{"id":18747,"date":"2022-09-06T18:49:52","date_gmt":"2022-09-06T16:49:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=18747"},"modified":"2022-09-08T10:46:47","modified_gmt":"2022-09-08T08:46:47","slug":"inhibition-et-melancolie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2022\/09\/inhibition-et-melancolie\/","title":{"rendered":"Inhibition et m\u00e9lancolie, Armando Cote"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/champlacanienfrance.net\/sites\/default\/files\/Cote_M120.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/champlacanienfrance.net\/sites\/default\/files\/Cote_M120.pdf<\/a><\/p>\n<p>Je vais d\u00e9velopper quelques liens qui peuvent exister entre l\u2019inhibition et la m\u00e9lancolie \u00e0 partir de la notion de <span style=\"background-color: #ffff99;\"><strong>perte<\/strong><\/span>. Pour cela je vais me centrer sur le livre de Ludwig Binswanger <strong><em>M\u00e9lancolie et Manie<\/em><\/strong>1.<\/p>\n\n\n<p>Une perte inestimable pr\u00e9c\u00e8de au pire, mais pas n\u2019importe quelle perte ; Lacan parlait de <strong>\u00abla puissance de la pure perte<\/strong>2\u00bb. Il semble \u00e9vident, m\u00eame naturel, qu\u2019\u00e0 une perte s\u2019ensuive un deuil, mais Freud met en question cette \u00e9vidence : <strong>derri\u00e8re le deuil se cache une \u00e9nigme, \u00abune grande \u00e9nigme\u00bb<\/strong>3. Lacan nous rappelle que c\u2019est en lisant \u00ab Deuil et m\u00e9lancolie \u00bb qu\u2019il a invent\u00e9 l\u2019objet petit<em> a<\/em>4.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote alignright is-style-solid-color, smaller\"><blockquote><p><strong>Pour tout vous dire, si j\u2019ai un jour invent\u00e9 ce que c\u2019\u00e9tait que l\u2019objet petit <em>a<\/em>, c\u2019est que c\u2019\u00e9tait \u00e9crit dans <em>Trauer und Melancolie<\/em>. Litt\u00e9ralement, je n\u2019ai eu qu\u2019\u00e0 me laisser guider.<\/strong> <br>Freud parle \u00e0 propos <strong>du deuil de la perte de l\u2019objet.<\/strong> Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cet objet, cet objet qu\u2019il n\u2019a pas su nommer, cet objet privil\u00e9gi\u00e9, cet objet qu\u2019on ne trouve pas chez tout le monde, qu\u2019il arrive qu\u2019un \u00eatre incarne pour nous&nbsp;? C\u2019est bien dans ce cas-l\u00e0 qu\u2019il faut un certain temps pour dig\u00e9rer son deuil, jusqu\u2019\u00e0 ce que cet objet, on se le soit r\u00e9sorb\u00e9. C\u2019est dit en clair, c\u2019est \u00e9crit dans Freud. <\/p><cite><a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-la-cause-du-desir-2017-2-page-7.htm\">Lacan Jacques, Conf\u00e9rence de Louvain, 1972<\/a><\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Binswanger dans <strong><em>M\u00e9lancolie et Manie <\/em><\/strong>relate sa longue exp\u00e9rience clinique, il recourt \u00e0 un vocabulaire philosophique qui, \u00e0 certains endroits, le rend inaccessible. Les changements d\u2019humeur, ph\u00e9nom\u00e9nologiquement si diff\u00e9rents, posent la question de la cause. Rappelons que Binswanger est l\u2019initiateur de l\u2019analyse existentielle, laquelle le pousse \u00e0 se d\u00e9tacher de l\u2019orientation psychanalytique, malgr\u00e9 l\u2019admiration qu\u2019il gardera pour Freud.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte de Binswanger pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat pour nous ; ses r\u00e9f\u00e9rences au <strong><span style=\"background-color: #ffff99;\">temps \u00e9ternis\u00e9 du sujet<\/span> <\/strong>sont pr\u00e9cieuses pour donner <strong>une unification aux deux structures, m\u00e9lancolie et manie, <\/strong>qui se m\u00ealent comme dans une bande de M\u0153bius. En effet, Binswanger constate que, malgr\u00e9 l\u2019alternance des affects, les m\u00eames signifiants se retrouvent, en m\u00eame temps que la plainte du sujet est constante dans les deux \u00e9tats.<\/p>\n\n\n\n<p>Binswanger centre la m\u00e9lancolie autour d\u2019un \u00ab<span style=\"background-color: #ffff99;\"><strong> style de perte<\/strong><\/span>5\u00bb; cette r\u00e9f\u00e9rence au style est en lien avec<span style=\"background-color: #ffff99;\"> <strong>l\u2019absence d\u2019objet.<\/strong><\/span> Pour Binswanger l\u2019angoisse est sans objet6. Il entre dans des consid\u00e9rations philosophiques pour tenter d\u2019expliquer que la d\u00e9tresse du sujet m\u00e9lancolique est en lien avec une<strong> d\u00e9tresse existentielle<\/strong> et plus pr\u00e9cis\u00e9ment avec une angoisse qui porte sur la vie et notamment sur \u00ab<strong> l\u2019\u00eatre-encore-en-vie <\/strong>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un exemple de cette<strong> perte paradoxale qui pousse le sujet \u00e0 l\u2019inhibition<\/strong> est le cas de David B\u00fcge, relat\u00e9 par Binswanger. Il s\u2019agit d\u2019un homme de 45 ans, commer\u00e7ant, qui se plaignait quotidiennement devant les m\u00e9decins de ce qui avait caus\u00e9 sa \u00abd\u00e9pression\u00bb: il <strong>s\u2019\u00e9tait port\u00e9 caution de quarante mille francs<\/strong>, somme assez importante, mais qui n\u2019\u00e9tait pas du tout ruineuse dans son cas. Le reproche, not\u00e9 par Binswanger, qui l\u2019avait fait sombrer dans la m\u00e9lancolie \u00e9tait : \u00abSi je n\u2019avais pas fait la b\u00eatise d\u2019assumer cette caution, je ne serais pas tomb\u00e9 malade7\u00bb, donc une perte irr\u00e9cup\u00e9rable. Mais un jour inattendu, l\u2019argent lui fut rendu et bien \u00e9videment le patient n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 gu\u00e9ri, ni m\u00eame sa sant\u00e9 am\u00e9lior\u00e9e. Comme si de rien n\u2019\u00e9tait, en un tour de main, le patient donne suite \u00e0 un autre th\u00e8me m\u00e9lancolique pour poursuivre sa plainte :<span style=\"background-color: #ffff99;\"><strong> il s\u2019agit d\u2019une perte dont il n\u2019a pas d\u2019id\u00e9e, mais dont il a la certitude, peu importe la nature de l\u2019objet perdu. <\/strong><\/span>Pour le m\u00e9lancolique, <strong>la perte n\u2019est pas une supposition, mais quelque chose d\u2019\u00e9vident, c\u2019est une certitude8<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenons un autre cas de Binswanger pour illustrer cette perte. Il s\u2019agit d\u2019une patiente autrichienne \u00e2g\u00e9e de 26 ans, divorc\u00e9e, m\u00e8re d\u2019un enfant de 9 ans ; son nom est <strong>Olga Blum<\/strong>. \u00c0 la suite de la <strong>premi\u00e8re crise d\u2019\u00e9pilepsie de son p\u00e8re<\/strong> lorsqu\u2019elle avait 6 ans, elle a \u00e9prouv\u00e9 une<strong> angoisse vitale, croissante et le sentiment que la \u00abvie devant tant d\u2019horreur ne vaut pas la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue<\/strong>9. \u00bb Cette patiente oscille entre des<span style=\"background-color: #ffff99;\"> \u00e9tats dits \u00abmixtes maniaco-d\u00e9pressifs \u00bb<\/span>, \u00e9tats que Binswanger constate pendant l\u2019hospitalisation et qui ont lieu durant la journ\u00e9e. Il n\u2019y a pas forc\u00e9ment de p\u00e9riodes maniaques et m\u00e9lancoliques, dans une m\u00eame journ\u00e9e elle pouvait passer d\u2019un \u00e9tat \u00e0 l\u2019autre. Binswanger parle d\u2019une fureur maniaque \u00e0 laquelle participe tout le corps. Olga Blum voyait tout en rose et \u00e9prouvait un sentiment de victoire, elle s\u2019habillait soigneusement et la journ\u00e9e semblait longue avec des impressions sensorielles aussi bien optiques qu\u2019acoustiques; elle \u00e9prouvait aussi un besoin d\u2019\u00e9crire et de parler. Une filiation d\u00e9lirante viendra s\u2019imposer \u00e0 elle : elle a l\u2019id\u00e9e que<strong> l\u2019\u00e9crivain Goethe est son <span style=\"background-color: #ffff99;\">double<\/span>.<\/strong><\/p>\n<p>Lors d\u2019une phase maniaque elle confie au m\u00e9decin qu\u2019elle est soulag\u00e9e que Goethe ait v\u00e9cu avant elle, sans quoi elle aurait d\u00fb \u00e9crire le Faust10. Cela montre bien, souligne Binswanger,<strong> une d\u00e9faillance de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ego<\/strong>.<\/p>\n<p>Binswanger proc\u00e8de alors \u00e0 d\u00e9crire <span style=\"background-color: #ffff99;\"><strong>une double identification<\/strong> qui est en jeu<\/span>, laquelle pourrait expliquer le changement d\u2019humeur. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, son p\u00e8re est identifi\u00e9 au <strong>p\u00e8re malade, indigne, qui ne m\u00e9rite pas de vivre<\/strong> ; elle d\u00e9clare \u00e0 Binswanger qu\u2019un \u00eatre si m\u00e9diocre et mis\u00e9rable que son p\u00e8re <span style=\"background-color: #ffff99;\"><strong><em>doit<\/em> <\/strong>se tirer une balle dans la t\u00eate.<\/span> Le signifiant ma\u00eetre de cette identification concernant son p\u00e8re est \u00ab <strong>\u00e9go\u00efste<\/strong> \u00bb, un p\u00e8re \u00e9go\u00efste. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, <strong>la m\u00e8re et sa famille sont id\u00e9alis\u00e9es<\/strong>, elles sont brillantes, elles ont accompli des exploits dans leur vie et vivent \u00e0 cent \u00e0 l\u2019heure. Quand Olga Blum <span style=\"background-color: #ffff99;\">s\u2019identifie \u00e0 son p\u00e8re elle devient objet petit <em>a<\/em>, elle s\u2019abhorre, se hait<\/span> 11, elle devient abjecte 12, comme dirait Lacan. <strong>L\u2019identification \u00e0 son p\u00e8re<\/strong> est de l\u2019ordre de ce que Freud appelait la conscience morale 13, c\u2019est-\u00e0-dire une aversion morale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son propre moi qui vient au premier plan.<\/p>\n<p>Nous assistons ici \u00e0 ce que Lacan a appel\u00e9 le <strong>\u00ab<span style=\"background-color: #ffff99;\"> suicide d\u2019objet<\/span> 14 \u00bb, qui est le propre de l\u2019inhibition m\u00e9lancolique<\/strong>. En effet, son p\u00e8re ne doit plus exister, il ne doit plus avoir d\u2019enfant, il n\u2019a pas le droit \u00e0 la vie. Ce qui veut dire que dans le suicide m\u00e9lancolique, le malade ne se d\u00e9truit pas lui m\u00eame,mais <span style=\"background-color: #ffff99;\">d\u00e9truit<\/span><strong><span style=\"background-color: #ffff99;\"> le membre ha\u00ef du couple parental qui a \u00e9t\u00e9 introject\u00e9<\/span>.<\/strong> Binswanger reprend ici les d\u00e9veloppements d\u2019Abraham15. Ces r\u00e9flexions viennent en opposition avec la phase maniaque, dans laquelle Olga est dans un flux de vie o\u00f9 elle ne veut plus avoir de m\u00e9sentente ni aucun bouleversement et ne peut plus \u00e9prouver de d\u00e9ception16. C\u2019est un \u00e9tat maniaque qui est proche de la mort aussi.<\/p>\n<p>L\u2019unit\u00e9 des deux phases est bien la pulsion de mort. Un tranchant mortel de l\u2019identification au p\u00e8re se d\u00e9voile. Cette relation filiale qu\u2019Olga Blum entretient avec son p\u00e8re est un lien mortel, du fait que, une fois le p\u00e8re d\u00e9chu de ses droits de donner la vie, elle, en \u00e9tant sa fille, n\u2019a plus droit \u00e0 vivre ; c\u2019est une version de la forclusion du nom du p\u00e8re. Dans le cas d\u2019Olga Blum, <strong><span style=\"background-color: #ffff99;\">il y a un \u00e9chec de l\u2019identification narcissique au p\u00e8re, qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la m\u00e9lancolie : il n\u2019y a pas d\u2019id\u00e9al, d\u2019objet id\u00e9al<\/span> ;<\/strong> comme dans Hamlet, il n\u2019y a pas de brillance phallique. <strong>Son p\u00e8re est \u00ab \u00e9go\u00efste \u00bb,<\/strong> c\u2019est une certitude, elle ne saurait \u00eatre le manque de ce p\u00e8re, comme Hamlet avec Oph\u00e9lie quand il reconna\u00eet qu\u2019il est son manque.<strong><span style=\"background-color: #ffff99;\"> Le m\u00e9lancolique n\u2019a pas perdu son objet, il n\u2019est pas en manque, il a perdu plut\u00f4t son \u00ab je \u00bb<\/span> (Ich).<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"background-color: #ffff99;\">Les impulsions meurtri\u00e8res contre l\u2019autre sont une sorte d\u2019acte suicidaire dans lequel l\u2019objet \u00e9crase le sujet.<\/span><\/p>\n<p>Soulignons un autre aspect important de ce cas : la question de <span style=\"background-color: #ffff99;\"><strong><em>lalangue<\/em><\/strong><\/span>, des langues que parle Olga Blum. Binswanger ne manque pas de remarquer qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 8 ans elle parlait quatre langues, ce que nous pouvons mettre en parall\u00e8le avec la <strong>logorrh\u00e9e<\/strong> dont elle souffre et son impossibilit\u00e9 de s\u2019arr\u00eater de parler. \u00c0 la fin de la description du cas, un autre d\u00e9tail est soulign\u00e9 : <strong>son p\u00e8re l\u2019a toujours embrass\u00e9e sur la bouche<\/strong> 17,<strong> un \u00e9l\u00e9ment d\u2019autocritique o\u00f9 la question d\u2019un amour premier pour le p\u00e8re qui se retourne contre lui comme un gant dans une haine profonde<\/strong> reste dit entre les lignes. C\u2019est un exemple de logorrh\u00e9e, de libert\u00e9 maniaque que Lacan explique par le fait que le sujet est soumis \u00ab<strong> \u00e0 la m\u00e9tonymie pure, infinie&nbsp; et ludique, de la cha\u00eene signifiante<\/strong> 18 \u00bb. L\u2019inhibition m\u00e9lancolique est au fond, comme disait Freud, \u00ab d\u00e9faite de la pulsion \u00bb de vie qui oblige tout vivant \u00e0 tenir bon \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de cas pr\u00e9sent\u00e9s par Binswanger, je voudrais insister sur le caract\u00e8re de la <strong>simultan\u00e9it\u00e9 des deux \u00e9tats<\/strong> qui confirment le rejet de l\u2019inconscient. Gr\u00e2ce \u00e0 Lacan, nous pouvons sortir des binaires qu\u2019avait propos\u00e9s Freud, vie et mort, manie et m\u00e9lancolie. Avec Lacan, nous constatons aussi la pr\u00e9sence de la mort dans la manie, dans la fureur maniaque de vivre. La phrase <strong>\u00ab <span style=\"background-color: #ffff99;\">\u00eatre toute la fille d\u2019un p\u00e8re \u00e9go\u00efste <\/span>\u00bb est une <span style=\"background-color: #ffff99;\">holophrase<\/span><\/strong> dans le sens que Lacan lui donne : un collage entre<span style=\"background-color: #ffff99;\"><strong> l\u2019identification \u00e0 cet objet au niveau imaginaire et le fait d\u2019\u00eatre l\u2019objet<\/strong><\/span>, c\u2019est \u00e0 dire \u00ab la fille du p\u00e8re \u00e9go\u00efste \u00bb. Mais il faudrait \u00eatre plus pr\u00e9cis : pouvons nous v\u00e9ritablement parler d\u2019une identification \u00e0 l\u2019objet dans la m\u00e9lancolie, en termes freudiens ? Il me semble que non, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une<span style=\"background-color: #ffff99;\"><strong> identit\u00e9 avec l\u2019objet<\/strong><\/span>. La forclusion du nom du p\u00e8re fait d\u00e9faut dans la transmission et le signifiant \u00ab \u00e9go\u00efste \u00bb devient pers\u00e9cuteur.<\/p>\n<p>L\u2019holophrase est l\u2019absence d\u2019intervalle, de coupure entre les signifiants.<\/p>\n<p>Elle s\u2019oppose \u00e0 la structure du langage, que l\u2019on peut sch\u00e9matiser ainsi : deux signifiants, S1 et S2, le sujet, d\u00e9fini comme \u00e9tant <strong><em>repr\u00e9sent\u00e9<\/em> <\/strong>par S1pour S2, et donc <em><strong>divis\u00e9<\/strong> <\/em>($) ; mais ce sujet, <strong>pour une part, n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9<\/strong>. Quelque chose est donc <strong>perdu<\/strong> dans l\u2019intervalle inter-signifiants. Cette perte non repr\u00e9sentable est l\u2019objet <em>a<\/em>, qui devient la cause du d\u00e9sir et l\u2019objet de la pulsion. <strong>L\u2019holophrase, bloc S1S2, ne divise pas le sujet et <span style=\"background-color: #ffff99;\">l\u2019objet n\u2019est pas perdu<\/span>.<\/strong> <span style=\"background-color: #ffff99;\">Il n\u2019y a pas de S1 (soit de signifiant de l\u2019instance paternelle, phallique) <em>qui se distingue<\/em> des autres signifiants.<\/span> Le sujet est <strong>monolithique, sujet d\u2019un \u00e9nonc\u00e9 sans \u00e9nonciation<\/strong>.<\/p>\n<p>Le m\u00e9lancolique touche \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re d\u2019\u00eatre une ordure, un rebut, un d\u00e9chet, un objet petit <em>a<\/em>. <strong>Au lieu de remplacer l\u2019objet perdu par une identification<\/strong>, le sujet m\u00e9lancolique reste fix\u00e9 dans ce moment o\u00f9 il est poss\u00e9d\u00e9 par une certitude, par un pseudo-savoir. <strong>Le sujet m\u00e9lancolique ne fonde pas un lien social \u00e0 partir de sa position subjective comme le fait l\u2019hyst\u00e9rique ;<span style=\"background-color: #ffff99;\"> il est coup\u00e9 de tout lien social<\/span>,<\/strong> il est plong\u00e9 dans une indignit\u00e9, il s\u2019identifie \u00e0 l\u2019objet indigne sans en conna\u00eetre la valeur, ce qui est le contraire du deuil, qui donne une valeur positive d\u2019exaltation \u00e0 l\u2019objet perdu.<\/p>\n<p>Le sujet m\u00e9lancolique met l\u2019accent sur le<strong> retour dans le r\u00e9el.<\/strong> Le langage lui-m\u00eame implique une soustraction de vie, du fait qu\u2019il introduit le manque dans le r\u00e9el ; le nom de cette n\u00e9gativation est castration. Pour l\u2019analyste, dans ce cas de m\u00e9lancolie, la marge de man\u0153uvre n\u2019est pas tr\u00e8s grande.<strong> La faute morale du m\u00e9lancolique<span style=\"background-color: #ffff99;\"> d\u00e9roge au devoir du bien dire<\/span><\/strong>. Dans \u00ab Deuil et m\u00e9lancolie \u00bb, Freud note la diff\u00e9rence entre le sujet m\u00e9lancolique qui ne veut plus souffrir et donc ne veut plus savoir et le sujet m\u00e9lancolique qui est en position de savoir, qui sait ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu. L\u2019acte analytique demande la plus grande prudence dans le suivi de cas de m\u00e9lancolie. Bleuler, dans un de ses \u00e9crits, a fait le constat que plus les soignants fournissaient des efforts pour emp\u00eacher que le patient se suicide, plus augmentaient les suicides. Les restrictions et les pressions exerc\u00e9es sur le sujet ont un impact sur lui. C\u2019est la raison pour laquelle Lacan insistait, en 1972, face \u00e0 son public belge, sur le fait que le discours analytique ne cherche pas \u00e0 donner un sens \u00e0 la vie, et caract\u00e9risait en revanche l\u2019acte de l\u2019analyste ainsi : \u00ab L\u2019acte en tant que tel, c\u2019est d\u2019exposer sa vie, de la risquer19.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong> : m\u00e9lancolie, deuil, inhibition, holophrase, manie, perte.<\/p>\n<p>* Intervention aux Journ\u00e9es nationales de l\u2019epfcl \u00ab Actes et inhibition \u00bb \u00e0 Paris les 26 et 27 novembre 2016.<\/p>\n\n\n\n<p><br>1. l. Binswanger, <em>M\u00e9lancolie et manie, \u00e9tudes ph\u00e9nom\u00e9nologiques<\/em>, Paris, puf, 2011.<br>2. J. Lacan, <em>\u00c9crits<\/em>, Paris, Seuil, 1966, p. 691.<br>3. P. F\u00e9dida, \u00ab La grande \u00e9nigme du deuil, d\u00e9pression et m\u00e9lancolie, le beau objet \u00bb, dans <em>L\u2019Absence<\/em>, Paris, Folio Essais, 2005, p. 99.<br>4. Ce texte est celui de la bande enregistr\u00e9e de la conf\u00e9rence de Jacques Lacan donn\u00e9e \u00e0 la grande rotonde de l\u2019universit\u00e9 de Louvain, le 13 octobre 1972. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-la-cause-du-desir-2017-2-page-7.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Paru dans <em>Quarto <\/em>(suppl\u00e9ment belge \u00e0 La Lettre mensuelle de l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne), n\u00b0 3, 1981, p. 520.<\/a> \u00ab La perte de l\u2019objet, [dit Lacan] qu\u2019est-ce que c\u2019est que cet objet, cet objet qu\u2019il [Freud] n\u2019a pas su nommer, <strong>cet objet privil\u00e9gi\u00e9, cet objet qu\u2019on ne trouve pas chez tout le monde, qu\u2019il arrive qu\u2019un \u00eatre incarne pour nous<\/strong> ? C\u2019est bien dans ce cas-l\u00e0 qu\u2019il faut un certain temps pour dig\u00e9rer son deuil, jusqu\u2019\u00e0 ce que cet objet, on se le soit r\u00e9sorb\u00e9. C\u2019est dit en clair, \u00e9crit dans Freud. \u00bb<br>5. Soulign\u00e9 par Binswanger, <em>M\u00e9lancolie et manie<\/em>, op. cit., p. 51.<br>6. Ibid. p. 55, mais aussi p. 56.<br>7. Ibid., p. 36.<br>8. Ibid., p. 49.<br>9. Ibid., p. 98.<br>10. Ibid., p. 100.<br>11. Ibid., p. 109.<br>12. J. Lacan, \u00ab T\u00e9l\u00e9vision \u00bb, dans<em> Autres \u00e9crits<\/em>, Paris, Seuil, 2001, p. 525. \u00ab La fonder [l\u2019angoisse], dis-je de cet abject comme je d\u00e9signe maintenant plut\u00f4t l\u2019objet (a). \u00bb<br>13. S. Freud, \u00ab Deuil et m\u00e9lancolie \u00bb, dans <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab Folio essais \u00bb, 1968 p. 153.<br>14.&lt; J. Lacan, Le S\u00e9minaire, Livre VIII, <em>Le Transfert<\/em>, Paris, Seuil, 2001, p. 463.<br>15.&lt; L. Binswanger, <em>M\u00e9lancolie et manie<\/em>, op. cit., p. 110.<br>16.&lt; Ibid., p. 107.<br>17.&lt; Ibid., p. 110.<br>18.&lt; J. Lacan, Le S\u00e9minaire, Livre X, L\u2019Angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 388.<br>19. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-la-cause-du-desir-2017-2-page-7.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Conf\u00e9rence de Jacques Lac<\/a>an \u00e0 la grande rotonde de l\u2019universit\u00e9 de Louvain, art. cit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>https:\/\/champlacanienfrance.net\/sites\/default\/files\/Cote_M120.pdf Je vais d\u00e9velopper quelques liens qui peuvent exister entre l\u2019inhibition et la m\u00e9lancolie \u00e0 partir de la notion de perte. Pour cela je vais me centrer sur le livre de Ludwig Binswanger M\u00e9lancolie et Manie1. Une perte inestimable pr\u00e9c\u00e8de au pire, mais pas n\u2019importe quelle perte ; Lacan parlait de \u00abla puissance de la&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2022\/09\/inhibition-et-melancolie\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">Inhibition et m\u00e9lancolie, Armando Cote<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2001,44],"tags":[2002,2003,1953,1998,2000],"class_list":["post-18747","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-melancolie","category-psychanalyse","tag-deuil","tag-holophrase","tag-melancolie","tag-perte","tag-suicide-dobjet","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18747","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18747"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18747\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18747"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18747"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18747"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}