{"id":98,"date":"2010-06-26T11:03:20","date_gmt":"2010-06-26T09:03:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.disparates.org\/?p=98"},"modified":"2018-03-13T18:56:27","modified_gmt":"2018-03-13T17:56:27","slug":"seminaire-vi-le-desir-et-son-interpretation-hamlet-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2010\/06\/seminaire-vi-le-desir-et-son-interpretation-hamlet-1\/","title":{"rendered":"J. LACAN, Le d\u00e9sir et son interpr\u00e9tation &#8211; Hamlet 1"},"content":{"rendered":"<h4>&#8211; s\u00e9ance du\u00a0 4 mars 1959 &#8211;<\/h4>\n<p>Je crois (( Texte provenant du site gaogoa, \u00e0 l&rsquo;adresse http:\/\/gaogoa.free.fr\/Seminaires_HTML\/06-DI\/DI04031959-2.htm)) que nous avons pouss\u00e9 assez loin l&rsquo;analyse structurale du r\u00eave mod\u00e8le qui se trouve dans le livre d&rsquo;Ella Sharp pour que vous voyiez au moins \u00e0 quel point ce travail nous apportait sur la route de ce que nous essayons de faire, \u00e0 savoir ce que nous devons consid\u00e9rer comme<strong> le d\u00e9sir et son interpr\u00e9tation.<br \/>\n <\/strong><\/p>\n<p>Bien que certains aient dit n&rsquo;avoir pas trouv\u00e9 la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <strong>Lewis Caroll<\/strong> que j&rsquo;avais donn\u00e9e la derni\u00e8re fois, je suis surpris que vous n&rsquo;ayez pas retenu <strong>la double r\u00e8gle de trois<\/strong>, puisque c&rsquo;est la-dessus que j&rsquo;ai termin\u00e9 \u00e0 propos des deux \u00e9tapes de la relation du sujet \u00e0 l&rsquo;objet plus ou moins f\u00e9tiche, la chose qui s&rsquo;exprimait finalement comme <img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/gaogoa.free.fr\/images\/06-DI\/04031959\/401-1.jpg?resize=332%2C88\" alt=\"\" width=\"332\" height=\"88\" align=\"middle\" \/> grand I, l&rsquo;identification id\u00e9ale &#8211; que j&rsquo;ai laiss\u00e9 ouverte non sans intention pour la premi\u00e8re des deux \u00e9quations, pour celle des lumi\u00e8res des sandales de la s\u0153ur. Celle o\u00f9 \u00e0 la place du I\u00a0 nous avons i.<\/p>\n<p>Je ne pense pas qu&rsquo;aucun d&rsquo;entre vous ne se soit aper\u00e7u que cet x, comme de bien entendu, est quelque chose qui \u00e9tait le phallus. Mais l&rsquo;important c&rsquo;est la place o\u00f9 \u00e9tait ce phallus. Pr\u00e9cis\u00e9ment <strong>\u00e0 la place de I, de l&rsquo;identification primitive, de l&rsquo;identification de la m\u00e8re, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette place o\u00f9 le phallus le sujet ne veut pas le d\u00e9nier \u00e0 la m\u00e8re. Le sujet veut, comme l&rsquo;enseigne la doctrine depuis toujours, veut maintenir la phallus de la m\u00e8re. <\/strong>Le sujet refuse la castration de l&rsquo;Autre.<\/p>\n<p>Le sujet, comme je vous le disais, ne veut pas perdre sa dame, puisque c&rsquo;est du jeu d&rsquo;\u00e9checs qu&rsquo;il s&rsquo;agissait. Il ne veut pas,\u00a0 dans l&rsquo;occasion, mettre Ella Sharp dans une autre position que la position de phallus id\u00e9alis\u00e9, qui est celle dont il l&rsquo;avertit par un petit tour avant d&rsquo;entrer dans la pi\u00e8ce, d&rsquo;avoir \u00e0 faire dispara\u00eetre les [&#8230;] (( trouver quoi )) de fa\u00e7on qu&rsquo;il n&rsquo;ait point, d&rsquo;aucune fa\u00e7on, \u00e0 les mettre en jeu.<\/p>\n<p>Nous aurons peut-\u00eatre l&rsquo;occasion cette ann\u00e9e de revenir \u00e0 <strong>Lewis Caroll<\/strong> ; vous verrez qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas litt\u00e9ralement d&rsquo;autre chose dans les deux grands Alices : <em>Alice in the wonderland <\/em>et <em>Journey in looking glass<\/em>. <strong>C&rsquo;est presque un po\u00e8me des avatars phalliques que ces deux Alices. <\/strong>Vous pouvez d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0\u00a0 vous mettre \u00e0 les bouquiner un petit peu, de fa\u00e7on \u00e0 vous pr\u00e9parer \u00e0 certaines choses que je pourrai \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 en dire.<\/p>\n<p>Une chose a pu vous frapper dans ce que je vous ai dit, qui concerne la position de ce sujet par rapport au phallus, qui est ce que je vous ai soulign\u00e9 :<strong> l&rsquo;opposition entre l&rsquo;\u00eatre et l&rsquo;avoir<\/strong>. Quand je vous ai dit que c&rsquo;\u00e9tait parce que pour lui c&rsquo;\u00e9tait la question de l&rsquo;\u00eatre qui se posait, <strong>qu&rsquo;il eut fallu l&rsquo;\u00eatre sans l&rsquo;avoir<\/strong> &#8211; ce qui est ce par quoi j&rsquo;ai d\u00e9fini <strong>la position f\u00e9minine <\/strong>&#8211; il ne se peut pas qu&rsquo;\u00e0 propos de cet <em>\u00eatre\u00a0 et ne pas l&rsquo;\u00eatre le phallus<\/em>, ne se soit pas \u00e9lev\u00e9 en vous l&rsquo;\u00e9cho qui v\u00e9ritablement s&rsquo;impose m\u00eame \u00e0 propos de toute cette observation du<strong> <em>to be or not to be <\/em><\/strong>toujours si \u00e9nigmatique, devenu presque un canular, qui\u00a0 nous donne le style de la position d&rsquo;Hamlet et qui, si nous nous engagions dans cette ouverture, ne ferait que nous ramener \u00e0 un des th\u00e8mes les plus primitifs de la pens\u00e9e de Freud, de ce quelque chose o\u00f9 s&rsquo;organise la position du d\u00e9sir, o\u00f9 s&rsquo;av\u00e8re le fait que c&rsquo;est d\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9dition de la <em>Traumdeutung <\/em>que <strong>le th\u00e8me de Hamlet a \u00e9t\u00e9 promu par Freud sur un rang \u00e9quivalent \u00e0 celui du th\u00e8me oedipien<\/strong> (( <a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/?p=337\">On lira ici, l&rsquo;extrait concernant Hamlet de <em>L&rsquo;interpr\u00e9tation des r\u00eaves <\/em>de Sigmund Freud, publi\u00e9 chez PUF, dans le chapitre \u00ab\u00a0Le r\u00eave de la mort de personnes ch\u00e8res\u00a0\u00bb .<\/a> )) qui apparaissait alors pour la premi\u00e8re fois dans la <em>Traumdeutung<\/em>. Bien s\u00fbr nous savons que Freud y pensait depuis un bout de temps, mais c&rsquo;est par les lettres qui n&rsquo;\u00e9taient pas destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre publi\u00e9es. La premi\u00e8re apparition du complexe d&rsquo;Oedipe se fait dans la <em>Traumdeutung <\/em>en 1900. L&rsquo;Hamlet \u00e0 ce moment l\u00e0 est publi\u00e9 en 1900 dans la forme o\u00f9 Freud l&rsquo;a laiss\u00e9 dans la suite, mais en note, et c&rsquo;est en 1910-1914 que cela passe dans le corps du texte.<\/p>\n<p>Je crois que le th\u00e8me d&rsquo;Hamlet peut nous servir \u00e0 renforcer cette sorte d&rsquo;\u00e9laboration de ce complexe de castration. Comment le complexe s&rsquo;articule-t-il dans le concret, dans le cheminement de l&rsquo;analyse ?<\/p>\n<p><strong>Le th\u00e8me d&rsquo;Hamlet<\/strong>, apr\u00e8s <strong>Freud<\/strong>, a \u00e9t\u00e9 repris maintes fois. Je ne ferai probablement pas le tour de tous le auteurs qui l&rsquo;ont repris. Vous savez que le premier est <strong>Jones<\/strong>. <strong>Ella Sharp<\/strong> a \u00e9galement avanc\u00e9 sur Hamlet un certain\u00a0 nombre de chose qui ne sont pas sans int\u00e9r\u00eat, la pens\u00e9e de Shakespeare et la pratique de Shakespeare\u00a0 \u00e9tait tout \u00e0 fait au centre de la formation de cet analyste. Nous aurons peut-\u00eatre l&rsquo;occasion d&rsquo;y revenir.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit aujourd&rsquo;hui de commencer \u00e0 d\u00e9chiffrer ce terrain. A nous demander ce que Freud lui-m\u00eame \u00e0 voulu dire en introduisant Hamlet, et ce que d\u00e9montre ce qui a pu s&rsquo;en dire ult\u00e9rieurement dans les \u0153uvres des autres auteurs.<\/p>\n<p>Voici le texte de Freud qui vaut la peine d&rsquo;\u00eatre lu au d\u00e9but de cette recherche. Je le donne dans la traduction fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 du complexe d&rsquo; \u0152dipe pour la premi\u00e8re fois et il n&rsquo;est pas vain de remarquer ici que <strong>ce complexe d&rsquo;Oedipe<\/strong> il l&rsquo;introduit dans la <em>Science des R\u00eaves<\/em> \u00e0 propos <strong>des r\u00eaves de mort des personnes qui nous sont ch\u00e8res<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 propos pr\u00e9cis\u00e9ment de ce qui nous a servi cette ann\u00e9e de d\u00e9part et de premier guide dans la mise en valeur de quelque chose qui s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 d&rsquo;abord tout naturellement dans ce r\u00eave que j&rsquo;ai choisi pour \u00eatre\u00a0 un des plus simples se rapportant \u00e0 un mort, ce r\u00eave qui nous a servi\u00a0 \u00e0 montrer comment s&rsquo;instituait sur deux lignes d&rsquo;intersubjectivit\u00e9 superpos\u00e9es, doubl\u00e9es l&rsquo;une par rapport \u00e0 l&rsquo;autre, le fameux <strong>\u00ab\u00a0il ne sait pas\u00a0\u00bb<\/strong>, que nous avons plac\u00e9 sur une ligne, la ligne de la position du sujet &#8211; le sujet paternel dans l&rsquo;occasion \u00e9tant ce qui est \u00e9voqu\u00e9 par le sujet r\u00eaveur &#8211; , c&rsquo;est-\u00e0-dire de quelque part o\u00f9 se situe, sous une forme en quelque sorte incarn\u00e9e par le p\u00e8re lui-m\u00eame, et \u00e0 la place du p\u00e8re, sous la forme d&rsquo;<em>il ne sait pas<\/em>, pr\u00e9cis\u00e9ment le fait que le p\u00e8re est inconscient et incarne ici l&rsquo;image, l&rsquo;inconscient m\u00eame du sujet, et de quoi ?<strong> de son propre v\u0153u, du v\u0153u de mort contre son p\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p>Bien entendu il en conna\u00eet un autre, une sorte de v\u0153u bienveillant, d&rsquo;appel \u00e0 une mort consolatrice. Mais justement cette inconscience qui est celle du sujet concernant son <em>v\u0153u de mort \u0153dipien<\/em> est en quelque sorte incarn\u00e9 dans l&rsquo;image du r\u00eave sous cette forme que le p\u00e8re ne doit pas savoir m\u00eame que le\u00a0fils a fait contre lui ce v\u0153u bienveillant de mort.<\/p>\n<p><strong>Il ne sait pas<\/strong>, dit le r\u00eave absurdement, <strong>qu&rsquo;il \u00e9tait mort<\/strong>. C&rsquo;est l\u00e0 que s&rsquo;arr\u00eate le texte du r\u00eave. Et ce qui est refoul\u00e9 pour le sujet, qui n&rsquo;est pas ignor\u00e9 du p\u00e8re fantasmatique,\u00a0 c&rsquo;est le \u00ab\u00a0selon son v\u0153u\u00a0\u00bb dont Freud nous dit qu&rsquo;il est le signifiant que nous devons consid\u00e9rer comme refoul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00a0\u00bb Une autre de nos grandes \u0153uvres tragiques &#8211; nous dit Freud- Hamlet de Shakespeare, a les m\u00eame racines qu&rsquo;Oedipe roi. La mise en \u0153uvre toute diff\u00e9rente, d&rsquo;une mani\u00e8re identique montre quelle diff\u00e9rence il y a dans la vie intellectuelle\u00a0 de ces deux \u00e9poques ( citation allemande ) , et quels progr\u00e8s le refoulement a fait dans la vie sentimentale ( le mot sentimental est approximatif ). Dans \u0152dipe, les d\u00e9sirs de l&rsquo;enfant apparaissent et sont r\u00e9alis\u00e9s comme dans le r\u00eave \u00a0\u00bb .<\/p>\n<p>Il a en effet beaucoup insist\u00e9 sur le fait que<strong> les r\u00eaves \u0153dipiens sont l\u00e0 en quelque sorte comme le rejeton, la source fondamentale de ces d\u00e9sirs inconscients qui r\u00e9apparaissent toujours<\/strong>, et l&rsquo;Oedipe ( je parle de l&rsquo;Oedipe de Sophocle ou de la trag\u00e9die grecque ) comme l&rsquo;affabulation, l&rsquo;\u00e9laboration de ce qui surgit toujours de ces d\u00e9sirs inconscients. C&rsquo;est ainsi que textuellement les choses sont articul\u00e9s dans la <em>Science des r\u00eaves<\/em>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00a0\u00bb Dans Hamlet, ces m\u00eame d\u00e9sirs de l&rsquo;enfant sont refoul\u00e9s, et nous n&rsquo;apprenons leur existence, tout comme dans les n\u00e9vroses, que par leur action ( citation allemande ). Fait singulier, tandis que ce drame a toujours exerc\u00e9 une action consid\u00e9rable, on n&rsquo;a jamais pu se mettre d&rsquo;accord sur le caract\u00e8re de son\u00a0 h\u00e9ros . La pi\u00e8ce est fond\u00e9e sur les h\u00e9sitations d&rsquo;Hamlet \u00e0 accomplir la vengeance dont il est charg\u00e9. Le texte ne dit pas\u00a0 quelles sont les raisons et les motifs de ces h\u00e9sitations.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Les nombreux essais d&rsquo;explication n&rsquo;ont pu les d\u00e9couvrir. Selon Goethe, et c&rsquo;est encore la conception dominante, Hamlet repr\u00e9senterait l&rsquo;homme dont l&rsquo;activit\u00e9 est domin\u00e9e par un d\u00e9veloppement excessif de la pens\u00e9e ( citation allemande ), dont la force d&rsquo;action est paralys\u00e9e ( citation allemande). \u00a0\u00bb Il se ressent de la p\u00e2leur de la pens\u00e9e \u00a0\u00bb . Selon d&rsquo;autres, le po\u00e8te aurait voulu repr\u00e9senter un caract\u00e8re maladif, irr\u00e9solu et neurasth\u00e9nique.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Mais nous voyons dans la pi\u00e8ce qu&rsquo;Hamlet n&rsquo;est pas incapable d&rsquo;agir. Il agit par deux fois, d&rsquo;abord dans un mouvement de passion violente, quand il tue l&rsquo;homme qui \u00e9coute derri\u00e8re la tapisserie \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Vous savez qu&rsquo;il s&rsquo;agit de Polonius, et que c&rsquo;est au moment o\u00f9 Hamlet a avec sa m\u00e8re un entretien qui est loin d&rsquo;\u00eatre\u00a0 crucial puisque rien dans cette pi\u00e8ce ne l&rsquo;est jamais, sauf sa terminaison\u00a0 mortelle o\u00f9 en quelques instants s&rsquo;accumule sous forme de cadavres\u00a0 tout ce qui est jusqu&rsquo;alors, des n\u0153uds de l&rsquo;action, retard\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Ensuite d&rsquo;une mani\u00e8re r\u00e9fl\u00e9chie et astucieuse quand, avec l&rsquo;indiff\u00e9rence totale d&rsquo;un prince de la Renaissance,\u00a0 il livre les deux\u00a0 courtisans ( il s&rsquo;agit de Rosencrantz et de Guilderstein qui repr\u00e9sentent des sortes de faux-fr\u00e8res ) \u00e0 la mort qu&rsquo;on lui avait destin\u00e9. Qu&rsquo;est-ce qui l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;accomplir la t\u00e2che que lui a donn\u00e9 le fant\u00f4me de son p\u00e8re? \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Vous savez que la pi\u00e8ce\u00a0 s&rsquo;ouvre sur la terrasse d&rsquo;Elseneur par l&rsquo;apparition de ce fant\u00f4me \u00e0 deux gardes qui en avertiront bient\u00f4t Hamlet.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00a0\u00bb Il faut bien convenir que c&rsquo;est la nature de cette t\u00e2che d&rsquo;Hamlet. Hamlet peut agir, mais <strong>il ne saurait se venger d&rsquo;un homme qui a \u00e9cart\u00e9 son p\u00e8re et pris la place de celui-ci aupr\u00e8s de sa m\u00e8re. <\/strong>En r\u00e9alit\u00e9 c&rsquo;est l&rsquo;horreur qui devrait le pousser \u00e0 la vengeance , mais cela est remplac\u00e9 par des remords, des scrupules de conscience.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Je viens de traduire en terme conscient ce qui\u00a0 demeure inconscient dans l&rsquo;\u00e2me du h\u00e9ros. \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Ce premier apport de Freud se pr\u00e9sente avec un caract\u00e8re d&rsquo;une justesse d&rsquo;\u00e9quilibre qui, si je puis dire, nous conserve la voie droite pour la situer, pour maintenir Hamlet \u00e0 la place o\u00f9 il l&rsquo;a mis. Ici, cela est tout \u00e0 fait clair. Mais c&rsquo;est aussi par rapport \u00e0 ce premier jet de la perception de Freud, que devront se situer par la suite tout ce qui s&rsquo;imposera comme excursion autour de cela, et comme broderies &#8211; et vous verrez quelquefois assez distantes.<\/p>\n<p>Les auteurs, au gr\u00e9 justement de l&rsquo;avancement de l&rsquo;exploration analytique centrant l&rsquo;int\u00e9r\u00eat sur des points qui d&rsquo;ailleurs dans Hamlet se retrouvent quelquefois valablement, mais au d\u00e9triment de cette sorte de rigueur avec laquelle Freud d\u00e8s le d\u00e9part le situe. Et je dirai qu&rsquo;en m\u00eame temps, et c&rsquo;est ceci qui est le caract\u00e8re en somme le moins exploit\u00e9, le moins interrog\u00e9, tout est l\u00e0, quelque chose se trouve situ\u00e9 sur le plan des scrupules de conscience. Quelque chose qui de toute fa\u00e7on ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 que comme une \u00e9laboration.<\/p>\n<p>Si on nous le pr\u00e9sente comme \u00e9tant ce qui se passe, la fa\u00e7on dont on peut exprimer sur le plan conscience ce qui demeure inconscient\u00a0 dans l&rsquo;\u00e2me du h\u00e9ros, il semble que c&rsquo;est \u00e0 juste titre que nous pourrons tout de m\u00eame demander comment l&rsquo;articuler dans l&rsquo;inconscient ?<\/p>\n<p>Car il y a une chose certaine, c&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9laboration symptomatique comme un scrupule de conscience n&rsquo;est tout de m\u00eame pas dans l&rsquo;inconscient. S&rsquo;il est dans le conscient, si c&rsquo;est construit de quelque fa\u00e7on par les moyens de la <strong> d\u00e9fense<\/strong>, il faudrait\u00a0 tout de m\u00eame nous demander ce qui r\u00e9pond dans l&rsquo;inconscient \u00e0 la structure consciente.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc cela que nous sommes en train d&rsquo;essayer de faire. Je termine le peu qui reste du paragraphe de Freud. Il ne lui en faut pas long pour jeter de toute fa\u00e7on ce qui aura \u00e9t\u00e9 le pont sur l&rsquo;ab\u00eeme d&rsquo;Hamlet. A la v\u00e9rit\u00e9 c&rsquo;est tout \u00e0 fait frappant en effet qu&rsquo;Hamlet\u00a0 soit rest\u00e9 une totale \u00e9nigme litt\u00e9raire jusqu&rsquo;\u00e0 Freud. Cela ne veut pas dire qu&rsquo;il ne l&rsquo;est pas encore, mais il y a eu ce pont. Cela est vrai pour d&rsquo;autres oeuvres. <em>Le Misanthrope <\/em>est le m\u00eame genre d&rsquo;\u00e9nigme.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00a0\u00bb <strong>L&rsquo;aversion pour les actes sexuels concorde avec ce sympt\u00f4me. <\/strong>Ce d\u00e9go\u00fbt devait grandir toujours d&rsquo;avantage chez le po\u00e8te et jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il l&rsquo;exprime compl\u00e8tement dans Timon d&rsquo;Ath\u00e8nes \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Je lis ce passage jusqu&rsquo;au bout, car il est important, et ouvre la voie en deux lignes pour ceux qui dans la suite ont essay\u00e9 dans la suite d&rsquo;ordonner autour du probl\u00e8me d&rsquo;un refoulement personnel l&rsquo;ensemble de l&rsquo;oeuvre de Shakespeare. C&rsquo;est effectivement ce qu&rsquo;\u00e0 essay\u00e9 de faire Ella Sharp ; ce qui a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 dans ce qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 apr\u00e8s sa mort sous la forme de \u00ab\u00a0<em>Unfinished Papers<\/em> , dont son \u00a0\u00bb Hamlet \u00a0\u00bb qui est paru d&rsquo;abord dans le <em>Journal International de Psychanalyse<\/em>, et qui ressemble \u00e0 une tentative de prendre dans l&rsquo;ensemble l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;oeuvre de Shakespeare comme significative de quelques chose dont je crois qu&rsquo;en voulant donner un certain sch\u00e9ma Ella Sharp a fait certainement quelque chose d&rsquo;imprudent, en tout cas de critiquable du point de vue m\u00e9thodique, ce qui n&rsquo;exclut pas qu&rsquo;elle n&rsquo;ait trouv\u00e9 effectivement quelque chose de valable.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00a0\u00bb Le po\u00e8te ne peut avoir exprim\u00e9 dans Hamlet que ses propres sentiments. George Brandes indique dans son Shakespeare que son drame ( c&rsquo;est en 96 ) fut <strong>\u00e9crit aussit\u00f4t apr\u00e8s la mort du p\u00e8re de Shakespeare en 1601<\/strong>. Et nous pouvons admettre qu&rsquo;\u00e0 ce moment les impressions d&rsquo;enfance\u00a0 qui se rapportaient \u00e0 son p\u00e8re \u00e9taient particuli\u00e8rement vives. On sait d&rsquo;ailleurs que le fils de Shakespeare, mort de bonne heure, s&rsquo;appelait Hamnet.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je crois que nous pouvons ici terminer avec ce passage qui nous montre \u00e0 quel point Freud d\u00e9j\u00e0, par de simples indications, laisse loin les choses dans lesquelles les auteurs se sont engag\u00e9s depuis.<\/p>\n<p>Je voudrais ici engager le probl\u00e8me comme nous pouvons le faire \u00e0 partir des donn\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 celles que depuis le d\u00e9but de cette ann\u00e9e je me trouve devant vous avoir produites. Car je crois que ces donn\u00e9es nous permettent de rassembler d&rsquo;une fa\u00e7on plus synth\u00e9tique, plus saisissante les diff\u00e9rentes ressorts de ce qui se passe dans Hamlet, de simplifier en quelque sorte cette multiplicit\u00e9 d&rsquo;instances \u00e0 laquelle nous nous trouvons dans la situation\u00a0 pr\u00e9sente souvent confront\u00e9s. Je veux dire qui donnent je ne sais quel caract\u00e8re de reduplication aux commentaires analytiques sur quelque observation que ce soit quand nous voyons reprise simultan\u00e9ment par exemple dans le registre de l&rsquo;opposition de l&rsquo;inconscient et de la d\u00e9fense, puis ensuite du moi et du \u00e7a, et je pense tout ce qui peut se produire quand on y ajoute encore l&rsquo;instance du surmoi, sans que jamais soit unifi\u00e9s ces diff\u00e9rents points de vue qui donnent quelquefois \u00e0 ces travaux je ne sais quel flou, quelle surcharge qui ne semble\u00a0 pas faite pour \u00eatre quelque chose qui doive \u00eatre utilisable pour nous dans notre exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Ce que nous essayons ici de saisir ce dont les guides qui, en nous permettant d&rsquo;y ressituer ces diff\u00e9rents organes, ces diff\u00e9rentes \u00e9tapes des appareils mentaux que nous a donn\u00e9s Freud, nous permettent de les ressituer d&rsquo;une fa\u00e7on qui tienne compte du fait qu&rsquo;ils se superposent s\u00e9mantiquement, mais d&rsquo;une fa\u00e7on qui tienne compte d&rsquo;une fa\u00e7on partielle. Ce n&rsquo;est pas en les additionnant les unes les autres, en en faisant une sorte de r\u00e9union et d&rsquo;ensemble qu&rsquo;on peut les faire fonctionner normalement.<\/p>\n<p>C&rsquo;est, si vous voulez ,en les reportant sur un canevas que nous essayons de faire, plus fondamental, de fa\u00e7on, \u00e0 ce que nous sachions\u00a0 ce que nous faisons avec chacun de ces ordres de r\u00e9f\u00e9rence quand nous les faisons entrer en jeu.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons d&rsquo;\u00e9peler ce grand drame d&rsquo;Hamlet. Si \u00e9vocateur qu&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 le texte de Freud, il faut bien que je rappelle de quoi il s&rsquo;agit. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une pi\u00e8ce qui s&rsquo;ouvre peu apr\u00e8s la mort d&rsquo;un roi qui fut , nous dit Hamlet, son fils, un roi tr\u00e8s admirable, l&rsquo;id\u00e9al du roi comme p\u00e8re, et qui est mort myst\u00e9rieusement. La version qui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de sa mort est qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 piqu\u00e9 par un serpent dans un verger\u00a0 ( le <em>orchard <\/em>qui est ici interpr\u00e9t\u00e9 par les analystes ).\u00a0 Puis tr\u00e8s vite, quelques mois apr\u00e8s sa mort, la m\u00e8re d&rsquo;Hamlet a \u00e9pous\u00e9 celui qui est son beau-fr\u00e8re, Claudius, ce Claudius objet de toute les ex\u00e9crations du h\u00e9ros central, d&rsquo;Hamlet, et celui sur qui en somme je ferai porter non seulement les motifs de rivalit\u00e9 que peut avoir Hamlet \u00e0 son \u00e9gard, Hamlet en somme \u00e9cart\u00e9 du tr\u00f4ne par cet oncle, mais encore tout ce qu&rsquo;il entrevoit, tout ce qu&rsquo;il soup\u00e7onne du caract\u00e8re scandaleux de cette substitution. Bien plus encore, le p\u00e8re qui appara\u00eet\u00a0 comme fant\u00f4me ( <em>Ghost <\/em>) pour lui dire dans quelles conditions de trahison dramatique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 ce qui, le fant\u00f4me le lui dit, a \u00e9t\u00e9 bel et bien un attentat. C&rsquo;est \u00e0 savoir &#8211; c&rsquo;est l\u00e0 le texte et il n&rsquo;a pas manqu\u00e9 non plus d&rsquo;exercer la curiosit\u00e9 des analystes &#8211; qu&rsquo;on a vers\u00e9 dans son oreille durant son sommeil, un poison nomm\u00e9 myst\u00e9rieusement Hebenon. Hebena qui est une sorte de mot form\u00e9, forg\u00e9 &#8211; je ne sais s&rsquo;il se retrouve dans un autre texte. On a essay\u00e9 de lui donner des \u00e9quivalents, un mot qui est proche et qui d\u00e9signe de la fa\u00e7on dont il est ordinairement traduit, par la jusquiame.<\/p>\n<p>Il est bien certain que cet attentat par l&rsquo;oreille ne saurait de toute fa\u00e7on satisfaire un toxicologue, ce qui donne par ailleurs mati\u00e8re \u00e0 beaucoup d&rsquo;interpr\u00e9tations \u00e0 l&rsquo;analyste.<\/p>\n<p>Voyons tout de suite quelque chose qui pour nous se pr\u00e9sente comme saisissant, je veux dire \u00e0 partir des crit\u00e8re, des articulations que nous avons mises en valeur. Servons nous de ces cl\u00e9s si particuli\u00e8res qu&rsquo;elles puissent vous appara\u00eetre dans leur surgissement . . . Cela a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 ce propos tr\u00e8s particulier, tr\u00e8s d\u00e9termin\u00e9, mais cela n&rsquo;exclut pas, et c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;une des phases les plus claires de l&rsquo;exp\u00e9rience analytique, que ce particulier ait ce qui a la valeur la plus universelle.<\/p>\n<p>Il est tout \u00e0 fait clair que ce que nous avons mis en \u00e9vidence en \u00e9crivant le \u00a0\u00bb Il ne savait pas qu&rsquo;il \u00e9tait mort \u00a0\u00bb\u00a0 est quelque chose de tout \u00e0 fait fondamental . Dans le rapport \u00e0 l&rsquo;autre en tant que tel, l&rsquo;ignorance\u00a0 o\u00f9 est tenu cet autre\u00a0 d&rsquo;une situation quelconque est quelque chose d&rsquo;absolument originel vous le savez bien puisqu&rsquo;on vous apprend m\u00eame que c&rsquo;est l&rsquo;une des r\u00e9volution de l&rsquo;\u00e2me enfantine que le moment ou l&rsquo;enfant, apr\u00e8s avoir cru que toutes ses pens\u00e9es &#8211; \u00a0\u00bb toutes ses pens\u00e9es \u00a0\u00bb c&rsquo;est quelque chose\u00a0 qui doit toujours nous inciter \u00e0 une grande r\u00e9serve. ( Je veux dire\u00a0 que les pens\u00e9es c&rsquo;est nous qui les appelons ainsi. Pour ce qui est v\u00e9cu par le sujet, les pens\u00e9es c&rsquo;est tout ce qui est , ) &#8211; est connu de ses parents, ses moindres mouvements int\u00e9rieurs\u00a0 sont connus, &#8211; <strong>s&rsquo;aper\u00e7oit que l&rsquo;autre peut ne pas savoir. Il est indispensable de tenir compte de cette corr\u00e9lation du : ne pas savoir chez l&rsquo;autre, avec justement\u00a0 la constitution de l&rsquo;inconscient .<\/strong> L&rsquo;un est en quelque sorte l&rsquo;envers de l&rsquo;autre. Et peut-\u00eatre c&rsquo;est\u00a0 son\u00a0 fondement . Car en effet cette formulation ne suffit pas \u00e0 les constituer. Mais enfin il y a quelque chose qui est tout \u00e0 fait clair, et qui nous sert de guide, c&rsquo;est que dans le drame d&rsquo;Hamlet nous allons essayer de donner corps \u00e0 cette notion historique, tout de m\u00eame un petit peu superficielle, dans l&rsquo;atmosph\u00e8re, dans le style du temps, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de je ne sais quelle fabulation moderne ; par rapport \u00e0 la stature des anciens ce serait de pauvres d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ; nous sommes dans le style du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas pour rien que Georges Brandes est cit\u00e9 l\u00e0. Et nous ne saurons jamais si Freud \u00e0 cette \u00e9poque, encore que ce soit probable, connaissait Nietzsche. Mais cela, cette r\u00e9f\u00e9rence aux Modernes, peut ne pas nous suffire. Pourquoi les Modernes seraient-ils plus n\u00e9vros\u00e9s que les Anciens ?\u00a0 C&rsquo;est en tout cas une p\u00e9tition de principe.<\/p>\n<p>Ce que nous essayons de voir, c&rsquo;est quelque chose qui aille plus loin que cette p\u00e9tition de principe ou cette explication par l&rsquo;explication : cela va mal, parce que cela va mal. Ce que nous avons devant nous, c&rsquo;est une oeuvre que nous allons essayer de commencer \u00e0 s\u00e9parer les fibres, les premi\u00e8res fibres.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re fibre, le p\u00e8re ici sait tr\u00e8s bien qu&rsquo;il est mort, mort selon le v\u0153u de celui qui voulait prendre sa place, \u00e0 savoir Claudius qui est son fr\u00e8re<\/strong>. Le crime est cach\u00e9 assur\u00e9ment par le centre de la sc\u00e8ne, pour le monde de la sc\u00e8ne. C&rsquo;est l\u00e0 un point qui est tout \u00e0 fait essentiel, sans lequel bien entendu le drame de Hamlet n&rsquo;aurait m\u00eame pas lieu de se situer et d&rsquo;exister. Et c&rsquo;est ceci qui dans cet article de Jones, lui accessible, \u00a0\u00bb The death\u00a0 of Hamlet father \u00ab\u00a0, est mis en relief, \u00e0 savoir la diff\u00e9rence essentielle que Shakespeare a introduite par rapport \u00e0 la <strong>Saga primitive <\/strong>o\u00f9 le massacre de celui qui dans la Saga porte un nom diff\u00e9rent, mais qui est le roi, a lieu devant tous au nom d&rsquo;un pr\u00e9texte qui regarde en effet ses relations \u00e0 son \u00e9pouse.<strong> Ce roi est massacr\u00e9 aussi par son fr\u00e8re, mais tout le monde le sait. L\u00e0, dans Hamlet, la chose est cach\u00e9e, mais c&rsquo;est le point important, le p\u00e8re lui la conna\u00eet, e<\/strong>t c&rsquo;est lui qui vient nous le dire : \u00a0\u00bb There needs no ghost, my lord, to tell us this \u00a0\u00bb . Freud le cite \u00e0 plusieurs reprise parce que cela fait proverbe. \u00a0\u00bb\u00a0 Il n&rsquo;y a pas besoin de fant\u00f4me pour nous dire cela.\u00a0\u00bb Et en effet s&rsquo;il s&rsquo;agit du th\u00e8me Oedipien nous en savons nous d\u00e9j\u00e0 assez\u00a0 long. Mais il est clair que dans la construction du th\u00e8me d&rsquo;Hamlet nous n&rsquo;en sommes pas encore \u00e0 le savoir. Et il y a quelque chose de significatif dans le fait que dans la construction de la fable, ce soit\u00a0 le p\u00e8re qui vienne le dire, que le p\u00e8re lui le sache.<\/p>\n<p>Je crois que c&rsquo;est l\u00e0 quelque chose de tout \u00e0 fait essentiel. Et c&rsquo;est une premi\u00e8re diff\u00e9rence dans la fibre avec la situation, la construction, l&rsquo;affabulation fondamentale, premi\u00e8re, du drame d&rsquo;Oedipe. Car <strong>\u0152dipe lui ne sait pas. <\/strong>Quand il sait, tout le drame se d\u00e9cha\u00eene qui va jusqu&rsquo;\u00e0 son auto ch\u00e2timent, c&rsquo;est-\u00e0-dire par la liquidation lui-m\u00eame d&rsquo;une situation. Mais le crime Oedipien est commis par \u0152dipe dans l&rsquo;inconscient. <strong>Ici le crime \u0153dipien est su<\/strong>, et il est su de qui ? de l&rsquo;autre, de celui qui en est la victime, et qui vient surgir pour le porter \u00e0 la connaissance du sujet.<\/p>\n<p>En sommes vous voyez dans quel chemin nous avan\u00e7ons, dans une m\u00e9thode si je puis dire de comparaison, de corr\u00e9lation si je puis dire entre ces diff\u00e9rentes fibres de la structure, qui est une m\u00e9thode classique, celle qui consiste dans un tout articul\u00e9 &#8211; et nulle part il n&rsquo;y a plus d&rsquo;articulation que dans ce qui est du domaine du signifiant . . . La notion m\u00eame d&rsquo;articulation, je le souligne sans cesse, lui est en somme consubstantielle. Apr\u00e8s tout, on ne parle d&rsquo;articulation dans le\u00a0 monde que parce que le signifiant\u00a0 donne \u00e0 ce terme un sens. Autrement il n&rsquo;y a rien que continu ou discontinu, mais non point articulation.<\/p>\n<p>Nous essayons de voir, de saisir par une sorte de comparaison des fibres homologues dans l&rsquo;une et l&rsquo;autre phase, de l&rsquo;Oedipe et de Hamlet, en tant que\u00a0 Freud les a rapproch\u00e9es, ce qui va nous permettre de concevoir la coh\u00e9rence des choses. A savoir, comment, dans quelle mesure, pourquoi, il est concevable que dans la mesure m\u00eame o\u00f9 une des touches du clavier se trouve sous un signe oppos\u00e9 \u00e0 celui o\u00f9 elle est dans l&rsquo;autre des deux drames, il se produit une modification strictement corr\u00e9lative. Et cette corr\u00e9lation est l\u00e0 ce qui doit nous mettre au joint de la sorte de causalit\u00e9 dont il s&rsquo;agit dans ces drames. C&rsquo;est partir de l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame que ce sont ces modifications corr\u00e9latives qui sont pour nous les plus instructives, qui nous permettent de rassembler les ressorts du signifiant d&rsquo;une mani\u00e8re qui soit pour nous plus o\u00f9 moins utilisable. Il doit y avoir un rapport saisissable\u00a0 et finalement notable d&rsquo;une fa\u00e7on quasi alg\u00e9brique entre ces premi\u00e8res modifications du signe de ce qui se passe.<\/p>\n<p>Si vous voulez, sur cette ligne du haut, du \u00ab\u00a0&lsquo;il ne le savait pas\u00a0\u00bb, l\u00e0 c&rsquo;est \u00a0\u00bb il savait qu&rsquo;il \u00e9tait mort \u00ab\u00a0. Il \u00e9tait mort selon le v\u0153u meurtrier qui l&rsquo;a pouss\u00e9 dans la tombe, celui de son fr\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous allons voir quelles sont les relations avec le h\u00e9ros du drame.<\/p>\n<p>Mais avant de nous lancer d&rsquo;une fa\u00e7on un peu pr\u00e9cipit\u00e9e dans la ligne de superposition des identifications, qui est dans la tradition : il y a des concepts, et les plus commodes sont les moins \u00e9labor\u00e9s ; et dieu sait ce qu&rsquo;on ne fait pas\u00a0 avec les identifications. Et Claudius en fin de compte, ce qu&rsquo;il a fait, c&rsquo;est une forme d&rsquo;Hamlet, <strong>c&rsquo;est le d\u00e9sir d&rsquo;Hamlet<\/strong>. Cela est vite dit puisque pour situer la position d&rsquo;Hamlet vis-\u00e0-vis de ce d\u00e9sir, nous nous trouvons dans cette position de devoir faire intervenir ici tout d&rsquo;un coup <strong>le scrupule de conscience<\/strong>. C&rsquo;est \u00e0 savoir quelque chose qui introduit dans les rapports d&rsquo;Hamlet \u00e0 ce Claudius une position double, profond\u00e9ment ambivalente, qui est celle par rapport \u00e0 un rival, mais dont on sent bien que cette rivalit\u00e9 est singuli\u00e8re, au second degr\u00e9, celui qui en r\u00e9alit\u00e9 est celui qui a fait ce que lui n&rsquo;aurait pas os\u00e9 faire. Et dans ces conditions il se trouve environn\u00e9 de je ne sais quelle myst\u00e9rieuse protection qu&rsquo;il s&rsquo;agit de d\u00e9finir.<\/p>\n<p>Au nom de scrupules\u00a0 de conscience, dit-on ? Par rapport \u00e0 ce qui s&rsquo;impose \u00e0 Hamlet, et ce qui s&rsquo;impose d&rsquo;autant plus qu&rsquo;\u00e0 partir de la rencontre primitive avec le <em>ghost<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement le commandement de venger le fant\u00f4me, Hamlet pour agir contre le meurtrier de son p\u00e8re est arm\u00e9 de tous les sentiments. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 : sentiment d&rsquo;usurpation ; sentiment de rivalit\u00e9 ; sentiment de vengeance ; et bien plus encore l&rsquo;ordre express de son p\u00e8re par dessus tout admir\u00e9. S\u00fbrement, d&rsquo;Hamlet tout est d&rsquo;accord pour pour qu&rsquo;il agisse, et il n&rsquo;agit pas.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e9videmment ici que commence le probl\u00e8me, et que la voie de progression doit s&rsquo;armer de la plus grande simplicit\u00e9. Je veux dire que toujours ce qui nous perd, ce qui nous \u00e9gare, c&rsquo;est de substituer au franchissement de la question, des cl\u00e9s toutes faites. Freud nous le dit : il s&rsquo;agit l\u00e0 de <strong>la repr\u00e9sentation consciente de quelque chose qui doit s&rsquo;articuler dans l&rsquo;inconscient <\/strong>;\u00a0 ce que nous essayons d&rsquo;articuler, de situer quelque part et comme tel dans l&rsquo;inconscient, c&rsquo;est <strong>ce que veut dire un d\u00e9sir<\/strong>.<\/p>\n<p>En tout cas, disons avec Freud qu&rsquo;il y a quelque chose qui ne va pas \u00e0 partir du moment ou les choses sont engag\u00e9es d&rsquo;une telle sorte. Il y a quelque chose qui ne va pas dans le d\u00e9sir d&rsquo;Hamlet. C&rsquo;est ici que nous allons choisir le chemin. Cela n&rsquo;est pas facile car nous n&rsquo;en sommes pas beaucoup plus loin que le point o\u00f9 on a toujours \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ici il faut prendre Hamlet, sa conduite dans la trag\u00e9die, dans son ensemble. Et puisque nous avons parl\u00e9 du d\u00e9sir d&rsquo;Hamlet, il faut s&rsquo;apercevoir de ce qui n&rsquo;a pas \u00e9chapp\u00e9 aux analystes naturellement, mais qui n&rsquo;est peut-\u00eatre pas du m\u00eame registre, du m\u00eame ordre : il s&rsquo;agit de situer ce qu&rsquo;il en est d&rsquo;Hamlet comme d&rsquo;un ( point ? ) qui pour nous est ( mot illisible ) l&rsquo;\u00e2me, le centre, la pi\u00e8ce\u00a0 de touche du d\u00e9sir. Ce n&rsquo;est pas exactement cela. <strong>A savoir les rapports d&rsquo;Hamlet \u00e0 ce qui peut \u00eatre l&rsquo;objet conscient de son d\u00e9sir.<\/strong><\/p>\n<p>L\u00e0 dessus rien ne nous est, par l&rsquo;auteur, refus\u00e9. Nous avons dans la pi\u00e8ce comme le <strong>barom\u00e8tre de la position d&rsquo;Hamlet par rapport\u00a0 au d\u00e9sir<\/strong>. Nous l&rsquo;avons de la fa\u00e7on la plus \u00e9vidente et la plus claire sous la forme du personnage d&rsquo;<strong>Oph\u00e9lie<\/strong>.<\/p>\n<p>Oph\u00e9lie est tr\u00e8s \u00e9videmment une des cr\u00e9ations les plus fascinante qui ait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;imagination humaine. Quelque chose que nous pouvons appeler <strong>le drame de l&rsquo;objet f\u00e9minin, le drame du d\u00e9sir du monde qui appara\u00eet \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e d&rsquo;une civilisation sous la forme d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne.<\/strong> C&rsquo;est remarquable de la voir dans un point qui est peut-\u00eatre aussi un point sommet, incarn\u00e9 dans le drame et le malheur d&rsquo;Oph\u00e9lie. Vous savez qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 repris sous maintes formes par la cr\u00e9ation esth\u00e9tique, artistique, soit par les po\u00e8tes, soit par les peintres, tout au moins \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9rapha\u00e9lite, jusqu&rsquo;\u00e0 nous donner des tableaux fignol\u00e9s o\u00f9 les termes m\u00eames de la description que donne Shakespeare de cette Oph\u00e9lie flottante dans sa robe au fil de l&rsquo;eau o\u00f9 elle s&rsquo;est laiss\u00e9e dans sa folie glisser\u00a0 &#8230;\u00a0 car <strong>le suicide d&rsquo;Oph\u00e9lie est ambigu.<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui se passe dans la pi\u00e8ce c&rsquo;est, tout de suite, corr\u00e9lativement en somme au drame &#8211; c&rsquo;est Freud qui nous l&rsquo;indique -, nous voyons <strong>cette horreur de la f\u00e9minit\u00e9 comme telle<\/strong>. Les termes\u00a0 en sont articul\u00e9s au sens le plus propre du terme. C&rsquo;est-\u00e0-dire, ce qu&rsquo;il d\u00e9couvre, ce qu&rsquo;il met en valeur, ce qu&rsquo;il fait jouer devant les yeux m\u00eame d&rsquo;Oph\u00e9lie comme \u00e9tant toute les possibilit\u00e9s de d\u00e9gradation, de variation, de corruption, qui sont li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la vie m\u00eame de la femme pour autant qu&rsquo;elle se laisse entra\u00eener \u00e0 tous les actes qui peu \u00e0 peu font d&rsquo;elle une m\u00e8re. C&rsquo;est au nom de ceci qu&rsquo;Hamlet repousse Oph\u00e9lie de la fa\u00e7on qui appara\u00eet dans la pi\u00e8ce la plus sarcastique et la plus cruelle.<\/p>\n<p>Nous avons ici une premi\u00e8re corr\u00e9lation de quelque chose qui marque bien l&rsquo;\u00e9volution et les . . . une \u00e9volution et une corr\u00e9lation comme essentielles de quelque chose qui porte le cas d&rsquo;Hamlet sur sa position \u00e0 l&rsquo;endroit du d\u00e9sir. Remarquez que nous nous trouvons l\u00e0 tout de suite confront\u00e9s au passage avec le psychanalyste sauvage, Polonius, le p\u00e8re d&rsquo;Oph\u00e9lie qui lui a tout de suite mis le doigt dessus : la m\u00e9lancolie d&rsquo;Hamlet &#8211;\u00a0 c&rsquo;est parce qu&rsquo;il a \u00e9crit des lettres d&rsquo;amour \u00e0 sa fille et que\u00a0 lui Polonius, ne manque pas d&rsquo;accomplir son devoir de p\u00e8re, a fait r\u00e9pondre par sa fille vertement. Autrement dit notre Hamlet est malade d&rsquo;amour.<\/p>\n<p>Ce personnage caricatural est l\u00e0 pour nous repr\u00e9senter l&rsquo;accompagnement ironique\u00a0 de ce qui s&rsquo;offre toujours de pente facile \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation externe des \u00e9v\u00e9nements. Les choses se structurent un tout petit peu autrement comme personne n&rsquo;en doute. Il s&rsquo;agit bien entendu de quelque chose qui concerne <strong>les rapports d&rsquo;Hamlet avec quoi ? avec son acte essentiellement<\/strong> . Bien s\u00fbr le changement profond de sa position sexuelle est tout \u00e0 fait capital, mais il est \u00e0 articuler, \u00e0 organiser un temps soit peu autrement. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un acte \u00e0 faire, et il en d\u00e9pend dans sa position d&rsquo;ensemble. Et tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment de ce quelque chose qui se manifeste tout au long de cette pi\u00e8ce, qui en fait la pi\u00e8ce de cette position fondamentale par rapport \u00e0 l&rsquo;acte, qui en anglais a un mot d&rsquo;usage beaucoup plus courant qu&rsquo;en fran\u00e7ais, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle en fran\u00e7ais, ajournement, retardement, et qui s&rsquo;exprime en anglais par \u00ab\u00a0<strong>procrastinate <\/strong>\u00ab\u00a0, renvoyer au lendemain.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en effet de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit. Notre Hamlet, tout au long de la pi\u00e8ce\u00a0 (procrastinates ?) . . . de il s&rsquo;agit de savoir ce que vont vouloir dire les divers renvois qu&rsquo;il va faire de l&rsquo;acte chaque fois qu&rsquo;il va en avoir l&rsquo;occasion, et ce qui va \u00eatre d\u00e9terminant \u00e0 la fin dans le fait que cet acte \u00e0 commettre il va le franchir. Je crois qu&rsquo;ici en tout cas il y a quelque chose \u00e0 mettre en relief. <strong>C&rsquo;est justement la question qui se pose \u00e0 propos de ce que signifie l&rsquo;acte qui se propose \u00e0 lui.<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;acte qui se propose \u00e0 lui n&rsquo;a rien \u00e0 faire, en fin de compte , et c&rsquo;est l\u00e0 ce qui est suffisamment indiqu\u00e9 dans ce que je vous ai fait remarquer, avec l&rsquo;acte \u0153dipien en r\u00e9volte contre le p\u00e8re. Le conflit avec le p\u00e8re, au sens o\u00f9 il est dans le psychisme du cr\u00e9ateur. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;acte d&rsquo;Oedipe, pour autant que l&rsquo;acte d&rsquo;Oedipe soutient la vie d&rsquo;Oedipe, et qu&rsquo;il en fait cet h\u00e9ros qu&rsquo;il est avant sa chute, tant qu&rsquo;il ne sait rien, qui fait l&rsquo;Oedipe conclure sur le dramatique. <em>Lui Hamlet, c&rsquo;est qu&rsquo;il est coupable d&rsquo;\u00eatre. Il est insupportable d&rsquo;\u00eatre. Avant tout\u00a0 commencement du drame d&rsquo;Hamlet, Hamlet conna\u00eet le crime d&rsquo;exister. Et c&rsquo;est \u00e0 partir de ce commencement qu&rsquo;il lui faut choisir.<\/em> Et pour lui le probl\u00e8me d&rsquo;exister \u00e0 partir de ce commencement se pose dans des termes qui sont les siens : \u00e0 savoir le <em>to be or not to be<\/em> qui est quelque chose qui l&rsquo;engage irr\u00e9m\u00e9diablement\u00a0 dans l&rsquo;\u00eatre comme il l&rsquo;articule fort bien.<\/p>\n<p>C&rsquo;est justement parce que <strong>pour lui le drame oedipien est ouvert au commencement, et non pas \u00e0 la fin, que le choix se propose entre l&rsquo;\u00eatre et le ne pas \u00eatre<\/strong><em>. <\/em>Et c&rsquo;est justement parce qu&rsquo;il y a cet <em>ou bien ou bien <\/em>qui s&rsquo;av\u00e8re, qu&rsquo;il est <strong>pris de toute fa\u00e7on dans la cha\u00eene du\u00a0 signifiant<\/strong>, dans quelque chose qui fait que de ce choix il est de toute fa\u00e7on la victime.<\/p>\n<p>Je donnerai la traduction de Letourneur qui me semble la meilleure .<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb \u00catre ou ne pas \u00eatre ! c&rsquo;est l\u00e0 la question&#8230; S&rsquo;il est plus noble \u00e0 l&rsquo;\u00e2me de souffrir les traits poignants de l&rsquo;injuste fortune, ou, se r\u00e9voltant contre cette multitude de maux, de s&rsquo;opposer au torrent, et les finir ?<\/p>\n<p><em>To be, or not to be: that is the question:<br \/>\n Whether &#8217;tis nobler in the mind to suffer<br \/>\n The slings and arrows of outrageous fortune,<br \/>\n Or to take arms against a sea of troubles,<br \/>\n And by opposing end them? <\/em><\/p>\n<p>Mourir, &#8211; dormir, rien de plus, et par ce sommeil, dire : Nous mettons un terme aux angoisses du c\u0153ur, et \u00e0 cette foule de plaies et de douleur<\/p>\n<p><em>To die: to sleep;<br \/>\n No more; and by a sleep to say we end<br \/>\n The heart-ache, and the thousand natural shocks<br \/>\n That flesh is heir to,&#8230;<\/em><\/p>\n<p>Et ces milliers de choses naturelles dont la chair est l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re. \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Je pense que ces mots ne sont pas faits pour nous \u00eatre indiff\u00e9rents.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mourir, &#8211; Dormir. &#8211; Dormir ? R\u00eaver peut-\u00eatre; oui, voil\u00e0 le grand obstacle. Car de savoir quels songes peuvent survenir dans ce sommeil de la mort, apr\u00e8s que nous nous sommes d\u00e9pouill\u00e9s de cette enveloppe mortelle, &#8230; \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><object width=\"480\" height=\"385\" classid=\"clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000\" codebase=\"http:\/\/download.macromedia.com\/pub\/shockwave\/cabs\/flash\/swflash.cab#version=6,0,40,0\"><param name=\"allowFullScreen\" value=\"true\" \/><param name=\"allowscriptaccess\" value=\"always\" \/><param name=\"src\" value=\"http:\/\/www.youtube.com\/v\/4mUmdR69nbM&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;\" \/><param name=\"allowfullscreen\" value=\"true\" \/><\/object><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>This mortal coil <\/em>n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait l&rsquo;enveloppe. C&rsquo;est une esp\u00e8ce de torsion de quelque chose d&rsquo;enroul\u00e9 qu&rsquo;il y a autour de nous.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Voil\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qui donne une si longue vie \u00e0 la calamit\u00e9. Car quel homme voudrait supporter les traits et les injures du temps, les injustices de l&rsquo;oppresseur, les outrages de l&rsquo;orgueilleux, les tortures de l&rsquo;amour m\u00e9pris\u00e9, les longs d\u00e9lais de la loi, l&rsquo;insolence des grands en place, et les avilissants rebuts que le m\u00e9rite patient essuie de l&rsquo;homme sans \u00e2me, lorsqu&rsquo;avec un poin\u00e7on il pourrait lui-m\u00eame se procurer le repos ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce devant quoi se trouve Hamlet dans ce <em>\u00eatre, ou ne pas \u00eatre<\/em>, c&rsquo;est rencontrer la place prise par ce\u00a0 que lui a dit son p\u00e8re. Et ce que son p\u00e8re lui a dit en tant que fant\u00f4me, c&rsquo;est que lui a \u00e9t\u00e9 surpris par la mort \u00a0\u00bb <strong>dans la fleur de ses p\u00each\u00e9s<\/strong> \u00a0\u00bb . <strong>Il s&rsquo;agit de rencontrer la place prise par le p\u00each\u00e9 de l&rsquo;autre, le p\u00each\u00e9 non pay\u00e9.<\/strong> Celui qui sait, est par contre, contrairement \u00e0 \u0152dipe, quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;a pas pay\u00e9 le crime d&rsquo;exister. Les cons\u00e9quences d&rsquo;ailleurs \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante ne sont pas l\u00e9g\u00e8res. Les deux fils d&rsquo;Oedipe ne songent qu&rsquo;\u00e0 se massacrer\u00a0 entre eux avec toute la vigueur et la conviction d\u00e9sirable, alors que pour Hamlet il en est tout autrement. <strong>Hamlet ne peut ni payer \u00e0 sa place, ni laisser la dette ouverte. <\/strong>En fin de compte il doit le faire payer, mais dans les conditions o\u00f9 il est plac\u00e9 le coup passe \u00e0 travers lui-m\u00eame. Et c&rsquo;est de l&rsquo;arme m\u00eame \u00e0 la suite d&rsquo;un sombre drame\u00a0 sur lequel nous aurons \u00e0 nous \u00e9tendre largement, qu&rsquo;Hamlet se trouve bless\u00e9, <strong>uniquement apr\u00e8s que lui Hamlet soit touch\u00e9 \u00e0 mort, qu&rsquo;il peut toucher le criminel qui est l\u00e0 \u00e0 sa port\u00e9e, \u00e0 savoir Claudius<\/strong>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette <strong>communaut\u00e9 du<\/strong> <strong>d\u00e9sillement, du fait que le p\u00e8re et le fils l&rsquo;un et\u00a0 l&rsquo;autre savent, qui est ici le ressort qui fait toute la difficult\u00e9 du probl\u00e8me de l&rsquo;assomption par Hamlet de son acte. <\/strong>Et les voies par lesquelles il pourra le rejoindre, qui rendront possible cet acte en lui m\u00eame <strong>impossible, dans la mesure m\u00eame o\u00f9 l&rsquo;autre sait,<\/strong> c&rsquo;est par les voies de d\u00e9tour qui lui rendront possible\u00a0 finalement d&rsquo;accomplir ce qui doit \u00eatre accompli, ce sont ces voies qui doivent faire l&rsquo;objet de notre int\u00e9r\u00eat parce que ce sont elles qui vont nous instruire. Puisque c&rsquo;est cela qui est le v\u00e9ritable probl\u00e8me, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait aujourd&rsquo;hui d&rsquo;introduire. Il faut bien que je vous porte en quelque sorte au terme de la chose, je veux dire ce \u00e0 quoi finalement et par quelles voies, Hamlet arrive \u00e0 accomplir son acte. N&rsquo;oublions quand m\u00eame pas\u00a0 que s&rsquo;il arrive, si Claudius \u00e0 la fin tombe frapp\u00e9, c&rsquo;est tout de m\u00eame du boulot bousill\u00e9. Cela n&rsquo;est rien de moins qu&rsquo;apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 au travers du corps de quelqu&rsquo;un qu&rsquo;il se trouve certainement, vous le verrez, avoir plong\u00e9 dans l&rsquo;ab\u00eeme, \u00e0 savoir l&rsquo;ami, le compagnon, La\u00ebrte, apr\u00e8s que sa m\u00e8re par la suite d&rsquo;une m\u00e9prise se soit empoisonn\u00e9e avec la coupe m\u00eame qui devait lui servir d&rsquo;attentat de s\u00e9curit\u00e9 pour le cas o\u00f9 la pointe du fleuret empoisonn\u00e9e n&rsquo;aurait pas touch\u00e9 Hamlet. C&rsquo;est apr\u00e8s un certain nombre d&rsquo;autres victimes, et c&rsquo;est pas avant lui-m\u00eame d&rsquo;avoir frapp\u00e9 \u00e0 mort qu&rsquo;il peut porter le coup. Il y aurait pourtant l\u00e0 quelque chose qui pour nous doit faire probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Si effectivement quelque chose s&rsquo;accomplit, s&rsquo;il y a eu <em>in extremis<\/em> cette sorte de rectification du d\u00e9sir qui a rendu l&rsquo;acte possible, comment a-t-il \u00e9t\u00e9 accompli ? C&rsquo;est justement l\u00e0 que porte la cl\u00e9, ce qui fait que cette pi\u00e8ce g\u00e9niale n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par une autre mieux faite. Car en somme, qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que ces grand th\u00e8mes mythiques sur lesquels s&rsquo;essaient au cours des \u00e2ges les cr\u00e9ations des po\u00e8tes, si ce n&rsquo;est une esp\u00e8ce de longue approximation qui fait que le mythe \u00e0 le serrer au plus pr\u00e8s de ses possibilit\u00e9s finit par entrer \u00e0 proprement parler dans la subjectivit\u00e9 et dans la psychologie. Je soutiens, et je soutiendrai sans ambigu\u00eft\u00e9 &#8211; et je pense \u00eatre dans la ligne de Freud en la faisant &#8211; que <strong>les cr\u00e9ations po\u00e9tiques engendrent plus qu&rsquo;elles ne refl\u00e8tent les cr\u00e9ations psychologiques&#8230; <\/strong>Ce qui est, ce canevas diffus de quelque chose qui vaguement flotte dans ce rapport primordial de la rivalit\u00e9 du fils\u00a0 et du p\u00e8re, est quelque chose qui ici lui donne tout son relief et qui fait le v\u00e9ritable c\u0153ur de la pi\u00e8ce d&rsquo;Hamlet. C&rsquo;est dans la mesure o\u00f9 <strong>quelque chose vient \u00e0 \u00e9quivaloir \u00e0 ce qui a manqu\u00e9<\/strong>, &#8211; \u00e0 ce qui a manqu\u00e9 en raison m\u00eame de cette situation originelle, initiale, distincte par rapport \u00e0 l&rsquo;Oedipe &#8211; <strong>c&rsquo;est-\u00e0-dire la castration,<\/strong> en raison m\u00eame du fait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la pi\u00e8ce les choses se pr\u00e9sentent comme une esp\u00e8ce de lent cheminement en zigzag, ce lent accouchement et par les voies d\u00e9tourn\u00e9es de la castration n\u00e9cessaire, dans cette mesure m\u00eame, et dans cette mesure o\u00f9 ceci est r\u00e9alis\u00e9 au dernier terme, qu&rsquo;Hamlet fait saillir l&rsquo;action terminale o\u00f9 il succombe et o\u00f9 les choses \u00e9tant pouss\u00e9es \u00e0 ne pouvoir\u00a0 (\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ) d&rsquo;autres, les Fortimbras, toujours pr\u00eats \u00e0 recueillir l&rsquo;h\u00e9ritage, viendront \u00e0 lui succ\u00e9der.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; s\u00e9ance du\u00a0 4 mars 1959 &#8211; Je crois (( Texte provenant du site gaogoa, \u00e0 l&rsquo;adresse http:\/\/gaogoa.free.fr\/Seminaires_HTML\/06-DI\/DI04031959-2.htm)) que nous avons pouss\u00e9 assez loin l&rsquo;analyse structurale du r\u00eave mod\u00e8le qui se trouve dans le livre d&rsquo;Ella Sharp pour que vous voyiez au moins \u00e0 quel point ce travail nous apportait sur la route de ce&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2010\/06\/seminaire-vi-le-desir-et-son-interpretation-hamlet-1\/\">Poursuivre la lecture <span class=\"screen-reader-text\">J. 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