{"id":21906,"date":"2023-06-15T10:17:29","date_gmt":"2023-06-15T08:17:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=21906"},"modified":"2023-07-25T07:31:32","modified_gmt":"2023-07-25T05:31:32","slug":"cest-juste-cest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2023\/06\/cest-juste-cest\/","title":{"rendered":"c&rsquo;est une question toutes ces photos, toutes ces photos que l&rsquo;on prend,"},"content":{"rendered":"<p>Re:<\/p>\n<p>c&rsquo;est juste ce que vous dites. c&rsquo;est une question toutes ces photos, toutes ces photos que l&rsquo;on prend, qui ne peuvent rien contre la nostalgie la perte la mort, qui convoquent \u00e0 un autre effort, \u00e0 un nouvel effort, \u00e0 d&rsquo;autres tentatives, pour faire venir \u00e0 la repr\u00e9sentation ce qui est l\u00e0, ce qui est l\u00e0 qui nous enchante et nous \u00e9chappe.<\/p>\n<p>vous dites que vous avez tout vu, que vous avez tout vu et que vous n&rsquo;avez rien v\u00e9cu. vous vous voyez voir et n&rsquo;y \u00eatre pas, pas l\u00e0, \u00e0 la chose vue, \u00e0 l&rsquo;instant de la chose vue, mais derri\u00e8re l&rsquo;appareil, le t\u00e9l\u00e9phone. n&rsquo;y \u00e9tiez-vous? vraiment ? et pensez-vous que vous auriez pu \u00e9chapper au regret \u00e0 la perte \u00e0 \u00e0 l&rsquo;oubli? \u00e0 la s\u00e9paration? de soi \u00e0 soi, de soi au monde? l&rsquo;\u00e9cran tendu entre votre oeil et le monde o\u00f9 vous esp\u00e9riez recueillir quelques traces ne vous offrait-il la faille d&rsquo;o\u00f9 \u00eatre \u00e0 ce qui vous \u00e9chappe? au moins vous aurez v\u00e9cu la faim de voir de r\u00e9colter de retenir, l&rsquo;esp\u00e9rance folle d&rsquo;en ramener autre chose que rien&#8230;<\/p>\n<p>c&rsquo;est apr\u00e8s-coup, il me semble, qu&rsquo;on peut en faire quelque chose, \u00e9ventuellement<\/p>\n<p>(une fois la photo prise, ce serait l\u00e0 que le travail commence, parce qu&rsquo;elle aussi\u00a0exige\u00a0d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9e)<br \/>\ntoutes les photos, ajoutez-vous, vous les avez prises : pardonnez-moi, excusez-moi, disons \u00ab\u00a0pas toutes\u00a0\u00bb prises, vous en avez prises une certaine quantit\u00e9 num\u00e9rable, vous en avez prise une puis une puis une&#8230;<br \/>\ntout, je m&rsquo;en rends compte vous \u00e9crivant, me parlant \u00e0 moi-m\u00eame, \u00e7a pourrait \u00eatre une figure du r\u00e9el, de l&rsquo;insaisissable: s&rsquo;\u00eatre trouv\u00e9 tout pris dans ce que l&rsquo;on voit, d\u00e9bord\u00e9, qui vous prend \u00e0 la gorge qui vous prend de toutes parts dont vous ne ramenez (dites-vous) au final : rien (\u00e0 quoi vous vous r\u00e9duisez alors rejoignant le tout, tout juste rat\u00e9). vous aurez v\u00e9cu d\u00e9vorant d\u00e9vor\u00e9 l&rsquo;espace qui vous environnait, l&rsquo;avalant goulument qui vous engloutissait, ignorant que cet instant de gloire jaillit de la nostalgie m\u00eame, d\u00e9j\u00e0, de sa perte in\u00e9luctable. et cela vous questionne, et vous pers\u00e9v\u00e9rez, dans cet \u00eatre, dans cette perte.<\/p>\n<p>finalement le rien est cela seul qui r\u00e9ponde de tout. tandis que nous n&rsquo;avons que pas tout comme outil \u00e0 notre disposition. et ce que nous vivons ne dure qu&rsquo;un instant, quand c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 que nous esp\u00e9rons rapporter arr\u00eater offrir par la photo qu&rsquo;on prend. est-ce l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, n&rsquo;est-ce pas juste un instant de partage, de d\u00e9sir de partage, de cela qu&rsquo;on aura v\u00e9cu seul, si seul, dans un isolement fondamental et effrayant. et ce moment d&rsquo;\u00eatre, que vous dites n&rsquo;avoir pas v\u00e9cu, ne vous aurait-il pas manqu\u00e9 de n&rsquo;en pas t\u00e9moigner, de n&rsquo;en rien dire. de n&rsquo;y \u00eatre pas connu. l&rsquo;intimit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre, sa parfaite compl\u00e9tude, aussi aspire \u00e0 \u00eatre connue d&rsquo;un autre. en temps que c&rsquo;est l\u00e0 justement que nous sommes au plus pr\u00e8s de ce que nous sommes.<\/p>\n<p>ou encore, encore autrement, dans ce moment du tout de la photo prise, qui est un moment physique, corporel, o\u00f9 c&rsquo;est l&rsquo;oeil et le doigt qui s&rsquo;accordent pour pousser sur l&rsquo;obturateur, o\u00f9 c&rsquo;est l&rsquo;oeil et le doigt pris dans le corps tout entier qui s&rsquo;oublie dans ce qu&rsquo;il voit qui s&rsquo;y \u00e9tend, qui trouve sa place dans le monde s&rsquo;y ajuste, dans cet instant de voir, dans cet espoir de capture et de donner \u00e0 voir, c&rsquo;est la folie d&rsquo;y croire parce que tout le corps s&rsquo;y met, il y a un unisson, du monde et de soi dans le monde, il y a un instant de certitude et l&rsquo;inconscience d&rsquo;un arrachement, d&rsquo;un vol, d&rsquo;un rapt, d&rsquo;un suspens : cela se saisira-t-il qui est insaisissable. et \u00e0 ce tout de l&rsquo;illusion o\u00f9 se tient le corps correspond le rien de tout dit : car rien ne le dit ni ne doit le dire de cela qui vous arrive. de cet endroit qui exc\u00e8de tout dit, ce dont aussi vous avez la parfaite inconscience. cela peut ne jamais donner la moindre photo qui soit jamais montr\u00e9e, vue. mais cela vous questionne, cela se r\u00e9fl\u00e9chit. et c&rsquo;est un lien au monde, \u00e0 la vie. au d\u00e9sir.<\/p>\n<p class=\"x1e56ztr\">je suis d\u00e9sol\u00e9e de me montrer si p\u00e9remptoire. c&rsquo;est que cette question que vous posez je me la suis maintes fois pos\u00e9e, et je nous imagine nombreux \u00e0 nous la poser, \u00e0 voir le monde tout autour de nous prendre le monde en photo sans vraiment jamais trouver par o\u00f9 ensuite s&rsquo;en d\u00e9lester (le d\u00e9gueuler).\u00a0<br \/>\nle tout est qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait, maintenant, qu&rsquo;on a vu qu&rsquo;on voyait mal, qu&rsquo;on \u00e9tait vus, et l\u00e0 je crois, la r\u00e9ponse sera individuelle et convoquera toujours quelque chose de l&rsquo;ordre de l&rsquo;invention. parce qu&rsquo;on ne prend pas de photo sans raison, sans raison intimement chevill\u00e9e au corps, au coeur, sans espoir, sans d\u00e9sespoir. et que l&rsquo;objectivit\u00e9 d&rsquo;un appareil ne rend pas automatiquement compte de nos subjectivit\u00e9s. et qu&rsquo;aucun like ne suffira \u00e0 se faire l&rsquo;arbitre de notre \u00eatre, qui manque au monde.<\/p>\n<p class=\"x1e56ztr\"><span class=\"x193iq5w xeuugli x13faqbe x1vvkbs xlh3980 xvmahel x1n0sxbx x6prxxf xvq8zen xo1l8bm xzsf02u\">\u00e9crit tout au long du matin de la calme maison de ma m\u00e8re<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>c&rsquo;est assez g\u00e9nial le matin dans cette maison vide en \u00e9t\u00e9 les fen\u00eatres ouvertes les petits oiseaux les petites fleurs le caf\u00e9 m\u00eame qui coule lentement \u00e9videmment je sais que vous \u00eates l\u00e0-bas\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>mal au ventre comme si j&rsquo;allais \u00eatre r\u00e9gl\u00e9e. faites de la po\u00e9sie. dragu\u00e9e hier en gare de Lille par un jeune chinois flamand.\u00a0<\/p>\n<p>le sang va couler. vieille de 59 ans.\u00a0<\/p>\n<p>mais tu as raison, je peux \u00eatre si heureuse. qu&rsquo;est-ce qui m&rsquo;en s\u00e9pare de ce bonheur. l&rsquo;oubli ? l&rsquo;absence d&rsquo;un nom.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>tous les jours, ma m\u00e8re perd quelques mots.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Re: c&rsquo;est juste ce que vous dites. c&rsquo;est une question toutes ces photos, toutes ces photos que l&rsquo;on prend, qui ne peuvent rien contre la nostalgie la perte la mort, qui convoquent \u00e0 un autre effort, \u00e0 un nouvel effort, \u00e0 d&rsquo;autres tentatives, pour faire venir \u00e0 la repr\u00e9sentation ce qui est l\u00e0, ce qui&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2023\/06\/cest-juste-cest\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">c&rsquo;est une question toutes ces photos, toutes ces photos que l&rsquo;on 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