dimanche 2 août 2009 · 10h38

l’amour pré-génial

02 08 09

L’amour pré-génial

Cette nuit, rêvé d’A Z et de JP. JP est mon frère. Anne Z  fut un moment une très grande amie. Oui, je l’aimais vraiment beaucoup beaucoup. Elle était en analyse chez l’analyste chez qui je suis maintenant. Rêvé de P-E D aussi.

1/

Je dois travailler pour JP, il m’engueule du fait de mon retard et de ce que toutes les idées, dit-il, viennent de lui. C’est faux. Je lui raccroche au nez, lui disant que dans ce cas, c’est terminé. J’essaie d’expliquer ce qui vient de se passer à mes parents. Je pense lui envoyer un mail pour lui dire que c’est faux, que les idées ne viennent pas de lui, mais de moi, mais je renonce.

2/

Veux voir Anne Z. Sors pour la chercher, suis rue Waelhem (rue de mon adolescence, où habitais avec mes parents et mes frères, à Bruxelles). Au bout de la rue, Anne m’appelle. Elle a l’air en forme. Avec d’autres analystes, ils préparent le prochaine colloque (titre du colloque :  « Le rapport sexuel qui n’existe pas« . Je suis étonnée de ce qu’elle fasse ça. J’en ai honte, je n’en dis rien, mais je m’étonne de ce qu’elle y soit arrivée, à travailler à un colloque, à travailler avec des analystes, à faire toutes ces  choses à quoi je ne ne suis pas, moi, arrivée. Elle me dit : « Oh! mais tu sais, il y a toujours beaucoup d’intendance. » Autrement dit, aimable,  prévenante de ma jalousie, , consciente de ce que je n’aurais pas cru qu’elle puisse arriver à ça, elle me rassure, « Oh, mais sais, t’inquiète, je ne fais rien de vraiment intéressant, il ne s’agit que de travail d’intendance… » Bref, rien dont je puisse être fière, dans mon sentiment vis-à-vis d’elle.

Je vois  P-E D. Un autre ami analyste, qui lui n’a aucun problème avec sa propre ambition. Il me dit qu’il travaille sur le « pré-génital« . Donc P-E travaille sur le pré-génital et le développement intra-utérin. Il parle de l’amour de sa mère qui a été  » … » (mot qui manque). Je voudrais lui parler de l’amour de ma mère à moi qui aurait été « … » mais je ne trouve  pas le mot (plus « adhérent » encore?)

1/ Le « génie » de Jean Pierre. Le (manque de reconnaissance?), le travail que je ne veux plus faire.

2/ AZ et moi – intendantes. Sa réussite, mon échec. Ma jalousie. La réussite de P-E D.

3/ Quand je l’écris, je vois combien l’amour pré-génital, ça fait aussi bien pré-génie-tal… S’agit-il encore du génie dont je parlais récemment (génie de Lacan)? 

génie ≈ génital

dimanche 6 février 2011 · 19h22

rêve : cette pièce a été vidée

« suis sur le palier du grenier de la rue waelhem. une voix féminine me dit, parlant d’une chambre qui était ma chambre d’adolescente, que “cette pièce a été vidée, doit le rester complètement, complètement vide, complètement nue, blanche” avec seulement au sol des coussins pour les personnes qu’elle y reçoit et que personne ne peut pénétrer, et surtout pas de sa famille, en dehors de l’office auquel elle est consacrée. »

c’est très réel, tant qu’au réveil je me demande s’il n’y a pas chez moi aussi une pièce que je pourrais ainsi vider et consacrer à cet emploi.

souvenirs, liens

quelques jours auparavant, soldes pour jules, une tente d’indien toute blanche parsemée à l’intérieur de coussins blancs sert de cabine d’essayage  aux enfants. je me dis que c’est très chouette. et ça plaît beaucoup à jules aussi.

La bataille de Wounded Knee – Jacques Muller, 1996, acrylique sur toile, 122*152

souvent mon père disait qu’il était un indien. un jour je lui dis que non, qu’il n’était (même) pas un indien, ça le met dans une colère étonnante. colère aussi étonnante et forte que celle qui avait été la sienne quelques années auparavant, comme je refusais de débarrasser la table, et qu’il m’avait traitée, enragé, de « païenne« .

in-dien ¤  paiën-ne  ¤  colères du père

l’in-tranquillité du psychanalyste, journée  organisée par l’ecf, à laquelle je m’étais rendue la veille.

in-tranquillité

je raconte ce rêve en séance, et finis par dire  par que la pièce qui a été vidée, dont il est question dans le rêve, est un cabinet de psychanalyste – ce que le rêve même n’avoue pas. l’analyste conclut là-dessus d’un « bon! » et se lève.

dimanche 20 février 2011 · 10h32

rêve : un treillis sur la mer

rêve du 19 au 20 février 2011

avec ma mère. devons longer la mer, pour parvenir quelque part au-delà. mais la longer directement n’est pas possible, trop d’eau, de grandes flaques d’eau (les « petites mers » disait ma tante) laissées par la mer quand elle a reculé, qui contiennent toutes sortes de petits objets de natures diverses et indéterminées.  il n’y a pas vraiment de plage, de sable, on se mouillerait.

devons longer maisons, faire un détour par la rue.  sur la droite – alors que la mer est à gauche. la rue monte. devons, moi en premier, mère suit, passer sur des passerelles instables, faites de bric et de broc,  de vieilles portes, de vieux morceaux de bois, posés sur des cordes, en désordre  les uns sur les autres, sans assemblage. c’est vraiment très précaire. à un moment donné,  la passerelle s’ouvre sous nous, nous laissant suspendues au-dessus du vide, tenons à peine à l’une ou l’autre encoignure dans le mur. une fenêtre s’ouvre, je supplie les gens qui sont là de nous aider, de nous permettre de passer par leur fenêtre.  ils referment leurs volets. sommes au moyen âge. je crie encore. je crie l’âge de ma mère,  je dis « je suis avec ma mère de 80 ans, moi-même j’ai plus de quarante ans« . ils finissent par nous ouvrir, nous laisser entrer. nous continuons notre chemin. il est toujours aussi difficile,  aussi dangereux.

après catastrophe sur catastrophe dans une maison.

suis dans salle de bain. sens de l’eau tomber du plafond, de +  en+ . pense que ça se passe quand on utilise de l’eau dans la cuisine qui y est juste à côté.  vais dans la cuisine, ouvre l’eau, bruit énorme dans salle de bain,  au plafond. j’y fonce elle est complètement inondée. plafond probablement prêt à s’effondrer. cette inondation se propage. il est question du loyer que  nous payons et de qui aura à payer les frais. sommes, je crois, en france, mais fait penser à sous-sol de la rue waelhem. en tous cas sdb et cuisine sont en sous-sol. ne sais pas avec qui j’habite. il y a de la famille, mais aussi de la famille d’aujourd’hui. je pense que c’est Frédéric qui a la bonne idée d’appeler les pompiers. idée que je n’aurais moi-même jamais eue, comme j’en étais déjà à envisager, effrayée, les travaux de réparation qu’il y aurait à faire, peut-être impossibles. mais, à qui que ce soit qu’il incombe de faire les travaux, eux seront à même de juger de la situation. de situer les causes, voire même de faire quelque chose.  je pense que décidément, f. a eu une très bonne idée.

ensuite, les pompiers arrivent. ils sont habillés en treillis tricolores, en tenue de combat. je les vois arriver de loin.

 

la « maison au-dessus du garage », l’hiver dernier, vue du château. à gauche, la porte du garage. à droite celle du poulailler.

sommes maintenant en ardennes, au château. suis en haut d’une voiture qui ressemble à un 4×4, mais qui n’en est pas un. la voiture est noire. les battants latéraux ont été relevés de sorte qu’elle ressemble à un 4×4 ou à un camion, mais ce n’en est pas. je suis sur le toit de la cabine, invisible aux yeux des pompiers. je suis accompagnée d’une petite fille.

les travaux ont commencé. un tuyau est enfoncé dans un trou au sol, dans le garage – dont les portes sont largement ouvertes, qui font presque toute la hauteur et la largeur du mur, ouvrant complètement la pièce sur l’extérieur. je veux descendre du camion, voir ce dont il s’agit.  je veux participer au nettoyage de la chose qui a été remontée.  comme je ne suis pas très habillée,  j’enfile un large vêtement, je cois que les pompiers sont partis. je cours. un pompier me crie « très jolie dans ce survet!  mais pour courir, il faut mettre le bas« . je suis un peu gênée.  je m’approche du trou. la chose est affreuse. je dis « méconnaissable », il faut passer une sorte d’aspirateur dessus pour la nettoyer. elle est si horrible, si peu ragoutante que personne n’en n’a vraiment envie. il n’est pas sûr que cette chose ne soit pas organique, vivante, que sa forme ronde ne rappelle pas la forme d’une tête.

je m’éloigne. bientôt rattrapée par le pompier. je crois que je vais vers le château. le survêtement que je porte est également en imprimé camouflage. il est question de la couleur de la voiture. je crois qu’il est important qu’elle soit noire, et non pas « treillis »,  camouflage. néanmoins, parce qu’elle pourrait être confondue, elle est cachée de façon assez sommaire puisqu’il ne s’agit que d’un assemblage de bâtons qui l’encadrent aux quatre coins, mais elle est dans un lieu sombre (le garage, refermé, le poulailler?) – un peu ainsi que le sont certains papes de Francis Bacon. il s’agit plutôt du signe, du signal d’un cadre, qui délimite plus qu’il ne camoufle, même s’il y a bien un peu de paille, ça et là.

mardi 31 mai 2011 · 12h22

névrose obsessionnelle – « l’idéal et le père sont dérivés du regard »

mardi matin, fin juin mai, peut-être le dernier jour (( peut-être le dernier jour de juin mai.)), allez savoir.

je pense que je l’ai déjà dit, je n’aime plus écrire ici, je continue, pourquoi, parce que je sais crois que je le dois, pourquoi, je ne sais pas, pourquoi, parce que j’ai fait une analyse, qu’elle a duré très longtemps et que je ne sais pas comment en finir.

je ne sais pas si vous avez lu le 14 ème cours de jacques-alain miller, non? non. oublions, oublions donc et le 14ème cours et tous les autres cours.

je, suite, autre cause : parce que toute ma vie j’ai pensé que je serais psychanalyste un jour haha haha haha mais que ça ne se fait paspas paspas paspas.  à cause de quoi ne suis rien ni personne, ce qui n

bien, souvenons-nous plutôt de la névrose obsessionnelle pour un instant, et passons allègrement outre ce que je viens de dire pour tourner retourner au 14ème cours. Le cours à propos de montpellier, montpellier où, il fut question des névrosés obsessionnels et du regard.

[la semaine dernière, quand j’ai vu, quand j’ai été parler à celui qui peut-être me sert d’analyste, mais après tout je n’en sais rien, ils ont parfois tellement fait les mystérieux avec moi, les analyste parisiens, non parce qu’ils étaient parisiens, mais parce qu’il venaient après l’analyse de treize ou quatorze ans qui s’étaient tenue à Bruxelles, avec un seul et même analyste, ceux qui vinrent après, eh bien, firent les mystérieux, firent même et surtoutT mystère sur le fait que j’étais ou non en analyse avec eux, moi qui ne conçois a priori pas d’autre relation avec un analyste, lorsqu’elle se tient dans un cabinet et sur une base ultra-régulière et qui plus est contre menue monnaie, d’autre relation que d’analyste à analysant… je ne dis pas que ça ne soit pas un truc très en v(a)gue avec les analystes, de faire les mystérieux, mais enfin, que ça aille jusqu’au point qu’ils ne veuillent pas même mettre de mot sur la relation qu’ils paraissent presque consentir avoir avec moi…]

en colère en ce moment crois-je

donc, la semaine dernière au lieu de lui dire à celui dont je suppose qu’il est mon analyste, mon supposé-analyste, mon  par-moi-supposé-analyste, pourquoi j’avais ressenti de la fureur contre lui, je lui ai raconté la scène d’ALIX :

j’avais onze ans, ai-je dit, mais cela n’est pas du tout sûr, j’ai lancé ça au grand hasard, à l’âge de onze ans, lui dis-je donc, me prit un drôle de truc, je lui parle de  « première intrusion », d’une extrême bizarrerie dans mon comportement, et d’une bizarrerie, dirais-je, privée, un truc que je ne pouvais pas m’empêcher de faire dans la salle de bain de la rue tiberghien, ((  la salle de bain du rêve du geyser, celle à laquelle pour parvenir il fallait traverser la première pièce de l’atelier de mon père, celle où il avait son canapé, ce canapé sur lequel il me lut la bible, la pièce d’où un geyser jaillit, que je traverse dans le rêve, non pas le geyser, bande de, la pièce, pour arriver dans la salle de bain où manque le lavabo, où le lavabo a disparu, dont le lavabo a été ARRACHE, ce qui me fait penser que c’est la fin, vraiment, qu’on ne s’en sortira plus, la fin de la maison LLUMER, et que ces travaux, non, on n’arrivera pas à les faire ))  celle où je pris des bains avec mes frères en maillots de bain sans que pourtant ça n’aie empêché nos parents de se fâcher sur misérables nous, brimborions d’enfantiaux, dans cette salle de bain donc, à une époque où ma mère ne me lavait plus, mais où je me lavais seule, où ma mère ne passait plus sur mon corps et de la tête au pied un gant de toilette, pour me sécher, au sortir de la baignoire je m’agenouillais au sol, mon buste sur mes genou, les bras le long de mon corps, le visage au sol, cette une pose de yoga tiens en fait, je pourrais trouver une image de ça sur le net, mais je ne connais pas son nom, je m’agenouillais mettais mon visage au sol, mes bras le long du corps, et sous une serviette qui entièrement me recouvrait, sur mon dos par moi là mise, j’attendais de sécher.

et je crois qu’au loin, je pensais à une image dans Alix, où une jeune femme, princesse nue au milieu d’une arène de regards par un homme se voit humiliée, il donne un coup de couteau dans sa robe, à l’épaule, et oups, elle se retrouve nue, devant toute l’assemblée, s’effondre lentement sur elle-même, s’agenouille au sol, se replie, et une fois qu’elle est là, nue, prostrée,  Alix, magnanime, jette sur son corps un bout de tissu.

j’ai donc raconté ça, parce que je ne l’avais jamais raconté, au moins m’en souvient-il, parce que ça n’avait jamais trouvé à s’insérer dans le fil de mes heures de papote en séance.

 

Au fond, […]  à propos d’une phrase clinique de Lacan : « arracher l’obsessionnel à l’emprise du regard ».

Et ça ne va pas de soi, qu’on puisse dire que ce soit là l’essentiel. On dirait dans la psychanalyse qu’il s’agit de l’idéal du moi, l’instance qui surveille et qui juge, on évoquerait l’homme aux rats, qui à un moment spécial de sa jouissance s’en va ouvrir la porte pour voir si son père n’est pas là. Ce que Lacan indique, au contraire, c’est que le père, le grand I de l’Idéal-de-moi, ce sont des fictions, ce sont des fictions qui permettent de méconnaître ce qu’il y a à la racine, qui est la présence du regard.

Le réel du symptôme obsessionnel – c’est pas le père, c’est pas l’idéal-du-moi -, le réel du symptôme obsessionnel que Lacan nous invite à atteindre c’est le regard – l’idéal et le père sont dérivés du regard.

C’est dans ce sens que Lacan peut dire que la vérité est sœur de la jouissance, sœur cadette – c’est-à-dire qu’elle vient après. Mais il y a d’abord la jouissance. Ce qui vraiment inverse l’ordre sublimatoire dans lequel l’orthodoxie psychanalytique – y compris la lacanienne – nous a appris à penser.

14° cours de Jacques-Alain Miller, 25 mai / le point de capiton de Montpellier / tripartition de consistances cliniques

dimanche 19 août 2012 · 21h43

je vole sa perruque à une cancéreuse en traitement

Abominable rêve cette nuit. « vole » sa perruque à une cancéreuse en traitement
La mets.
Veux me couper tous les cheveux.
Mais ne veut pas qu’un coiffeur le fasse, car on s’apercevra que j’ai des cheveux sous ma perruque. 
Je crois que j’ai une sorte de faux crâne rasé greffé sur mes cheveux sur lequel est posé la perruque de la cancéreuse. A moins que ce faux crâne ne soit intégré à la perruque.
Bref, je ne veux pas qu’on y tire de trop et qu’on s’aperçoive de la supercherie.
 
Je veux cependant me couper les cheveux, et il me semble que j’envisage cela comme quelque chose de menaçant pour mes parents. Comme quelque chose de terrible comme un mal que je me ferais. Je veux que la marque de la brutalité de cet acte se marque de façon visible et dramatique pour mes parents. Je commence donc à me couper les cheveux sous la perruque et le faux  crâne. Ça se passe dans les mansarde rue waelhem.  J’ai l’idée que je dois me couper tous les cheveux pour retrouver ma couleur naturelle. Je me demande quand même comment ça va m’aller. Je ne sais pas si je dois les raser complètement ou tout de même en laisser un peu.
Je me montre à mes parents ou mes parents me découvrent dans la salle de bain de la rue waelhem.
 
éléments d’interprétation
#sefairedumal  Je retrouve là quelque chose que je n’aime pas chez moi qui  consiste à me faire du mal pour faire du mal à l’autre. Ou « d’exiber », dans les moment de folie, les moments de plus grande confusion le mal que je me veux, que je me fais. Et d’en accroître la cruauté. Comment est-ce qu’on appelle ça? Cela n’empêche que je me suis souvent fait du mal sans que personne n’en sache rien. 
#vol « ma fille est une voleuse » – je suis une voleuse – j’ai commencé voleuse
#voldemaladie de qui volé-je la maladie
#usurpatrice
#usurpatricedemaladie
dimanche 2 décembre 2012 · 23h20

J’aurais tué Nathalie F.

On découvre que Nathalie F. a été tuée. On découvre le cadavre de Nathalie F. dans une cave (la cave de la maison familiale rue Waelhem à Bruxelles). Je sais alors que l’on va tôt ou tard découvrir que c’est moi, que je suis l’auteur de ce crime. Je ne m’en souvenais plus. Je l’avais oublié. C’est arrivé malgré moi. Je me souviens que j’avais alors pensé que je serais un jour découverte et que j’irais en prison, mais que je l’avais oublié.
La police fait des recherches. Elle fouille toutes les maisons à la recherche d’indices. Elle finit par trouver quelque chose. Je ne sais plus quoi. Mais quelque chose qui la mènera immanquablement à moi. Je vais aller en prison. Il va m’arriver ce dont j’étais sûre qu’il m’arriverait un jour. J’irai en prison pour meurtre.
J’habite avec mes parents. Ils disparaissent à l’annonce du crime. Mes parents et mes frères. Je crois qu’ils ne veulent plus me voir.
Mais ma mère vient. Elle me dit quelque chose comme « Mais c’est bien normal, vu la façon dont elle t’a traitée. Ce qu’elle t’a fait. » Je lui dis que je ne m’en souviens pas. Elle dit « Quoi, tu ne t’en souviens pas?! » Je lui dis que non, que j’ai un vague souvenir de la scène. Elle allongée. Moi…
Je lui dis: « Tu crois vraiment que c’est moi, qui l’ai tuée ?» Elle en est sûre. Mais comment expliques-tu alors que Nathalie F. soit toujours en vie? Que je l’ai retrouvée (dans un rêve précédent) même si nous n’étions pas particulièrement amies. (Note de relecture en janvier 2025 : Je ne comprends pas du tout ce que j’écris ici. Je dis dans ce rêve à ma mère que Nathalie F est toujours en vie parce que je l’ai vue dans un rêve récent? )
Elle ne répond pas. Nous passons devant l’atelier de mon père. Je vois d’abord Marc, puis mon père, très jeune. Je passe. Continue à monter les escaliers. Je pensais qu’il n’était pas là et qu’il ne voulait pas me voir, mais il m’appelle, me rejoint. M’exprime sa sympathie. Je me demande si ne vais pas appeler un psy pour lui dire que je ne me souviens de rien du tout et pour me faire conseiller un avocat qui soit sensible à la cause analytique, qui en sache un bout.
Je suis conduite en prison, c’est la fin de la liberté. Je savais que ça arriverait un jour mais j’avais oublié. Je l’avais toujours craint, je le crains encore. Mais je me demande si je ne dois pas le prendre à la Nietzche – « Vouloir ce qui vous arrive » ou Spinoza – Joie.
Je crains tout de même que ce ne soit très douloureux, la prison.

Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ce rêve. J’en ai été très étonnée. Je n’imaginais pas que je puisse me vivre comme quelqu’un qui aurait tué quelqu’un et qui devrait en être punie, qui en serait punie de prison.

Je me vis assurément en prison, et je suis mon seul gardien (ou presque).

Mais.

Nathalie F., ma meilleure amie, mon amie d’enfance. Qui revient régulièrement dans mes rêves. En particulier ceux de « Doutes d’août », dont je ne pense pas qu’il soient sur ce blog, mais sur un autre. Sur Delta, probable. L’heure de nulle part. Ah, le voilà, je l’avais renommé « Août adouci« . (On le trouve maintenant ici aussi : Doutes d’août (août adouci))

Oui, j’aurais pu être amenée à repenser à elle, récemment. Vendredi soir, plus exactement, lorsque j’ai rencontré un jeune homme parlant de Duras et qui se nommait N. Granger1NOTE DE RELECTURE (2025) : Nicolas G, Nicolas Granger ? L’acteur ? Mais comment ai-je pu le rencontrer ? Je n’en n’ai aucun souvenir… C’est incroyable. .  Ce qui m’a fait repenser au fait que j’avais autrefois pris le pseudo de Nathalie Granger, ayant alors oublié le film de Duras, du même nom. Je ne me souviens plus de ce film, en réalité. Et peut-être y a t-il également eu un livre. Je ne m’en souviens que très peu pour la bonne raison que je ne l’ai pas vu, ou pas entièrement. C’était encore à Bruxelles, mais déjà avec F. Nous le regardions un après-midi me semble-t-il, au lit, et nous nous sommes endormis. Ou autre chose.  J’ai retenu qu’il y était question d’une meurtrière. Mais, je peux me tromper.

Ce qui donne Nicolas Granger –> Nathalie Granger (meurtrière de Duras) –> Nathalie F

Et le grand G (de GrandGer), il en a déjà beaucoup été question ici, et ailleurs d’ailleurs, le grand G de l’impossible point G.

Je pourrais prendre Nathalie du côté de double. D’abord parce que  j’ai moi-même un moment utilisé le pseudo de « Nathalie Granger », ensuite parce que j’ai probablement vécu cette amitié avec Nathalie entre mes douze et quatorze ans je dirais, dans cette modalité inconsciente-là. Ce thème du double, il en a également été pas mal question dans mes lectures récentes, celles d’Iris Murdoch dont peu parlé ici,  et celle de Miller, à propos de Lacan, puisqu’il m’a pris de commencer à publier sur le net son cours Vie de Lacan, où il est question de la « paranoïa » de Lacan, sa « paranoïa renoncée », ce qui m’avait autrefois, à l’époque où c’était prononcé, beaucoup impressionnée, et m’impressionne encore.

Paranoïa renoncée, en tant que renoncement, via son enseignement, à la passion d’être seul. Plus tard, cette année-là, Miller parlera de la « paranoïa inversée » de Lacan : en effet, pour lui, Lacan, c’est l’Autre, le grand Autre qui est bon et lui… qui est méchant : « Lui, il assume d’être le méchant de l’affaire, il assume si je puis dire un « je suis méchant » ». 

[Sur la « paranoïa renoncée » de Lacan – cours de Jacques-Alain Miller du 17 février 2010: https://viedelacan.wordpress.com/2010/02/17/iv-lacan-contre-tous-et-contre-lacan/
Sur sa « paranoïa inversée »  – cours du 24 mars :
https://viedelacan.wordpress.com/2010/03/24/vi-lacan-mechant/ ]

Enfin, c’est une parenthèse et je m’égare puisque cette « paranoïa » de Lacan, il ne me semble pas qu’elle m’avance aucunement dans l’analyse de ce rêve. (Si ce n’est que pour ma part je ne renoncerais pas à ma « passion d’être seule » en enseignant, ou je ne le ferais pas jusqu’au bout… Et qu’il faut donc continuer d’analyser ses rêves et de tenir ce blog…)

Alors, ce matin, je repensais à tout ça, à l’appel d’un psychanalyste pour un avocat, à l’analyse que j’ai vécue comme un procès sans en avoir la moindre idée du crime commis (voir Kafka aussi), à mon oncle parano, à son procès à lui, etc.

Ce que je n’ai pas noté du rêve ce matin, c’est que le meurtre se serait passé dans une cave de mon enfance, dont j’ai déjà beaucoup rêvé. Ce que je suis mal arrivée à noter parce que je n’arrivais pas à m’en souvenir dans le rêve non plus, ce sont les circonstances, les raisons de ce meurtre, et le fait que je ne le voulais pas. Je « réfléchis » beaucoup à ce que l’on fait malgré soi en ce moment.  De même, n’ai-je pas noté, parce que ça m’embêtait trop, que ma mère m’avait parlé de la honte que m’avait fait Nathalie, la trop grande honte.

Enfin, Nathalie toujours en vie puisque vue dans un rêve récent (dis-je à ma mère), Nathalie peut-être tuée par moi et moi en prison, mais toujours en vie puisque je rêve toujours d’elle.

Pourquoi est-ce que je rêve de Nathalie? 

Nathalie a été une des seules amies que j’ai quelquefois eues.

J’ai donc noté ce rêve parce qu’il me semblait trop différent de tous les autres. Mais est-ce qu’il n’en n’est pas toujours ainsi.

Jusqu’à présent je me rêvais plutôt tuée que tuant(e).

Notes en bas de page

  • 1
    NOTE DE RELECTURE (2025) : Nicolas G, Nicolas Granger ? L’acteur ? Mais comment ai-je pu le rencontrer ? Je n’en n’ai aucun souvenir… C’est incroyable.
jeudi 21 mars 2013 · 12h09

recette italienne

Le rêve

Rêve du 13 au 14 mars 2013

Titi,  et puis aussi mes parents vont venir chez moi. JF et JP, mes deux frères aussi probablement. Je prévois que nous mangerons au restaurant le premier soir et que le lendemain je ferai une recette italienne. Cela se passe avenue Paul Deschanel, c’est mon premier appartement, au quatrième étage, j’avais une vingtaine d’années.

Puisque je vais cuisiner, je dois faire des courses. Je suis maintenant dans le quartier de mes parents, rue Waelhem, celui que je viens donc de quitter pour habiter seule. Dans une rue inventée par le rêve, je trouve une épicerie italienne. C’est un quartier qui appartient aux rêves, qui m’y ramène régulièrement, on y parvient en bifurquant dans la chaussée d’Helmet. Je décide d’y acheter tout ce dont j’ai besoin pour la recette. A l’intérieur de l’épicerie, je me rends compte que j’ai oublié de prendre la recette. J’en parle à l’épicière, la décris comme très longue, lui dis mon intention d’en acheter chez elle tous les ingrédients. Elle s’y intéresse, voudrait la voir. Elle va la cuisiner et mettra le plat en vente, dans des barriques.

Quand je retourne au magasin avec la recette, j’en profite pour (oser) la lire. Je m’aperçois qu’elle n’est pas si difficile que ça : essentiellement composée de 4 sortes différentes de pâtes et de crevettes qu’il faut décortiquer – en quoi consiste finalement la seule difficulté de la recette. Je laisse la recette à l’épicière. Je lui achète 2 bouteilles de vin.

Il y a également un livre que je voudrais acheter. Je monte la chaussée d’Helmet, toujours dans le quartier de mes parents, à la recherche de la librairie. Je ne la trouve pas, ni le livre.

Puis, je vais à Louvain chez ma tante. Je pense que mon intention est d’y faire des courses. Or, elle est toujours à son appartement.  Elle n’est donc pas encore partie pour Bruxelles. Je me demande comment elle compte y parvenir (puisqu’elle doit y venir me rendre visite). Je me demande quelle est la durée du trajet Louvain-Bruxelles. Je pense qu’il s’agit de vingt minutes. Elle revient de chez les morts, bien sûr. Encore un peu blême et peut-être fragile. Mais est bien elle-même, allongée sur son divan, odalisque avec son fume-cigarette.

Éléments d’interprétation

Les lieux

L’appartement au quatrième étage de l’avenue Paul Deschanel, mon premier appartement.
Le quartier de la rue Waelhem, où j’habitais donc juste avant. La chaussée d’Helmet où nous faisions nos courses.
Le quartier imaginaire. Je le retrouve en rêve, en bifurquant sur la droite dans la chaussée d’Helmet. En prolongeant une promenade que je faisais parfois avec mon père. Qui m’y avait fait découvrir une cité ouvrière, en briques (le foyer Schaerbeekois).
Louvain, où ma tante habitait, à 20 minutes en train de Bruxelles.

les pâtes fraîches / l’homme aux cervelles fraîches

Les pâtes fraîches qu’il faut à la recette m’évoquent d’abord les « cervelles fraîches » de « L’homme aux cervelles fraîches » – ce cas  d’un certain Kris, Ernst Kris, plusieurs fois commenté par Lacan. C’est une lecture lointaine, dont il ne me reste que peu de souvenirs. Un patient qui se soupçonne de plagiat se voit réfuté par son analyste, à qui il avoue alors abruptement que tous les jours en sortant de sa séance, il fait un détour pour reluquer des menus de restaurants, et spécialement celui où il font de la cervelle fraîche, son plat préféré. 

« Alors comme saisi d’une illumination subite, il profère ces mots : “Tous les midis, quand je me lève de la séance, avant le déjeuner, et avant que je ne retourne à mon bureau, je vais faire un tour dans telle rue […] et je reluque les menus derrière les vitres de leur entrée. C’est dans un de ces restaurants que je trouve d’habitude mon plat préféré : des cervelles fraîches.” » – Lacan J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p.397.

Lacan parle d’acting out. L’homme signifie à son analyste que ce n’est pas ça, que quelque chose ne passe pas qui ressort de la pulsion, de l’objet a de la pulsion orale.

Au lendemain du rêve, « pâtes fraîches » donc m’évoque d’abord ça, les « cervelles fraîches » de Kris.

4 sortes de pâtes / 4 ≈ 40 ≈ Guerre ≈ Identification ≈ Un

Bon. Il faut ne faut pas seulement des pâtes fraîches, mais il en faut 4 sortes. Et je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi 4?

De quatre, du chiffre 4, il est souvent question dans mes rêves, dans mes interprétations. A l’époque du « rêve du 4X4 », je l’avais fait correspondre à 40, à la guerre quarante. Je parlais alors d’une « date identificatoire à laquelle mon être s’était figé ».

C’est difficile à résumer. Mon père se disait « névrosé de guerre ». Moi-même, lors de ma première année de collège, lors du premier cours d’histoire sur la ligne du temps qu’il nous était demandée de tracer, je n’étais parvenue à pointer que 0/33 – 14/18 et 40/45. C’était mes trois dates. Cela m’est resté. J’avais d’abord placé 40/45, puis 0, puis 33, j’avais ensuite pu ajouter 14/18, l’autre guerre. Il me semble encore voir cette flèche. De même que je me vois encore assise, à ce banc-là, d’école. Et… ma consternation.

D’autres interprétations, d’autres rêves, m’avaient menée à écrire, à pointer la guerre de la lettre G, du point G ( il y avait eu le rêve du GSM,  fait encore en Belgique et, beaucoup plus tard, le rêve du caddie, et je peux donc écrire cette équivalence :

4 → 40 → G → I → 1
4 = 4 ≈ 40 ≈ Guerre ≈ point G ≈ Identification ≈ Un

Curieusement, ces signifiants, ces S1, ces signifiants premiers – comme par exemple ce  4 qui revient, se présente et représente, sous différentes guises -, c’est-à-dire ces mots, ces morceaux de mots, ces syllabes, auxquels se lient mon être, tiennent, traversent les années, me poursuivent. Ces signifiants que je repère, que j’interprète. Qui se donnent vides de leur signification propre sans qu’ils soient vides de toute signification. Et qui se lient les uns aux autres par leurs résonance, leur son, leur réson, indépendamment de leur sens. Comme dans les mots croisés. Et qui font la matière du rêve, la tissent.

Ces signifiants, qui se repèrent par leurs lettres, et qui s’inscrivent dans mon histoire, paraissant y commander, de façon totalement inaperçue, inapercevable, sinon dans cette lecture à la lettre d’un rêve.

La façon dont j’interprète aujourd’hui le quatre, le quarante, va à l’encontre d’une réponse que m’avait faite autrefois mon analyste, mon premier analyste, réfutant que mon histoire puisse s’être arrêtée à cette date-là, de la guerre, 40.

C’était en 1998, je venais de traduire, pour la revue de psychanalyse Quarto, un article de Rivka Warshawsky, Du zéro au septième million : Israël et l’Holocauste. L’auteur y témoigne de sa vie de psychanalyste en Israël et d’un analysant de la deuxième génération après l’holocauste, dont la vie est toute de douleur et de répétitions.

«Cependant, écrit-elle, à certaines conditions, la répétition peut « passer » au témoignage. Ces conditions impliquent le signifiant du trauma. Le signifiant traumatique est le trait unaire de l’inhibition. Dans la vie de l’analysante dont je parle, cet « un » trait de l’inhibition se répétait à l’infini, souffrance et frustration s’étaient faits mode de vie. Que fallait-il qu’il arrive au sujet pour qu’il soit soulagé ? « Pour que le nombre passe de la répétition du 1 de l’identique à sa succession ordonnée, pour que la dimension logique gagne décidément son autonomie, il faut que sans nul rapport au réel le zéro apparaisse. » Le témoignage a le pouvoir de mettre un terme à la répétition.»

Au fond, j’avais interprété et extrapolé ce texte : au départ du souvenir de ma ligne du temps où j’avais le sentiment de n’être jamais arrivée à écrire qu’une seule date, 40, il m’avait semblé pouvoir dire que quelque chose en moi était figé, s’était figé dans cette guerre de quarante, m’obligeant à la répétition. La question qui s’ouvrait pour moi était celle d’un accès à la succession (de la sortie du cardinal, du passage à l’ordinal) par l’instauration du zéro, ainsi que le développe Warchawzky, s’appuyant d’un texte important de Jacques-Alain Miller, « La suture ». Comment pouvais-je poser un zéro qui me sorte de la répétition du même. Comment se concevoir, s’inscrire comme zéro. Je partais du constat de ma propre inhibition, de mon propre temps arrêté, figé. Mon analyste avait balayé ça, me disant que « j’avais le zéro » (puisque sur la ligne du temps, j’avais écris zéro), et que donc, j’étais « introduite à l’histoire ».

Faut-il que j’y voie une « erreur d’interprétation» de mon analyste à rapprocher de celle de Kris, qui trop vite dit à son analysant que non, il n’était pas plagiaire, que ce qu’il faisait était réellement original. Placage trop rapide suivi donc de l’acting out où l’analysant profère ces mots où il est question de cervelles fraîches. L’analysant, dit Lacan, venant montrer ce qui ne rentre pas dans la réponse de l’analyste : la livre de chair, les cervelles fraîches, et le désir d’elles dont il ne sait rien, qui le dépasse, les dépassent tous les deux et relève de la pulsion orale, de l’objet a.

L’erreur de mon analyste, de ne pas avoir voulu entendre ce que je cherchais à pointer de mon rapport énigmatique à l’histoire, peut-elle être rapprochée de celle de Kris et s’est-elle vue suivie d’une acting out? Cela, je ne le sais pas et cette « erreur » remonte maintenant à trop longtemps… Cependant, je retiens : au patient de Kris les cervelles fraîches, à moi les crevettes et la difficulté de les décortiquer.

la recette indienne

La veille du rêve, j’étais arrivée à cuisiner tranquillement, sans recette, ni angoisse. En cuisinant des légumes dont j’avais eu envie, que je ne connaissais pas.

Aujourd’hui, l’envie de manger commence à me revenir, me semble-t-il. Cette envie dont je me suis battue des années pour me départir, ayant vécu à l’adolescence des années assez difficiles de boulimie, lesquelles avaient rapidement succédé à une forme larvée d’anorexie (régimes extrêmes). Ce furent des années lourdes où je trainais seule avec mon obsession de nourriture et dans le dégout constant de mon corps. Le goût de l’alimentation m’en est passé. Je n’en garde que l’aspect mortifère. Que j’aie la veille du rêve préparé un repas en me laissant guider par ma seule improvisation et mon envie est assez exceptionnel et pouvait provoquer un rêve.

Au fond, c’est dans ce premier appartement de l’avenue Paul Deschanel, où le repas va avoir lieu, que j’appris à vaincre la boulimie. Je n’avais plus de frigo à vider (je me gardais de le remplir) et je me suis mise à écrire jour après jour  tout ce que je mangeais. C’est aussi à ce moment-là que je me suis mise à la lecture de Lacan, du séminaire II, celui sur le moi.

Tandis qu’en réalité, et j’ai mis du temps à m’en souvenir, il  y eut un tel repas, une première invitation à dîner dans ce premier appartement, un dîner somptueux, au départ de recettes indiennes trouvées dans de Marie-Claire, et où ma tante cependant ne fut pas invitée, mais Marc H. Cela avait représenté plusieurs jours de travail. Je me souviens de la cagette de mangues très mûres, achetée chez l’arabe (plutôt que l’italienne), dont j’avais fait un chutney et des confitures. Je me souviens qu’il y avait également deux sortes différentes de biscuits (contre les 4 sortes de pâtes), très réussis.  

Avant que je n’emménage là, il y avait eu une période où je n’étais plus inscrite à aucune école et où je ne travaillais pas. Je ne me souviens plus des circonstances exactes. Comme je vivais chez mes parents, comme j’avais des choses à me faire pardonner, j’avais proposé de faire à manger à la place de me mère, pour la soulager. Ne sachant pas cuisiner, je suivais des recettes. Et tous les jours j’allais faire des courses et, comme dans le rêve, je montais la chaussée d’Helmet avec mon caddie.

Je faisais donc des petits plats spéciaux et récoltais beaucoup de compliments. Cuisiner m’a paru facile, il suffisait de suivre les recettes à la lettre, ce qui ne me posait aucune difficulté. Il y avait cependant une sorte de sentiment désagréable lié au fait que j’aurais mieux cuisiné que ma mère. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. C’est là que j’ai appris à cuisiner. C’était beaucoup de travail. C’était faire quelque chose à la place de ma mère et sans qu’elle me l’ait ni enseigné ni demandé. Je ne souviens plus de sa réaction, son attitude vis-à-vis de ça. Je me souviens chez moi d’un sentiment triste et calme de faire ce que je devais faire, de payer (pour ma présence). Tandis que mes succès culinaires succédaient aux ratages dont ma mère n’avait cesser de s’accuser : « C’est raté », s’obstinait-elle à répéter jour après jour en nous servait à manger.

L’invitation à dîner lors de mon aménagement avenue Paul Deschanel, c’était une forme de  répétition de ça. Une occasion restée unique, où j’étais maintenant à ma place.

Beaucoup plus tard, quand je me suis installée à Paris avec les enfants de F, c’est là qu’est née la très grande angoisse de cuisiner, liée à cette place que je prenais, de mère (même s’il ne s’agissait que de belle-mère). Une place absolument insupportable. Je n’arrivais à cuisiner que rarement, jamais sans l’aide d’une  recette, et je pris l’habitude de servir les plats avec les mots de ma mère : « C’est raté ». Elle l’avait fait dans la plus grande placidité, je prenais sa relève en ayant la plus grande peine du monde à contenir ma rage.

crevettes à décortiquer

Crevettes,
petites crevées à décortiquer,
petites rêvettes roses,
bébêtes. 
Crécett
es

Qu’est-ce qui se dit ici de la pulsion orale ? La coïncidence avec le cas de l’homme aux cervelles fraîches, est-elle à prendre en compte? Ce cas qui m’a toujours un peu interloquée, sans que je sache en quoi. Ça se passe autant au niveau du vol (j’ai été kleptomane), du plagiat, que de l’erreur, des cervelles fraîches, et les diverses interprétations de Lacan, notamment celle sur le rien. Ce qui n’est pas noté par l’analyste, dit-il, c’est que son patient vole : rien. Ailleurs, il parle je crois du dégoût du patient pour ses propres pensées et d’anorexie. Qu’en est-il de mon rapport à la psychanalyse ? Mes décorticages de rêves ? Ces crêvettes ? Se situe-t-il lui aussi à ce niveau-là, de la pulsion orale, de la boulimie ? Je n’ai jamais aimé décortiquer des crevettes. Je déteste même ça. C’est typiquement quelque chose dont j’attends qu’on le fasse pour moi. Idem pour les plus gros crustacés, idem pour le poulet. Le décorticage est un obstacle à l’avalage, à la gloutonnerie. C’est du boulot. Un boulot ici prescrit par la recette. La recette répond à l’angoisse, répond de l’angoisse. La recette qui est de l’Autre. La recette à la lettre, la recette, sa mesure. L’angoisse de préparer à manger. Cuisiner sans recette, c’est pour moi cuisiner sans filet. Les circonstances où je me prête à improviser sont très rares. C’est ce que j’essaie en ce moment. Aussi : retrouver l’envie.

L’Italie / Vis ta lie

Dérive

Italie – Nathalie.
Nathalie amie d’enfance depuis longtemps dans mes rêves.
Et puis aussi… hier sur YouTube des  éruptions volcaniques, de l’Etna, du Vésuve, en Italie…
Et, Talie est le nom d’un personnage que j’ai écrit autrefois, je crois, peut-être dans l’histoire du pays de Blanc (auquel je pensais hier).
Ditalie, je m’en souviens, nom curieux d’un chien. Ditaly. Non, Vitaly. Ou Vitalie ? Une histoire de chiens, de cirque, de gens qui vivent dans la rue. Longue et triste que j’aimais beaucoup. Retrouver le titre de ce roman, auquel je pensais il y a quelques temps.
Est-ce que j’ai encore ce livre dans ma bibliothèque ? Hector. Le nom de l’auteur. Malot ? Non. Hector Malot.  Non. Consultation de l’internet : Oui ! Hector Malot existe ! Le livre n’est plus dans ma bibliothèque. Dis-moi Google quel est son titre ? 
« Sans famille »!
Maintenant vérifier nom du personnage qui ne devait pas être un chien.  « Vitalis ». 
« Vitalis », tel était son nom, en vérité.

(Retrouver cette histoire, la lire à Jules).

Titi

Titi. Quel est son rôle dans le rêve? C’est elle d’abord qui est invitée. Je prends le train pour aller chez elle à Louvain. Vingt minutes de Bruxelles. Y faire encore des courses. Elle est là, revenue des morts, mais c’est bien elle. Je me réveille.

Titi est une sœur de ma mère. C’est ma tante préférée. Elle était blonde, rieuse, pleine de vie. Je passais tous les ans des vacances à la mer avec elle. Il m’a toujours semblé que c’est grâce à elle que j’ai connu quelque chose de la douceur de vivre. Mes parents étaient bien plus inquiets, sérieux, l’économie et le péché sur le bout de la langue. Avec elle, nous restions des heures sur la plage à ne rien faire sinon bronzer et papoter, mangions des crêpes, des glaces, des fraises. Achetions des vêtements. Fumions et faisions du vélo. Le soir, regardions la télévision.

Ma mère, qui avait tendance à confondre tous les noms, m’appelait quelquefois du vrai prénom de ma tante, Jéfa (pour Jozéfa). Il est arrivé qu’elle me dise que je préférais certainement ma tante ou que j’aurais préféré que ma tante, que Titi, soit ma mère. C’était très désagréable à entendre. Mais, il y avait chez ma tante une présence, une consistance qui manquait un peu à ma mère. Elle me parlait. Nous nous parlions. Elle avait des demandes, là où ma mère ne demandait rien. Je n’ai que peu de souvenirs de conversations avec ma mère. Il s’agissait d’abord de son silence. Mais elle aimait à me consoler. Elle trouvait ses mots dans la consolation.

Pourquoi ce rêve?

Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se recouvre du rêve et de cette représentation (mon interprétation)?

Récapitulons. J’aurai fait ce rêve à cause du repas préparé la veille, et de ma réflexion à propos de l’envie de retrouver l’envie, le goût, pour arriver à pouvoir cuisiner sans angoisse. Ma tante est certainement du côté de cette envie. Dans le rêve, une recette vient, une recette est là. Elle est neuve, inédite, simple, elle sera bonne. Elle est longue. Elle vient après le restaurant, le restaurant du premier soir. D’abord il y a eu la cuisine de l’Autre, maintenant, c’est la mienne – enfin, d’après recette…

« C’est qu’il puisse avoir une idée à lui, qui ne lui vient pas à l’idée, ou ne le visite qu’à peine. » Lacan, à propos du patient de Kris.

Rapprochons la recette de la psychanalyse, la psychanalyse comme texte d’aménagement d’un mets délicat, la cervelle fraîche (que pour ma part, j’abhorre). La délicatesse, la jouissance, c’est celle de la cervelle. Elle est fraîche. Et, elle cherche à faire recette. Un comment faire quelque chose de délicieux. Il y faut décortiquer. Cela parle de mon « mode de jouir », qui cherche à faire recette. C’est l’épicière italienne qui s’en chargera. Elle vendra le plat en barriques, façon barriques d’olives. Le désir est celui de faire rente du cas (cas rente, quarante). De faire commerce. « Le sinthome comporte un élément de relation », écrit Riwka Warshawsky.

C’est l’épicière italienne qui prépare la recette et la met en vente, en gros, dans des barriques d’olives.
Olive – qui n’est pas loin d’ô-livres -, est un très vieux mets de mon histoire (baptême de mon frère Jean-François, où j’ai dérové dérobé dévoré toutes les olives, j’avais deux ans).

Dans le rêve, je cherche aussi une librairie et un livre. Mettons le livre comme le destin souhaité de la recette du cas rente, à la crevette/cervelle fraîche décortiquée.

Quelque chose du rêve supporte (= se traduirait, supporterait d’être traduit) une représentation graphique, visuelle. Cela se passe au niveau, à l’instant, à l’intérieur du tracé de la lettre. Des lettres, de l’encre, de son apparition sur le papier, des courbes, de leurs formes, du crissement de la plume. Son dépôt. Avec la lettre, avec les lettres, dans le report de ce qui se passe dans un rêve, il ne s’agit pas seulement d’un entendre, mais d’un voir.

Et les S1, signifiants premiers ici repérés, revenus, sont les signifiants de la lalangue, lalangue de jouissance. C’est elle qui fait les rêves de même qu’elle est la langue de l’interprétation, des associations.

Encore, ma tante, Titi, avait un rapport joyeux à la langue. Inventif. Elle disait des choses comme : « Je suis un pneu crevette. »

vendredi 26 septembre 2014 · 12h56

ne me quitte pas mais

8h40, je ne vais sans doute pas tarder à me recoucher.

Rêve cette nuit.

Avec Roger (à la place de Frédéric) dans sous-sol rue Waelhem. Roger s’enferme dans pièce avant (qui ressemble aussi à cave rue Tiberghien) . Ne me quitte pas mais ne veut pas de moi tout le temps près de lui. Fait des choses, est très actif. Moi, j’attends dans pièce à côté. Lui, de temps en temps vient près de moi, puis retourne dans sa pièce. Sommes avec Francis, ami de JP, homosexuel, très joli garçon. Reste parfois près de moi, parfois près de Roger. Ma famille et Jules ne sont pas loin de moi, mais sont entre-eux, comme si je n’étais pas là. Sont comme assis sur une dune. Je regarde Jule, comme si je ne le connaissais pas, dans cette terrible séparation qui est la mienne quand je suis (très) en colère. Je ne comprends pas le comportement de Roger. C’est probablement ce qui me met en colère. Il n’a pas dit qu’on se quittait, mais. Je voudrais partir et le rendre jaloux. J’imagine partir et aller au cinéma. Qu’il ait le temps de s’inquiéter.

//

Ce que je ne comprends pas, c’est que cela m’apparaisse en rêve et en ce moment et comme si je ne le savais pas, comme pour me l’apprendre que la cause de ma grande colère, c’est la séparation, que la séparation me sépare. Mais quelle séparation, et pourquoi au sous-sol, et pourquoi avec Roger, et pourquoi ce souvenir de la cave de la rue Tiberghien. Que la séparation me précipite dans un détachement mortifère, létal. Où tout paraît juste. Où les sentiments sont ce qu’il sont, sans atours, sans apprêts.  Où tout paraît si juste, que c’est d’une force implacable : je – ne tiens – à rien.  Comme si le rêve me racontait cette histoire-là, inconsciente, me faisait la leçon. Comme si donc, c’était ce qui se rejouait en ce moment.

//

Je trouve des bottes qui étaient à Annick et qui sont à moi maintenant. Je les mets. Ce sont des cuissardes. Je les fais remonter jusqu’aux genoux puis les rabaisse. Je marche devant Roger.

//

Et pourquoi ces bottes d’Annick, Annick dont j’ai pensé (un jour, à la lecture d’un séminaire de lacan, de pages sur la névrose idéale obsessionnelle) que c’était elle, mon idéal, mon idéal, inatteignable.  Ces bottes qu’elle a et que je n’aurai jamais. De même que je ne trouverai pas, jamais, chaussure à mon pied. Mais pourquoi des cuissardes ?  Rien ne pourra jamais détrôner Annick de cette place. Et, je serai toujours toujours celle qui ne sera pas ça. Je ne vois pas d’autre possibilité de me définir qu’en non-ça. En non-elle. Secrètement au monde non-elle. Je suis non-Annick. Annick a une définition, je n’ai que celle de son négatif.  Et j’ai la chance qu’elle soit mon amie. Je suis en complète humilité par rapport à ça. Et je sais qu’elle l’a parfois ressenti, que ça l’a parfois agacée.

//

Quelque chose me dit que Roger ne me quitte pas, mais je n’arrive pas à accepter les distances, la liberté qu’il prend.

/;/’*

Me fait penser au fait qu’hier cuiller suis allée à premiers tests d’inscription à un cours de secrétariat qui, si je les réussissais, auraient pour conséquence que je ne pourrai plus aller chercher Jules à l’école et que je ne pourrai plus l’aider à faire ses devoirs. Je ne pourrai plus non plus le conduire à l’école le matin.

Je m’inquiétais donc. De la distance que je prenais.
Me demandais si c’était bien. Si je ne l’abandonnais pas. Trouvais que ce n’était pas bien. Mais pourquoi la présence de Francis (ami homosexuel), dans le rêve. Poser la question c’est y répondre. Ne plus vivre cet amour de double, d’homosexuel. (pourtant, il m’est arrivé de penser que ma colère, était ce qu’il y avait de plus juste, chez moi (quand bien même)).

Mais en fait, je ne saurai jamais si c’est bien ou pas, pour Jules, puisque je ne serai plus là. C’est une séparation. Et tout ce qu’ elle comporte de perte.

Éventuellement ça dirait : tu vois ça comme une séparation. C’en est une. Mais, ça n’est pas la fin de l’amour. C’est pour que chacun puisse faire ce qu’il a à faire. / mais si il n’y arrivait pas, pas sans moi, et comment puis-je faire pour être sûre de ne pas l’empêcher d’y arriver, sans moi. Comment lui dire tu peux le faire sans moi, et l’accepter.

//ň

Aussi, Jules hier exprimait le sentiment d’avoir trop à faire, alors que ce n’était sans doute pas trop. J’en étais étonnée. Il était profondément dégoûté d’avoir autant de devoirs. Alors qu’il n’y en avait pas beaucoup. C’est ce que je ressens moi aussi, souvent. Ce trop. Alors que je n’ai sans doute probablement pas trop à faire, j’éprouve le sentiment épuisant d’avoir beaucoup infiniment trop à faire. Et ce trop n’ est sans doute jamais que l’opposé de rien. Plus que rien = trop. > rien = trop. Autre que rien = trop. Et autre que rien = voulu par l’Autre. Et rien = voulu par soi. Mais pourquoi un tel besoin de vacance, d’absence. De rien à faire. Un besoin hors du commun.

Et rien = voulu par soi ou = non-voulu par l’Autre. L’insupportable de la demande de l’Autre.

//

Pourquoi est-ce qu’il faut maintenant que je me recouche ? Alors que je ferais mieux de me lever, laver.

Bon, tant pis. Je peux me l’accorder. Mais pourquoi me sens-je si vite débordée ?

lundi 28 juin 2021 · 15h15

la nature de mon corps

lundi 28 juin, après-midi. je reprends l’écriture des nuits.

nuit du samedi 26 au dimanche 27

éveillée tôt mais plus tard que la veille, vers 5 heures. je me réveille, petit à petit mes pensées se relèvent, se mettent en branle, je rentre dans ce que je connais, un mâchage et rabâchage qui n’en finit pas. dont j’essaie de trouver l’issue de secours. je n’arrivais pas à ne pas penser à Rachel et au tai chi.

s’agissant des pensées vis-à-vis de Rachel, je suis sûre qu’il s’agit, quand j’ai ce genre de pensées revanchardes, accusatrices, « parano », d’une forme d’appui que je recherche, qui s’impose à moi dans certaines circonstances que je ne parviens pas encore à déterminer. c’est une pensée paranoïaque dont j’ignore l’office, qui s’impose au détriment de toute autre. j’ai encore besoin d’en vouloir à Rachel. j’ai encore besoin de souffrir d’elle, de rêver de vengeance, de penser avec peine à tout ce qui s’est passé. probablement face à certaines angoisses, à certain évidement, j’use de ce recours à un Autre méchant. il me semble qu’il y a là une forme de facilité. mais aussi une indéniable contrainte. j’ai beau ne pas vouloir prendre ces pensées au sérieux, je n’ai guère le choix. tous mes efforts se sont alors centrés là-dessus, me détacher de ces pensées accusatrices.

toujours est-il qu’il est également devenu nécessaire de penser à ce que Rachel a été pour moi, avant la rupture d’il y a un an. et c’est maintenant que ça se pense. jusqu’à présent, je l’ai chassé, escamoté. avec Paul, le nouveau professeur, j’ai essayé de donner une prolongation à cette relation, jusqu’à que j’arrive à aujourd’hui, où je me rends compte que ce n’est définitivement plus possible. ce qui s’est précipité avec la lecture de Millot, les douleurs lombaires, la solitude, la fin des cours, le fait que je n’irai pas au stage.

c’est pourquoi, j’essayais de penser au tai chi, à ce qu’avait été son office pendant des années, à ce qu’il en resterait si je n’y suivais plus un maître. que reste-t-il du tai chi, s’il n’est pas pris dans l’écolage et dans l’amour d’un maître.
est-ce qu’il n’en reste rien.
qu’en restait-il, à ce moment-là, d’insomnie.
que pouvais-je encore en retirer.
quelle avait été sa fonction, son apport. indépendamment du confort de « la voix de son maître ».
le tantien, qu’en reste-t-il ? est-il voulu ?
pouvais-je encore agir par lui ?
quel intérêt ?

j’ai fait plusieurs tentatives d’exercices respiratoires et autres. me souvenant combien ils m’avaient déjà aidée lors de nuits d’insomnie.
concentration sur les points, les « repères », tentative de faire ces exercices « d’appui d’inspir sur le tantien » pour faire gonfler, respirer, disparaître un coin du corps. tentative de laisser faire, sans intervenir. pensé à l’expansion du corps. jusqu’où ? je ne me souviens plus. la veille prise dans les limites du jardin. cette nuit… dans des limites reculées bien au-delà, sans qu’il y ait vraiment une sensation d’infini. (non, il n’y a pas eu de point auquel j’ai pensé, je crois, qui n’ait existé, dont les coordonnées n’auraient pu trouver à être écrites. ce qui est idiot, peu probable.)

pensé aux mystiques de Millot. puis-je, dans une voie autre que celle du tai chi, penser  « Dieu », utiliser l’évocation du nom de  Dieu ? dans une tentative magique d’évoquer, dans un nom, le réel que je le suppose recouvrir, réel de ce qui manque au nom, absence même de Dieu? n’ai ressenti aucune révélation, sensation extraordinaire. que puis-je utiliser de Millot, de la pensée de Stefan W ? s’agit-il de rejoindre La Vie comme il disait ? est-ce du bonheur ? y a t il « une pensée du corps », le corps a-t-il quelque chose à me dire ? non, non, non et re-non, répondais-je, m’appuyant d’une pensée critique des propositions de Rachel qui là me paraissaient ridicules. de cet enseignement du tai chi qu’est-ce qui se garde, est à jeter, s’invente, disparaît ? et alors, à un moment, au coeur de ces pensées dont aucune ne se soutenait pas d’une circulation, d’un parcours dans ce corps étendu, à un moment donné, cette certitude atteinte d’un nouage réel / symbolique, de réaliser cela, point par point en mon corps, de façon satisfaisante et rassurante, dans un corps aux limites  fluctuantes, sans qu’elles soient infinies. de façon satisfaisante et rassurante. je me suis donc endormie. 

il y a alors eu deux rêves qui s’occupait de cette proposition, l’exploitait.

du premier, je ne sais plus rien.
du second…

j’étais fâchée que Nathalie (amie d’enfance) soit fâchée sur moi. je lui expliquais qui j’étais. je lui disais (pour m’excuser, pour me faire pardonner) que j’étais bipolaire et je lui parlais de ça, dans quoi je venais de m’endormir, de ce nouage réel / symbolique, dans un corps aux limites variables et tout à fait viable.

ce corps…. il ne s’agit pas de délire. il s’agit, pour échapper aux pensées, d’en augmenter la perception du corps en passant par des techniques apprises en tai chi. perception augmentée. d’augmenter la sensation. sensation augmentée. on rentre alors, je rentre alors, puisque je me suis aperçue que mon ressenti n’est pas universellement partagé, dans une perception autre des limites de mon corps, une perception qui serait plus proche de celle de l’inconscient. parce qu’il y a bien un endroit, au niveau de l’inconscient, où à un moment, je suis le jardin, où je suis la piscine, où je suis la maison de Donn. ce n’est qu’une question de dimension, de passage d’une dimension à l’autre dont je me rends consciente, que je recherche. que je cherche ou que je subis, d’ailleurs, selon. mais, ce matin, avoir la sensation d’être le jardin me donne des limites. c’est différent de ce qui se passe lorsque j’outrepasse ces limites…. à écrire ceci, je m’aperçois que la maison de ma belle-mère m’a offert un abri imaginaire, un repos, jamais ressenti ailleurs et menacé (réellement, pas dans mon imagination paranoïaque, depuis qu’elle n’est plus là pour en prendre soin). cette maison, ça a surtout été son jardin.

un corps non-infini, mais vaste (où cela reste inscriptible, à moins que ce ne soit l’inscription qui n’ordonne l’infinitisation) : c’est ce qui me sépare des mystiques de Millot : l’infini n’est pas atteint (je ne sors pas du lieu d’une écriture possible). au contraire, il s’agit plutôt d’une pensée des limites, même si elles sont hors-limites. je connais l’infini. il n’est pas atteint. éventuellement souhaitable. mais les limites ici outrepassées me préservent d’une impensable dissolution. une façon peut-être d’apprivoiser l’infini.

donc dans le rêve, une fois que pour me faire excuser j’ai « avoué » que j’étais bipolaire, j’exige d’être ramenée « quelque part ». je sens bien qu’il y a une forme de chantage dans l’aveu que je viens de faire, est-ce que bipolaire ça ne veut pas dire : qui peut se suicider à tout instant, chantage qui me permet d’avoir mes exigences, qui me donne un certain pouvoir, mais je voulais le pardon, je voulais récupérer son amitié.

je me retrouve avec elle et ses amis dans un taxi. le chauffeur parle des bipolaires, dit qu’il en a connu, lui aussi. Je pense que Nathalie a dû lui dire : je connais quelqu’un qui est bipolaire sans lui dire que c’était moi (comme quand on dit : j’ai un ami qui… sans dire que c’est soi l’ami….) 

arrivés au lieu dit de la Cage aux ours (une place qui donne sur une rue d’habitation de mon adolescence, dont j’ai souvent rêvé), un incident impose que nous soyons séparés. cette séparation est acceptable et acceptée.

je dois continuer dans un taxi seule.

dans ce « taxi », je suis debout, le chauffeur est dans mon dos, debout lui aussi. c’est très agréable. il me serre. c’est délicieux. je voudrais qu’il me désire, qu’il m’aime. nous roulons dans ma rue

Je me réveille.
je me réveille, je pense au rêve, je me rendors aussitôt profondément.

Eléments d’interprétation

Nathalie : beaucoup rêvé d’elle fâchée. elle qui ne l’a jamais été. l’ai connue à l’école alors que j’avais six, sept ans ans, jusqu’à mes quinze, seize ans.

la dernière fois que j’ai vu l’analyste, Hélène Parker, je lui ai parlé de ce que j’étais arrivée en analyse disant que je voulais être impardonnable. que je voulais rejoindre ce point-là, cet endroit-là. que je le disais sans savoir ce que je voulais dire.

il y a cette plaidoirie pour me faire pardonner, excuser, comprendre, la mise en avant de la maladie, être bipolaire, et alors une fois qu’il n’est plus possible de m’en vouloir, ce n’est pas moi c’est la maladie, une fois que je suis déresponsabilisée (?), et en raison aussi de cette menace en quoi consiste cette maladie, puisqu’elle débouche souvent sur un suicide, profitant, abusant de cette menace, ce risque : j’avance cette exigence d’être ramenée quelque part, sans que l’on sache où.

quelque part. à certains égards, je suis sans lieu, je n’arrive pas à me trouver un lieu actuel. (relire ce que j’écrivais là sur mon absence de lieu) je n’ai de lieu que dans le passé. là, est-ce rue Waelhem que je veux retourner? est-ce là que je roule heureue, debout, avec le chauffeur de taxi? Donn, c’est une forme retrouvée, c’était une forme retrouvée de maison d’enfance, un lieu d’autrefois devenu actuel. une actualité augmentée du jardin, du dehors, de la nature, de la protection du regard. le jardin ayant été totalement fermé au monde extérieur. offrant un abri (pour le corps) exceptionnel, jamais connu, inédit, parfait.

l’incident Cage aux Ours : évoque de très loin un incident de cheval, de carriole, dans le cas de Freud, du petit Hans. quelque chose se soulève, dans la rue, se renverse, saute, explose.

il y eut Cage aux Ours une trahison, par une femme. se peut-il qu’il s’agisse de cela? j’ai déjà écrit ici sur cette femme. comment l’appeler? je l’avais dite « hommasse », je crois. parce qu’elle l’était. comment est-ce que ça pourrait revenir de si loin? j’ajoute trahison comme mot-clé de ce texte. j’ajoute aussi les mots-clés plaidoirie et procès. ça fait beaucoup trop comme mot-clés, mais on verra plus tard comment ça se recoupe et comment ça peut se réduire.

la rue Waelhem où je retourne donne dans la cage aux ours.

(j’ai envoyé une première version de ce texte à l’analyste mercredi 30 juin, à 8h.)

jeudi 29 décembre 2022 · 07h54

Jeudi 29 décembre

7h58, hier soir 4 gouttes de cbd 20.

Là au lit, 20% batterie de mon téléphone, dans le noir. Réveil.

Je ne sais pas comment, quand ça a commencé, les idées de suicide, très jeune. Je ne sais pas ce qui les a provoquées. Il n’y en n’avait pas rue Tiberghien, je crois. C’est rue Waelhem. Donc plus tard, mais quand ?  Lors de la troisième année d’études secondaires ? Quel âge avais-je ? Tu vois, V, tu ne connais plus l’âge, ce qui ne t’étonne pas, te connaissant, mais il y a cette phrase amusante, en échange : Quel âge avais-je ? Mes premiers souvenirs de pensée au suicide remontent à la table de cuisine de cette maison-là. La table en bois dont j’ai toujours la nostalgie. Je ne pensais pas alors, crois-je, déjà, au suicide pour moi-même, mais pour les autres. Je ne comprenais pas que les gens ne se suicident pas plus. Il était question des difficultés que traversait je ne sais plus qui, tante N. peut-être, qui vit toujours aujourd’hui, ou de son fils, qui est mort, et je me disais : mais pourquoi est-ce qu’il ne se tuent pas. Je n’ai jamais compris que les gens fassent face aux difficultés.

C’est une sorte de souvenir-écran.

Nous étions à table et nous parlions des difficultés des uns et des autres, j’aimais ça, ça j’aimais. Ma mère certainement était dans la conversation. Des difficultés psychologiques, c’était mon truc. Ma mère aussi probablement. Là, j’ai le souvenir  qu’il était question de difficultés psychologiques qui s’accumulaient. Et alors cette pensée : pourquoi ne se tuent-ils pas, plutôt.

J’aime écrire au chaud, dans le noir, mais j’ai dû me lever, 8 % de batterie à recharger au salon.

8h48. Il faut donner à boire à cette plante-là. La pauvre.

Hier, aussi,  à propos d’une autre plante, sur le balcon, je me disais : la pauvre – peut-être l’ai-je dit tout haut – et j’ai pensé que dans la traque au symptôme, il me faudrait l’écrire, ça, aussi, cette façon que je pourrais avoir de souligner mon degré de létalité. Comment  j’aime à le dire, force m’est de l’admettre, qu’avec moi, même les plantes meurent. J’aime à le dire, inconsciemment. J’aime inconsciemment à le dire. Non sans une certaine dose d’agressivité. Bizarrement tournée contre celui à qui je le dis, qui déjà se défendrait, Mais non, tu n’es pas si nocive que ça. Ils ne s’en rendent pas toujours bien compte.

Enfin, cette plante, à qui j’ai connu de meilleurs jours, devrait recevoir de l’eau.

Je me suis levée pour me faire un autre café et fumer la cigarette achetée hier.

Je vais arrêter d’écrire maintenant, je crois.

Hier soir, je lisais des articles sur les auto-reproches dans la mélancolie.

Dans le premier article, je lisais quelque chose qui avait trait au sentiment d’incurabilité, d’irrémédiable, dans la mélancolie, quelque chose que Lacan avait noté, et qui raisonnait en moi. Il faudrait que je retrouve ce texte. Le voilà : Le problème de la mélancolie anxieuse

« La pensée négative de Leopardi arrive à un lieu où la seule certitude est l’incertitude, où la mélancolie peut être totale : à ce moment-là, pleurer serait encore un signe d’espoir, mais rire est le signe de l’acceptation du désastre. Le rire peut être angélique ou satanique : angélique lorsque c’est le rire des oiseaux lorsqu’ils se sentent heureux, comme l’écrit Leopardi dans Éloge des oiseaux, abandon à la vie et à l’oubli de ceux qui n’ont rien à oublier. Satanique est le rire de l’homme, abandonné des dieux, irrémédiablement mélancolique, et qui sait regarder au fond du gouffre de sa propre perte… »

11:48

« Mais que sa voix s’apaise ou gronde
Elle est toujours riche et profonde
C’est là son charme et son secret.
Cette voix qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux 
Me remplit comme un vers nombreux
et me réjouit comme un philtre

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange
Aussi subtil qu’harmonieux ! »

« Et c’est bien cette voix « de l’autre » qui manque au mélancolique, le hante et qui initie l’acte poétique. »

18:02

A 17h30 je me suis demandée quelle pourrait être une raison de sortir.

19:15

Cela fait des jours et des jours que je ne fais plus à manger. J’ai fait un peu de ménage aujourd’hui. Je suis comme une convalescente. Je suis toujours comme une convalescente. Et traitée comme telle, ici.

Qu’est-ce qui me fait dire ça.

Qu’est-ce qui se passerait si F n’était pas là.

Parfois je pense que simplement je ferais à manger.

Je lis Malcom Lowry sans rien y comprendre. Lunar caustic – Caustique lunaire.

F fait de la manette (de jeu).

23:35

Extrait de la Terre de glace (2018). YUICHI YOKOYAMA.ÉDITION MATIÈRE

Je ne suis pas sortie aujourd’hui. J’ai lu aujourd’hui, je crois, un article sur le son dans la poésie de 3 poètes (dont j’ai oublié le nom et que je ne connais pas beaucoup) et la mélancolie. Un très bel article (de lui qu’est issu les extraits de poèmes plus haut). Il y était même question des acouphènes. L’écriture des sons. Ça m’a fait penser à un manga que je lisais hier, dont l’auteur, Yuichi Yokoyama, prend un grand plaisir, lui aussi a écrire des sons, en japonais, il répète ces sons parfois sur plusieurs pages. Cela l’excite, dit-il.

«Je m’attache à décrire le temps qui passe avec des moyens visuels figés. Je rapporte le bruit du son avec l’écriture, que je rends de manière très visuelle avec les onomatopées. Et je module l’évolution des situations par la taille des cases et leur densité. Ici, par exemple, les cases font la même taille parce que je fais en sorte que le temps s’écoule de manière constante. Entre cette case et cette case, il y a théoriquement deux secondes qui passent. C’est pour des raisons techniques que je m’abstiens de faire du cinéma ou du dessin animé. D’un, je ne saurais pas comment m’y prendre. Deux, je n’aime pas être encombré.»

«Ce n’est pas un commentaire en creux sur la société actuelle qui serait hyperactive ou infernale. En remplissant des pages et des pages de bruit, je me rends compte que ça m’excite. Ce livre sur lequel je travaille est carrément assourdissant. Il casse les oreilles. C’est comme du punk rock : toujours le même volume, la même intensité, il n’y a aucun decrescendo.»

– Yuichi Yokoyama interviewé par Oliver Lamm dans Libération : https://www.liberation.fr/images/2018/07/09/yuichi-yokoyama-le-bruit-et-l-auteur_1665275/

 

 

 

samedi 31 décembre 2022 · 18h13

Sam 31 décembre 22

9h38. 5 gouttes hier de CBD. Réveillée vers 6 h puis rendormie sans m’être levée. Dans la chambre. Dans le noir. F éveillé aussi. Ricoré sur la table de nuit. Je n’aurais pas dû passer ce croissant au micro-ondes. Lettres blanches sur écran noir du téléphone.

31 décembre,  15 degrés.

Plus tôt, rêvé que mon téléphone était cassé. Je crois. A ma mère aussi. Tout s’y effaçait. Ça avait lieu. Ça se passait sous l’écran éteint. Et puis peut-être mon ordinateur, toute la mémoire effacée. Il fallait l’allumer pour le savoir. Nous étions à Emakina. Il y avait quelqu’un, une femme, une spécialiste, jeune, qui peut-être pourrait faire quelque chose. Qui avait peut-être exprimé qu’elle voudrait bien faire quelque chose. Il fallait attirer son attention. Elle était occupée. De nombreuses personnes s’adressaient à elle. Nous étions debout, circulions entre les tables épars d’une grande salle aux murs de briques peints en blanc, où la lumière extérieure parvient par de grandes fenêtres industrielles donnant sur un jardin ou la campagne, évoquant le laboratoire de la rue Waelhem. Je dois parvenir attirer cette femme à mon ordinateur.

12:20

Comme hier comme avant-hier, j’ai pris un bain, le temps que ça prend, lavé mes cheveux, shampoing, après-shampoing, le temps que ça prend. Crème sur le visage, sur le ventre. Et toujours pas habillée, aucune envie, mais il le faut. Maintenant, il faudrait je crois que nous pensions à ce que nous allons manger, ce soir, 31 janvier.

Top