{"id":26831,"date":"2025-05-04T18:44:37","date_gmt":"2025-05-04T16:44:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=26831"},"modified":"2025-05-06T07:00:30","modified_gmt":"2025-05-06T05:00:30","slug":"isolement-et-solitude-se-separer-de-la-sollicitation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2025\/05\/isolement-et-solitude-se-separer-de-la-sollicitation\/","title":{"rendered":"Isolement et solitude \/\/ Se s\u00e9parer de la sollicitation"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\">Comme je cherchais <i>autre<\/i> chose sur ma propre page Facebook, je tombais sur ces propos de Ph. La Sagna, tir\u00e9s d&rsquo;un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0De l&rsquo;isolement \u00e0 la solitude\u00a0\u00bb que j&rsquo;avais d\u00e9couvert pendant le grand confinement, en 2020, nous \u00e9tions \u00e0 Donn. Ce texte m&rsquo;avait<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>montr\u00e9 combien j&rsquo;\u00e9tais isol\u00e9e et non pas seule.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p1\">J&rsquo;aimerais le relire aujourd&rsquo;hui, \u00e0 cause de cette expression : \u00ab\u00a0Se s\u00e9parer de la sollicitation\u00a0\u00bb. Car je ne vois toujours pas tr\u00e8s bien comment.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p1\">La Sagna\u00a0 fait na\u00eetre la solitude au 17\u00e8me si\u00e8cle. Au m\u00eame moment o\u00f9 Lacan faisait na\u00eetre le sujet moderne, le sujet cart\u00e9sien. Ce que La Sagna note en parlant de \u00ab\u00a0trouvaille du sujet\u00a0\u00bb, ce que je trouve un peu curieux. Je trouve curieuse cette utilisation du terme de trouvaille. Pour lui, l&rsquo;invention du sujet moderne est un invention de Rousseau.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"font-family: Alegreya, ui-serif, Georgia, Cambria, Times New Roman, Times, serif; font-size: 1.25rem; line-height: 31px;\"><strong><span class=\"lettrine\">\u00ab\u00a0<\/span><\/strong><b>La solitude \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb, comme probl\u00e8me humain, date \u00e0 peu pr\u00e8s du\u00a0XIIe si\u00e8cle.<\/b> Elle est apparue dans la civilisation comme une trouvaille : l\u2019homme pouvait \u00eatre seul avec lui-m\u00eame. Auparavant il n\u2019\u00e9tait jamais seul car Dieu existait : quand l\u2019homme \u00e9tait seul, c\u2019est qu\u2019il \u00e9tait sans Dieu, ce n\u2019\u00e9tait pas la m\u00eame solitude. \u00c0 l\u2019\u00e9poque on s\u2019int\u00e9ressait beaucoup \u00e0 Robinson Cruso\u00e9 et on s\u2019int\u00e9ressait tellement \u00e0 la solitude qu\u2019un certain nombre de nobles, de riches britanniques, ont pay\u00e9 des gens pour vivre seuls pendant des ann\u00e9es dans leurs parcs, dans des \u00ab solitudes \u00bb \u2013 c\u2019\u00e9tait le nom donn\u00e9 \u00e0 ces lieux \u2013 et leur demandaient ensuite de raconter leur exp\u00e9rience. C\u2019\u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une exploration de l\u2019humain. <b>Cet accent va de pair avec la trouvaille du sujet.<\/b> Le sujet, dans son \u00e9mergence, est seul : le sujet, le sujet moderne, est une invention de Jean-Jacques Rousseau. Pour Rousseau, l\u2019homme na\u00eet solitaire et ne rentre en soci\u00e9t\u00e9 que dans un temps second et, dans la perspective de Rousseau, il ne s\u2019y habitue jamais et consid\u00e8re toujours que la soci\u00e9t\u00e9 est une oppression, sauf \u00e0 la transformer en <b>contrat consenti<\/b>, <b>c\u2019est le contrat social.<\/b><\/p>\n<p style=\"font-family: Alegreya, ui-serif, Georgia, Cambria, Times New Roman, Times, serif; font-size: 1.25rem; line-height: 31px;\"><b>Mais nous sommes \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la fin de cette hypoth\u00e8se du contrat social.<\/b> Tout le monde s\u2019accorde \u00e0 dire que ce contrat est devenu <b><i>parfaitement pr\u00e9caire<\/i><\/b>. Quand nous parlons de pr\u00e9carit\u00e9, \u00e0 propos des patients que nous rencontrons, nous parlons de quelque chose qui va, dans un avenir proche, concerner tout le monde, puisque la pr\u00e9carit\u00e9, chacun le sait, concernera universellement l\u2019\u00eatre humain. Cette pr\u00e9carit\u00e9 n\u2019est pas \u00e0 concevoir uniquement sur le plan \u00e9conomique. Nous sommes \u00e0 l\u2019\u00e9poque, comme l\u2019a dit Jacques-Alain Miller, de <b>l\u2019Autre qui n\u2019existe pas, \u00e9poque o\u00f9 la solitude elle-m\u00eame devient probl\u00e9matique<\/b>. En effet, la psychanalyse a rep\u00e9r\u00e9 tr\u00e8s vite qu\u2019\u00eatre seul s\u2019apprenait : on apprend, dans la perspective de la p\u00e9dagogie, \u00e0 devenir seul et on apprend \u00e0 supporter le sentiment de solitude et \u00e0 l\u2019explorer. Les psychanalystes anglo-saxons ont souvent examin\u00e9 quelque chose de l\u2019isolement et de la solitude. C\u2019est peut-\u00eatre d\u00fb au fait que la Grande-Bretagne est une \u00eele. Les psychanalystes anglo-saxons ont donc explor\u00e9 ce qui permet d\u2019\u00eatre seul : <b>c\u2019est la capacit\u00e9 pour un sujet \u00e0 se s\u00e9parer de ce qui le sollicite<\/b>.<\/p>\n<p style=\"font-family: Alegreya, ui-serif, Georgia, Cambria, Times New Roman, Times, serif; font-size: 1.25rem; line-height: 31px;\"><b>En termes lacaniens, c\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 se s\u00e9parer de ce qui fait jouir ou de ce qui excite<\/b> : les activit\u00e9s, les parents pour les petits, les autres pour les plus grands, mais aussi les fantasmes et toutes les sources de stimulation, m\u00eame toxique. On peut donc s\u2019isoler gr\u00e2ce \u00e0 la stimulation. Ma th\u00e8se est que la solitude n\u2019est pas l\u2019isolement. S\u2019isoler c\u2019est \u00e9viter la solitude. S\u2019isoler peut tr\u00e8s bien se faire avec un objet qui stimule le sujet, un toxique, un fantasme ou un d\u00e9lire, sans qu\u2019il y ait la moindre r\u00e9alisation de la solitude. La solitude n\u2019est pas, en effet, exclusion de l\u2019Autre, ce qu\u2019est l\u2019isolement, mais <b>s\u00e9paration de l\u2019Autre<\/b>.<\/p>\n<p style=\"font-family: Alegreya, ui-serif, Georgia, Cambria, Times New Roman, Times, serif; font-size: 1.25rem; line-height: 31px;\"><b>Pour \u00eatre s\u00e9par\u00e9, il faut avoir une fronti\u00e8re commune<\/b>. Nous avons une fronti\u00e8re commune avec l\u2019Autre quand nous sommes dans la solitude, alors que <strong>l\u2019isolement est refus de la fronti\u00e8re<\/strong>. L\u2019isolement est un mur. Et nous sommes \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la construction d\u2019isolats, puisque <b>chacun ne sait plus trop o\u00f9 commencent et o\u00f9 finissent les fronti\u00e8res<\/b>.<\/p>\n<p style=\"font-family: Alegreya, ui-serif, Georgia, Cambria, Times New Roman, Times, serif; font-size: 1.25rem; line-height: 31px;\">La solitude a aussi pu \u00eatre d\u00e9crite, toujours par certains psychanalystes anglo-saxons comme M\u00e9lanie Klein, comme une aspiration. <b>Le sentiment de solitude fait d\u00e9couvrir une aspiration secr\u00e8te de l\u2019\u00eatre humain, l\u2019aspiration \u00e0 \u00eatre compris sans avoir besoin de recourir \u00e0 la parole.<\/b> Il est assez curieux que les psychanalystes soulignent ce point, mais il est \u00e9vident que si l\u2019on rencontre des gens pour rentrer en conversation, c\u2019est parce qu\u2019il y a un souhait secret que quelque chose qui ne peut se dire soit appr\u00e9hend\u00e9 par l\u2019autre, un souhait secret d\u2019\u00eatre compris sans avoir recours \u00e0 la parole. <b>\u00catre seul c\u2019est aussi pouvoir se d\u00e9gager de la parole. Cela va bien au-del\u00e0 de se s\u00e9parer simplement de la pr\u00e9sence des autres, puisque cela peut vouloir dire\u00a0: se s\u00e9parer de sa parole \u00e0 soi, de sa propre parole et rentrer tout d\u2019un coup en compagnie de ce qui ne parle pas<\/b>.\u00a0Karl Kraus, qui \u00e9tait un ennemi de la psychanalyse, disait qu\u2019il y a deux ennemis de l\u2019humanit\u00e9 qui menacent notre int\u00e9grit\u00e9 : ceux qui veulent nous tuer et ceux qui veulent nous parler. Et il ajoutait : \u00ab La loi ne vous prot\u00e8ge que contre les premiers, donc les seconds sont plus dangereux. \u00bb Certes, l\u2019homme \u00e9tait assez singulier, mais l\u2019id\u00e9e que la parole permet de rencontrer l\u2019autre est peut-\u00eatre une id\u00e9e saugrenue. On peut s\u2019isoler des autres pour prot\u00e9ger sa solitude, mais comme on est souvent en conversation avec soi-m\u00eame, <b>\u00eatre seul suppose de savoir se d\u00e9tacher de sa pens\u00e9e, savoir trouver une absence \u00e0 soi-m\u00eame.<\/b> C\u2019est particuli\u00e8rement vrai dans la solitude f\u00e9minine d\u00e9crite par certains auteurs comme Marguerite Duras. Cette solitude particuli\u00e8re est celle que procure un amour accompli, car son id\u00e9e, qui \u00e9tait aussi celle de Lacan, c\u2019est que l\u2019amour accompli m\u00e8ne \u00e0 la solitude.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Voil\u00e0, j&rsquo;aurais en ce moment beaucoup d&rsquo;autres choses \u00e0 publier que ceci, mais je publie ceci, pour m&rsquo;encourager \u00e0 le relire, et pour y trouver peut \u00eatre de quoi nourrir, consolider, arm\u00e9e mon envie de r\u00e9sister aux sollicitations et de tenir plus longtemps, mieux, dans un choix que j&rsquo;aurais fait. De r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;oubli de mes motivations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\">Ah oui, on peut lire l&rsquo;article, l\u00e0 :<\/p>\n<p class=\"p1\"><a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-la-cause-freudienne-2007-2-page-43?lang=fr&amp;tab=texte-integral\">https:\/\/shs.cairn.info\/revue-la-cause-freudienne-2007-2-page-43?lang=fr&amp;tab=texte-integral<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Edit<\/strong>: 5 mai,6 mai 25.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme je cherchais autre chose sur ma propre page Facebook, je tombais sur ces propos de Ph. La Sagna, tir\u00e9s d&rsquo;un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0De l&rsquo;isolement \u00e0 la solitude\u00a0\u00bb que j&rsquo;avais d\u00e9couvert pendant le grand confinement, en 2020, nous \u00e9tions \u00e0 Donn. 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