bru, mercredi 21 oct

Publié le Catégorisé comme brouillonne de vie Étiqueté , ,

bruxelles. réveillée tôt. envoyé à mes frères, par whatsapp:

« [07:20, 21/10/2026] Eoik: hier, maman
assise en face de la dame qu’on prend pour un homme
qui revient de l’hôpital, qui s’est cassé la hanche et des côtes,
l’aide-soignante qui me l’explique fait un large geste tout au long de se on flanc.
elle qui marchait, qui circulait, est maintenant en chaise roulante, très diminuée.
elle a rejoint l’état de maman, en fait. et donc lui parle, sans s’énerver.
et maman ne la comprend pas. alors elle la regarde d’air air interrogatif et plein de sollicitude. et elle lui répond comme elle peut, en me regardant, l’air de dire « cette pauvre madame ».

j’ai noté une chose qu’elle a dite, cette dame : « le monsieur s’est suicidé, maintenant il faut le rétrovider, j’aime bien ça, oui, ça j’aime bien. »

quand je parle avec l’aide-soignante des difficultés à mettre maman au lit (il faut être à deux, elle se tient à deux mains de toutes ses forces pour empêcher qu’on la lève de sa chaise), maman intervient pour dire que oui, c’est amusant. et, elle ajoute qu’elle ne changera pas, avec cet air déterminé qu’on lui connaît parfois. on rit avec l’aide-soignante. on se dit qu’elle a dit ça par hasard, mais je n’y crois pas tout à fait.

plus tard, quand elles viennent, à 2 donc pour la mettre au lit, maman se met à parler abondamment en flamand, alors que jusque là elle parlait en français, je reste assise un peu en arrière, je veux voir ce qui se passe, tout en n’étant pas dans le chemin, jusqu’à ce qu’elle crie très distinctement « Vé-ro-nique », j’y vais, elle s’accroche à moi, je la rassure, « on te lave, on te met au lit, ça va aller, c’est presque fini », elle se calme, couchée sur le dos, elle a un mot gentil pour l’une des aide-soignantes, elle lève sa main vers sa joue, la rate, sa main glisse, c’est l’éraflure plutôt que la caresse, elle dit « Oh pardon », les aide-soignantes rient, elles sont contentes, tu as vu, elle s’excuse. maman est épuisée. dès qu’elles s’éloignent, elle ferme les yeux, s’immobilise, se tait.

c’est le moment que choisit le CD que j’ai mis pour se rayer. Mozart. Celui avec les piano concertos par Brendel et le 20K que j’ai tellement écouté avec elle. ennuyeux. heureusement que c’est arrivé, j’aurais pu quitter la pièce, partir et qu’elle se retrouve soudainement avec un disque rayé. l’enfer.

[07:29, 21/10/2026] Eoik: Jules me dit que JF lui a dit que Lou avait réussi le concours d’entrée en médecine. j’étais heureuse de l’apprendre. même s’il y avait peu de doutes à avoir.

je suis de plus en plus isolée. F est comme ça aussi. je ne me plains pas. je trouverai peut-être un jour une solution. les psys m’avait indiqué l’écriture. je leur en veux, on voit où ça m’a menée, ça ne m’a valu que des catastrophes.
je suis tout le temps tentée de m’isoler plus encore. fermer tous les canaux.
mais, c’est pas bien… enfin…
sidération par rapport à ce qui se passe en France.

bon. on rentre à Paris demain, Jules avec nous. partons dimanche au Japon, Jules restera à Paris, ce qui me fait un peu peur à cause de ce qui se passe.
M reste à Bruxelles. elle est en difficulté (triste)
elle sera seule 3 jours puis ses parents viendront la voir. ils logeront ici. »

ces dernières plaintes, je les ai donc finalement écrites, finalement envoyées. ce que je n’écris pas : combien vous me manquez. comment en sommes-nous arrivés là? ce que je n’écris pas : je n’arrive plus du tout à communiquer. quand il faut parler, je perds mes mots, et je ne parviens plus à croire que mon écriture, mes envois, mes lettres puissent être bienvenues pour quiconque. votre silence…

Mais JP m’enverra un gentil « Faut peut-être se rétrovider un peu…. Courage ». c’est gentil. pourquoi continuer à être inquiète? c’est qu’il n’y a toujours pas un mot sur eux, sur leur situation. ne devrais-je pas téléphoner? plutôt? ou. est-ce que tout ok? ils sont dans leurs difficultés, moi dans les miennes, et. on fait ce qu’on peut?

Top