{"id":20372,"date":"2021-09-07T08:21:23","date_gmt":"2021-09-07T07:21:23","guid":{"rendered":"https:\/\/leseditionsdesjours.wordpress.com\/?p=532"},"modified":"2024-12-11T15:12:34","modified_gmt":"2024-12-11T14:12:34","slug":"un-chien-maltraite-nayant-rien-a-dire-sur-son-sort-nayant-plus-droit-a-la-parole-voue-a-disparaitre-le-retour-du-fort-da","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2021\/09\/un-chien-maltraite-nayant-rien-a-dire-sur-son-sort-nayant-plus-droit-a-la-parole-voue-a-disparaitre-le-retour-du-fort-da\/","title":{"rendered":"un chien maltrait\u00e9 n&rsquo;ayant rien \u00e0 dire sur son sort, n&rsquo;ayant plus droit \u00e0 la parole &#8211; vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre (le retour du Fort-Da)"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-dark-gray-background-color has-background\">Extraits de <em>L&rsquo;envers de la biopolitique, Une \u00e9criture pour la jouissance<\/em>, Eric Laurent, \u00ab\u00a0Jouir \u00e0 corps perdu\u00a0\u00bb, p.119-<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>Lacan, dans son <em>S\u00e9minaire XXIII<\/em> (=<em>Le sinthome<\/em>), proc\u00e8de, \u00e0 partir de la jouissance masochiste de Joyce, \u00e0 une double relecture de la clinique de la <strong>perversion<\/strong> et de celle de la <strong>sublimation<\/strong>. Il avait \u00e0 diff\u00e9rents moment dans son enseignement, soulign\u00e9 combien ces <strong>deux modes de satisfaction de la pulsion <\/strong>d\u00e9gag\u00e9s par Freud, apparemment oppos\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, interrogeaient tous les deux la jouissance phallique. Il y avait, dans les deux cas, un acc\u00e8s \u00e0 <strong>la satisfaction directe de la pulsion, sans en passer explicitement par la castration et son agent paternel<\/strong>. Aussi Lacan a-t-il propos\u00e9 diverses formules pour \u00e9clairer ces paradoxes, jusqu&rsquo;\u00e0 trouver une nouvelle \u00e9criture avec les n\u0153uds, qui permet de se passer de la fonction du p\u00e8re, saisie \u00e0 partir de sa jouissance, de sa <em>p\u00e8re-version<\/em>. <strong>L&rsquo;\u00e9criture de la jouissance dans la logique des sacs et de cordes permet d&rsquo;accrocher le parl\u00eatre \u00e0 sa jouissance sans avoir recours \u00e0 la castration.<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n<p><strong>SUBLIMATION ET PERVERSION<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n<p>La th\u00e9orie freudienne de la libido voyait dans la r\u00e9p\u00e9tition du <strong><em>Fort\/Da<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008d10000000000000000_20372\"><a href=\"javascript:void(0)\"  title=\"Cf. supra, p. 40.\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008d10000000000000000_20372-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000000008d10000000000000000_20372-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Cf. supra, p. 40.<\/span><\/em><\/strong> (1) &#8211; jeu de la bobine au moyen duquel l&rsquo;enfant reproduit le d\u00e9part de sa m\u00e8re &#8211; le fondement, et <strong>du masochisme primordial<\/strong>, et de <strong>l&rsquo;au-del\u00e0 du principe du plaisir<\/strong>. Freud consid\u00e9rait cette activit\u00e9 ludique comme la manifestation d&rsquo;un masochisme primordial impliquant la r\u00e9p\u00e9tition <em>passive<\/em> de l&rsquo;exp\u00e9rience de la perte. D\u00e8s le d\u00e9but de son enseignement, Lacan rompt avec cette lecture freudienne : point de masochisme <em>passif <\/em>dans ce jeu,<strong> mais une symbolisation <em>active <\/em>n\u00e9cessaire de l&rsquo;absence.<\/strong> Lacan donne comme \u00ab\u00a0condition fondamentale [au <em>Ford-Da<\/em>] une condition symbolique. Sa premi\u00e8re analyse du <strong><em>Fort-Da<\/em><\/strong> [montre] que <strong>la r\u00e9p\u00e9tition est enti\u00e8rement foment\u00e9e par la subjectivit\u00e9<\/strong>, que [\u2026] le sujet est actif, qu&rsquo;il ma\u00eetrise sa privation, [\u2026] n\u00e9gative sa jouissance et transcende son d\u00e9sir. (Cela) surclasse la jouissance (et il) s&rsquo;en d\u00e9fait. [\u2026] <strong>Ce sujet comme \u00eatre-pour-la-mort ne peut pas \u00eatre anim\u00e9 par une libido. Il ne peut \u00eatre anim\u00e9 que par une intention qui est de l&rsquo;ordre du sens. Il est anim\u00e9 par le d\u00e9sir de reconnaissance [\u2026] Lacan invente \u00e0 la place de la libido freudienne une satisfaction d&rsquo;ordre purement symbolique (et) universalisable.<\/strong><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008d10000000000000000_20372\"><a href=\"javascript:void(0)\"  title=\"Miller J.-A., \u00ab\u00a0L&rsquo;Orientation lacanienne. Silet\u00a0\u00bb (1994-1995), le\u00e7on du 29 mars 1995, in\u00e9dit.\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008d10000000000000000_20372-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000000008d10000000000000000_20372-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Miller J.-A., \u00ab\u00a0L&rsquo;Orientation lacanienne. Silet\u00a0\u00bb (1994-1995), le\u00e7on du 29 mars 1995, in\u00e9dit.<\/span>(2)\u00a0\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n<p><strong>Le<em> vide de libido<\/em> du sujet en tant qu&rsquo;\u00eatre-pour-la-mort<\/strong> constitue l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif dans les diff\u00e9rentes d\u00e9clinaisons de ce point de d\u00e9part symbolique. [\u2026]<br \/>\r\n\u00ab\u00a0la sublimation [\u2026] reste [probl\u00e9matique] \u00e0 moins de [la] d\u00e9finir comme la forme m\u00eame dans laquelle se coule d\u00e9sir. [La ] pulsion elle-m\u00eame, loin de se confondre avec la substance de la relation sexuelle, est cette forme m\u00eame. Autrement dit, [\u2026] la pulsion peut se r\u00e9duire au pur jeu du signifiant. Et c&rsquo;est ainsi que nous pouvons aussi d\u00e9finir la sublimation. [\u2026] Ici, &#8211; en un point aussi paradoxal que l&rsquo;est la perversion, entendu [\u2026] comme ce qui , dans l&rsquo;\u00eatre humain, r\u00e9siste \u00e0 toute normalisation &#8211; nous pouvons voir se produire ce discours, cette apparente \u00e9laboration \u00e0 vide que nous appelons sublimation<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008d10000000000000000_20372\"><a href=\"javascript:void(0)\"  title=\"Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre VI, Le d\u00e9sir et son interpr\u00e9tation, op. cit., p. 571.\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008d10000000000000000_20372-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000000008d10000000000000000_20372-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"><strong>Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre VI, <em>Le d\u00e9sir et son interpr\u00e9tation<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 571.<\/strong><\/span> (3)\u00a0\u00bb. La pulsion se trouve r\u00e9sorb\u00e9e dans le circuit de la bobine, qui permet l&rsquo;articulation radicale du sujet au vide, \u00e0 la forme pure du d\u00e9sir. Dans ce S\u00e9minaire, Lacan souligne avec force la s\u00e9paration entre le d\u00e9sir comme tel et sa prise dans la probl\u00e9matique \u0153dipienne : [\u2026] \u00ab\u00a0<em>Hamlet <\/em>[\u2026] Les coordonn\u00e9es de ce conflit sont modifi\u00e9es par Shakespeare de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir faire appara\u00eetre comment [\u2026] le probl\u00e8me du d\u00e9sir, [\u2026]l&rsquo;homme n&rsquo;en est pas seulement investi, [\u2026]mais que, ce d\u00e9sir il a [\u2026]\u00e0 le trouver.<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"00000000000008d10000000000000000_20372\"><a href=\"javascript:void(0)\"  title=\"Ibid., p. 306.\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000008d10000000000000000_20372-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000000008d10000000000000000_20372-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"><strong><em>Ibid<\/em>., p. 306<\/strong>.<\/span>(4) C&rsquo;est le d\u00e9voilement de la <strong>probl\u00e9matique du d\u00e9sir qui, articul\u00e9 au vide de la jouissance se pr\u00e9sente comme un imp\u00e9ratif radicalement nouveau, d\u00e9li\u00e9 de tous les imp\u00e9ratifs associ\u00e9s au p\u00e8re. <\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n<p>Cet abord permet \u00e0 Lacan \u00e0 partir d&rsquo;une lecture radicale du fantasme <em>On bat un enfant<\/em> [\u2026] de constituer \u00ab\u00a0le fantasme (comme) support n\u00e9cessaire du d\u00e9sir (5)\u00a0\u00bb et d&rsquo;exposer un masochisme hors lien avec le p\u00e8re, alors que Freud se sert de ce fantasme pour nouer la satisfaction masochiste au p\u00e8re qui bat. Rappelons que Freud(6) proc\u00e8de en trois temps pour d\u00e9plier ce fantasme. Premier temps <em>Mon p\u00e8re bat un enfant<\/em> (autre que moi); deuxi\u00e8me temps: <em>Mon p\u00e8re me bat<\/em> : temps du masochisme proprement dit, recherche de punition; troisi\u00e8me temps (g\u00e9n\u00e9ralisation, universalisation) : <em>On bat un enfant<\/em>.<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>Freud souligne avec \u00e9tonnement que, dans tous les cas o\u00f9 il a isol\u00e9 le fantasme, le deuxi\u00e8me temps, <em>Mon p\u00e8re me bat<\/em>, n&rsquo;est jamais rem\u00e9mor\u00e9 &#8211; il reste une place vide &#8211; et doit \u00eatre construit. Il en d\u00e9duit que c&rsquo;est \u00ab\u00a0une n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb. (7) [\u2026] Or, la formule de cette seconde phase nous int\u00e9resse au plus haut degr\u00e9. Ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre, en effet, que la formule du <strong>masochisme primordia<\/strong>l. Celui-ci intervient pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 le sujet , dans sa recherche, se trouve au plus pr\u00e8s de sa r\u00e9alisation de sujet dans la dialectique signifiante. Freud le dit \u00e0 juste titre, quelque chose d&rsquo;essentiel s&rsquo;est pass\u00e9 entre la premi\u00e8re et la seconde phase &#8211; le sujet a vu l&rsquo;autre \u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9 de sa dignit\u00e9 de sujet \u00e9rig\u00e9, de petit rival. <strong>L&rsquo;ouverture qui s&rsquo;en est suivie [pour le sujet] lui fait percevoir que dans cette possibilit\u00e9 m\u00eame d&rsquo;annulation subjective r\u00e9side tout son \u00eatre \u00e0 lui, en tant qu&rsquo;\u00eatre existant.<\/strong>(8) Nous ne pouvons qu&rsquo;\u00eatre sensibles, apr\u00e8s le cours de J.A. Miller sur l\u2019\u00catre et l&rsquo;Un(9), \u00e0 cette formule, <em>l&rsquo;\u00eatre existant<\/em>, conjoignant l&rsquo;\u00eatre et l&rsquo;existence autour de la possibilit\u00e9 du sujet, index\u00e9 par la notation du z\u00e9ro.<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>Poursuivons notre lecture du masochisme avec Lacan : \u00ab\u00a0<strong>C&rsquo;est en fr\u00f4lant au plus pr\u00e8s cette abolition (que le sujet) mesure la dimension dans laquelle il subsiste comme un \u00eatre sujet \u00e0 vouloir, <\/strong>un \u00eatre qui peut \u00e9mettre un v\u0153u. La ph\u00e9nom\u00e9nologie du masochisme, il faut [\u2026] aller la chercher dans la litt\u00e9rature masochiste, qu&rsquo;elle nous plaise ou qu&rsquo;elle ne nous plaise pas, que ce soit pornographique ou pas. <strong>Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;essence du fantasme masochiste, en fin de compte? C&rsquo;est la repr\u00e9sentation par le sujet d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences imagin\u00e9es <\/strong>qui suivent une pente dont le versant, le rivage, la limite, tient essentiellement en ceci qu&rsquo;il <strong>est purement et simplement trait\u00e9 comme une chose<\/strong> (qui), \u00e0 la limite, se marchande, se vend, se maltraite, est annul\u00e9 dans toute esp\u00e8ce ce possibilit\u00e9 votive (au sens de v\u0153u) de se saisir comme autonome. Il est trait\u00e9 comme un chien, dirons-nous, et non pas pas n&rsquo;importe quel chien &#8211; un chien qu&rsquo;on maltraite, et, pr\u00e9cis\u00e9ment, comme un chien d\u00e9j\u00e0 maltrait\u00e9. (10)\u00a0\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>Dans le <em>S\u00e9minaire VI<\/em>, le masochisme n&rsquo;est donc pas saisi \u00e0 partir de la douleur t\u00e9gumentaire; l&rsquo;int\u00e9r\u00eat ne porte pas sur la mesure de la r\u00e9sistance du corps \u00e0 la douleur. Lacan \u00e9labore en effet le masochisme en tant qu&rsquo;il est articul\u00e9 \u00e0 la place vide du sujet qui, <strong>r\u00e9duit \u00e0 un chien maltrait\u00e9 n&rsquo;ayant rien \u00e0 dire sur son sort, <em>n&rsquo;ayant plus droit \u00e0 la parole<\/em> &#8211; c&rsquo;est la donn\u00e9e essentielle &#8211; est vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre.<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n<p><strong>LE CORPS ET SA PERTE<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n<p>Dans le <em>S\u00e9minaire XXIII<\/em>, la disparition est aussi au centre du propos de Lacan, non plus la disparition du sujet mais celle du <strong>corps-ego<\/strong> pr\u00eat \u00e0 se d\u00e9tacher. Par cette consid\u00e9ration accord\u00e9e \u00e0 ce qui se d\u00e9tache, Lacan nous pr\u00e9sente un envers du stade du miroir. Dans \u00ab\u00a0Le stade du miroir\u00a0\u00bb en effet, le sujet s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;imaginaire par l&rsquo;assomption jubilatoire de son image. Dans la derni\u00e8re le\u00e7on du <em>S\u00e9minaire XXIII<\/em>, Lacan d\u00e9gage une \u00e9criture de l&rsquo;ego qui n&rsquo;est pas assomption de l&rsquo;image, mais <strong>disparition, glisse de la pelure du corps<\/strong>. Et il se s\u00e9pare d&rsquo;autant plus de l&rsquo;image qu&rsquo;il garde cependant la m\u00eame boussole centrale, <strong>s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 <em>ce qui se sent dans<\/em> le corps<\/strong>. Le stade du miroir voulait localiser la jubilation, l&rsquo;excitation de la reconnaissance de l&rsquo;image. Comment accrocher cette jubilation <strong>au lieu du corps, ce lieu des sensations proprioceptives &#8211; qu&rsquo;il va nommer \u00ab\u00a0affects\u00a0\u00bb <\/strong>dans ce <em>S\u00e9minaire XXIII<\/em>? \u00ab\u00a0Mais cette image confuse n&rsquo;est pas sans comporter des affects, pour appeler \u00e7a comme \u00e7a s&rsquo;appelle. A s&rsquo;imaginer justement ce rapport psychique, il y a quelque chose de psychique qui s&rsquo;affecte, qui r\u00e9agit, qui n&rsquo;est pas d\u00e9tach\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence de ce dont Joyce t\u00e9moigne apr\u00e8s avoir les coups(11) de (ses) camarades. Chez Joyce, il y a quelque chose qui ne demande qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;en aller, qu&rsquo;\u00e0 l\u00e2cher comme une pelure.(12)\u00a0\u00bb<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>C&rsquo;est pour cela que le rapport entre ce qui est accroch\u00e9 au corps et ce qui se d\u00e9tache une fois que le psychique a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 par m\u00e9taphore est ici un montage d\u00e9licat. Lacan s&rsquo;int\u00e9resse de tr\u00e8s pr\u00e8s aux \u00e9tapes successives de ce qui a \u00e9t\u00e9 senti dans l&rsquo;\u00e9pisode que nous raconte Joyce. Il interroge pr\u00e9cis\u00e9ment les divers temps de ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9 et le rapport jouissif de Joyce \u00e0 la douleur. L&rsquo;insensibilit\u00e9 que Joyce atteint \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9pisode, la col\u00e8re qui se d\u00e9tache de lui, qui tombe subitement, se r\u00e9f\u00e8rent-elles au masochisme? Et quel est exactement le lien entre corps et jouissance ? [\u2026]<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;il y ait des gens qui n&rsquo;aient pas d&rsquo;affect \u00e0 la violence subie corporellement est curieux . La chose est d&rsquo;ailleurs l\u00e0 ambigu\u00eb &#8211; \u00e7a lui a peut-\u00eatre fait plaisir [la racl\u00e9e], le masochisme n&rsquo;\u00e9tant pas du tout exclu des possibilit\u00e9s de stimulation sexuelle, il y a assez insist\u00e9 concernant Bloom. (13)\u00a0\u00bb Mais Lacan, justement, ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0.<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>[\u2026] \u00ab\u00a0je dirai plut\u00f4t que ce qui est frappant, ce sont les m\u00e9taphores qu&rsquo;il [Joyce] emploie, \u00e0 savoir le d\u00e9tachement de quelque chose comme une pelure. Il n&rsquo;a pas joui cette fois-l\u00e0, il a eu une r\u00e9action de d\u00e9go\u00fbt. C&rsquo;est l\u00e0 quelque chose qui vaut psychologiquement. Ce d\u00e9go\u00fbt concerne en somme son prore corps. C&rsquo;est comme quelqu&rsquo;un qui met entre parenth\u00e8ses, qui chasse mauvais souvenir(14)\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>(1) Cf. <em>supra<\/em>, p. 40.<br \/>\r\n(2) Miller J.-A., \u00ab\u00a0L&rsquo;Orientation lacanienne. Silet\u00a0\u00bb (1994-1995), enseignement prononc\u00e9 dans le cadre du d\u00e9partement de psychanalyse de l\u2019universit\u00e9 de Paris VIII, le\u00e7on du 29 mars 1995, in\u00e9dit.<br \/>\r\n(3) Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre VI, <em>Le D\u00e9sir et son interpr\u00e9tation<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 571.<br \/>\r\n(4) Ibid., p. 306.<br \/>\r\n(5) Ibid., p. 151.<br \/>\r\n(6) Cf Freud S., \u00ab\u00a0Un enfant est battu. Contribution \u00e0 la connaissance de la gen\u00e8se des perversions sexuelles\u00a0\u00bb (1919), N\u00e9vrose, psychose et perversion, Paris, PUF, p. 219-243. <br \/>\r\n(7) Ibid., p. 225.<br \/>\r\n(8) Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre VI, Le d\u00e9sir et son interpr\u00e9tation, p. 152.<br \/>\r\n(10) Lacan J, Le S\u00e9minaire, livre VI, Le d\u00e9sir et son interpr\u00e9tation, p. 152-153.<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n<p>Note pour moi-m\u00eame&#8230;.<br \/>\r\n1\/ Un enfant n&rsquo;est pas reconnu 2\/ Mon p\u00e8re ne me reconna\u00eet pas (N\u00e9cessit\u00e9 masochisme primordial) 3\/ Une reconnaissance n&rsquo;a pas lieu, On ne reconna\u00eet pas un enfant.<\/p>\r\n<h3 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes en bas de page<\/h3><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Cf. supra, p. 40.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Miller J.-A., \u00ab\u00a0L&rsquo;Orientation lacanienne. Silet\u00a0\u00bb (1994-1995), le\u00e7on du 29 mars 1995, in\u00e9dit.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div><strong>Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre VI, <em>Le d\u00e9sir et son interpr\u00e9tation<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 571.<\/strong><\/div><\/li><li><span>4<\/span><div><strong><em>Ibid<\/em>., p. 306<\/strong>.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extraits de L&rsquo;envers de la biopolitique, Une \u00e9criture pour la jouissance, Eric Laurent, \u00ab\u00a0Jouir \u00e0 corps perdu\u00a0\u00bb, p.119- Lacan, dans son S\u00e9minaire XXIII (=Le sinthome), proc\u00e8de, \u00e0 partir de la jouissance masochiste de Joyce, \u00e0 une double relecture de la clinique de la perversion et de celle de la sublimation. Il avait \u00e0 diff\u00e9rents moment&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2021\/09\/un-chien-maltraite-nayant-rien-a-dire-sur-son-sort-nayant-plus-droit-a-la-parole-voue-a-disparaitre-le-retour-du-fort-da\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">un chien maltrait\u00e9 n&rsquo;ayant rien \u00e0 dire sur son sort, n&rsquo;ayant plus droit \u00e0 la parole &#8211; vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre (le retour du Fort-Da)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[44],"tags":[871,1753,1952,727,2201,2208,2435,1289,2257],"class_list":["post-20372","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-psychanalyse","tag-chien","tag-eric-laurent","tag-fort-da","tag-joyce","tag-logique-de-sacs-et-cordes","tag-masochisme-primordial","tag-pelure","tag-sublimation","tag-un-enfant-est-battu","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20372"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20372\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24999,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20372\/revisions\/24999"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}