{"id":24865,"date":"2024-11-02T11:28:42","date_gmt":"2024-11-02T10:28:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=24865"},"modified":"2025-01-12T15:22:25","modified_gmt":"2025-01-12T14:22:25","slug":"kafka-continuer-finir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2024\/11\/kafka-continuer-finir\/","title":{"rendered":"kafka, continuer, finir"},"content":{"rendered":"<p>ce chapitre du 1er tome du <em>Kafka<\/em> de Reiner Stach : \u00ab\u00a0Le disparu : perfection et d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0\u00bb, extraits :\u00a0<\/p>\n<p>p. 409<br \/>\n&#8230; Kafka <em>voulait<\/em> finir ses grands projets&#8230; ce qui comptait pour lui n&rsquo;\u00e9tait pas le travail, mais bien le r\u00e9sultat. Le cheminement n&rsquo;\u00e9tait <em>pas<\/em> une fin en soi, pas du tout..<br \/>\np. 410<br \/>\nCe que Kafka admirait le plus, et qu&rsquo;il chercha avec obstination &#8211; on est tent\u00e9 de dire avec une obstination incorrigible &#8211; jusque dans ses ultimes tentatives, \u00e9tait un absolu parach\u00e8vement formel, dans le d\u00e9tail comme dans l&rsquo;ensemble. Cela signifiait avant tout qu&rsquo;un texte litt\u00e9raire devait se d\u00e9ployer de fa\u00e7on parfaitement <em>organique<\/em> \u00e0 partir de son\u00a0 germe fictionnel et imaginaire, sans revirement arbitraire, sans sch\u00e9matisme, sans hasard provoqu\u00e9, sans d\u00e9tail superflu ou importun, ni autre impuret\u00e9 du m\u00eame genre.\u00a0<br \/>\np. 411<br \/>\nil voulait la \u00ab\u00a0conclusion inn\u00e9e\u00a0\u00bb, celle qui s&rsquo;anime d\u00e9j\u00e0 tel un foetus sous la surface de la toute premi\u00e8re phrase et qui affirme peu \u00e0 peu ses contours.<br \/>\np. 412<br \/>\nKafka savait que l&rsquo;inspiration n&rsquo;\u00e9tait pas suffisante et qu&rsquo;il fallait ni plus ni moins que de l&rsquo;\u00e9nergie psychique, voire une sorte d&rsquo;obsession d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, pour puiser une passion et une concentration toujours nouvelles dans un travail de plusieurs mois. Or l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit \u00e0 la fois sup\u00e9rieurement lucide et exalt\u00e9 qu&rsquo;il avait d\u00e9fini comme son id\u00e9al cr\u00e9ateur depuis la nuit du <em>Verdict<\/em> \u00e9tait forc\u00e9ment limit\u00e9 et g\u00e9n\u00e9rait de nouvelles inhibitions : le fait m\u00eame d&rsquo;\u00e9crire diminuait la tension; la circonstance qui avait soudain ouvert les profondeurs de sa psych\u00e9, pour sa plus grande jouissance et son plus grand tourment, \u00e9tait peu \u00e0 peu recouverte par des exp\u00e9riences nouvelles, d&rsquo;un autre genre; pour finir, l&rsquo;oeuvre en cours g\u00e9n\u00e9rait son propre champ de forces, dictait des exigences \u00e9trang\u00e8res, et le jeu se muait en <em>devoir<\/em>.\u00a0<br \/>\np. 413-414<br \/>\n&#8230; Kafka ne ma\u00eetrisait donc pas son art?<br \/>\nIl n&rsquo;en fut jamais vraiment s\u00fbr.<br \/>\n&#8230;<br \/>\n&#8230; il crut d\u00e9couvrir que seul le premier chapitre, <em>Le Chauffeur,<\/em> provenait d&rsquo;une \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure\u00a0\u00bb, tandis que tout le reste, soit tout de m\u00eame 350 pages manuscrites, avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0<em>\u00e9crit comme en souvenir d&rsquo;un sentiment grand mais absent de bout en bout, et donc bon \u00e0 jeter<\/em>\u00a0\u00bb &#8211; bilan irr\u00e9futable&#8230;<br \/>\nQue se reprochait Kafka? D&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 guid\u00e9 non par un \u00ab\u00a0sentiment\u00a0\u00bb, mais par le souvenir de ce sentiment &#8211; en d&rsquo;autres termes une interposition de sa conscience.<br \/>\np. 416<br \/>\nC&rsquo;est pourquoi le fait de \u00ab\u00a0continuer\u00a0\u00bb s&rsquo;accompagne in\u00e9vitablement d&rsquo;un deuil, celui de la libert\u00e9 et de la jouissance d&rsquo;un engendrement pur.<br \/>\nKafka ne manquait pas d&rsquo;id\u00e9es, il manquait de \u00ab\u00a0continuations\u00a0\u00bb.\u00a0<br \/>\np. 417-418<br \/>\n<strong>Il n&rsquo;y a pas chez Kafka de rebut narratif, ni de motif sans suite, ni de d\u00e9tail purement illustratif &#8211; qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la couleur d&rsquo;un habit, d&rsquo;un geste caract\u00e9ristique ou seulement de l&rsquo;indication de l&rsquo;heure. Tout signifie quelque chose; tout renvoie \u00e0 quelque chose; tout revient.\u00a0<\/strong><br \/>\n&#8230;.<br \/>\nCette densification si radicale, qui confine aux limites du langage&#8230;\u00a0<br \/>\nEt plus cette trame est dense, plus la poursuite du roman devient une t\u00e2che artisanale dont la r\u00e9ussite exige \u00e0 la fois des trouvailles sans cesse plus pr\u00e9cises et, de la part de la conscience, un contr\u00f4le objectif sans cesse plus inflexible. Car plus le r\u00e9cit progresse, moins il est vraisemblable q&rsquo;une trouvaille spontan\u00e9e \u00ab\u00a0s&rsquo;ins\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;endroit m\u00eame o\u00f9 elle survient.<br \/>\nTout cela jette une lumi\u00e8re d\u00e9cisive non pas sur la raison derni\u00e8re, mais peut-\u00eatre sur le <em>moment<\/em> de l&rsquo;\u00e9chec: c&rsquo;est le moment o\u00f9 l&rsquo;effort technique menace d&rsquo;\u00e9touffer la cr\u00e9ation; la crise cr\u00e9ative par excellence.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ce chapitre du 1er tome du Kafka de Reiner Stach : \u00ab\u00a0Le disparu : perfection et d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0\u00bb, extraits :\u00a0 p. 409 &#8230; Kafka voulait finir ses grands projets&#8230; ce qui comptait pour lui n&rsquo;\u00e9tait pas le travail, mais bien le r\u00e9sultat. Le cheminement n&rsquo;\u00e9tait pas une fin en soi, pas du tout.. p. 410 Ce&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2024\/11\/kafka-continuer-finir\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">kafka, continuer, finir<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[801],"tags":[2392],"class_list":["post-24865","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lire","tag-kafka","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24865","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24865"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24865\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}