{"id":5835,"date":"2010-11-18T12:52:12","date_gmt":"2010-11-18T10:52:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=5835"},"modified":"2013-06-18T17:32:30","modified_gmt":"2013-06-18T15:32:30","slug":"note-sur-la-honte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2010\/11\/note-sur-la-honte\/","title":{"rendered":"Note sur la honte"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p><strong>1. Honte et culpabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>\u00abMourir de honte\u00bb est le signifiant par lequel Lacan entamait sa derni\u00e8re le\u00e7on du S\u00e9minaire L&rsquo;envers de la psychanalyse: \u00abIl faut le dire, mourir de honte est un effet rarement obtenu.\u00bb Ce terme de honte ne se rencontre pas l\u00e0 par hasard pour donner un point de d\u00e9part, puisque Lacan va clore cette le\u00e7on ainsi \u00abS&rsquo;il y a \u00e0 votre pr\u00e9sence ici, si nombreux, des raisons un peu moins qu&rsquo;ignobles, c&rsquo;est qu&rsquo;il m&rsquo;arrive de vous faire honte. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9ric Laurent a fait un expos\u00e9 particuli\u00e8rement stimulant [1], se demandant s&rsquo;il appartient bien au psychanalyste d&rsquo;en rajouter sur cette honte, et s&rsquo;il ne prendrait pas par l\u00e0 la rel\u00e8ve du moraliste. Ce qui l&rsquo;a conduit \u00e0 introduire le th\u00e8me de la culpabilit\u00e9 : <strong>\u00abLa honte est un affect \u00e9minemment psychanalytique qui fait partie de la s\u00e9rie de la culpabilit\u00e9. \u00bb<\/strong> Cet expos\u00e9 offrait ainsi un biais, non pas sur l&rsquo;actualit\u00e9 de 1970, sensiblement diff\u00e9rente de la n\u00f4tre, marqu\u00e9e par la floraison, l&rsquo;excitation d&rsquo;une contestation dont nous \u00e9tions les contemporains, mais sur une anticipation <strong>de la phase morale dans laquelle nous serions entr\u00e9s depuis la chute du Mur de Berlin, donnant lieu \u00e0 \u00ab un d\u00e9ferlement d&rsquo;excuses, de regrets, de pardons, de repentances\u00bb, au point qu&rsquo;avoir honte serait ainsi devenu un sympt\u00f4me mondial.<\/strong> II mit un b\u00e9mol \u00e0 cette construction et ouvrit une autre voie en soulignant que Lacan avait choisi de ponctuer la honte plut\u00f4t que la culpabilit\u00e9, ajoutant aussi que <strong>ce \u00abfaire honte\u00bb ne supposait pas de pardon<\/strong>. C&rsquo;est cette disjonction de la honte et de la culpabilit\u00e9 qu&rsquo;il m&rsquo;est venu la semaine derni\u00e8re l&rsquo;envie de commenter. <strong>Pourquoi honte et culpabilit\u00e9 \u00e0 la fois s&rsquo;appellent et se disjoignent?<\/strong> C&rsquo;est en effet sur le terme de honte et non pas sur celui de culpabilit\u00e9 que Lacan a choisi de clore un s\u00e9minaire o\u00f9 il a voulu situer le discours analytique dans le contexte du moment alors actuel de la civilisation contemporaine. Lacan nous a donn\u00e9 dans <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse<\/em> une nouvelle \u00e9dition implicite du <em>Malaise dans la civilisation<\/em>, apr\u00e8s l&rsquo;avoir fait de fa\u00e7on plus explicite dans son S\u00e9minaire de <em>L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse,<\/em> nous permettant ainsi de mesurer le d\u00e9placement qui se produit de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p><strong>Sans doute un nouveau rapport s&rsquo;est-il tram\u00e9 dans cet intervalle entre le sujet et la jouissance. <\/strong>La nouveaut\u00e9 de ce rapport \u00e9clate si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 <em>L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse <\/em>o\u00f9 Lacan pouvait dire, sans susciter d&rsquo;objection : \u00abLe mouvement dans lequel est entra\u00een\u00e9 le monde o\u00f9 nous vivons [&#8230;j implique une amputation, des sacrifices, \u00e0 savoir ce style de puritanisme dans le rapport au d\u00e9sir qui s&rsquo;est instaur\u00e9 historiquement. \u00bb [2] En 1960, on pouvait encore dire que le <strong>capitalisme <\/strong>&#8211; terme tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude pour n&rsquo;avoir pas d&rsquo;antonyme &#8211; \u00e9tait <strong>ordonn\u00e9 au puritanisme. <\/strong>Sans doute y avait-il derri\u00e8re ce mot venant dans la bouche de Lacan sa connaissance des analyses de Max Weber, reprises, corrig\u00e9es, mais non pas vraiment infirm\u00e9es par l&rsquo;historien anglais Tawney, et qui <strong>conditionnaient l&rsquo;\u00e9mergence du sujet capitaliste \u00e0 une r\u00e9pression de la jouissance. [3] Accumuler au lieu de jouir.<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui se dessine dans la <strong>seconde reprise <\/strong>de Lacan du th\u00e8me du malaise dans la civilisation dans son <em>S\u00e9minaire de L&rsquo;envers<\/em>, c&rsquo;est la <strong>d\u00e9su\u00e9tude <\/strong>du diagnostic qu&rsquo;il pouvait porter sur le mouvement dans lequel le monde est entra\u00een\u00e9, et qui serait marqu\u00e9 du style de puritanisme, alors que le nouveau, s&rsquo;il est empreint d&rsquo;un style, est plut\u00f4t celui de la permissivit\u00e9, et ce qui fait \u00e0 l&rsquo;occasion difficult\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;interdit d&rsquo;interdire.<\/p>\n<p><strong>Le moins que l&rsquo;on puisse dire est que le capitalisme s&rsquo;est disjoint du puritanisme. <\/strong>C&rsquo;est par ce biais que le discours de Lacan est, selon les termes d&rsquo;\u00c9ric Laurent, le plus anticipant. En termes lacaniens, cela se dit, dans ce chapitre ultime de <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse<\/em>, de la fa\u00e7on suivante : \u00abIl n&rsquo;y a plus de honte\u00bb. Je suivrai \u00c9. Laurent dans cette ponctuation du terme de honte jusqu&rsquo;\u00e0 dire que l&rsquo;on d\u00e9couvre par l\u00e0 la question qui travaille <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse,<\/em> la carte n&rsquo;\u00e9tant retourn\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re rencontre.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;en est-il de la psychanalyse quand il n&rsquo;y a plus de honte, quand la civilisation tend \u00e0 dissoudre, \u00e0 faire dispara\u00eetre la honte? Ce qui ne va pas sans paradoxe, car il est traditionnel de poser que la civilisation a partie li\u00e9e avec l&rsquo;instauration de la honte.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre pouvons-nous formuler que la honte est un affect primaire du rapport \u00e0 l&rsquo;Autre. Dire que cet affect est primaire est sans doute vouloir le diff\u00e9rencier de la culpabilit\u00e9. Si l&rsquo;on voulait s&rsquo;engager dans cette voie, on dirait que la culpabilit\u00e9 est l&rsquo;effet sur le sujet d&rsquo;un Autre qui juge, donc d&rsquo;un Autre qui rec\u00e8le des valeurs que le sujet aurait transgress\u00e9es. On dirait du m\u00eame pas que la honte a rapport avec un Autre ant\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;Autre qui juge, un Autre primordial, non pas qui juge mais qui seulement voit ou donne \u00e0 voir. La nudit\u00e9 peut ainsi \u00eatre tenue comme honteuse et recouverte &#8211; partiellement si la honte porte sur tel ou tel organe &#8211; ind\u00e9pendamment de tout ce qui serait de l&rsquo;ordre du d\u00e9lit, du dommage, de la transgression, \u00e0 quoi elle donnerait occasion. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs de cette fa\u00e7on imm\u00e9diate qu&rsquo;elle est introduite dans une des grandes mythologies religieuses qui conditionne, ou conditionnait, le mouvement de notre civilisation.<\/p>\n<p>On pourrait aussi essayer ceci que <strong>la culpabilit\u00e9 est un rapport au d\u00e9sir tandis que la honte est un rapport \u00e0 la jouissance <\/strong>qui touche \u00e0 ce que Lacan appelle, dans son \u00ab Kant avec Sade \u00bb, \u00ab<strong>le plus intime du sujet<\/strong>\u00bb. Il l&rsquo;\u00e9nonce \u00e0 propos de la jouissance sadienne en tant qu&rsquo;elle traverserait la volont\u00e9 du sujet pour s&rsquo;installer en son plus intime, ce qui lui est plus intime que sa volont\u00e9, pour le provoquer <strong>au-del\u00e0 de sa volont\u00e9 <\/strong>et au-del\u00e0 du bien et du mal, en atteignant sa pudeur &#8211; terme qui est l&rsquo;antonyme de la honte.<\/p>\n<p>Lacan qualifie cette pudeur, de fa\u00e7on saisissante et en m\u00eame temps \u00e9nigmatique, d&rsquo;\u00eatre \u00abamboceptive des conjonctures de l&rsquo;\u00eatre\u00bb. Amboceptive veut dire que la pudeur est attach\u00e9e, qu&rsquo;elle prend, aussi bien du c\u00f4t\u00e9 du sujet que de celui de l&rsquo;Autre. Elle est doublement branch\u00e9e sur le sujet et sur l&rsquo;Autre. Quant aux conjonctures de l&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est le rapport \u00e0 l&rsquo;Autre qui fait la conjoncture essentielle de l&rsquo;\u00eatre du sujet et qui se d\u00e9montre telle dans la honte. Lacan l&rsquo;explicite en disant que \u00ab<strong>l&rsquo;impudeur de l&rsquo;un fait le viol de la pudeur de l&rsquo;autre<\/strong>\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ce rapport inaugural, il n&rsquo;y a pas seulement honte de ce que je suis ou de ce que je fais, mais si l&rsquo;autre franchit les bornes de la pudeur, c&rsquo;est la mienne qui se trouve de ce fait m\u00eame atteinte. C&rsquo;est une fa\u00e7on de faire honte qui n&rsquo;est pas exactement celle que prescrit Lacan \u00e0 la fin de son S\u00e9minaire. Une exp\u00e9rience de la honte d\u00e9couvre ici comme une amboception ou une pseudo co\u00efncidence du sujet et de l&rsquo;Autre.<\/p>\n<p><strong>2. Reqard et honte<\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/> <\/strong>Lacan, dans son S\u00e9minaire XI, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un \u00e9pisode c\u00e9l\u00e8bre de l&rsquo;\u00e9mergence de la honte, celui retrac\u00e9 par Sartre dans son <em>\u00catre et le N\u00e9ant<\/em> \u00e0 propos du regard, et qui tient en deux moments. Premier moment : \u00abJe suis, moi, \u00e0 regarder par le trou de la serrure.\u00bb Deuxi\u00e8me moment : \u00abJ&rsquo;entends des pas dans le corridor on me regarde. Et alors je tombe dans la honte.\u00bb C&rsquo;est le r\u00e9cit d&rsquo;une \u00e9mergence de l&rsquo;affect de honte d\u00e9crit comme une d\u00e9ch\u00e9ance du sujet. Alors qu&rsquo;il est l\u00e0 \u00ab\u00e0 regarder par le trou de la serrure\u00bb, il est \u00abpur sujet spectateur, absorb\u00e9 par le spectacle, inoccup\u00e9 de soi-m\u00eame\u00bb. Il n&rsquo;est pas \u00abconscient de lui-m\u00eame sur le mode positionnel\u00bb, dit-il dans son langage, et \u00e0 proprement parler \u00abdans ce \u00ab\u00a0regarder par le trou de la serrure\u00a0\u00bb, je ne suis rien\u00bb. Il essaye de nous d\u00e9crire <strong>un moment de fading du sujet, que nous pourrions \u00e9crire avec son symbole lacanien de S\/.<\/strong><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me temps, <strong>accroch\u00e9 au son, <\/strong>fait surgir le regard comme tel. On voit bien pourquoi il faut ici des pas. Sartre veut saisir le sujet avant qu&rsquo;il ne reconnaisse celui qui va le voir. C&rsquo;est avant d&rsquo;en capter le visage qu&rsquo;il se formule pour lui \u00ab on me regarde \u00bb. Regard anonyme. Derri\u00e8re cet \u00ab on \u00bb, se cache sans doute, dans l&rsquo;alg\u00e8bre lacanienne, le regard de l&rsquo;Autre. Et Sartre de d\u00e9crire la d\u00e9cadence du sujet, auparavant \u00e9clips\u00e9 dans son action et qui devient objet, qui se trouve alors se voir lui-m\u00eame, par cette m\u00e9diation, comme objet dans le monde, et d&rsquo;essayer de saisir la chute du sujet dans un statut de rebut honteux. L\u00e0 s&rsquo;introduirait la honte : \u00abJe reconnais que je suis cet objet que l&rsquo;Autre regarde et juge. Je suis cet \u00eatre-en-soi.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La conjonction sartrienne du regard et du jugement est ce qui est peut-\u00eatre \u00e0 mettre en question ou \u00e0 \u00e9branler,<\/strong> puisqu&rsquo;il accomplit ici comme le glissement de la honte vers la culpabilit\u00e9. Dire \u00abje suis cet \u00eatre-en-soi\u00bb veut dire que je suis alors coup\u00e9 du temps, coup\u00e9 du projet. Je suis saisi au pr\u00e9sent, dans un pr\u00e9sent d\u00e9pouill\u00e9 de ma transcendance, de ma projection vers mon avenir, vers le sens que cette action pourrait avoir et qui me permettrait de la justifier. Le jugement, c&rsquo;est encore autre chose. Pour juger, il faut commencer \u00e0 parler. Je peux avoir de tr\u00e8s bonnes raisons de regarder par le trou de la serrure. C&rsquo;est peut-\u00eatre ce qui se passe de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 qui est ce qui est \u00e0 juger et \u00e0 r\u00e9prouver. Un pr\u00e9sent d\u00e9pouill\u00e9 de toute transcendance.<\/p>\n<p>Je ne rappelle cet \u00e9pisode que pour donner un fond, une r\u00e9sonance, au diagnostic de Lacan qui figure dans cette derni\u00e8re le\u00e7on du <em>S\u00e9minaire de L&rsquo;envers<\/em> : \u00abIl n&rsquo;y a plus de honte\u00bb. Cela se traduit par ceci : nous sommes \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;une<strong> \u00e9clipse du regard de l&rsquo;Autre comme porteur de la honte<\/strong>.<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>3. Regard et jouissance<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9. Laurent, par une intuition et une construction saisissantes, a rapport\u00e9 \u00e0 ce dernier chapitre du <em>S\u00e9minaire de L&rsquo;envers<\/em> le propos que Lacan adressait aux \u00e9tudiants de Vincennes, repr\u00e9sentant le sublime, la fi\u00e8vre de la contestation de l&rsquo;\u00e9poque: \u00ab<strong>Regardez-les jouir<\/strong>\u00bb. II a marqu\u00e9 que cette invitation, cet imp\u00e9ratif, \u00e9tait en quelque sorte r\u00e9percut\u00e9 aujourd&rsquo;hui dans cette fi\u00e8vre m\u00e9diatique, un peu retomb\u00e9e d&rsquo;ailleurs, mais qui garde son sens comme fait de civilisation, des reality shows &#8211; Loft Story.<\/p>\n<p><strong>Ce \u00abregardez-les jouir\u00bb rappelle le regard, qui \u00e9tait auparavant \u00e9minemment l&rsquo;instance susceptible de faire honte. <\/strong>Pour l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 s&rsquo;exprime Lacan, s&rsquo;il faut rappeler le regard, c&rsquo;est bien que l&rsquo;Autre qui pourrait regarder s&rsquo;est \u00e9vanoui. Le regard que l&rsquo;on sollicite aujourd&rsquo;hui en faisant spectacle de la r\u00e9alit\u00e9 &#8211; et toute la t\u00e9l\u00e9vision est un reality show &#8211; est <strong>un regard ch\u00e2tr\u00e9 de sa puissance de faire honte,<\/strong> et qui le d\u00e9montre constamment. Comme si cette prise du spectacle t\u00e9l\u00e9visuel avait comme mission, en tout cas comme cons\u00e9quence inconsciente, de d\u00e9montrer que la honte est morte.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on peut imaginer que Lacan \u00e9voquait ce \u00abregardez-les jouir\u00bb en 1970 comme une tentative pour ranimer le regard qui fait honte, on ne peut plus le penser pour les reality shows. Le regard qui est l\u00e0 distribu\u00e9 &#8211; il suffit de cliquer pour en disposer &#8211; est un regard qui ne porte plus la honte. Ce n&rsquo;est certainement plus le regard de l&rsquo;Autre qui pourrait juger. <strong>Ce qui se r\u00e9percute dans cette honteuse pratique universelle, c&rsquo;est la d\u00e9monstration que votre regard, loin de porter la honte, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un regard qui jouit aussi. C&rsquo;est \u00abregardez\u00ad-les jouir pour en jouir\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Par ce rapprochement amen\u00e9 par \u00c9. Laurent, c&rsquo;est le secret du spectacle qui se d\u00e9couvre, dont on a m\u00eame voulu faire l&rsquo;insigne de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine en l&rsquo;appelant, comme Guy Debord, <strong>La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/strong>. Le secret du spectacle, c&rsquo;est vous qui le regardez, parce que vous en jouissez. C&rsquo;est vous comme sujet, et non pas l&rsquo;Autre, qui regarde. Cette t\u00e9l\u00e9vision r\u00e9percute que l&rsquo;Autre n&rsquo;existe pas. C&rsquo;est pourquoi on peut entendre, dans les harmoniques du propos de Lacan, la mise en sc\u00e8ne des cons\u00e9quences de la mort de Dieu, th\u00e8me auquel Lacan a consacr\u00e9 ce qui fait chapitre dans son <em>\u00c9thique de la psychanalyse<\/em>[4]. Ce que Lacan cerne, et \u00e0 quoi nous avons affaire puisque c&rsquo;est une anticipation sur le chemin de notre actualit\u00e9, <strong>c&rsquo;est la mort du regard de Dieu.<\/strong> J&rsquo;en vois le t\u00e9moignage, peut-\u00eatre t\u00e9nu, dans cette phrase, vraiment \u00e0 la Lacan, qui figure dans cette derni\u00e8re le\u00e7on : \u00abReconnaissez pourquoi Pascal et Kant se tr\u00e9moussaient comme deux valets en passe de faire Vatel \u00e0 votre endroit.\u00bb<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>4. La mort de l&rsquo;Autre<\/strong><\/p>\n<p>Vatel est d\u00e9sormais mieux connu que jadis, gr\u00e2ce \u00e0 un film o\u00f9 le personnage est incarn\u00e9 par G\u00e9rard Depardieu [5]. Fran\u00e7ois Vatel qui est connu par ceux qui pratiquent, comme la grand-m\u00e8re de Marcel Proust, la Correspondance de Mme de S\u00e9vign\u00e9. Ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel, organisateur de f\u00eates, il passe au service du prince de Cond\u00e9, en avril 1671. Le prince de Cond\u00e9 invite toute la cour \u00e0 passer trois jours chez lui, c&rsquo;est Vatel qui doit assurer le service. Au t\u00e9moignage de Mme de S\u00e9vign\u00e9, il n&rsquo;en dort pas pendant douze nuits cons\u00e9cutives. S&rsquo;ajoute \u00e0 cela, dit-on, une d\u00e9ception amoureuse, incarn\u00e9e dans le film par une star qui montre tout ce qu&rsquo;il perd dans l&rsquo;occasion. Il a pr\u00e9vu une dizaine d&rsquo;arrivages de poissons et de fruits de mer, voil\u00e0 qu&rsquo;il n&rsquo;en arrive que deux. Il se d\u00e9sesp\u00e8re &#8211; visiblement, il est d\u00e9prim\u00e9 -, se persuade que la f\u00eate par sa faute est g\u00e2ch\u00e9e et il monte dans sa chambre, fixe une \u00e9p\u00e9e sur la poign\u00e9e de la porte et s&rsquo;y reprend \u00e0 deux ou trois fois pour se transpercer et mourir, laissant ainsi son nom dans l&rsquo;histoire. Lacan n&rsquo;avait pas vu le film &#8211; trop r\u00e9cent &#8211; et c&rsquo;est pourtant le nom de Vatel, qui lui vient comme le paradigme de celui qui est mort de honte, et qui \u00e9tait assez en rapport avec ce \u00abmourir de honte\u00bb, bien qu&rsquo;il ne f\u00fbt pas le moins du monde noble, mais, comme le souligne Lacan, un valet, un valet ins\u00e9r\u00e9 dans le monde o\u00f9 il y a du noble.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 que Lacan nous compare <strong>Pascal et Kant avec ce Vatel, et il les voit sur le bord du suicide pour cause de honte,<\/strong> se tr\u00e9moussant, construisant leur labyrinthe pour y \u00e9chapper. En quoi Pascal et Kant \u00e9taient-ils tourment\u00e9s par la honte de vivre et se tr\u00e9moussaient-ils pour faire exister le regard du grand Autre, celui sous lequel on peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 mourir de honte? Lacan l&rsquo;indique en passant : \u00ab\u00c7a a manqu\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9 l\u00e0-haut, pendant trois si\u00e8cles. \u00bb Il dit cela au vingti\u00e8me si\u00e8cle, mais cela se r\u00e9f\u00e8re au dix-septi\u00e8me.<\/p>\n<p>N&rsquo;est-ce pas le sens du fameux pari de Pascal qui se d\u00e9couvre \u00e0 nous ici? Le pari de Pascal est en effet un effort pour soutenir l&rsquo;ex-sistence de l&rsquo;Autre. C&rsquo;est une chicane, un tr\u00e9moussement, afin d&rsquo;arriver \u00e0 poser qu&rsquo;il y a en effet un Dieu avec lequel, comme Lacan le dit ailleurs dans le S\u00e9minaire, cela vaut la peine de faire le quitte ou double du plus-de-jouir. On ne peut pas se reposer sur le fait qu&rsquo;il y a Dieu, il faut y mettre du sien par le pari. Le pari de Pascal, c&rsquo;est sa fa\u00e7on de mettre du sien pour soutenir l&rsquo;ex-sistence de l&rsquo;Autre.<\/p>\n<p><strong>Que veut dire le pari sinon que l&rsquo;on a \u00e0 jouer sa vie comme une mise dans le jeu?<\/strong> &#8211; comme un objet petit <em>a<\/em> que l&rsquo;on pose dans le jeu comme une mise, dont on accepte qu&rsquo;il puisse \u00eatre perdu, et ce afin de gagner une vie \u00e9ternelle. Ce Dieu-l\u00e0 a besoin du pari pour exister. Si l&rsquo;on fait cet effort-l\u00e0, s&rsquo;il faut cette b\u00e9quille du pari, c&rsquo;est que finalement ce Dieu est en train de branler dans le manche, si je puis dire, qu&rsquo;il ne tient plus tout \u00e0 fait \u00e0 sa place. <strong>Cela suppose que l&rsquo;Autre dont il s&rsquo;agit est un Autre qui n&rsquo;est pas barr\u00e9. On esp\u00e8re qu&rsquo;il tient le coup.<\/strong><\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de Kant, pour aller vite, ce n&rsquo;est pas de pari qu&rsquo;il s&rsquo;agit, mais d&rsquo;hypoth\u00e8ses. Dans la <em>Critique de la raison pratique<\/em>, l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me comme l&rsquo;existence de Dieu sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es, non pas au titre de certitudes, mais au titre d&rsquo;hypoth\u00e8ses n\u00e9cessaires pour que la moralit\u00e9 ait un sens.<\/p>\n<p>Dans cette veine, on peut dire que <strong>Pascal et Kant<\/strong> en ont mis un coup. Ils se sont \u00e9vertu\u00e9s, si j&rsquo;ose dire, ils ont travaill\u00e9 &#8211; c&rsquo;est pourquoi on les met plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du valet &#8211; <strong>pour que le regard de l&rsquo;Autre conserve un sens, c&rsquo;est-\u00e0\u00ad-dire pour que la honte existe et qu&rsquo;il y ait quelque chose au-del\u00e0 de la vie pure et simple. <\/strong><\/p>\n<p><strong>5. Honte et honneur<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est en regard de cet effort path\u00e9tique de ces grands esprits que Lacan inscrit ce qui \u00e9tait alors Vincennes, qu&rsquo;il appelle \u00e0 l&rsquo;occasion <strong>\u00abobsc\u00e8ne\u00bb<\/strong>, et qu&rsquo;il saisit en 1970 comme un lieu o\u00f9 la honte n&rsquo;a plus cours. Il s&rsquo;est avanc\u00e9 vers ce Vincennes. Lacan l&rsquo;a apparemment dit d&rsquo;une fa\u00e7on assez en chicane pour que personne ne pousse des hauts cris. Comment voyait-il cela? Comme un renoncement \u00e0 ce qui \u00e9tait encore le tr\u00e9moussement path\u00e9tique de Pascal et Kant, et d&rsquo;assumer l&rsquo;inexistence de la honte. C&rsquo;est une ironie de l&rsquo;histoire que Lacan ait \u00e9t\u00e9 rang\u00e9 au rang des supp\u00f4ts de la pens\u00e9e 68. On n&rsquo;a rien lu qui soit aussi s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l&rsquo;endroit de 68, <strong>mais, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cette s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait amical. <\/strong>C&rsquo;est sans doute ce que l&rsquo;on n&rsquo;a pas pardonn\u00e9 \u00e0 Lacan.<\/p>\n<p>Pourquoi, demandait \u00c9. Laurent &#8211; et il y a r\u00e9pondu -, la disparition de la honte, dans la civilisation, devrait-elle mobiliser un psychanalyste? Pris par le biais de Vatel, on peut r\u00e9pondre : parce que la disparition de la honte change le sens de la vie. Elle change le sens de la vie parce qu&rsquo;elle change le sens de la mort. Vatel, <strong>mort de honte, est mort pour l&rsquo;honneur,<\/strong> au nom de l&rsquo;honneur. Voil\u00e0 le terme qui fait pendant \u00e0 celui de la honte. La honte couverte par la pudeur, mais exalt\u00e9e, repouss\u00e9e, par l&rsquo;honneur.<\/p>\n<p><strong>Quand l&rsquo;honneur est une valeur qui tient le coup, la vie comme telle ne l&#8217;emporte pas sur l&rsquo;honneur. <\/strong>Quand il y a de l&rsquo;honneur, la vie pure et simple est d\u00e9valu\u00e9e. Cette vie pure et simple, c&rsquo;est ce qui s&rsquo;exprime traditionnellement dans les termes du <em>primum vivere<\/em>. D&rsquo;abord vivre, on verra ensuite pourquoi. Sauver la vie comme valeur supr\u00eame. L&rsquo;exemple de Vatel est l\u00e0 pour dire que m\u00eame un valet peut sacrifier sa vie pour l&rsquo;honneur. La disparition de la honte instaure le <em>primum vivere<\/em> comme valeur supr\u00eame, la vie ignominieuse, la vie ignoble, la vie sans honneur. C&rsquo;est pourquoi Lacan \u00e9voque, \u00e0 la fin de cette derni\u00e8re le\u00e7on, des raisons qui pourraient \u00eatre \u00abmoins qu&rsquo;ignobles\u00bb.<\/p>\n<p>Cela s&rsquo;articule en math\u00e8me. Le math\u00e8me en jeu est la repr\u00e9sentation du sujet par ce que Lacan construit dans ce S\u00e9minaire comme le signifiant-ma\u00eetre S1.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>S1 <\/strong><br \/><strong>&#8212; <\/strong><br \/><strong>$<\/strong><\/p>\n<p><strong>La disparition de la honte veut dire que le sujet cesse d&rsquo;\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 par un signifiant qui vaille. <\/strong>C&rsquo;est pourquoi Lacan pr\u00e9sente, au d\u00e9but de cette le\u00e7on, le terme heidegg\u00e9rien de l&rsquo;\u00eatre-pour-la-mort comme \u00abla carte de visite par quoi un signifiant repr\u00e9sente un sujet pour un autre signifiant\u00bb. Il donne \u00e0 ce S1 la valeur de la carte de visite, qui est \u00abl&rsquo;\u00eatre-pour-la-mort\u00bb. C&rsquo;est la mort qui n&rsquo;est pas pure et simple, la mort conditionn\u00e9e par une valeur qui la surclasse, et lorsque cette carte est d\u00e9chir\u00e9e, dit-il, c&rsquo;est une honte. On se moque alors de sa destination, puisque c&rsquo;est \u00e0 travers son inscription comme S, que le sujet peut \u00eatre engren\u00e9 sur un savoir et un ordre du monde o\u00f9 il a sa place, de ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 l&rsquo;occasion, mais il doit tenir sa place. <strong>Au moment o\u00f9 il ne remplit plus sa fonction, il dispara\u00eet, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il se sacrifie au signifiant qu&rsquo;il \u00e9tait l\u00e0 destin\u00e9 \u00e0 incarner.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\" align=\"center\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"20\"><strong>S1<\/strong><\/td>\n<td rowspan=\"3\" width=\"20\"><strong>?<\/strong><\/td>\n<td rowspan=\"3\" width=\"20\"><strong>S2<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td bgcolor=\"#666666\" height=\"1\">\u00a0<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>$<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Quand on est au point o\u00f9 tout le monde d\u00e9chire sa carte de visite, au point o\u00f9 il n&rsquo;y a plus de honte, cela met en question l&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse. Tout le S\u00e9minaire de <em>L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse<\/em>, et l&rsquo;exemple pris d&rsquo;Antigone, est l\u00e0 pour montrer au contraire que l&rsquo;op\u00e9ration analytique suppose <strong>un au\u00ad del\u00e0 du <em>primum vivere<\/em><\/strong>. Elle suppose que l&rsquo;homme, comme il s&rsquo;exprimait alors, ait <strong>un rapport \u00e0 la seconde mort<\/strong>. Non pas \u00e0 une seule mort, non pas \u00e0 la mort pure et simple, mais \u00e0 une seconde mort. <strong>Un rapport \u00e0 ce qu&rsquo;il est en tant que repr\u00e9sent\u00e9 par un signifiant. <\/strong>Pour rien au monde cela ne doit \u00eatre sacrifi\u00e9. Celui qui sacrifie sa vie, sacrifie tout sauf ce qui est l\u00e0 au plus intime, au plus pr\u00e9cieux de son existence. (( le plus intime le plus pr\u00e9cieux c&rsquo;est donc ce signifiant qui nous repr\u00e9sente ))<\/p>\n<p>Lacan va en chercher l&rsquo;exemple dans la trag\u00e9die d&rsquo;\u0152dipe, pr\u00e9cis\u00e9ment lorsqu&rsquo;il entre dans la zone de l&rsquo;entre-deux-morts <strong>o\u00f9 il a renonc\u00e9 \u00e0 tout<\/strong> (( aussi au signifiant qui le repr\u00e9sente, au S1? ou il a renonc\u00e9 \u00e0 incarner ce S1 ? )). Il n&rsquo;est plus rien si ce n&rsquo;est un <strong>d\u00e9chet qu&rsquo;accompagne Antigone<\/strong>. Il se cr\u00e8ve les yeux et donc tous les biens de ce monde disparaissent pour lui, mais, comme le note Lacan \u00abCela ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;exiger les honneurs dus \u00e0 son rang\u00bb [6]. Dans la trag\u00e9die, on ne donne pas \u00e0 \u0152dipe ce \u00e0 quoi il a droit apr\u00e8s le sacrifice d&rsquo;un bestiau &#8211; des parties sont valoris\u00e9es, d&rsquo;autres moins -, on ne lui donne pas ce qui lui revient, et, alors qu&rsquo;il est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 au-del\u00e0 de la premi\u00e8re limite, il rel\u00e8ve ce qui est un manquement \u00e0 son honneur comme une injure intol\u00e9rable, dit Lacan. Alors m\u00eame qu&rsquo;il a abandonn\u00e9 tous ses biens, il affirme la dignit\u00e9 du signifiant qui le repr\u00e9sente.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre exemple que Lacan prend \u00e0 ce propos, celui du roi Lear, va dans le m\u00eame sens. C&rsquo;est l\u00e0 aussi un personnage qui laisse tout, mais qui, ayant tout laiss\u00e9 de son pouvoir, continue de s&rsquo;accrocher \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 des siens et \u00e0 ce que Lacan appelle un pacte d&rsquo;honneur.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse<\/em>, si ce n&rsquo;est d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, au moins apr\u00e8s son premier tiers, suppose la diff\u00e9rence entre une mort qui consiste \u00e0 claquer le bec et <strong>la mort de l&rsquo;\u00eatre-pour-la-mort.<\/strong> La mort de l&rsquo;\u00eatre qui veut la mort est en rapport avec le signifiant-ma\u00eetre. C&rsquo;est une mort risqu\u00e9e ou une mort voulue ou une mort assum\u00e9e, et qui est en rapport avec la transcendance m\u00eame du signifiant. \u00c0 partir de l&rsquo;accent si singulier que Lacan a mis sur ce \u00abmourir de honte\u00bb et sur ce \u00abfaire honte\u00bb &#8211; qui faisait horreur, ou paraissait d\u00e9plac\u00e9, \u00e0 un coll\u00e8gue psychanalyste, disait \u00c9. Laurent -, le signifiant de l&rsquo;honneur, l<strong>e mot d&rsquo;honneur, continue d&rsquo;avoir sa pleine valeur pour Lacan au moment m\u00eame o\u00f9 il essaye de fonder aujourd&rsquo;hui le discours analytique.<\/strong><\/p>\n<p>Je me disais : \u00abHonneur, honneur, o\u00f9 dit-il cela?\u00bb On le trouve par exemple d&#8217;embl\u00e9e lorsqu&rsquo;il fait le compte rendu d&rsquo;un de ses derniers S\u00e9minaires, \u00ab&#8230; ou pire\u00bb : \u00abD&rsquo;autres s&rsquo;&#8230; oupirent. Je mets \u00e0 ne pas le faire mon honneur. \u00bb[7] Ce mot \u00abhonneur\u00bb consonne avec toute cette configuration que j&rsquo;ai dessin\u00e9e. Ce n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;honneur de Lacan Jacques puisqu&rsquo;il ajoute : \u00abIl s&rsquo;agit du sens d&rsquo;une pratique qui est la psychanalyse.\u00bb Le sens de cette pratique n&rsquo;est pas pensable sans l&rsquo;honneur, n&rsquo;est pas pensable si ne fonctionne pas <strong>l&rsquo;envers de la psychanalyse qui est le discours du ma\u00eetre et le signifiant-ma\u00eetre qui est install\u00e9 \u00e0 sa place. Pour le faire recracher au sujet, il faut d&rsquo;abord qu&rsquo;il en ait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9.<\/strong> Et honneur de la psychanalyse tient au lien maintenu du sujet avec le signifiant-ma\u00eetre.<\/p>\n<p>Ce \u00abhonneur\u00bb n&rsquo;est pas un hapax. Par exemple, Lacan \u00e9prouve le besoin de justifier qu&rsquo;il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 Andr\u00e9 Gide. Gide m\u00e9rite qu&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 lui parce que Gide s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 Gide, non pas dans le sens d&rsquo;un vain narcissisme, mais parce que Gide \u00e9tait un sujet qui s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 sa singularit\u00e9 quelle que ch\u00e9tive qu&rsquo;elle soit. Peut-\u00eatre n&rsquo;y a-t-il pas de meilleure d\u00e9finition de celui qui se propose pour \u00eatre l&rsquo;analysant. Le minimum qui peut \u00eatre demand\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 sa singularit\u00e9, une singularit\u00e9 qui ne tient \u00e0 rien d&rsquo;autre qu&rsquo;\u00e0 ce S1, au signifiant qui lui est propre. Lacan n&rsquo;ayant pas encore \u00e9labor\u00e9 dans son formalisme ce signifiant-ma\u00eetre, l&rsquo;appelle, dans son texte sur Gide, \u00ab<strong>le blason<\/strong>\u00bb du sujet, terme qui est bien l\u00e0 pour r\u00e9sonner avec celui d&rsquo;honneur : \u00abLe blason que le feu d&rsquo;une rencontre a imprim\u00e9 sur le sujet\u00bb. Il dit aussi : \u00ab<strong>Le sceau n&rsquo;est pas seulement une empreinte mais un hi\u00e9roglyphe<\/strong>\u00bb, etc. [8]<\/p>\n<p>Chacun de ces termes pourrait \u00eatre \u00e9tudi\u00e9 dans sa valeur propre. L&#8217;empreinte est simplement une marque naturelle, le hi\u00e9roglyphe on le d\u00e9chiffre, mais il souligne que, dans tous les cas, c&rsquo;est un signifiant, et son sens est de n&rsquo;en pas avoir. On peut anticiper que cette marque singuli\u00e8re est ce qu&rsquo;il appellera plus tard le signifiant-ma\u00eetre qui marque le sujet d&rsquo;une singularit\u00e9 ineffa\u00e7able.<\/p>\n<p><strong>6. Singularit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>A<strong> <\/strong>l&rsquo;\u00e9poque, Lacan ne reculait pas \u00e0 dire que ce respect pour sa propre singularit\u00e9, cette attention \u00e0 sa singularit\u00e9 signifiante, c&rsquo;est ce qui fait du sujet un ma\u00eetre. Il\u00a0 l&rsquo;oppose \u00e0 toutes les sagesses, qui ont au contraire un air d&rsquo;esclave. Ces sagesses qui valent pour tous, ces soi-disant arts de vivre s&rsquo;instaurent tous de n\u00e9gliger chez chacun la marque individuelle qui ne se laisse pas r\u00e9sorber dans l&rsquo;universel qu&rsquo;elles proposaient. Les sagesses \u00e0 dissimuler cette marque de fer sont guind\u00e9es par ce poids-l\u00e0, par ce travestissement, et c&rsquo;est pourquoi Lacan leur impute un air d&rsquo;esclave.<\/p>\n<p>Sans doute s&rsquo;agit-il, dans <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse<\/em>, de <strong>s\u00e9parer dans l&rsquo;op\u00e9ration analytique le sujet de son signifiant-ma\u00eetre<\/strong>. Mais cela suppose qu&rsquo;il sache en avoir un, et qu&rsquo;il le respecte.<\/p>\n<p>Lanc\u00e9 dans cette voie, je donnerai toute sa valeur \u00e0 ce que Lacan dit au passage de son texte sur Gide, que \u00abs&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 sa singularit\u00e9, c&rsquo;est la chance de l&rsquo;aristocratie\u00bb. Voil\u00e0 un terme que nous n&rsquo;avons pas coutume de faire r\u00e9sonner et qui pourtant s&rsquo;impose lorsqu&rsquo;on reprend la position de Lacan devant <strong>ce fait de civilisation qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 Vincennes<\/strong>. Tout indique que ce qu&rsquo;il a rencontr\u00e9 l\u00e0, il l&rsquo;a class\u00e9 dans le registre de l&rsquo;ignoble, et qu&rsquo;il a eu, devant cette \u00e9mergence d&rsquo;un lieu o\u00f9 la honte avait disparu, une r\u00e9action aristocrate. Cette aristocratie est pour lui justifi\u00e9e parce que le d\u00e9sir a partie li\u00e9e avec le signifiant-ma\u00eetre, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec la noblesse. Ce pourquoi il peut dire dans son texte sur Gide \u00abLe secret du d\u00e9sir est le secret de toute noblesse\u00bb. Votre S1, contingent, et si ch\u00e9tif que vous soyez, vous met \u00e0 part. Et la condition pour \u00eatre analysant est d&rsquo;avoir le sens de ce qui vous met \u00e0 part.<\/p>\n<p>En remontant plus loin, c&rsquo;est quelque chose comme une r\u00e9action aristocrate qui motive les objections que Lacan a toujours multipli\u00e9es en face des objectivations \u00e0 quoi la civilisation contemporaine oblige le th\u00e9rapeute ou l&rsquo;intellectuel, le chercheur. Voyez par exemple ce qu&rsquo;il pr\u00e9sente comme l&rsquo;analyse du moi de l&rsquo;homme moderne une fois qu&rsquo;il est sorti de l&rsquo;impasse de faire la belle \u00e2me qui censure le cours du monde alors qu&rsquo;il y prend sa part. [9] Comment le d\u00e9crit-il? D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, cet homme moderne prend sa place dans le discours universel, collabore \u00e0 l&rsquo;avanc\u00e9e de la science, tient sa place comme il faut, et en m\u00eame temps<strong> il oublie sa subjectivit\u00e9, il oublie son existence et sa mort. <\/strong>Il n&rsquo;\u00e9tait pas encore \u00e0 dire \u00abil regarde la t\u00e9l\u00e9vision\u00bb, mais c&rsquo;\u00e9tait les romans policiers, etc.<\/p>\n<p>On a l\u00e0 comme une critique \u00e9bauch\u00e9e de ce que Heidegger appelait <strong>l&rsquo;existence inauthentique, le r\u00e8gne du on<\/strong>. D&rsquo;ailleurs, dans l&rsquo;existentialisme, m\u00eame sartrien, qui comportait cette critique de l&rsquo;inauthentique, il y avait aussi bien une pr\u00e9tention aristocrate. Ne pas oublier ce qu&rsquo;a d&rsquo;absolument singuli\u00e8re son existence et sa mort. On voit l\u00e0 Lacan &#8211; on n&rsquo;a pas \u00e0 chercher ou \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9ter &#8211; \u00e9voquer en contraste avec le moi de l&rsquo;homme moderne ce qu&rsquo;il appelle la subjectivit\u00e9 cr\u00e9atrice, celle qui milite, dit-il, pour renouveler la puissance des symboles [10<span class=\"removed_link\" title=\"http:\/\/www.wapol.org\/fr\/articulos\/Template.asp#notas\">]<\/span>. Il dit aussi en passant : \u00abCette cr\u00e9ation est support\u00e9e\u00bb &#8211; la cr\u00e9ation subjective, alors que la masse routini\u00e8re r\u00e9cite les symboles, tourne en rond et \u00e9teint sa propre subjectivit\u00e9 dans le futile &#8211; \u00abpar un petit nombre de sujets\u00bb il. \u00c0 peine a-t-il formul\u00e9 cette pens\u00e9e qu&rsquo;il invite \u00e0 ne pas s&rsquo;y abandonner, c&rsquo;est une \u00abperspective romantique\u00bb. On ne peut cependant pas m\u00e9conna\u00eetre que Lacan s&rsquo;inscrit parmi ce petit nombre de sujets.<\/p>\n<p>C&rsquo;est de l\u00e0 qu&rsquo;il peut formuler dans <em>T\u00e9l\u00e9vision<\/em>, au moment o\u00f9 il pr\u00f4ne la sortie du discours capitaliste : \u00abCela ne constituera pas un progr\u00e8s si ce n&rsquo;est que pour certains\u00bb. La formulation pr\u00e9cise dit bien que la premi\u00e8re pens\u00e9e qui l\u00e0 s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e est bien que ce n&rsquo;est que pour quelques-uns et pas pour tous. La limite de ce petit nombre, c&rsquo;est ce que Lacan signalait comme cette pens\u00e9e ridicule dont il faut se s\u00e9parer et qui \u00e9tait \u00abau moins moi\u00bb.<\/p>\n<p>Dans cette sortie que Lacan fait \u00e0 la fin de <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse<\/em>, je vois les traces, l&rsquo;expression de son d\u00e9bat avec l&rsquo;aristocratie, son d\u00e9bat avec la noblesse qui est noblesse du d\u00e9sir. La question qu&rsquo;il se pose \u00e0 propos de la psychanalyse est bien : <strong>qu&rsquo;en est-il de la psychanalyse en des temps o\u00f9 la noblesse est \u00e9clips\u00e9e?<\/strong> N&rsquo;oublions pas que lorsqu&rsquo;il modifiait le discours du ma\u00eetre pour en faire le discours du capitaliste, il inversait ces deux termes et inscrivait le S barr\u00e9 au-dessus de la ligne, c&rsquo;est-\u00e0-dire un sujet qui n&rsquo;a plus un signifiant-ma\u00eetre comme r\u00e9f\u00e9rent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est confirm\u00e9, dans ce dernier chapitre de <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse<\/em>, par une r\u00e9f\u00e9rence tr\u00e8s pr\u00e9cise \u00e0 la <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;esprit<\/em> de Hegel, \u00e0 <strong>la dialectique de la conscience noble et de la conscience vile,<\/strong> qui est la v\u00e9rit\u00e9 de la conscience noble. Sur quoi il s&rsquo;appuie pour formuler que la noblesse est vou\u00e9e \u00e0 passer dans la vilenie, dans la bassesse.<strong> Le temps de la noblesse d\u00e9bouche sur le temps o\u00f9 il n&rsquo;y a plus de honte. <\/strong>Ce pourquoi il peut dire aux \u00e9tudiants, aux contestataires de son public : \u00abPlus vous serez ignobles, mieux \u00e7a ira.\u00bb<\/p>\n<p>On voit bien pourquoi il pouvait parler aux \u00e9tudiants qui se pressaient \u00e0 son S\u00e9minaire de leur ignominie. Il l&rsquo;explique, de biais : \u00ab<strong>D\u00e9sormais, comme sujets, vous serez \u00e9pingl\u00e9s de signifiants qui ne sont que des signifiants comptables et qui effaceront la singularit\u00e9 du S1.<\/strong>\u00bb On a commenc\u00e9 \u00e0 <strong>transformer la singularit\u00e9 du S1 en unit\u00e9s de valeur.<\/strong> Le signifiant-ma\u00eetre, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, c&rsquo;est l&rsquo;unit\u00e9 de valeur singuli\u00e8re, celle qui ne se chiffre pas, qui ne rentre pas dans un calcul o\u00f9 l&rsquo;on est pes\u00e9. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;il se propose de faire honte, mais d&rsquo;un \u00abfaire honte\u00bb qui n&rsquo;a rien \u00e0 faire avec la culpabilit\u00e9. Faire honte, c&rsquo;est un effort pour restituer l&rsquo;instance du signifiant-ma\u00eetre.<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>7. L&rsquo;honn\u00eate<\/strong><\/p>\n<p>Il y a sans doute un moment dans l&rsquo;Histoire o\u00f9 s&rsquo;est trouv\u00e9e us\u00e9e puis \u00e9vacu\u00e9e &#8211; on l&rsquo;a pleur\u00e9e pendant des si\u00e8cles &#8211; la valeur de l&rsquo;honneur. On n&rsquo;a pas cess\u00e9 de voir cet honneur \u00eatre remani\u00e9 et d\u00e9cro\u00eetre. Si la civilisation qui l&rsquo;a port\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait la civilisation f\u00e9odale, on voit petit \u00e0 petit cet honneur se tordre, se tr\u00e9mousser, \u00eatre captur\u00e9 par la cour, que Hegel analyse \u00e0 propos de la conscience vile et de la conscience noble. Koj\u00e8ve le lisait ainsi, et sans doute Lacan aussi, c&rsquo;est la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Histoire de France. Captur\u00e9 par la cour apr\u00e8s la folie de la Fronde, qui est la derni\u00e8re r\u00e9sistance d&rsquo;une forme antique de l&rsquo;honneur, avant que l&rsquo;honneur soit vers\u00e9 dans la courtisanerie. Et ce qui s&rsquo;accomplit ensuite au cours du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, le renoncement \u00e0 la vertu aristocratique pour que triomphent les valeurs bourgeoises.<\/p>\n<p>La vertu aristocratique, qu&rsquo;\u00e9tait-ce en son temps? Un signifiant-ma\u00eetre tenant assez le coup pour que le sujet y appuie son estime de soi, et en m\u00eame temps l&rsquo;autorisation et le devoir d&rsquo;affirmer, non pas son \u00e9galit\u00e9, mais sa sup\u00e9riorit\u00e9 sur les autres. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on a recycl\u00e9 la magnanimit\u00e9, qui \u00e9tait une valeur aristot\u00e9licienne, dans la morale aristocratique, et on la retrouve chez Descartes sous les esp\u00e8ces de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans son Trait\u00e9 des passions.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0-dessus que m\u00eame le surhomme nietzsch\u00e9en trouve son ancrage historique. Cette vertu aristocratique a partie li\u00e9e avec l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme. M\u00eame s&rsquo;il le mod\u00e8re &#8211; \u00abChacun est \u00e0 la fois le h\u00e9ros et l&rsquo;homme du commun, et les buts qu&rsquo;il peut se proposer comme h\u00e9ros, il les accomplira en tant qu&rsquo;homme du commun\u00bb -, un personnage central qu&rsquo;il fait se d\u00e9placer dans son S\u00e9minaire L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse est celui du h\u00e9ros, porteur de la vertu aristocratique, et en particulier de celle &#8211; c&rsquo;est le b.a.-ba &#8211; qui permet d&rsquo;aller au-del\u00e0 du <em>primum vivere<\/em>.<\/p>\n<p>Les vertus de ce qui a \u00e9merg\u00e9 comme l&rsquo;homme moderne impliquent de renoncer \u00e0 la vertu aristocratique et \u00e0 ce qu&rsquo;elle obligeait de braver la mort. Un des lieux o\u00f9 cela s&rsquo;accomplit est l&rsquo;\u0153uvre de Hobbes, que l&rsquo;on voit encore r\u00e9v\u00e9rer la vertu aristocratique et d\u00e9duire en m\u00eame temps que le lien social est avant tout \u00e9tabli sur la peur de la mort, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur le contraire de la vertu aristocratique. Les esprits cultiv\u00e9s se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 ce discours ces temps-ci, o\u00f9 l&rsquo;on trouve le fondement que l&rsquo;essentiel pour l&rsquo;homme moderne est la s\u00e9curit\u00e9. C&rsquo;est affirmer que l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme n&rsquo;a plus de sens.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;on a vu na\u00eetre de nouvelles vertus que l&rsquo;on propose, \u00e0 l&rsquo;occasion ce que les Am\u00e9ricains appellent greed, l&rsquo;avidit\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait la phrase c\u00e9l\u00e8bre des ann\u00e9es quatre-vingt : \u00abGreed is good\u00bb, \u00abL&rsquo;avidit\u00e9, c&rsquo;est bien\u00bb. Le capitalisme fonctionne gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;avidit\u00e9. Et aussi le r\u00e8gne qui ne cesse pas de s&rsquo;\u00e9tendre du calcul co\u00fbt-profit. Lorsqu&rsquo;on nous propose tout le temps des \u00e9valuations de l&rsquo;op\u00e9ration analytique, ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que ce r\u00e8gne du calcul co\u00fbt\u00adprofit qui s&rsquo;avance sur la psychanalyse.<\/p>\n<p>Ne montons pas sur nos grands chevaux. Il y a place pour ce que Lacan appelle, dans la premi\u00e8re page de sa derni\u00e8re le\u00e7on, l&rsquo;honn\u00eate. C&rsquo;est une r\u00e9f\u00e9rence tr\u00e8s pr\u00e9cise \u00e0 Hegel qui, au d\u00e9cours de sa dialectique de la conscience vile et de la conscience noble, \u00e9voque, au moment o\u00f9 cela se d\u00e9fait, la conscience honn\u00eate, c&rsquo;est-\u00e0-dire la conscience en repos, celle qui prend \u00abchaque moment comme une essence qui demeure\u00bb &#8211; tout est \u00e0 sa place &#8211; et \u00abqui chante la m\u00e9lodie du bien et du vrai\u00bb. \u00c0 quoi il oppose les dissonances que fait entendre la conscience d\u00e9chir\u00e9e dont le paradigme est Le Neveu de Rameau. Cette conscience d\u00e9chir\u00e9e qui se manifeste par le renversement perp\u00e9tuel de tous les concepts, de toutes les r\u00e9alit\u00e9s, qui affiche la tromperie universelle &#8211; tromperie de soi, tromperie des autres &#8211; et qui t\u00e9moigne aussi de ce que Hegel appelle l&rsquo;impudence \u00e0 dire cette tromperie.<\/p>\n<p><em>Le Neveu de Rameau<\/em>, c&rsquo;est la grande figure qui \u00e9merge &#8211; et peut-\u00eatre Diderot l&rsquo;a-t-il gard\u00e9e par honte dans ses tiroirs &#8211; de l&rsquo;intellectuel \u00e9hont\u00e9, par rapport \u00e0 quoi celui qui dit \u00abmoi\u00bb dans Le Neveu de Rameau se trouve dans la position de la conscience honn\u00eate, qui voit les propositions qu&rsquo;il avance \u00eatre renvers\u00e9es et d\u00e9natur\u00e9es par le d\u00e9cha\u00een\u00e9 neveu de Rameau, et qui est roul\u00e9 dans la farine. \u00c0 Vincennes &#8211; ce qui est reproduit sous le nom \u00abAnalyticon \u00bb dans le volume -, Lacan s&rsquo;est trouv\u00e9 dans la position du moi par rapport au Neveu de Rameau. Il s&rsquo;est trouv\u00e9 dans la position de la conscience honn\u00eate. Il s&rsquo;en est distingu\u00e9 en vomissant les ignobles de l&rsquo;\u00e9poque dans son S\u00e9minaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;honn\u00eate, Lacan le d\u00e9finit comme celui qui tient \u00e0 l&rsquo;honneur de ne pas faire mention de la honte. Dans son S\u00e9minaire, il franchit cette limite. Il est franchement d\u00e9shonn\u00eate de parler comme \u00e7a des gens qui l&rsquo;ont re\u00e7u gentiment. <strong>L&rsquo;honn\u00eate est \u00e9videmment celui qui a d\u00e9j\u00e0 renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;honneur, \u00e0 son blason, qui voudrait que la honte n&rsquo;exist\u00e2t point, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui enrobe et voile le r\u00e9el dont cette honte est l&rsquo;affect.<\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame si c&rsquo;est abusif, on ne peut pas s&#8217;emp\u00eacher de penser que <strong>le grand honn\u00eate<\/strong> auquel il est arriv\u00e9 \u00e0 Lacan de se r\u00e9f\u00e9rer, et qui se tenait sans doute \u00e0 distance de la honte, <strong>c&rsquo;est Freud<\/strong>. II pouvait dire que \u00abl&rsquo;id\u00e9al de Freud, c&rsquo;\u00e9tait un id\u00e9al temp\u00e9r\u00e9 d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 patriarcale\u00bb [12]. Freud b\u00e9n\u00e9ficiait encore de l&rsquo;auvent du P\u00e8re et, comme Lacan le d\u00e9montre dans son S\u00e9minaire de<em> L&rsquo;envers<\/em>, la psychanalyse loin de rabaisser le P\u00e8re a fait tout ce qu&rsquo;elle a pu pour essayer d&rsquo;en conserver la statue. Elle a fond\u00e9 \u00e0 nouveaux frais la notion d&rsquo;un P\u00e8re tout amour.<\/p>\n<p>Lorsque Lacan \u00e9voque l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 patriarcale de l&rsquo;id\u00e9al freudien, la r\u00e9f\u00e9rence qu&rsquo;il prend c&rsquo;est <strong>Diderot<\/strong>, Le P\u00e8re de famille [13] Diderot sert l\u00e0 de guide dans la mesure o\u00f9 il est juste sur la ligne de fracture entre l&rsquo;id\u00e9al patriarcal et la figure du Neveu de Rameau qui est la d\u00e9rision de cette honn\u00eatet\u00e9 patriarcale.<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>8. Impudence<\/strong><\/p>\n<p>Lacan ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9 \u00e0 dire aux \u00e9tudiants de l&rsquo;\u00e9poque qu&rsquo;ils t\u00e9moignaient d&rsquo;un monde o\u00f9 il n&rsquo;y avait plus de honte. Il a au contraire essay\u00e9 de leur indiquer que, sous leur air \u00e9vent\u00e9, comme il s&rsquo;exprime &#8211; il faut entendre \u00e9hont\u00e9 -, ils butaient \u00e0 chaque pas \u00absur une honte de vivre gratin\u00e9e\u00bb. <strong>Une fois l&rsquo;absence de honte censur\u00e9e, il leur montre qu&rsquo;il y a n\u00e9anmoins une honte de vivre derri\u00e8re l&rsquo;absence de honte.<\/strong> C&rsquo;est ce que peut pointer la psychanalyse, que les \u00e9hont\u00e9s sont des honteux. Sans doute contestent-ils le discours du ma\u00eetre, la solidarit\u00e9 du ma\u00eetre et du travailleur, chacun \u00e9tant partie du m\u00eame syst\u00e8me. Il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Senatus Populusque Romanus, le S\u00e9nat et le peuple romain, qui b\u00e9n\u00e9ficient chacun du signifiant-ma\u00eetre.<strong> Il signale \u00e0 ces \u00e9tudiants qu&rsquo;ils se placent avec les autres en plus, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec les d\u00e9chets du syst\u00e8me, non pas avec le prol\u00e9tariat mais avec le sous-prol\u00e9tariat.<\/strong> C&rsquo;est tr\u00e8s pr\u00e9cis et cela court \u00e0 travers toutes les ann\u00e9es que nous avons v\u00e9cues depuis. Cela lui permet de d\u00e9duire que<strong> ce syst\u00e8me qui tient au signifiant-ma\u00eetre produit de la honte. Les \u00e9tudiants, se pla\u00e7ant hors syst\u00e8me, se placent dans l&rsquo;impudence.<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;on voit ce qui a chang\u00e9 depuis. Nous sommes dans un syst\u00e8me qui n&rsquo;ob\u00e9it pas \u00e0 la m\u00eame r\u00e9gulation parce que nous sommes dans<strong> un syst\u00e8me qui produit de l&rsquo;impudence et non pas de la honte,<\/strong> c&rsquo;est-\u00e0-dire dans un syst\u00e8me qui annule la fonction de la honte. On ne l&rsquo;appr\u00e9hende plus que sous les esp\u00e8ces de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, une ins\u00e9curit\u00e9 que l&rsquo;on impute au sujet qui ne tombe pas sous la coupe d&rsquo;un signifiant-ma\u00eetre. Ce qui fait que le moment de cette civilisation est travaill\u00e9 par un <strong>retour autoritaire et artificiel du signifiant-ma\u00eetre <\/strong>et par obtenir que chacun travaille \u00e0 sa place, sinon on les enferme.<\/p>\n<p>Si dans le syst\u00e8me o\u00f9 \u00e9tait Lacan on pouvait encore dire \u00abfaire honte\u00bb, l&rsquo;impudence a aujourd&rsquo;hui beaucoup progress\u00e9, elle est devenue la norme. <strong>Qu&rsquo;obtient-on de dire au sujet \u00abvous vous devez quelque chose \u00e0 vous-m\u00eame\u00bb ?<\/strong> Il ne fait pas de doute que la psychanalyse doive d\u00e9finir sa position par rapport \u00e0 la r\u00e9action aristocrate que j&rsquo;\u00e9voquais. C&rsquo;est bien la question qui hante la pratique : est-elle pour tous?<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le d\u00e9bat fondamental de Lacan. Cela n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 vraiment avec l&rsquo;<em>egopsychology<\/em>, cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 avec les coll\u00e8gues. Le d\u00e9bat fondamental de Lacan &#8211; c&rsquo;est clair dans <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse<\/em>, et cela l&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans <em>L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse <\/em>&#8211; a toujours \u00e9t\u00e9 un d\u00e9bat avec <strong>la civilisation en tant qu&rsquo;elle abolit la honte, avec ce qui est en cours de globalisation, avec l&rsquo;am\u00e9ricanisation ou avec l&rsquo;utilitarisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec le r\u00e8gne de ce que Koj\u00e8ve appelait le bourgeois chr\u00e9tien.<\/strong><\/p>\n<p>La voie que Lacan proposait, c&rsquo;\u00e9tait le signifiant porteur comme tel d&rsquo;une valeur de transcendance. Ce qui se condense dans S1. L\u00e0 encore, les choses se sont d\u00e9plac\u00e9es depuis <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse<\/em>, puisqu&rsquo;on a touch\u00e9 au signifiant. La parole est elle-m\u00eame raval\u00e9e dans le couple \u00ab\u00e9coute et bavardage\u00bb. Ce qu&rsquo;on essaye de pr\u00e9server dans la <strong> s\u00e9ance analytique, c&rsquo;est un espace o\u00f9 le signifiant garde sa dignit\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p>La demande de pardon, \u00e9voqu\u00e9e par \u00c9. Laurent, est plut\u00f4t du registre de la culpabilit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle aide \u00e0 oublier le registre de la honte et de l&rsquo;honneur. Pourquoi se trouve-t-on demander pardon? Dans cette pratique, un peu tomb\u00e9e en d\u00e9su\u00e9tude depuis que les choses se sont resserr\u00e9es sur l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 internationale et nationale, <strong>on voulait faire qu&rsquo;on demande pardon pour les S1, pour les valeurs, qui vous avaient anim\u00e9s, et qui \u00e9taient toutes meurtri\u00e8res ou nocives<\/strong>. \u00c0 travers ce \u00abdemander pardon\u00bb, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;affirmation du <em>primum vivere.<\/em> <strong>Aucune valeur dont vous avez pu vous croire les porteurs ne valait le sacrifice d&rsquo;aucune vie. D&rsquo;o\u00f9 la comptabilit\u00e9 soigneuse des crimes de toutes les grandes fonctions id\u00e9alisantes au cours de l&rsquo;histoire.<\/strong><\/p>\n<p>On peut mesurer aujourd&rsquo;hui la diff\u00e9rence d&rsquo;avec l&rsquo;\u00e9poque de <em>L&rsquo;envers de la psychanalyse<\/em>. <strong>Nous sommes au point o\u00f9 le discours dominant enjoint de n&rsquo;avoir plus honte de sa jouissance. Du reste, oui. De son d\u00e9sir, mais pas de sa jouissance.<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;en ai eu un t\u00e9moignage extraordinaire cette semaine, o\u00f9 j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un des auteurs dont nous avions parl\u00e9 cette ann\u00e9e \u00e0 propos du contre-transfert [14]. Je lui ai fait part d&rsquo;un des r\u00e9sultats de la lecture minutieuse des \u00e9crits de cette orientation, comme quoi la pratique du contre-transfert, l&rsquo;attention passionn\u00e9e donn\u00e9e par l&rsquo;analyste \u00e0 ses propres processus mentaux, semblait tout de m\u00eame \u00eatre de l&rsquo;ordre d&rsquo;une \u00abjouissance\u00bb. Vous h\u00e9sitez \u00e0 le dire lorsque vous vous adressez \u00e0 un praticien \u00e9minent de la chose. Et l\u00e0, la surprise a \u00e9t\u00e9 pour moi \u00abMais bien entendu, m&rsquo;a-t-il dit. Et c&rsquo;est m\u00eame une jouissance infantile.\u00bb<\/p>\n<p>Jacques-Alain Miller<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.wapol.org\/images\/invisible.gif?resize=5%2C1\" width=\"5\" height=\"1\" \/> <a id=\"notas\" name=\"notas\"><\/a>N O T E S<\/p>\n<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"3\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">*<\/td>\n<td>L&rsquo;orientation lacanienne 111, 4, 5 juin 2002. Texte et notes \u00e9tablis par Catherine Bonningue.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">1-<\/td>\n<td>Cf. Laurent \u00c9., expos\u00e9 au cours du 29 mai 2002 de L&rsquo;orientation lacanienne 111, 4, publi\u00e9 dans \u00c9lucidation.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">2-<\/td>\n<td>Lacan J., Le S\u00e9minaire. Livre VII, L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse (1959-60), Paris, Seuil, 1986, pp. 350-351.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">3-<\/td>\n<td>Cf. Weber M., Histoire \u00e9conornique: esquisse d&rsquo;une histoire universelle de l&rsquo;\u00e9conornie et de la soci\u00e9t\u00e9, Paris, Gallimard Biblioth\u00e8que des Sciences humaines, 1992 ; Tawney R. H., Religion and the Rise of Capitalista, New York, Harcourt, Brace &amp; World, Inc., 1926 ; La religion et l&rsquo;essor du capitalisme, Paris, \u00c9ditions Marc Rivi\u00e8re, Biblioth\u00e8que d&rsquo;Histoire \u00e9conomique et sociale, 1951.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">4-<\/td>\n<td>C\u00a1. le chapitre XIII de <em>L&rsquo;\u00e9thigue de la psychanalyse<\/em>, op. cit.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">5-<\/td>\n<td>Vatel, film fran\u00e7ais, britannique, belge, 1999, sorti en mai 2000, r\u00e9alisation de Roland Joff\u00e9.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">6-<\/td>\n<td>Lacan J., L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse, op. cit., p. 352.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">7-<\/td>\n<td>Lacan J., \u00ab&#8230; ou pire. Compte rendu du s\u00e9minaire 1971-72 \u00bb, Autres \u00e9crits, Paris, Seuil, 2001, p. 547.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">8-<\/td>\n<td>C\/: Lacan J., \u00ab Jeunesse de Gide ou la lettre et le d\u00e9sir \u00bb (1958), \u00c9crits, Paris, Seuil, 1966, pp. 756.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">9-<\/td>\n<td>C(. Lacan J., a Fonction et champ de la parole et du langage \u00bb, \u00c9crits, op. cit., p. 281.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">10-<\/td>\n<td>Ibid., p. 283.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">11-<\/td>\n<td>Ibid.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">12-<\/td>\n<td>Lacan J., L&rsquo;\u00e9thique de la psychanalyse, op. cit., p. 208.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">13-<\/td>\n<td>Ibid.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"right\" valign=\"top\" width=\"20\">14-<\/td>\n<td>J.-A. Miller fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Daniel Widlocher, son entretien avec lui vient de para\u00eetre en mars 2003 dans le premier num\u00e9ro de la revue Psychiatrie et sciences humaines.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Honte et culpabilit\u00e9 \u00abMourir de honte\u00bb est le signifiant par lequel Lacan entamait sa derni\u00e8re le\u00e7on du S\u00e9minaire L&rsquo;envers de la psychanalyse: \u00abIl faut le dire, mourir de honte est un effet rarement obtenu.\u00bb Ce terme de honte ne se rencontre pas l\u00e0 par hasard pour donner un point de d\u00e9part, puisque Lacan va&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2010\/11\/note-sur-la-honte\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">Note sur la honte<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1063,512,44],"tags":[508,1370,510,1371,505,507,502,484],"class_list":["post-5835","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-copiecolle","category-noblesse-de-linconscient","category-psychanalyse","tag-blason","tag-empreinte","tag-honneur","tag-hyeroglyphe","tag-primum-vivere","tag-s1","tag-sartre","tag-volonte","entry"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5835","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5835"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5835\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5835"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5835"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5835"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}