{"id":18391,"date":"2019-04-11T18:25:39","date_gmt":"2019-04-11T16:25:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=18391"},"modified":"2019-09-13T14:41:13","modified_gmt":"2019-09-13T12:41:13","slug":"la-metis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2019\/04\/la-metis\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Les ruses de l\u2019intelligence : La m\u00e8tis des Grecs \u00ab\u00a0"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_18455\" aria-describedby=\"caption-attachment-18455\" style=\"width: 304px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/la-metis-vernant-detienne.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"18455\" data-permalink=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2019\/04\/la-metis\/la-metis-vernant-detienne\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/la-metis-vernant-detienne.jpg?fit=304%2C499&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"304,499\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"\u00ab Les ruses de l\u2019intelligence : La m\u00e8tis des Grecs \u00bb\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;\u00ab Les ruses de l\u2019intelligence : La m\u00e8tis des Grecs \u00bb, Marcel Detienne &amp;#038; Jean-Pierre Vernant, Ed. Flammarion, collection Champs, 7 janvier 1993, Poche : 316 pages, ISBN-10 : 2080810367, ISBN-13 : 978-2080810366&lt;\/p&gt;\n\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/la-metis-vernant-detienne.jpg?fit=304%2C499&amp;ssl=1\" class=\"size-full wp-image-18455\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/la-metis-vernant-detienne.jpg?resize=304%2C499&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"304\" height=\"499\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/la-metis-vernant-detienne.jpg?w=304&amp;ssl=1 304w, https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/la-metis-vernant-detienne.jpg?resize=91%2C150&amp;ssl=1 91w, https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/la-metis-vernant-detienne.jpg?resize=286%2C470&amp;ssl=1 286w, https:\/\/i0.wp.com\/www.disparates.org\/iota\/wp-content\/uploads\/la-metis-vernant-detienne.jpg?resize=183%2C300&amp;ssl=1 183w\" sizes=\"(max-width: 304px) 100vw, 304px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-18455\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab Les ruses de l\u2019intelligence : La m\u00e8tis des Grecs \u00bb, Marcel Detienne &amp; Jean-Pierre Vernant, Ed. Flammarion, collection Champs, 7 janvier 1993, Poche : 316 pages, ISBN-10 : 2080810367, ISBN-13 : 978-2080810366<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\"><strong>Notion centrale et notion tr\u00e8s complexe, puisque le mot <em>m\u00e9tis<\/em> est d\u2019abord un nom commun, qui signifie non pas l\u2019intelligence mais une forme particuli\u00e8re d\u2019intelligence qui est faite de ruses, d\u2019astuces, de stratag\u00e8mes, et m\u00eame de dissimulation, voire purement et simplement de mensonges. On peut dire que le h\u00e9ros humain de la <em>m\u00e9tis<\/em>, pour les Grecs, c\u2019est Ulysse.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>[&#8230;] de l\u00e0 aussi, dans le domaine du monde animal o\u00f9 certaines b\u00eates sont en quelque sorte aux yeux des Grecs, les symboles de ce type particulier d\u2019intelligence et sp\u00e9cialement deux animaux\u00a0: <strong>le renard<\/strong>, parce que le renard c\u2019est l\u2019animal \u00e0 <em>m\u00e9tis<\/em>, c\u2019est le fourbe, le rus\u00e9 fait animal comme Ulysse est le rus\u00e9 fait homme, <strong>et aussi le poulpe<\/strong>. Le poulpe, la seiche <strong>parce que ce sont des animaux d\u2019une souplesse incomparable, qui peuvent prendre toutes les formes, qui peuvent se modeler sur toutes les situations, prendre la couleur du rocher, se confondre avec le sable, et dans la mer, s\u00e9cr\u00e9ter une esp\u00e8ce d\u2019encre qui cr\u00e9e l\u2019obscurit\u00e9 au sein des flots et qui leur permet d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois l\u2019animal qui \u00e9chappe \u00e0 toute les prises et qui surgit \u00e0 l\u2019improviste pour s\u2019emparer de ce qu\u2019ils convoitent.<\/strong><\/p>\n<p>Pour les Grecs, [&#8230;] il s\u2019agit v\u00e9ritablement, pour l\u2019intelligence si elle veut comprendre les choses, les ma\u00eetriser, de se rendre non seulement semblables \u00e0 elles mais plus souple, plus ambigu\u00eb que les choses elles-m\u00eames \u00e0 quoi elles s\u2019appliquent. C\u2019est \u00e7a le point. C\u2019est-\u00e0-dire <strong>que nous n\u2019avons pas encore<\/strong> dans ce type d\u2019op\u00e9ration intellectuelle, que nous avons essay\u00e9es d\u2019analyser,<strong> l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y ait un sujet humain qui est d\u00e9fini par sa subjectivit\u00e9, par sa conscience, par sa raison, par ses cadres intellectuels,<\/strong> et en face de lui quelque chose de tout diff\u00e9rent qui serait la r\u00e9alit\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, en fait plut\u00f4t, <strong>nous avons une puissance<\/strong> qui est la m\u00eame dans le cas de l\u2019intelligence humaine et dans le cas de ce qui en est l\u2019adversaire, c\u2019est-\u00e0-dire le devenir ou l\u2019animal qu\u2019il p\u00eacher ou dans le cas de la mythologie, -dont je n\u2019ai pas encore parl\u00e9 mais dont je voudrais bien dire un mot parce que je crois que \u00e7a \u00e9claire les choses-<strong> de deux puissances qui sont \u00e0 la fois oppos\u00e9es et complices, qui sont de m\u00eames nature.<\/strong> Les Grecs pensent que seul le m\u00eame peut agir sur le m\u00eame.<\/p>\n<p>[&#8230;] parce qu\u2019il se produit dans la culture grecque, \u00e0 un certain moment, peut-\u00eatre pas une coupure, le mot est trop fort me semble-t-il, cependant un tournant, une version, un d\u00e9tachement par rapport au pass\u00e9. C\u2019est, en gros \u00e0 la fin du Ve, au d\u00e9but du VIe si\u00e8cle, <strong>lorsqu\u2019une culture qui \u00e9tait fondamentalement orale, et o\u00f9 la communication du savoir se faisait \u00e0 travers des formes po\u00e9tiques, qui en quelques sortes s\u2019imposaient par le rythme, par la danse, par la musique, \u00e0 la m\u00e9morisation au moment o\u00f9 avec l\u2019\u00e9criture, avec les math\u00e9matiques on invente des formes de pens\u00e9e qui sont nouvelles.<\/strong> Et alors, c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que la pens\u00e9e grecque prend la forme que nous lui connaissons. Et cette forme suppose <strong>une opposition nette entre le monde des apparences,<\/strong> c\u2019est-\u00e0-dire le monde sensible du devenir dans lequel nous vivons et auquel nous sommes confront\u00e9s dans nos besoins mat\u00e9riels, physiques <strong>et un autre monde, compl\u00e8tement diff\u00e9rent qui est le monde que les Grecs appellent la v\u00e9rit\u00e9, ou la r\u00e9alit\u00e9.<\/strong> Et ce monde, lui, ce n\u2019est plus un monde changeant, mouvant et que par cons\u00e9quent on ne peut conna\u00eetre que par les ruses de l\u2019intelligence. <strong>C\u2019est un monde de notions stables. C\u2019est le monde de l\u2019intelligible. C\u2019est le monde de l\u2019identit\u00e9, de la permanence, de la constance.<\/strong> Alors, c\u2019est sur ce plan que la science grecque va faire les progr\u00e8s d\u00e9cisifs que nous connaissons. <strong>Elle va instituer une math\u00e9matique, va instituer une philosophie de l\u2019\u00eatre s\u2019opposant au monde du para\u00eetre.<\/strong><\/p>\n<p>Mais auparavant, et c\u2019est ce que nous essayons de montrer, <strong>il n\u2019y a pas cette opposition de l\u2019\u00eatre et du para\u00eetre. Entre l\u2019\u00eatre et le para\u00eetre il y a toute sorte de liens. Par exemple, quand Ulysse fait semblant d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il n\u2019est pas,<\/strong> c\u2019est-\u00e0-dire quand la <em>m\u00e9tis<\/em>, quand la ruse consiste \u00e0 pendre une apparence qui n\u2019est pas la sienne,<strong> cette apparence n\u2019est pas une illusion. Cette apparence, c\u2019est un moyen bien efficace d\u2019obtenir le r\u00e9sultat qui est attendu.<\/strong> Et en ce sens, le mensonge n\u2019est pas du tout la m\u00eame chose que l\u2019ignorance. Le mensonge c\u2019est la conduite de celui qui conna\u00eet la v\u00e9rit\u00e9 mais qui connaissant la v\u00e9rit\u00e9 a en m\u00eame temps quelque chose en plus qui lui permet d\u2019obtenir devant un adversaire un r\u00e9sultat que l\u2019\u00e9nonciation pure et simple de la v\u00e9rit\u00e9 ne lui aurait pas permis d\u2019obtenir. Le mensonge est plus que la v\u00e9racit\u00e9. C\u2019est une v\u00e9racit\u00e9 qui a su en m\u00eame temps tromper l\u2019adversaire en prenant, par la ruse de l\u2019intelligence, une forme qui d\u00e9concerte l\u2019adversaire et permet de le ma\u00eetriser.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>On raconte que le renard est un animal qui a la capacit\u00e9 de tromper l\u2019adversaire en se retournant, en faisant que l\u2019avant devienne l\u2019arri\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire en prenant une position circulaire et il existe m\u00eame un poisson qui est appel\u00e9, poisson-renard dont les naturalistes nous racontent qu\u2019il a cette capacit\u00e9, lorsqu\u2019on l\u2019a p\u00each\u00e9 de se retourner comme un gant et c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on l\u2019appelle renard, de faire en sorte que l\u2019int\u00e9rieur de son organisme, en se retournant, devienne l\u2019ext\u00e9rieur et ainsi l\u2019hame\u00e7on va tomber de lui-m\u00eame. Alors, nous voyons tr\u00e8s bien ici qu\u2019il y a un mod\u00e8le de l\u2019op\u00e9ration rus\u00e9e, qui consiste \u00e0 retourner, \u00e0 se retourner soi-m\u00eame pour retourner contre l\u2019adversaire l\u2019argument ou la puissance que l\u2019adversaire a dirig\u00e9e contre vous.\u00a0<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.fabriquedesens.net\/Les-ruses-de-l-intelligence-La\">http:\/\/www.fabriquedesens.net\/Les-ruses-de-l-intelligence-La<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notion centrale et notion tr\u00e8s complexe, puisque le mot m\u00e9tis est d\u2019abord un nom commun, qui signifie non pas l\u2019intelligence mais une forme particuli\u00e8re d\u2019intelligence qui est faite de ruses, d\u2019astuces, de stratag\u00e8mes, et m\u00eame de dissimulation, voire purement et simplement de mensonges. 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