{"id":18512,"date":"2019-12-22T13:30:16","date_gmt":"2019-12-22T12:30:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=18512"},"modified":"2025-04-16T08:24:58","modified_gmt":"2025-04-16T06:24:58","slug":"la-valise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2019\/12\/la-valise\/","title":{"rendered":"la valise"},"content":{"rendered":"\n<p>T\u00e2che : recopier ici tout ce que j&rsquo;ai pu \u00e9crire autour des valises, principalement des r\u00eaves.<br>Toute cette angoisse, ce type d&rsquo;angoisse-l\u00e0, la r\u00e9sumer, la chapeauter de ce seul terme : valise.<br>( Et est-ce qu&rsquo;il y aura moyen d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;avalise. L&rsquo;avalyse ? )<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre \u00e9crire \u00e0 propos du train du livre d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne Bonnaud r\u00e9cemment lu. Le corps, le meuble, le train. Non, ce n&rsquo;est pas \u00e7a qu&rsquo;elle disait, dont elle parlait, dans son livre, comment s&rsquo;appelle-t-il, sur l&rsquo;oubli, non sur l&rsquo;attente. <em><strong>Monologues de l&rsquo;attente<\/strong>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Qui se passe dans des salles d&rsquo;attentes de psy. Le train des pens\u00e9es dans les salles d&rsquo;attente de psy. Dans les gares aussi il y avait des salles d&rsquo;attente, autrefois. Aujourd&rsquo;hui, ce sont des halls. Transform\u00e9s en espaces commerciaux. Plus de place pour l&rsquo;attente nue.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-6c531013 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-pullquote is-style-tw-minimal has-normal-font-size\"><blockquote><p>\u00ab Il faut que vous r\u00e9alisiez que ce que je vous ai dit des rapports de l&rsquo;homme \u00e0 son corps, et qui tient tout entier dans le fait que l&rsquo;homme dit&nbsp;que le corps, son corps, il l\u2019a. D\u00e9j\u00e0 dire <em>son<\/em>, c\u2019est dire qu\u2019il le poss\u00e8de, comme un meuble, bien entendu. \u00bb<\/p><cite>J. Lacan,&nbsp;<em>Le s\u00e9minaire, Livre XXIII, Le sinthome<\/em>, Paris, Seuil, 2005, p. 154.<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote is-style-tw-minimal has-normal-font-size\"><blockquote><p>\u00ab Au nom de quoi peut-il dire qu\u2019il a un corps ? Au nom de ceci qu\u2019il le traite \u00e0 la va-comme-je-te-pousse, il le traite comme un meuble. Il le met dans des wagons par exemple et l\u00e0 il se laisse trimbaler. C\u2019\u00e9tait quand m\u00eame vrai aussi, \u00e7a commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019amorcer quand il le mettait dans des chariots. \u00bb<\/p><cite>J. Lacan, Scilicet n 6\/7, \u00ab Conf\u00e9rences et entretiens dans des universit\u00e9s nord-am\u00e9ricaines \u00bb, 1975, p. 42-45.<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote alignright is-style-tw-minimal has-small-font-size\"><blockquote><p>Je me suis toujours demand\u00e9 pourquoi Lacan dit que \u00ab le corps, on l\u2019a comme un meuble \u00bb. Sans doute qu\u2019avoir un meuble m\u2019est assez \u00e9tranger, alors qu\u2019avoir un corps m\u2019est tr\u00e8s familier. Le meuble a quelque chose d\u2019inerte, de mort, c\u2019est un objet encombrant. Alors que le corps, certes, peut \u00e0 l\u2019occasion sembler encombrant, mais on le ressent comme vivant, perm\u00e9able \u00e0 nos \u00e9motions, indocile parfois, et capable de toutes sortes de ph\u00e9nom\u00e8nes qui, moi, me perturbent et me donnent le sentiment qu\u2019avoir un corps est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du corps comme meuble. Le mettre dans des chariots et le trimbaler, le mettre dans des wagons et le laisser trimbaler, \u00e7a m\u2019\u00e9voque la fa\u00e7on dont les nazis ont trait\u00e9 les corps des juifs et de nombreux autres. Pas seulement comme des meubles qu\u2019on d\u00e9place dans des wagons d\u2019ailleurs, mais comme des corps \u00e0 usages divers et plus ou moins scientistes. Ils ont invent\u00e9 le tri \u00e0 dimension inhumaine. Ces corps entass\u00e9s dans les wagons qu\u2019on conduisait aux camps de la mort, comme des vieux meubles encombrants qu\u2019on entasse, c\u2019est encore tr\u00e8s pr\u00e9sent dans ma perception de l\u2019histoire familiale. <br>Bref, c\u2019est une phrase de Lacan qui m\u2019interpelle. Le corps, le meuble, le wagon. <br>Enfin, je devrais peut-\u00eatre le dire dans un autre ordre, le meuble, le corps, le wagon. \u00c7a ne me convainc pas non plus. Se retrouver dans un wagon, c\u2019est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 plusieurs membres de ma famille. On imagine le pire. Subir le corps des autres, leur odeur, leur laideur, leur angoisse et ce qu\u2019on ne peut pas dire. Alors l\u00e0, oui, son propre corps devient une pr\u00e9sence insupportable, et pourtant il faut le pr\u00e9server et c\u2019est l\u00e0 que tout \u00e0 coup, ce corps, le v\u00f4tre, le mien se manifeste sournoisement. Il vous vient un mal de ventre terrible, un tord-boyaux de la peur. Votre ventre fait des n\u0153uds, des n\u0153uds de vide, d\u2019effroi, des n\u0153uds de trouille aussi, on appelle \u00e7a, la trouille visc\u00e9rale. Avoir un corps comme un meuble, ce serait g\u00e9nial. Mais l\u00e0, le corps est trop vivant. Les corps sont tous vivants quand ils rencontrent la peur. Nous voil\u00e0 r\u00e9duits \u00e0 \u00e7a, au corps qu\u2019on a, et qu\u2019on doit subir. Car on subit son corps. On peut le trimbaler dans un wagon, mais les wagons de la mort, on pr\u00e9f\u00e9rerait ne pas s\u2019y trouver. Plus jamais. Le corps enferm\u00e9 perd son sens et surtout, ses droits. Ses droits humains.<\/p><cite>H\u00e9l\u00e8ne Bonnaud, <em>Monologues de l&rsquo;attente<\/em><\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Elle se souvient, H\u00e9l\u00e8ne Bonnaud, non pas elle, son personnage, l&rsquo;un de ses personnages, Louise Blanchet, dans une salle d&rsquo;attente, la salle d&rsquo;attente 5, d&rsquo;une r\u00e9flexion de Lacan sur les corps comme des meubles. Des meubles dans des trains, si je me souviens bien, dans des wagons, quelque chose qui \u00e9voque les trains de la mort, les trains des camps de la mort. <strong>Elle note \u00e7a, comment cette phrase de Lacan \u00e9voque les camps.  Et elle dit : heureusement que les corps c&rsquo;est comme des meubles, sinon c&rsquo;est trop de vie, sinon, c&rsquo;est la peur. <\/strong>Ce qui est tr\u00e8s curieux comme r\u00e9flexion pour moi. Ce qui se comprend dans le cadre des wagons qu&rsquo;elle \u00e9voque, de l&rsquo;entassement des corps dans les wagons de la mort, pour elle, les corps ne sont plus que corps, trop corps, trop en vie, trop en peur. Enfin, elle dit plus ou moins : vie =corps=peur. Ou corps=peur=vie. Corps=vie=peur (de la perdre). Et quand elle rentre dans le cabinet de celui qu&rsquo;elle a choisi comme nouvel analyste, elle dit : <strong>il sera mon anti-corps<\/strong>. Je n&rsquo;ai pu m&#8217;emp\u00eacher de penser que quand m\u00eame, je lui souhaiterais qu&rsquo;il lui fasse conna\u00eetre un autre corps, un corps en vie qui soit de bienfaits, non de peurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, elle a cette expression : je me trimballe<sup data-fn=\"33684a89-1a73-4a94-9a3e-f1313cca10fb\" class=\"fn\"><a id=\"33684a89-1a73-4a94-9a3e-f1313cca10fb-link\" href=\"#33684a89-1a73-4a94-9a3e-f1313cca10fb\">1<\/a><\/sup> mon corps, qui elle aussi vient de Lacan. Train-balle.<br>Moi, je ne me train-balle pas mon corps \u2014 me semble-t-il. Mais je ne supporte pas du tout qu&rsquo;il le soit, train-ball\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les vacances arrivent, du d\u00e9placement, ce qui m&rsquo;insupporte, c&rsquo;est l&rsquo;impression de le subir. Quelque chose se \u00ab\u00a0m\u00e9taphorise r\u00e9ellement\u00a0\u00bb d&rsquo;un insupportable, que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 cerner.<br>Et qui r\u00e9sonne avec ce dont il est question dans ce livre, les camps, la mort. L&rsquo;attente sur les quais. La valise.<\/p>\n\n\n\n<p>La valise pos\u00e9e au sol. Soulev\u00e9e. Transport\u00e9e, chang\u00e9e de main. D&rsquo;une main \u00e0 l&rsquo;autre. Lourde, trop lourde. Aujourd&rsquo;hui, la valise \u00e0 roulette, tir\u00e9e. \u00c9tiquet\u00e9e ou pas, qui devrait l&rsquo;\u00eatre. Qui pourrait \u00eatre vol\u00e9e. \u00c9gar\u00e9e, oubli\u00e9e, perdue. \u00c0 laquelle de nombreux objets pourraient manquer. As-tu bien fait tes valises. N&rsquo;as-tu rien oubli\u00e9 ? Que ne contient-elle pas ? La soute \u00e0 bagage, le compartiment \u00e0 valise. Le temps de suspens du voyage. Les bagages.<br>Ce qui se m\u00e9taphorise ? Quoi, de soi ? De sa vie ? De son \u00eatre ? De son corps ? Du suspens? Oh! temps suspens ton vol. Du d\u00e9placement ? De la vacance ? Vacance \u00e0 soi ? Arrachement \u00e0 sa quotidiennet\u00e9 ?<br>Voyager l\u00e9ger. On voudrait voyager l\u00e9ger. Se voit-on rappel\u00e9 \u00e0 son propre poids ? Rappel\u00e9 \u00e0 ses propres manques ? Oubli ? <br>Qu&rsquo;est-ce qui se d\u00e9-fixe ? <br>S&rsquo;agit il de souvenirs de vacances enfantines o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9tait subitement transport\u00e9 ailleurs, dans l&rsquo;inconnu, l&rsquo;\u00e9tranger.<br>Si c&rsquo;est cela, pr\u00e9cis\u00e9ment, qui m&rsquo;insupporte, comment, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge que j&rsquo;ai, ne puis-je le surmonter ?<br>Transport dans l&rsquo;inconnu. L&rsquo;\u00e9tranger.<br>Cet \u00e9tranger, que m\u00e9taphorise-t-il ?<br>Oui, mais quand on sait o\u00f9 on va, tr\u00e8s bien, quand c&rsquo;est un lieu o\u00f9 on ne cesse de retourner, pourquoi faut-il que l&rsquo;angoisse subsiste ?<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce qui veut continuer \u00e0 se r\u00e9it\u00e9rer. <strong>S&rsquo;it\u00e9rer \u00e0 nouveau : une nouvelle fois avoir lieu comme si \u00e7a n&rsquo;avait jamais eu lieu, \u00e0 chaque fois neuf<\/strong>. It\u00e9ration de l&rsquo;oubli, de l&rsquo;oubli de soi.<br>Alors l&rsquo;\u00e9tranger, le transport en wagon, comme un nom de la perte de soi, de grand oubli, de jouissance.<br>Jouissance, absence, d&rsquo;autant plus grande si le train est train de la mort.<br>Tous les trains sont-ils (devenus) de la mort ?<\/p>\n\n\n\n<p>(Une situation de la r\u00e9alit\u00e9 recoupe quelque chose d&rsquo;autre \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, quelque chose qui appartient au vocabulaire de l\u00a0\u00bbinconscient. Tous les trains pour la mort. Pour toujours et \u00e0 jamais. Toutes les valises ce qui s&rsquo; emporte en ces contr\u00e9es. Comme disait mon p\u00e8re (un peu avant de mourir, et comme il sortait d&rsquo;un long coma), Tous juifs. Pardon \u00e0 eux. De m&rsquo;\u00eatre empar\u00e9e de leur malheur. Je ne l&rsquo;ai pas choisi. C&rsquo;est lui qui m&rsquo;a prise. Et les \u00e9toiles sont jaunes de la nativit\u00e9.)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9gende. Nos l\u00e9gendes.<\/p>\n\n\n\n<p>La jouissance est un arrachement. D\u00e8s qu&rsquo;il y a valise, y a arrachement. \u00c7a s&rsquo;arrache de ce qui fait l&rsquo;ordinaire substantifique mo\u00eblle : les pens\u00e9es quotidiennes. La jouissance est une s\u00e9paration. La s\u00e9paration veut la plus grande s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>En tai chi, j&rsquo;apprends \u00e0 m&rsquo;arracher doucement. J&rsquo;apprends le d\u00e9tachement lent. C&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 la danse dont Lacan parle un peu apr\u00e8s avoir parl\u00e9 des wagons dans le S\u00e9minaire sur le Sinthome :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote is-style-tw-minimal\"><blockquote><p>\u00ab\u00a0Il y a quelque chose dont on est tout \u00e0 fait surpris qu\u2019il ne serve pas plus le corps comme tel \u2014 c\u2019est la danse. Ca permettrait d\u2019\u00e9crire autrement le terme de <em>condensation<\/em>.\u00a0\u00bb <\/p><cite>J. Lacan,&nbsp;<em>Le s\u00e9minaire, Livre XXIII, Le sinthome<\/em>, Paris, Seuil, 2005, p. 154.<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"33684a89-1a73-4a94-9a3e-f1313cca10fb\">Lacan et Bonnaud l&rsquo;\u00e9crivent avec un seul L, trimbaler, je pr\u00e9f\u00e8re d&rsquo;en mettre 2, les 2 orthographes sont correctes. <a href=\"#33684a89-1a73-4a94-9a3e-f1313cca10fb-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e2che : recopier ici tout ce que j&rsquo;ai pu \u00e9crire autour des valises, principalement des r\u00eaves.Toute cette angoisse, ce type d&rsquo;angoisse-l\u00e0, la r\u00e9sumer, la chapeauter de ce seul terme : valise.( Et est-ce qu&rsquo;il y aura moyen d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;avalise. L&rsquo;avalyse ? ) Peut-\u00eatre \u00e9crire \u00e0 propos du train du livre d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne Bonnaud r\u00e9cemment lu. 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