{"id":1822,"date":"2021-10-02T11:53:08","date_gmt":"2021-10-02T09:53:08","guid":{"rendered":"https:\/\/leseditionsdesjours.wordpress.com\/?p=1822"},"modified":"2024-12-10T12:29:34","modified_gmt":"2024-12-10T11:29:34","slug":"4-octobre-2020-realite-verite-reel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2021\/10\/4-octobre-2020-realite-verite-reel\/","title":{"rendered":"4 octobre 2020 &#8211; r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9el"},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong>Ecrit en commentaire \u00e0 un texte sur Facebook tr\u00e8s remont\u00e9 contre Emmanuel Carr\u00e8re, l&rsquo;accusant entre autres de proposer aux grands d\u00e9prim\u00e9s de se faire faire une cure de bonne conscience aupr\u00e8s de r\u00e9fugi\u00e9s sur une \u00eele grecque, tout en travestissant&nbsp; la r\u00e9alit\u00e9 des faits alors qu&rsquo;il se targue de toujours vouloir dire la v\u00e9rit\u00e9, ce dont il fait m\u00eame le c\u0153ur de son livre et de son \u00e9criture.<\/strong><\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>Certains \u00e9crivent, d&rsquo;autres pas. Certains s&rsquo;y autorisent, d&rsquo;autres pas. Certains y sont oblig\u00e9s, d&rsquo;autres pas. \u00c0 toutes sortes d&rsquo;\u00e9gards, \u00e9crire est maladie, \u00e9crire fait partie de la maladie, \u00e9crire est sa gu\u00e9rison. Peut-on enlever l&rsquo;\u00e9criture \u00e0 Emmanuel Carr\u00e8re ? Qui le peut ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lations\u00a0\u00bb de l&rsquo;ex-\u00e9pouse indiquent une fois de plus certaines limites du genre, eu \u00e9gard \u00e0 ce que serait la grande litt\u00e9rature, la vraie, et ne sont pas loin de faire partie int\u00e9grante du livre et de l&rsquo;\u00e9criture contemporaine et de la lecture contemporaine. C&rsquo;est faiblesse sans doute que de s&rsquo;y trouver&nbsp; trop bien int\u00e9gr\u00e9. Mais n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;\u00e9poque qui est faible, et souvent prise entre la manie et la d\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, faudrait-il qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9crive pas, Emmanuel Carr\u00e8re ? Qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas trouv\u00e9 la forme fictionnelle de son malheur, fictionnelle au point qu&rsquo;on n&rsquo;y reconnaisse plus les tr\u00e8s exacts faits de la r\u00e9alit\u00e9, celle dont d&rsquo;autres peuvent t\u00e9moigner, dont c&rsquo;est \u00e0 la fois le peu d&rsquo;\u00e9cart et le trop d&rsquo;\u00e9cart qui lui est reproch\u00e9. Trop proche et pas assez de la r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais enfin, quel est l&rsquo;enjeu ? La r\u00e9alit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 ? \u00c0 moins que ce ne soit le r\u00e9el dont l&rsquo;innomabilit\u00e9 \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e finit par exasp\u00e9rer, dont on a tout dit quand on a rien dit, o\u00f9 pourtant tombent certains d&rsquo;entre nous, pas forc\u00e9ment les meilleurs, les plus g\u00e9niaux, qui alors \u00e9ventuellement pourront \/ vont pouvoir \/ finiront par agripper certains des mots qui les agressent, cela s&rsquo;apprend au fil du temps, des ann\u00e9es, qui les agressent par nu\u00e9es, par milliers, les poigner ces mis\u00e9rables, ces cruels, au hasard, les garder au creux des mains dans le silence de la nuit o\u00f9 ils sont clou\u00e9s au lit, sont-ils morts, sont-ils vivants, ces mots retenus dans leurs poings, sont-ils r\u00e9sonance, celui qui les malaxe jusqu&rsquo;\u00e0 en faire prise par o\u00f9 se hisser, se cramponner, est en grande attention. \u00c0 quoi il n&rsquo;y a pas de mode d&#8217;emploi, c&rsquo;est la nuit ici qui r\u00e9git, reine qui accro\u00eet son domaine de silence, d&rsquo;infinie indiff\u00e9rence qui vous revoit. Et faudrait-il \u00e0 ces rescap\u00e9s reprocher de n&rsquo;avoir pas tous fait bonne p\u00eache. Ils usent de cela m\u00eame qui les tuent. Nu\u00e9es de mots, qui ne sont plus qu&rsquo;\u00e9nergie vrombissante, qui les encercle traverse d\u00e9p\u00e8ce, seul r\u00e9el qui annihile toute r\u00e9alit\u00e9, toute v\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;\u00e9criture est le moyen de les coller au mur, \u00e0 la surface de la paroi. Et du moment qu&rsquo;on trouve \u00e0 en nouer 2 ou 3, ou 4, ou 5 ou 6, on est bien content, et \u00e7a se fait \u00e0 l&rsquo;aveugle, et sans qu&rsquo;on fasse trop la fine bouche ou qu&rsquo;on n&rsquo;aie trop le choix du sens qui se cherche se tresse vous redresse. Certaines v\u00e9rit\u00e9s y retrouvent vie, qui sont autant de fictions, de celles qui ont tiss\u00e9 votre filandreuse mati\u00e8re, comme celle de \u00ab\u00a0l&rsquo;homme bon\u00a0\u00bb. Qui est qui pour critiquer cela ? Quel sens, bon sens, pour en juger ? ) <\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, je suis convaincue du courage qu&rsquo;il aura fallu pour \u00e9crire cette folie, pour avouer ce diagnostic. Et je lui suis reconnaissante de l&rsquo;avoir eu. Alors, faiblesse du livre, peut-\u00eatre, ces mois tra\u00een\u00e9s sur les \u00eeles grecques qui \u00ab\u00a0dans la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;auraient \u00e9t\u00e9 que des jours. S&rsquo;y joue donc une des parts de fiction du livre. Fiction qui n&rsquo;en d\u00e9tient pas moins sa v\u00e9rit\u00e9 (voire d&rsquo;ailleurs qui en acqui\u00e8re).<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;agit-il donc de la fiction de l&rsquo;homme bon \u00e0 laquelle Emmanuel Carr\u00e8re se pla\u00eet \u00e0 croire, de son aveu. Plus largement s&rsquo;agit-il de la fiction de notre temps, de son inassimilable, de toutes nos solitudes ancr\u00e9es dans du sable, \u00e9chou\u00e9s que nous sommes jamais loin de migrants dont nous ne sommes pas, dont tout nous s\u00e9pare sinon cette propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00eatre corps vivants encore \u00e9cras\u00e9s l\u00e0, flaques. Ce n&rsquo;est pour ma part pas l\u00e0 que je l&rsquo;ai senti gu\u00e9rir, Emmanuel Carr\u00e8re. L\u00e0, dans les \u00eeles grecques, c&rsquo;est temps blanc, sa m\u00e9taphore,  yeux ouverts sur rien dans la proximit\u00e9 de damn\u00e9s contemporains qui se rel\u00e8vent, lui aussi, usent de leurs jambes, errent, pianotent sur des t\u00e9l\u00e9phones portables, s&rsquo;ennuient. Font du tai chi. Temps d&rsquo;intervalle, sas \u00e0 l&rsquo;heure de nulle part, suspendu comme on l&rsquo;est en avion. S&rsquo;il y a eu gu\u00e9rison, c&rsquo;est pour moi dans le renouement avec l&rsquo;\u00e9criture qu&rsquo;elle a lieu, juste apr\u00e8s, dans le retour en France, empruntant la petite porte, celle des valets, des manuels, par l&rsquo;exercice ent\u00eat\u00e9, obtus, sourd, inlassable de ses 2 mains qui posent leurs 10 doigts sur le clavier, le simple recopiage d&rsquo;interminables pages de manuscrit, l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 un ami cher, \u00e0 l&rsquo;\u00e9diteur aim\u00e9, d\u00e9c\u00e9d\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0, pour moi, que \u00e7a renoue avec la possibilit\u00e9 de la vie, avec l&rsquo;\u00e9criture et la publication. C&rsquo;est dans la production mat\u00e9rielle de l&rsquo;objet livre qu&rsquo;Emmanuel Carr\u00e8re se leste, bouche la veine ouverte par o\u00f9 il se vidait lentement de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aurait toujours d&rsquo;autres choses \u00e0 dire de la crise de d\u00e9pression m\u00e9lancolique, on pourrait toujours dire autrement ce qui ne peut s&rsquo;en dire, tout ce qui d&rsquo;elle n&rsquo;appartient pas m\u00eame \u00e0 la m\u00e9moire, et je trouve pour ma part qu&rsquo;il en dit fort simplement l&rsquo;impossible et m\u00eame l&rsquo;oubli, terrible. Son trou dans l&rsquo;\u00eatre. Et c&rsquo;est alors par les parois imaginaires de la descente aux enfers, par d&rsquo;autres d\u00e9j\u00e0 si souvent risqu\u00e9e, qu&rsquo;un \u00e9ni\u00e8me auteur prend sa plume et aveugle, \u00e0 t\u00e2tons grave, le corps plaqu\u00e9 \u00e0 la paroi humide, ce qu&rsquo;il peut, de l&rsquo;inconcevable, de ces r\u00e9gions dont on est revenu b\u00eate, ou l&rsquo;on a perdu l&rsquo;entendement, l&rsquo;humanit\u00e9 peut-\u00eatre. Cela rel\u00e8ve de l&rsquo;\u00e9thique du bien dire, seule capable de r\u00e9pondre du sacrifice m\u00e9lancolique.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><br><strong>MP \u00e0 l&rsquo;auteur du texte que je commentais <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Yoga &#8211; Je dois vous avouer que ce livre m&rsquo;a permise de prendre la mesure d&rsquo;un diagnostic que je n&rsquo;acceptais pas, et d&rsquo;en voir ma vie boulevers\u00e9e. D\u00e9finitivement. Je refuse encore les m\u00e9dicaments et cherche. Mais, ce livre, aussi peu litt\u00e9raire soit-il, m&rsquo;a extraordinairement aid\u00e9e. Car ce n&rsquo;est plus du tout le m\u00eame combat, la m\u00eame responsabilit\u00e9, le m\u00eame risque. Le m\u00eame combat pour un retour \u00e0 une normalit\u00e9. Je suis d\u00e9douan\u00e9e. Mes responsabilit\u00e9s sont ailleurs. Et ma culpabilit\u00e9 s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9e. Qu&rsquo;une autre se mette en place, c&rsquo;est possible. Mais j&rsquo;aurai me semble-t-il les moyens de la combattre. Esp\u00e9rant ne pas vous blesser, Cordialement, V<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ecrit en commentaire \u00e0 un texte sur Facebook tr\u00e8s remont\u00e9 contre Emmanuel Carr\u00e8re, l&rsquo;accusant entre autres de proposer aux grands d\u00e9prim\u00e9s de se faire faire une cure de bonne conscience aupr\u00e8s de r\u00e9fugi\u00e9s sur une \u00eele grecque, tout en travestissant&nbsp; la r\u00e9alit\u00e9 des faits alors qu&rsquo;il se targue de toujours vouloir dire la v\u00e9rit\u00e9, ce&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2021\/10\/4-octobre-2020-realite-verite-reel\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">4 octobre 2020 &#8211; r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9el<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2121,2001],"tags":[2145,487,2177,2204,1953,2265],"class_list":["post-1822","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ledition-des-jours","category-melancolie","tag-bipolaire","tag-ecriture","tag-emmanuel-carrere","tag-maniaco-depression","tag-melancolie","tag-yoga","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1822","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1822"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1822\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1822"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1822"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1822"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}