{"id":17788,"date":"2016-12-03T14:42:12","date_gmt":"2016-12-03T13:42:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=17788"},"modified":"2016-12-06T12:41:11","modified_gmt":"2016-12-06T11:41:11","slug":"de-lobjet-du-desir-a-sa-cause-la-jouissance-du-saumon-a-lhuitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2016\/12\/de-lobjet-du-desir-a-sa-cause-la-jouissance-du-saumon-a-lhuitre\/","title":{"rendered":"de l&rsquo;objet du d\u00e9sir \u00e0 sa cause (la jouissance)"},"content":{"rendered":"<h3><strong>Jacques-Alain Miller<\/strong>, <em>La clinique lacanienne<\/em>, cours du 27 janvier 1981<\/h3>\n<p>SOURCE :<a href=\"http:\/\/jonathanleroy.be\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/1981-1982-Scansions-dans-lenseignement-de-Jacques-Lacan-JA-Miller.pdf\"> http:\/\/jonathanleroy.be\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/1981-1982-Scansions-dans-lenseignement-de-Jacques-Lacan-JA-Miller.pdf<\/a><\/p>\n<h4>Extrait :<\/h4>\n<p data-canvas-width=\"682.8250000000006\">Nous pourrions nous en tenir l\u00e0, si nous n\u2019avions la reprise par Lacan du <strong>concept de m\u00e9tonymie non plus \u00e0 partir du d\u00e9sir, mais \u00e0 partir de la jouissance.<\/strong> Nous avons pendant des ann\u00e9es fait valoir le d\u00e9sir comme m\u00e9tonymie, alors que \u201cRadiophonie\u201d fait valoir <strong>que ce qui est en jeu dans la m\u00e9tonymie, c\u2019est la jouissance. <\/strong><\/p>\n<p data-canvas-width=\"682.8250000000006\">Je dirais que ce texte, qui n\u2019est pas le dernier mot de la th\u00e9orie de Lacan, est pourtant un passage tout \u00e0 fait oblig\u00e9 pour atteindre la suite de son enseignement. Il formule que <strong>le m\u00e9tabolisme de la jouissance n\u2019est rien d\u2019autre que la m\u00e9tonymie du d\u00e9sir<\/strong>. Ce que r\u00e9sume cette formule, c\u2019est tout le paradoxe que nous avons \u00e0 situer.<\/p>\n<p>Reprenons cette fameuse expression de \u00ab\u00a0passion du signifiant\u00a0\u00bb. Nous avons une phrase de Lacan qui est la suivante :<\/p>\n<blockquote>\n<p data-canvas-width=\"234.32500000000002\"><strong>\u201cSous ce qui s\u2019inscrit glisse <br \/>\n la passion du signifiant <br \/>\n [c\u2019est-\u00e0-dire]<br \/>\n la jouissance de l\u2019Autre.\u201d<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce que dit cette phrase est pour nous un <strong>paradoxe<\/strong> par rapport \u00e0 l\u2019enseignement ant\u00e9rieur de Lacan. Ce que nous avions appris de la passion du signifiant, c\u2019est qu\u2019elle glisse sous ce qui s\u2019inscrit dans la cha\u00eene signifiante. Mais qu\u2019est-ce que nous appelions jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent la passion du signifiant ? Nous pouvions dire que<strong> la passion du signifiant c\u2019est la castration, c\u2019est moins-phi<\/strong>. Nous pouvions admettre que la passion du signifiant, c\u2019est aussi bien le signifi\u00e9 comme effet du signifiant, que c\u2019est le d\u00e9sir en tant qu\u2019il est soumis au glissement ind\u00e9fini des signifiants. On voit que toute cette construction de Lacan autour de la passion du signifiant ne permet que de mettre <strong>des termes n\u00e9gativ\u00e9s<\/strong>. Vous saisissez alors <strong>le paradoxe<\/strong> qu\u2019il y a \u00e0 dire que <strong>cette passion du signifiant sous ce qui s\u2019inscrit est la jouissance de l\u2019Autre<\/strong>. A un certain moment, Lacan cesse de mettre l&rsquo;\u2019accent sur le caract\u00e8re dissolutif du signifiant de fa\u00e7on univoque, <strong>et r\u00e9introduit fonci\u00e8rement une positivit\u00e9 dans son articulation.<\/strong> L\u00e0 o\u00f9 toutes ses constructions \u00e9taient faites de n\u00e9gativit\u00e9s articul\u00e9es les unes aux autres, il r\u00e9introduit <strong>une positivit\u00e9 qui est la jouissance de l\u2019Autre<\/strong>. C&rsquo;est vraiment l\u00e0 une novation.<\/p>\n<p>Il en donne heureusement un <strong>exemple<\/strong>. C\u2019est un exemple qui vient exactement pour <strong>faire comprendre l\u2019expression de cause du d\u00e9sir<\/strong>, expression qui figure d\u00e9j\u00e0 dans \u201cLa signification du phallus\u201d, mais qui est rest\u00e9e longtemps en attente dans cet enseignement. Disons que c\u2019est au niveau de<strong> ce que Lacan appelle cause du d\u00e9sir, que toute la positivit\u00e9 dont est capable la condition humaine dans l\u2019exp\u00e9rience analytique se trouve concentr\u00e9e.<\/strong> Et c\u2019est au niveau de l\u2019objet du d\u00e9sir que toutes les n\u00e9gativit\u00e9s peuvent trouver leur place.<\/p>\n<p>La positivit\u00e9, elle, se situe dans l\u2019en-de\u00e7\u00e0 du d\u00e9sir. Nous pouvons dire cela en nous recommandant des passages de Lacan sur l\u2019au-del\u00e0 et l\u2019en-de\u00e7\u00e0 de la demande.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le passage de \u201cRadiophonie\u201d o\u00f9 Lacan nous donne peut-\u00eatre le moyen d\u2019approcher la difficult\u00e9 :<\/p>\n<blockquote><p>\u201cJ\u2019ai montr\u00e9 en son temps que l\u2019hu\u00eetre \u00e0 gober qui s\u2019\u00e9voque de l\u2019oreille que Bel-Ami s\u2019exerce \u00e0 charmer, livre le secret de sa jouissance de maquereau. Sous la m\u00e9tonymie qui fait muqueuse de cette conque, plus personne de son c\u00f4t\u00e9 pour payer l\u2019\u00e9cot que l\u2019hyst\u00e9rique exige, \u00e0savoir qu\u2019il soit la cause de son d\u00e9sir \u00e0 elle par cette jouissance m\u00eame.\u201d<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est extr\u00eamement \u00e9clairant. Vous connaissez peut-\u00eatre <em>Bel-Ami<\/em>. C\u2019est un roman de Maupassant, un roman qu\u2019il faut lire. C\u2019est un roman tr\u00e8s symbolique de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, puisque \u00e7a d\u00e9crit un homme qui r\u00e9ussit par les femmes. Ce roman est l\u2019histoire d\u2019une ascension sociale par les femmes. Ce type d\u2019ascension a la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre le plus s\u00fbr. Qu\u2019est-ce que Stendhal raconte d\u2019autre avec Julien Sorel ? Julien Sorel a aussi, d\u2019une certaine fa\u00e7on, un c\u00f4t\u00e9 Bel-Ami. Seulement, avec Maupassant, on est un peu loin du romantisme. C\u2019est un roman qui est \u00e9crit sans fioritures. Si on le r\u00e9sume, on ne voit qu\u2019un personnage qui saute de femme en femme jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9ussir. Ce que Lacan est all\u00e9 cueillir dans ce roman, ce n\u2019est rien de plus qu\u2019un petit paragraphe. Il y a un d\u00e9jeuner o\u00f9 un couple, une femme et Bel-Ami sont pr\u00e9sents. Ce dernier vise \u00e9videmment la femme du mari. Vous avez alors ce passage :<\/p>\n<blockquote><p>\u201cLes hu\u00eetres d\u2019Ostende furent apport\u00e9es, mignonnes et grasses, semblables \u00e0 de petites oreilles enferm\u00e9es en des coquilles et fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons sal\u00e9s.\u201d<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce que Lacan isole, ce sont les <strong>hu\u00eetres d\u2019Ostende<\/strong>, mignonnes et grasses, semblables \u00e0 de petites oreilles enferm\u00e9es dans des coquilles. Ce qui l\u2019int\u00e9resse, c\u2019est la comparaison <strong>\u201csemblables \u00e0 de petites oreilles\u201d<\/strong>.\u00a0 Il fait de cette comparaison la clef de toute la relation de s\u00e9duction. Il attribue cette comparaison \u00e0 Bel-Ami lui-m\u00eame et <strong>il en fait exactement non pas une m\u00e9taphore, mais une m\u00e9tonymie.<\/strong> Il y a la conque de l\u2019hu\u00eetre enfermant, comme une petite perle, la petite oreille d\u00e9licate qu\u2019il s\u2019agit de charmer. <strong>Admettons que ce soit une m\u00e9tonymie.<\/strong> En tout cas, ce n\u2019est certainement pas une m\u00e9taphore. C\u2019est une m\u00e9tonymie <strong>au moins par la forme commune de l\u2019oreille et de l\u2019hu\u00eetre<\/strong> qui est l\u00e0 impliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Voyons comment Lacan situe cette m\u00e9tonymie.<\/p>\n<p>Il nous dit que <strong>l\u2019usage de cette m\u00e9tonymie signale la jouissance propre de Bel-Ami<\/strong>, jouissance qui est de faire, de cette oreille de la femme, l\u2019agalma pr\u00e9cieuse \u00e0 la recherche de quoi il est. Lacan voit dans cette m\u00e9tonymie <strong>le signe de la jouissance propre de Bel-Ami qui le rend susceptible d\u2019\u00eatre la cause du d\u00e9sir de la femme<\/strong>. C\u2019est la jouissance de Bel-Ami, comme en t\u00e9moigne la ravissante m\u00e9tonymie qu\u2019il produit, qui va \u00eatre susceptible d\u2019\u00eatre cause du d\u00e9sir pour la femme dont il s\u2019agit. Nous avons alors la r\u00e9solution de la phrase de Lacan que je citais :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u201cSous ce qui s\u2019inscrit glisse la passion du signifiant [c\u2019est-\u00e0-dire] la jouissance de l\u2019Autre.\u201d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette m\u00e9tonymie appara\u00eet au fond comme doublement r\u00e9f\u00e9r\u00e9e. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle peut \u00eatre <strong>r\u00e9f\u00e9r\u00e9e au d\u00e9sir de la personne \u00e0 charmer<\/strong>, au d\u00e9sir de cette femme. Et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, elle est <strong>r\u00e9f\u00e9rable \u00e0 ce qui n\u2019est pas d\u00e9sir mais<\/strong> <strong>jouissance<\/strong>. C\u2019est une lecture tout \u00e0 fait contraire \u00e0 celle que Lacan aurait pu faire avant. <strong>Pensez \u00e0 la belle bouch\u00e8re, \u00e0 ce fameux r\u00eave d\u2019hyst\u00e9rique.<\/strong> L\u00e0 aussi la jouissance s\u2019incarne dans un produit de la mer, \u00e0 savoir le saumon. Pour la belle bouch\u00e8re, \u00e7a se passe entre le saumon et le caviar, et ici \u00e7a se passe entre l\u2019hu\u00eetre et l\u2019oreille.<\/p>\n<p>Tout ceci n\u2019est \u00e9videmment pas une d\u00e9monstration. J\u2019essaye simplement de saisir ce que Lacan a voulu signaler. <strong>La jouissance de l\u2019Autre qu\u2019est Bel-Ami<\/strong> op\u00e8re comme cause du d\u00e9sir pour l\u2019hyst\u00e9rique.<\/p>\n<p><strong>La m\u00e9tonymie <em>peut<\/em> \u00eatre r\u00e9f\u00e9r\u00e9e au d\u00e9sir de l\u2019hyst\u00e9rique d\u2019\u00eatre une petite chose pr\u00e9cieuse.<\/strong> Qu\u2019est-ce que l\u2019exp\u00e9rience analytique fait miroiter pour l\u2019hyst\u00e9rique, sinon cela : d\u2019\u00eatre une petite chose pr\u00e9cieuse, une petite perle. A cet \u00e9gard, un commentaire de la m\u00e9tonymie est possible sur le versant du d\u00e9sir de l\u2019hyst\u00e9rique.<\/p>\n<p>Mais dans cette histoire, qui met l\u2019accent <strong>non plus sur le d\u00e9sir de l\u2019hyst\u00e9rique mais sur ce qui fait la cause de jouissance<\/strong>, se r\u00e9sume toute la seconde bascule de l\u2019enseignement de Lacan.<\/p>\n<p>C\u2019est bien aussi la question que pose le maniement de la position de l\u2019analyste dans l\u2019exp\u00e9rience analytique, \u00e0 savoir se faire cause du d\u00e9sir et, pour se faire cause du d\u00e9sir, t\u00e9moigner de sa jouissance. Comme disait Lacan, il ne faut pas que l\u2019analyste s\u2019y laisse prendre. Structuralement, l\u2019analysant est persuad\u00e9 que l\u2019analyste jouit. C\u2019est aussi bien la valeur du paiement de la s\u00e9ance que d\u2019effacer, au moment o\u00f9 doit s\u2019achever l\u2019illusion qu\u2019est toute s\u00e9ance analytique, ce qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019une apparence, au fond structurale, du plus-de-jouir.<\/p>\n<p>A la semaine prochaine.<\/p>\n<p>Jacques-Alain Miller<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques-Alain Miller, La clinique lacanienne, cours du 27 janvier 1981 SOURCE : http:\/\/jonathanleroy.be\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/1981-1982-Scansions-dans-lenseignement-de-Jacques-Lacan-JA-Miller.pdf Extrait : Nous pourrions nous en tenir l\u00e0, si nous n\u2019avions la reprise par Lacan du concept de m\u00e9tonymie non plus \u00e0 partir du d\u00e9sir, mais \u00e0 partir de la jouissance. 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