e8re de mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>Jean.<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re est Jeanne.<\/p>\n<p>Jeanne Jumpertz.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jusqu&rsquo;il y a peu, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;oncle alcoolique, encore que je ne l&rsquo;ai jamais vu saoul.\u00a0 Je savais, nous savions, les enfants savions, qu&rsquo;il avait fait de la prison. Un hold-up qui avait mal tourn\u00e9 nous avait-on dit. Mon p\u00e8re, ou ma m\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au moment o\u00f9 j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ceci, dans les premi\u00e8res pages, alors que je me d\u00e9cidais en tremblant \u00e0 \u00e9crire sur cet oncle Jean, j&rsquo;ai eu un coup de fil de ma m\u00e8re pour me dire qu&rsquo;il avait eu une rupture d&rsquo;an\u00e9vrisme et \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, dans le coma.\u00a0 Plus tard, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors que mon oncle \u00e9tait aux soins intensifs, et apr\u00e8s qu&rsquo;il a re\u00e7u l&rsquo;extr\u00eame onction, il y a eu une r\u00e9union de famille chez ma tante, Rose, Rose-Marie, la femme de Vincent, l&rsquo;autre oncle &#8211; Il y avait le salon, les fauteuils, le miroir, le champagne &#8211; Il y avait une photo d&rsquo;oncle Jean, proue d&rsquo;un bateau oc\u00e9an 17 ans, beau, ensoleill\u00e9, mon p\u00e8re dit j&rsquo;en avais assez il n&rsquo;y en avait que pour lui, ma tante oh mais qu&rsquo;il \u00e9tait beau, elle dit il n&rsquo;\u00e9tait pas toujours dr\u00f4le il m&rsquo;a poursuivie un jour avec une hache, j&rsquo;ai d\u00fb me r\u00e9fugier dans les cabinets; on raconte, la maison de correction, comment ils sont venus le chercher, sa m\u00e8re, qui l&rsquo;avait livr\u00e9, rien d&rsquo;autre \u00e0 faire, tra\u00eetresse, ses mots \u00e0 lui, il s&rsquo;est enfui, les routes, plus tard le bateau, l&rsquo;Am\u00e9rique, mutin, r\u00e9fugi\u00e9 dans la cale, des petites aventures, je commence \u00e0 me demander s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas un peu fou, je commence.\u00a0 On dit qu&rsquo;il \u00e9tait terrible mais qu&rsquo;il \u00e9tait beau.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les choses que je savais, de toujours &#8211; qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 bandit, que le butin des hold-up \u00e9tait cach\u00e9 sous le sac des pommes de terre, que mon p\u00e8re aussi s&rsquo;y allait servir pour s&rsquo;acheter de la peinture, aussi sa m\u00e8re, les choses que je savais, le Borsalino, l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, la grande vie, le cin\u00e9ma, quels films, l&rsquo;argent distribu\u00e9 aux putes, le grand-p\u00e8re qui ignorait tout, qui ne savait rien, qui reproche \u00e0 mon p\u00e8re de ne pas faire comme son fr\u00e8re r\u00e9ussir, plut\u00f4t que de faire ses petits dessins, on ne dit rien, on ne lui dit rien, personne n&rsquo;a caft\u00e9.\u00a0 Pas de mouchard.\u00a0<\/p>\n<p>Ce que je savais, qu&rsquo;il \u00e9tait un jour sorti de prison, qu&rsquo;il \u00e9tait venu \u00e0 la maison, rue Tiberghien.\u00a0 De ce jour, je crois me souvenir, qu&rsquo;est-ce qui arrivait.<\/p>\n<p>Ce que je savais.\u00a0 Qu&rsquo;il venait la nuit, qu&rsquo;il \u00e9tait so\u00fbl, qu&rsquo;il voulait de l&rsquo;argent, que mon p\u00e8re avait peur.\u00a0 Que nous dormions.\u00a0 Trois \u00e9tages entre ces heures-l\u00e0 et notre sommeil.<\/p>\n<p>Que le jour, il \u00e9tait l&rsquo;oncle au loup, ce qu&rsquo;il racontait.\u00a0 Est-ce qu&rsquo;il aimait les enfants?\u00a0 Notre dispute.\u00a0 Un dessert \u00e0 lui que je refuse d&rsquo;avaler jeunette cris je claque la porte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis.\u00a0 Mon p\u00e8re est \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital est-ce qu&rsquo;il va mourir, ma m\u00e8re, sort, ressort une valisette noire contenant des articles de journaux, les articles du proc\u00e8s, en Assises.\u00a0 La Cour d&rsquo;Assises du Brabant.\u00a0 Ce qu&rsquo;alors j&rsquo;apprends.<\/p>\n<p>Il a tu\u00e9 deux hommes. Marc De Bruyn et Florimond Tranchez.\u00a0 Tir\u00e9 dedans \u00e0 bout portant.<\/p>\n<p>Un caf\u00e9, Le Venise.<\/p>\n<p>Une femme en cause, jeune fille, Rosa, Rosalie, pr\u00e9sente lors du meurtre, aussi son p\u00e8re, elle nettoie le sang, apr\u00e8s.\u00a0 Quelle histoire.<\/p>\n<p>Les articles La une Un des individus les plus dangereux que je connaisse Fou Fou dangereux je suis s\u00fbr que les retrouverai au ciel parce que eux soldat du temps de paix des salopards tra\u00eetres la salir la revendre mon petit mimosa ma fleur des champs la puret\u00e9 dans\u00e9 avec elle proprement eux des hommes lui le roi moi, leur montrer qui, quoi encore peu importe quelle histoire tout \u00e9crit dans les journaux, il parle si tant bien comme il parle comme il est que met toute la salle dans sa poche, journalistes itou<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> vous \u00e9tiez journaliste ? il dit romancier monsieur le pr\u00e9sident, romancier.\u00a0 Je suis romancier.<\/p>\n<p>Moi non plus.<\/p>\n<p>Tout \u00e9crit.<\/p>\n<p>L&rsquo;avocat : Jean-Pierre pour moi tu n&rsquo;es pas coupable.<\/p>\n<p>Hypomane.\u00a0 Psychopathe av\u00e9r\u00e9 avec tendance schizo\u00efde.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9, il dit \u00a0\u00bb Je remercie les jur\u00e9s.\u00a0 Cette fois, j&rsquo;opte pour la justice.\u00a0 C&rsquo;est mieux comme \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>10 ans, d&rsquo;asile.\u00a0 Renouvelables, \u00e0 perpet.<\/p>\n<p>Sort en 68.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai 5 ans, Jean-Fran\u00e7ois 3, Jean-Pierre 1.\u00a0 Mes fr\u00e8res.<\/p>\n<p>Ils ne voulaient pas le laisser sortir, pas gu\u00e9ri encore fou, mon p\u00e8re s&rsquo;est battu, lui a trouv\u00e9 du travail, sest port\u00e9 garant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est comme \u00e7a que j&rsquo;ai pu commencer \u00e0 savoir que mon oncle \u00e9tait fou.\u00a0 Que mon oncle est fou.\u00a0 Et que je l&rsquo;ai su un peu trop tard.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Aujourd&rsquo;hui, par la maladie de mon p\u00e8re, ses d\u00e9lires, ses hallucinations, les voix qu&rsquo;il entend, l&rsquo;horreur dans ses yeux, dans son corps, j&rsquo;apprends combien il a souffert de mon oncle, comment il l&rsquo;a couvert, comment pour \u00e9chapper \u00e0 ce qu&rsquo;il vivait il s&rsquo;est plong\u00e9 \u00e0 10 ans dans la peinture.\u00a0 Il dit \u00e7a m&rsquo;a sauv\u00e9.\u00a0 Comment il y a \u00e9t\u00e9 seul.\u00a0 Encore aujourd&rsquo;hui il a peur, encore aujourd&rsquo;hui il se tait dit \u00e0 peine que Jean voulait \u00eatre nazi.<\/p>\n<p>Et il est dur douloureux de le rencontrer, ce malheur de mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>Il ne pouvait pas juger ni accuser ni m\u00eame penser que son fr\u00e8re \u00e9tait fou, ne pouvait rien penser de son fr\u00e8re, l&rsquo;aimait, seulement cela de possible, et la peur.\u00a0 Si grande la terreur, qu&rsquo;accuser juger devenaient impossible, des noms de l&rsquo;infernal &#8211; l&rsquo;amour, le pardon rendaient supportable, viable.\u00a0 Une vie de pardon.\u00a0 Aussi la peinture.\u00a0 Pour dire &#8211; la face au-del\u00e0 du malheur.\u00a0 Pour dire le possible.<\/p>\n<table width=\"82\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>ange gardien<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et quand il croit qu&rsquo;il va mourir dans les heures qui suivent il sourit, et raconte son enfance, sa m\u00e8re, son oncle J\u00e9suite qui seul l&rsquo;a soutenu dans son d\u00e9sir de peindre, il parle de la mort de son p\u00e8re, de l&rsquo;incompr\u00e9hension entre eux, il ne parle pas de son fr\u00e8re, il raconte les rues de Bruxelles, les appartements o\u00f9 ils ont v\u00e9cu, le cimeti\u00e8re o\u00f9 sa m\u00e8re l&rsquo;a perdu, comment il est rentr\u00e9 seul, il dit \u00e0 ses parents c&rsquo;est mon ange qui m&rsquo;a ramen\u00e9, un ange, il en est s\u00fbr, gardien, qui prot\u00e8ge aussi les enfants martyris\u00e9s &#8211; de mon p\u00e8re, l&rsquo;ange est gardien, des gens dangereux.\u00a0 Papa continue \u00e0 parler, il raconte il nous d\u00e9couvre avec le grand sourire la clart\u00e9 folle dingue le bonheur de l&rsquo;enfance &#8211; quand nous partons, ma m\u00e8re et moi, rentrons, quittons la chambre, il nous fait un signe de la main, il est calme, heureux, il nous a donn\u00e9 son bonheur. Le lendemain, il est encore en vie.\u00a0 Il est aux soins intensifs.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et quand dans le grand s\u00e9rieux, il demande &#8211; Mais pourquoi est-ce que ma compagne, Lutje,\u00a0 n&rsquo;a pas eu peur\u00a0? Je dis &#8211;\u00a0Elle n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0, n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 quand tu avais 5 ans, elle n&rsquo;a pas connu l&rsquo;enfance avec Jean, elle est venue apr\u00e8s, elle n&rsquo;a pas eu peur, et c&rsquo;est heureux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour maman, oncle Jean \u00e9tait alcoolique.\u00a0 C&rsquo;est tout.\u00a0 Et maman n&rsquo;avait pas peur, elle savait qu&rsquo;il ne lui arriverait jamais rien que Jean ne lui ferait jamais de mal, elle l&rsquo;a toujours su, toujours fait confiance, aussi \u00e9tait-ce elle \u00e0 la fin qui seule le recevait lui ouvre la porte la nuit, le fait monter \u00e0 la salle \u00e0 manger, lui donne \u00e0 manger \u00e0 boire de l&rsquo;argent \u00e9coute ses saloperies, ses chienneries de conneries de paroles d&rsquo;alcoolis\u00e9.<\/p>\n<table width=\"82\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>ange Gabriel<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Ma m\u00e8re dont la m\u00e8re \u00e9tait terroris\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que son mari devienne alcoolique, dont les deux fr\u00e8res, je parle de mes grands-oncles l&rsquo;\u00e9taient, ma m\u00e8re qui avait si besoin de pardonner tout tout n&rsquo;importe quoi \u00e0 celui qui buvait pour avoir faut\u00e9 quel que f\u00fbt le p\u00e9ch\u00e9 &#8211; la ruine d&rsquo;une famille, un ange &#8211; le meurtre de deux hommes l&rsquo;un en passe de devenir souteneur l&rsquo;autre roi du midi roi du midi, un ange.\u00a0 De pardonner d&rsquo;aimer encore malgr\u00e9, l&rsquo;infamie.\u00a0 D&rsquo;aimer, \u00e0 cause, de l&rsquo;infamie.\u00a0 L&rsquo;ange de ma m\u00e8re \u00e9tait archange, m\u00eame chu, il s&rsquo;appellerait Gabriel, m\u00eame chu, il serait encore de la parole folle, d&rsquo;un so\u00fbl, annonce de l&rsquo;\u00e0-venir, l&rsquo;enfant \u00e0 na\u00eetre de l&rsquo;esprit et d&rsquo;une femme vierge, enfant Christ, fils.\u00a0 Et Jean qui \u00e0 peu de choses pr\u00e8s est anagramme d&rsquo;ange, quand so\u00fbl il livre l&rsquo;annonce, est assez beau-fr\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;en sais de ma m\u00e8re, qu&rsquo;est-ce que Jean sait, sinon que mes hommes s&rsquo;appelaient Jean, s&rsquo;appelaient Marc, s&rsquo;appelaient Jean-Marc, le tueur et le tu\u00e9, sinon qu&rsquo;ils furent alcooliques et de plus en plus violents, sinon que je me fis appeler Gaby par le premier d&rsquo;entre eux et que Gabrielle est le plus beau nom du monde et que des nouvelles jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, je n&rsquo;en annonce que des mauvaises, malheur \u00e0 celui par qui.\u00a0 Scandale, scandale, scandale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et ma m\u00e8re qui chasse mon oncle, 1981, le jour la nuit o\u00f9 il lui dit son amour lui saute dessus j&rsquo;\u00e9tais comme toutes les femmes il me traitait comme toutes les femmes comme toutes les autres elle dit elle le chasse il ne remettra plus les pieds apr\u00e8s avoir bris\u00e9 la vitre de la fen\u00eatre derri\u00e8re laquelle je dormais dit ma m\u00e8re, peut-\u00eatre je ne sais plus il ne remettra plus les pieds dans la maison.<\/p>\n<h3>3.4.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;ivre<\/h3>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors, l&rsquo;ivre.\u00a0 Il est divis\u00e9 en deux.\u00a0 Celui d&rsquo;avant l&rsquo;annonce, celui d&rsquo;apr\u00e8s.\u00a0 L&rsquo;ancien, et le nouveau.\u00a0 Nous sommes d&rsquo;accord.\u00a0 L&rsquo;ancien.\u00a0 Et le nouveau. 2 en champagne 3 testament l&rsquo;ancien et le nouv\u00f6-\u00f4-\u00f4-\u00f4-\u00f4-\u00f4 &#8211; y a qu&rsquo;1 cheveux sur la t\u00eate \u00e0.\u00a0 Y a jamais qu&rsquo;un je veux sur la t\u00eate \u00e0 l&rsquo;\u00e9van-g\u00e9liste.\u00a0 Mad&rsquo;yeux, mad-dieu.\u00a0 Deux testaments mais un je-veux.\u00a0 L&rsquo;ancien est celui du Dieu jaloux, le nouveau celui du Dieu doux.\u00a0 Mon p\u00e8re avait peur du premier respirait dans le second.\u00a0 Mais le visage du Christ, le vis-ange restait aussi interdit avant qu&rsquo;apr\u00e8s, avant qu&rsquo;apr\u00e8s la tripartite, P\u00e8re-fils-saintesprit.\u00a0 Aussi vis-ange avant la mort qu&rsquo;apr\u00e8s.\u00a0 L&rsquo;ancien livre est celui des Juifs, le nouveau, celui des Gentils.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mon r\u00eave de l&rsquo;N.\u00a0 N peut se lire Haine.\u00a0 Le sang N.\u00a0 Le sang des noirs, des g\u00e9nocid\u00e9s.\u00a0 Mon p\u00e8re et les Juifs.\u00a0 Papa raconte, pendant sa maladie.\u00a0 Raconte Monsieur Sterling, juif, qui l&rsquo;initie \u00e0 la peinture pendant la guerre, qui lui ouvre un monde, les yeux.\u00a0 Mon oncle qui veut passer nazi.\u00a0 Sterling et sa famille, effray\u00e9s, quittent la maison.\u00a0 Mon p\u00e8re pendant sa maladie qui voit des juifs\u00a0 partout, qui se demande si nous ne sommes pas juifs, est-ce que les\u00a0 enfants ne sont pas juifs, est-ce que maman n&rsquo;est pas juive, on l&rsquo;accuse d&rsquo;\u00eatre juif.\u00a0 N est aussi la lettre de la pers\u00e9cution.\u00a0 Apr\u00e8s ma mort, dans le r\u00eave, \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb d\u00e9couvre le scandale, les restes de N, des chambres \u00e0 airs vides, trou\u00e9es, fagot\u00e9es, charniers.\u00a0 Apr\u00e8s ma mort, l&rsquo;horreur, est d\u00e9couverte.\u00a0 Tomb\u00e9e N dans l&rsquo;N, on d\u00e9couvre, dessus l&rsquo;art-moire, le scandale.\u00a0 Comme s&rsquo;il fallait mourir, pour que cela soit dit.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re est mort.<\/p>\n<p>Papa est mort, et je sais.\u00a0 Malgr\u00e9 qu&rsquo;il emporte son secret dans la tombe.\u00a0 Non papa, non.\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Malheur \u00e0 celui par qui le scandale arrive.\u00a0\u00bb\u00a0 Je me suis toujours tue.\u00a0 Je me suis toujours tue, pensant n&rsquo;avoir que du scandale \u00e0 dire, et n&rsquo;osant pas.\u00a0 Ne pensant aucune autre parole possible que celle de la d\u00e9nonciation et me b\u00e2illonnant la bouche.\u00a0 L&rsquo;analyse est un proc\u00e8s.\u00a0 Mon p\u00e8re voulait pardonner, au nom de Dieu, au nom du Christ; j&rsquo;ai voulu comprendre.\u00a0 La semaine derni\u00e8re, oncle Jean disait que son fr\u00e8re lui avait dit qu&rsquo;il avait les meilleures cartes, qu&rsquo;il lui en manquait seulement une.\u00a0 Nom-du-P\u00e8re.\u00a0 La carte manquante.\u00a0 Le matin de sa mort, mon p\u00e8re a dit \u00e0 son fr\u00e8re : Je t&rsquo;aime, Jean.\u00a0 Ca fait quand m\u00eame quelque chose, dit l&rsquo;oncle, c&rsquo;est quand m\u00eame quelque chose.\u00a0 Au nom du P\u00e8re, mon p\u00e8re a pardonn\u00e9.<\/p>\n<p>Je pardonne.\u00a0 En son nom, de mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors, le don de mon p\u00e8re, celui dont l&rsquo;hyst\u00e9rique fait un objet qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas re\u00e7u.\u00a0 Je l&rsquo;ai appris, le don de mon p\u00e8re.\u00a0 Sa parole, son d\u00e9sir de dire, sa peinture.\u00a0 Bien re\u00e7u, papa, 7 sur 7.<\/p>\n<h3>3.5.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Passion livresque<\/h3>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;ange, l&rsquo;ivre, l&rsquo;\u00e9crit-vin, visage, vins-ange, autant de noms de l&rsquo;impossible.\u00a0 Autant de mots pour l&rsquo;objet <em>a<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;annonce impossible, la parole interdite, le livre du secret, l&rsquo;immange, mage, sage, vraie.\u00a0 La v\u00e9rit\u00e9 soeur de l&rsquo;impuissance.<\/p>\n<p>Autant de r\u00e9els h\u00e9rit\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<p>Un h\u00e9ritage : le r\u00e9el.\u00a0 Un mise en mots de ce r\u00e9el : le fantasme.\u00a0 Un h\u00e9ritage \u00e0 maintenir : l&rsquo;impuissance.\u00a0<\/p>\n<p>Il est des r\u00e9els qu&rsquo;il s&rsquo;agit de maintenir.\u00a0 Des impossibles, des figures f\u00e9roces, des terreurs.\u00a0 Des Autres non-manquants, des Autres tout-puissants, des Autres o\u00f9 \u00e7a s&rsquo;explique.<\/p>\n<p>Par le fantasme, des faces du r\u00e9el qui ont trouv\u00e9 \u00e0 se fixer dans des mots, deviennent possibles, par le fantasme, la valise le bagage manquant des mots de l&rsquo;Autre, se referme sur elle-m\u00eame, et par le trou du manque de mot, une phrase peut circuler.\u00a0 Cette phrase n&rsquo;est pas ouverte.\u00a0 Si ses variantes sont infinies, ou paraissent telles, la phrase tourne sur elle-m\u00eame, se mord la queue.\u00a0 Mais elle est belle, tr\u00e8s.\u00a0 \u00catre dans la phrase c&rsquo;est comme \u00eatre dans le serpent, c&rsquo;est tortueux, chaloupant, passionnant, mais inhibant.<\/p>\n<p>Sortir de la phrase, sortir du cadre, sortir du livre, c&rsquo;est d\u00e9faillir.<\/p>\n<p>L&rsquo;impossible qui s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9 dans le mot est \u00e0 maintenir. Un visage comme nom de l&rsquo;impossible, fait que le visage doit rester impossible, garder cette valeur de jouissance, rester manquant, faire l&rsquo;image non-vue. Un \u00e9crit, des mes-cris, sont-ils des noms donn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;impossible, le livre doit manquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, rester non-lu.\u00a0 Le livre non-lu est le livre de l&rsquo;Autre o\u00f9 c&rsquo;est tout-\u00e9crit partout.\u00a0<\/p>\n<p>J&rsquo;ai pourtant lu.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Opa : bon-papa en n\u00e9erlandais; oma : bonne-maman.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Je n&rsquo;\u00e9tais pas furieux.\u00a0 Je ne l&rsquo;ai m\u00eame jamais \u00e9t\u00e9.\u00a0 M\u00eame pas contre Florimond !\u00a0 Mais que voulez-vous ?\u00a0 Il a d\u00e9fi\u00e9 le sort.\u00a0 Le soir, dans le caf\u00e9, il a fonc\u00e9 sur moi, il a \u00e9t\u00e9 courageux.\u00a0 Je lui avais pourtant donn\u00e9 sa chance, un quart d&rsquo;heure avant ! Je lui avais dit : Fous le camp ! Il n&rsquo;\u00e9tait pas parti.\u00a0 Il a fonc\u00e9.\u00a0 Recule ! Il a fait un pas en avant.\u00a0 J&rsquo;ai tir\u00e9.\u00a0 C&rsquo;\u00e9tait la guerre ! J&rsquo;\u00e9tais comme quand les parachutistes tombent de tous les c\u00f4t\u00e9s ! A ce moment on ne regarde pas dans un petit carnet les instructions \u00e0 suivre ! On tire, on d\u00e9fend sa peau ! C&rsquo;\u00e9tait la guerre ! J&rsquo;\u00e9tais un soldat &#8230; <em>Il mime le guerrier de cin\u00e9ma qui arrose \u00e0 la ronde, de sa mitraillette !\u00a0 &#8230; <\/em>Un soldat du temps de paix ! Pauvre Florimond, pauvre Marc ! M\u00eame maintenant je ne parviens ni \u00e0 les d\u00e9tester, ni \u00e0 regretter ce que j&rsquo;ai fait.\u00a0 J&rsquo;ai dormi tranquille d\u00e8s le premier soir.\u00a0 Ils savent bien l\u00e0-haut, que je ne pouvais faire autrement.\u00a0 Je donnerais bien ma vie pour les ressusciter, mais c&rsquo;est impossible.\u00a0 Et si un jour je les revois quelque part l\u00e0-haut, je suis s\u00fbr qu&rsquo;il ne seront pas f\u00e2ch\u00e9s.\u00a0 On dira : \u00ab\u00a0Viens mon pote, on va prendre un verre.\u00a0\u00bb Et on discutera le coup, bien gentiment&#8230;\u00a0\u00bb\u00a0 Il s&rsquo;arr\u00eate, haletant, les yeux pleins de larmes.\u00a0 Un lourd silence p\u00e8se sur la salle.\u00a0 Les femmes ont la gorge serr\u00e9e.\u00a0 M.\u00a0Le Pr\u00e9sident Mar\u00e9chal met fin \u00e0 la sc\u00e8ne. &#8211; Arr\u00eatez-vous. Vous avez montr\u00e9 comment vous vous repr\u00e9sentez les faits&#8230; &#8211; Si je comprends bien, \u00e7a veut dire que j&rsquo;ai assez parl\u00e9 ?\u00a0 Et il se rassied.\u00a0 M. Le Pr\u00e9sident, par piti\u00e9 secr\u00e8te, n&rsquo;entreprend pas de le contredire.\u00a0\u00bb\u00a0 Extrait du Soir du 28 octobre 59.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>lien : https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2009\/treize\/ \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 anniversaire &nbsp; (pour info) &nbsp; (rien de sp\u00e9cial aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;est arriv\u00e9. c&rsquo;est fini. (ne me dis pas que tu es n\u00e9 un treize septembre.) c&rsquo;est arriv\u00e9 pendant la nuit. est-ce arriv\u00e9 pendant la nuit du 12 au 13, cela je ne le sais plus. et \u00e0 quelle heure? cela je ne l&rsquo;ai jamais su. je dis cela juste parce que moi je me r\u00e9veille toujours \u00e0 4 heures. \u00e7a peut-\u00eatre \u00e0 cause du foie, je l&rsquo;apprends maintenant, mais \u00e7a pourrait \u00eatre \u00e0 cause d&rsquo;autres choses encore. il est beaucoup question de 4 dans ce blog, et m\u00eame de double 4. et ma m\u00e8re, elle-m\u00eame, se r\u00e9veillait, autrefois, tous les jours&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/09\/treize-09\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">treize-09<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_eb_attr":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":true,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_fdfeed_enabled":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[1],"tags":[904,1787,1298,866,845,1085,473],"class_list":["post-17279","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-alcool","tag-anniversaire","tag-meurtre","tag-oncle-jean","tag-quatre","tag-vaisselle","tag-vincent","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17279","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17279"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17279\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17279"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17279"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17279"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}