“Un livre ne commence ni ne finit,
écrivait Mallarmé,
tout au plus fait-il semblant”
*
***
tu sais non ça ne va pas du tout
*
blancs mensonges
,
« je te demande de refuser ce que je t’offre
parce que ce n’est pas ça. »
partons en suisse. au retour, ma mère sera là.

ô mère

(bruit et fureur)
c’est la nuit. je me réveille au son de ces mots : « bruit et fureur » . angoisse incroyable. je me lève pour en sortir. mère ici, suis dans salle de bain. hier soir f disait : « ta mère, c’est violence et bruit ». alors qu’elle est si silencieuse, j’ai acquiescé mentalement . l’effet qu’elle fait . que dire de cette angoisse. les mots, les phrases que j’entends, me répète, qui déjà s’en vont. « j’ai plus de corps que de nom ». repris du solian, me lave les dents. dans mon « délire », je pensais que j’allais être hospitalisée.
pourtant, j’étais sur la piste d’un nouvel objet – léger, presque drôle, envoyé par un rêve fait en suisse la semaine dernière, où figuraient des tranches de pamplemousses en forme de tranches d’ananas (trouées, de douces couleurs différentes). c’était si léger. si léger. j’avais pensé : « ah, c’est comme la salade mangée hier soir qui m’avait parue si délicieuse, de par sa légèreté même ». j’avais pensé, le voilà qui s’offre à moi, cet objet, l’objet rien, sous de nouveaux auspices d’ah! délices!
mais, là, c’est comme si : plutôt l’objet m’envahit. et avec ma mère ça passe à l’impératif : donner surtout rien. c’est ce qui (me) domine quand je suis avec elle. surtout rien lui dire. rien lui donner. rien prendre. voudrais maintenant me coucher près d’elle. je ne pense pas du tout que le solian me convienne. peur que corps et personne deviennent horribles et que plus aimée de f.
vais retourner au lit – espère apaisement.
je tombe sur cette phrase
« … chaque analyste porte la responsabilité de transmettre ce qu’il a appris de sa propre expérience de l’inconscient. Ainsi se sont succédées plusieurs générations d’analystes depuis Freud. «
( et tandis que je ne suis pas analyste, je me sens la même responsabilité.)
1er janvier
From Evernote:
1er janvier
bon jour pour la laverie et surtout anniversaire de jules.
allons au resto tout a l’heure, à trois. au resto italien, tout
près de son école. ecris sur mon téléphone reçu, ça ne marche pas
mal, meme si je ne sais pas encore où sont les accents. voudrais
me promettre de ne plus faire d’internet cette annee, ce voeu,
mais c’est même pas sûr que sois pas occupée à en faire pour
l’instant…
sais pas trop où j’en suis, me sens jouée par les médicaments et
la nicotine dont je ne cesse d’essayer de me sevrer.
l’inconscient tellement encombrant
l’inconscient tellement
encombrant
/
comment pourrais-je espérer
léguer
ça ?
/
qu’est-ce qui m’inquiète
encore ?
jules
seulement jules.
ce que je vais lui laisser. ce que je peux lui donner. comment ne pas l’empoisonner. moi qui le suis tant, poisonnée.
//
pourquoi vouloir écrire, sinon pour espérer que ça l’aide un jour, l’allège, qu’il comprenne – mais lui assignai-je ce destin-là : qu’il me comprenne, qu’il soit celui qui me comprenne ? est-ce cela que je fais ? ce n’est pas ce que je veux. pas du tout. c’est qu’il me semble que si peu est dit, de ce qui est. si peu je dis, de ce qui m’est. et l’inconscient, justement, et cette expérience-là, dont il me semble que rien, dans le monde, finalement, ne témoigne, de façon distincte. qui me semble partout renié.
/
étudier la grammaire. retourner aux basics.
/
que retiendra-t-il des cris qui ont été les miens, hier. ou avant-hier. mauvaise humeur, crise. inopinée, inattendue, venue de nulle part. que j’assume pourtant, qui est pleine d’histoire, d’histoires, de travail. que f. assume également. supporte.
le cri seulement lui restera-t-il, la haine d’un moment ?
…
(photos prises au resto, aujourd’hui, ou plutôt hier, premier janvier 2011, jour du 6è anniversaire de jules)
//
(f, l’autre jour : mais tu parles tout le temps de toi, racontes toujours ta vie. moi : mais c’est ce que j’ai de mieux…)
désastre (la chute de la maison …)
j’habite la cave de la rue waelhem. côté gauche, en descendant les escaliers, normalement inhabité. j’ai habité du côté droit, dans la cuisine-cave.
quelque chose se passe, se casse, un mur se divise, des plaques s’en effondrent.
je crois que je monte prévenir mes parents. mon père est encore en vie.
je redescends avec ma mère. sommes en haut des escaliers de la cave. elle me parle d’aller voir de l’autre côté, du côté où j’habitais avant. ça me fait penser au garage de la rue tiberghien. il y a peut-être des toiles dedans, des œuvres de mon père. les murs continuent à s’effondrer. ça m’effondre également. je suis très inquiète. ma mère descend. elle me fait savoir qu’effectivement des choses horribles sont arrivées. je descends.
l’endroit me paraît dévasté, sans que je sache vraiment en quoi consiste cette dévastation. dans un état déplorable. quelqu’un habite là. un sdf ou un drogué mais qui n’est pas là. une de ces personnes que mes parents avaient coutume d’accueillir, de loger chez eux avec nous. je râle que mes parents aient laissé faire ca (m’aient « remplacée » par ce sdf, aient laissé ces lieux se dégrader de cette façon, ces lieux qui étaient miens). je suis très mécontente. les murs sont dénudés, troués. en dehors d’un lit peut-être, au milieu de la pièce, un matelas au sol, les pièces sont vides. j’essaie de comprendre de grands écorchures circulaires dans le mur entre les deux fenêtres. je me demande si des signes y sont à lire.
plus tard.
il semblerait que le reste de la maison continue de s’effondrer. qu’elle soit complètement pourrie, qu’il ne doive bientôt plus rien en rester. des toiles non plus.
je suis vraiment affolée. je dis à quelqu’un qui passe que mes parents n’auront jamais les moyens de retrouver un endroit où loger. que c’est une catastrophe. ma mère a l’air de penser de même.
5.1
le sdf dans le rêve. pourquoi. la veille, en allant au restaurant avec jules, dans la rue, un sdf m’avait demandé une cigarette que je lui avais donnée, avec le sourire. ils étaient trois je crois, sur le trottoir, à cet endroit où il y en a toujours, près de l’école de jules
#05 – 00 | ce qui échappe (compressions du temps) / lamento absent
— Non publié sur le site du Tiers Livre
#ateliers #été2023 #05 | ce qui échappe (compressions du temps) – atelier du 9 juillet
Première tentative, je ne l’ai écrite que parce que j’en ai eu l’idée. Je voulais vérifier à quoi ça pouvait éventuellement mener. Ça mène trop loin et je ne l’ai pas publié sur le site de l’atelier. De quoi s’agissait-il ? De plusieurs voix qui commentent un même événement. « Se saisir d’un point d’intensité du réel, et en démultiplier le récit par témoins interposés » et aussi : « développer le récit en relation inverse à la durée dont il traite, faire récit d’une compression du temps. » Sont cités : Baudelaire, Dostoïevski, surtout Faulkner dans Le bruit et la fureur : « …six narrateurs, chacun s’exprimant par monologues disjoints. La rupture décisive avec l’ancien principe convenu de réalité, puisque la réalité n’est que la somme disjointe de ses perceptions et représentations.«
Or, je me suis trouvée complètement bloquée face à l’invention nécessaire de ces voix, alors même que l’idée de ces multiples fois voix me parlait, m’évoquait quelque chose d’aussi fuyant il est vrai qu’insistant. Donc, je me suis lancée dans ce que j’ai fait, pour m’en débarrasser, parce que je ne parvenais pas à m’en débarrasser (de ce fantôme d’idée). Comme il s’agissait avec Faulkner d’un enterrement, et aussi peut-être à cause d’un texte (renversant) publié sur le site de l’atelier, j’ai eu l’idée de ces voix imaginées par qui projetterait de se suicider. Je ne sais pas d’où me venait l’idée. Je pensais que quelque chose pourrait revenir. Mais rien. Rien n’est revenu. Sinon ce texte, et je dois chercher autre chose. Pourquoi faut-il que je songe à la mort, à cette mort, pourquoi est-ce que je reste coincée là. C’est à chaque fois pareil finalement, en réponse à la proposition quelque chose s’impose que je n’arrive pas à chasser, malgré ma compréhension globale de la proposition, ma compréhension et mon intérêt, je n’arrive à en retenir qu’une part, de laquelle je n’arrive pas à me décrocher et dont je ne veux pas. Noter, peut-être, à chaque fois, ce qui a « accroché », ce qui s’est imposé, empêchant la venue d’autre chose. Ici, ce qui a accroché, c’est : l’idée d’un enterrement et de ces voix imaginées qui parlent suivant un cercueil, le cercueil d’une personne suicidée. Par ailleurs, cette idée, une fois que je m’y suis engagée, j’ai espéré pouvoir en profiter pour multiplier effectivement les vois voix autour de l’un ou l’autre personnage restant à développer encore, faire entendre des voix qui pourraient en dire quelque chose, mais même ça, non. J’ajoute que dans ce que j’essaie de faire ici quelque chose résiste furieusement à la saisie d’aucun personnage. L’auteur en viendrait à se demander ce qui peut à ce point résister à faire exister – vivre – un personnage (car c’est à proprement parler tout à fait extraordinaire – ce par quoi l’auteur en passe face à ce qu’elle ressent littéralement comme un impossible et à quoi elle ne s’attendait pas, dans l’erreur complète où elle était. Et encore elle se demande s’il s’agit pour elle d’un consentement à obtenir, d’un sacrifice à faire, à moins que ce qu’elle fait : ne pas y arriver (ne pas donner la vie, ne pas faire vivre ce personnage, qu’elle ne nomme même plus ici) : ce soit exactement ce qu’elle veut faire). A moins, et beaucoup plus simplement, qu’elle ne soit juste pas romancière, après tout, cela arrive (on en voit d’autres, on n’en meurt pas, non plus).
NB : je note que tout du long je choisis de dire « voix » plutôt que « narrateur » (et que cela me coûte 2 lapsus calami – multiple voix/fois/vois).
c’est ce dont j’ai toujours rêvé, dites-vous, pourtant je n’ai rien dit de tel, d’où cela viendrait-il. je n’ai rien dit, il me semble et votre agacement. ce n’est pas le moment de se taire. non, sans doute, non. vous vous plaisez à imaginer ce qu’ils diront. comment ils pleureront tous, comment ils pleureraient. du bout de la bouche, j’avoue, un peu. elle lâche ça. cela a pu avoir lieu. mais, qu’a-t-on dit, une fois qu’on a dit ça. on a dit quoi. qu’est-ce qu’on écrase, ignore. oui, un peu, oui. peut-être ça a été. et pourtant non. non. je l’imagine assez, la façon dont. donc, non. je l’imagine assez ou je ne peux l’imaginer. j’imagine la destruction. pour les autres. je fais partie de ceux que cette pensée arrête. et souvent j’ai cherché à trouver les mots, à laisser les mots qui auraient pu rendre acceptable. les mots pour m’excuser. donc, c’est faux de croire, de dire, d’insinuer que j’aurais pris plaisir, que je prendrais plaisir à imaginer les pensées de celles et ceux, qui m’aiment, de mes proches, le jour de ma disparition. je me sais aimée. il faudrait que la pensée à eux disparaisse, disparaisse complètement. ce qui arrive, ce qui est arrivé. qu’ils n’aient plus existé. (s’il m’est m’arrivé d’imaginer les pensées d’un tel ou d’une telle à ma disparition, c’est qu’il s’agissait de quelqu’un que je ne connaissais pas vraiment, d’un fantasme ou d’un amour, mais s’agissant de ma famille, non, il ne faudrait pas que je pense à eux.) enfin, là je suis dans l’oubli, les temps se compriment. même dans le « désir de mourir » – qu’on peut à peine appeler comme ça tant le désir précisément en est inhabité, déserté -, même dans le besoin de fuir, de s’arracher, de s’expulser, ou dans ce qui au quotidien peut se trahir d’une façon de ne pas tenir à la vie, il y eut une progression. depuis l’enfance à aujourd’hui. mais tout de suite : c’était moi. et il m’étonna que ce ne fut pas les autres. eh bien je parle de… cette façon de ne pas tenir à la vie… s’il y eut, s’il put y avoir l’imagination un jour, une nuit, le fantasme de ce qui se dirait de moi à mon enterrement, en suivant mon cercueil, si cela eut lieu qui me dit quelque chose, ring a bell, c’était il y longtemps, c’était dans les premiers temps. des choses lues peut-être dans des livres théoriques. et cela fut levé, comme on lève un lièvre, par le susdit psy déconcerté, et cela sonna faux, et cela refermait, ce qu’il y aurait pu avoir à dire, sur ce désir, cette volonté, cet impératif. cette intervention de l’analyste, à propos du plaisir que j’y aurais pris à imaginer le désespoir de mes proches, cela me chargeait de cela, cela augmentait la charge, et tentait de réduire ce désir de mourir à une histoire qu’on se raconte pour se faire plaisir le soir quand c’en est tellement loin, cela refermait la possibilité d’une parole. même s’il n’ y en a probablement aucune possible. est-ce que je me mens, est-ce qu’il n’y eut cette pensée, le cinéma qu’on se fait, que la honte de la question de l’analyste, vous vous plaisez à imaginer… a refoulée, rendue dorénavant impossible ? ce qui n’enleva cependant pas. ce qui ne ramena cependant pas. l’envie de poursuivre. l’imagination de ce que des voix auraient dit. de ce qui se serait dit. ce qui se dit de vous après votre mort. aussi quand j’y pense, tant qu’on y est, l’imagination du posthume, de l’écrit posthume. ce qui se dirait, puis, l’écrit exhumé. et donc, il n’y eut pas de désir de punir ? sursaut. c’était il y a très longtemps, son « premier divan », quel âge a-t-elle. punir ? est-ce pour punir que j’aurais voulu mourir ? mais qui d’autre, sinon moi-même. oui, dit l’analyste se levant, qui d’autre.
Blanche, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, se lève à son tour, de sa poche tire les billets préparés, les lui tend en sortant. ce qui est étrange songe-t-elle remontant la rue vers chez elle, ce qui est étrange, c’est que j’ai été furieuse sur l’un de mes deux parents, sur papa ou sur maman, et que je ne parviens plus à m’en souvenir. il y eut un ressentiment profond, qui toujours la ramène à cette scène où, marchant dans la rue vers la boulangerie, elle avait interrogé son frère : tu préfères qui toi, papa ou maman, sa surprise, à lui. et sa fureur à elle, à l’entendre répondre qu’il est sans préférence, elle explose de colère, contre l’un des deux, mais duquel s’agissait-il ? pendant des années elle s’en est souvenue. jusqu’à ce qu’elle oublie. est-ce que l’auteur ici ne pourrait pas décider ? est-ce que tu crois que ça a de l’importance ? ta mère aussi fut sans préférence.
#11 | Portrait de l’auteure en lectrice
— en cours d'écriture —
« Ce qu’elle nous présente comme forme: un écart, une reconstruction fictionnelle, une mise à distance. Ce qui est reconstruit fictionnellement, c’est comment elle l’auteur est séparée d’elle-même par cette reconstruction d’elle qui lui arrive. » François Bon, à propos de Gertrude Stein dans Autobiographie d’Alice B Toklas
donn, nuit
elle marche tout à fait dans le vide maintenant. c’est encore une autre nuit. il n’y aurait presque rien d’autre à dire.
la tête dans l’oreiller. elle marche tout à fait dans le vide maintenant. les consignes se multiplient, ne se ressemblent pas. de la tête elle ne sait plus où. y a la 11bis qui attend. il semble que j’avais déjà parlé de ça, de l’auteure en lectrice.1 or qu’ai-je déjà dit, c’est ce que je ne sais plus et le brouillard de ce que je ne sais plus s’étend à la terre, s’étend à la nuit. or oui tu l’as dit, tu as dit la bonne lectrice que tu as été, t’es abstenue de dire la mauvaise lectrice devenue. car c’est une très mauvaise lectrice l’auteure qu’elle est devenue, très mauvaise. tu dis cela à cause de la nuit. je dis cela à cause de l’exaspération. parce que j’en ai déjà parlé et qu’il faut remettre ça. porctrait de l’auteur en lectrice. commençons comme ceci: elle lut. l’auctrice lut. et ne lit plus ? non, ne lit plus. imagine un personnage rincé de la lecture.
se lever, repousser les couvertures, le chat suit. ce bonheur de descendre les escaliers pieds nus, ces escaliers-là en particulier, est-ce leur hauteur, chaque fois elle se demande. la nuit. elle s’éclaire à presser un doigt sur son téléphone, en maintenir la veille.
elle lut/lut-elle?elle lut/et de l’impossibité de dire comment elle ne lit plus/comment le dire/faut-il le dire/qu’est-ce à dire/elle écrit les mots qu ilui sont venus plus tôt, dans le lit, la tête sur l’oreiller ,elle tente de rattraper les mots pensés, les mots en allés.
des années aurait lu, comme passe-temps. à quelques auteurs près, ça n’aura jamais été que comme passe-temps. tu es dans la nuit de la destruction. je suis dans la nuit. tu es dans la destruction. comme passe-temps. quoi encore ? ça fait bien dans les dîners, où tu ne vas pas. les dîners ? quoi encore ? les événements mondains. quoi encore ? la culture. destruction à tout petit niveau. of course, venant d’elle. qu’est-ce qui viendrait à un haut niveau. of course. je disais donc. elle disait. il y a encore un autre pousse-à-lire. oui, quelque chose de l’ordre d’une croyance. oui. écoute, laissons la croyance en place. tu as raison. laissons. je crois que tu as bien raison.
et pourtant dans les dîners. elle y brille pas l’autrice. sinon par sa beauté ? sinon par son absence. car comme je l’ai déjà dit, l’auteurice, et comme j’ai pas tellement envie de le répéter, l’auteurice oublie les noms d’auteurs ce qui l’empêche de prendre part aux conversations. non mais de cinéaste aussi, etc. de personnages. c’est une tare. c’est une tache. non mais tais-toi, c’est désagréable.
débaptisation de l’autrice
on en est là. on se voit devenir désagréable. qu’est-ce qui de ça s’écrit. est-ce obligé de devenir désagréable. j’ai l’idée depuis quelques jours, qui me trotte, de débaptiser l’auteur. tu ne penses pas qu’il faudrait la débaptiser ? oui je le pense, oui. elle ne s’en sort pas. laissons-lui une chance. ce serait pour son bien. oui, son bien. pensons ensemble à son bien.
il y a des hauts / il y a des bas / jamais de très hauts / jamais de très bas. plus jamais de très hauts, plus jamais de très bas. il y eu. et quand les bas arrivent arrivent (la vérité chère autrice, arriverait alors tout ce qui te motive comme auctrice, arriverait à reculons, a massive train of thoughts aveugle qui revient vers toi prêt à t’écraser),
je vais débaptiser l’auteure et je vais la baptiser du nom de son personnage. bonne idée. oui, c’est pas mal comme idée, c’est vrai. ou on la garderait sans nom. tu sais, je crois que finalement, ça serait encore ce qu’il y a de mieux. oui, moi aussi. ce que je préférerais. tout compte fait. l’auteure, qu’elle n’ait pas de nom, ça ne l’empêche pas d’exister. ni d’écrire. exactement, ni d’écrire, de pianoter. ce qui est dommage ça serait qu’on supprime la scène du baptême. on supprime pas. on a essayé, on laisse. qu’on vienne pas nous dire qu’on n’a pas essayé. exactement.
on y va.
Sonia
au nom de je ne sais quoi et de je ne sais quoi
de la mère ?
ha ha
why not
au nom de la mère et de l’autre mère et de l’arrière-terre,
(au nom du non de la mère)
je te dépabtise
ouf, voilà c’est c’est fait, exit Sonia Delarue.
et exit Sonia Rue.
et exit Sonia Ruhe.
tranquille
exit ce nom.
elle, identique à la nuit qui noircit. exactement.
on garde ça comme titre de chapitre : exactement.
ok.
on retourne à ses lectures ? et ses dîners ?
à ses qualités de lectrice. elle en a cependant quelques qualités ? oui.
une voiture passe dans la nuit.
tu n’as pas donné le nom de ta mère. le nom de sa mère…
la triche elle est que quand même : tu dis l’auteure, ou l’autrice, tu l’as débaptisée mais t’as toujours les moyens de parler d’elle. car parler d’elle, je te dis, je le vois : c’est parler du lien de nuage qui la lie à son nom. tu aurais mieux fait de dire : nom de lauteur.trice : trou. tu aurais encore mieux faite de dire : Sonia Ruhe DelaRue : trou. tu vois que ça tient pas. fais de la poésie, si tu veux dire pour du vrai. c’est pas le point, le point c’est : brode. point brodé pour dire le nom de cette autrisse. ce qu’il faut cerner c’est c’est c’est – c’est quoi ce nom qu’elle a qui est sien qu’elle n’aime pas c’est quoi ce qui la lie à ça comment ça se nomme dit son lien à son nom, unique. et comment ce nom la sépare du monde. c’est beau ce que tu dis. oui. ce nom la sépare du monde. le monde est sans son nom. c’est ça. c’est dans le monde que ce nom est trou. tu sais qu’elle guérira pas. je sais. et tu sais pas d’où ça vient, je sais pas.
alors, parler d’elle en lectrice, c’est aussi parler d’elle et des noms qui pour elle tinrent. tu vois, reviens un peu par là chérie, grimpe un peu les rochers, reviens sur du dur, les noms qui ne s’écoulèrent pas dans la grande nuit de l’oubli. les noms qui furent les piliers de ses cathédrales. de sa cathédrale. une toute petite cathédrale alors. parfois immense. oui. parfois nombreuses.
certains noms tinrent. un certain temps, certains noms d’auteur tinrent. puis quelque chose se défit. faux. puis autre chose commença. elle changea de cathédrale. il va bien falloir finir par le dire.
comment lut-elle. dis le nom de sa mère. comment lut-elle. sa mère, à l’auctrice, s’appelle Lut. sa mère lut aussi. il n’est pas encore temps de parler de sa mère. si tu lui dis joyce, elle est dans joyce. duras ? dans duras. dostoievski ? dans dostoiev. et cætera. elle est dans la matière, elle est dans le livre.
tout ça pas sérieux t’as raison, comment c’est mal vu mal dit mal écrit. pas sérieux.
l’autrice est vraiment perturbée, ça fait des jours que ça dure, alors elle jette les mots qui veulent bien venir sans distinction.
quand elle lit, elle est dans la matière de ce qu’elle lit. tu crois pas qu’on l’est un peu tous. hm. elle croyait qu’il y avait un on. mais c’est de moins en moins certain. au plus ça va, au moins c’est certain, qu’il y ait le moindre on au monde, au plus elle accuse la différence. la différence de quoi. de jouissance. hm. efface.
la vérité, c’est qu’on a déjà écrit le portrait de l’autrice comme lectrice et qu’on doit reporter le lecteur trice au chapitre 0, on a commencé par ça.
de là, on ajoute. donc, comme je l’ai déjà dit, il fut un temps où l’auteur.e retenait les noms d’auteurs et puis un jour fini, elle retient plus. c’est cela. et on attribuerait ça a quoi.
on ne peut pas tout savoir.
une meilleure activité serait de retourner marcher dans le vide.
indeed.
non sans avoir préalablement un peu mâchonné.
et se réjouir un peu de la nuit et des airs d’éternité qu’elle se donne.
exactement.
tu sais de quoi t’as pas parlé ? t’as oublié de dire qu’on était à l’heure où même les moucherons dorment. ça peut pas parler au lecteur. who knows ? il faudrait vérifier cela dans la littérature scientifique (Google), si les moucherons dorment.
tu disais qu’elle ne lit plus. oui c’est mal. depuis quand ? depuis l’internet et les séries. ah ouais. et Blanche ? sa personnage ? si elle ne lit pas, ça sera autre chose. ça sera qu’on cherchera à dire autre chose d’elle. on voudrait qu’elle soit écrite indépendamment de cela. on ne sait très bien ce qu’on veut pour elle. on voudrait qu’elle soit aimée.
inutile de consulter la littérature : les moucherons ne dorment pas.
dormir.
lundi 2 octobre 2023 07:59
paris, nautre nuit, netit matin.
Nous savons tous comment les personnes sont faites, nous le savons. Nous sommes sans ignorance. Connaissance de la labilité, transparence complète sur les fonctionnements, géographies internes, aucun progrès encore à attendre, tout su, tout donné, reçu.
Et donc nous pensons tous nous le pensons que tout sera toujours possible nous le pensons. Nous tous ainsi fûmes enseignés tous.
Or, hélas, moi, Sonia-Blanche D. pourtant doit vous dire que non. Tout, non, n’est pas possible, non. S’agissant de la Honte, avec h, tenez, que nous avons pour habitude, tous, d’écrire avec une majuscule, moi, Sonia-Blanche, D et alors que la Honte, sa localisation dans le cerveau, nous la connaissons, la Honte sa multi-localisation dans le corps, nous la connaissons, non ? Blanche-Sonia vous parlera de sa masse à elle de Honte. Sa masse Honte à elle est localisée de façon immuable dans une impasse de son cerveau, au fond du creux d’un lobe, d’où elle ne se délogera plus, jamais, où, de jour en jour d’année en année, elle durcit davantage s’endurcit et comme elle est prise dans une poche dans un recoin à l’arrière d’un goulot d’étranglement, vous l’avez compris, elle n’en sortira plus. Je voudrais surtout que vous considériez que c’est jamais que cela n’arrivera plus jamais, que cette Honte ne la lâchera pas ne se ramollira pas, ne se diluera pas, ne s’évaporera pas, c’est une chose dont il convient absolument de se convaincre du réel de ça. Elle est née avec cette Honte là là et nul ne l’en délogera. M’opposerez-vous qu’elle n’est pas grosse, sa Honte, je vous répondrai que sa puissance est infinie. Et c’est de l’ombre de sa poche qu’elle dirige le monde de Sonia D Blanche.
nlu tard
quoiqu’il en soit il y aura toujours la honte de Sonia blanche D dont elle ne se départira pas il n’y a là dessus pas d’illusion à se faire
et donc il n’arrivera pas qu’elle vienne vers vous au grand jour qu’elle sorte de son terrier qu’elle s’expose au grand j
et s’il y avait un portrait d’elle à faire en lectrice ça serait vite fait elle ne lit plus il n’arrive plus qu’elle lise son temps de lecture aujourd’hui entièrement dépensé sur internet
elle lut.
lut-elle.
elle lut (comme je l’ai déjà dit, elle lut)
de la littérature, elle en lut.
ne l’ai-je pas déjà dit.
mercredi 4 octobre 23 06:43
n’y aura t il jamais que l’aveu
la honte
in fine
d’autre visée que celle
là
en venir à l’aveu
qu’y aurait-il
d’autre
que pourrait-il
tu vois, va te coucher, te recoucher
et cherche ça
ce qui pourrait contrebalancer ça
souvent quand je me lève la nuit, je
suis amenée à me dire : j’aime marcher pied nus
les escaliers, aussi, les descendre
pieds nus, les monter
pieds nus
- oui oui, tu l’as fait dans l’invention de l’auteur, non non, c’était dans le suivant, le zérounbis, le bloc brouillon, tu avais beaucoup trop parlé de tes lectures, mais déjà dans le zérozéro, le livre sans auteur, t’avais abusé. j’ai parlé d’elle à l’école, et comment elle aima ça mini-salope les livres, comment elle lut, dévoratrice, boulimique, comment elle fut bonne aussi, à bien tout lire, à bien tout retenir, et comment c’est par la littérature et les auteurs et leurs noms qu’elle trouva son introduction à l’histoire (avec un grand h), à la marche du temps. ensuite, j’ai raconté l’accident, les 3 mois passé au canapé, à lire découvrir Duras Beckett et Lacan, et alors à écrire. et certainement j’aurai mentionné le fait qu’elle ne lit presque plus. ↩︎


