Comment donnerai-je à mon enfant le « goût de la castration». Si la castration se situe du côté de l’histoire, du tranchant de la date, de la coupure dans le temps. Du côté de la parole, du renoncement à une vérité toute, à une identification ultime, définitive. Comment la rendre suffisamment séduisante qu’il ait le goût la force de sortir du tout à la consommation immédiate, du tout à l’immédiateté, l’instant ? Il faudrait pour cela que j’aie pour moi-même mieux pu jouir de ces choses que je voudrais lui donner à mon tour, après qu’elles m’aient été donné par mes parents – l’art, la culture, le goût de la lecture, de la science, du savoir. Que j’apprenne à en jouir plus surtout qu’elles se dégagent de leur vêture d’idéal, à moins qu’il ne s’agisse de ne plus les prendre comme les moyens du maître, l’instrument qui l’installe, l’établit. Que je puisse apprendre à me réjouir de la relativité propre à n’importe quel savoir et que mon désir de certitude s’en tienne à celle-là . Que ce ne soit plus mon être que j’aie à défendre quand la parole je veux prendre, que j’apprenne le courage de défendre ce dont je veux parler. Que je n’aille plus à vouloir me confondre avec ce dont je voudrais parler. Que j’ose séparer ces choses de moi pour apprendre à elles les défendre et à en apprendre le partage. Comment sortir du silence ? De mon silence et pourquoi m’y contiens-je ? Silence mien depuis l’enfance. Silence de ma mère. Pour partie, silence d’hystérique gardé sur l’inestimable valeur de ce que je vaux comme petit a, comme innommable, comme femme. Et pourquoi faut-il que ça soit si difficile de faire exister ça et malgré tout prendre part au commerce des hommes. Comment cette chose peut-elle être si forte qu’elle me tienne absolument à l’écart de la culture, si je considère que la culture commence du moment où un discours s’organise et s’adresse. C’est que je m’y veux toute à cet endroit, toute à cet objet, par où d’ailleurs je le trahis, parce qu’il n’existe qu’en reste, nulle part incarné, d’une division que ma parole, la mienne, seule peut opérer. [...]
le goût de la castration
ville
Au hasard Balthazar !
Tant pour nous défendre du réel de nos habitudes que pour nous en rapprocher, en faisant une place au réel de ce qui n’est pas nous, de ce qui ne va pas dans le sens de notre inclinaison « naturelle », j’ai mis au point pour mon fils Jules, 9 ans, et moi-même, un mini-programme informatique que j’ai nommé Balthazar.1Texte publié (en partie) sur le site du 9ème Congrès de l’AMP, Un réel pour le XXIè siècle, dans sa rubrique « Bouts de réel ».
Balthazar ne fait rien de plus que de choisir au hasard, dans une liste que nous lui soumettons après l’avoir mise au point ensemble, l’activité qui sera la nôtre quand notre désir se voit un peu trop englué dans la jouissance des écrans, dont l’autisme nous éloigne des chemins que nous pourrions prendre l’un avec l’autre. Balthazar donc décide pour nous d’une activité que nous ferons ensemble, à laquelle nous manquerions autrement de nous adonner s’il ne nous l’imposait, lui, à qui nous obéissons alors très exactement et très joyeusement. [...] Lire la suite >
Notes en bas de page
- 1Texte publié (en partie) sur le site du 9ème Congrès de l’AMP, Un réel pour le XXIè siècle, dans sa rubrique « Bouts de réel ».
Lundi 2 janvier 2023 – anniv Jules, mallarmé/brood

il fait noir encore et la photo est floue. floue peut-être à cause justement de l’obscurité qui règne. mais il fait plus noir que la lumière rouge des rideaux ne peut le laisser croire. elle trahit l’illumination orangée des lampadaires dans la rue. parfois, je prends du temps pour obtenir une photo qui se rapproche de ce que je vois. ce jour-là, pas. tous les jours, tous les matins, toutes les nuits, quand je me réveille, je viens m’asseoir là. souvent, je photographie. je cherche à photographier. le sol est jonché des papiers cadeaux de Jules, dont c’était l’anniversaire hier. il y a Chester, extraordinaire compagnon d’insomnie.
réveil ultramatinal, comme d’hab. je me souviens de la veille, comme d’hab. anniv de Jules! douceur de la journée. soirée studieuse, comme j’aime, lecture à 3, au salon, dans les restes des fêtes, les guirlandes, les bougies, la nappe salie, les papiers cadeaux qui traînent…
réveil
6h50 – CBD, 4 gouttes hier soir. Quand j’en prends plus, c’est que je crains quelque chose. Prévenir que guérir. Vais me recoucher bientôt. Prends café et porridge. Bu eau (Vichy Célestins). Avec les excès, pourtant légers, champagne, chips, chocolats, problèmes estomac. (« Avec les excès, pourtant légers » : comment j’aime ces phrases stéréotypées, pourquoi ça m’amuse autant ;)) Excès que soigne avec eau bicarbonatée, prescrite par médecin pour calculs que soigne mal, c’est-à-dire ne bois pas. Bois, Véronique, bois. [...] Lire la suite >

