
Jour de l’an blême – C’est 23

Les poètes du spleen par Élisabeth Rallo-Ditche
— Valse mélancolique et langoureux vertige
HARMONIE DU SOIR
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige……
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
Leopardi, Baudelaire et Pessoa accordent beaucoup d’importance aux impressions acoustiques, Leopardi et Pessoa plus encore que Baudelaire, qui est un « voyeur-voyant » et un poète proche de la peinture. Mais ses impressions auditives sont fondamentales, en ce qu’elles se réfèrent, comme pour les autres, à des sons particuliers, à une musique souvent populaire, à une musique chantée, et à des souvenirs musicaux le plus souvent revécus sous le signe de la perte. De plus, les effets de ces musiques et de l’émotion qu’elles suscitent sont voisins, comme on le verra. Le vers de Baudelaire « Valse mélancolique et langoureux vertige ! », dans Harmonie du soir, associe quatre éléments que l’on voudrait étudier chez les « poètes du spleen ».
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Lundi 2 janvier 2023 – anniv Jules, mallarmé/brood

il fait noir encore et la photo est floue. floue peut-être à cause justement de l’obscurité qui règne. mais il fait plus noir que la lumière rouge des rideaux ne peut le laisser croire. elle trahit l’illumination orangée des lampadaires dans la rue. parfois, je prends du temps pour obtenir une photo qui se rapproche de ce que je vois. ce jour-là, pas. tous les jours, tous les matins, toutes les nuits, quand je me réveille, je viens m’asseoir là. souvent, je photographie. je cherche à photographier. le sol est jonché des papiers cadeaux de Jules, dont c’était l’anniversaire hier. il y a Chester, extraordinaire compagnon d’insomnie.
réveil ultramatinal, comme d’hab. je me souviens de la veille, comme d’hab. anniv de Jules! douceur de la journée. soirée studieuse, comme j’aime, lecture à 3, au salon, dans les restes des fêtes, les guirlandes, les bougies, la nappe salie, les papiers cadeaux qui traînent…
réveil
6h50 – CBD, 4 gouttes hier soir. Quand j’en prends plus, c’est que je crains quelque chose. Prévenir que guérir. Vais me recoucher bientôt. Prends café et porridge. Bu eau (Vichy Célestins). Avec les excès, pourtant légers, champagne, chips, chocolats, problèmes estomac. (« Avec les excès, pourtant légers » : comment j’aime ces phrases stéréotypées, pourquoi ça m’amuse autant ;)) Excès que soigne avec eau bicarbonatée, prescrite par médecin pour calculs que soigne mal, c’est-à-dire ne bois pas. Bois, Véronique, bois. [...] Lire la suite >
Mardi 3 janvier 23 – colère seconde
4 gouttes hier, réveillée vers 6 h, OK. Avais pris psylocybine aussi, parce que m’étais énervée stupidement contre moi-même. Avais travaillé longtemps au calendrier des divers évènements liés à l’inscription de J dans une école d’art, pour finalement m’apercevoir que m’étais trompée dans les dates. Me suis mise à râler exagérément, F était près de moi dans le canapé, mais crains que J également ne m’aie entendue… Le problème c’est que, dès que je râle, je m’en veux de râler, je m’en veux de me mettre en colère et de l’exprimer, et que cette colère seconde s’ajoute à ma colère seconde, ce sont des feux qui s’amplifient tandis que monte une angoisse sourde qui me coupe du monde. C’est un basculement (dans un état autre). C’est de F que je tenais à être entendue. Ce n’est qu’après que je me suis dit que J aussi m’avait peut-être entendue. Il faisait de la peinture. Il était dans sa chambre. Est-ce que sa porte était ouverte ? Quelle idiote! Je suis sortie finalement, faire des courses pour le dîner et acheter une cigarette. [...] Lire la suite >
Subject: LES POÈTES DU SPLEEN « VALSE MÉLANCOLIQUE ET LANGOUREUX VERTIGE ! » (BAUDELAIRE, LES FLEURS DU MAL)
Avant tout vous souhaiter une très bonne année à toutes les deux!
Par rapport au cartel que nous avons envisagé de faire sur la poésie, je vous envoie ce lien sur un article (lu pendant ces vacances) sur le son dans la poésie et en particulier chez Baudelaire, Leopardi et Pessoa.
( article originairement trouvé là, aujourd’hui disparu : https://eduscol.education.fr/odysseum/les-poetes-du-spleen-valse-melancolique-et-langoureux-vertige-baudelaire-les-fleurs-du-mal)
Il y est d’abord question d’abord questions des bruits de la nature, du vent, et même du vent des acouphènes…
Recouvert par le son des feuilles
Le bruit, l’immense bruit du vent
Me dépouille de ma pensée :
je ne suis personne, je crains d’être bon (Pessoa)
Ensuite des bruits de fête, de fête perdue, et de l’enfance. C’était pour moi tout à fait résonnant en cette période de Noël.
Lorsque les enfants jouent
Et que je les entends jouer
Quelque chose en mon âme
Commence à se réjouir (Pessoa)
(Il y a un poème ou un passage aussi chez Duras à propos des voix d’enfants, très beau.)
On passe alors aux voix féminines et à une voix manquante. Là encore je suis obligée de reconnaître la douleur, l’angoisse, l’excitation que je connais aujourd’hui encore à l’approche des fêtes et où j’ai fini par reconnaître le manque poignant de cette voix de ma tante, toujours si joyeuse et enjouée, forte, qui si bien organisait la fête de Noël, des jours durant, tâche à laquelle je l’assistais assidûment.
(Est-ce qu’à vous aussi, la fête dont il est question ici n’évoque pas celle du Grand Meaulnes?)
Et tout de suite, avec Baudelaire, vient poindre, dans la voix de l’aimée, une discordance, une bizarrerie. (Mais vous avais-je déjà avoué combien il m’est DIFFICILE de lire de la poésie?)
Tout à coup, au milieu de l’intimité libre
Eclose à la pâle clarté,
De vous, riche et sonore instrument où ne vibre
Que la radieuse gaîté,
De vous, claire et joyeuse ainsi qu’une fanfare
Dans le matin étincelant
Une note plaintive, une note bizarre
S’échappa tout en chancelant
Et alors, au plus on avance dans le recueil de Spleen, au plus les voix se font effrayantes, jusqu’à ce que domine le chant des « sirènes mangeuses d’homme« . (Et ce poème de Baudelaire où Bataille pense trouver l’origine de sa vocation, et où l’on n’est pas loin d’entendre dans son « Franfra-Cancru-Lon-La-Lira » un petit bout de l’air de la chansonnette lacanienne du symptôme comme événement : « Laissons le symptôme à ce qu’il est : un évènement de corps, lié à ce que : l’on l’a, l’on l’a de l’air, l’on l’aire, de l’on l’a. Ça se chante à l’occasion et Joyce ne s’en prive pas. » )
Étonnamment, il sera alors question de l’ironie (chez Baudelaire et chez Leopardi) qui vient tamponner le trop d’effroi.
Enfin, je m’arrête ici et vous laisse découvrir cet article qui je l’espère vous intéressera!
J’y suis d’autant plus intéressée que j’avais lu un livre sur le renoncement aux vers, à la chanson en poésie, renoncement accompli par Mallarmé qui ouvre alors la poésie à l’espace (de la page), celle-ci n’étant plus confinée par la métrique et le vers, alors que jusque là, « tout » se tenait dans la rime…
J’ai écrit cette lettre il y a plusieurs jours et j’hésitais à vous l’envoyer. Mais enfin le temps passe et laissez moi vous dire que je serais très heureuse de vous revoir, de fêter l’an 23ème gentiment avec vous, avec ou sans cartel, d’ailleurs !
Je vous embrasse,
Véronique
—
«
Oui, c’est ça. Il y a, chez Joyce, une sorte de culture de la résonance, et même de la résonance pulsionnelle. Sa phrase ne prend son relief qu’à partir de la respiration, du souffle, de la façon dont cela peut être chanté. [...] Lire la suite >
Mercredi 4 janvier – amour à l’ECF, ma mère vient pour dire qu’elle ne viendra pas
08:25 – CBD, 4 gouttes hier; quand j’ai regardé l’heure au réveil, il était 08h01. Ce soir, j’essaie de passer à 3 gouttes. F est toujours au lit, dort. Cela veut dire qu’il n’ira pas au travail aujourd’hui, contrairement à ce qu’il avait dit hier et avant-hier. Ce n’est pas aujourd’hui que j’aurai ma journée seule, ce sera demain, où je ne serai pas seule puisque vient la femme de ménage, M.
Cette nuit, rêve, peu de souvenirs.
D’abord, au premier jour d’un week-end des Journées de l’École de la Cause freudienne.
Quelqu’un, je crois, est amoureux de moi. Pas d’autre souvenir. Si ce n’est peut-être celui d’être habillée.
(désir d’être aimée au sein de l’Ecole?) (Je suis habillée)
Au deuxième jour, au matin, avant d’y aller, dans un grand espace clair, une maison à étages (qui ressemble à la maison de mon petit frère)
(désir d’être aimée au sein de l’Ecole?)
Un homme va être amoureux de moi, on me le dit, va m’aimer, je vais le rencontrer.
(désir d’être aimée au sein de l’Ecole?)
Il y a mes frères, enfants, il y a Jean-Claude, on s’apprête.
(JC, membre de l’Ecole, là comme un frère; à qui je regrettais hier de n’avoir pas envoyé le texte sur la poésie)
Ma mère aussi. Je crois qu’elle dit qu’elle va m’accompagner.
On se dispute, une dispute terrible, qui fait un trou, au moins dans mon souvenir.
Je continue à m’apprêter, vêtements, maquillage, ça traîne, c’est difficile. Il y a des contraintes au niveau des vêtements. Je crains qu’on n’arrive en retard.
(les difficultés pour m’habiller : ça a toujours été ce qui a fait que je ne sortais pas ou que je ne rencontrais pas quelqu’un : n’avoir rien à me mettre, être moche)
A un moment, je suis prête, mais J-C dit qu’il n’est pas pressé. Il dit qu’il pourrait travailler encore avant de partir à quelque chose auquel il devra sinon travailler au soir, en revenant, alors que ça lui prendra trop de temps, parce qu’il a des problèmes avec les titres, en Word, le traitement de texte, avec la hiérarchisation des titres. Il n’y arrive pas. Je dis que je pourrais lui montrer. Il y a un doute sur la possibilité qu’il comprenne ce que je lui montre et que ça lui facilite le travail.
(Je suis très forte en traitement de texte. j’ai travaillé comme secrétaire, ma mère aussi. Plus facile de travailler là-dessus, et pour les autres, à l’emballage, à la forme, à l’habit du texte qu’au texte lui-même. N’empêche… Quel drôle de rêve. Hiérarchisation des titres : c’est bien plutôt moi qui ait des problèmes pour hiérarchiser quoique ce soit)
Je crois que nous partons.
Nous arrivons aux Journées.
Grand espace clair, hall.
Ma mère arrive.
Mais elle ne vient que pour dire qu’elle ne viendra pas, qu’elle ne m’accompagnera pas. Il y a quelque chose de très triste (à mourir).
Je disparais. Non : elle disparaît. Je me réveille. [...] Lire la suite >