{"id":206,"date":"2021-05-13T12:01:00","date_gmt":"2021-05-13T11:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leseditionsdesjours.wordpress.com\/?p=206"},"modified":"2025-01-12T07:04:56","modified_gmt":"2025-01-12T06:04:56","slug":"a-helene-parker-laveu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2021\/05\/a-helene-parker-laveu\/","title":{"rendered":"\u00e0 H\u00e9l\u00e8ne Parker &#8211; vouloir l&rsquo;aveu"},"content":{"rendered":"\n<p>il est maintenant <strong>07h07<\/strong> (vous le voyez comment j&rsquo;avance vers vous \u00ab\u00a0couch\u00e9e sur le temps\u00a0\u00bb&#8230;)  je vous envoie une &nbsp;des lettres non-envoy\u00e9es dont je vous parlais hier, que j&rsquo;ai pris le temps de relire et compl\u00e9ter encore ce matin :<\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>paris, lundi 10 mai, 6 heures<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size\">tr\u00e8s bien dormi, enfin.<br>relu hier catherine dont-j\u2019oublie-le-nom, relu&nbsp;<em>Extases int\u00e9rieures<\/em>. mais, c\u2019est pas \u00e7a, le titre; catherine millot, le nom. le titre reviendra peut-\u00eatre aussi.<br>le jour s\u2019est lev\u00e9. les lampadaires de la rue viennent de s\u2019\u00e9teindre. la lumi\u00e8re s\u2019appartient \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">je ne vais pas bien, depuis quelques jours, difficile<a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/lettres-a-lanalyste-grille\/lettres-a-lanalyste-texte-entier\/#note1\">(1)<\/a>. mais hier, repris huile de CBD et au r\u00e9veil cette formidable sensation de chaleur, de confort, de grande lucidit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">je ne pense pas du tout que j\u2019arriverai \u00e0 noter ici ce qui m\u2019est alors apparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">l\u2019embarras dans lequel je suis face aux t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res. d\u00e8s que je les prends en charge, l\u2019impression&nbsp;<strong>d\u2019enfiler la peau de ma m\u00e8re<\/strong>. tout dans cet appartement demande \u00e0 ce que je prenne cette peau. \u00e0 ce que je ne fasse&nbsp;plus que \u00e7a, du m\u00e9nage.<br>h\u00e9las, <strong>je ne pense pas pouvoir rapporter rien de plus de mes clart\u00e9s matinales.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\"><strong>tentative :<\/strong>&nbsp;<br>de l\u2019impossibilit\u00e9 de marcher dans les pas de mon p\u00e8re, de sortir du sillon de ma m\u00e8re : pas tr\u00e8s convaincant.<br><strong>au hasard :<\/strong>&nbsp;<br>du besoin imp\u00e9rieux d\u2019agir&nbsp;<strong>en cachette, en secret<\/strong>. et de l\u2019insupportable de n\u2019avoir pas d\u2019espace \u00e0 moi, de temps \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">il y eut ce probl\u00e8me hier. <strong>tout d\u2019un coup sentie hors de moi, expuls\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">cela fait si longtemps que je suis tent\u00e9e <strong>de me remettre au travail, de me remettre \u00e0 un travail,<\/strong> et que je n\u2019en trouve pas les moyens : <strong>ni la place<\/strong> (o\u00f9 dans l\u2019appartement, \u00e0 quel bureau, \u00e0 quel ordinateur&nbsp;; au caf\u00e9, \u00e0 la biblioth\u00e8que), <strong>ni le support<\/strong> (papier, t\u00e9l\u00e9phone, ordinateur portable, ordinateur de table&nbsp;; fichier Word ou blog, blog secret ou blog ancien que je reprends. &nbsp;compiler ma correspondance, reprendre les anciens textes, repartir \u00e0 z\u00e9ro, quelle voie pour la fiction, cela s\u2019atteint comment&nbsp;?), <strong>ni le nom<\/strong> (\u00e9crire en mon nom&nbsp;? impossible&nbsp;; en quel nom alors&nbsp;? )<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">donc, s\u2019agissant de travail auquel je ne me mets pas, <strong>je voulais <a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/05\/20\/lappel-du-vide\/\">retrouver un passage de ce livre qui n\u2019est pas <em>Extases int\u00e9rieures <\/em>de Catherine qui Millot, qui est <em>Ab\u00eemes ordinaires<\/em> me dit internet,<\/a> <\/strong>je voulais le retrouver, le recopier, \u00e0 d\u00e9faut de trouver quoi en faire d\u2019autre, le minimum donc, d\u00e9sireuse que je suis de ne pas laisser cette lecture sans cons\u00e9quence dans ma vie. alors, ce petit travail de copiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">\u00e0 cette fin, et non sans anxi\u00e9t\u00e9, <strong>je m\u2019installai \u00e0 la table de la salle \u00e0 manger. <\/strong>j&rsquo;allais aussi tenter de combattre cette fa\u00e7on qui est la mienne de d\u00e9river, de me laisser aller sans but, incapable que de tenir le gouvernail du plus petit d\u00e9sir, de la moindre intention,  <strong>je prenais une d\u00e9cision,<\/strong> minime certes, et sortais de mes trajets habituels pour me donner la chance de l\u2019ex\u00e9cuter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">donc anxi\u00e9t\u00e9 \u00e0 propos du texte de CM, \u00e0 propos de ce que j\u2019en ferais, et anxi\u00e9t\u00e9 parce que je prends une place dans l\u2019appartement pour travailler, au vu est au su de tous, parce que je m\u2019installe ainsi que je le faisais autrefois, il y a 20 ans, \u00e0 une table, avec un ordinateur et des livres. je vivais alors seule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">vers quinze heures donc \u00e0 la table de la salle \u00e0 manger,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"border-style:none;border-width:0px;line-height:1.5\">or. d\u00e9j\u00e0 \u00e9crire ceci est compliqu\u00e9, demande un travail de m\u00e9moire, demande d\u2019aller contre <strong>ce qui cherche \u00e0 se faire oublier, ce qui d\u00e9j\u00e0 s\u2019enterre.<\/strong> ce dont je veux parler ici, qui s&rsquo;est pass\u00e9 hier, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9. j\u2019avance, m\u00eame s\u2019il n\u2019y parait pas, en aveugle. et le sol, me semble-t-il, les mots, ne cessent de se d\u00e9rober sous moi. litt\u00e9ralement. je ne sais plus ce qui provoqua la col\u00e8re d\u2019hier. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-small-font-size\" style=\"border-width:1px;padding-top:var(--wp--preset--spacing--30);padding-right:var(--wp--preset--spacing--30);padding-bottom:var(--wp--preset--spacing--30);padding-left:var(--wp--preset--spacing--30)\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-container-core-group-is-layout-a35945ca wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">en attente d\u2019un nom. quel nom me fait trou au c\u0153ur. quel nom me manque. que fais-je en cette absence. quel nom puis-je endosser, en quel nom \u00e9crire?&nbsp;<strong>comment rapprocher ce&nbsp;que j\u2019\u00e9cris de ma personne, de mon nom (impossible).<\/strong>&nbsp; cela qui n\u2019est possible que dans une lettre (au bas de laquelle j\u2019\u00e9cris mon nom).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(ce pourquoi j\u2019\u00e9cris beaucoup de lettres. ce pourquoi je suis tent\u00e9e d\u2019\u00e9crire beaucoup de lettres. est-ce pourquoi elles sont si souvent d\u2019amour sont si souvent d\u2019adieu. elles seules, le lieu de d\u00e9sir, de l\u2019amour, de mort, etc. )<\/p>\n\n\n\n<p>je me dis que je dois retourner \u00e0 tenter de penser&nbsp;la l\u00e2chet\u00e9&nbsp;de \u00e7a&nbsp;: je n\u2019assume pas ce que je suis, pense. je me dis \u00e7a, ces jours-ci. pourquoi ne pas plut\u00f4t penser en terme de l\u00e2chet\u00e9, en termes de&nbsp;l\u00e2chet\u00e9 morale\u2026 plut\u00f4t que de psychose, de m\u00e9lancolie ou de Dieu sait quel \u00ab&nbsp;rejet de l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb(2)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il nous faut distinguer, \u00e0 partir de&nbsp;<\/em>T\u00e9l\u00e9vision<em>,&nbsp;<strong>entre la clinique de la l\u00e2chet\u00e9 morale et celle du rejet de l\u2019inconscient<\/strong>. Il s\u2019agit dans le premier cas d\u2019un sujet d\u00e9fini \u00e0 partir de la structure du langage, la clef en est le d\u00e9sir. Dans le second cas, le rejet de l\u2019inconscient nous renvoie \u00e0 un autre registre, celui o\u00f9&nbsp;<strong>la&nbsp; jouissance mortif\u00e8re se noue \u00e0 la naissance du symbole<\/strong>.&nbsp;\u00bb<\/em><br>\u00c9ric Laurent, \u00ab&nbsp;M\u00e9lancolie, douleur d\u2019exister, l\u00e2chet\u00e9 morale&nbsp;\u00bb, Ornicar?47<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il m\u2019est apparu&nbsp;que je n\u2019aurai jamais rien d\u2019autre \u00e0 \u00e9crire qui ne soit au bord de&nbsp;l\u2019aveu.<\/p>\n\n\n\n<p>(qu\u2019il y s\u2019agit moins de l\u00e2chet\u00e9 morale que d&rsquo;un vouloir de&nbsp;rachat moral. qui \u00e9carte tout le reste?)<\/p>\n\n\n\n<p>toujours au bord de l\u2019aveu. quoi que j\u2019\u00e9crive, de cet ordre-l\u00e0. ce grand d\u00e9sir toujours, qu\u2019on en vienne l\u00e0,&nbsp;aux faits, \u00e0 la faute.&nbsp;le souvenir remont\u00e9 de dosto\u00efevski. l\u2019enthousiasme de ma m\u00e8re pour dosto\u00efevski, ses grandes sc\u00e8nes d\u2019aveux. je&nbsp; veux l\u2019aveu. faut du crime, faut que \u00e7a saigne pour que \u00e7a signe, m\u00eame faut que \u00e7a s\u2019enseigne, le reste balay\u00e9, inexistant. comme s\u2019il n\u2019y aurait jamais rien d\u2019autre \u00e0 \u00e9crire : ma faute.&nbsp; celle reprise \u00e0 mon compte dont ma m\u00e8re n&rsquo;a eu de cesse de s\u2019accuser.<\/p>\n\n\n\n<p>(question stupide : s\u2019agit-il de la sienne de faute que je fais mienne, ou s\u2019agit-il de la m\u00eame faute. s\u2019agit-il de sa folie que je prends \u00e0 mon compte, de la mienne que je lui attribue, ou sommes nous aussi folles de la m\u00eame faute l\u2019une que l\u2019autre\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>il y a une faute qu\u2019aucun nom n\u2019assume.&nbsp;c\u2019est d\u2019elle que ce que je veux \u00e9crire voudrais prendre la charge.<\/p>\n\n\n\n<p>aucun nom, seulement la chair. Ch\u00e8re H\u00e9l\u00e8ne, Ch\u00e8re V\u00e9ronique,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">n\u2019est-ce pas plut\u00f4t de la&nbsp;<strong>nature de cette faute&nbsp;<\/strong>qu\u2019il faut se rapprocher.&nbsp;de cet&nbsp;<strong>objet de l\u2019\u00e9criture.<\/strong>&nbsp;dont j\u2019avais cru lire une interpr\u00e9tation possible dans&nbsp;<a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/06\/01\/eric-laurent-melancolie-douleur-dexister-lachete-morale-ornicar-47\/\"><strong>l\u2019\u00e9crit d\u2019\u00c9ric Laurent cit\u00e9 plus haut sur la m\u00e9lancolie<\/strong><\/a>. la culpabilit\u00e9 endoss\u00e9e du meurtre de la chose par le symbolique. non, c\u2019\u00e9tait plus dramatique encore que \u00e7a. il \u00e9tait question d\u2019incarnation. ne s\u2019agissait-il pas d\u2019incarner ce qui restait du meurtre. ou ce meurtre m\u00eame et ce qu\u2019il tue.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">ah.&nbsp;<strong>mais<\/strong>&nbsp;<strong>que faire de ces textes qui vous frappent, o\u00f9 il vous semble lire la r\u00e9solution de l\u2019\u00e9nigme qui ne trouve d\u2019ailleurs nulle part o\u00f9 s\u2019\u00e9crire, qui se referment d\u00e8s lors qu\u2019on veut les approcher de plus pr\u00e8s, n\u2019offrent plus que leur opacit\u00e9 (en lieu et place de la limpidit\u00e9 un instant ressentie).<\/strong>&nbsp;<br>\u00e0 chaque relecture, je rentre en suspension, c\u2019est \u00e0 peine si j\u2019ose encore bouger.&nbsp; j\u2019attends que la r\u00e9v\u00e9lation entr\u2019aper\u00e7ue parach\u00e8ve ses effets, ma transformation, qu\u2019elle s\u2019\u00e9nonce enfin en toutes lettres, me lib\u00e8re. or \u00e7a, en lieu et place de lib\u00e9ration, c\u2019est bien plut\u00f4t de culpabilit\u00e9 que je suis envahie. tant il me semble&nbsp;<strong>que je ne fais pas alors ce qu\u2019il conviendrait<\/strong>, que je n\u2019accomplis pas le&nbsp;<strong>travail<\/strong>&nbsp;exig\u00e9. que je n\u2019\u00e9treins pas le texte, ne le tords, pour&nbsp;<strong>lui faire rendre son suc, ma v\u00e9rit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\"><strong>je fais mieux de reprendre le r\u00e9cit de ce qui s\u2019est pass\u00e9 hier.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">je veux donc m\u2019installer \u00e0 table, je m\u2019appr\u00eate \u00e0 m\u2019asseoir, <strong>quand Fr\u00e9d\u00e9ric met une musique dont rien ne peut faire que je ne m\u2019en sente agress\u00e9e.<\/strong> je ne peux rester dans la pi\u00e8ce. <br>nous sommes vraiment peu de choses.<br>je vais \u00e0 la chambre, je&nbsp; me couche, entends encore. ne sais ce que je fais alors, probablement d\u00e9cide de ne rien faire, d\u2019attendre que cela passe. je ne veux pas laisser ma&nbsp; col\u00e8re s\u2019amplifier. le sentiment d\u2019\u00eatre perdue. comme je ne peux plus, je ne veux plus me mettre en col\u00e8re, \u00ab&nbsp;\u00eatre f\u00e2ch\u00e9e sur&nbsp;\u00bb Fr\u00e9d\u00e9ric, d\u00e9contenanc\u00e9e, vid\u00e9e, je d\u00e9cide de sortir, me promener.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">il faisait beau, bon. ne faut-il en profiter? cela n\u2019avait pas de sens. je suis all\u00e9e au bois de Vincennes que je ne connais pas, o\u00f9 j\u2019ai march\u00e9 lentement. me semblant reconna\u00eetre le bois de la Cambre \u00e0 Bruxelles. je suis all\u00e9e au bois de Vincennes, o\u00f9 j\u2019ai march\u00e9 lentement, j\u2019ai fait le tour du lac, fort long tour, tout m\u2019a paru charmant, je prenais des photos, parfois. j\u2019envoyais des messages \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric et \u00e0 Jules (pensant que je n\u2019existais que l\u00e0, par l\u00e0, par ces petits messages que j\u2019envoyais. mais c\u2019\u00e9tait dans un vouloir les aimer aussi et n\u2019\u00eatre plus f\u00e2ch\u00e9e. ce plus s\u00fbr mode chez moi d\u2019aimer, \u00e9crire. je t\u2019\u00e9cris, je t\u2019aime. aurais-je pu n\u2019avoir rien \u00e9crit ? ne leur avoir rien \u00e9crit? est-ce que ce serait cela, devenir seule ? cette n\u00e9cessit\u00e9 de solitude \u00e0 laquelle la lecture de CM m&rsquo;a ramen\u00e9e, qu&rsquo;elle a fait scintiller \u00e0 mes yeux.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">je n\u2019existe que dans <strong>l\u2019\u00e9criture-\u00e0<\/strong>, me suis-je dit. dans&nbsp;<strong>un \u00e9crire intransitif<\/strong>, pour reprendre une expression lue sans la comprendre chez &nbsp;catherine millot<strong> <\/strong>:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\"><em>(&#8230;) <a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/05\/20\/lappel-du-vide-catherine-millot\/\">il me semblait parfois \u00eatre la place en attente du jour, sans cesse remis au lendemain, o\u00f9 je me mettrais \u00e0 \u00e9crire. Mais ne tombais-je pas dans un cercle puisqu\u2019\u00e9crire, <strong>verbe intransitif dont la condition \u00e9tait une certaine vacance<\/strong>, avait pour vocation pr\u00e9cis\u00e9ment de donner consistance au vide, en quelque sorte de l&rsquo;engendrer.<\/a><\/em><br><em>Ab\u00eemes ordinaires<\/em>, Catherine Millot, p. 56.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">pourquoi a-t-il fallu que cette expression me frappe? c&rsquo;est que mon \u00e9crire-\u00e0, mes lettres, ne supportent aucun vide. bien plut\u00f4t cherchent \u00e0 le remplir, \u00e0 l&rsquo;habiter, le peupler. aussi, si d\u00e9pendante que je me trouve depuis longtemps d&rsquo;un autre auquel \u00e9crire, dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 o\u00f9 je suis de d\u00e9sincarner le lieu de mon adresse, de l&rsquo;abstraire, de tracer moi-m\u00eame &#8211; de dessiner, de fixer, de peindre -, par del\u00e0 tout, la silhouette vide et  d\u00e9sirable d&rsquo;un autre inexistant, il me semblait convenir que j&rsquo;arrive \u00e0 transitiver l\u2019\u00e9criture. je voudrais une \u00e9criture qui, comme l&rsquo;angoisse, ne soit pas sans objet, et qui ne cesse de chercher \u00e0 s&rsquo;en rapprocher. <strong>encore, et encore.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">au retour de ma petite promenade o\u00f9 j\u2019avais march\u00e9 11620 pas, apr\u00e8s avoir gentiment salu\u00e9 tout le monde, enfant et compagnon, je suis retourn\u00e9e dans la chambre et je l\u2019ai finalement retrouv\u00e9&nbsp;<a href=\"https:\/\/disparates.org\/iota\/2021\/05\/20\/lappel-du-vide\/\">le passage de&nbsp;<strong>Catherine Millot&nbsp;<\/strong>dans&nbsp;<strong><em>Ab\u00eemes ordinaires<\/em><\/strong>.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">je lisais, accroch\u00e9e \u00e0 ses l\u00e8vres, au d\u00e9roul\u00e9 de son \u00e9nonciation, consciente de ce que se disait l\u00e0 quelque chose de mon \u00eatre m\u00eame, dont je ne savais comment le rejoindre ni comment m\u2019en diff\u00e9rencier, puisqu\u2019il fallait bien que je m\u2019en&nbsp;diff\u00e9renciasse, n\u2019ayant connu son (fabuleux) destin, \u00e0 elle, CM (destin : \u00e9crivain \/ analyste).&nbsp;Le passage a-t-il r\u00e9pondu \u00e0 mes attentes, correspondu \u00e0 mon souvenir : oui. oui. oui et non. oui. et le sentiment de suspension et le moment sid\u00e9ration et le sentiment de tristesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">(comment m\u2019extraire moi, de l\u00e0, de dessous tout son splendide fatras d\u2019elle, Catherine Millot. comment \u00e9couter, retenir ce qu\u2019elle dit, ne pas l\u2019oublier d\u00e9j\u00e0, et qui pourrait adoucir mon sort. que d\u2019elle retenir qui me serve, dont je puisse faire usage. son insistance, sa pers\u00e9v\u00e9rance. son obsession. l\u2019extase, la solitude, l\u2019\u00e9criture. elle qui d\u2019un objet de damnation fait un objet de b\u00e9atitude. )<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">\u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric qui passait dans la chambre, je lus \u00e0 haute vois le passage, tr\u00e8s mal, j\u2019aurais esp\u00e9r\u00e9 qu\u2019il se pass\u00e2t quelque chose de suppl\u00e9mentaire, une petite jouissance suppl\u00e9mentaire, rien. \u00e0 la fin, Fr\u00e9d\u00e9ric s\u2019empressa de d\u00e9clarer : extraordinaire, tout \u00e0 fait dans tes pr\u00e9occupations, tu es dans de bonnes mains avec ce livre. dont je lui expliquai alors que j\u2019en \u00e9tais \u00e0 une tentative de relecture, et qu\u2019il n\u2019y avait pour moi probablement rien de plus triste au monde que l\u2019id\u00e9e d&rsquo;avoir termin\u00e9 un livre, de l\u2019oublier, de ne rien en faire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">08:09, il fait maintenant tout \u00e0 fait lumineux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\"><strong>A cette lettre de mardi, j&rsquo;ajoute encore, ce matin (06:06) jeudi : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">il ne me semble pas que la solitude de Catherine Millot soit \u00e0 ma port\u00e9e. et cela reste encore \u00e0 \u00e9tablir (la nature de mon irr\u00e9ductible d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;autre). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">pourtant dans le silence m\u00eame qui s\u2019imposait \u00e0 moi hier en s\u00e9ance, et l\u2019impossibilit\u00e9 m\u00eame o\u00f9 je me trouve d\u2019\u00e9crire encore ces lettres, mes lettres-\u00e0, mes lettres intransitives, il y a peut-\u00eatre \u00e7a,&nbsp;<strong>un aveu de suffisance<\/strong>. qu\u2019il s\u2019avoue que \u00e7a suffit. un aveu de jouissance. un aveu aussi de quelque chose de r\u00e9ussi et qu\u2019une page doive se tourner : je l\u2019ai fait je l\u2019ai \u00e9crit je l\u2019ai dit. il y a quelque chose que je dois pouvoir n\u2019avoir pas \u00e0 redire. c\u2019est ce que j\u2019entendais, hier en s\u00e9ance. un sentiment de d\u00e9j\u00e0 dit. avoir dit. et que cela suffise. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">il y a ce v\u00eatement de ma m\u00e8re qui flotte sur moi. et il y a tout ce que j\u2019en ai \u00e9crit, tout ce que j\u2019en ai dit. <strong>cela s\u2019ajoute. c\u2019est un en plus. c\u2019est ma part. c\u2019est ce qui n\u2019est pas elle.<\/strong> sur les traces de quoi vous m\u2019avez mise, vous, H\u00e9l\u00e8ne Parker, lorsque vous me paraissiez vouloir souligner comment j<strong><em>e n\u2019\u00e9tais pas elle<\/em><\/strong>. ce que je voulais dire aussi, c\u2019est que j\u2019ai entr\u2019aper\u00e7u dans l\u2019autre lettre \u00e9crite : <strong>il n\u2019est pas<\/strong> attendu que j\u2019en fasse plus, que je fasse tout. tout pour l\u2019autre. <strong>je ne peux plus croire<\/strong> qu\u2019Fr\u00e9d\u00e9ric et Jules l\u2019attendent. <strong>je ne peux plus<\/strong> les en accuser. seule, moi. \u00e0 tout attendre. <strong>je suis celle qui est dans la tentation du sacrifice<\/strong>. me r\u00e9volter contre eux, me permettait de faire limite, de limiter l&rsquo;imitation (qui fut sans r\u00e9volte, aucune, donn\u00e9e totalement). or, je n\u2019y arrive plus. (depuis ce lapsus en s\u00e9ance, je n\u2019arrive plus, quel lapsus : celui o\u00f9 je voulus vous dire que j\u2019\u00e9tais <strong>\u00ab\u00a0f\u00e2ch\u00e9e sur Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0\u00bb<\/strong>, et o\u00f9 c\u2019est mon propre pr\u00e9nom qui sortit&nbsp;: \u00ab\u00a0f\u00e2ch\u00e9e sur Fr\u00e9&#8230;ronique\u00a0\u00bb. depuis, il ne m\u2019est plus possible d\u2019\u00eatre f\u00e2ch\u00e9e sur lui, m\u00eame si le r\u00e9flexe m\u2019en revient encore, dont je ne sais que faire.) j\u2019ai donc, ainsi que je l\u2019annon\u00e7ais hier en arrivant, une&nbsp;<strong>nouvelle limite \u00e0 trouver.<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">car ce sacrifice sans nom auquel ma m\u00e8re se pliait volontiers mais non sans angoisse, quand je tente par tous les moyens d&rsquo;y \u00e9chapper sans cesser d&rsquo;y retomber, est un trou. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">c\u2019est vous qui parliez de trou dans le savoir. ce trou que j\u2019ai appris \u00e0 aimer.  trou dans le savoir dont je cherche \u00e0 faire \u00e9tat depuis des ann\u00e9es. qui ne cesse de vouloir faire sympt\u00f4me. ainsi mes oublis. les trous de m\u00e9moire avec lesquels il me faut composer. auxquels je ne voudrais pourtant pas renoncer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">je vais vous envoyer maintenant cette lettre et retourner me coucher. il y a une autre lettre, je crois, qui tra\u00eene encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">Bonne journ\u00e9e, H\u00e9l\u00e8ne Parker,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">V\u00e9ronique M<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-extra-small-font-size\" id=\"note1\" style=\"line-height:1.4\">(1) j\u2019en accuse les cigarettes que j\u2019ai fum\u00e9es r\u00e9cemment. il n\u2019y en aura pas eu plus de 3. pas plus de 3 cigarettes sur 4 ou 5 jours.<br>\u00e7a aura suffi pour : me faire pousser un bouton sur le nez,&nbsp;me donner mal aux dents aux oreilles \u00e0 la gorge, m\u2019emp\u00eacher de dormir (+ le reste).<br>j\u2019ai tout de suite pris 1 anxiolytique (pour m\u2019aider \u00e0 supporter et d\u00e9passer l\u2019envie de fumer \u00e0 nouveau), et finalement des somnif\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-extra-small-font-size\" id=\"note2\" style=\"line-height:1.4\">(2) Voir aussi :  <em>\u00ab\u00a0Mais ce n\u2019est pas un \u00e9tat d\u2019\u00e2me, c\u2019est simplement une faute morale, comme s\u2019exprimait Dante, voire Spinoza&nbsp;: un p\u00e9ch\u00e9, ce qui veut dire une l\u00e2chet\u00e9 morale, qui ne se situe en dernier ressort que de la pens\u00e9e, soit du devoir de bien dire ou de s\u2019y retrouver dans l\u2019inconscient, dans la structure. Et ce qui s\u2019ensuit pour peu que cette l\u00e2chet\u00e9, d\u2019\u00eatre rejet de l\u2019inconscient, aille \u00e0 la psychose, <strong>c\u2019est le retour dans le r\u00e9el de ce qui est rejet\u00e9, du langage&nbsp;; c\u2019est l\u2019excitation maniaque par quoi ce retour se fait mortel<\/strong>. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 de la tristesse, il y a le gay s\u00e7avoir lequel est, lui, une vertu. Une vertu n\u2019absout personne du p\u00e9ch\u00e9, originel comme chacun sait.&nbsp;\u00bb <\/em> <br>J. Lacan, \u00ab&nbsp;T\u00e9l\u00e9vision&nbsp;\u00bb, <em>Autres \u00e9crits<\/em>, Paris, Le Seuil, 2001, p.&nbsp;526.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#lenomoubli\u00e9 #cequineveutpaselaissersaisir #CBD #lapeaudemam\u00e8re #letravail #cequineveutpasselaissersaisir #quelnommanque #aveu #m\u00e9lancolie #crimnomendoss\u00e9 #crimesansnom #faute #lafauteobjet #natureducrime #cequineveutpasselaissersaisir #travail #emp\u00each\u00e9e #f\u00e2ch\u00e9esur #promenade #\u00e9criture #\u00e9critureintransitive #retour #chambre #lecture #cequ&rsquo;ilyadeplustristeaumonde #solitude <\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2015,2120],"tags":[952,1752,2156,808,2141,1753,1915,1629,1959,2186,2193,2195,2197,2293,1953,1001,1149,1007],"class_list":["post-206","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-correspondance","category-envoye","tag-aveu","tag-catherine-millot","tag-cbd","tag-cigarette","tag-ecrire-intransitif","tag-eric-laurent","tag-fachee-sur","tag-faute","tag-helene-parker","tag-immixtion-des-sujets","tag-la-peau-de-ma-mere","tag-lachete-morale","tag-le-trou-dans-le-savoir","tag-le-trou-du-nom","tag-melancolie","tag-menage","tag-nom","tag-nom-propre","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/206","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=206"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/206\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=206"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=206"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=206"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}