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Maladie d’Alzheimer : le régime cétogène à l’étude
27 février 21 / réflexions sur la possibilité de guérison par les corps cétoniques et le « pas-sans-l’autre »
Samedi
Revenus de Donnery. Mal dormi. Crise de haine de moi.
Trop de téléphone (internet). La nuit le matin le jour. De nouveau trop cherché quel régime, quoi manger. Quoi s’interdire, quoi s’autoriser. Avoir grossi à Donnery. Croire avoir grossi. Avoir « eu faim », avoir mal bouffé, s’être permis des extras. Et puis il y a deux jours par hasard, avoir appris le lien entre sucre et Alzheimer. Et la possibilité de guérison par les corps cétoniques. Et avoir fait des recherches là-dessus, trop.*
Diabète du cerveau. Insulino-résistance. Zones du cerveau qui ne sont plus nourries. Qui pourraient se nourrir de corps cétoniques. Que le corps alors en produise. Comment ? Par le régime cétogène et la suppression de tous les sucres ? Par le jeûne ? Avoir eu de l’espoir, espéré guérir. Avoir cherché encore. Probablement s’être découragé, avoir craint le régime même. Ses conséquences. Les conséquences de cette contrainte, de l’auto-surveillance, de la privation. Ce qui vous emmène malgré vous à faillir, à la culpabilité, à l’obsession. Pensé qu’il valait mieux voir un médecin et que soit confirmé ce diagnostic que je m’applique d’Alzheimer. Si je n’en n’étais pas affectée, le soulagement, alors.
Tout cela, me semble-t-il, comme une façon de chercher à maîtriser la pulsion, pulsion orale en l’occurrence. Et alors gare au retour de bâton. À la maîtriser, à la prendre dans le cadre du régime. Mais pourquoi alors très vite cette passion, cette obsession, pourquoi faut-il que ça tourne à l’obsession. Par contamination. S’agit-il seulement de jouir de l’a-pensée, de la pensée, du système construit, de l’agencement, de la malaxation, s’agit il seulement d’une tentative de penser l’oralité, de penser le nourrissage, de penser l’a-raison, l’a-raisonnable ? D’en chercher dans le symbolique les limites possibles, d’en établir le fonctionnement. Cette illusion, ce fantasme d’un savoir scientifique sur le fonctionnement du corps. Ce jeu avec la privation, l’interdit, etc.
Or, c’est un fait, le cerveau des personnes atteintes d’Alzheimer ne métabolise plus bien le sucre. Et n’est donc plus nourri.
Et nous avons été empoisonnés par l’industrie et nous sommes empoisonnés par l’industrie. Et quand je le dis à Frédéric et Jules, ils ne l’entendent pas. Je ne peux que l’accepter. Me résoudre à l’impuissance de ma parole, de mon discours.
Et ce bonheur de consulter Google, de l’interroger. De chercher/trouver des réponses. De quoi s’agit il ?
*
Pierre avait raison, ce qu’il faut, c’est une bonne obsession. La sienne, celle du tantien. Cette obsession n’est pas à ma portée. Le tantien je crois ne m’a pas suffisamment apporté et est trop pris dans une relation d’écolage, maître/élève, dont je n’arrive pas à sortir. Trop prise dans ce que j’attribuais à l’hystérie, et que je ne sais plus maintenant à quoi attribuer. L’hystérie ? Le besoin de croire à l’existence du savoir dans l’Autre, que ce savoir existe, que cet Autre existe.
Ça me paraît toujours valide.
Comment le dire autrement ?
Ça s’inscrit dans mon « Pas sans l’Autre ». Dans mon souvenir, c’était pour Lacan l’écriture de l’aliénation, qui me rappelle à ce souvenir. Un jour avec ma mère, nous roulions ensemble en voiture, j’étais seule avec elle, elle conduisait, j’étais à la place du mort, j’ai éprouvé une intense sensation de bien-être. Je me suis dit : C’est comme ça que ça doit être. Et j’ai pensé à la formule de Lacan et j’ai pensé : pour ma part, c’est : Pas sans ma mère. Résolument pas sans ma mère.
C’est là que j’inscris aujourd’hui mon obstacle à l’acquisition du tai chi.
Dans la dépendance. Dépendance à l’amour, dépendance à la réception. J’aime à recevoir, à accueillir. Je ne peux me résoudre à me passer de l’Autre, à me donner à moi-même. Ni à priver l’Autre de ma dépendance.
Est-ce que c’est différent de l’hystérie?
L’hystérie, je la voyais comme le besoin du maintien du savoir dans l’Autre. Que ce savoir existe.
Ici ça se passe entre tout et rien, que l’Autre aie tout, que je n’aie rien.
Est-ce si différent ?
L’objet rien n’était-il l’objet limite à retrouver aux confins de toute hystérie, de toute névrose ?
Savoir, que je ne vais pas savoir, que je n’aurai pas la réponse à ces questions me torture beaucoup plus que ce qui peut me lier au tai chi et à ses professeurs.
Le tai chi rentre par ma faute dans la catégorie de la discipline. C’est moi qui ai besoin de la scipline du dit.
Vouloir fumer, maintenant.
Pourquoi je m’en veux tellement à l’instant ?
Hier avoir commencé à écrire à PB et n’avoir pas continué.
Et avoir lu quelque chose et n’avoir pas quoi su en faire. Dans un article sur le temps et la psychose. En avoir été très triste.
Que cette lecture ait eu quelque chose d’oraculaire pour moi. Y avoir lu le point où j’en étais. N’avoir pas trouvé le moyen d’en faire quelque chose.
Savoir qu’on ne tient à rien.
* Sucre dans le sang et le cerveau
Il y a beaucoup de récepteurs d’insuline dans le cerveau. Ils ne sont pas seulement dans les muscles, le foie ou les reins. La défaillance de la capacité du corps à réguler le sucre est le dénominateur commun à ces trois types de diabète. Pour rappel, le diabète survient lorsque le glucose (principale source d’énergie du corps) ne peut pas pénétrer dans les cellules où il est nécessaire. Au lieu de cela, le sucre se concentre dans le sang et les cellules meurent de faim. Cette mauvaise régulation du glucose peut, sur une longue période de temps, contribuer à la maladie d’Alzheimer.
jeu 3 // alzheimer et champignons
Dormi jusqu’à 6 heures, contente, départ dans quelques heures.
Je continue à tester les champignons médicinaux dont j’attends tellement. C’est quelque chose dont j’ai un peu honte, dont je ne parlerai pas beaucoup.
L’autre jour quand je suis arrivée dans la grande salle de la maison de repos, par deux fois ma mère m’a montré sa langue, indiquant qu’elle lui faisait mal et que je découvrais dans un état lamentable. Je crois qu’il s’agit d’une mycose. Un muguet buccal, non? Il m’est arrivé quelquefois d’en avoir. Est-ce lié à Candida Albicans, s’agit-il-il de ce champignon? Il me semble que c’est ce qu’on lit.
En rentrant, je ne sais pas pourquoi, peut-être me souvenais-je de choses par le passé lues, j’ai fait une recherche internet sur…. « alzheimer et mycose » qui a étonnement donné quelques résultats intéressants…
Des recherches ont révélé qu’il y aurait bien un lien entre affection fongique et alzheimer. Cette hypothèse repose sur l’examen de tissus cérébraux de personnes décédées, dont la moitié avaient souffert d’Alzheimer : il s’est avéré que tous les alzheimer recelaient des traces de champignons, que ce soit dans différentes zones du cerveau ou dans les vaisseaux sanguins. Donc, il y a même eu l’idée qu’un antifongique pourrait soigner l’alzheimer.
C’est quelque chose qui m’intéresse, aussi en raison de mes grandes inquiétudes, de mes propres pertes de mémoire, parce que je suis tellement convaincue que je finira moi aussi par l’avoir, l’alzheimer (j’ai tellement embêté un médecin un moment qu’elle a fini par me faire faire un scanner qui s’est avéré tout à fait bon), et que ma vie est toute orientée par ça : comment éviter ce malheur, comment le retarder autant que possible. Les souffrances par où j’ai vu ma mère passer, je ne crois vraiment pas que je puisse le supporter, ni d’ailleurs le faire supporter à mes proches. Mon analyste répond à ces inquiétudes que je ne suis pas mère. Je la regarde alors silencieusement.
(Il y a ce comme ma mère, il y a ce dans la peau de ma mère, il y a ce je suis ma mère. cela existe. il y a la maladie de ma mère, il y a les symptômes que j’ai repris d’elle, tout cela il y a. il y a d’ailleurs, tout au long de ma vie, jusqu’à très récemment, l’obligation où je me suis sentie de combattre à toute forces cette pente, surtout pas comme ma mère, surtout ne pas faire comme ma mère. ma foi, en mes vieux jours, après l’échec d’une vie entière, je peux dire : dans la peau de ma mère, y a des moments c’est doux . Il y a donc ce qui pourrait n’être « que » psychologique, et qui pourrait encore se modifier, bouger, et il y a ce dont j’ai fait l’expérience, de me soigner, à ma façon, cette autre façon d’être malade, sur laquelle je me trouve avoir finalement plus de prise. Car oui, le jour où j’ai pris du CBD, j’ai recommencé à dormir et cela me soigne de faire un régime anti-candida, le fait seulement de faire régime me soigne… Si je vais mal, je suis là, je tombe dans puits sans fonds, me hisser, m’accrocher au cadre d’un régime, me hisser, poser une jambe, puis l’autre, me relever, c’est une façon de retrouver une forme de régulation, de reprendre le contrôle, de m’obséder d’autre chose que de l’inanité absolue de ma vie. Cela seulement, déjà, a ses mérites. Indépendamment des effets indéniables sur ma santé en général. )
Donc, secrètement, je mène mon petit combat. Qui passe par l’attention à la santé de mes intestins, mais aussi de mes dents et de mes gencives, la traque de toute manifestation d’inflammation, quelques précautions avec l’alimentation, l’accumulation de tout un arsenal de poudres et de potions, et la recherche d’un travail d’écriture à mener. Ah, je suis par ailleurs également convaincue que chaque que je fume, cela entraîne insomnies et fracassemeurs. Ce pourquoi j’ai finalement, récemment (enfin), totalement arrêté de fumer (Et si: une séance d’hypnose sur internet aura suffit.)
Mon analyste croit, elle, en l’écriture, point.
Alzheimer : et si une mycose était à l’origine de la maladie ?
re: votre maman
bonjour, excusez-moi de n’avoir pas pris plus tôt le temps de vous répondre et vous remercier, c’était compliqué. je vois qu’elle va bien. qu’elle est toujours souriante et sociable. elle lit selon moi beaucoup moins bien, elle ne déchiffre plus, ne comprend plus rien. il y a quelques mois, elle me lisait avec intonation, intérêt et commentaires. mais, elle tente encore, ça l’intéresse encore. elle s’accroche. vous avez raison : elle cherche à lire, tant que possible. j’interprète ça comme une volonté de rester dans la communauté humaine, le monde du langage, de produire encore des mots, du sens, même s’il lui échappe. elle ne me reconnaît plus vraiment comme sa fille, elle ne sait plus vraiment ce que c’est, une fille, sa mère. mais le lien est toujours très fort. elle me reconnaît encore. et le lien à ses objets. cela fait plaisir à voir qu’elle connaisse les lieux, de la voir sortir de la chambre de la retrouver avec les autres devant la télé. la mise au lit reste difficile avec certain.e.s. elle se débat, frappe. je suis restée quelquefois pour la persuader qu’elle n’avait pas affaire à de mauvaises personnes. j’ai vu des gens qui s’en sortaient très bien. tout le monde ne sait pas qu’elle sait tenir debout. il est vrai qu’elle obéit difficilement. j’ai vu qu’elle recevait de nouveaux des antipsychotiques, dont j’ai lu qu’ils ne devaient pas être donnés plus de 6 ou 7 semaines et qu’il ne fallait y avoir recours qu’en dernier recours. cela m’a attristée, mais je n’ai plus la force de téléphoner, de chercher à comprendre. le directeur m’avait promis qu’on me préviendrait, qu’on ferait appel à moi en cas de difficultés, mais ça n’est pas le cas. certain.e.s trouvent ma mère difficile d’autres au contraire la trouvent facile et drôle… je trouve cependant que dans l’ensemble l’organisation est meilleure, bien meilleure. les aide-soignantes sont souvent à 2 pour la mise au lit et hier elles étaient même à deux pour le repas du soir: ça change tout. les pensionnaires semblaient apaisé.e.s, souriant.e.s, satisfait. e. s.
voilà je ne pense pas que vous m’en demandiez autant…. je suis toujours trop longue,
amicalement,
bon week-end,
v
Visite du mercredi 2 juillet



Ma mère hier, à la salle à manger, à table, m’accueille en me tendant les bras, où je fonds sans délai. Sa joliesse, sa douceur, le ton plus bas, plus calme qu’à l’habitude, les mots qu’elle nous glisse pour dire son contentement de me voir, de nous voir, Frédéric et moi, et les mots qu’elle retrouve pour dire qu’elle n’est pas sûre d’avoir grand-chose à me dire. Je suis prise dans son orbe. Nous nous asseyons. Le repas n’est pas servi, je lui montre les photos que j’ai ramenées. Elle les étale devant elle, en jeu de cartes, me dit d’écrire qui est qui, sinon elle oublie tout.
Plusieurs fois, sur l’une d’elles, elle me montre Frédéric en me demandant qui c’est — alors qu’il est assis juste en face d’elle. Je lui réponds que c’est Frédéric, justement, celui qui est là, avec nous.
Ça lui plaît, cette correspondance entre la photo et « la réalité » — elle sourit, elle approuve —, cette séparation réétablie entre représentation et réalité, qui ont tendance à se confondre pour elle. Les mots la quittent, et au fond tout repasse au réel, à l’en-deçà de la représentation.
Elle s’adresse à moi, alternant entre les « vous », les « Madame », les « Véronique » et les « ma petite fille ».
Elle dévore ses tartines à la confiture d’abricot. Tous, tous les sans-dents, dévorent leurs tartines de confiture… F trouve que c’est abusé, qu’on ne peut pas parler de confiture, tellement il y en a peu. Il nous quitte après le repas, et nous allons à la chambre, maman et moi…
On y lit, à la table, devant la fenêtre, plusieurs livres à la fois : Jacques Muller, Les Dernières peintures, « toujours très bien », mais surtout Quick et Flupke, qu’elle lit et relit. Ou fait mine de lire et relire, à haute voix, en suivant les cases, en disant les mots qu’elle veut, qu’elle invente, en guettant mes regards, mon approbation.
Vers 20 h, je crois, je m’énerve un peu auprès de l’infirmière de l’étage de ce qu’elle n’ait pas encore été mise au lit. Habituée à être au lit plus tôt, elle commence à montrer des signes de fatigue et je regrette de ce que je vais avoir à l’abandonner dans la salle, où je la vois errer maintenant, après une soirée aussi apaisante. L’infirmière est bien d’accord avec moi, et prend sur elle de la mettre au lit elle-même, comme elle n’est pas arrivée à trouver G, ce qui est bien sympa.
Nous nous embrassons, elle et moi, ma mère et moi : à demain…
NB : G. Je lui avais posé la question du moment où il la mettrait au lit, et il m’avait répondu : « 19 h, 19 h 30, 20h… ça dépend, ça dépend de l’état de la personne, si elle est bien… c’est eux qui décident »… J’avais émis quelques doutes. C’est très souvent très tôt, juste après le repas, vers 18h30, 19h.
visite du jeudi 3 juillet 25
— Tu veux qu'on aille quelque part ? Parce que je vais avec toi.
Hier, j’arrive en retard, après qu’elle a mangé… Quelques mots avec G à propos de ce qui s’est passé la veille. Ma mère, elle, est très souriante et demande assez vite à ce qu’on aille à la chambre:
— Tu veux qu’on aille quelque part ? Parce que je vais avec toi. On y va ?
— On y va.
G prévient qu’il la mettra au lit très tôt, la première. Je lui dis :
— Tu vois bien, c’est quand toi ça t’arrange.
— Non, non, répond-il, c’est que…
Enfin, blablabla… Et tout à la fois, je m’excuse (je passe ma vie à ça), je sais que je suis trop énervée en ce moment. J’ai juste pas trop envie qu’on me raconte des histoires. En même temps, les histoires… Le sel de la vie…
Dans la chambre, cette fois, c’est les gaufrettes que je trouve là qui l’intéressent beaucoup. Elle est très contente, elle trouve ça très bon. Elle trouve assez fantastique qu’il y ait un paquet aussi et qu’on puisse se servir. Qu’elle puisse m’en proposer.
Je parle de mettre de la musique, elle trouve ça très bien aussi. Elle dit : « Oui, on fait ça ici. » C’est tous les jours très différent, n’est-ce pas, ses réactions.
G arrive, effectivement, tôt, la met au lit.
Et puis, musique. Et nous, ravies. Je l’ai filmée, six minutes. Je trouve que c’est très beau. Mais… Il m’est difficile d’en juger, c’est ma mère. C’est ma mère, et ce qui nous arrive. j’ai essayé de retirer un court extrait et je n’y suis pas arrivée.
Je ne sais pas ce qui fait cette beauté. Elle ne tient peut-être qu’à l’intensité de ce qui nous lie, de nos moments.




