{"id":7449,"date":"2011-08-03T18:33:27","date_gmt":"2011-08-03T16:33:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=7449"},"modified":"2016-08-07T11:44:07","modified_gmt":"2016-08-07T09:44:07","slug":"lire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2011\/08\/lire\/","title":{"rendered":"Jacques-Alain Miller, Lire"},"content":{"rendered":"<p>\n\t\u00ab\u00a0&#8230; Et donc, tout bien pes\u00e9, j&rsquo;ai choisi le titre suivant : <strong>lire un sympt\u00f4me, <em>to read a symptom<\/em><\/strong>. Ceux qui lisent Lacan ont sans doute ici reconnu un \u00e9cho de son propos dans son \u00e9crit &lsquo;Radiophonie&rsquo; que vous trouvez dans le recueil des <em>Autres \u00c9crits<\/em>, page 428. Il souligne l\u00e0 que<strong> le juif est celui qui sait lire<\/strong>. C&rsquo;est ce savoir lire qu&rsquo;il s&rsquo;agira d&rsquo;interroger en Isra\u00ebl, le savoir lire dans la pratique de la psychanalyse. Je dirais tout de suite que<strong> le savoir lire, comme je l&rsquo;entends, compl\u00e8te le bien dire<\/strong>, qui est devenu parmi nous un slogan. Je soutiendrais volontiers que le bien dire dans la psychanalyse n&rsquo;est rien sans le savoir lire, que le bien dire propre \u00e0 la psychanalyse se fonde sur le savoir lire. Si l&rsquo;on s&rsquo;en tient au bien dire, on n\u2019atteint que la moiti\u00e9 de ce dont il s&rsquo;agit. Bien dire et savoir lire sont du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;analyste, c&rsquo;est son apanage, mais au cours de l&rsquo;exp\u00e9rience <strong>il s&rsquo;agit que bien dire et savoir lire se transf\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;analysant. En quelque sorte qu&rsquo;il apprenne, hors de toute p\u00e9dagogie, \u00e0 bien dire et aussi \u00e0 savoir lire<\/strong>. L&rsquo;art de bien dire, c&rsquo;est la d\u00e9finition de cette discipline traditionnelle qui s&rsquo;appelle la rh\u00e9torique. Certainement la psychanalyse participe de la rh\u00e9torique, mais elle ne s&rsquo;y r\u00e9duit pas. Il me semble que c&rsquo;est le savoir lire qui fait la diff\u00e9rence. La psychanalyse n&rsquo;est pas seulement affaire d&rsquo;\u00e9coute, <em>listening<\/em>, elle est aussi affaire de lecture, <em>reading<\/em>. Dans le champ du langage sans doute la psychanalyse prend-elle son d\u00e9part de la fonction de la parole mais elle la r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. <strong>Il y a un \u00e9cart entre parler et \u00e9crire, <em>speaking<\/em> and <em>writing.<\/em> C&rsquo;est dans cet \u00e9cart que la psychanalyse op\u00e8re, c&rsquo;est cette diff\u00e9rence que la psychanalyse exploite.<\/strong>\n<\/p>\n<p>\n\t[&#8230;]\n<\/p>\n<p>\n\t<strong>Lire un sympt\u00f4me [&#8230;] consiste \u00e0 sevrer le sympt\u00f4me de sens.<\/strong> C\u2019est pourquoi d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019appareil \u00e0 interpr\u00e9ter de Freud \u2013 que Lacan lui-m\u00eame avait formalis\u00e9, avait clarifi\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le ternaire \u0153dipien \u2013 Lacan a substitu\u00e9 un ternaire qui ne fait pas sens, celui du R\u00e9el, du Symbolique et de l\u2019Imaginaire. Mais \u00e0 d\u00e9placer l\u2019interpr\u00e9tation du cadre \u0153dipien vers le cadre borrom\u00e9en, c\u2019est le fonctionnement m\u00eame de l\u2019interpr\u00e9tation qui change et <strong>qui passe de l\u2019\u00e9coute du sens \u00e0 la lecture du hors-sens<\/strong>.\n<\/p>\n<p>\n\tQuand on dit que la psychanalyse est une affaire d\u2019\u00e9coute, faut s\u2019entendre, c\u2019est le cas de le dire. <strong>Ce qu\u2019on \u00e9coute en fait c\u2019est toujours le sens, et le sens appelle le sens.<\/strong> Toute psychoth\u00e9rapie se tient \u00e0 ce niveau-l\u00e0. \u00c7a d\u00e9bouche toujours en d\u00e9finitive sur ceci que c\u2019est le patient qui doit \u00e9couter, \u00e9couter le th\u00e9rapeute. Il s\u2019agit au contraire d\u2019explorer ce qu\u2019est la psychanalyse et ce qu\u2019elle peut au niveau proprement dit de <strong>la lecture, quand on prend de la distance avec la s\u00e9mantique<\/strong> \u2013 l\u00e0 je vous renvoie aux indications pr\u00e9cieuses qu\u2019il y a sur cette lecture dans l\u2019\u00e9crit de Lacan qui s\u2019appelle \u00ab l\u2019Etourdit \u00bb et que vous trouvez dans les <strong><em>Autres Ecrits<\/em> page 491 et suivantes, sur les trois points de l\u2019homophonie, de la grammaire et de la logique<\/strong>.\n<\/p>\n<p>\n\tLa lecture, le savoir lire, consiste \u00e0 <strong>mettre \u00e0 distance la parole et le sens qu\u2019elle v\u00e9hicule \u00e0 partir de l\u2019\u00e9criture comme hors-sens<\/strong>, comme A<em>nzeichen<\/em>, comme lettre, \u00e0 partir de sa mat\u00e9rialit\u00e9. Alors que la parole est toujours spirituelle si je puis dire et que l\u2019interpr\u00e9tation qui se tient purement au niveau de la parole ne fait que gonfler le sens, la discipline de la lecture vise la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est-\u00e0-dire la lettre en tant qu\u2019elle produit l\u2019\u00e9v\u00e9nement de jouissance d\u00e9terminant la formation des sympt\u00f4mes. Le savoir lire vise ce choc initial, qui est comme un <em>clinamen<\/em> de la jouissance \u2013 <em>clinamen<\/em> est un terme de la philosophie des sto\u00efciens.\n<\/p>\n<p>\n\tL\u2019interpr\u00e9tation comme savoir lire <strong>vise \u00e0 r\u00e9duire le sympt\u00f4me \u00e0 sa formule initiale, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la rencontre mat\u00e9rielle d\u2019un signifiant et du corps, c\u2019est-\u00e0-dire au choc pur du langage sur le corps<\/strong>. Alors certes pour traiter le sympt\u00f4me il faut bien en passer par la dialectique mouvante du d\u00e9sir, mais il faut aussi se d\u00e9prendre des mirages de la v\u00e9rit\u00e9 que ce d\u00e9chiffrage vous apporte et viser <strong>au-del\u00e0 la fixit\u00e9 de la jouissance, l\u2019opacit\u00e9 du r\u00e9el<\/strong>. Si je voulais le faire parler, ce r\u00e9el, je lui imputerais ce que dit le dieu d\u2019Isra\u00ebl dans le buisson ardent, avant d\u2019\u00e9mettre les commandements qui sont l\u2019habillage de son r\u00e9el : \u00ab je suis ce que je suis \u00bb.\u00a0\u00bb\n<\/p>\n<p>\n\t<a href=\"http:\/\/www.wapol.org\/es\/articulos\/TemplateArticulo.asp?intTipoPagina=4&amp;intEdicion=2&amp;intIdiomaPublicacion=1&amp;intArticulo=2305&amp;intIdiomaArticulo=5&amp;intPublicacion=13\" target=\"_blank\" title=\"vers le site de l'AMP\">\u2192 lire l&rsquo;intervention de jacques-alain miller au congr\u00e8s de la NLS en avril 2011 sur le site de l&rsquo;AMP<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0&#8230; Et donc, tout bien pes\u00e9, j&rsquo;ai choisi le titre suivant : lire un sympt\u00f4me, to read a symptom. 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